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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 16:19

Desert-Oasis-Libya

 

 

 

La condamnation publique du gouverneur

(Partie 3)

 

La médisance

 

Allah (I) révèle : (Les croyants sont des frères alors conciliez entre vos frères et craignez Dieu, ainsi bénéficierez-vous de Sa Miséricorde • Ô croyants ! Un clan d’hommes ne doit pas se moquer d’autres hommes, car ils peuvent être meilleurs qu’eux, et un clan de femmes ne doit pas se moquer d’autres femmes, car elles peuvent être meilleures qu’elles. Ne vous dénigrez pas et ne vous appelez pas par des sobriquets les uns les autres ; il est si vilain d’avoir un nom pervers après avoir embrassé la foi. Celui qui ne s’en repent pas fait vraiment partie des injustes. Ô croyants ! Évitez bon nombre de suspicions, car certaines suspicions sont des péchés ; ne vous épiez pas et ne médisez pas les uns sur les autres ; plairait-il à l’un d’entre vous de manger la chair du cadavre de son frère ; cela vous serait plutôt répugnant ; alors, craignez Dieu et sachez qu’Allah est Absoluteur et Tout Miséricordieux).[1]

 

Selon Abû Huraïra, quelqu’un demanda : « Cher Messager d’Allah ! Qu’est-ce que la médisance ?

-                    C’est de dire sur ton frère ce qui lui déplait.

-                    Vois-tu, si je dis la vérité sur lui ?

-                    Si tu dis la vérité sur lui, tu auras médis contre lui, mais si tu ne dis pas la vérité, tu l’auras alors calomnié. »[2]

 

La calomnie consiste à proférer des propos mensongers à l’encontre de quelqu’un. Selon Jâbir ibn ‘Abd Allah, nous avons senti une odeur répugnante en présence du Messager d’Allah (r). Dès lors, il s’est exclamé : « Vous savez quelle est cette odeur ? C’est l’odeur de ceux qui médissent sur les musulmans. »[3] D’après un Hadith qu’Abû Huraïra fait remonter au Prophète (r) : « Il sera demandé le jour de la résurrection à quiconque commet de la médisance sur terre de s’avancer pour entendre au sujet de sa victime : mange de son cadavre comme tu as mangé sa chaire de son vivant. Dès lors, il va le manger avec répugnance en poussant des cris. »[4] Selon ibn Mas’ûd : « La pire bouchée que l’on peut avaler, c’est de médire sur le dos du croyant. »[5]

 

Selon Abû Bakra (t), le Messager d’Allah (r) a déclaré dans son sermon le jour du sacrifice à Mina, au cours du Pèlerinage de l’Adieu : « Votre sang, vos biens, et votre honneur vous sont aussi sacrés que cette terre, en ce jour, et en ce mois. Ai-je bien transmis le message ? »[6]

‘Amr ibn el ‘As est passé à la tête d’un groupe devant la dépouille d’une mule qui avait déjà gonflée. Il s’est dès lors écrié : « Par Allah ! Il vaut mieux pour l’un d’entre vous de remplir son ventre de cette dépouille que de  manger la chair de son frère. »[7]

 

Selon Anas (t), le Messager d’Allah (r) a affirmé : « Au cours de mon Ascension, je suis passé devant des gens qui avaient des ongles en argent avec lesquels ils se griffaient le visage et le corps. J’ai alors demandé : Jibrîl ! Qui sont ces gens ?

-                   Ces gens-là mangeaient la chaire des autres et entachaient leur honneur. »[8]

 

Selon Ya’lâ ibn Shabâba, en passant devant une tombe dont l’occupant se faisait châtié, le Prophète (r) s’est exclamé : « Cet homme mangeait la chaire des gens. » Il a ensuite demandé qu’on lui apporte une tige fraîche, etc.[9] Manger la chaire de son prochain est valable tant pour la namîma que pour la médisance ; tous deux relèvent des grands péchés.

 

Ibn Hibbân a authentifié l’une des versions du hadith d’Abû Huraïra avec l’énoncée suivante : « L’autre portait atteinte au gens avec sa langue, en semant entre eux la discorde. » Dans ce registre, selon Hudhaïfa, j’ai entendu dire le Prophète (r) : « Le calomniateur (qattât) n’entrera pas au Paradis. »[10]

 

Selon ibn Mas’ûd (t), le Prophète (r) a déclaré : « Vous dirais-je qu’est-ce que la ‘adha ? C’est la namîma ; le commérage. »[11] ‘Adha le sens de « mensonge », « calomnie », et le commérage correspond aux bavardages qui installent la dispute entre les gens.

