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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 16:15

terre

 

 

 

Au nom d’Allah le Très Miséricordieux, le Tout Miséricordieux 

 

La tawba d’ibn Taïmiya

(Partie 1)

 

Voir l’introduction à el jâmi’ li sîrat Sheïkh el Islâm ibn Taïmiya Khilâl sab’a qurûn (p. 39-47) des deux chercheurs Mohammed ‘Azîz Shams et ‘Alî ibn Mohammed ibn ‘Imrân.

 

Ibn Taïmiya aurait-il abandonné la tendance traditionaliste pour « revenir » à la tendance ash’arite ? C’est ce que nous allons vérifier à la lumière de l’analyse.

 

Voici tout d’abord la liste des savants qui la rapportent, sans omettre ceux qui auraient dû, en principe, l’évoquer :

 

1-         Nous avons pour commencer son propre élève ibn ‘Abd el Hâdî (m. 744 h.)[1] qui s’inspire d’e-Dhahabî.

2-                   E-Dhahabî (m. 744 h.), qui est également son élève, dont voici mot-à-mot sa version des faits : « … il s’est ensuite passé de longs événements. Au Shâm, par un décret sultanesque, il fut jeté en prison. Sa lecture, faite dans la grande mosquée, installa l’amertume dans les cœurs des fidèles. Après un an et demi (soit en 707 h.), il fut libéré. Il fit alors certaines confessions par écrit sous la dictée de ses juges. il les écrivit sous la menace de représailles physiques, et reçut même des menaces de mort. Il se rendit ensuite en Égypte où il donnait des cours au milieu d’une grande assemblée. »[2]

3-                  Ibn el Mu’allim (m. 725 h.)[3] et e-Nuwaïrî (m. 733 h.).[4] Tous deux précisent que cette séance fut tenue après que l’émir Hassâm e-Dîn muhanna prit congé (en rabî’ el âkhir 707 h.), et que le Sheïkh fut libéré le vendredi 23 rabî’ el Awwal 707 h. E-Nuwaïrî transmet ensuite le compte-rendu de cette réunion dans laquelle le Sheïkh déclara qu’il était ash’arî. Il posa solennellement le livre d’el Ash’arî sur la tête et fit la confession qu’il renonçait à ses croyances sur le Trône, le Coran, le nuzûl (descente) d’Allah au premier ciel, et l’istiwâ, comme il renonçait à sa tendance (sous-entendu celle des traditionalistes). Ce compte-rendu fut rédigé le 25 rabî’ el Awwal 707 h. Une autre séance fut tenue le 16 rabî’ el âkhir de la même année. Soit trois semaines plus tard. Le procès-verbal rendait les mêmes conclusions que la séance précédente, à la différence où ses aveux furent consignés devant témoins.

4-                  Quant à l’historiographe el Barzâlî (m. 739 h.), son compagnon inséparable, il ne fait aucune allusion à cet événement.[5]

5-                  E-Dawâdârî (m. après 736 h.) ajoute qu’il y eut une autre séance le 12 rabî’ el Awwal 707 h, après le départ de l’émir Hisâm e-Dîn. Les parties présentes s’entendirent à changer certains termes du crédo (s’agit-il de la ‘aqîda el wâsitiya ? ndt.). les parties présentes se séparèrent ensuite en bons termes.[6]

6-                  Ibn Kathîr (m. 774 h.) son élève, ne fait pas mention d’un éventuel mea culpa dans sa fameuse encyclopédie el bidâya wa e-nihaya.

7-                  Ibn Rajab (m. 795 h.) reprend les paroles d’ibn ‘Abd el Hâdî dans el ‘uqûd e-duriya, en disant : « E-Dhahabî et el Barzâlî et d’autres ont évoqué que le Sheïkh écrivit de sa main pour ses juges des paroles dont le sens était vague et certains termes pour le moins contestables, sous la peur et la menace de mort. »[7]

8-                  El Maqrîzî (m. 845 h.) n’évoque rien ni sur le livre ni sur le repentir du Sheïkh.

9-                  Le grand spécialiste en hadîth ibn Hajar el ‘Asqalânî (m. 852 h.) reprend les paroles d’e-Nuwaïrî et les impute ensuite à Barzâlî dans son tarîkh.[8]

10-              Ibn Taghrî Bardî (m. 874 h.) reprend les paroles d’ibn Hajar.[9] Le contexte laisse à penser qu’il emprunte son discours au livre de Kamâl e-Dîn ibn Zamalkânî, un fameux ennemi du Sheïkh, auteur d’une biographie de ce dernier qu’il retranscrit également dans e-nujûm e-zâhira.[10]

 

Nous pouvons ici dégager trois grandes conclusions :

Primo : certains historiens n’évoquent pas ce fameux livre ni le repentir du Sheïkh.

Secundo : certains y font allusion, sans donner les détails du contenu du livre. Ils précisent que ce livre fut écrit sous la contrainte et la menace de mort.

Tertio : certains en parlent en détail et retranscrivent le contenu du livre en détail, sans toutefois faire état des menaces qui pesaient sur son auteur.

 

Ainsi, il est possible de dire qu’ibn el Mu’allim et e-Nuwaïrî sont les seuls contemporains du Sheïkh à avoir recensé ce fameux repentir, et le contexte dans lequel il le coucha par écrit. Ils furent suivis en cela par certains savants des générations suivantes.

 

Par rapport à cela, trois réactions sont possibles :

A – Démentir toute cette histoire en bloc.

B – Reconnaitre l’origine de cette affaire sans donner foi toutefois à ce fameux repentir par écrit, qui va à l’encontre du discours du Sheïkh avant, mais aussi après cette période.

C – Donner foi dans tous ces détails à l’histoire que seuls ibn el Mu’allim et e-Nuwaïrî rapportent.

 

La réaction A est rejetée d’avance, et la C va à l’encontre de l’autre version des faits qui était bien plus répandue et bien plus notoire à l’époque. Il ne reste que la réaction B en regard de l’analyse. Soit, le Sheïkh aurait écrit certaines expressions dont le sens était ambigu sous la pression qu’exerçaient sur lui ses juges ; il n’a ni renié son crédo ni adhéré à un faux crédo ni couché son repentir par écrit, comme nous allons le démontrer dans les prochaines lignes.

 

À suivre…

 

Traduit par :

Karim Zentici

        



[1]Voir : el ‘uqûd e-duriya p. 197

[2]Voir : el ‘uqûd e-duriya p. 197

[3]Dans najm el muhtada wa rajm el mu’tada ; voir le manuscrit parisien n° 638.

[4]Dans nihâyat el arib ; voir : el jâmi’ (p. 181-182) qui est le livre dont nous traduisons ici un passage de l’introduction.

[5]Voir : el jâmi’ (p. 213-215).

[6]Dans kunz e-durar ; voir : el jâmi’ (p. 239).

[7]Dans haïr tabaqât el Hanâbila ; voir : el jâmi’ (p. 446-447). Il est à noter ici, comme nous l’avons déjà vu qu’el Barzâlî ne fait aucune mention dans son encyclopédie d’Histoire ni de ce fameux livre ni du repentir du Sheïkh. Il est possible qu’il l’ait mentionné dans un passage de son livre que nous n’avons pas entre les mains ou encore dans un autre ouvrage comme mu’jam e-shuyûkh.

[8]Dans e-durar el kâmina ; voir : el jâmi’ (p. (536-537).

[9]Dans el minhal e-sâfî ; voir : el jâmi’ (p. (567).

[10]Voir : el jâmi’ (p. (580).

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Publié par mizab - dans Ash'arisme
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