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10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 16:16

environnement

 

 

L’intention dans les questions du takfîr

(Partie 4)

 

Le principe de précaution

 

Les savants établissent que la takfîr a lieu sur des choses qui sont claires, et qui n’offrent aucune circonstance atténuante au fautif. Ils font une distinction entre ce que l’on appelle mâ yudhâd el iman mi kulli wajh (qui s’oppose à la foi à tous les niveaux) et pour lequel le fautif devient un kâfir si les conditions sont réunies et les restrictions exclues ; et mâ lâ yudhâd el iman mi kulli wajh (qui ne s’oppose pas à la foi à tous les niveaux). Quant au deuxième cas, il incombe de l’interroger sur ses intentions, comme le Prophète (r) l’a fait avec Hâtib ibn Abî Balta’a.[1]

 

Ibn Taïmiya explique à ce sujet : « Le takfîr ne peut s’avérer pour des choses où plusieurs hypothèses sont possibles. »[2] La preuve, comme le souligne ibn Taimiya, c’est que celui qui se prosterne devant une idole avec le cœur tourné vers Allah ne devient pas un kâfir.[3] Ainsi, l’acte en lui-même peut passer de shirk akbar à bid’a et shrik asghar quand l’intention est vouée au Très-Haut. Le Comité des grands savants d’Arabie Saoudite a une fatwa (nº 9879) qui va dans ce sens, et qui fut rédigée sous l’autorité de Sheikh ibn Bâz, au sujet du tawâf autour des tombes. Sheïkh el Albani a la même fatwa sur celui qui égorge devant une tombe.[4] L’ancien mufti Mohammed ibn Ibrahim rejoint ce principe dans une fatwa où il parle également de ceux qui égorgent pour Allah devant des mausolées.[5] Même chose, pour celui qui prie devant un mausolée.[6] Ce dernier va plus loin, dans une fatwa traitant du cas de quelqu’un ayant insulté la religion d’un autre. Ce n’est pas évident, selon lui, qu’il voulait insulter l’islam. Il explique qu’il fallait tenir compte de la présomption d’innocence avant d’appliquer les peines corporelles.[7] Nous avons vu plus haut une parole de Sheïkh el Barrâk allant dans ce sens.

 

Sheïkh el ‘Uthaïmîn distingue entre ceux qui se moquent des barbus en parlant de leur personne et ceux qui s’attaquent réellement à la religion, bien que de toute façon la chose reste très périlleuse.[8]

 

C'est pourquoi ibn el Qaïyim souligne que le kufr au niveau des actes se partage entre ceux qui s’opposent à la foi à tous les niveaux et ceux qui ne s’y opposent pas, comme nous l’avons déjà vu dans un article précédent.[9] Ibn Rajab dira plus tard que même au niveau des paroles, il faut tenir compte des intentions.[10] El Albânî également à un discours qui va dans ce sens, et qui fut d’ailleurs peut-être mal interprété, wa Allah a’lam !

 

L’Imam Ahmed lui-même, comme le mentionne ibn el Qaïyim dans el badâi’ fut interrogé au sujet d’un homme qui traita de menteur le muézin au moment où ce dernier disait : ashhadu anna Mohammed rasûl Allah ! Il est possible, répondit-il, qu’il parlait du muézin sans faire allusion aux paroles qu’il prononçait.[11]

 

C'est pourquoi le musulman scrupuleux ne s’aventure pas sur un terrain aussi glissant. L’Imam ibn ‘Abd el Wahhâb l’a bien compris, quand il dit qu’il ne kaffar que pour les choses où règne le consensus, en parlant de l’attestation de foi. Il ne le faisait même pas pour le tarik e-salât par fainéantise, bien qu’il existe des textes sur la question, et que la tendance qui penche vers le takfîr est très forte.[12]

 

Dans riyâdh e-sâlihîn, e-Nawawî, pour sa part, explique au sujet du terme bawâh que pas la moindre ambigüité ne doit régner pour le devenir. Enfin, dans sharh qawâ’id el muthlâ, Sheikh el ‘Uthaïmîn est très sévère sur la question de kaffar les gouverneurs au premier abord, dans la mesure où ces derniers n’affichent pas ouvertement qu’ils autorisent moralement l’usure ou autre. La plupart du temps, ils sont ignorants et sont influencés par un mauvais entourage, et parfois même malheureusement par des mauvais savants.[13]

