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16 avril 2012 1 16 /04 /avril /2012 18:39

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Le jarh wa ta’dîl à la loupe

(Partie 2)

 

 ‘Ubaïd Allah ibn el Hasan : « Je préfère être un simple suiveur dans la vérité qu’une tête de file dans l’égarement. » [Tahdhîb el kamâl (29/107).]

 

Voir notamment : el ibâna de Mohammed el Imâm, et qui fut préfacé par cinq sheïkh du Yémen, et lu et révisé par Sheïkh Rabî’.

 

L’opinion de la grande majorité des spécialistes passe avant celle d’un savant isolé, sauf s’il détient en main une preuve imparable

 

L’Imâm Dhahabî fait remarquer à l’occasion de la biographie de Qaïs ibn Abî Hâzim, juste après avoir recensé les critiqueurs qui avaient parlé sur lui : « …Les savants s’entendent à l’unanimité à prendre sa narration, et celui qui parle sur lui ne se fait du mal qu’à lui-même. »[1]

 

Le même Dhahabî nous offre le mode d’emploi sur les critiques du grand Yahyâ ibn Ma’în : « Nous adoptons toujours son opinion dans la critique ; opinion que nous faisons passer devant celle de nombreux érudits, à condition, toutefois, qu’il n’aille pas, dans ses efforts d’interprétation, à l’encontre de la majorité. S’il est le seul à rendre crédible un narrateur que la majorité remet en question, ou de rendre faible un narrateur dont la majorité accepte la narration, nous nous remettons au jugement des grandes références, sans tenir compte d’une opinion isolée. »[2]

 

Ce dernier renchérit à propos d’el Wâqidî : « De la même manière que nous ne faisons pas attention à l’opinion de ceux, comme Yazîd, Abû ‘Ubaïd, e-Sâghânî, el Harbî, et Ma’in (dix traditionnistes en tout) qui le crédibilisent. Aujourd’hui, en effet, un consensus s’est dégagé pour dire qu’il n’est pas une référence, et que ses hadîth sont à mettre au compte des médiocres. »[3]

 

Continuons avec notre spécialiste qui ramène une règle extraordinaire disant, en substance, que les querelles entre grandes références ne sont pas prises compte en matière de critique, surtout s’il s’agit d’un narrateur rendu objectivement crédible par un grand nombre.[4] Notre grand chroniqueur reproche également à Shu’ba de dénigrer Hishâm ibn Hassân et Khâlid el Hadhdhâ, deux narrateurs crédibles. Tout le monde peut se tromper dans ses ijtihâd, même le grand Shu’ba.[5]

 

À propos d’Abd e-Rahmân ibn Shuraïh el Masrî, il affirme : « Crédible, sa narration est acceptée à l’unanimité. Seul ibn Sa’d prétend qu’elle est contestable. »[6]

 

Ce même ibn Sa’d contestait les compétences de Mohammed ibn Ismâ’îl ibn Abî Fudaïk el Madînî. Ibn Hajar lui conteste ce jugement que ne lui accordent pas les grandes références en la matière.[7] El ‘Asqalânî ne cautionne pas non plus à Nasâî sa critique sur Habîb el Mu’allim, et qui va à l’encontre du consensus.[8] Kulaïb ibn Wâil el Bakrî était crédible aux yeux de tous les savants, sauf Abû Zur’a dont la critique, non consistante, ne faisait pas le poids.[9] El Fadhl ibn ‘Anbasa était tout autant crédible, n’en déplaise à ibn Qâni’, non plus convainquant.[10]

 

Ahmed ibn Sâlih a dit : « On ne délaisse pas le hadîth d’un narrateur, sauf si les critiqueurs sont unanimes dessus. Il est possible de dire qu’il est faible, mais de là à prétendre qu’on ne prend pas de lui, il faut attendre pour cela que tout le monde s’entende sur la chose. »[11]

 

Dhahâbî enfin : « Nous ne disons pas que les spécialistes en critique de rapporteurs étaient infaillibles. Néanmoins, ils ont plus souvent raison que quiconque, beaucoup moins enclins à l’erreur, beaucoup plus impartiaux, et scrupuleux. S’ils sont unanimes à critiquer en mal un rapporteur, alors accroche-toi à leur jugement sans te tourner vers rien d’autre au risque de le regretter. Et, ne fais pas attention à celui d’entre eux qui se distingue de l’opinion générale… »[12]

 

Peut-on se fier à l’opinion d’un seul critiqueur ?

