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18 mai 2011 3 18 /05 /mai /2011 16:23

Hydrangeas-copie-1

 

Voir : qurrat el ‘uyûn de Salîm el Hilâlî

 

B- L’avis de Yahyâ ibn Ma’în

 

Alors certes, ‘Abd Allah le fils de l’Imâm Ahmed, interrogea l’ami de son père Yahyâ ibn Ma’în sur Hishâm ibn Hujaïr. Sa réponse fut qu’il était très faible. Or, il ne convient pas de présenter les choses de cette façon, si on s’en tient à l’intégrité du dialogue qui eut lieu entre les deux hommes. Voici quelle fut la question suivante : « Est-ce que tu préfères Hishâm ibn Hujaïr à ‘Amr ibn Muslim ? 

- oui ! »

 

Cet indice, qui est de taille, est malheureusement oublié par l’adversaire. ‘Amr ibn Muslim el Janadî est, en effet, un rapporteur controversé. Selon la version d’e-Dawrî et du fils de l’Imâm, Yahyâ le considère faible. Cependant, si on revient à celle d’ibn Junaïd, nous verrons qu’il relativise son discours en disant : « lâ bas bihi. » Qu’on pourrait traduire par : « Il n’est pas mauvais. » Or, l’auteur du taqrîb le met sur le même pied d’égalité qu’Hishâm. Qu’on en juge : « Il est honnête, mais il peut se tromper. » Ainsi, selon le propre témoignage d’ibn Ma’în, Hishâm est plus crédible que le rapporteur qu’il jugea en ces termes : « lâ bas bihi. » Conclusion, il n’est pas si faible que cela ! Quand bien même il considérerait qu’il serait vraiment faible, il ne faut pas oublier que dans une autre version, celle d’Ishâq ibn Mansûr, ses paroles sont toutes autres. Elles se résument à : « Sâlih » ; ce qui veut dire qu’il est acceptable. En d’autres termes, sa critique est ici positive, si l’on s’en tient aux conventions de Dhâhabî que l’adversaire se plait à utiliser en sa faveur, même si elle n’atteint pas les plus hauts degrés de crédibilité.[1] Que faire alors dans pareil cas ! Il faut, pour les départager, revenir aux avis des autres spécialistes, et c’est ce que nous avons fait !

 

Remarque :

 

Une chaine narrative jugée « bonne » est naturellement relativement « faible » ; nous devons donc distinguer entre une chaine relativement faible et une chaine entièrement faible.[2] Tout rapporteur crédible qui a des faiblesses, aussi infimes soient-elles, peut être considéré comme relativement « faible ». Les spécialistes le savent très bien. C’est valable également pour certains rapporteurs de deux recueils les plus authentiques de la planète, qui, malgré qu’ils soient relativement « faibles », ont été pris en considération. Sauf que leur hadîth n’a pas le même degré d’authenticité qu’un hadîth « authentique », puisqu’il est tout simplement « bon ».[3]

Concernant Hishâm ibn Hujaïr, si certains spécialistes l’ont rendu faible, d’autres l’ont rendu crédible.[4] Ibn Hajar el ‘Asqalânî nous fait une synthèse de leurs opinions en coupant la poire en deux : « Il est honnête, mais il peut se tromper. » Son hadîth n’est donc pas « authentique », mais « bon ».

 

Nous penchons d’autant plus vers l’opinion d’ibn Hajar que la critique négative d’ibn Ma’în n’est pas détaillée, et comme le veut la règle, on doit faire passer avant la critique positive détaillée. Même remarque pour Yahyâ el Qattân, qui donne la sentence : « Tourne le dos à son hadîth. » Aussi érudit, soit-il, il ne nous explique pas pourquoi, et, surtout, il ne convient pas de balayer d’un revers de la main et sous aucune forme de procès, les avis des autres savants. Sans compter qu’el Qattân est à classer dans la catégorie des « durs ». Dans le pire des cas, nous disons qu’il y a divergence sur son statut, sans pour autant…

 

Il est vrai que la critique négative d’Ahmed, et même celle d’ibn Hajar est détaillée. Cependant, elle ne dit pas plus que sa mémoire est faible, dans le sens où il n’atteint pas le plus haut degré d’aptitude et de maitrise. C'est pourquoi nous disons qu’il est hasan.

