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30 mars 2013 6 30 /03 /mars /2013 09:31

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La divergence entre traditionalistes

(Partie 1)

 

Louange à Allah le Seigneur de l’Univers ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !

 

Voir notamment : el ibâna de Mohammed el Imâm, qui fut préfacé par cinq sheïkh du Yémen, et lu et révisé par Sheïkh Rabî’.

 

Introduction 

 

Il existe deux types de divergences : l’un qui relève de la variété d’opinions et l’autre des opinions contraires. Dans le premier type, nous avons notamment deux tendances différentes toutes aussi légitimes l’une que l’autre (les variantes de lecture, de l’adhân, du nombre de takbîr pour la prière mortuaire et de l’aïd, formule d’introduction à la prière, du tashahhûd, prière de la peur, etc.), indépendamment de savoir si les unes sont plus méritoires que les autres. Le Législateur condamne fermement la division dans ce domaine, qui nait souvent des passions poussant à préférer sa tendance à celle de l’autre pour laquelle on éprouve un repoussement.

• Dans cette catégorie, nous avons également deux opinions voulant dire la même chose, mais de façon différente (choix du vocabulaire technique, des expressions, des définitions, des répartitions, etc.). Malheureusement, l’ignorance et l’injustice incitent à dénigrer l’autre opinion, qui pourtant est la même.

• Dans cette catégorie, nous avons aussi deux opinions qui sont certes différentes, mais sans s’opposer l’une à l’autre. Autrement dit, les deux sont justes, pour ne pas dire qu’elles veulent dire la même chose. Les disputent qui touchent à cette catégorie sont courantes.

• Dans cette catégorie, nous avons un groupe qui adopte un procédé approuvé par le Législateur, mais qui entre en conflit avec un autre groupe ayant adopté un autre procédé tout aussi légitime. Là aussi, quand l’ignorance et l’injustice (mauvaises intentions) s’en mêlent, elles font des dégâts.

 

L’autre type de divergence, qui relève des opinions contraires, touche aussi bien aux éléments fondamentaux (usûl) que subsidiaires (furû’) de la religion. Selon la grande majorité des savants, il n’y a qu’une bonne opinion dans ce domaine. L’expression disant que, pour une question donnée, chaque savant a raison, porte sur les divergences de type complémentaire (ikhtilâf tanawwa’), non contradictoire (ikhtilâf tadhâd) car inconjugables.

 

Néanmoins, souvent, une opinion fausse s’appuie sur des éléments ou des arguments justes. Il n’est donc pas pertinent d’entièrement la rejeter. C’est le cas des divergences qui opposent les traditionalistes dans les questions qui touchent au destin, aux Attributs, aux Compagnons. La plupart des divergences entre légistes des générations récentes sont de ce type. Les divergences entre innovateurs posent moins problème, car plus évidentes.

Ainsi, les divergences de type complémentaire donnent raison aux deux opinions en présence, et sont tolérées par le Coran. Le problème, comme nous l’avons vu, c’est quand les passions s’en mêlent, et qu’on s’attaque impunément à la partie adversaire.[1]

 

Les divergences naissent souvent des incompréhensions

 

Seuls les textes du Coran et de la sunnasont à même de trancher sur les divergences qui touche aussi bien aux éléments fondamentaux (usûl) que subsidiaires (furû’) de la religion. Sans y retourner, les arguments des uns et des autres restent infondés et aucune des parties en présence n’est à même de savoir où est la vérité. Si ce n’était la Miséricorde divine qui s’étendait sur eux, ils ne se toléreraient pas et ne se supporteraient pas les uns les autres. Sous l’ère des deux trois premiers Khalifes, les cœurs étaient encore soudés grâce à cette bienveillance du ciel, mais par la suite, la division (ikhtilâf madhmûm) déchira les rangs à coups « d’excommunication » réciproque (takfîr, tafsîq) au meilleur des cas, mais les choses pouvaient aller plus loin. Emprisonnement, torture, et mise à mort étaient le sort que réservaient les innovateurs, à l’instar des kharijites, à leurs adversaires.[2] 