 

Le Prophète (r) a dit également : « Savez-vous qu’est-ce que le ‘adha ?

-                   Allah et Son Messager le savent mieux, ont répondu les Compagnons.

-                   C’est de colporter les rumeurs entre les gens dans le but de semer entre eux la discorde. »[12]

 

Selon Asmâ bint Yazîd, le Prophète (r) a dit : « Vous dirais-je qui sont les meilleurs d’entre vous ?

-                   Bien sûr !

-                   Ceux dont la vue évoque le Seigneur.

-                   Vous dirais-je qui sont les pires d’entre vous ?

-                   Bien sûr !

-                   Ceux qui sèment la discorde, qui divisent entre les frères, qui font du tort, et qui recherchent l’embarras. »[13]

 

Pourtant, comme le souligne ibn Daqîq el ‘Îd, l’honneur des musulmans est précieux ; deux catégories d’individus qui y sont confrontés, jouent, en permanence, avec le feu : les traditionnistes et les gouverneurs (les juges).[14]

 

Comment s’adresse-t-on au sultan ?

 

(Rendez-vous chez Pharaon qui s’est rendu rebelle et tenez-lui un doux langage, ainsi se reprendra-t-il ou va-t-il s’émouvoir (craindre))[15] ; [et dites aux gens de belles paroles][16] ; (Appelle au chemin de Ton Seigneur avec sagesse et le bon sermon, et polémique avec eux de la meilleure manière)[17] ; (Ô croyants ! Craignez Allah, et prononcez des paroles pertinentes, Il raffermira vos œuvres et vous pardonnera vos fautes • Celui qui obéi à Allah et à son Messager, acquerra alors un succès immense).[18] 

 

Selon ‘Âicha l’épouse du Prophète (r), ce dernier a dit : « la douceur ne se trouve pas dans une chose sans l’embellir, et elle n’est pas ôtée d’une chose sans la nuire. »[19]

 

Selon Abû Huraïra (t), j’ai entendu dire le Prophète (r) : « Une parole prononcée à la légère peut faire trébucher l’individu en Enfer à une distance plus longue que celle entre l’orient et l’occident. »[20]

 

Selon Bilâl ibn el Hârith el Muzanî (t), le Messager d’Allah (r) a affirmé : « Allah (I) écrit Son Agrément pour une parole prononcée par un individu n’ayant pas pensée qu’elle aurait pu attendre ce mérite, et cela jusqu’au Jour de Sa rencontre. Et Il (r) écrit Sa Colère pour une parole prononcée par un individu n’ayant pas pensé qu’elle aurait pu atteindre cette gravité, et cela jusqu’au Jour de Sa rencontre. »[21]

 

Selon ‘Abd Allah, le Prophète (r) a dit : « Le croyant n’est pas injurieux, pervers, grossier, et il n’est pas porté à maudire. »[22] Selon Mujâhid, ibn ‘Abbâs a dit : « Si tu veux parler des défauts de ton prochain, parle d’abord des tiens. »[23]

 

Ibn ‘Abbâs dit pour sa part : « Si Pharaon lui-même me disait : « qu’Allah te bénisse », je lui répondrais : « et toi de même », alors qu’il est mort. »[24]

Un jour, Usâma ibn Zaïd (t) fut interpellé en ces termes : « Ne devrais-tu pas te rendre chez ‘Uthmân pour lui parler ?

-           Pensez-vous que je devrais attendre pour lui parler de le faire en votre présence, fustigea-t-il ? Par Allah ! Je lui ai parlé entre lui et moi, sans pousser une porte que je n’aimerais pas être le premier à ouvrir. »([25])

En commentaire à cette annale, el Qâdhî ‘Iyâdh – qu’Allah lui fasse miséricorde – explique : « Usâma veut dire qu’il ne veut pas ouvrir la porte de la condamnation publique de l’Imam, car il a conscience des mauvaises conséquences que cela peut engendrer. Prodiguer un conseil avec douceur et en privé est plus à même de porter ses fruits. »([26])

 

Selon ibn ‘Abbâs – qu’Allah les préserve son père et lui –, le Messager d’Allah (r) a dit : « Quiconque voit chez son émir une chose qu’il réprouve, il doit l’endurer, car celui qui vient à mourir en s’ayant écarté d’un empan du groupe, meurt à l’état de l’ère païenne. »([27])