 

Ibn ‘Abd el Barr établit dans son fameux tamhîd que l’information d’une seule personne est acceptable à l’unanimité des savants.[13] Or, le problème est de savoir si cette règle englobe également le domaine de la critique des rapporteurs. Non, crient la plupart des spécialistes, qui imposent, pour se justifier, deux critiqueurs minimum. Un « non » que les grands spécialistes, à l’image de Nawawî, contestent avec force.[14] Ibn Kathîr est de ce camp-là,[15] tout comme ibn e-Salâh, pour qui un seul témoignage suffit pour valider la crédibilité d’un rapporteur au même titre que l’information en règle générale, comme nous l’avons vu plus haut.

 

C’est l’un des points de différence entre la narration et le témoignage qui réclame de recouper l’information devant un juge (deux témoignages au minimum). Le critiqueur joue, en effet, le rôle de juge, non de témoin.[16] Même son de cloche pour ibn Hajar.[17] Celui-ci, néanmoins, précise que seul le critiqueur expérimenté est à même de juger qu’un tel est crédible ou non, pour éviter d’ouvrir la porte à n’importe qui.[18] 

 

Il est possible qu’un rapporteur soit critiqué en mal par un ou deux spécialistes, et au même moment, qu’il soit critiqué en bien par un nombre équivalent de critiqueurs. Dans ce cas, à l’unanimité des savants, il incombe de faire passer avant la critique négative (à condition qu’elle soit détaillée). La raison, c’est que la critique négative apporte une information supplémentaire, à laquelle, en général, tout le monde n’a pas accès (et qui est souvent le fruit d’une enquête poussée), y compris l’auteur de la critique positive.[19]

 

Il est possible, toutefois, d’accepter une critique négative non détaillée (jarh mubham), à condition qu’il n’existe aucune critique positive sur laquelle on peut se reposer. La raison, comme le souligne ibn Hajar, c’est que déjà, le rapporteur est anonyme, et qu’en plus, il ne serait pas pertinent de faire abstraction dans notre enquête de l’avis d’un spécialiste en la matière.[20]

 

Les grandes références peuvent diverger sur un cas à la manière des spécialistes en fiqh ; dans ce cas, chacun y va de son ijtihâd pour trancher entre eux, à condition que la divergence soit acceptable

 

Quand ibn el Mubârak, Yahyâ ibn Sa’îd et Sufiân ibn ‘Uaïyna divergeaient sur un cas, Abû Hâtim optait pour l’avis de Yahyâ ibn Sa’îd.[21]

 

‘Alî el Madînî qui était l’élève d’Abd e-Rahmân ibn mahdî y va de son ijtihâd : « Si Yahyâ ibn Sa’îd [el Qattân] et Abd e-Rahmân ibn Mahdî s’accordent à délaisser un rapporteur, je ne prends pas sa narration, mais dès qu’ils divergent, je me tourne vers l’avis du second, car il était le plus modéré des deux. Yahyâ était un peu dur. »[22]

 

Sakhâwî voyait que pour le peu de cas sur lesquels divergeaient ces deux grands Imâms, le critiqueur devait remuer ses méninges (ijtihâd) en vue de trancher entre eux.[23]

 

Dhâhabî également, est l’auteur des paroles : « L’opinion d’Abû Zur’a en matière de critique me plait beaucoup. Elle dégage un grand scrupule religieux et une grande expérience, à l’inverse de son ami, Abû Hâtim, qui dénigrait à outrance. »[24]

 

Les différences d’opinion sur un cas particulier ne justifient pas la division et encore moins d’imposer la sienne aux autres 

 

D’après el Jawzujânî, j’ai entendu dire Ahmed ibn Hanbal : « Il n’est pas permis, pour moi, de rapporter la narration de Mûsâ ibn ‘Ubaïda.

