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31 mars 2013 7 31 /03 /mars /2013 17:44

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La divergence entre traditionalistes

(Partie 2)

 

Ibn el Mubârak : « En dénigrant les savants on perd son au-delà, en dénigrant les émirs, on perd sa vie d’ici-bas, et en dénigrant les frères, on perd sa bonne réputation. » [Ibn ‘Asâkir (32/333).]

 

Voir notamment : el ibâna de Mohammed el Imâm, qui fut préfacé par cinq sheïkh du Yémen, et lu et révisé par Sheïkh Rabî’.

 

Nous sommes toujours avec le paragraphe : Les passions subtiles

 

Conclusion, il n’est pas permis de préférer une opinion sans preuve et de s’y accrocher aveuglément sous prétexte qu’elle vienne d’un tel. Quand on n’a pas les moyens de regarder dans les textes, on est obligé de se fier à son sheïkh (taqlîd), mais sans donner son avis ni donner tort ou raison à qui que ce soit. Quand on a les moyens de faire la part des choses, on peut se permettre de prendre la vérité qui est chez lui, de rejeter ses opinions fausses, ou faute d’arguments suffisants, de s’abstenir de se prononcer. Les hommes n’ont pas tous la même capacité intellectuelle de la même façon qu’ils n’ont pas tous la même capacité physique.[1]

 

La meilleure réaction envers quelqu’un qui a désobéi à Allah avec toi, c’est d’obéir à Allah avec lui 

 

Selon Sa’îd ibn el Musaïyib, ‘Omar (t) a dit : « La meilleure réaction envers quelqu’un qui a désobéi à Allah avec toi, c’est d’obéir à Allah avec lui. »[2]

 

Un jour, l’Imâm Ahmed questionna des étudiants qui étaient venus le visiter : « D’où venez-vous ?

-           De l’assemblée d’Abû Kuraïb. Ce dernier contestait certains points à l’Imâm. Pourtant, celui-ci leur conseilla d’apprendre avec lui et de retranscrire ses narrations.

-           Retranscrivez ses narrations, car c’est un homme vertueux.  

-          Mais, il dit du mal de toi ! Il prit la chose avec douceur et sans le moindre ressentiment.

-          Fa aïyu shaïin hailati ! Que puis-je y faire ? Un homme vertueux qui fut éprouvé par moi. »[3]

 

Sheïkh el Islam ibn Taïmiya déclare : « Moi, je n’ai aucun ressentiment envers ceux qui s’opposent à moi, et qui outrepassent les limites d’Allah en me taxant de mécréant ou de pervers ; qui calomnient à mon encontre, ou encore qui font preuve avec moi de chauvinisme païen. Je ne dépasse pas les limites d’Allah avec eux, mais je mesure mes paroles et mes gestes, et je les juge d’après la balance de la justice (incarnée par le Coran ndt.)… La raison, c’est que la meilleure réaction envers quelqu’un qui a désobéi à Allah avec toi, c’est d’obéir à Allah avec lui. »[4]

 

On ne blâme pas quelqu’un qui prend la parole d’un savant

 

Il ne convient ni de blâmer ni d’exclure quelqu’un qui prend la parole d’un savant sur une question qui relève de l’effort d’interprétation, surtout quand il existe une divergence sur le sujet. Dans ce cas, il incombe d’opter pour l’opinion la plus vraisemblable, sinon, il est possible de se fier à l’avis d’un érudit de référence en faisant son taqlîd.[5] Néanmoins, si nous respectons les savants qui se trompent, cela ne nous empêche pas de suivre ce que nous croyons être la vérité.[6]

 

L’erreur d’un savant peut entrainer de mauvaises réactions

 

