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17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 14:44

Chrysanthemum

 

Au nom d’Allah le Très Miséricordieux, le Tout Miséricordieux 

 

L’Imam Mâlik et l’istiwâ

(Partie 1) 

 

 

 

Introduction

 

L’élévation (el ‘Ulû ; le terme « haut » est antonyme de « bas », « inférieur » qui ont des connotations péjoratives) est un Attribut essentiel d’Allah. En règle générale, ce terme signifie l’élévation et la hauteur.[1] Concernant le Créateur, il englobe trois sens :

-         ‘Ulû e-Dhât : l’élévation de Sa Personne.

-         ‘Ulû el Qahr : la domination.

-         ‘Ulû el Qadr : la grandeur.

 

Les adeptes du Kalâm ne reconnaissent que les deux derniers, bien que les trois sens soient interdépendants. Pourtant, les preuves sur le sujet se comptent, non pas en centaines, mais en milliers comme le promet ibn el Qaïyim dans sa fameuse nuniya.

 

E-Tamîmî rapporte la tendance de l’Imâm Ahmed sur l’istiwâ dans le passage suivant : « Il disait que l’istiwâ signifiait la hauteur et l’élévation (el ‘ulû wa el irtifâ’)… Il est élevé au-dessus de toute chose. »[2]

 

L’istiwâ est une forme d’élévation (‘ulû), à la différence où le ‘ulû est un Attribut essentiel du Seigneur (sifat dhâtiya) ; alors que l’istiwâ relève de Ses actions volontaires (sifât el af’âl) dans le sens où Il le fait quand bon Lui semble.[3]

 

Les ash’arîtes reconnaissent certes un istiwâ, mais qui est dépourvu de sens. Nous ne savons pas ce que cela veut dire, prétendent-il, c'est pourquoi nous avons recours au tafwîdh ou bien nous l’interprétons par l’istîlâ (s’emparer de). Il est impossible d’adhérer à l’élévation d’Allah qui implique le tahayyuz (un espace), une direction, et un endroit. L’élévation d’Allah est à prendre dans le sens de domination et d’omnipotence, non dans le sens du ‘ulû et d’irtifâ’. Allah n’est, selon eux, ni à l’intérieur ni à l’extérieur de la création, ni en haut ni en bas ni, ni séparé ni fusionné.

 

Dans son commentaire à jawrat e-tawhîd, El Baïjûrî affirme : « si des textes du Coran et de la sunna font allusion à la direction, un « corps », une forme, des membres, les adeptes de la vérité et d’autres tendances à l’exception des anthropomorphistes (el mushabbiha et el mujassima) s’accordent à dire qu’il faut les interpréter… Il donna ensuite des exemples dont : [Le Miséricordieux, est sur Son Trône istawâ (établi)].[4] Les salafs (les anciens) disent, poursuit-il, nous ne connaissons pas l’istiwâ, et les khalafs (nouvelles générations) disent qu’il a le sens d’istîlâ et de royauté. »[5]

 

Il suffit de parcourir e-nazhzhâmiya pour se familiariser avec le crédo ash’arite. Par exemple, el Juwaïnî défend qu’on puisse attribuer au Très-Haut, une direction, un endroit, un haïz, des lettres, des sons, et le sens littéral des textes ambigus… Il en est de même pour l’Imam el Ghazâlî dans son livre iljâm el ‘awâm. Ce principe est celui des grandes références ash’arites qui consiste à épargner Allah (tanzîh) des particularités propres aux accidents (hawâdîth), comme la direction, l’endroit, les lettres, les sons, et le sens littéral que dénotent les textes ambigus.[6] 

 

Les ash’arites ont connu plusieurs étapes et plusieurs phases dans leur développement. Au début, ils ont cultivé la pensée du Kalâm (d’ibn Kullâb), ils ont ensuite fortement glissée vers l’i’tizâl, pour en fin de parcourt faire un mélange entre leur crédo et la philosophie. Les néo-ash’arites ont un penchant pour le jahmisme, voire pour la philosophie. En cela, ils se distinguent de la pensée de leur fondateur et des grandes références parmi ses partisans.[7] L’ash’arisme primitif reconnaissait dans l’ensemble les « Attributs textuels», comme en témoigne ses grandes références en commençant par leur père fondateur ; en voici une liste : Abû el Hasan el Ash’arî, Abû ‘Abd Allah ibn Mujâhid, Abû el Hasan el Bâhilî, el Qâdhî Abû Bakr el Bâqallânî, Abû Ishâq el Asfarâînî, Abû Bakr ibn Fawrk, Abû Mohammed ibn e-Lubân, Abû ‘Ali ibn Shâdhân, Abû el Qâsim el Qushaïrî, Abû Bakr el Baïhaqî, etc.[8]

