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28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 18:10

3372 FOR T SOMBRE 

 

L’Ash’arisme

(Partie 2)

 

Les Ash’arites :

 

Abû el Hasan el Ash’arî est dans la continuité des Kullâbites. Il a vécu dans la période entre 260 et 324 de l’hégire, et adhéra au Mu’tazilisme durant quarante ans. Il fut élevé en effet dans la maison de son beau-père Abû ‘Alî el Jubbâî, le chef de file des Mu’tazilites à Bassora. Il renonça ensuite à cette secte pour se pencher vers la voie Kullâbite qui l’influença pour une longue période. Il fut probablement séduit par les écrits d’ibn Kullâb à l’encontre des adeptes de son ancienne tendance, et par ses réfutations acerbes qui démasquaient la nature de leur crédo. Ibn Kullâb avait la plume hostile notamment contre les Jahmites et les Mu’tazilites. El Ash’arî ne s’est toutefois pas rendu compte qu’ibn Kullâb avait ses limites. Reconnaissant les « Attributs Essentiels » (Sifât e-Dhâtiya) d’Allah, et adversaire acharné des Mu’tazilites, son maître spirituel n’en était pas moins influencé par ces derniers lorsqu’il s’agissait de renier les « Attributs Volontaires » (Sifât Ikhtiyâriya) qui sont liés au Pouvoir et à la Volonté du Très-Haut. C’est pourquoi, ibn Kullâb ne concevait pas à la manière des Mu’tazilites, que le Seigneur puisse parler selon Sa Volonté et Son Pouvoir. Il reniait également d’autres « Attributs Volontaires » comme la Satisfaction, la Colère, la Haine, le Courroux, etc.

 

Au cours de cette phase, el Ash’arî était très actif. Il écrivait, faisait des débats, et donnait des cours contre les Mu’tazilites, sous l’impulsion de la voie Kullâbite. Par la suite, il fit la rencontre de Zakariyâ ibn Yahya e-Sâjî qui lui donna un nouveau tournant dans sa vie. Ce dernier lui fit découvrir les principes que suivaient les traditionalistes.[1] E-Sâjî était le grand Sheïkh et le grand Hâfizh (érudit) de Bassora, mais ses enseignements ne s’arrêtaient pas là. Au cours de son voyage à Bagdad, il se mit en contact avec les Hanbalites de la ville qui lui ont permis de parfaire sa nouvelle initiation.[2] La pensée d’el Ash’arî s’est arrêté à cette troisième et dernière phases. Cependant, il avait une grande expérience du Kalâm et il accusait certaines lacunes dans le domaine de la Sunna. Cela a eu des conséquences sur sa pensée car il resta imprégné de certains principes Mu’tazilites qui se voulaient contraires à la Tradition prophétique. Il pensait qu’il était possible d’utiliser ces principes pour défendre la Sunna. Ce mariage des idées fut tangible dans des questions telles que la vision du Seigneur le Jour de la Résurrection, Sa Parole, les « Attributs textuelles » (e-Sifât el Khabariya),[3] etc.

 

Selon e-Sujzî, il a en fait abandonné les éléments subsidiaires du Mu’tazilisme mais il en garda les principes tels que la preuve par l’accident, qui consiste en définitive à renier les Attributs divins.[4] Ibn Taïmiya nous apprend à ce sujet : « Abû Mohammed ‘Abd Allah ibn Sa’îd ibn Kullâb el Basrî et Abû el Hasan el Ash’arî s’opposaient aux Mu’tazilites et rejoignaient les traditionalistes sur l’ensemble de leurs principes. Néanmoins, ils étaient peu versés dans la Sunna et ils concédaient en parallèle aux Mu’tazilites certains principes erronés. C’est pourquoi, il est possible de déceler dans leur discours certaines paroles Mu’tazilites qui vont à l’encontre de la Sunna, bien que dans l’ensemble ils n’adhéraient pas à cette tendance. »[5] Ibn Taïmiya souligne dans un autre ouvrage : « les grands Imams traditionalistes reprochaient à ibn Kullâb et à el Ash’arî d’avoir gardé certains restes du Jahmisme et du Mu’tazilisme comme le fait d’approuver la méthode par l’accident et l’assemblage (ou la composition) des corps. Ils reniaient notamment qu’Allah puisse être l’auteur d’Actes Volontaires qu’Il choisit de faire, etc. »[6]

 

Les Ash’arites ont connus plusieurs étapes et plusieurs phases dans leur développement. Au début, ils ont cultivés la pensée du Kalâm (d’ibn Kullâb), ils ont ensuite fortement glissée vers l’I’tizâl, pour en fin de parcourt faire un mélange entre leur crédo et la philosophie. Les néo-Ash’arites ont un penchant pour le Jahmisme, voire pour la philosophie. En cela, ils se distinguent de la pensée de leur fondateur et des grandes références parmi ses partisans.[7] Les anciens Ash’arites reconnaissaient dans l’ensemble les « Attributs textuelles », à l’instar d’Abû el Hasan el Ash’arî, Abû ‘Abd Allah ibn Mujâhid, Abû el Hasan el Bâhilî, el Qâdhî Abû Bakr el Bâqallânî, Abû Ishâq el Asfarâînî, Abû Bakr ibn Fawrk, Abû Mohammed ibn e-Lubân, Abû ‘Ali ibn Shâdhân, Abû el Qâsim el Qushaïrî, Abû Bakr el Baïhaqî, etc.[8]

