Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 07:33

Mecca19

 

 

La lapidation dans l’Islam

(Partie 2)

 

Vous dites notamment que : « Des récits (Hâdith) rapportent que le prophète à laissé faire dans certain cas. » Vous êtes un islamologue, il ne peut vous échapper que le consentement du prophète et son silence font autorité et s’inscrivent dans la loi. Sa mission consiste à guider les hommes sur le chemin du salut, non à les induire en erreur par des silences dont l’interprétation serait ambigüe, et surtout, qui laisserait le champ libre aux esprits les plus pervers et les plus libres, sous prétexte de se plier à l’air du temps. Ils pourraient utiliser contre vous les mêmes arguments que vous utiliser pour amenuiser l’autorité de certaines lois, et se cacher derrière l’ijtihâd en faisant une interprétation fallacieuse ou pour le moins, aléatoire des textes scripturaires de la religion musulmane. Nous disons oui à l’ijtihâd, non à l’anarchie !

 

La parenthèse fermée, nous allons vous suivre dans votre raisonnement. Supposons, en effet, que cette histoire ait une origine scripturaire, rien ne prête à dire dans ses enseignements pourtant, qu’elle signe l’abrogation de la lapidation. De plus, plusieurs hypothèses peuvent expliquer la réaction de Jésus en plus de celles que vous proposez. Seul un texte ou une preuve explicite pourrait trancher entre elles. En d’autres termes, dans le cas où plusieurs hypothèses se collent à un argument, on ne peut plus l’utiliser comme preuve, sauf s’il existe une preuve ou pour le moins un indice déterminant qui nous fasse pencher vers l’une d’entre elles. D’un point de vue purement scientifique, les unes ne font pas plus autorités que les autres. Le cas échéant, ce ne sont pas les hypothèses qui manquent.

 

Ces fameux scribes et pharisiens en effet, comme le soulignent également d’autres passages du Nouveau Testament,[1] doutaient de la prophétie du Messie. En cela, ils n’étaient pas croyants, car « Ils parlaient ainsi dans l’intention de lui tendre un piège, pour avoir de quoi l’accuser. » Jésus a jugé bon de refuser leur témoignage ; la foi étant une condition sine qua non chez un témoin qui doit comparaitre dans une affaire criminelle. De plus, ils étaient plus motivés par l’intention de lui tendre un piège que par celle d’appliquer la loi de Dieu sur terre. Jésus a voulu ainsi rendre la pareille à leur piège. Ainsi, la sentence ne pouvait être appliquée en l’absence de témoins crédibles, mais aussi, car l’accusée elle-même n’a jamais avoué clairement son acte.[2]

 

Hasardons-nous ici à une autre hypothèse. Le christ fut envoyé comme il le dit lui-même à « une génération mauvaise et adultère »[3] ; une génération où régnait la corruption et l’injustice, et comme le révèle le hadîth que nous allons mentionner dans les prochaines lignes, où les sentences étaient appliquées sur les pauvres indépendamment des riches. Jésus voulut ainsi donner une leçon à ces hommes de loi corrompus. Il ne s’agit pas d’abrogation de la loi, mais de flexibilité de la loi dans le sens où elle évolue dans un cadre déterminé. Il ne s’agit pas de faire des concessions, mais Jésus tint compte d’une conjoncture déterminée ; comme vous le dites si bien : « il faut replacer les choses dans leur contexte. » C'est pourquoi il serait ridicule de revendiquer la lapidation dans un État comme la France ; mais il est tout aussi ridicule, comme se hasarde à le faire certain néo-rationaliste, de prôner un moratoire[4] sur une loi qui provient d’une législation immuable, qu’est la Révélation. La Révélation, elle-même, mieux au courant des mécanismes des sociétés, tient compte des conjonctures, mais elle ne peut être abrogée par les lois des hommes, wa Allah a’lam !