-           Abû ‘Abd Allah, il n’est carrément pas permis, m’exclamai-je ?

-          J’ai dit pour moi. »

Sufiân rapportait la narration de Mûsâ ibn ‘Ubaïda, et même Shu’ba. C’est ce qui fit dire à Abû ‘Abd el ‘Azîz e-Rabdhî (qui lui-même est jugé faible par la plupart des spécialistes) : « Si Shu’ba avait découvert la même chose que les autres, il n’aurait jamais rapporté sa narration. »[25]

 

Yahyâ ibn Sa’îd s’acharnait sur e-Rabî’ ibn ‘Abd Allah ibn Khattâb, et se justifiait en disant : « Je le connais mieux que personne. Je suis d’ailleurs surpris qu’Abd e-Rahmân ibn mahdî ne dise pas un mot sur lui. » Pour Abd e-Rahmân ibn Mahdî, en effet, il était crédible dans ses narrations.[26]

 

Abd e-Rahmân ibn Mahdî : «Yahyâ ibn Sa’îd n’a pas été juste avec Hammâm ibn Yahyâ, car il ne sait rien sur lui et ne s’est jamais assis avec lui. »[27]

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 



[1] mîzân el i’tidâl d’e-Dhahabî (3/393).

[2] E-ruwât e-thiqât el mutakallimu fîhim (p. 29-30).

[3] Siar a’lâm e-nubalâ (9/469).

[4] Siar a’lâm e-nubalâ (7/40-41).

[5] mîzân el i’tidâl d’e-Dhahabî (4/296).

[6] mîzân el i’tidâl d’e-Dhahabî (4/289).

[7] Hadî e-sârî (p. 437).

[8] Hadî e-sârî (p. 461).

[9] Fath el Bârî d’ibn Hajar (6/528).

[10] Taqrîb e-ta-dhîb d’ibn Hajar.

[11] Rapporté par el Fasawî dans el ma’rifa wa e-târikh (2/191), et el Khatîb dans el kifâya (1/341-342).

[12] Siar a’lâm e-nubalâ (11/82).

[13] E-tamhîd (1/2).

[14] Irshâd tullâb el haqâiq (p. 111).

[15] Ikhtisâr ‘ulûm el hadîth.

[16] Tahrîr qawâ’id e-jarh wa ta’dîl d’Amr ibn ‘Abd el Mun’im (p. 21).

[17] E-nuzha du Hâfizh ibn Hajar (p. 142) ; voir également : sharh e-nukhba (p. 135 et 137).

[18] E-nuzha du Hâfizh ibn Hajar (p. 142).

[19] Voir : el kifâya d’el Khatîb el Baghdâdî (p. 123) ; voir également e-nukat el wafiya limâ fî sharh el alfiya d’el Buqâ’î (p. 220).

[20] E-nuzha du Hâfizh ibn Hajar (p. 144).

[21] El jarh wa e-ta’dîl d’ibn Abî Hâtim (2/21).

[22] Voir : el anwâr el kâshifa d’el Mu’allimî (p. 305) ; l’annale est rapporté par el Khatîb dans târikh Baghdâd (10/243).

[23] Fath el mughîth (4/439).

[24] Siar a’lâm e-nubalâ (13/81).

[25] Tahdhîb el kamâl (29/107).

[26] E-dhu’afâ d’el ‘Uqaïlî (2/49).

[27] Tahdhîb e-tahdhîb (11/61).

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