 

Par contre, les nouveaux partisans d’Abû el Hasan comme Abû el Ma’âlî el Juwaïnî, et tant d’autres, ils ne reconnaissent que les « Attributs rationnels ». Certains d’entre eux renient carrément les « Attributs textuelles » bien que d’autres à l’exemple d’el Râzî et d’el Âmudî ne se prononcent pas à leur sujet. Ceux qui renient les « Attributs textuelles » ont deux comportement à leur encontre ; les uns ont recourt au Ta-wîl (interprétation des Textes), les autres ont recourt au Tafwîdh (l’incompréhension des Textes en disant que Seul Dieu en pénètrent le sens ndt.). Quant à el Ash’arî et ses premiers adeptes, ils établissaient que toute interprétation entraînant implicitement de renier les Attributs, était considérer comme fausse. Ils ne se contentaient pas de dire qu’ils n’avaient pas accès à la compréhension des Textes, ils allèrent jusqu’à condamner les interprétations des « négateurs ».[9]

 

Cette confusion qui régna entre les anciens et les nouveaux Ash’arites entraina comme nous l’avons évoqué précédemment, un penchant de plus en plus marqué vers l’I’tizâl qu’ils mélangèrent plus tard à la philosophie. Sheïkh el Islam ibn Taïmiya nous propose l’analyse suivante : « Certains Ash’arites ont emprunté le même chemin que les Mu’tazilites vis-à-vis des « Attributs textuels » ; la majorité d’entre eux ont eu la même attitude que leurs pères Mu’tazilites à l’encontre des textes provenant du Hadith. Concernant les Attributs issus du coran, ils ont deux opinions à leur sujet : el Ash’arî, el Bâqallânî, et les anciens parmi eux les reconnaissent ; d’autres en reconnaissent certains mais d’un autre côté, ils se comportent envers eux à la façon des Jahmites. El Ash’arî s’est abreuvé de la pensée de son beau-père el Jubbâî ; le grand Sheïkh des Mu’tazilites. L’inspiration de ce dernier dans le domaine du Kalâm est une vérité à laquelle souscrit ses partisans et d’autres à l’unanimité. Plus tard, el Bâqallânî était plus à cheval vis-à-vis des Attributs issus du coran tout comme ibn Fawrk dans une moindre mesure après lui ; ce dernier en effet reconnaissait seulement une partie des textes du Coran sur le sujet.

Quant à el Juwaïnî et tous ceux qui suivaient la même voie, ils ont penché vers la tendance Mu’tazilites. Abû el Ma’âlî en effet lisait beaucoup les écrits d’Abû Hâshim el Jubbâî, et il était peu versé par les annales scripturaires. Ces deux paramètres à la fois ont joué un grand rôle sur sa pensée.[10] À l’époque d’Abû Bakr el Bâqallânî (m. 403 h.), ce dernier pris les commandes de cette tendance qu’il a améliorée ; il lui a établi les prémices rationnelles auxquelles les textes doivent se soumettre. Il fit de ses règles des principes dans la continuité des crédos de la foi, dans le sens où il incombe à chacun d’y adhérer.[11] Il a contribué dans une large mesure à rapprocher la tendance Ash’arite des enseignements du Kalâm et à la réglementer selon ses règles. Ces initiatives ont eu pour conséquence qu’il exista une ressemblance énorme entre l’Ash’arisme et le Mu’tazilisme. Si el Ash’arî donnait la priorité aux textes sur la raison, il n’en fut pas le cas pour el Bâqallânî, qui considérait que toutes les questions liés à la croyance devaient être soumises à la raison.[12]Ainsi, el Bâqallânî est considéré comme le deuxième fondateur de l’Ash’arisme.[13]

 

Il y a eu ensuite, Imam el Haramaïn el Juwaïnî (m. 478 h.) qui a utilisé les outils de la logique (grecque) pour soutenir cette croyance. Il s’est cependant opposé à el Bâqallânî sur de nombreuses règles qu’il avait établies. Bien qu’el Juwaïnî a plus profité de son bagage du Kalâm que des paroles d’el Bâqallânî, il n’en demeure pas moins qu’il a mélangé son Ash’arisme avec certains aspects du Mu’tazilisme, en s’inspirant des ouvrages du Mu’tazilites Abû Hâshim el Jubbâî. Il est ainsi sorti du giron du Qâdhî et compagnie dans plusieurs questions, pour conforter son inspiration Mu’tazilite. Il ne s’inspire même pas des écrits d’Abû el Hasan el Ash’arî, il se contente de rapporter ses paroles par intermédiaire.[14] À l’image d’el Ghazâlî (m. 505 h.), et d’ibn el Khatîb e-Râzî (m. 606 h.), Les néo-Ash’arites se sont reposés sur la méthode d’el Juwaïnî. Cependant, ils ont ajouté à cette influence Mu’tazilite dont el Juwaïnî est l’instigateur, l’influence de la philosophie. Ainsi, l’Ash’arisme s’éloignait et s’égarait de plus en plus.

