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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 05:25

 

 

 

 

 

Louange à Allah le Seigneur de l’Univers ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !

 

Une lecture exhaustive (istiqrâ) des Textes du Coran et de la sunna ont permis à ibn Taïmiya de constater que le terme kufr introduit par la particule « el » fait automatiquement allusion à la grande mécréance.[1] C’est ce qui fait dire à certains contemporains que le v. 44 de la s. el mâida fait allusion au kufr akbar.

 

En réponse :

 

1- Cette interprétation va à l’encontre, comme le souligne ibn Bâz, de celle d’ibn ‘Abbâs, Tâwûs, ‘Atâ, de Mujâhid, et d’un certain nombre de savants des nouvelles et des anciennes générations, comme l’évoquent le Hâfizh ibn Kathîr, el Baghawî, el Qurtubî, etc. Ibn el Qaïyim a un discours qui va dans ce sens dans son kitâb e-salât, tout comme le Sheïkh ‘Abd e-Lâtif ibn ‘Abd e-Rahmân ibn Hasan.[2] Un jour, on demanda à l’Imam Ahmed de quelle forme de mécréance s’agissait-il dans le Verset : [Ceux qui n’appliquent pas les Lois d’Allah sont eux les mécréants] ? Ce dernier répondit exactement comme Tâwûs, l’élève d’ibn ‘Abbâs, soit en disant : « C’est la mécréance qui ne fait pas sortir de la religion. »[3]

 

Safar el Hawâlî, un détracteur acharné des grands traditionalistes contemporains, fait le même constat en disant : « … Cependant, si le terme « kufr » lui-même est utilisé dans les hadîth, sans vouloir parler du grand kufr, comme dans le hadîth : « Offenser un croyant relève de la perversion, et le tuer relève de la mécréance. »[4] ; Que dire alors des termes « fisq » et « dhalâl » qui représentent une moins grande menace que le terme « kufr » ? Pourquoi alors faire une différence entre les textes du Coran et de la sunna. Les anciens (y)ont pourtant expliqué le Verset : [Ceux qui n’appliquent pas les Lois d’Allah sont eux les mécréants].[5] Il s’agit du kufr dûn kufr ou du kufr qui ne fait pas sortir de la religion.

 

Dans son livre, e-salât wa hukm târikuhâ, ibn el Qaïyim affirme : « Cette opinion est celle de tous les Compagnons sans exception. » Celle-ci est rapportée selon ibn ‘Abbâs parmi les Compagnons, ‘Atâ, Tâwûs parmi les tâbi’îns, Abû ‘Ubaïd, l’Imam Ahmed parmi les successeurs des tâbi’îns. Elle est également rapportée par el Bukhârî dans son sahîh, et d’autres grandes références et une multitude de grands savants que Seul Allah (I)peut dénombrer. »[6]

 

2- L’istiqrâ en question, comme le souligne Sheïkh el ‘Uthaïmîn, concerne le morphème el kufr, qui est à l’infinitif (masdar), alors qu’il prend la forme du participe présent (ism fâ’il) dans le v. 44 de la s. el mâida. Or, si le masdar exprime l’action, l’ism fâ’il renvoie à deux choses en même temps : l’action et le sujet de cette action, dans le sens où il est possible de désigner ceux qui commettent du kufr comme des mécréants. On peut indépendamment dire kâfirûn ou el kâfirûn. Dans les deux cas, il s’agit du kufr asghar.

 

3- La preuve, c’est qu’ibn Taïmiya estime lui-même que le fameux Verset parle de la mécréance mineure. Qu’on en juge : « Si, comme le disent les anciens, un individu peut déceler en même temps des signes de la foi et de l’hypocrisie, ou encore comme ils l’établissent également, des signes de la foi et de la mécréance ; il faut savoir qu’il ne s’agit pas de la mécréance qui fait sortir de la religion, comme le révèle ibn ‘Abbâs et ses élèves au sujet du Verset : [Ceux qui n’appliquent pas les Lois d’Allah sont eux les mécréants]. Selon ces derniers en effet, ils commettent de la mécréance qui ne fait pas sortir de la religion. L’Imam Ahmed ibn Hanbal et d’autres grandes références les ont rejoints dans ce principe. »[7] Il rapporte même ailleurs qu’aucune divergence entre les anciens n’est à constater sur ce point.[8]

 

4- Il est impossible qu’ibn Taïmiya puisse non seulement s’opposer à un consensus établi comme nous avons le voir, mais qui plus est, assurer le contraire. Si cela avait été le cas, nous aurions dit sans détour, pour reprendre les fameuses paroles d’ibn el Qaïyim el Jawziya, si Sheïkh el Islam (en parlant d’el Harawî) nous est cher, la vérité nous est encore plus cher.

