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9 février 2011 3 09 /02 /février /2011 18:02

(Partie 2)

 

Voir : el mâturîdiya (2/242-254) de Shams el Afghân qui, à l’origine, est une thèse universitaire ès Magistère. 

 

2- Nous avons vu que les hanafîs et, de façon plus générale, les gens de l’Est du monde musulman furent parmi les premiers à subir l’influence du kalâm. Il faut savoir que Jahm ibn Safwân, qui véhicula la pensée d’el Ja’d ibn Dirham, était originaire de Harrân. L’Imam Ahmed fait remarquer à son sujet que : « Des hommes parmi les adeptes d’Abû Hanifa et de ‘Amr ibn ‘Ubaïd à Bassora le suivirent … »[1] Par ailleurs, Bishr ibn Ghiyâth el Mirrîsî et le Qâdhî Ahmed ibn Abî Duwâd (m. 240 h.) et bien d’autres étaient hanafîs. Il n’est donc pas étonnant qu’el Mâturîdî de l’école Hanafî soit un fervent défenseur du Kalâm et l’un des acteurs ayant posé ses fondements au point d’en devenir l’une de ses plus grandes références, et le fondateur d’une école qui lui dédia son nom par la suite.

 

Harrân[2]était la cité des sabéens où Ibrahim serait né ; une autre hypothèse avance qu’il serait en fait venu d’Iraq. Ils construisirent plusieurs temples en hommage à la « cause première », au « premier intellect », au soleil, à la lune etc. La religion chrétienne s’est installée à Harrân[3] mais le sabéisme perdura jusqu’aux conquêtes musulmanes. Il resta toujours des philosophes sabéens dans le nord de l’Iraq et à Bagdad où ils exercèrent les professions de médecins et d’écrivains, mais certains d’entre eux ne se convertirent pas à l’Islam. El Fârâbî est passé par Harrân au quatrième siècle de l’Hégire. Il s’est inspiré de sa culture philosophique auprès de ses habitants. Le philosophe sabéen Thâbit ibn Qurra (m. 288 h.) avait déjà fait le commentaire de « la métaphysique » d’Aristote.

 

Il existe deux sortes de sabéens : les monothéistes et les polythéistes. Les monothéistes étaient soumis aux lois de la Thora puis à l’Évangile avant leur abrogation. À la première époque, les sabéens suivaient la religion d’Ibrahim fidèle à Dieu (hanîf). Par la suite, ils ont innové certaines formes d’associations et sont devenus païens. Les anciens Grecs adoraient un seul dieu et ils reconnaissaient qu’Allah avait créé l’univers. En fait, tous les païens en général, que ce soit les hindous ou les Arabes, étaient convaincus de la formation de l’Univers.[4]

 

3- Par ailleurs, en plus de l’influence sabéenne et païenne qui pesa sur les adeptes du ta-wîl et du ta’tîl, il faut compter l’apport juif comme nous l’avons vu. El Ja’d ibn Dirham est le premier à interpréter l’istiwâ d’Allah sur Son trône par istawlâ. Jahm, son élève, reprit cette opinion à son compte et en devint même la figure emblématique aux dépens de son maitre.[5]

 

4- L’i’tizâl primitif ne contestait ni les attributs divins ni le caractère incréé du Coran (khalq el Qur-ân), mais la tendance évolua sous l’influence de Jahm. Nous pouvons dire la même chose, comme nous l’avons vu, pour les partisans de l’école hanafite qui sombrèrent très tôt dans le jahmisme. L’Imam Ahmed témoigne en parlant d’ibn Safwân : « Il vouait à la mécréance tous ceux qui, accusés d’assimilateurs (mushabihha), qualifiaient Allah comme Il s’est qualifié Lui-même dans Son Livre, ou comme nous l’a informé Son Messager. Son discours en égara beaucoup. Des hommes parmi les adeptes d’Abû Hanifa et de ‘Amr ibn ‘Ubaïd à Bassora le suivirent. Il fondait la religion des jahmites. »[6]

 

5- Jahm périt, et Bishr, fervent défenseur de la question du khalq el Qur-ân, reprit le flambeau de la secte sans jamais l’avoir rencontré. La plupart des grandes références de l’Islam le sortirent de la religion (kaffara), comme Qutaïba ibn Sa’îd et Abû Zur’a.[7] L’Imam e-Lâlakâî recense 26 savants ayant appliqué le takfîr contre lui, dont ibn ‘Uyaïna, ibn el Mubârak, Yahyâ ibn Sa’îd, ibn Mahdî, Waqî’, ibn el Madînî, etc.[8]

 

6- L’un des grands facteurs ayant contribué à l’expansion du jahmisme dans les rangs des musulmans, est, à partir du deuxième siècle de l’hégire, la traduction de manuscrits anciens distillant l’héritage philosophique gréco-romain.[9]

 

