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23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 15:06

Hydrangeas

 

 

L’habit du pèlerin et le linceul du mort

 

Voir : el Hadj wa Tahdhîb e-Nufûs de Sheïkh ‘Abd e-Razzâq el ‘Abbâd (146-152). 

 

Que les prières d’Allah et Son Salut soient sur Mohammed, ainsi que sur ses proches,

et tous ses Compagnons !

 

Les leçons et les avantages que l’on peut tirer du Hadj sont innombrables. Les différents rites auxquels est confronté le pèlerin suscitent certaines morales pour le moins émouvantes. Arrivé au Mîqât (les lieux que le Messager d’Allah (r) a fixés pour entrer en sacralisation), il doit en effet enlever tous ses habits et revêtir un Izar (pagne) pour le bas, et un Rida pour le haut et que l’on porte sur les épaules. Sous cette tenue, tous les pèlerins sont égaux ; il n’y aucune différence entre le riche et le pauvre, entre le gouverneur et le gouverné. Cela nous rappelle que tous les hommes sont égaux face à la mort car chacun ne porte d’autre vêtement le jour de l’enterrement, que son linceul. Ainsi, enveloppé nu dans un tissu blanc, il n’y a plus ni riche ni pauvre.

 

D’après l’Imam Ahmed dans son recueil el Musnad, selon Samura ibn Jundub (t), le Prophète (r) a déclaré : « Habillez-vous en blanc car c’est plus pur et plus embellissant, et servez-vous-en pour vos morts. »[1] À sa mort, le meilleur des hommes (r) fut enveloppé de trois habits blancs en coton ; il n’avait ni chemise ni turban. D’après el Bukhârî et Muslim, selon ‘Âisha, le Messager d’Allah (r) eut trois habits Sahûliya (tissu blanc du Yémen ndt.) yéménites en coton pour linceul ; il n’avait ni Qamis ni ‘Imâma.[2] Ainsi, après avoir rendu l’âme, la personne est débarrassé de se vêtements ; on doit la laver, l’entourer de trois tissus de couleur blanche, prier sur elle, et l’enterrer. Quand le pèlerin ôte ses vêtements profanes au Mîqât pour revêtir ceux de l’Ihrâm, il doit penser à sa situation future et garder à l’esprit que la mort est un passage entre à la vie sur terre et l’au-delà. Il est ô combien bénéfique d’avoir toujours en tête que la vie a un terme qui éloigne à jamais des amis et des proches ici-bas ! Le linceul, encore qu’il puisse se conserver, est le seul bien que l’on portera avec soi sous terre. Le poète a dit :

 

Tu n’auras de tous ce que tu as amassés

Que deux tissus qui t’entoureront et de l’encens

     

Un autre a affirmé :

 

Se contenter et ne l’échanger contre rien

Permet de mieux savourer et se reposer

Vois ceux qui ont la terre entière pour fortune

Autre chose qu’un linceul en coton, ont-ils emporté ![3]

 

Un Hadith authentique nous apprend que le Prophète (r) a préconisé : « Pensez souvent à ce qui met un terme aux plaisirs. »[4] Autrement dit, pensez souvent à la mort. Ibn Mas’ûd (t) a affirmé quant à lui : « La mort suffit pour faire morale. » Penser à la mort, c’est faire un pas vers l’Au-delà, et c’est montrer que nos ambitions et nos connaissances ne s’arrête pas à la vie d’ici-bas. Réfléchir sur l’autre monde dissuade de faire des péchés, radoucit les cœurs durs, frêne l’entrain que l’on éprouve pour ce bas monde, et permet de mieux supporter les malheurs.

 

Par ailleurs, le linceul que le défunt emporte avec lui dans sa tombe, ne lui est plus, dès les premiers instants, d’aucune utilité, et à terme –dernière trace de son ancien monde – celui-ci va même se décomposer. En fait, la seule chose qui pourra lui être utile en ce lieu hostile, ce sont ces bonnes actions passées. Il est certifié en effet d’après el Bukhârî et Muslim, et selon Anas ibn Mâlik (t), que le Prophète (r) a affirmé : « Trois choses suivent un mort ; deux d’entre elles reviennent et une seule reste avec lui. Si sa famille, ses biens, et ses actes le suivent, sa famille et ses biens reviennent tandis que ses actes restent avec lui. »[5] Chacun sait qu’un individu a besoin de sa famille et de sa richesse pour vivre. Pourtant, il faudra bien un jour s’en détacher. Le plus heureux, c’est celui qui utilise cet avantage pour l’aider à faire le bien et les actes d’adorations. Par contre, il perd tout quand la fortune et les proches lui font oublier Son Créateur, comme les bédouins l’ont reconnu au Prophète (r) dans le Verset suivant : (Nos biens et nos proches nous ont occupés l’esprit, alors implore le Pardon en notre faveur).[6] Allah (I) révèle également : (Vos biens et vos proches ne doivent point vous distraire de l’évocation d’Allah ; quiconque sombre dans cela… ces gens-là sont alors les grands perdants).[7]