 

C’est ici qu’intervient l’ijtihâd des personnes de compétence qui jonglent avec les lois et les textes dans le cadre de la Loi. Il ne s’agit pas de renier certains principes religieux en vue de se soumettre à la civilisation dominante. Elle-même, est soumise, à la déficience humaine, et aux aléas, pour en fin de compte tombée en déclin. Tandis que la loi divine est immuable, parfaite et adaptée à la nature de l’homme, bien que lui-même peut ne pas s’en rendre compte ou ne pas l’aimer, à l’exemple d’un médicament amer qu’une mère ingurgite à son enfant par la force. Peut-on dire qu’elle n’a aucune pitié ![5] Ou dit autrement, est-il raisonnable de sa part de laisser, par compassion, son fils sans soins, car il trouve que le remède est amer !

 

Une dernière hypothèse consiste à dire, comme le souligne ibn Taïmiya,[6] qu’il existe trois sortes de Loi céleste : une loi basée sur l’excellence, une loi basée sur la justice, et une loi qui réunit à la fois l’excellence et la justice dans le sens où elle ordonne la justice et recommande l’excellence (à un niveau moindre). En ce sens, le Coran offre la Loi la plus complète possible, car il réunit entre la justice et l’excellence.

Nous ne contestons pas que Moïse (u) ait pu ordonner la justice et recommander l’excellence comme le Messie également ait pu le faire. Quant à prétendre que Jésus ordonnait l’excellence et qu’il interdisait à l’opprimé de se faire justice ou que Mûsâ ne prônait pas la charité, c’est se méprendre au sujet des différentes missions prophétiques. Nous pouvons avancer par contre que la Thora est essentiellement basée sur la justice à l’inverse de l’Évangile qui axe son message sur l’excellence.

 

Le Coran pour sa part a la particularité de proposer une harmonie parfaite entre ces deux notions (ou encore de les utiliser à leur paroxysme ndt.). Quant à l’Injîl, il ne détient pas une Législation autonome, il n’y est pas question des notions de l’Unicité, de la création du monde, ou encore des aventures des prophètes avec leurs différents peuples. Il se contente pour ces notions-là de renvoyer la plupart du temps à la Thora. Néanmoins, le Messie a proscrit certaines interdictions de l’Ancien Testament et prône notamment la vertu, la clémence vis-à-vis de l’injuste, d’endurer le mal des autres, l’abstinence dans ce bas monde ; il a ramené certaines paraboles pour expliquer ces notions. Le Nouveau Testament se distingue en gros de la Thora à travers les vertus qu’il encourage, l’ascétisme qu’il recommande, et certaines proscriptions des interdictions dont étaient frappés les adeptes du Livre avant lui.

 

Cependant, le Coran n’a rien à lui envier de ce côté-là ; il est même plus enrichissant. Il n’y a pas un savoir utile ni une œuvre pieuse que la Thora, l’Évangile ou la prophétie en général propose sans qu’il n’en fasse autant, voire mieux. Celui-ci se distingue toutefois par des enseignements qui sont inexistants dans les livres anciens. La Thora penche plus vers la rigueur et la dureté tandis que l’évangile penche plutôt vers la douceur et la tolérance. Le Coran pour sa part se trouve au juste milieu en réunissant ces deux qualités à la fois comme le formule le Verset : (Ainsi, Nous avons fait de vous une communauté médiane afin que vous soyez des témoins à l’encontre les hommes).[7] Le Seigneur décrit la communauté du Prophète (r) de la façon suivante : (Mohammed le Messager d’Allah et ceux qui le suivent sont durs envers les mécréants et charitables entre eux).[8] Il a dit également : (Allah viendra alors avec un peuple qu’Il aime et qui L’aiment ; humbles envers les croyants et fiers envers les infidèles).[9]

 

Ainsi, le Prophète de l’Islam (r) qui est le meilleur et le plus parfait d’entre tous était à la fois le Prophète de la Miséricorde et le Prophète de la guerre.[10] En cela, il est plus parfait que celui qui inclinerait plus soit vers la dureté soit vers la douceur. Pour expliquer cette prépondérance et cette répartition des sentiments dont se distingue chaque communauté, une certaine hypothèse assume que les juifs vivaient sous la domination et la persécution de Pharaon. Face à cet état d’esclavage et d’humiliation, il leur fut légiféré la colère afin de se défendre et pour les rendre plus courageux, mais ces derniers n’ont pas répondu à l’ordre de Moïse lorsqu’il leur ordonna d’entrer en terre de Canaan[11] sous prétexte qu’elle était habitée par des géants.[12] (…)

