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29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 11:00

3372 FOR T SOMBRE

L’Ash’arisme

(Partie 3)

 

Les facteurs à l’origine de l’expansion de la tendance Ash’arite :

 

Premièrement : la secte Ash’arite a pris ses racines à Bagdad qui fut la Capitale fleurissante de l’Empire Abbasside ; elle attirait les regards des Tullâb el ‘Ilm (étudiants) de tous les coins de la terre. Séduits par cette tendance, une fois de retour aux pays, ses nouveaux adeptes portaient son message aux diverses provinces de l’Empire,[1] en sachant que ses grandes références vivaient à la Capitale.

 

Deuxièmement : le bon voisinage qui régnait entre les Ash’arites et les Hanbalites. Les Ash’arites ont profité de cette proximité avec les Hanbalites pour répandre leurs idées. S’ils n’avaient pas fait preuve ainsi de complaisance, ils auraient connu le même sort que les Mu’taziltes qui reçurent une opposition acerbe de la part des Hanbalites. Il y avait entre les Ash’arites et les Hanbalites un climat de paix et de connivence. Abû el Hasan el Ash’arî lui-même se revendiquait de la tendance traditionaliste dont la référence principale à ses yeux était l’Imam Ahmed. Il était considéré dès lors comme un adepte du Kalâm traditionaliste. Compte tenue que les Ash’arites sont relativement conformes à la Sunna, ils furent considérés comme une branche du Hanbalisme, de la même façon que les adeptes du Kalâm Hanbalites qui avaient pour référence certains outils de la « raison ».

Le divorce s’est fait avec l’affaire el Qushaïrî[2] qui fut l’un des élèves d’ibn Fawrk, un Ash’arite du Khurâsân où les membres de la secte avaient sombré dans la « négation des Attributs ». Tout à commencer quand le Qâdhî Abû Ya’lâ écrivit son ouvrage Ibtâl e-Ta-wîlât où il s’en est prit à ibn Farwk, le Sheïkh d’el Qushaïrî, à une époque où le Khalifa de Bagdad étaient de son côté. Cependant les choses ne sont pas restées ainsi. El Qushaïrî reçu plus tard l’appui des autorités Seldjoukides ; cette liberté d’action fut à l’origine d’une longue affaire.[3]

 

Troisièmement : certains émirs et vizirs étaient affiliés à la tendance Ash’arite, dont les plus important sont notamment :

     

1- Le vizir Nizhâm el Mulk qui prit en mains les affaires des sultans Seldjoukides. Il devint en effet  vizir sous le règne d’Alp Arslan et Malik chah pendant une période de trente ans (soit de 455 h. /1063 à 485 h. /1092). Sous son règne, il fit ouvrir les écoles Nizhâmiya qui prirent son nom, dans plusieurs provinces comme à Bassora, Asfahân, Balkh, Harrât, Murû, el Mu-sal. Les plus grandes et la plus importantes d’entre elle fut la Madrasa e-Nizhâmiya à Nisâbûr et à Bagdad. Nizhâm el Mulk avait de l’admiration pour les soufis et les Ash’arites.[4] C’est pourquoi, il a joué un grand rôle dans la vulgarisation du dogme Ash’arite.[5]

 

      2- Le Mahdî ibn Tûmart (m. 524 h.) qui était à la tête de l’Empire des Muwahhidûn. Il s’appelait exactement Abû ‘Abd Allah Mohammed ibn ‘Abd Allah ibn Tûmart qui se donna le titre de Mahdî. Il réussit à se faire un pouvoir dans le Maghreb au début du cinquième siècle de l’hégire. Auparavant, il s’était rendu en Iraq pour enrichir quelque peu sa culture religieuse. Il avait un ascendant pour l’ascétisme et la piété. De retour au Maghreb, il conquit les cœurs de certains montagnards et ignorants très peu cultivés dans l’Islam. Il leur donna quelques enseignements et il s’est même autorisé à leur montrer de faux miracles afin de les faire adhérer à sa conception de la religion. Il revendiqua notamment être le Mahdî annoncé par le Prophète (r) et ses adeptes lui vouait une énorme considération. En raison des principes Ash’arites et philosophiques qu’il avait inculqué à ses partisans, ses derniers se sont autorisés à verser le sang des musulmans en attentant à la vie de milliers d’habitants de la région qui étaient fidèles au traditionalisme. Ils furent accusés à tord d’être des Mushabbaha (Assimilateurs) et des Mujassama (anthropomorphistes).[6] Ainsi, ibn Tûmart fut à l’origine de l’extension de la croyance Ash’arite en terre du Maghreb, qui baignait auparavant dans un climat Salafî.