 

Ailleurs, il explique : « Il est possible que l’une des motivations qui poussent à appliquer des législations qui s’opposent à la religion, soit la menace que certains gens plus puissants font régner sur lui. Il cherche ainsi à se les concilier. C’est pourquoi, nous disons, qu’il n’est pas différent ainsi des autre pécheurs qui sont motivés par les mêmes raisons… »[14]

 

Le kufr extérieur est l’indice du kufr intérieur

 

Pour bien comprendre cette règle, il incombe de distinguer entre deux tendances :

 

Premièrement : les murjites pour qui le kufr ne se vérifie pas au niveau des paroles et des actes, mais ceux-ci sont la preuve du kufr.

 

Deuxièmement : certains traditionalistes pour qui le kufr a lieu au niveau des paroles et des actes, mais en même temps, il est l’indice du kufr i’tiqâdî (intérieur). Cette opinion est correcte en regard de l’interaction entre la foi et les actes, comme nous l’avons vu. Quand l’intérieur est corrompu, cela se reflète automatiquement sur les actes.

 

Dans son fameux ouvrage e-sârim el maslûl, ibn Taïmiya considère que le kufr extérieur est la preuve (dalîl) du kufr intérieur. Qu’on en juge : « La foi et l’hypocrisie puisent leur essence dans le cœur. Ce qui apparait dans les paroles et les actes ne sont que la conséquence (far’) et la preuve (dalîl)de ce qu’il y a dans le cœur. Ce qui permet de juger une personne, c’est qu’elle exprime extérieurement ce qu’elle a dans le cœur.

Allah (I) nous informe que les hypocrites prennent en dérision et portent atteinte à la personne du Prophète (r). C’est la preuve de leur hypocrisie et sa conséquence. Il va sans dire qu’une conséquence et qu’une preuve témoigne de la présence d’une essence (ou d’une origine ndt.). Ces éléments extérieurs confirment l’état d’hypocrisie chez une personne ; peu importe qu’elle le soit avant d’avoir prononcé sa parole, ou tout simplement en l’ayant prononcé. »[15]

 

Ainsi, les actes extérieurs sont la preuve des sentiments, et les mauvais sentiments s’extériorisent obligatoirement. On ne peut dénigrer avec le cœur et dans les paroles une personne qu’on encense et à qui on doit obéissance. Ces deux sentiments sont incompatibles et opposés. Quand l’un se manifeste dans le cœur, c’est en raison de l’absence de l’autre. Dénigrer le Prophète (r) s’oppose littéralement à la foi.[16] Qui peut oser dire qu’ibn Taïmiya rejoint les murjites ?

 

Dans un autre passage, ibn Taïmiya est encore plus éloquent. Il développe en effet : « Dans cet ordre, celui qui dément le Messager avec son cœur, qui le déteste, le jalouse, et qui refuse par orgueil de le suivre commet un crime plus grand que celui qui commet des mauvais actes (extérieurs) dénoués ce cette croyance, comme le meurtre, l’adultère, l’alcool, le vol. Quant aux actes de mécréance extérieurs comme se prosterner devant une idole, insulter le Messager, etc. c’est uniquement dans la mesure où ils impliquent la mécréance intérieure. Sinon, en supposant qu’en se prosternant devant une idole, sans intention de le faire à son attention, mais en ayant le cœur tourné vers Allah, cela ne relève pas de la mécréance.[17]

 

Cela peut même devenir autorisé, pour celui qui, se trouvant au milieu des païens, craint pour sa vie ; c’est ce qui le pousse à faire comme eux en apparence, tout en ayant l’intention de se tourner vers Dieu en se prosternant. Il est dit que certains savants musulmans et des gens du livre se livraient à ce genre de choses, avec des païens, qui se convertirent. Ils les appelèrent à la religion, sans afficher, au début, leur désaccord. » [18] 

 

D’après ‘Abd Allah ibn Abî Awfâ, lorsque Mu’âdh rentra du Shâm, il se prosterna devant le Prophète (r) en guise de salutation :« Que fais-tu Mu’âdhLui demanda-t-il ?

-           Je me suis rendu dans la région du Shâm, expliqua-t-il. Je les ai vus se prosterner devant leurs moines et leurs prêtres. Je me suis dit que nous devrions faire pareille envers toi. 

