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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 07:51

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Le destin

(Partie 3)

 

Les traditionalistes empruntent la voie du milieu

 

Les traditionalistes, pour le part, et pour ne pas changer à leurs habitudes, ont une tendance médiane en concédant à l’homme, en accord avec les qadarites, une liberté d’action, mais dans les limites de la Volonté divine, en accord avec les jabarites. Sheïkh el Islam ibn Taïmiya explique à ce sujet : « Ils se trouvent au milieu entre les différentes tendances comme l’Islam est au milieu entre les autres croyances. »[1]

 

Il a dit également : « Leur tendance est médiane dans le domaine des Noms d’Allah (I) entre les mu’attila (les négateurs ndt.) jahmites et les mushabbiha (assimilateurs ndt.).[2]Leur tendance est médiane dans le domaine des Actions d’Allah (I)entre les qadarites (partisans du libre libre ndt.),[3] et les jabarites(déterministes ndt.).[4] Dans le domaine du mauvais devenir de l’homme (el wa’îd : la menace ndt.), ils sont entre les murjites[5] et les wa’îdiya[6] parmi les qadarites[7] et autres. Concernant les diverses catégories d’individus dans le domaine de la foi et de l’appartenance à la religion, ils sont entre les harûrites[8] et les mu’tazilites d’un côté et les murjites et les jahmites de l’autre. Concernant les Compagnons du Prophète (r), ils sont entre les râfidhiteset les kharijites. »[9]

 

En s’opposant ainsi aux deux tendances extrêmes, ils ne font que se conformer aux textes scripturaires des musulmans, le Coran et la sunna en l’occurrence. Ils disent, en un mot que l’homme choisit lui-même le mauvais chemin ; il en a le pouvoir et la volonté. Sinon, pour répondre aux jabarites, pourquoi mériterait-il d’aller en Enfer ?

 

Les textes ne s’accordent avec aucune des deux tendances opposées

 

Voici les preuves textuelles allant à leur encontre. Pour le Coran, nous avons le passage : [Pour celui d’entre vous qui veut suivre le droit chemin Mais vous ne le voudrez que si Allah le Seigneur de l’Univers le veut].[10] L’homme jouit de l’alternative de prendre le bon chemin ; il n’est soumis à aucun déterminisme. Il a le choix d’être croyant ou non ; une seule et même personne peut sombrer ou non dans la débauche, le vol, l’adultère, etc.

 

Le premier Verset répond aux jabarites qui contestent le libre arbitre, et le second prend à partie les qadarites qui contestent le destin.

 

Concernant la seconde référence, nous avons le hadîth de Jibrîl dans lequel ce dernier interrogea le Prophète (r) en ces termes : « Parle-moi de la foi.

-     C’est de croire en Allah, répondit-il, à Ses anges, à Ses Livres, à Ses prophètes, et au Jour dernier. Tu dois également croire au destin qu’il soit bon au mauvais. »[11]

 

Le destin comprend quatre étapes indispensables au crédo

 

Voici les quatre étapes du destin qui s’insèrent dans le crédo du musulman. Sans n’y donner foi, on n’a plus aucun lien avec l’Islam, car cela revient à renier l’un des piliers de la foi, le destin. Voici la preuve textuelle du sixième pilier de la foi : [Nous avons créé toute chose selon une mesure][12] ; Toute création d’Allah (I) est prédestinée et précédée par les étapes du destin que sont : le Savoir antérieur, l’écriture dans la Table gardée, et la Volonté divine. Elle n’est pas le fruit du hasard.

 

Ces quatre étapes du destin sont comme suit :

-     Le savoir antérieur.

-     L’écriture.

-     La Volonté.

-     La création.

 

La première étape : le savoir : Allah (I) sait toute chose que ce soit dans le passé infini (prééternel) ou dans le futur infini (postéternel). C’est cette étape que les qadarites ultras remettent en question. Rien n’échappe à Son Savoir ancien et prééternel (azalî) et postéternel (abadî). Il connait les événements avant qu’ils ne se produisent. En reniant cette étape du destin, on devient un apostat. 

 

La deuxième étape : l’écriture dans la Table gardée : Allah a écrit toute chose dans la Table gardée (lawh el mahzh), comme l’indique le hadîth : « La première chose qu’Allah (I) créa est la plume a qui Il ordonna : « Écris !

-     Que dois-je écrire, demanda-t-elle ?

-     Écris tout ce qui se passera jusqu’au jour de la résurrection. »[13]

 

Rien n’est négligé comme le souligne le Verset : [Tous les malheurs qui surviennent sur terre ou qui touchent vos personnes sont consignés dans un livre avant que Nous les ayons créés ; cela est, pour Allah, très facile].[14] Le livre en question est le lawh el mahzh. Il consigne toute chose avant son existence. Un autre hadîth va dans ce sens : « Allah décréta le destin des hommes cinquante mille ans avant la création de la terre et des cieux ; Son Trône était sur l’eau. »[15] Tout fut scellé cinquante mille ans avant la création de notre univers. En disant qu’Allah connait toute chose, mais qu’Il n’a rien écrit dans la Table gardée, on devient apostat, car cela revient à renier cette étape.