 

Ce même ibn el Qaïyim explique également : « Il n’incombe nullement à la nation de suivre ou de s’en remettre au jugement de quiconque inaugure un discours et établit des règles en fonction de sa propre compréhension et interprétation. Il importe avant tout d’exposer son discours aux enseignements du Messager. S’il correspond et est conforme à ceux-ci, on peut alors témoigner de sa véracité et l’approuver dans ces conditions uniquement. Sinon, il est impératif de le réfuter et de le rejeter. Dans le cas où l’on ne peut y distinguer ni la conformité ni la non-conformité aux enseignements prophétiques, il faut le laisser en suspens. Au pire des cas, il est tout juste légitimé de s’en servir comme loi ou comme fatwa ; il est possible encore de le délaisser. » Fin de citation.[9]

 

En commentaire à ce passage Sheïkh ‘Ubaïd el Jâbirî nous fait savoir : « Il est établi en effet chez les Imams parmi les pieux prédécesseurs que les paroles et les actes des hommes doivent être mesurés à la lumière des Textes et du consensus. Quiconque dont la pensée est conforme aux textes ou au consensus, se verra approuvé tandis que s’il contredit l’une ou l’autre de ces références, il se verra désapprouvé quel que soit le rang de ce dernier. Si l’on se penche sur la situation des Imams, et des prêcheurs bien guidés parmi les pieux prédécesseurs en commençant par les Compagnons, les grandes références des Tâbi’în, et leurs fidèles successeurs, on se rendra compte qu’ils ont emprunté cette voie. Ils se tiennent ainsi face aux innovateurs et aux gens des passions grâce à des arguments irréfutables qu’Allah leur a concédés et à des preuves percutantes du Coran et de la sunna»[10]

 

5- Le plus étonnant, c’est que certains adversaires nous reprochent d’aller à l’encontre d’un consensus, qui est pour le moins discutable, comme nous l’avons démontré dans le tashrî’, alors qu’eux ne se privent pas d’aller ouvertement contre un consensus, qui lui est établi de façon irréfutable. Cela nous fait penser étrangement aux paroles d’Abû Umâma que relate Shâtibî,[11] et disant que les kharijites sont notamment concernés par le Verset : [Quant à ceux qui ont les cœurs égarés, ils s’attachent aux Versets ambigus en vue de semer la discorde et de les interpréter à leur façon ; mais personne ne connait leur interprétation en dehors d’Allah. Ainsi que les savants érudits qui disent : nous y donnons foi, tout vient de Notre Seigneur].[12]

 

6- Certains textes qui utilisent el kufr avec un « el » font allusion au kufr asghar.

 

• Selon Masrûq, j’ai interrogé ibn Mas’ûd au sujet de la corruption dans le hukm. Ce dernier m’a répondu : « C’est  la mécréance (el kufr). Puis, il récita [Ceux qui n’appliquent pas les Lois d’Allah sont eux les mécréants].[13] »[14] Or, à l’unanimité des savants, selon certains auteurs, la corruption (rushwa) dans le hukm relève des grands péchés. Un autre consensus établit que l’injustice des gouverneurs relève également des grands péchés, comme l’établit ibn ‘Abd el Barr[15] et el Qurtubî.[16] Il existe d’ailleurs une annale de ce même ibn Mas’ûd au sujet de ce Verset parlant de l’istihlâl.[17] Et quand bien même cette annale ne serait pas authentique, nous avons vu précédemment, notamment avec les paroles de Safar el Hawâlî qu’il n’existe aucune divergence entre Compagnons sur cette interprétation.

 C’est ce qui nous oblige obligatoirement à orienter les paroles de l’Imam Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb disant : « Il existe de nombreux tawâghît ; ceux qui nous intéressent ici sont au nombre de cinq, avec à leur tête : Satan, le sultan tyran, celui qui mange la corruption, celui qui reçoit l’adoration sous son consentement, et celui qui fait des œuvres sans n’avoir de science. »[18]

 

Sulaïmân ibn Sahmân explique en effet : « C’est-à-dire : celui qui autorise moralement à ne pas appliquer les Lois d’Allah et qui préfèrent la loi du tâghût à celle d’Allah… celui qui a cette croyance est un mécréant. En revanche, celui qui ne l’autorise pas moralement, qui considère que la loi du tâghût est complètement fausse, et que la Loi d’Allah et de Son Messager incarne la vérité, n’est pas un mécréant et ne sort pas de l’Islam. »[19] Wa Allah a’lam !

