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9 février 2011 3 09 /02 /février /2011 17:59

(Partie 3)

 

Voir : el mâturîdiya (2/242-254) de Shams el Afghân qui, à l’origine, est une thèse universitaire ès Magistère.  

 

9- Nous avons vu que Bishr el Mirrîsî, et les hommes de sa hiérarchie étaient le fer de lance du ta-wîl et du ta’tîl. Par la suite, les Khalifes abbassides, qui s’étaient entourés de sournois conseillés à l’instar d’ibn Abî Duâd, l’instigateur de la « cabale » d’Ahmed, l’imposèrent à leurs sujets par la force. Par la suite, il devint facile à de grands spécialistes de la théorie spéculative d’abuser de la crédulité de la masse avec leur raisonnement trop subtil, pour injecter leur poison. Mohammed ibn Shujâ’ el Balkhî e-Thaljî alla jusqu’à composé un ouvrage truffé d’artifices pour le moins trompe-l’œil, mais surtout fallacieux, dans le but de faire passer le ta-wîl pour un principe établi. E-radd ‘alâ el mushabbiha fut l’un des plus grands porte-parole des idées du grand maitre Mirrîsî.

 

Force est de constater qu’aujourd’hui, les arguments brandis en avant par les adeptes de la secte ash’arite et de sa sœur siamoise le mâtirîdisme, n’est en fait que la copie conforme de ceux d’el Murrîsî et de son sinistre élève, e-Thaljî. Sheïkh el Islâm ibn Taïmiya fait remarquer que la plupart des interprétations métaphoriques en vogue dans les rangs des musulmans, et qui furent reprise par de grandes références ash’arites, ne sont en fait que les idées ténébreuses mirrîsites reformulées de façon différente. Il suffit pour s’en rendre compte d’ouvrir, avec un œil averti, ta-wîl mushkil el hadîth d’ibn Fawrk, ta-sîs e-taqdîs d’e-Razî, etc. Ces arguments pullulent dans le discours des grands leadersmu’tazilites, tels que l’initiateur d’Abû el Hasan el Ash’arî en personne, le fameux Abû ‘Alî el Jubbâî (m. 303 h.), mais aussi, plus tard, dans celui d’Abd el Jabbâr ibn Ahmed el Hamadânî (m. 315 h.), du hanafî Abû el Husaïn el Basrî (m. 436 h.), de son vrai nom Mohammed ibn ‘Alî.

 

L’influence mirrîsite se répandit même chez des grands auteurs hanbalites, comme Abû el Wafâ ibn ‘Aqîl (m. 400 h.), et de façon plus marquée chez les néo-ash’arites comme el Ghazâlî (m. 505 h.). Certes, certains de ces auteurs sont capables de critiquer le ta-wîl, et parfois même de belle façon, mais cela n’enlève rien au constat amer, qu’ils sont tous sous l’influence de leur ancêtre lointain, el Mirrîsî.

 

L’Imam ‘Uthmân ibn Sa’îd e-Dârimî consacra un livre entier contre les crimes de la pensée de Mirrisî. Ayant pour titre naqdh e-Dârimî ‘Uthmân ibn Sa’îd ‘alâ el kâdhib el ‘anîd fî mâ iftara ‘alâ Allah fî e-tawhîd, il étale les principales allégations mirrîsites qui furent reprises, par la suite, par les auteurs que nous avons cités ; soit en s’inspirant directement des citations de Bishr, soit en passant par des adeptes de son école. Notons que Bishr, le véritable maitre à penser des adeptes du kalâm, était, paradoxalement, beaucoup plus à l’aise avec les textes que ses futurs élèves. Il maitrisait encore mieux qu’eux l’outil de la raison. Cette réfutation d’e-Dârimî porte à notre connaissance la vraie méthodologie des anciens dans le domaine des Noms et attributs divins. Celle-ci pouvait se vanter d’avoir une argumentation forte et d’une extrême cohérence, contrairement aux piteux scolastiques.