 

La troisième étape : la Volonté d’Allah : toute chose est soumise à la Volonté d’Allah (mashî-a). Rien dans Son Royaume ne se produit sans qu’Il ne le veuille, contrairement aux allégations des qadarites. En voici la preuve : [Si Allah l’avait voulu, ils ne se seraient pas entretués, mais Allah fait se qu’Il entend][16] ; [Allah fait ce qu’Il veut].[17] Tout ce qu’Allah souhaite est enregistré dans le lawh el mahzh avant de se réaliser. Rien ne se produit sans Sa Volonté. L’étape de la mashî-a vient juste avant celle de la création. Quand Allah (I) veut une chose, elle sort immédiatement du néant. En disant que les événements se produisent sans qu’intervienne la Volonté d’Allah ou contre Sa Volonté, on devient mécréant. 

 

La quatrième étape : la création  qui est l’aboutissement des trois étapes précédentes (le savoir, l’écriture, et la Volonté). Allah (I) est le Créateur de toute chose. Il suffit qu’Il en émette la volonté pour la faire exister. Toute chose est donc soumise à Sa création. Les actes des hommes et ce qui en découle sont de ce registre. Autrement dit, ils entrent dans la création d’Allah. Chaque chose vient à son moment conformément au décret préalable d’Allah (Y).

 

Comment conjuguer entre la prédestination et le libre arbitre ?

 

Personne n’est à même de passer outre le destin qui lui fut prescrit. Les mu’tazilites accordent à la créature une volonté débordante et sur laquelle le Créateur n’aurait aucun pouvoir. En réalité, l’individu est mis à l’épreuve. C'est pourquoi il jouit d’une liberté d’action dans des limites déterminées, et devra rendre des comptes sur tous ses faits et gestes.

 

Or, il n’a rien d’autre en mains que de faire les « causes », et les résultats et les fruits reviennent au Tout-Puissant. Parfois, ses péchés le rattrapent. C’est ce qui explique certains malheurs auxquels il est confronté. En règle générale, qui sème le bien récolte le bien et qui sème le mal récolte le mal. C’est le Coran qui nous l’apprend : [Quant à l’homme qui donne aux autres qui craint Dieu et qui donne foi à la promesse  Nous lui faciliterons le bon chemin   Quant à l’avare qui est plein de suffisance Et qui dément la promesse  Nous lui faciliterons le mauvais chemin].[18] En se donnant les moyens de prendre le bon chemin, on reçoit le soutien d’Allah en plus de la récompense. Il est possible également que le Tout-Puissant laisse faire les mauvaises actions en vue de punir leurs auteurs. Les mauvaises intentions ne rapportent rien de bon : [Quant à l’avare qui est plein de suffisance Et qui dément la promesse Nous lui faciliterons le mauvais chemin].[19]

Les faux prétextes n’ont pas leur place. Selon certains, à quoi bon faire des œuvres si nos places sont déjà écrites à l’avance. Ce genre de réaction est inadmissible, sinon, il faudrait avoir le même raisonnement avec tout le reste. Ils n’ont qu’à s’assoir tranquillement jusqu’à ce que leur vienne leur nourriture. Mais, ils ne peuvent le faire, car c’est contraire à la nature humaine. L’instant de survie se déclenche également lorsqu’on subit une agression. Personne ne dit qu’il faut rester passif sans se défendre ou se venger de son agresseur ! Selon une loi universelle, il n’y a pas d’effet sans cause. Le monde animal nous montre la voie. L’oiseau n’attend pas que sa nourriture lui vienne dans son nid. Il est programmé pour bouger et faire des efforts pour échapper à la faim : [Tiens ton visage sur la religion fidèle à Allah ; la nature qu’Allah a insufflée à l’homme, rien ne peut changer la création d’Allah].[20] [Il est Celui qui a donné à toute création la forme qui lui convient, et qui l’a guidé ensuite].[21]

 

Cet argument infondé a montré ses limites. Non seulement il s’oppose aux textes du Coran et de la sunna, mais également à la nature humaine. Il incombe au musulman de suivre le bon chemin, et, dès qu’il glisse, de revenir à Dieu. Il en a la faculté et l’alternative. Dans l’éventualité où pour une raison ou une autre, il est retenu par l’incapacité d’agir, Allah ne lui en tiendra pas rigueur. En revanche, la fainéantise, qui est une forme de négligence, n’est pas une excuse en soi. Il y a donc une différence entre l’incapacité, qui est une forme d’impuissance, et la fainéantise.