 

Pour preuve, ibn Abî Hâtim établit que nous pouvons retranscrire le hadîth des rapporteurs qui ont eu droit à des appréciations du genre : « honnête », « pas mauvais », etc. Ils méritent certes une enquête minutieuse avant d’être acceptés, et certes, ils arrivent au second, voire au troisième niveau dans la hiérarchie des rapporteurs, mais cela n’empêche pas que leur hadîth soit bon, ou tout au moins, qu’il mérite d’être pris en considération.[5]

 

C- L’avis de Sufiân ibn ‘Uaïyna

 

Sufiân ibn ‘Uaïyna ne prenait de lui qu’en dernière instance, soit dans la situation où il ne trouvait rien chez les autres rapporteurs. Cela signifie-t-il qu’il le considérait faible ? La question qui se pose d’elle-même : pourquoi alors Sufiân e-Thawrî prit-il la peine de prendre directement de lui, sans attendre que ses cartouches ne soient épuisées ? L’autre question est : est-ce qu’el Bukhârî et Muslim avaient fait leur ce principe ? La réponse viendra dans quelques lignes, in shâ Allah ! Quoi qu’il en soit, ce n’est pas parce qu’on prend une narration en dernière instance que son auteur est forcément faible !

 

D- L’avis des autres savants

 

On peut toujours contester qu’il n’est pas permis en temps normal, contrairement aux grandes références anciennes, de s’en remettre à l’avis de certains spécialistes jugés trop « souples », à l’image d’el ‘Ijlî, ibn Sa’d, ibn Hibbân, mais aussi e-Sâjî et ibn Shâhîn. Alors que dire quand nous sommes confrontés à un avis opposé ?

 

Nous disons tout d’abord en réponse qu’e-Sâjî n’est pas à ranger du côté des « souples », sinon ce serait commettre une grande injustice envers lui. Demandez plutôt à ibn Abî Hâtim et à Dhahabî ce qu’ils pensent de lui.[6] Nous disons également que cette règle n’est pas toujours vraie. Sinon, il faudrait expliquer pourquoi, des grands spécialistes plus récents, comme Dhahabî et ibn Hajar, reviennent aux appréciations positives (tawthîq) qu’ibn Hibbân est le seul à avoir.[7] Que dire alors quand el ‘Ijlî, ibn Sa’d, e-Sâjî et ibn Shâhîn associent leur voix à la sienne ?

 

En outre, les appréciations positives d’ibn Hibbân, d’el ‘Ijlî, et d’ibn Shâhîn sont tout à fait acceptables quand elles reçoivent le tampon des grands spécialistes, notamment de Dhahabî et d’ibn Hajar. Or, nous avons vu que c’est effectivement le cas pour Hishâm ibn Hujaïr, wa hal min muddakir !

 

E- Qu’en est-il pour el Bukhârî et Muslim ?

 

L’adversaire avance que l’Imâm el Bukhârî n’utilise jamais les hadîth d’Hishâm ibn Hujaïr dans son recueil e-sahîh, si ce n’est qu’une seule fois ; et encore c’était uniquement pour appuyer et renforcer d’autres hadîth. Même chose pour l’Imam Muslim.

 

En réponse, nous disons que les grands biographes (Dhahabî, ibn Hajar, el Mizzî) n’ont jamais amené cette restriction. Ils se contentent de dire que les deux Imams rapportent ces hadîth dans leurs recueils. En conclusion à la biographie d’Hishâm, el Mizzi est clair sur la chose : « El Bukhârî, Muslim, et Nasâî ont rapporté son hadîth. »[8] Constat qui sera repris par ses pairs. On retrouve même dans les deux grands recueils des passages en plus dans les versions d’Hishâm que l’on ne retrouve pas dans les hadîth-témoins, censés pourtant les appuyer. Alors, justement :

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

 

 



[1]Voir : El mughnî (1/4), El muqaddima el mûqizha (p. 318-319), et mîzân el i’tidâl (1/403).

[2]E-nasîhâ (p. 92).

[3]Idem. (p. 126).

[4]Abû Dâwûd aurait dit sur lui : « dhuriba el hadd bi Mekka » ; déjà, il faut prouver qu’Abû Dâwûd vise une critique négative, et, ensuite, et c’est beaucoup plus dur, qu’il est bien l’auteur de ces paroles.

[5]Voir : el jarh wa e-ta’dîl (2/37).

[6]Voir : el jarh wa e-ta’dîl (3/601), tadhkira el huffâzh (2/709-10), et siar a’lâm e-nubalâ (14/199).

[7]E-nasîhâ (p. 71).

[8]Tahdhîb el kamâl (30/181).

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