-         Ne le faites envers personne, rétorqua-t-il, si j’avais ordonné à un être humain de se prosterner devant un autre, j’aurais ordonné à la femme de se prosterner devant son mari [compte tenu des droits immenses qu’il concède sur elle]. Par Celui qui détient l’âme de Mohammad entre Ses Mains ! Elle ne remplira pas ses devoirs envers Allah tant qu’elle ne remplira pas ses devoirs envers lui. S’il la désire, elle ne doit pas se refuser à lui, quand bien même elle serait à dos de chameau. »[19]

 

En explication à ce hadîth, Sheïkh el Islam souligne : « Quant à l’humilité spirituelle, la dévotion du fond du cœur (qunût), la reconnaissance de la Seigneurie et de la divinité, celles-ci reviennent dans l’absolu à Allah Seul. Il est impossible et complètement faux que quiconque en dehors de Lui puisse s’arroger un tel droit.

 

Quant à la prosternation, c’est une pratique religieuse qu’Allah nous a imposé de faire devant Lui. Cependant, s’Il nous avait demandé de le faire devant une créature, nous l’aurions fait par obéissance envers Lui (dans la situation par exemple où Il aimerait que nous honorions l’une de Ses créatures). S’Il ne nous l’avait pas ordonné, nous ne l’aurions jamais fait. Les anges se sont prosternés devant Adam pour obéir, adorer Dieu, et se rapprocher de Lui à travers cela. Dans le cas d’Adam, c’est en guise d’honneur et d’encensement. Quant aux frères de Yûsaf, ils se prosternèrent devant lui en guise de salut. Ne vois-tu pas que si Yûsaf s’était prosterné devant ses parents, il n’y aurait rien eu à son encontre… »[20]

 

Ailleurs, il signe : « Les animaux se prosternaient devant le Prophète (r), bien qu’il n’adorent qu’Allah. Comment peut-on dire alors que la prosternation implique obligatoirement l’adoration ? Alors que le Prophète (r) est l’auteur des paroles : « Si j’avais ordonné à un être humain de se prosterner devant un autre, j’aurais ordonné à la femme de se prosterner devant son mari, compte tenu des droits immenses qu’il concède sur elle. » [21] Il va sans dire qu’il n’a pas dit : Si j’avais ordonné à un être humain d’adorer…»[22] Deux pages avant, il fait la distinction entre se prosterner « pour » une chose (avec encensement et révérence) et « devant » une chose.[23]

 

C’est ce qui nous pousse à parler du kufr el i’tiqâdî dans la partie suivante :

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 



[1] Voir : el umm de Shâfi’î (4/250).

[2] Voir : e-sârim el maslûl (3/963).

[3] Voir : majmû’ el fatâwâ (14/120).

[4] Ahkâm el janâiz (p. 203).

[5] Voir : el fatâwa (1/131).

[6] Idem. (1/132)

[7] Idem. (12/186).

[8] El majmû’ e-thamîn (1/65).

[9] E-salât (p. 55).

[10] Fath el Bârî (1/114).

[11] El badâi’ (4/42).

[12] E-durar e-saniya (1/102).

[13] sharh qawâ’id el muthlâ.

[14] Fitna e-takfîr.

[15] E-sârim el maslûl (p. 35)

[16] E-sârim el maslûl (p. 521-523, et 527).

[17] Autre traduction possible et qui est même peut-être plus précise : « Sinon, si, par coïncidence, il venait à se prosterner devant une idole… »

[18] Voir : majmû’ el fatâwâ (14/120).

[19] Hadîth rapporté par ibn Mâja dans son recueil (1853), Ahmed (21986), et ibn Abî Shaïba (4/305) ; Sheïkh el Albânî l’a authentifié dans sa correction de sunan ibn Mâja.

[20] Voir : majmû’ el fatâwâ (4/360).

[21] Hadîth rapporté par ibn Mâja dans son recueil (1853), Ahmed (21986), et ibn Abî Shaïba (4/305) ; Sheïkh el Albânî l’a authentifié dans sa correction de sunan ibn Mâja.

[22] Voir : majmû’ el fatâwâ (4/360).

[23] Voir : majmû’ el fatâwâ (4/358).

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Publié par mizab - dans Takfir
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