7- Le siècle suivant, le jahmisme, véhiculé par Bishr el Mirrîsî et les sectateurs de sa hiérarchie, fit ravage. De nombreux anciens, comme Mâlik, Sufiân ibn ‘Uyaïna, ibn el Mubârak, Abû Yûsaf, e-Shâfi’î, Ahmed, Ishâq, el Fudhaïl ibn ‘Iyâdh, Bishr el Hâfî, Yahyâ ibn Sa’îd, ibn Mahdî, Waqî’, ibn el Madînî condamnèrent la secte. Si seulement la plupart d’entre eux prononcèrent contre elle le takfîr, tous s’entendirent à la condamner.[10]

8- Les premiers négateurs (nufât) imaginaient un Seigneur ayant uniquement des Attributs négatifs (sifât salbiya) ou des Attributs dit de relation ou d’annexion (idhâfiya), ou encore une combinaison des deux. L’Ami d’Allah Ibrahim fut confronté aux philosophes sabéens qui véhiculaient ce concept. Sous l’ère musulmane, des hommes comme Jahd ibn Dirham, et plus tard Abû Nasr el Fârâbî, s’inscrivirent dans leur lignée. Ce dernier visita Harrân et approfondit ses connaissances philosophiques des grands maitres sabéens de la ville. L’Imam Ahmed souligne que Jahm également fit ses premiers pas initiatiques à Harrân. Ainsi, la chaine pédagogique des jahmites remonte à des juifs ou à des philosophes sabéens ou païens.[11]

 

C’est la raison pour laquelle, les adeptes du ta-wîl s’inspirent plus des penseurs musulmans comme ibn Sîna que des grandes références traditionalistes des premiers siècles. Il leur arrive certes de reprendre certaines citations des anciens à leur compte, mais c’est uniquement pour les interpréter selon leur jargon. Et, quand toutes les portes de l’interprétation se ferment devant eux, ils ont recours au tafwîdh, en prétextant qu’Allah Seul est à même de pénétrer le sens des textes.

 

Ainsi, les vraies références des négateurs sont plutôt à chercher du côté des qarâmites, des tinites ésotéristes (ismaéliens, nusaïrites, etc.), et des philosophes athées ou soufies panthéistes, adeptes du monisme. Nous avons dans ce cercle ibn Sîna, el fârâbî, ibn ‘Arabî, ibn Sib’în, et les chefs de file des jahmites, avec à leur tête, Jahm et son maitre à penser el Ja’d, mais aussi Abû el Hudhaïl el ‘Allâf, Abû Ishâq e-Nadhdhâm, Bishr, Thumâma ibn el Ashras, etc.[12]

 

À suivre…

 

 

Par : Karim Zentici

 

 



[1] E-rad ‘alâ el jahmiya wa e-zanâdiqa (103-105).

[2]Harrân était la ville natale d’ibn Taïmiya. À l’âge de six ans, il prit la route de Damas au sein de sa famille pour échapper aux invasions mongoles. Il est intéressant de comparer cet événement avec l’annonce prophétique disant : « Il y aura émigration après émigration, et les hommes (dans une version les meilleurs hommes) vont se réfugier sur la terre d’émigration d’Ibrahim. » Rapporté par Ahmed (1/83, 198, 199). Ibrahim en effet a du fuir d’Iraq pour se réfugier sur les terres du Shâm. Les mauvais événements sont souvent précurseurs d’évènements heureux. Est-ce une bonne nouvelle à une époque où bon nombre d’Irakiens se sont installés en Syrie en vue d’échapper aux invasions… anglo-saxonnes ?

[3]Hélène la mère de l’Empereur Constantin était originaire de Harrân. Les savants et les moines chrétiens se sont rendu compte que les Romains et les Grecs n’allaient pas se détacher facilement du paganisme. C'est pourquoi ils leur ont concocté une religion à mi-chemin entre celle des prophètes et celle des païens. (Voir : E-rad ‘alâ el muntiqyîn (335).

[4]Idem. (328-334) ; Voir également : el hamawiya (p. 24, 25), et majmû’ el fatâwâ (5/20, 21).

[5]Voir : el hamawiya (p. 24), et majmû’ el fatâwâ (5/20).

[6] E-rad ‘alâ el jahmiya (103-105).

[7] Voir : Siar a’lâm e-nubalâ (10/199), wafiât el a’yân (1/277-278), el Kâmil d’ibn el Athîr (5/294) et el bidâya wa e-nihâya d’ibn Kathîr (10/281), lisân el mîzân (2/29-31), et târikh Baghdâd (7/56-67).

[8] Sharh usûl i’tiqâd ahl e-sunna wa el jam’âra (3/382-383).

[9] Voir : el hamawiya (p. 26-27), majmû’ el fatâwâ (5/22-24), et e-rasâil el kubrâ (1/436-437) d’ibn Taïmiya.

[10] Idem.

[11] Voir : el hamawiya (p. 25), majmû’ el fatâwâ (5/22), et e-rasâil el kubrâ (1/435-436).

[12] Voir : dar-u e-ta’ârudh d’ibn Taïmiya (5/359-360).

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Publié par mizab.over-blog.com - dans Ash'arisme
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