 

Personne ne peut échapper à son destin, mais cela ne veut pas dire qu’il faut rester les bras croisés. Nous avons le devoir de mettre en avant les causes, tandis que les résultats sont entre les Mains du Très-Haut. Il est possible de ne pas voir les fruits de ses efforts ; l’essentiel est d’œuvrer. Le Messager d’Allah (r) nous dit bien : « Le croyant fort est meilleur et plus aimé par Allah que le croyant faible, mais il y a du bien chez tous les deux. Veille à ce qui t’est utile, tout en comptant sur l’aide d’Allah, mais sans baisser les bras. S’il t’arrive quoi que ce soit, ne dis pas : « j’aurais dû faire telle et telle chose », mais dis : « c’est le destin qu’Allah m’a écrit. »[22]

 

Les résultats ne nous appartiennent pas. Rien ne sert de pleurer sur son sort en cas d’échec. Nous devons nous dire qu’Allah nous réserve mieux, que, finalement, ce n’était pas la meilleure affaire, et qu’heureusement, Il nous a épargnés d’un malheur.

 

Cinquante mille ans avant la création de notre Univers, Allah ordonna à la Plume d’écrire dans la Table gardée tous les événements qui se produiront jusqu’à la fin du monde.[23] À cette époque, Son Trône était sur l’eau. Tout ce qui a été prédit a obligatoirement lieu, mais cela n’empêche pas de mettre en œuvre les causes, sans se reposer sur le destin. Il n’est pas raisonnable de rester à rien faire ! L’Islam l’interdit absolument. La Plume n’a fait que retranscrire ce que chacun d’entre nous allait faire, mais, au même moment, nous devons nous donner les moyens d’arriver à nos objectifs. S’il est écrit que j’aurai un enfant, c’est que je devais me marier. Il n’y a pas d’effet sans cause. Si mes projets avortent, je n’aurai aucun regret, car je sais que j’ai mis tous les moyens en œuvre pour les mettre à terme. C’est sûrement un mal pour un bien !

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 



[1] El fatâwâ (4/140).

[2] Ils reconnaissent les Noms et les Attributs divins à outrance au point de faire ressembler Allah à Ses créateurs. (N. du T.)

[3] Ils dénient qu’Allah puisse avoir une action quelconque sur le libre arbitre des êtres humains. En d’autres termes, ils prétendent qu’Allah ne crée pas les actions de l’homme (N. du T.)

[4] Ils reconnaissent l’action d’Allah sur l’homme à outrance à tel point de dire que ce dernier n’a aucun libre arbitre, et qu’Il est entre les Mains d’Allah comme un automate. (N. du T.)

[5] Ils assument que l’auteur des grands péchés va directement au Paradis sans passer éventuellement par un séjour en Enfer. (N. du T.)

[6] Ce sont les kharijites et les mu’tazilites. Ils disent que l’auteur des grands péchés séjourne éternellement en Enfer. (N. du T.)

[7] Ces derniers n’admettent pas qu’Allah puisse à la fois être le créateur des actes de l’homme et à la fois le châtier en Enfer. Comme ils pensent que cela est une forme d’injustice, ils ont tous simplement renié le Pouvoir d’Allah sur les actions de l’homme en disant que l’homme crée ses propres actions. Ils sont comparables ainsi aux manichéens, ceux qui croient au Dieu du bien et au Dieu du mal. (N. du T.)

[8] Une secte des kharijites ayant pris pour repaire sous le Khalifat d‘Alî, la montagne de Harûra en Iraq. (N. du T.)

[9] Majmû’ el fatâwâ (3/141).

[10] Quand le ciel sera ployé ; 28-29

[11] Rapporté par Muslim (8), selon ‘Abd Allah ibn ‘Omar – qu’Allah les agrée son père et lui –.

[12] La lune ; 49

[13] Rapporté par Abû Dâwûd (4700), e-Tirmidhî (2155), et Ahmed dans el musnad (22707), selon ‘Ubâda ibn e-Sâmit (t).

[14] Le fer ; 22

[15] Rapporté par Muslim (2653).

[16] La vache ; 253

[17] Le pèlerinage ; 18

[18] La nuit ; 5-10

[19] La nuit ; 8-10

[20] Les Romains ; 30

[21] Tâ-hâ ; 50

[22] Rapporté par Muslim (2664), selon Abû Huraïra (t).

[23] La Table gardée est le registre dans lequel est enregistré le destin général, mais il existe également des destins particuliers extraits de l’écriture antérieure. Ex. : le quatrième mois, l’âme est insufflée à l’embryon avec la venue de l’ange qui reçoit l’ordre d’écrire quatre choses : ses œuvres, sa durée de vie, sa richesse, et son devenir (heureux ou malheureux).

 

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Publié par mizab - dans Ash'arisme
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