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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 17:44

Forest

 

Le takfîr, le tafsîq, et le tabdî' 

(Partie 7)

 

Des exemples de mauvaise interprétation dans les rangs des anciens

 

Abd Allah, le fils d’ibn ‘Abd el Wahhâb nous fait un résumé de la position d’ibn Taïmiya sur les erreurs d’interprétation : « Certains textes scripturaires démontrent qu’Allah ne châtie pas pour une erreur commise par un adepte de notre communauté. D’après le recueil e-sahîh, selon Abû Huraïra (y), le Messager d’Allah a dit : « Un homme, qui n’avait fait aucune bonne action, recommanda à sa famille avant de mourir. « Après ma mort, brûler ma dépouille. Puis, dispersez-en une partie dans la mer et l’autre partie sur la terre ferme. Par Allah ! S’Il venait à me reprendre, Il m’infligerait un châtiment comme Il ne l’a jamais infligé à personne dans l’Humanité entière. » Après sa mort, ses vœux furent exaucés, mais Allah ordonna à la terre ferme et à la mer de rassembler ses cendres. Puis, Il le questionna : « Qu’est-ce qui t’a poussé à faire cela ?

-          C’est la peur de subir ton courroux, Mon Seigneur ! » C’est alors qu’Il lui pardonna. »[1]

 

Ce hadîth a été certifié par plusieurs voies que rapportent un certain nombre de Compagnons…

 

Cet homme en question doutait et ignorait qu’Allah (I) avait le Pouvoir de le reconstituer ; il avait alors recommandé à sa famille d’éparpiller ses cendres. Pourtant, cet homme était dans l’ensemble, un croyant. Il croyait, dans l’ensemble, au dogme de la Résurrection ; soit qu’Allah allait rétribuer les hommes en bien ou en mal après leur mort. Cette croyance est une bonne œuvre en elle-même. Elle intercéda en sa faveur lorsqu’Allah décida de lui pardonner. Son erreur fut mise au compte de la peur extrême ; en sachant que de nombreux adeptes de notre communauté commettent des erreurs de ce genre.

 

Pourtant, les savants s’accordent à ne pas kaffarpour les erreurs commises par les musulmans. Par exemple, certains Compagnons contestaient que les morts puissent entendre. D’autres contestaient que le voyage nocturne ait eu lieu à l’état d’éveil.

 

Shuraïh el Qâdhî, quant à lui, il contestait la lecture [bel ‘ajibtû wa yaskharûn][2] ; en ayant Allah pour sujet du verbe ‘ajiba (s’étonner, se réjouir, plaire à ndt.), sous prétexte qu’Allah ne pouvait s’étonner de quelque chose. Quand Ibrahim e-Nakha’î eut écho de son opinion, il eut la réaction suivante : « Shuraïh est un poète imbu de son savoir, mais ‘Abd Allah, qui est plus érudit que lui, lisait : [bel ‘ajibtû wa yaskharûn] (au lieu de ‘ajibta ndt.). »

 

Ce fameux Shuraïh contestait une lecture pourtant reconnue, et qui plus est, un Attribut confirmé par le Coran et la sunna. Or, à l’unanimité des musulmans, Shuraïh compte parmi les grandes références de la Nation. »[3]

 

Donner une excuse à une erreur d’interprétation ne veut nullement dire qu’on la cautionne

 

Sheïkh Taqî e-Dîn a dit : « Certains peuvent aller jusqu’à autoriser moralement certaines boissons enivrantes suite à une erreur d’interprétation, à l’exemple des habitants de Koufa. Cette autorisation morale qui ne sort pas du cercle de l’effort d’interprétation, mais qui conduisit à l’erreur des croyants ayant à leur actif des actions énormes, est pardonnée par Allah ayant répondu à l’invocation : [Seigneur ! Ne nous tiens pas rigueur de nos erreurs et de nos oublis].[4] Certains ont autorisé moralement certaines formes d’usure, d’autres ont permis d’écouter la musique, et d’autres enfin, ont autorisé à verser le sang des musulmans. De tels errements venant de grands croyants, sont à mettre au compte soit des péchés effacés par les malheurs, ou tout simplement pardonnés, soit au compte des erreurs pardonnées. Malgré cela, il incombe de mettre en lumière les enseignements du Coran et de la sunna qui incarnent le droit chemin et la vraie religion ; puis, de l’ordonner aux gens et de l’interdire en fonction des moyens. »[5]