 

Les causes de la mauvaise divergence

 

La division entre deux groupes provient soit des mauvaises intentions mues, entre autres, par l’animosité, la jalousie, et l’amour du pouvoir. C’est ce qui pousse à dénigrer l’autre tendance et à vouloir le dessus sur elle. En parallèle, on est enclin au discours de celui avec qui on lié par l’amitié, la même tendance, école, région, etc. Il y a un intérêt à le défendre, car il rapporte honneur et pouvoir. Ce genre de conflit, qui est courant entre les hommes, nait de l’injustice.

 

Soit, la division provient de l’ignorance dans le sens où les parties en présence ne pénètrent pas les tenants et les aboutissants de la question qui les sépare. Il est possible également qu’elles n’aient pas connaissance de la preuve textuelle sur laquelle s’appuie l’autre ou tout simplement qu’elles ne soient pas capables de détecter la part de vérité qui se trouve chez l’autre, quand bien elles maitriseraient leurs propres arguments. L’ignorance et l’injustice sont à l’origine de tous les maux entre les êtres humains, comme le révèle le Verset : [L’homme l’a alors prise, il était certes un grand injuste et un grand ignorant].[3]

 

La négligence dans l’application des lois est susceptible d’engendrer la mauvaise divergence

 

Le Coran nous apprend qu’Allah insuffla entre les chrétiens la haine et l’animosité jusqu’à la fin du monde, pour avoir délaissé en partie Sa Loi. Les musulmans qui dénotent la même négligence, toute proportion gardée, ont droit à leur part de division.[4]La division va entrainer leur perte, contrairement à l’union qui est à l’origine de la réforme et de la bonne santé du groupe. C'est pourquoi l’union est une miséricorde alors que la division est un châtiment.[5] L’innovation est rattachée à la division comme la Tradition est rattachée à l’union. C'est pourquoi on dit les gens de l’union et de la Tradition en opposition aux gens de la division et de l’innovation.[6] La miséricorde est du côté des traditionalistes et le châtiment du côté des innovateurs proportionnellement à leur éloignement de la vérité.[7]

 

Même la divergence tolérée peut engendrer la perdition

 

Le Prophète (r) a interdit la divergence qui implique de renier la vérité qui se trouve chez la partie adverse. La chose est si grave qu’elle entraina la perte des civilisations anciennes. La leçon est d’éviter le plus possible d’imiter les damnées en veillant à l’unité du groupe. Malheureusement, la division qui déchire les musulmans est de cet ordre. Avoir raison sur un point ne serait ce qu’en partie, ne justifie pas de rejeter la vérité qui se trouve chez l’autre. C’est ce qui fait qu’on peut avoir raison d’un point de vue, mais avoir tort en refusant d’admettre la divergence, quand elle est de type complémentaire. L’ignorance consiste souvent à démentir une chose qu’on ne connait pas, car il est plus facile de cerner ce qu’on connait.  Autrement dit, contrairement à ce qu’on connait, ce qu’on ne connait pas n’a pas de limite.[8] 

Notons que la divergence tolérée dans les points subsidiaires de la religion peut prendre de mauvaises proportions, si celle-ci est accompagnée des passions. L’effort d’interprétation n’est donc pas blâmable en lui-même, quand le seul but est la recherche de la vérité.[9]

 

Les passions subtiles

 

Sheïkh el Islam ibn Taïmiya nous révèle : « Parmi les éléments en relation avec ce point : nous devons savoir qu’un grand homme au niveau du savoir et de la piété, parmi les Compagnons, leurs successeurs, et tous ceux qui viendront après eux jusqu’à la fin du monde, qu’ils soient d’ahl el Baït ou non, peut très bien faire un effort d’interprétation basé sur des conjectures, voire des passions subtiles qui auront de mauvaises conséquences. Il ne convient pas de le suivre sur son erreur, bien qu’au même moment, il compte parmi les pieux et les élus de Dieu.