 

Selon ‘Iyâdh ibn Ghanm (t), le Messager d’Allah (r) affirme : « Celui qui veut donner conseil au sultan, il ne doit pas le faire en public, mais il doit le prendre [seul ndt.] par la main. S’il accepte, c’est tant mieux, sinon il aura accompli son devoir. »([28])

Selon Anas ibn Mâlik (t), les grands parmi les Compagnons nous ont avertis en ces termes, le Messager d’Allah (r) préconise : « N’insultez pas vos émirs, ne les trompez pas, ne les détestez pas, mais craignez Allah et patientez, car le moment est proche. »([29])

 

Selon Ziyâd el ‘Adawî, j’étais avec Abû Bakra au pied du minbar (chaire ndt.) d’ibn ‘Âmir qui faisait un sermon. Comme il portait un vêtement transparent, Abû Bilâl s’exclama : « Regardez l’émir, il porte les habits des pervers !

-          Tais-toi ! Répondit aussitôt Abû Bakra. J’ai entendu dire le Messager d’Allah (r) : « Allah méprise quiconque méprise le pouvoir (sultan) d’Allah sur terre. »([30])

 

Ainsi, comme le préconise ibn Nahhâs, il vaut mieux s’adresser au Sultan en privé, et de préférence, sans aucun témoin pour éviter tout scandale.[31]

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/



[1] Les appartements ; 10-11

[2] Hadithbon et authentique ; il est rapporté par Muslim (6536).

[3] Hadithconsidéré bon ; voir el adab el mufrad(252).

[4] Hadithdont la chaîne narrative est bonne selon ibn Hajar el ‘Asqalânî dans Fath el Bârî (10/470). D’autres spécialistes à l’exemple de Sheïkh el Albânî l’ont considérée faible.

[5] Voir : Fath el Bârî (10/470).

[6] Rapporté par el Bukhârî et Muslim, voir : Sahîh e-targhîb wa e-tarhîb (2828).

[7] Hadithdont la chaîne narrative est authentique. Voir : el adab el mufrad (253).

[8] Hadith authentique. Voir : Sahîh e-targhîb wa e-tarhîb(2839).

[9] Voir : Fath el Bârî (10/471).

[10] Rapporté par el Bukhârî (5709) et Muslim (287).

[11] Voir : Sahîh el jâmi’ (2630).

[12] Hadith authentique ; voir : ailsilat el ahâdîth e-sahîha (845).

[13] Hadith considéré bon ; voir : silsilat el ahâdîth e-sahîha (1646).

[14] El iqtirâh fî bayân el istilâh d’ibn Daqîq el ‘Îd (p. 30).

[15] Ta-Ha ; 43-44

[16] La vache ; 83

[17] Les abeilles ; 125

[18] Les coalisés ; 70-71

[19] Rapporté par Muslim (2594).

[20] Rapporté par el Bukhârî (6112) et Muslim (50).

[21] Hadith bon et authentique ; voir : sahîh e-targhîb wa e-tarhîb (2878).

[22] Hadith authentique ; voir :Silsilat el ahâdîth e-sahîha de l’Albânî (320).

[23] Ce Hadith cité par ibn Kathîr dans son exégèse a été jugé faible par Sheïkh el Albânî ; voir : el adab el mufrad (328).

[24] Rapporté par el Bukhârî dans el adab el mufrad (1113), et fut authentifié par el Albânî dans sa recension de ce dernier (852).

([25]) Rapporté par Ahmed dans el musnad 36/117 (21784), el Bukhârî (3267) et Muslim (2989) auquel les termes cités en haut reviennent.

([26]) Fath el Bârî 13/67 (7098).

([27])Rapporté par Ahmed 4/290 (2487), el Bukhârî (7054), et Muslim (55, 1849).

([28]) Rapporté par Ahmed 24/48-49 (15333), et ibn Abî ‘Âsim dans e-sunna 2/507 (1096).

([29]) Rapporté par ibn Abî ‘Âsim dans e-sunna 2/474 (1015), et el Baïhaqî dans el jâmi’ li shu’ab el îmân 10/27 (7117).

([30]) Rapporté par Ahmed dans el musnad 34/79 (20433), et e-Tirmidhî auquel les termes cités en haut reviennent et qui a fait ensuite le commentaire suivant : « Ce hadîth est bon et singulier. »

[31] Tanbîh el ghâfilîn (p. 55) ; voir également : saïl el jarrâr de Shawkânî (4/552).

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