 

      3- Salâh e-Dîn el Ayyûbî. Saladin était de confession Ash’arite. Dans son enfance, il apprit par cœur une ‘Aqîda (profession de foi) sur le modèle Ash’arite que lui avait rédigé Qutb e-Dîn Abû el Ma’âlî Mas’ûd ibn Mohammed ibn Mas’ûd e-Nisâbûrî, qui fut l’une des grandes références Ash’arites. Comme tous les autres enfants, Salâh e-Dîn avait mémorisé cette ‘Aqîda en bas-âge, qu’il avait transmise à ses enfants. Lorsqu’il prit les rênes du pouvoir, il fit imposer cette croyance à tous. Cette situation dura tout au long de la dynastie Ayyubides, et elle se prolongea ensuite au temps desMameloukes turcs.[7] Ce facteur a énormément contribué à répandre l’Ash’arisme dans le monde musulman. L’Égypte qui fut le siège du pouvoir Ayyubide, représentait le phare de la civilisation islamique à cette époque. L’Université el Azhar a énormément contribué à populariser le dogme Ash’arite que Saladin avait importé en Égypte, après avoir mis un terme à la dynastie des fatimides ismaéliens. Depuis cette époque, el Azhar enseigne la ‘Aqîda Ash’arite jusqu’à nos jours.

 

Les Ash’arites dévient de la croyance traditionalistes sur de nombreux points dont notamment, à titre d’exemple :

 

1-              leur seule référence dans le domaine du divin (de l’Unicité) et de la prophétie, c’est la raison. Ils classent le domaine de la croyance en trois chapitres : le divin, la prophétie, et les paroles scripturaires. Ils entendent par  paroles scripturaires, toutes les questions en relation avec l’eschatologie musulmane telles que la Résurrection, le grand Rassemblement des hommes, l’Enfer, le Paradis, etc. ils nomment ce chapitre ainsi car c’est le seul domaine où ils s’inspirent des textes sacrés. Pour ce qui concerne le divin, et la prophétie, ils s’en remettent uniquement à la raison.

2-              Ils assument que la foi consiste uniquement à approuver la religion avec le cœur. En cela, ils ne considèrent pas que les actes fassent parties de la foi (à l’instar des Murjites ; les Murjites sont plusieurs tendances mais les Jahmites et les Ash’arites ont l’une des plus mauvaises conceptions de la foi, étant donné notamment qu’ils ne considèrent même pas la parole comme faisant partie intégrante de la foi ndt.).

3-              En se basant sur leur définition de la foi, ils ne considèrent pas que l’Unicité de la divinité (Tawhîd el Ulûhiya)compte parmi les branches de l’Unicité. L’Unicité selon eux, consiste à dire qu’Allah est Unique dans Son Essence sans ne faire aucun partage, Unique dans Ses Actions sans avoir aucun associé, et Unique dans Ses Attributs sans avoir aucun égal. Cette définition ne fait nullement mention de l’Unicité de la divinité. c’est pourquoi, il est possible de constater que les sociétés où l’Ash’arisme est répandue, ne porte pas l’accent sur ce point important ; celles-ci sont contaminées par l’association et l’innovation étant donné que les gens n’apprennent pas qu’Allah est Unique dans Son Adoration sans n’avoir aucun associé.

4-              En se basant également sur leur définition de la foi, ils ne considèrent pas que l’attachement à la Tradition du Prophète (r) entre dans sa définition. Selon eux, la foi au Prophète se limite à approuver ses enseignements. C’est pourquoi, les sociétés Ash’arites sont contaminées par l’innovation.

5-              Ils se distinguent des traditionalistes dans le domaine des Noms et des Attributs.

6-              Ils se distinguent des Traditionalistes dans le domaine du destin ; domaine dans lequel ils rejoignent les Jabarites (déterministes).

7-              Ils se distinguent des traditionalistes sur la question de la vision d’Allah le Jour de la Résurrection. ils soutiennent en effet qu’Il pourra être vu sans qu’Il ne soit dans un endroit quelconque.

8-              Ils se distinguent des traditionalistes sur la question de la Parole d’Allah ; ils ne reconnaissent pas la Parole incréée d’Allah comme il convient puisqu’ils considèrent qu’elle correspond à une « parole intérieure », etc.

 

Voir : introduction de la recension de Kitâb el ‘Arsh (1/57-62) de l’Imâm e-Dhahabî (m. 746 h.) par le docteur Mohammed ibn Khalîfa e-Tamîmî.

 

Article pour Islam.House

Traduit par : Karim ZENTICI 



[1] Voir : Mawqif Sheïk el Islam ibn Taïmiya min el Ashâ’ira (2/499).

[2] Majmû’ el Fatâwâ (6/52-53).

[3] Majmû’ el Fatâwâ (6/52-54).

[4] L’une des raisons qui ont contribué à l’essor de l’Ash’arisme que le D. e-Tamîmî a omis de cité est à partir du cinquième siècle de l’hégire la pénétration du Soufisme dans les rangs de ses adeptes par l’intermédiaire de deux hommes qui furent Abû el Qâsim el Qushaïrî et Abû Hâmid el Ghâzâlî. Voir l’introduction à e-Risâla el Wâdhiha fî e-Rad ‘alâ el Ashâ’ira (1/38) d’ibn el Hanbalî, recension du Docteur ‘Alî e-Shibl.  

[5] Voir : Mawqif Sheïkh el Islam ibn Taïmiya min el Ashâ’ira (2/500).

[6] Voir : Majmû’ el Fatâwâ (11/475).

[7] El Kutat d’el Maqrizî (2/358).

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Publié par mizab - dans Ash'arisme
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