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28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 18:14

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La conception de la foi chez les ash’arites

(Partie 2)

 

La place des actes du cœur dans la pensée murjîte

 

Ibn Taïmiya explique qu’il existe trois sortes de murjites. Premièrement : Ceux qui disent que la foi s’avère uniquement dans le cœur. Ceux de cette tendance se divisent ensuite en deux catégories.

A-                Ceux qui entrent les actes du cœur dans la définition de la foi conformément à la plupart des sectes murjites, comme le relève Abu el Hasan el Ash’arî.

B-               Ceux qui n’entrent pas les actes du cœur dans la définition de la foi, comme Jahm et e-Sâlihî. El Ash’arî et la plupart de ses adeptes optent pour cette tendance.

 

Deuxièmement : ceux qui disent que la foi se résume à la parole verbale. Avant el karrâmiya, personne en particulier n’avait avancé cette opinion.

 

Troisièmement : tasdîq el qalb et qawl e-lisân. C’est la tendance notoire des fugaha et des pieux parmi eux.[1]

 

Or, el ‘Anbârî a compris en lisant ce texte que la plupart des murjites voient les actes du cœur, mais en réalité, il s’agissait de la première catégorie d’entre eux. Sinon, pour le reste, dont les murjiya el fugaha, ils n’entrent pas les actes du cœur dans la foi. C’est ce qui a poussé ibn Taïmiya, a les mettre au pied du mur en disant (pour reprendre la traduction d’un internaute) :

"S’ils n’incluent pas les actes du cœur dans la définition de la foi, cela implique de rejoindre les propos de Jahm et s’ils les incluent, cela implique qu’ils doivent inclure les actes extérieurs, car ces derniers y sont inhérents."

 

Il parle donc des murjiya el fugaha. Ils rejoignent ainsi Mohammed ibn Kullab, le maitre à penser d’el Ash’arî ; el Ash’arî pour sa part, a en fait deux opinions, une qui rejoint les traditionalistes et l’autre qui rejoint el jahmiya et e-salihiya.

 

Pour les murjiya el fugaha, les actes du cœur n’entrent pas dans la foi

 

Ainsi, pour eux (ibn Kullab et les murjiya el fugaha) la foi c’est le qawl e-lisân et le tasdîq el qalb, ou le tasdîq et l’iqrâr. Certains d’entre eux ajoutent la ma’rifa au tasdîq, comme le souligne ibn ‘Abd el Barr.[2] Ils résument donc la foi dans le qawl ou le mantiq (la parole), soit qawl el qalb et qawl e-lisân.

 

Ainsi, Jahm, e-Sâlihî, et el Ash’arî s’accordent avec les murjiya el fugaha sur le fait que les actes du cœur ne font pas partie de la foi. La différence, c’est que les derniers reconnaissent qawl e-lisân. Ailleurs, ibn Taïmiya explique que ces deux tendances confinent la foi dans le domaine du qawl. Il dit explicitement que la tendance qui adhère à qawl el qalb et qawl e-lisân, c’est la tendance notoire des murjites. Je vous laisse deviner de qui il parle !

 

Les premiers parlent du qawl el qalb et les deuxièmes du qawl el qalb wa e-lisân. Quand ils s’entendent à sortir les actes de la définition de la foi, ils entendent par là notamment, ‘amal el qalb et ‘amal e-lisân. Ibn Taïmiya nous apprend que Hammad ibn Sulaïmân, le Sheïkh d’Abu Hanîfa est le premier à dire que la foi se résume au qawl, en parlant du qawl e-lisân et du qawl el qalb. Ainsi, de nombreux murjites sortent les actes du cœur de la définition de la foi.[3]

 

Ibn ‘Abd el ‘Izz explique qu’en disant : aimer les Compagnons fait partie de la foi, e-Tahawî se contredit, puisque le hubb est un acte du cœur alors que son Sheïkh Abû Hanîfa n’introduisait pas les actes du cœur dans la définition de la foi. Il existe deux sortes de ‘amal : ‘amal el qalb et ‘amal el jawârih.[4] C’est ce qui pousse les murjites toutes tendances confondues à dire que les actes extérieurs ne font pas partie de la foi, sauf que pour certains, ils en font partie majâzan (de façon métaphorique), et qu’il est possible d’avoir une foi parfaite sans ne fournir aucun acte extérieur.