 

La conclusion qui s’impose à l’esprit, après avoir eu connaissance de la position des anciens sur le mirrîsisme, c’est que les sœurs jumelles, l’ash’arisme et le mâturîdisme sont le sosie approximatif de leur père spirituel, el Mirrîsî.[1]

 

Pour ce qui est de l’influence de Mohammed ibn Shujâ’ el Balkhî e-Thaljî, celle-ci est plus que visible dans ta-wîl mushkil el hadîth d’ibn Fawrk. C’est pratiquement à partir de cette époque que les textes scripturaires de l’Islam ne faisaient plus autorité aux yeux des mutakallimîns dans le domaine des Noms et attributs divins.[2] E-radd ‘alâ el mushabbiha aura même fait des dégâts chez des spécialistes du hadîth, à l’exemple d’el Baïhaqî, l’élève d’ibn Fawrk.[3] Plus proche de nous, le baroque Kawtharî manifestait une énorme admiration pour e-Thaljî.[4] Si cela veut dire quelque chose, c’est qu’il existe un lien très étroit entre le jahmisme thaljite et le mâturîdisme khawtharite.

 

Or, en faisant une étude comparative des religions, on s’aperçoit avec force que le ta-wîl islamique ressemble étrangement au ta-wîl juif et chrétien. La ressemblance est telle qu’ils donnent l’impression d’avoir été nourrie aux mêmes mamelles. Les musulmans reprendront les procédés que les adeptes du judaïsme utilisaient pour tronquer les textes de la Thora.[5]

 

10- Le mu’tazilisme est très proche de la religion juive selon les propres aveux du chef fondateur de la secte mâturîdite, Abû Mansûr.[6] Ibn Taïmiya fait remarquer en effet que les rationalistes musulmans avaient des liens très étroits avec les juifs. Ces derniers se plaisaient à faire un parallèle entre leur crédo et les cinq principes mu’tazilites. Il était tout à fait normal pour eux de consulter les livres références des rationalistes musulmans. Ils en arrivèrent à avoir les mêmes raisonnements pour éluder les points obscurs de leurs enseignements qui touchent au « Théo ».

 

En parallèle, de nombreux soufis s’inspirent de l’ascétisme chrétien. L’apport des pratiques païennes que les chrétiens ont emprunté au paganisme d’antan fait rage dans les confréries musulmanes. En outre, les juifs sont des assimilateurs (mushabihha) anthropomorphistes en attribuant à Dieu des attributs humains perfectibles. Tandis que les chrétiens sont des mushabihha en attribuant aux humains des Attributs divins parfaits.[7]

 

On comprend mieux désormais le fameux adage d’ibn ‘Uyaïna : « Ceux qui, parmi nos savants, s’égarent ressemblent aux Juifs et ceux qui, parmi nos adorateurs, s’égarent ressemblent aux chrétiens. »[8]

 

On comprend mieux également d’où provient cette affinité mystérieuse que les orientalistes militants partagent avec les confréries soufies et les néo-rationalistes.

 

11- Nous avons vu qu’ibn Tarkhân el Fârâbî (m. 339 h.) était passé par Harrân dans son parcours initiatique. Il est le premier philosophe musulman à élargir les notions de la théologie grecque, aux enseignements de l’Islam comme dans son livre ârâ el madîna el fâdhila. Il est considéré comme le « deuxième philosophe » après Aristote.[9] À ses yeux, le philosophe est plus parfait qu’un prophète. Il fut frappé d’anathème par ibn Taïmiya.[10]

 

