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24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 08:51

Mecca19

 

La lapidation dans l’Islam

(Partie 4)

 

De nombreux hadîth (qui correspondent aux paroles, aux actes, au consentement implicite, et au portrait moral et physique du Prophète) parlent de la lapidation. Bon nombre d’entre eux sont « muttafaq ‘alaïhi » (que s’accordent à authentifier el Bukhârî et Muslim). Je ne sais pas ce que cela signifie à vos yeux, mais pour la majorité des adeptes de « l’islam sunnite », cela représente le plus haut degré d’authentification qui soi après le Livre d’Allah.[1]

 

Il y a notamment la fameuse histoire de Mâ’iz ibn Mâlik el Aslamî qui implora à quatre reprises au Prophète (r) d’appliquer sur lui la loi d’Allah. À chaque fois, le plus clément des hommes (r) se détournait de lui, et se demanda même s’il était sain d’esprit. Mais, la foi et le repentir de Mâ’iz étaient tellement grands qu’il insista sans relâche jusqu’à ce que le Prophète se plie à sa volonté. Le Prophète (r) reprocha même aux Compagnons de l’avoir suivi pour en finir avec lui, alors qu’il cherchait à s’enfuir au cours de l’exécution.[2] Une version chez Muslim précise que son repentir fut tellement sincère qu’il aurait suffi à une communauté entière.[3]

 

Il y a également l’histoire émouvante de la femme de la tribu de juhaïna, connue sous le nom de la ghâmidiya. Celle-ci vint voir le Prophète (r) alors qu’elle était enceinte et lui demanda de la purifier. Ce dernier la renvoya et lui suggéra de revenir après l’accouchement, ce qu’elle fit. Cependant, il la renvoya à nouveau et lui suggéra de revenir après le sevrage du nouveau-né, ce qu’elle fit. Il voulut la renvoyer encore, mais elle revint avec son enfant qui tenait un morceau de pain dans la main pour lui faire comprendre qu’il n’avait plus besoin du sein maternel. C’est alors que la sentence lui fut appliquée. Après l’événement, le Prophète jura que si son repentir avait été distribué sur soixante-dix habitants de Médine, il leur aurait suffi.[4] En cela, l’évènement n’est pas tragique. Il est, tout au plus, dramatique. En regard de sa finalité, c’est un évènement heureux, et c’est d’ailleurs l’essentiel. Cette femme, dont le courage n’a rien à envier à beaucoup d’hommes, fut promise au Paradis.

 

En outre, rien n’indique dans ces deux histoires que le Prophète (r) était en désaccord avec ce châtiment ou qu’il s’opposait à ce châtiment. Je ne sais pas si vous pesez bien vos paroles, mais pour votre défense, il me semble que vous confondez entre deux choses : entre les lois universelles (el Irâda el kawniya) et les lois textuelles d’Allah (el Irâda e-shar’iya). Qu’un homme puisse avoir de la compassion envers celui ou celle qui subit une peine, ou même éprouver une certaine répulsion envers celle-ci est tout à fait naturel. Cependant, cela ne doit pas empêcher d’appliquer la loi avec rigueur. Lorsque le v. 2 de la s. la lumière, condamne tout sentiment de compassion qui pourrait faire obstacle à la sentence, cela ne signifie pas qu’il veut faire de nous des brutes. Concevez la nuance. Il est certain que le Prophète est le plus sensible des hommes, mais au même moment il est le plus prompt à se soumettre au Décret divin qui décèle des sagesses innombrables. Les apparences sont souvent trompeuses, sans compter que le Très-Haut éprouve la fidélité des hommes en leur imposant des peines difficiles à appliquer… wa Allah a’lam !     