 

• Selon ibn ‘Abbâs, la femme de Thâbit ibn Qaïs s’est rendu auprès du Prophète (r) pour lui dire : « Je ne reproche pas à Thâbit ibn Qaïs son comportement ni sa religion, mais je réprouve la mécréance (el kufr) dans l’Islam… »[20]

 

• Ibn ‘Abbâs affirme au sujet de l’homme qui prend sa femme par-derrière : « C’est  la mécréance (el kufr). »[21]

 

• D’après Mohammed ibn Ishâq, selon Abân ibn Sâlih, selon Tâwûs, selon Sa’îd, selon Mujâhid, selon ‘Atâ : « Les anciens réprouvaient qu’on prenne sa femme par-derrière et ils disaient que c’était la mécréance (el kufr). »[22]

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

 

 



[1]Voir : sharh el ‘umda (p. 82), et majmû’ el fatâwa (7/668).

[2]Majmû’ fatâwa wa maqâlât (2/326).

[3]Voir : marwiyat el imâm Ahmed fî e-tafsîr (2/45), masâil ibn Hânî (2/192), et masâil Abû Dâwûd (p. 209).

[4]Rapporté par el Bukhârî et Muslim.

[5]Le repas céleste ; 44

[6]manhaj el ashâ’ira fî el ‘aqîda (p. 74-75).

[7]Majmû’ el fatâwa (7/312) ; ibn Rajab a également un discours qui va dans ce sens dans son fameux fath el Bârî (1/126).

[8]Voir : kitâb el imân avec la recension de Sheïkh el Albânî (p. 309-310).

[9]Zâd el Ma’âd (38/1).

[10]Kun Salafiyan ‘ala el Jadda de Sheïkh ‘Abd e-Salâm e-Sahaïmî.

[11]Voir : el i’tisâm (1/32, 77) et Qawt el Qulûb d’Abû Tâlib el Makkî (2/246).

[12]La famille d’Imrân ; 7

[13]Le repas céleste ; 44

[14]Hadîth authentique rapporté par Mussaddad dans son musnad, comme l’auteur d’el matâlib el ‘âliya le mentionne (10/197), et Abû Ya’lâ (9/173-174),  ibn Jarîr dans son tafsîr (6/240), e-Tabarânî dans mu’jam el kabîr (9/225-226), el Baïhaqî dans e-sunan el kubrâ (10/139). 

[15]E-tamhîd (5/74-75).

[16]El mufhim (5/117). D’autres savants rappellent que cette compréhension erronée du Verset est celle des kharijites, comme el Ajurrî dans e-sharî’a (p. 27), el Jassâs dans ahkâm el Qur-ân (2/534), et Abû Hayyân dans el bahr el muhît (3/493).

[17]Voir : jâmi’ li ahkâm el Qur-ân d’el Qurtubî (6/190).

[18]E-durar e-saniya (1/137).

[19]Voir : ‘uyûn  e-rasâil (2/603).

[20]Rapporté par el Bukhârî (5273).

[21]Rapporté par Ma’mar dans son recueil el jâmi’ (n° 20953), et e-Nasâî dans e-sunan el kubrâ (8955) avec une chaine narrative authentique.

[22]Rapporté par e-Dârimî dans e-sunan el kubrâ (1/277) avec une chaine narrative considérée bonne par certains spécialistes. Voir : mushkirat e-tasarru’ fî e-takfîr d’Usâma el ‘Utaïbî (407-408).

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Publié par mizab.over-blog.com - dans Takfir
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commentaires

Abou Salim 09/07/2012 18:42


Assalamou3aleykom


Qu'Allah te recompense pour ton site et tes efforts dans la da3wa.


BaarakAllahoufikom ! Juste cette phrase avec laquelle je suis en total desaccord...


 


"Safar el Hawâlî, un détracteur
acharné des grands traditionalistes contemporains"


 



C'est dommage !

mizab 09/07/2012 18:46



wa 'aleikom salem wa rahmat Allah wa barakatuhu !


 


Tout d'abord, je voudrais te remercier pour tes encouragements et te répondre : amin !


 


Ensuite, plusieurs raisons ont motivé cette expression, que je pourrais expliquer dans d'autres circonstances, mais je serais heureux que tu me fasses part de tes raisons, qui peuvent m'être
profitables !


 


waffaqaka Allah li kulli kheir !