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9 juillet 2012 1 09 /07 /juillet /2012 16:46

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Le seuil minimum de la foi

(Partie 1)

 

 

Louange à Allah le Seigneur de l’Univers ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !

 

Nous avons vu, dans un article précédent, le principe selon lequel la foi accepte des disparités (tafâwut, tafâdhul) d’un individu à un autre. Les traditionalistes distinguent entre son essence (asl) et sa perfection (kamâl). Pour entrer en Islâm, il est demandé au minimum de renfermer une foi sommaire, approximative (mujmal) qui n’est autre qu’asl el îmân. La foi s’annule littéralement quand son essence est remise en cause. Les disparités de la foi n’ont pas une limite minimum qui n’accepterait aucune baisse une fois franchise. Néanmoins, la foi diminue jusqu’à disparaitre complètement. Les anciens exprimaient ce phénomène à travers l’expression : hatta lâ yabqâ minhu shaï.

 

Jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien, nous disent-ils, mais ne pas en comprendre que l’essence de la foi contient une limite minimum stable et constante. Même asl el îmân n’échappe pas à la règle. Ainsi, les variations et les disparités d’un individu à un autre, mais aussi chez un même individu touchent à toutes les parties et les branches de la foi. La seule chose à laquelle tous les croyants peuvent se vanter d’avoir en commun, c’est asl el îmân. Ainsi, si les croyants sont égaux c’est uniquement sur ce point, mais il n’existe aucune limite minimum qui serait identique à tous.

 

Sheïkh el Islam explique que toutes les sectes dissidentes au traditionalisme (kharijites, mu’tazilites, murjites, jahmites, etc.) considèrent que la foi est un et indivisible ; si on enlève une partie, elle s’annule entièrement ; et, à l’inverse, si elle existe en partie, elle existe entièrement. Ils s’inscrivent à contre-courant du hadîth : « Le jour de la résurrection, Allah (I) dira : Sortez de l’Enfer quiconque décèle dans son cœur la foi la plus infime (mot-à-mot : ne serait-ce que l’équivalent d’un grain de moutarde ndt.). »[1]

 

Selon le hadîth : « La foi est composée de plus de soixante-dix branches – ou selon une version : plus de soixante branches –. La plus haute est l’attestation qu’il n’y a d’autre dieu [digne d’être adorée] en dehors d’Allah, et la plus basse est d’enlever une entrave de la route ; la pudeur étant une branche de la foi »[2] Sans enlever les entraves de la route, on reste croyant !

 

Par ailleurs, quand les traditionalistes refusent de donner une limite minimum à la foi, ils ne veulent pas dire qu’elle reste quoi qu’il arrive, d’où la confusion qui règne sur le sujet. Ainsi, une annulation de l’Islam remet en cause littéralement la foi de sorte qu’elle l’a fait disparaitre entièrement. Ils s’opposent donc à une foi minimum non à sa disparition totale quand l’une de ses parties vitales est entamée.

 

Les hadîth de l’intercession illustrent merveilleusement ce principe. Ils nous apprennent en substance qu’une foi faible est différente d’un individu à un autre, et qu’il n’existe aucune limite minimum qui nous permettrait de dire qu’en la franchissant, on ne peut plus prétendre à la foi. L’intercession englobe tous ces croyants ayant une foi faible, malgré l’énorme disparité qui existe entre eux.[3]

 

Le hadîth suivant, comme nous l’avons expliqué plus haut, dit exactement la même chose : « Le jour de la résurrection, Allah (I) dira : Sortez de l’Enfer quiconque décèle dans son cœur la foi la plus infime (mot-à-mot : ne serait-ce que l’équivalent d’un grain de moutarde ndt.). »[4] Il nous apprend, contrairement au crédo des sectateurs, que la foi est divisible et partageable, et qu’en en ayant perdu une grande partie, on reste croyant.