 

En revanche, les nouveaux partisans d’Abû el Hasan comme Abû el Ma’âlî el Juwaïnî, et tant d’autres, ne reconnaissent que les « Attributs rationnels ». Certains d’entre eux renient carrément les « Attributs textuels» bien que d’autres à l’exemple d’el Râzî et d’el Âmudî ne se prononcent pas à leur sujet. Ceux qui renient les « Attributs textuels» ont deux comportements à leur encontre ; les uns ont recourt au ta-wîl (interprétation des Textes), les autres ont recourt au tafwîdh (l’incompréhension des Textes en disant que Seul Dieu en pénètre le sens ndt.). Quant à el Ash’arî et ses premiers adeptes, ils établissaient que toute interprétation entraînant implicitement de renier les Attributs, était considéré comme fausse. Ils ne se contentaient pas de dire qu’ils n’avaient pas accès à la compréhension des Textes, ils allèrent jusqu’à condamner les interprétations des « négateurs ».[9]

 

Le sujet

 

On posa la question à l’Imam Mâlik : « Hé Abû ‘Abd Allah ! [Le Miséricordieux, est sur Son Trône établi][10] ; comment s’y est-Il établi ?

-         L’istiwâ nous est connu, répondit-il, mais le comment nous est inconnu (majhûl) [selon une version : Son istiwâ nous est connu ou bien compréhensible, mais le comment nous est incompréhensible (ghaïr ma’qûl)], il incombe d’y donner foi et de questionner à son sujet est une innovation. »[11]

 

Certains contemporains s’évertuent à jeter le discrédit sur la version où l’Imam emploie le terme  « majhûl ». Or,  quand bien même celle-ci serait faible, il existe une autre version, comme nous venons de le voir, utilisant l’expression «ghaïr ma’qûl ». Si l’on sait que celle-ci est incontestable, il faut savoir que majhûl et ghaïr ma’qûl veulent dire exactement la même chose ; en voici la démonstration :

 

1-      il existe une version selon laquelle ibn Anas utilise le terme « majhûl » :

 

D’après el Hâfizh ibn ‘Abd el Barr, selon Abû Mohammed ‘Abd Allah ibn Mohammed ‘Abd el Mu-min, selon Ahmed ibn Ja’far ibn Hamdân ibn Mâlik, selon ‘Abd Allah ibn Ahmed ibn Hanbal, selon son père, selon Suraïj ibn e-Nu’mân, selon ‘Abd Allah ibn Nâfi’, Mâlik ibn Anas a dit : « … istiwâuhû ma’qûl wa kaïfiatuhu majhûla… »[12] istiwâuhû ma’qûl : c’est-à-dire au niveau du sens.

 

L’imam nous apprend que l’istiwâ existe bel et bien, bien que le mystère règne sur la manière dont il a lieu. Dans l’hypothèse où ce serait le terme istiwâ sur lequel porterait ce mystère, il n’aurait pas pris la peine de dire : « le comment nous est inconnu » ; si l’istiwâ n’existait pas, la question « comment » ne se poserait même pas à fortiori. L’Imam reconnaît explicitement l’istiwâ, bien qu’il ne s’avance pas sur la question du comment. D’ailleurs, c’est la raison pour laquelle il taxe l’auteur de la question d’innovateur. La question porte en effet sur une chose connue. Ce n’est pas parce qu’une chose nous est connue que nous devons automatiquement en connaître les détails.[13]

 

2- voici les autres versions de l’Imam :

 

• D’après Abû Na’îm dans el huliya, selon Mohammed ibn ‘Alî ibn Muslim el ‘Uqaïlî, selon el Qâdhî Abû Umaïya el Ghallâbî, selon Salama ibn Shabîb, selon Mahdî ibn Ja’far, selon Ja’far ibn ‘Abd Allah : un homme s’est rendu auprès de Mâlik ibn Anas… Voici la réponse que l’Imam lui donna : « el kaïf minhu ghaïr ma’qul, wa el istiwâ minhu ghaïr majhûl… »[14]

 

• D’après également l’Imam Abû Ismâ’îl e-Sâbûnî dans son ouvrage ‘Aqîda e-salaf, selon Abû Mohammed el Mukhallidî el ‘Adl, selon Abû Bakr ‘Abd Allah ibn Mohammed ibn Muslim el Isfarâînî, selon Abû el Husaïn ‘Alî ibn el Hasan, selon le même rapporteur, à la différence où dans cette version, il est dit : « el kaïf ghaïr ma’lûm »[15]

 