 

L’anecdote la plus éloquente sur le sujet est celle des deux bédouins qui se présentèrent au Prophète (r) afin qu’il tranche entre eux sur une affaire d’adultère dans laquelle étaient impliqués le fils de l’un et la femme de l’autre. L’un d’eux, qui semblait plus cultivé, pria au prophète (r) de juger entre eux par le Livre d’Allah. « Je vais juger entre vous par le Livre d’Allah, répondit-il » Il ordonna ensuite de fouetter le coupable qui n’était pas marié et de l’expulser un an, en sachant qu’il n’est pas fait mention de la sanction d’expulsion dans le Coran. Quant à la femme, elle avoua son crime et fut lapidée.[5]

 

Ibn Hajar el ‘Asqalânî et e-Nawawî avant lui, pour ne citer qu’eux, relèvent que la lapidation est légitimée à l’unanimité des savants musulmans. Ainsi, votre position rejoint celle de certains kharijites et mu’tazilites (qui retrouvent à notre époque leurs heures de gloire par le biais des néo-rationalistes, à la grande joie des orientalistes !) qui ne reconnaissent pas son statut sous prétexte que le Coran n’en fait pas mention.[6] Tiens, comme les jours se ressemblent ! Est-ce un hasard… Ainsi, la loi prévoit la lapidation pour l’homme ou la femme mariée et la peine du fouet pour l’homme ou la femme célibataire.[7] Je ne veux pas ici nourrir les débats entre les savants sur certains détails, mais il faut savoir en gros que la lapidation est établie par le Coran, la Sunna du prophète, celle des quatre khalifes et le consensus des savants musulmans.

 

Le Khalife ‘Omar était un inspiré. Il donne l’impression de s’adresser à vous lorsqu’il dit du haut de son minbar : « Allah envoya Mohammed en toute vérité. Il lui a révélé notamment le Verset de la lapidation. Nous l’avons lu et bien assimilé. Nous avons également appliqué la lapidation après sa mort. J’ai bien peur qu’avec le temps quelqu’un dise : « Nous ne trouvons pas la lapidation dans le Livre d’Allah », et qu’il s’égare ainsi pour avoir délaissé un commandement révélé par Allah. La lapidation est une vérité dans le Livre d’Allah le Très-Haut contre l’homme ou la femme marié qui a commis l’adultère ; à condition d’en apporter la preuve ou qu’il y ait eu une grossesse ou un aveu. »[8] Voici le Verset dont l’énoncé fut abrogé et que rapportent certaines annales suspectes[9] : (L’homme âgé ou la femme âgée lapidez-les jusqu’à ce que mort s’ensuive).[10] Selon une autre hypothèse, qui ne va pas vraiment dans le sens de votre thèse, la sentence n’est pas explicitement évoquée dans le Coran, qui nous commande toutefois d’obéir à celui sur lequel il fut révélé.[11] Le quatrième khalife, pour sa part, avait bien compris la chose. C'est pourquoi il fit fouetter une femme adultère un jeudi, et lapider un vendredi. Lorsqu’il dut s’expliquer sur la chose, il confia qu’elle fut fouettée selon le Livre d’Allah et lapidée selon la Sunna du Messager d’Allah.[12]

 

Ensuite, vous dites : « La Sourate « les femmes » (Sourate 4, Verset 15) prévoit qu’une femme convaincue d’adultère soit « enfermée dans une maison jusqu’à sa mort, à moins que Dieu ne lui offre un moyen de salut ». Cependant, la Révélation s’est déroulée sur 23 ans. Des Versets plus précis sur cette question de l’adultère par exemple sont venus après celui compris dans la Sourate des femmes (qui prévoit l’enfermement ; NDLR). L’inscription dans le temps de la Révélation à permis de développer ce que les savants musulmans appellent « la science de l’abrogation ». Ainsi, la recommandation de l’enfermement a été abrogée par un Verset de la Sourate de la lumière qui recommande de châtier les adultères par le fouet. Lorsqu’il a reçu ce Verset, le Prophète a dit « voilà l’issue offerte par Dieu aux femmes adultères dans la Sourate plus ancienne ».

 

Il y a plusieurs remarques à faire sur ce passage. La première qui vient à l’esprit, c’est qu’apparemment, vous n’êtes pas offusqué par l’enfermement de la femme convaincue d’adultère jusqu’à sa mort et par la peine de fouet puisque le Coran en parle. N’avez-vous pas peur de choquer ainsi les Occidentaux ? En revanche, comme nous le verrons plus loin, vous ne faites pas la différence entre les peines corporelles prescrites par le Coran et celles qui y sont inexistantes en leur apposant sans distinction un « non » catégorique. Vous êtes en effet : « personnellement opposé à l’application aujourd’hui des peines corporelles, du fouet à la lapidation en passant par l’ablation des membres, etc. » Alors pourquoi toute cette polémique sur la légitimité de la lapidation en regard des textes scripturaires de l’Islam.