Malheureusement, ce genre d’erreur perturbe deux catégories d’individus :

-          Ceux qui l’encensent, et qui veulent absolument lui donner raison et le suivre dans son erreur.

-          Ceux qui le condamnent et qui remettent en question à cause de cette erreur sa piété et son statut de wali. Ils vont jusqu’à douter de sa crédibilité et qu’il soit des habitants du Paradis.

Or, ces deux voies contraires sont aussi égarées l’une que l’autre.

 

Les gens des passions parmi les kharijiteset les rafidhites, notamment, se sont égarés par cette porte. Quant aux traditionalistes qui suivent la voie de la modération encensent tous ceux qui le méritent ; ils les aiment et les prennent pour alliés, tout en gardant la vérité entre les yeux. Ils encensent la vérité et sont cléments envers les hommes. Ils savent pertinemment qu’un même homme peut avoir des bons et des mauvais côtés (récompenses/péchés) ; il est louable d’un côté, et blâmable d’un autre côté ; il mérite une récompense d’un côté et est passible du châtiment d’un autre côté ; on l’aime d’un côté et on le déteste d’un autre côté. Cette tendance est celle des traditionalistes, et s’oppose notamment aux kharijites et aux mu’tazilites. »[10]

 

Shawkânî fait remarquer qu’un chauvinisme très subtil se cache souvent dans les débats entre deux savants respectables les poussant, éventuellement, à chercher tout ce qui leur tombe sous la main en vue de conforter leur position et faire flancher celle de l’autre, quand bien même ils seraient convaincus qu’elle est plus forte. Les plus objectifs et impartiaux ne sont pas épargnés par ce sentiment, surtout en présence de témoins. Il est extrêmement difficile dans ces conditions de faire abstraction de son orgueil. Peu se font violence et acceptent de perdre la face, au nom de la vérité.[11]

 

Dhahabî note que les savants de même hiérarchie ne sont pas épargnés par les passions subtiles. Quand l’un d’entre eux atteint les sommets de la « gloire », il devient souvent la cible de ses adversaires.[12]

 

Ibn Rajab attire l’attention sur un point subtil qui échappe à beaucoup de gens. Bon nombre d’imâm qui émettent une mauvaise opinion ont droit à une récompense pour leurs efforts d’interprétation. Ils ne sont donc pas blâmables. Cependant, ceux qui adoptent leur position n’ont pas toujours la même excuse. Ils peuvent l’avoir adopté juste parce qu’elle vient de leur leader, non parce qu’ils pensent que c’est la vérité. La preuve, c’est que si elle était venue d’un autre, il n’aurait pas eu la même réaction. Ainsi, contrairement à leur Imâm, ils ne sont pas dans une optique de recherche de la vérité, mais de chauvinisme aveugle. Ils ne se font pas à l’idée qu’il peut se tromper, bien que ce soit tout à fait naturel.[13]

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 



[1] Iqtidhâ e-sirât el mustaqîm (1/149-153).

[2] Majmû’ el fatâwâ (17/311).

[3] Les coalisés ; 72 voir : Iqtidhâ e-sirât el mustaqîm (1/148).

[4] Majmû’ el fatâwâ (1/14-15).

[5] Majmû’ el fatâwâ (3/421).

[6] El istiqâma (1/42).

[7] Majmû’ el fatâwâ (4/52).

[8] Iqtidhâ e-sirât el mustaqîm (1/143-145).

[9] El istiqâma d’ibn Taïmiya (1/31-32).

[10] Minhâj e-sunna (4/543).

[11] Adab e-talab de Shawkânî (p. 81).

[12] Siar a’lâm e-nubalâ (10/8-9).

[13] Jâmi’ el ‘ulûm wa el hikam (2/267-268).

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