Cependant, après qu’Allah leur ai offert le triomphe, le pouvoir fut emparé par des jeunes qui firent régner la tyrannie à la manière de Pharaon. La mission de ‘Îsâ offrait de nouvelles dispositions ; celle-ci fut basée essentiellement sur l’indulgence, la vertu, et la douceur pour remédier à l’esprit dur et tyrannique dont les juifs s’étaient investis. Dès lors, les adeptes de la nouvelle religion étaient tellement doux qu’ils sombrèrent dans le laxisme ; ils ont ainsi renoncé à répandre la morale (ordonner le bien et interdire le mal) et à la « Guerre Sainte » ; ils ne voulaient même plus appliquer la justice entre eux et les peines corporelles. Les plus pieux d’entre eux se retiraient dans des monastères. Or, si les chrétiens sont laxistes quant il s’agit d’appliquer les lois de Dieu, ils sont obscurantistes quant il s’agit de suivre leurs autorités religieuses, de dominer, et de s’accaparer les richesses des hommes comme en témoignent les épisodes noirs qui traversent leur histoire…

 

Bref, en admettant que Jésus soulageât les juifs contemporains à sa mission de la peine de lapidation, il n’en demeure pas moins que Mohammed entérina par son consentement, et pas uniquement par son consentement d’ailleurs, la Loi de Moïse sur le sujet wa Allah a’lam !

 

 

À suivre…

 

Par : Karim ZENTICI

 



[1]Voir : Mathieu ; 16.1 dont voici le passage en question : « Les Pharisiens et les Sadducéens s’avancèrent, et, pour lui tendre un piège, lui demandèrent de leur montrer un signe qui vienne du ciel. »

[2]Voir : Takhjîl man harrafa e-Tawrât wa el Injîl du Qâdhî Sâlih e-Ja’farî (1/3328).

[3]Mathieu ; 16.4

[4]Il y a une adéquation à faire entre la rigueur de la loi et son champ d’application. Autant il est possible de suspendre une loi dans une conjoncture donnée, autant il est possible de la remettre ensuite ; cela va dans les deux sens. À quoi bon alors de parler d’abrogation !

[5]Dans majmû’ el fatâwa (15/287-292), ibn Taïmiya fait savoir que l’adultère est le reflet des maladies du cœur. Selon lui, ce n’est pas rendre service à la société et aux personnes atteintes de cette affection, de soi-disant faire preuve de clémence envers elles, au risque que la maladie se propage dans les cœurs et que la société se dégrade davantage.

[6]El Jawâb e-Sahîh li man baddala dîn el Masîh d’ibn Taïmiya (5/résumé des pages 58 à 113 avec certaines modifications.

[7]La vache ; 143

[8]La grande conquête ; 29

[9]Le Repas Céleste ; 54

[10] Victor Hugo disait au sujet de Mohammed (r) :        

J’ai complété d’Issa la lumière imparfaite.

Je suis la force, enfants ; Jésus fut la douceur.

Le soleil a toujours l’aube pour précurseur.  

[11]Dieu s’adresse dans la Bible à Israël en ces termes : « … Ne faites pas ce qui se fait au pays d’Égypte où vous avez habité ; ne faites pas ce qui se fait au pays de Canaan, où je vais vous faire entrer ; ne suivez pas leurs lois ; mettez en pratique mes coutumes et veillez à suivre mes lois. C’est moi, le SEIGNEUR votre dieu. Gardez mes lois et mes coutumes : c’est en les mettant en pratique que l’homme à la vie. C’est moi, le SEIGNEUR. » (Le Lévitique 18.3-5). Ainsi la condition pour aspirer à rester le « peuple élu » et pour vivre sur la terre des Philistins, c’est de suivre scrupuleusement les lois de Dieu wa Allah a’lam !

[12]Voir : Le Repas Céleste ; 21-24 Dans Majmû’ el Fatâwa (v. 27), Sheïkh el Islam ibn Taïmiya nous rapporte qu’on retrouva à son époque des ossements géants de squelettes humains. La découverte récente en Arabie Saoudite et en Iraq de squelettes géants lèvera certainement à l’avenir le voile sur ce « mystère ».  Les Amorites (‘Amâlîq) descendants de ‘Âd, mais aussi les Emites et les Anaqites avant eux, étaient des peuples Philistins de géants vivant sur les terres de Canaan qui longeaient le littoral méditerranéen entre l’Égypte et la Palestine (voir : les nombres ; 13.31-33 et  Deutéronome ; 1.28, 2.11).