 

Autre remarque, la plupart des textes que les dissidents à la Révélation utilisent en leur faveur se retournent contre eux.[13] C’est normal, me direz-vous, car, comme nous l’avons souligné auparavant,les égarés de toutes confessions, s’appuient généralement sur des arguments ambigus au détriment des arguments formels, trahissant ainsi qu’ils sont plus animés par les passions que par la recherche de la vérité.[14] Ce manque de bonne foi ou, pour le moins, ce manque de rigueur les fait sombrer dans les contradictions les plus aberrantes. Ainsi, ici vous donnez foi aux paroles du Prophète qui prévient que le v. 4 de la sourate les femmes est abrogé, alors que le hadîth sur le sujet est simplement rapporté par Muslim.[15] En revanche, vous ne donnez pas foi à plusieurs hadîth que s’accordent à rapporter el Bukhârî et Muslim et qui ne font qu’enrichir une loi existante ; ce qui en soi est plus concevable que l’abrogation d’une loi… c’est sans commentaire !

 

Pire, vous omettez de dire que l’issue offerte par Dieu aux femmes adultères ne porte pas uniquement sur l’abrogation du verset en question par le v. 2 de la sourate la lumière, et qui prescrit de châtier les adultères au fouet. Il s’agit également d’apporter une nouvelle loi disant qu’il faille lapider la femme adultère mariée. En cela, le v. 2 de la sourate la lumière, n’a pas pour vocation d’abroger un autre Verset. Il ne fait que spécifier que le fouet concerne la femme célibataire indépendamment de la femme mariée comme le souligne pertinemment ibn Hajar.[16] Voilà ce que le hadith en question révèle. Selon ‘Ubâda ibn e-Sâmit, le Messager d’Allah a dit : « Prenez de moi, prenez de moi ! Allah leur a offert une issue. Pour l’homme vierge avec la femme vierge, il est prévu cent coups de fouet et l’expulsion d’un an, et pour l’homme marié avec la femme mariée, cent coups de fouet et la lapidation. » Est-ce un manque de bonne foi ! Je n’en suis pas sûre, car certains manuscrits de sahîh Muslim ne font pas mention du passage en gras…

 

À suivre…

 

Par : Karim ZENTICI     

   

 

 



[1]Certains orientalistes ont vainement cherché à dénigrer la valeur historique du corpus des hadîth, mais Allah n’entend que préserver sa religion, comme le formule le Verset : [Certes, Nous avons descendu le Rappel, et il Nous incombe de le garder][el hijr ; 9]

[2]Ce hadîth est rapporté par el Bukhârî (6815, 6825) et Muslim (4396). Cette histoire prouve que la lapidation ne s’applique pas uniquement sur les femmes, contrairement à ce que laissent entendre les détracteurs de la dernière religion révélée aux hommes.

[3]Rapporté par Muslim (4406).

[4]Rapporté par Muslim (4408).

[5]Rapporté par el Bukhârî (6827, 6828) et Muslim (4410).

[6]Voir : sharh sahîh Muslim d’e-Nawawî (11/189) et Fath el Bârî (15/602).

[7]Certains font la distinction entre la fornication qui concerne l’homme ou la femme célibataire et l’adultère qui concerne l’homme ou la femme marié.

[8]Rapporté par el Bukhârî (6830) et Muslim (4394).

[9]Voir e-sunan el kubra de Nasâî (4/7156).

[10]Ce Verset aurait été intégré au départ dans la sourate les coalisés ; voir : sharh sahîh Muslim (11/192), Fath el Bârî (15/635) et subûl e-salâm de San’ânî (7/108).

[11]Voir : Fath el Bârî (15/635).

[12]Voir : Fath el Bârî (15/605-606) ; cette annale est en partie rapportée par el Bukhârî (6812) ; elle est également rapportée par e-Daraqutnî (3/123-124) et e-Nasâî dans e-sunan el kubra (4/269-270).

[13] Voir : el Jawâb e-Sahîh li man baddala din el Masîh (1/104-105).

[14]Voir notamment : El Jawâb e-Sahîh li man baddala din el Masîh (2/710) et majmû’ el fatâwa (3/62-63).

[15] Voir : Muslim (4390, 4391, 3392).

[16] Voir : Fath el Bârî(15/606-607).

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