 

La seule chose dont on peut espérer après la mort de ses biens et de sa famille, c’est soit recevoir en son honneur des invocations et la demande de Pardon de la part de ces derniers, soit de les avoir utilisé à bon escient en ce qui concerne les premiers. Allah (I) révèle : (Le jour où ni les biens ni les proches ne seront d’une quelconque utilité • si ce n’est celui qui se présentera avec un cœur sain).[8] Il (I) dit également : (Vous Nous venez aujourd’hui un par un comme Nous vous avons créé la première fois mais vous avez laissez derrière vous, ce que sur terre, Nous vous avons concédé).[9] L’être humain laisse derrière lui sa famille et son argent qui lui offraient une certaine jouissance sur terre et qui désormais ne peuvent plus rien lui rapporter, si ce n’est les invocations que les uns les réservent après son décès et les dépensent utiles qu’il a pu faire au cours de sa vie.

 

D’après Sahîh Muslim, selon Abû Huraîra (t), le Prophète (r) a dit : « Quand quelqu’un meurt, toutes ses œuvres s’interrompent à l’exception de trois ; une aumône en cours, un enfant pieux qui implore en sa faveur, et un savoir utile aux autres. »[10] Or, sa famille ne prie pas forcément en sa faveur et la richesse qu’il s’était approprié ne peut lui venir en aide une fois sous terre, si ce n’est la partie qu’il consacrait pour faire le bien et qui compte ainsi parmi ses bonnes œuvres. En dehors de cela, aucun argent ne va l’accompagner dans l’autre demeure. Il sera plutôt distribué à ses héritiers quel que soit le montant de l’héritage dont il n’était en fait, que le gardien. D’après Sahîh Muslim, le Prophète (r) a déclaré : « Le fils d’Adam réclame : mon argent ! Mon argent ! Mais fils d’Adam ! Détiens-tu autre chose de ton argent que celui qui t’a servi à manger alors que tu n’es plu ; il t’a permis de t’habiller alors que tu t’es décomposé, mais celui que tu consacrais à l’aumône, tu l’as mis en valeur. »[11]

D’après Sahîh el Bukhârî, le Prophète (r) a demandé aux Compagnons : « Qui d’entre vous préfère l’argent de ses héritiers au sien ?

-          Chacun d’entre nous préfère son argent à celui de ses héritiers ont-ils répondu.

-          Son argent, c’est celui qu’il a avancé alors que l’argent de ses héritiers c’est celui qu’il a laissé. »[12]

 

Allah (I) révèle : (Celui qui renie, il le fait contre lui mais ceux qui font des bonnes œuvres, ils se préparent leur couche).[13] Certains anciens ont fait savoir en commentaire à ce Verset, que cela concernait la tombe. Autrement dit, les bonnes œuvres serviront de couche dans un lieu, où l’individu ne pourra plus jouir d’un tapis, d’un oreiller, ou d’un lit. [14]Chacun étendra ses bonnes ou mauvaises œuvres, sur lesquelles il va s’allonger. Dans un Hadith, le prophète (r)  nous apprend enfin : « Jibrîl m’a dit : « Mohammed ! Tu peux vivre autant que tu veux, tu mourras quand même ; tu peux aimer qui tu veux, tu le quitteras quand même ; Tu peux faire toutes les œuvres que tu veux, tu les va les retrouver. »[15]

 

Ainsi, j’implore Allah d’arranger notre situation à tous, de nous offrir une fin heureuse, et de nous faciliter les œuvres qu’Il aime et agrée !

 

Que les prières d’Allah et Son Salut soient sur Mohammed, ainsi que sur ses proches,

et tous ses Compagnons !

 

Traduit pour Islam.house par :

Karim ZENTICI  

   

    



[1] El Musnad (20154).

[2] Sahîh el Bukhârî (1264) et Sahîh Muslim (941).

[3] Voir : e-Tadhkira d’el Kurtubî (1/28).

[4] Sunan e-Tirmidhî (2307) ; Sheïkh el Albânî l’a authentifié dans Sahîh el Jâmi’ (1210).

[5] Sahîh el Bukhârî (6514) et Sahîh Muslim (2960).

[6] La Grande Conquête, 11

[7] Les hypocrites ; 9

[8] Les poètes ; 88, 89

[9] Le bétail ; 94

[10] Sahîh Muslim (1631).

[11] Sahîh Muslim (2958).

[12] Sahîh el Bukhârî (6442).

[13] Les romains ; 44

[14] Voir : Juz-un fî el Kalam ‘ala Hadith : « utba’u el Mayït Thalâth… » d’ibn Rajab (p. 40).

[15] Hadith rapporté par e-Tiyâlisî (1862), el Hâkim (4/325) ; Sheïkh el Albânî l’a authentifié dans Sahîh el Jâmi’ (4355).

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Publié par admin - dans Le hadj
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