Partager cet article

Repost 0

commentaires

oummoumeriem 24/03/2013 23:12


Assalamou 'alaykoum,


Serait-il possible d'en savoir plus sur ces découvertes en arabie saoudite et irak au sujet de squelettes géants?Auriez vous un lien? (En français la recherche ne fut pas vraiment concluante.)


Barakallahou fikoum.

mizab 25/03/2013 06:15



 


 


wa 'aleikom salem wa rahmat Allah !


 


Je n'en sais pas plus que vous, certains disent que c'est un fake, sinon, je parle d'une découverte plus ancienne qui date de l'époque d'ibn Taïmiya, dans cet article :


 


http://mizab.over-blog.com/article-el-quds-112545019.html


 


[Pour l’anecdote], on fit la découverte au Liban de morceaux d’un squelette immense
sur lesquels on fit construire un mausolée en passant qu’ils appartenaient à Noé, alors que le corps des prophètes ne se décompose pas. Des gens de confiance m’ont même indiqué qu’ils ont trouvé
des crânes d’une dimension incroyable dans un cimetière non loin de cet endroit et dont les dimensions correspondaient parfaitement au premier squelette. Ces ossements appartenaient certainement
aux ‘Amâlîq (les Amorites) de l’ancienne époque ou à d’autres.[3]


 


Je disais ensuite dans le commentaire en question :


 



La découverte récente en Arabie Saoudite et en Iraq de squelettes géants donnera
certainement plus de précision à l’avenir sur ce « mystère ».  Les Amorites (‘Amâlîq), mais aussi les Emites et les Anaqites avant eux étaient des peuples Philistins de
géants vivant sur les terres de Canaan qui longeaient le littorale Méditerranéen entre l’Égypte et la Palestine ; voir : les nombres ; 13.31-33 et 
Deutéronome ; 1.28, 2.11


 


 


Je disais également dans un autre article :


 


http://mizab.over-blog.com/article-l-histoire-de-david-et-goliath-partie-1-112578359.html


 



Après l’exode, Moïse conduisit son peuple aux portes de la Terre Promise. Il mourut au cours de
la période où les Juifs errèrent dans le désert du Sinaï et qui dura quarante ans.[2]


 



[2]  Dans son Târîkh (1/36-37), Abû el Fidâ
relate l’histoire de Moussa en détail. Il parle notamment des sorciers de Pharaon qui fut englouti lui et son armé sous les eaux, alors qu’ils s’étaient lancés à la poursuite des Juifs après leur
sortie d’Égypte. Il évoque également l’épisode de Coré (Qârûn) avec Moïse, et celui où les Juifs refusèrent de livrer combat au peuple de géants (les Amorites, les Emites et les Anaqites avant
eux étaient des peuples de géants vivant sur les terres de Canaan ; voir : les nombres ; 13.31-33,  Deutéronome ; 1.28, 2.11 ndt.) qui vivaient en Terre
Sainte ; ils furent alors condamnés à errer quarante ans dans le désert du Sinaï. (Voir : le Repas Céleste ; 20-26). Il consacre ensuite un passage à la mort d’Aaron le
frère de Moïse, etc.


 


...


 


Voici un autre passage :


 



Quatre cents quatre vingt deux ans exactement après la mort de Moïse, la décadence avait atteint
son apogée. Ils subirent alors la domination d’un ennemi puissant. Les Philistins dont Goliath est issu, vivaient sur le littoral méditerranéen entre l’Égypte et la Palestine. Les
‘Amâliqa (les amorites) qui sont les Philistins,[7] s’emparèrent d’une bonne
partie des terres israélites. Ils mirent les femmes et les enfants sous captivité. Ils firent prisonniers quatre cents quarante individus parmi les fils des rois qui devaient leur verser un
tribut. Ils s’emparèrent de la Thora et persécutèrent ses adeptes qui à cette époque, comme des moutons perdus, ne jouissaient pas de l’autorité d’un prophète.


 


 



[7] Les
amorites descendent de ‘Âd.