L’une des causes à l’origine de la fitna est la réaction disproportionnée prises face aux erreurs d’un savant ou autre. Certains peuvent penser qu’il l’ait fait volontairement, ou qu’ils n’accordent aucune excuse aux erreurs commises. En réalité, chacun y va de son effort d’interprétation, bien que tant ce fameux savant que ceux qui le condamnent soient dans l’erreur. Tous sont excusables, en fonction de leurs intentions. Cela veut dire également qu’ils peuvent tous autant qu’ils sont être condamnables, voire qu’une partie des deux.[7] Ibn ‘Abd el Barr souligne que les paroles d’un savant ne seront pas interprétées de la même façon en fonction de son humeur. Avant tout, il est un homme. Parfois, la colère le pousse à proférer des choses qu’il ne dit pas en temps normal. Les experts tiennent compte de cet élément, et font la part des choses.[8]

 

Muslim ibn Yassâr disait : « Prenez garde aux polémiques, car c’est le moment propice où le savant a des réactions irréfléchies, et Satan en profite pour l’amener à la faute. »[9]

 

Les erreurs des traditionalistes confortent les égarés dans leur égarement

 

Toute proportion gardée, les philosophes s’imaginaient que les ash’arites étaient les représentants légitimes de la dernière religion révélée. Ils profitèrent de leur faible bagage religieux et philosophique pour mettre à mal leurs principes, grâce à des arguments rationnels imparables, mais aussi religieux. Ce qui eut pour résultat qu’ils campèrent davantage sur leurs idées. Ils pouvaient remercier indirectement les ash’arites qui avaient prêté leur flanc à leurs attaques acerbes.[10]

Parfois, les innovateurs profitent de l’incompétence de certains savants pour les entrainer dans leur égarement, et pour mieux injecter leur propagande.[11] Ils sont à l’affut du moindre faux pas pour jeter le discrédit sur eux. Leurs erreurs les confortent dans leur égarement,[12] surtout dans la mesure où ces mêmes traditionalistes n’ont pas la perspicacité suffisance pour les contrer.[13]

 

C’est pourquoi, il incombe de réfuter les égarés en ayant une connaissance parfaite de la sunna. Sinon, ils risquent d’ouvrir une porte sur les points où leur détracteur omet de la suivre, puis de s’en servir contre lui pour conforter leur égarement. Leur argument, même faux, devient plus consistant face à la faiblesse de leur adversaire qui pourtant est plus proche de la vérité.[14]

 

La balance des bons et des mauvais côtés

 

Selon ‘Urwa ibn e-Zubaïr, el Miswar ibn Makhrama se rendit chez Mu’âwiya au milieu d’une délégation pour lui exposer une affaire. Après la séance, Mu’âwiya le prit à part pour lui demander : « Miswar ! Où en sont tes critiques sur les émirs ?

-          Laisse ce sujet de côté et préoccupe-toi de l’affaire pour laquelle nous sommes venus !

-          Non, par Allah ! Je veux que tu me dises en face ce que tu me reproches. »

Son interlocuteur lui fit une liste de ses plaintes sans rien oublier. Puis, le Prince des croyants reprit la parole pour dire : « Je ne suis pas à l’abri de la faute, mais, Miswar, es-tu d’accord avec moi pour dire que mes actions en vue d’améliorer l’intérêt général sont multipliées par dix, ou bien ne sais-tu que compter les défauts et fermer les yeux sur les bonnes œuvres ?

-          Non, par Allah ! Nous ne faisons qu’évoquer les péchés dont nous t’avons fait part.

-          Je reconnais devant Allah chaque péché que j’ai commis. Mais, toi, Miswar, n’as-tu pas des péchés que tu gardes en toi et pour lesquels tu craignes de périr au cas où Allah daignerait te les pardonner ?

-          Si !