 

Or, pour être plus complet, il faut savoir que certains chercheurs considèrent que le tasdîq, c’est le ‘amal el qalb et que la ma’rifa, c’est qawl el qalb, en sachant que la limite entre le tasdîq et la ma’rifa est très subtile, c’est pourquoi, beaucoup n’en tiennent pas compte, wa Allah a’lam !

 

Dans certains passages, l’Imam Ahmed semble faire une distinction entre la ma’rifa et le tasdîq. Le premier correspondrait à qawl el qalb et le deuxième à ‘amal el qalb. Abû Thawr semble également utilisé le tasdîq pour désigner à la fois qawl el qalb et ‘amal el qalb. Pour trancher, il est possible de dire, comme l’établit implicitement ibn Taïmiya que le tasdîq implique ou est accompagné ou réclame ce que je j’appelle naw’ min ‘amal el qalb ou certains éléments du ‘amal el qalb comme le hubb, la khashya et le tawakkul. ibn el Qaïyim parle de l’inqiyâd.[5]

 

Mais, en réalité, cela ne reste pas clair. Il faudrait peut-être qu’un chercheur fasse une étude approfondie sur le sujet, si ce n’est déjà fait, et ce qui n’est pas dans mes compétences. Cette zone d’ombre pousse ibn Taïmiya à dire que la différence entre la ma’rifa et le mujarrad e-tasdîq dépourvu de l’inqiyâd et qui touche tous les deux à qawl el qalb est très subtile. La plupart des érudits contestent cette différence, en admettant qu’elle soit juste. Il n’est pas pertinent d’imposer aux hommes une chose qu’il est pratiquement impossible de se représenter. Ainsi, la théorie d’bn Kullâb et de son élève Abu el Hasan el ‘Ash’arî qui repose sur la différence entre les deux notions est complètement erronée. Les adeptes d’el Ash’arî eux-mêmes ne leur concèdent pas, et ne font pas cette différence.

 

Aux yeux d’ibn Taïmiya, il serait extrêmement difficile à l’individu de faire la différence entre son savoir (‘ilm) et son tasdîq dépourvu de l’inqiyâd et des autres ‘amal el qalb.[6] C’est peut-être ce qui explique le passage :

 

"S’ils n’incluent pas les actes du cœur dans la définition de la foi, cela implique de rejoindre les propos de Jahm et s’ils les incluent, cela implique qu’ils doivent inclure les actes extérieurs, car ces derniers y sont inhérents."

 

Dans le sens où entre les deux, leur cœur balance, wa Allah a’lam !

 

Mais, nous allons essayer de donner quelques éléments de réponses. Nous avons déjà vu que pour les murjiya el fuqaha, la foi se confine dans le qawl, soit qawl el qalb et qawl e-lisân. Creusons un peu maintenant dans la conception de la foi chez les jahmites, et l’énigme se dissipera un peu plus.

 

Dans Majmû’ el fatâwa, ibn Taïmiya établit que la foi chez les jahmites se résume à mujarrad ma’rifa el qalb. C’est la pire des définitions de la foi. C’est pourquoi, les anciens comme Wakî’ et l’Imam Ahmed ont kaffar les auteurs d’une telle conception.[7]

 

Ailleurs, ibn Taïmiya dit qu’elle se résume, à leurs yeux :

-                  au tasdîq qui est la ma’rifa. Celui qui renferme cette croyance, soit le ‘ilm est un croyant parfait, car selon eux, la foi est indivisible, si on enlève une partie, elle s’annule entièrement.

-                  Mujarrad tasdîq el qulb wa ‘ilmuhu, cette tendance est celle de Jahm, e-Sâlihî, l’une des tendances d’el Ash’arî, et la plupart des ash’arites.

-                  Qawl el qalb (‘ilm).

-                  Mujarrad el ‘ilm.

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 



[1] Majmû’ el fatâwa (7/195).

[2] E-tamhîd (9/238).

[3] El îmân (p. 281-282).

[4] Voir : sharh el ‘aqîda e-tahâwiya.

[5] Voir : nawâqidh el îmân el i’tiqâdiya du D. Mohammed el Wuhaïbî (1/38-43).

[6] Majmû’ el fatâwa (7/397-400).

[7] Idem. (8/229-230).

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Publié par mizab - dans Takfir
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