 

La variation du tasdîq et de la ma’rifa

 

Dans maqâlât el islâmiyîn, Abû el Hasan el Ash’arî rejoint le crédo traditionaliste selon lequel la foi est composée de la parole et des actes, elle monte et elle descend.[5] Il ramène ailleurs le consensus des anciens sur ce crédo, bien que son penchant pour le kalâm le rattrape quand il prétend la même page que la foi ne descend pas au niveau du tasdîq et du jahl (ignorance), ce qui, à ses yeux, relève du kufr.[6] Tahawî semble épouser cette question dans sa fameuse profession de foi. Ce qui n’échappa pas à Sheïkh el Albanî dans sa recension à son livre. Il souligne, en effet, dans la lignée des grandes références traditionnalistes, que même à ce niveau, la foi varie d’un individu à un autre et chez un même individu.[7]

 

L’Érudit ibn Hajar explique en s’inspirant des paroles d’e-Nawawî : « Selon l’opinion choisie et la plus juste, la conviction (tasdiq)augmente et diminue grâce à de multiples raisonnements et à la clarté des arguments. La foi d’Abû Bakr e-Saddîq, qui n’était entachée par aucun doute, était plus forte que celle d’autrui. Chacun peut le constater en lui-même et remarquer qu’il y a une variation dans ses sentiments. À certains moments, on décèle une plus grande conviction, sincérité, et confiance en Allah qu’à d’autres moments. Il en est ainsi pour la simple croyance et la connaissance qui s’amplifient grâce à la clarté des preuves et à leur abondance. »[8]

 

L’Imâm Ahmed, pour sa part, avait deux versions sur les variations (tafâdhul) de la ma’rifa. La plus juste d’entre elles, qui fut adoptée par les partisans de son école, nous apprend qu’elle est sujette au tafâdhul.[9]

Ibn Taïmiya attire notre attention sur un point extraordinaire. Il nous dit en substance que renier que le tafâdhul dans certains détails de la foi est certes caractéristique au principe murjite selon lequel la foi est indivisible. Néanmoins, cette opinion est parfois reprise par des traditionalistes, à l’image d’ibn ‘Aqîl, qui n’ont aucun lien avec l’irja.[10]

 

La foi est composée d’une essence et d’une partie subsidiaire

 

1- Shâfi’î, comme le rapporte Shîrâzî : « La foi est composée de la croyance, de la reconnaissance verbale, et des actes ; l’hypocrite fait uniquement défection du premier élément, le mécréant du second, et le pervers, qui sera sauvé de l’Enfer éternel pour gagner le Paradis, fait uniquement défection du dernier. »[11]

 

2- Ahmed, comme le rapporte son fils Sâlih : « J’ai interrogé mon père au sujet du crédo selon lequel la foi monte et descend, sur les éléments qui la font monter et descendre ?

-                Elle monte grâce aux actes et descend en délaissant les actes comme la prière, le pèlerinage, et les obligations religieuses. »[12]

 

3- Ibn Manda : « Pour les kharijites, la foi est l’ensemble de toutes les dévotions imposées que ce soit venant du cœur, de la langue ou des autres membres. Les traditionalistes disent également que la foi représente toutes les dévotions, que ce soit venant du cœur, de la langue, ou des autres membres. Sauf que, pour eux, elle est composée d’une essence et de branches. Son essence, c’est la connaissance et la croyance en/pour Allah et à Ses enseignements avec le cœur et la langue, en étant mû par la soumission extrême, l’amour, la peur, et l’encensement, loin de tout orgueil et obstination. En fournissant cette essence, on entre dans la foi, on prend le nom de musulman, et on est soumis aux lois qui en découlent. Cependant, cette foi ne peut devenir parfaite sans fournir les branches qui incarnent les commandements divins : faire les obligations et renoncer aux interdictions. »[13]

 

4- Ibn Qutaïba fait la distinction entre l’essence et les branches de la foi.[14]

 

5- Abû Nasr el Marwazî : « … La foi est composée d’une essence et des branches ; elle est antonyme à la mécréance dans tous les sens du terme. L’essence se compose de la reconnaissance et de la croyance, et les branches permettent de parfaire les actes du cœur et des membres. Mécroire en Allah, en Ses enseignements, et renoncer à croire en/pour Lui est antonyme de la reconnaissance et de la croyance qui composent l’essence de la foi.