Ibn Sînâ (m. 428 h.) marcha dans les traces d’el Fârâbî. Il résuma la pensée aristotélicienne et péripatéticienne à laquelle il ajouta un discours religieux qu’il emprunta aux adeptes du Kalâm. Il réussit ainsi à donner plus de cohérence au discours des anciens, grâce à sa culture de la lumière prophétique.[11] De l’école hanafî, il était un « démon humain » pour reprendre l’expression d’ibn e-Salâh.[12] El Ghazâlî n’hésita pas à le sortir de la religion,[13] bien que lui-même fût un admirateur de la logique grecque. Ce dernier prétendit l’avoir apprise de la langue des prophètes, mais en fait il la trouva dans les écrits…. d’Avicenne, qui s’inspirait directement des œuvres d’Aristote.[14] El Kawtharî reconnaitra ce verdict d’el Ghazâlî contre le Raîs, mais cela ne l’empêchera nullement de prendre sa défense.[15] Ibn Sînâ était considéré par les mâturidites comme un wali auteur de miracles notoires[16] ; le grand savant diyûbandî el Kushmaïrî n’hésita pas à dire de lui qu’il n’était qu’un zindîq athée affilié à la secte ésotérique des qarmates.[17]

 

Pourtant, son ishârât wa e-tanbihât est la « Bible » des mutakallimîns.[18]

 

Plus d’un siècle plus tard, Le sinistre savant shiite e-Nasîr e-Tûsî[19] (m. 672 h.) prit la relève du ta-wîl et du ta’tîl. Il fit le commentaire de son livre vénéré el ishârât wa e-tanbihât d’ibn Sînâ, tout comme e-Râzî, mais ces derniers ne pénétraient pas toujours les subtilités de son discours.[20] Il y a beaucoup à dire sur Nasîr « el kufr », mais retenons en un mot qu’il n’avait aucun lien avec l’Islam ![21]

 

Voici l’un de ses plus grands faits d’armes : ce dernier composait des vers dans lesquels il adulait le Khalife abbasside el Musta’sam. Il fallut attendre l’année 655 h. pour qu’il montre son vrai visage. Il fut l’un des instigateurs de la chute de Bagdad et il se retrouva dans les troupes du sanguinaire Hulagu. Il assista au massacre des musulmans qui n’épargna ni femmes ni enfants ni vieillards.

 

Il ne voyait pas d’inconvénient à ce que les œuvres littéraires musulmanes sont jetées dans le Tigre dont l’encre des manuscrits avait changé la couleur. Son flot resta noir plusieurs jours durant. Ainsi s’en allait une partie précieuse du patrimoine islamique dans les domaines de l’Histoire, la Littérature, la Langue, la Poésie, etc. Sans parler des ouvrages religieux écrits de la plume des plus grandes références des premières générations. Une grande partie fut pourtant bien conservée avant ce drame culturel dont les dégâts n’avaient jamais eu d’équivalent.[22]

 

Pour mener à bien ce complot de haute trahison, il y avait au côté du grand Sheïkh imamite deux amis à lui. L’un, un vizir shiite duodécimain qui s’incarnait en la personne de Mohammed ibn Ahmed el ‘Alqamî ; et l’autre était un auteur mu’tazilite qui était plus shiite que les shiites. Bras droit d’ibn el ‘Alqamî, il avait pour nom ‘Abd el Hamîd ibn Abî el Hadîd.

 

Le Khalife el Musta’sam était bienveillant à l’égard d’ibn el ‘Alqamî à tel point qu’il en fit son vizir. Ce dernier en profita, dans son ingratitude, pour tramer sa machination. Encore aujourd’hui, les shiites se réjouissent des revers que les musulmans ont pu subir par les mains de Hulagu. Il suffit de feuilleter pour s’en rendre compte la biographie d’e-Nasîr e-Tûsî recensée dans leurs ouvrages spécialisés. L’un des derniers en date a pour titre rawdhât el jannât d’el Khûnsârî. Celui-ci consacre de fastueux éloges en l’honneur des traitres sanguinaires qui contribuèrent à la chute de Bagdad. Il éprouve un malin plaisir à l’idée que ce génocide qui n’a épargné ni femmes ni enfants ni vieillards ait fait autant de victimes. Les ennemis des musulmans les plus féroces n’oseraient pas, par pudeur, afficher un tel contentement.[23]

 

Bref, ces trois sombres personnages prennent une grande place dans le patrimoine de nos deux sectes jumelles…

 

Wa Allah a’lam !