-          Alors, qu’est-ce qui te permet de croire que tu es plus enclin à te faire pardonner que moi ? Par Allah, j’ai bien plus de responsabilités que toi, pourtant, si j’avais l’alternative entre choisir Allah (I) et n’importe qui d’autre, j’opterais pour le premier sans la moindre hésitation. J’adhère à une religion dans laquelle le Très-Haut accepte les œuvres et rétribue pour les bonnes, mais aussi pour les mauvaises œuvres, bien qu’Il puisse ne pas tenir compte de ces dernières. J’espère qu’Il me multipliera chacune de mes bonnes actions, en sachant que j’honore des responsabilités dont ni toi ni moi ne pouvons évaluer l’importance ; la prière, le djihâd, la loi d’Allah, et plein d’autres que tu serais incapable de dénombrer quand bien même je t’en dresserais une liste. Alors, pense à cela ! »[15] 

Sa’îd ibn el Musayïb : « Tout savant, tout homme honorable ou de haut rang a des défauts. Cependant, quand on a plus de bons que de mauvais côtés, les bons côtés l’emportent ; et quand on a plus de mauvais côtés, ce sont eux qui l’emportent. »[16]

 

Sufiân e-Thawrî : « Personne n’est à l’abri de l’erreur, mais tout est fonction de l’ascendant : quand la mémoire est prépondérante à l’erreur, on est un érudit (hâfizh), mais quand l’erreur est prépondérante à la mémoire, on perd sa crédibilité. »[17]

 

‘Abd Allah ibn el Mubârak : « Ne mentionnent pas les défauts quand c’est les qualités qui l’emportent, et ne mentionnent pas les qualités quand c’est les défauts qui l’emportent. »[18]

 

Il est également l’auteur des paroles : « Un homme ayant un grand passé dans l’Islam et ayant laissé une bonne trace, peut très bien être l’auteur d’un écart et d’une faute dans lesquels il ne faut pas le suivre. »[19]

 

L’Imam Ahmed : « Aucune critique n’est acceptée contre un homme dont la crédibilité est affirmée, sauf si elle dissipe toute suspicion. »[20]  

 

Ibn ‘Abd el Barr confirme cette règle.[21]

 

Ibn Jarîr Tabarî : « Si on devait discréditer et refuser le témoignage de toute personne ayant été accusée de telle ou telle mauvaise tendance, il faudrait délaisser la plupart des traditionnistes de tous les horizons. Tous ont été d’une manière ou d’une autre été stigmatisé par un groupe. »[22]

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 



[1] Majmû’ el fatâwâ (35/233).

[2] Rapporté par el Baïhaqî dans el jâmi’ fî shu’ab el îmân (12/310-311).

[3] Siar a’lâm e-nubalâ (11/177).

[4] Majmû’ el fatâwâ (1/14-15).

[5] Majmû’ el fatâwâ (20/207).

[6] Majmû’ el fatâwâ (21/64) ; voir également : Iqtidhâ e-sirât el mustaqîm (2/83).

[7] Majmû’ el fatâwâ (10/546-547).

[8] Jâmi’ bayân el ‘ilm wa fadhlilî (2/1102).

[9] E-sharî’a d’el Ajjûrî (n° 121).

[10] Minhâj e-sunna (3/361-362).

[11] Voir : bayân talbîs el jahmiya (2/79-81).

[12] Majmû’ el fatâwâ (4/155).

[13] Majmû’ el fatâwâ (12/23).

[14] Dar-u ta’ârudh el ‘Aql wa e-Naql (6/210-211).

[15] Rapporté par Ma’mar dans jâmi’ bi dhaïl musannaf ‘Abd e-Razzâq (11/344).

[16] Jâmi’ bayân el ‘ilm wa fadhlilî d’ibn ‘Abd el Barr (2/821).

[17] Rapporté par el Khatîb dans el kifâya (n° 408).

[18] Siar a’lâm e-nubalâde Dhahabî (8/71).

[19] El istiqâma d’ibn Taïmiya (2/219-220).

[20] Tahdhîb e-tahdhîb (7/273).

[21] Jâmi’ bayân el ‘ilm wa fadhlilî d’ibn ‘Abd el Barr (2/1093).

[22] Hadî e-sârî muqaddima Fath el Bârî d’ibn Hajar (p. 605).

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