 

L’antonyme de la foi qui touche aux actes non à la reconnaissance est une mécréance qui ne fait pas sortir de la religion, mais qui consiste à négliger les actes ; de la même manière que les actes intègrent la foi, mais sans relever de la reconnaissance d’Allah. En délaissant la foi au niveau de la reconnaissance d’Allah, on devient mécréant à qui on somme de se repentir. De la même manière, en délaissant la foi au niveau des actes (l’aumône légale, le pèlerinage, le jeûne, éviter de boire du vin et de faire l’adultère par scrupule religieux) on perd une partie de la foi, mais on n’est pas sommé de se repentir, selon notre opinion et celle de nos opposants sur la question qui nous concerne parmi les traditionalistes, mais aussi parmi les innovateurs adhérant au crédo selon lequel la foi est composée de la croyance et des actes. Seuls les kharijites se distinguent sur la question.

 

Quand nous disons qu’il est mécréant pour avoir négligé les actes, cela ne veut pas forcément dire qu’on lui somme de se repentir et qu’il n’est plus concerné par les lois de l’Islam… étant donné qu’il ne touche pas à l’essence de la mécréance qui consiste à renier Allah ou Ses enseignements…

 

C’est à partir de ce raisonnement que nous soutenons l’idée selon laquelle en délaissant la croyance, on est mécréant, et en délaissant les obligations tout en donnant foi à leur caractère obligatoire, on n’est pas mécréant, si ce n’est qu’on a délaissé la vérité. On dit bien : tu as renié mon droit et mes bienfaits dans le sens où tu les as négligés en faisant preuve d’ingratitude.

 

Les tenants de cette tendance disent : nous nous appuyons en cela sur l’exemple des Compagnons et de leurs successeurs qui pouvaient désigner par le terme mécréant les branches de la mécréance, non son essence ; soit une mécréance qui ne fait pas sortir de la religion ; de la même manière qu’ils pouvaient désigner par le terme foi, les branches de la foi non son essence ; en les délaissant, on ne sort pas de la religion. »[15]

 

6- « … Ils étaient en droit de donner ce statut au croyant ; ils témoignent qu’il a la foi quand il fournit la reconnaissance du cœur et verbale, et ils témoignent que sa foi monte quand il fait de bonnes œuvres, qui, aux dires du Prophète (r), sont des branches (shu’ab)de la foi. À chaque fois qu’il en néglige une, ils savent qu’il s’éloigne davantage de la foi parfaite par rapport à celui qui l’a fourni. Cependant, ils ne lui enlèvent pas le nom de croyant avant que l’essence de la foi ne disparaisse complètement. »[16]

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 



[1] Rapporté par el Bukhârî (6560), et Muslim (184), selon Abû Sa’îd el Khudrî (t).

[2] Rapporté par el Bukhârî (9), et Muslim (35), selon Abû Huraïra (t).

[3] Voir : usûl el mukhâlifîn li ahl e-sunna fî el îmân du D. ‘Abd Allah ibn Mohammed el Qarnî (p 74-76).

[4] Rapporté par el Bukhârî (6560), et Muslim (184), selon Abû Sa’îd el Khudrî (t).

[5] Majmû’ el fatâwâ (7/549-550).

[6] Risâlat ilâ ahl e-thaghr (p. 272) ; ce passage mérite de plus amples explications.

[7] Voir son ta’lîq ‘alâ el ‘aqîda e-Tahawîya (p. 43).

[8] Fath el Bârî (1/46).

[9] Majmû’ el fatâwâ (7/408).

[10] Majmû’ el fatâwâ (7/408).

[11] Voir : ‘umda el qârî (1/175).

[12] Masâil el Imâm Ahmed (2/119).

[13] El îmân d’ibn Manda (1/331).

[14] El masâil wa el ajwiba (p. 331).

[15] Ta’zhîm qadr e-salât d’Abû Nasr el Marwazî (2/519).

[16] Ta’zhîm qadr e-salât d’Abû Nasr el Marwazî (2/713).

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Publié par mizab - dans Takfir
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