 

Allah est Celui à qui nous demandons notre aide et sur qui nous reposons notre confiance ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Maître Mohammed, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !

 

Par : Karim Zentici

 



[1] Voir : el hamawiya (p. 26-27), majmû’ el fatâwâ (5/23-24), et e-rasâil el kubrâ (1/436-437).

[2] Voir : e-tankîl d’el Mu’allimî (1/26).

[3] Idem. (1/242).

[4]Voir ses annotations à tabyîn kadhib el muftarî (p. 370).

[5]Voir : e-sawâ’iq el mursala (1/361) d’ibn el Qaïyim.

[6]Voir : kitâb e-tawhîd (p. 87).

[7]Voir : dar-u e-ta’ârudh d’ibn Taïmiya (7/94-95).

[8]Voir notamment : tafsîr ibn Kathîr (2/351).

[9]Voir : el jawâb e-sahîh (3/214-215), et Majmû’ el fatâwâ (2/82).

[10]Voir : dar-u e-ta’ârudh (1/10) et Majmû’ el fatâwâ (2/67, 86).

[11]Manhâj e-Sunna (1/347-348).

[12]Fatâwâ ibn e-Salâh (1/209).

[13]Voir : tahâfut el falâsifa (p. 254) et el munqidh min e-dhalâl (p. 21).

[14] Voir : e-rad ‘alâ el muntiqyîn (14-15).

[15] Voir : Tabdîd e-zhalâm (p. 137) d’el Kawtharî

[16]Voir : el jawâhir el mudhiya (2/64).

[17]Voir : faïdh el Bârî (1/166).

[18]Voir : dar-u e-ta’ârudh d’ibn Taïmiya (6/19).

[19]Dans son livre el hukûma el islâmiya (p. 108), el Khumaïnî fait l’éloge du Khawâja Nasîr e-Dîn e-Tûsî et considère qu’il a offert d’honorables services à l’Islam. El Khûnsârî fait le même constat dans radhât el jannât (p. 579) qui fut imprimé en Iran en 1367 h.

[20]Idem. (9/333, 397, 401).

[21]Voir : ighâtha e-lahfân (2/380-381), et e-sawâ’iq el mursala (2/790, 3/1077-1078), tous deux d’ibn el Qaïyim.

[22]Il incombe de souligner ici que le petit-fils de Hulagu, Ghazan Khan lança sa horde contre les terres du Shâm en 699 h. Son vizir de l’époque n’était autre que le petit-fils de Nasîr « el Kufr » e-Tûsî qui se faisait appeler Asîl e-Dîn e-Tûsî. Damas fut victime de massacres, de viols, de vol des ouvrages religieux. Par la suite, Allah facilita à l’Imam, le mujâhid, Sheïkh Islam ibn Taïmiya de mener une initiative contre ce tyran qui essuya une cuisante défaite à la fameuse bataille de Shaqhab en 701 h.

[23] Voir : el kutût el ‘arîdha de Muhibb e-Dîn el Khatîb.

 

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Publié par mizab.over-blog.com - dans Ash'arisme
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commentaires

adil 04/04/2012 11:20


"les juifs sont des
assimilateurs (mushabihha) anthropomorphistes en attribuant à
Dieu des attributs humains perfectibles. Tandis que les chrétiens sont des mushabihha en attribuant aux humains des
Attributs divins parfaits.[7]"


 


il y a une erreur ou un oubli dans ce passage.

mizab 04/04/2012 16:24



 


 


Oui, en effet, il faudrait que je vérifie, quoi que l'expression est connue, les chrétiens sont des ghulat en attribuant aux hommes des particularités divines et les juifs ont du jafa ont
dénigrant le Créateur !


 


Je ne suis pas en mesure de le faire maintenant, mais ce passage mérite en effet d'être vérifié, baraka Allah fik !


 


rahimahu Allah imraan ahda ilaya ghuyub nasfi !


 


jazaka Allah kheir !