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17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 09:38

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Au nom d’Allah le Très Miséricordieux, le Tout Miséricordieux

 

L’Imam Ahmed était-il ash’arî ?

 (Partie 1)

 

Voir : el ashâ’ira fî mîzân ahl e-sunna (p. 397-409) de Faïsal el Jâsim.

 

Cette question peut sembler saugrenue dans l’esprit de beaucoup de gens, bien qu’apparemment les deux auteurs du livre ahl e-sunna el ashâ’ira shahâda ‘ulama el umma wa adilatihim, n’en soient pas convaincus. Pour appuyer l’idée qu’ibn Hanbal était l’un des leurs, ces deux derniers lui imputent des paroles pour le moins troublantes, et disant : « Allah (I) a deux Mains qui représentent un Attribut de Son Essence ; ni Elles ne sont des membres ni un corps ou autre chose de ce genre ni Elles ne Lui sont assemblées, etc. »[1]

 

Pour résoudre cette énigme, il faut savoir un certain nombre de choses :

 

Premièrement : L’Imam Ahmed n’est pas l’auteur de ses paroles. Leur véritable auteur est Abû el Fadl ‘Abd el Wâhid ibn Abî el Hasan e-Tamîmî dans son ouvrage consacré à la « profession de foi », pour reprendre une expression chère à Henri Laoust, de l’Imam. En fait, l’auteur reprend les idées d’Ahmed pour les reformuler à la manière dont il les a comprises. Il introduit certes à ses textes, l’expression « Abû ‘Abd Allah a dit », mais il ne s’impose pas dans son plan, de rester fidèle aux termes de l’Imam. Cet ouvrage devient ainsi un commentaire de ses paroles, un peu à la façon des spécialistes en figh qui interprètent les opinions des grandes références dans le domaine, en fonction de leur propre compréhension. En sachant que dans ce domaine, les commentateurs ont des perspicacités différentes ; les uns sont plus à même de pénétrer les vraies intentions des fondateurs des quatre écoles, et ont une culture plus étendue de leur tendance que les autres.

 

Pourtant, leur responsabilité est grande ; ils parlent au nom de la religion et signe au nom du Législateur, chacun à sa façon ou plus exactement chacun comme il a assimilé la chose.

 

Par ailleurs, la famille Tamîmî, le père Abû el Hasan, le fils et le petit-fils ont un penchant pour l’ash’arisme. La longue amitié qui liait Abû el Hasan au Qâdhî Abû Bakr ibn el Baqallânî n’est un secret pour personne. Ainsi, el Hâfizh Abû Bakr el Baïhaqî s’inspire de l’ouvrage d’Abû el Fadl e-Tamîmî, dans sa biographie de l’Imam Ahmed (manâqib el Imam Ahmed), pour décrire sa croyance, comme le souligne ibn Taïmiya.

 

Ce fameux Abû el Fadl s’éloigne souvent des paroles de l’Imam qui remontent à lui de façon certifiée, comme en témoigne le texte précédemment cité. Ahmed, à l’image des autres grandes références, n’a pas recours à ce genre d’expressions, ni pour dire qu’elles sont vraies ni pour dire qu’elles sont fausses. Les utiliser dans l’un ou l’autre sens relève de l’innovation. Il se contente toutefois de se conformer au vocabulaire du Coran et de la sunna, dans le domaine des Attributs divins.

 

Il disait notamment : « Personne ne peut le décrire comme il convient, nous n’allons pas au-delà du Coran et du Hadîth. Nous répétons scrupuleusement les Paroles d’Allah et nous le décrivons comme Il se décrit Lui-même sans aller au-delà. »[2]

 

Il va sans dire qu’il convient d’établir le crédo de l’Imam en se basant sur ses propres paroles non sur la façon dont on peut les interpréter. Or, celles-ci proviennent de différentes sources.

 

      A - De ses propres écrits comme e-radd ‘alâ el jahmiya wa e-zanâdiqa, les lettres qu’il envoie à ses amis, comme celles qui s’adressent à Musaddid, ‘Abdûs ibn Mâlik el ‘Attâr, el Hasan ibn Ismâ’îl e-Rub’î, Mohammed ibn Yûnas e-Sarkhasî, etc. Autant de risâla qui remontent à lui de façon certifiée.