• D’après el Baïhaqî dans el Asmâ wa e-Sifât, selon sa propre chaîne narrative, selon ‘Abd Allah ibn Wahb... Dans cette version, l’Imam dit : « e-Rahmân ‘alâ el ‘Arsh istawâ kamâ wasafa nafsahu, wa lâ yuqâl kaïf, wa kaïfa ‘anhu marfû’… »[16] L’Imâm e-Dhahabî a fait le commentaire suivant dans elUlû : « El Baïhaqî rapporte avec une chaîne narrative authentique, selon Abû e-Rabî’, selon ibn Wahb… »[17] El Hâfizh ibn Hajar souligne également dans Fath el Bârî : « D’après el Baïhaqî avec une chaîne narrative jaïd (potable)… »[18]

 

• Toujours d’après el Baïhaqî, selon sa propre chaîne narrative, selon Yahya ibn Yahya e-Tamîmî... Dans cette version, l’Imam dit : « el istiwâ ghaïr majhûl, wa el kaïf ghaïr ma’qûl… »[19] El Baïhaqî la rapporte également dans son livre el i’tiqâd (p. 56) avec la même chaîne narrative. Dans mukhtasar el ‘ulû (p. 141), e-Dhahabî considère au sujet de la version qui remonte à Yahya ibn Yahya e-Tamîmî, celle de Ja’far ibn ‘Abd Allah, et des autres, qu’elles sont certifiées selon l’Imâm Mâlik. Shams e-Dîn ibn ‘Abd el Hâdî a dit dans son livre el istiwâ (manuscrit) : « [cette annale] est authentique et certifié selon Malik »

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

 



[1] Voir : mu’jam maqâyis e-lugha d’ibn Fâris (4/112), lisân el ‘arab (15/83-87),  mufradât alfâzh el qur’ân de Râghib el Asfahânî (p. 345), tahdhîb e-lugha d’el Azharî (3/183-188).

[2] Tabaqât el hanâbila (2/296).

[3] Voir : sharh el usûl e-thalâtha de Sheïkh el Fawzân.

[4] Tâ-Hâ ; 5 Il est possible de dire pour l’istiwâ : Il S’est élevé sur/au-dessus de Son Trône (‘Alâ et ista’lâ) ou Il S’est établi sur/au-dessus de Son Trône (istaqarra) (N. du T.)

[5] Sharh jawharat e-tawhîd (p. 157).

[6] Ahl e-sunna el ashâ’ira(p. 76).

[7] Idem.

[8] Majmû’ el fatâwâ (4/147-148).

[9] Manhâj e-sunna (2/223-224).

[10] Tâ-Hâ ; 5 Il est possible de dire pour l’istiwâ : Il S’est élevé sur/au-dessus de Son Trône (‘Alâ et ista’lâ) ou Il S’est établi sur/au-dessus de Son Trône (Istaqarra).

[11] Cette annale est rapportée par une multitude de savants. Sheïkh ‘abd e-Razzâq el ‘Abbâd lui consacre une étude dans laquelle il recense dix élèves différents de l’Imam Mâlik qui l’attribuent à ce dernier. Dans le pire des cas, ces chaînes narratives se renforcent les unes les autres pour atteindre le degré de Hasan (bon). Que dire alors si l’on sait que, comme le formule l’Imam e-Dhahabî (voir : notamment mu’tasar el ‘ulû d’el Albânî p. 141) certaines ont un degré au-dessus ; autrement dit qu’elles sont sahîh (authentique) ! (Voir el Athar el mashhûr ‘an el imâm Mâlik fî sifa el istiwâ d‘abd e-Razzâq el ‘Abbâd).

[12] Voir : e-Tamhîd (7/138).

[13] Voir : el qâ’ida el marrâkushiya d’ibn Taïmiya.

[14] Voir : el huliya d’Abû Na’îm (6/325-326) ; e-Dhahabî l’a rapporte dans e-siar (8/100) avec la chaîne narrative d’Abû Na’îm.

[15] Voir : ‘Aqîda e-salaf (p. 38) ; E-Sâbûnî la rapporte également avec une autre chaîne narrative (p. 39), ainsi que l’Imâm e-Lalakâî dans Sharh usûl el i’tiqâd (3/398). La version d’ibn ‘Abd el Barr dans e-Tamhîd (7/151) (je me permets de ne citer pas la chaîne narrative) précise : « istiwâuhu majhûl, wa el fi’l minhu ghaïru ma’qûl… »

[16] Voir : el Asmâ wa e-Sifât (2/304).

[17] Voir : el mukhtasar (p. 141).

[18] Voir : Fath el Bârî (13/406-407).

[19] Voir : el Asmâ wa e-Sifât (2/305-306).

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Publié par mizab - dans Ash'arisme
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