 

El Ghazâlî a puisé ses enseignements du Kalâm dans les écrits de son maître el Juwaïnî, el Irshâd, e-Shâmil, qui contiennent les enseignements d’el Baqallânî. Il s’est inspiré dans ses enseignements philosophiques des écrits d’ibn Sînâ. C’est pourquoi, il est dit que l’ouvrage e-Shifâ (le remède) d’ibn Sînâ l’a rendu malade. Abû Hâmid s’est inspiré également des lettres Ikhwâns e-Safâ et celles d’Abû Hayyân e-Tawhîdî et autre. Quant à Râzî, il a puisé ses enseignements du Kalâm dans les écrits d’Abû el Ma’âlî et de e-Shahrstânî. E-Shahrstânî s’inspire lui-même d’el Ansârî e-Nisâbûrî, qui s’inspire d’Abû el Ma’âlî. Il s’est fortement imprégné des enseignements Mu’tazilites par l’intermédiaire des œuvres d’Abû el Husaïn el Basrî (m. 436 h.).[15] Dans le domaine de la philosophie, il s’est inspiré d’ibn Sînâ, de Shahristânî, et bien d’autres.[16] On retrouve leur Ash’arisme prépondérant, dans le fait qu’ils sont Murjites (laxistes) concernant le statut des personnes et Jabarites (déterministes) dans le domaine du Destin. Dans le domaine des Attributs, ils ne sont pas de purs Jahmites bien qu’ils soient imprégnés par cette tendance. Ils ne légitiment pas non plus de se rebeller contre les autorités en place en se conformant ainsi aux traditionalistes. Dans l’ensemble, parmi les adeptes du Kalâm, ils sont relativement les plus proches de l’orthodoxie musulmane. »[17]

 

Voir : introduction de la recension de Kitâb el ‘Arsh (1/52-57) de l’Imâm e-Dhahabî (m. 746 h.) par le docteur Mohammed ibn Khalîfa e-Tamîmî.

 

Article pour Islam.House

Traduit par : Karim ZENTICI         

     



[1] Voir : Majmû’ el Fatâwâ d’ibn Taïmiya (5/386) et Tadhkira el Huffâzh de l’Imam e-Dhahabî (2/907).

[2] À la base, le Hanbalisme est une école de Fiqh au même titre que le Hanafisme, le Shâfi’sme, et le Mâlikisme. Les fondateurs de ses quatre écoles suivent le même crédo. Après l’inquisition (Mihna) que les Khalifes Abbassides ont fait subir aux Traditionalistes, l’Imam Ahmed est devenu l’un des symboles du traditionalisme. De plus, à travers le temps, les partisans du Hanbalisme sont restés les plus fidèles à l’orthodoxie musulmane. C’est pourquoi, avec le temps, le Hanbalisme fut associé au traditionalisme. (Voir : L’introduction à la profession de foi d’ibn Batta d’Henri Laoust). (N. du T.)  

[3] Les « Attributs textuels » correspondent pour les adeptes du Kalâm aux attributs dont la connaissance est exclusivement puisée dans les Textes, contrairement aux Attributs dits rationnels dans le sens où la raison les conçoit tout-à-fait. (N. du T.)

[4] Voir : e-Rad ‘ala man Ankara el Harf wa e-Sawt (p. 168) et Mawqif ibn Taïmiya min el Ashâ’ira (1/367).

[5] El Istiqâma (1/212).

[6] Da-r Ta’ârudh el ‘Aql wa e-Naql (7/97).

[7] Idem.

[8] Majmû’ el Fatâwâ (4/147-148).

[9] Manhâj e-Sunna (2/223-224).

[10] Manhâj e-Sunna (2/223-224).

[11] El Muqaddima d’ibn Khaldûn (p. 465).

[12] Voir : Muqaddima e-Tamhîd d’el Baqallânî (p. 15), recension par el Khudhaïrî et Abû Raïda.

[13] Voir : Nash-a el Ashâ’ira wa Tatawwaruha (p. 320).

[14] Voir : Baghiya el Murtâd (348-351).

[15] Il ne faut pas confondre avec el Hasan el Basrî, l’un des Successeurs des Compagnons (Tâbi’în), qui compte parmi les traditionalistes (N. du T.).

[16] Voir : Baghiya el Murtâd (348).

[17] Majmû’ el Fatâwâ (7/55).

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Publié par mizab - dans Ash'arisme
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