    B – De ses paroles certifiées que recensent les recueils de référence comme e-sunna et el amr bi el ma’rûf wa e-nahî ‘an el munkar ou les autres ouvrages d’el Khallâl, e-sunna et les masâil dans lesquels son fils ‘Abd Allah répertorie ses paroles, les différentes versions des masâil el Imâm Ahmed ; selon Abû Dâwûd, selon ibn Hânî, selon Sâlih son autre fils. Dans ce registre, nous avons les  masâil el Imâm Ahmed wa Ishâq ibn Râhawaïh selon el Kûsaj et el war’ d’el Marwazî. Nous avons également les recueils qui recensent le crédo (sunna) en s’appuyant sur des chaînes narratives (musnada) comme khalq af’âl el ‘ibâd de Bukhârî, sharh usûl i’tiqâd ahl e-sunna de Lalakâî, les ouvrages d’ibn Manda, d’ibn Batta, e-sharî’a d’el Âjurrî, ibtâl e-ta-wilât du Qâdhî Abû Ya’lâ, etc.

 

Deuxièmement : Les livres que nous avons recensés ne font nullement allusion aux termes que nous rapportent e-Tamîmî ; ni pour dire qu’ils sont vrais ni pour dire qu’ils sont faux. En revanche, selon certaines annales certifiées, l’Imam refusa de jouer au jeu des jahmites qui lui imposaient de refuser le terme jism (corps). À ses yeux, il ne fallait ni le refuser ni l’accepter comme en témoigne la polémique qu’il engagea avec Abû ‘Îsâ Barghûth et d’autres négateurs des Attributs divins au cours de sa fameuse « cabale » (mihna : épreuve). Il ne se sentait pas tenu par les implications qu’imposait leur raisonnement. Pour eux, dire que le Coran est incréé implique de reconnaître que le Très-Haut est un corps. En réponse, il affirma qu’il ne comprenait pas les intentions de son interlocuteur à travers ses paroles. Il refusa donc d’aller dans son sens et se contenta de dire qu’Allah était Ahad Samad, Il n’a ni engendré ni été engendré et nul n’est égal à Lui.

 

Dans dhikr mihna el Imâm Ahmed, Hanbal ibn Ishâq rapporte : « Abû ‘Abd Allah a dit : « Ils mirent en avant un argument tellement lourd à mon cœur que ma langue ne peut le répéter. Ils renièrent les annales et les narrations. Avant de l’entendre, je ne pensais pas qu’ils pouvaient aller aussi loin. Barghûth me disait : « Le corps est telle et telle chose. » Des paroles qui renient Allah l’Illustre. Je disais alors : « Je ne sais pas ce que cela veut dire, mais je sais qu’Allah est Ahad Samad, rien ne lui ressemble et rien ne l’égale. Il est comme Il se décrit Lui-même. » Dès lors, il se tut. »[3]

 

À suivre…

 

Traduit par :

Karim Zentici

   

 



[1] Ahl e-sunna el ashâ’ira shahâda ‘ulama el umma wa adilatihim (p. 193).

[2] Ibn Qudâma impute cette annale à e-sunna d’el Khallâl dans dham e-ta’wîl (p. 21) ;  ibn Taïmiya la rapporte également dans darr e-ta’ârudh (1/254) et bayân talbîs el jahmiya (1/431), ainsi qu’ibn el Qaïyim dans ijtimâ’ el juyûsh el islâmiya (p. 211).

[3] Tabaqât el hanâbila (2/294). Soulignons ici que les jahmites sont les premiers à taxer d’anthropomorphistes les traditionalistes et toute personne en général qui reconnait les Attributs divins recensés par les textes scripturaires des musulmans. À leurs yeux, comme nous l’avons vu, mais aussi aux yeux de leurs héritiers, reconnaitre ces Attributs, c’est dire qu’Allah est un corps. Il n’est donc pas étonnant qu’ibn Taïmiya n’ait pas échappé à leur vindicte. (N. du T.)

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Publié par mizab - dans Ash'arisme
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