 

Il incombe pour les questions d’iqâma el hujja de dissiper toute conception erronée et ambigüe

 

Sheïkh Taqî e-Dîn a dit : « C'est pourquoi je disais aux jahmites panthéistes et négateurs qui reniaient qu’Allah (U) fût sur Son Trône à l’époque où leur fitna commença ; que si j’avais été l’auteur de vos paroles, j’aurais été un kâfir. Moi, en effet, je sais pertinemment que vos paroles relèvent de la mécréance, mais, à mes yeux, vous n’êtes pas des kuffarétant donné que vous êtes des ignorants. Je m’adressais ainsi à leurs juges, leurs savants, leurs Sheïkh et leurs émirs. À l’origine, leur ignorance provient des arguments de la pensée, de la part de leurs leaders, qui étaient ambigus, car leur bagage dans le domaine des textes authentiques, qui sont conformes à la raison saine, était léger. »[6]

 

« Perdre la raison est une excuse pour laquelle la plume s’abstient de retranscrire les œuvres. De la même façon, la conception erronée à cause de laquelle on ne peut établir la preuve céleste, peut être une excuse ne serait-ce qu’en apparence. »[7]

 

Les innovations aggravées sont extrêmement condamnables 

 

Ibn Taïmiya décrit certains agissements des soufis ultras : « Certains d’entre eux s’autorisent moralement à faire certaines immoralités, comme se permettre de prendre des femmes étrangères pour petite amie et de les rencontrer dans l’intimité pour leur offrir la baraka en faisant avec elles ce que la religion leur interdit pourtant. Ils se permettent également ce genre de choses avec des imberbes sous prétexte de jouir de leur contemplation et d’avoir certains attouchements avec eux, à la manière de certains initiés. Le but, c’est d’atteindre l’amour du Créateur en passant par l’amour des créatures.

Ils préconisent également certaines prémices à l’adultère ; ils peuvent aller jusqu’à autoriser moralement à faire directement l’adultère. »[8]

 

Ailleurs, il donne son verdict : « Quiconque ne croit pas d’une foi ferme que la religion du Messager d’Allah s’adresse à l’Humanité entière ; qu’il incombe à tous les hommes de le suivre ; que le licite est ce qu’il a rendu licite et que l’illicite est ce qu’il a rendu illicite ; que la religion est ce qu’il a légiféré est un vulgaire mécréant à l’image de ces hypocrites, notamment, qui autorise à sortir de sa religion, de sa législation, et de son obéissance. »[9] 

 

Qu’en est-il des suiveurs ?

 

Voici la réponse : « Certains prétendent que le discours de ces gens-là renferme un secret subtil, et que sa face cachée est une vérité contenant des mystères que seule l’élite de l’élite de la création est à même de percer. De deux choses l’une, soit l’auteur d’une telle parole est un grand zindîq athée et imposteur soit un grand ignorant égaré. Le premier doit être mis à mort et le second doit être informé de leur situation. Si, après avoir établi contre lui la preuve céleste, il s’entête dans sa mauvaise croyance, il doit également être mis à mort. »[10]

 

« Plus on est au courant de la face cachée de cette tendance tout en y adhérant, plus on sombre dans la mécréance et l’athéisme. Or, certains ignorants se font une bonne opinion de leurs paroles, mais sans les comprendre réellement. Ils pensent qu’ils ont à faire au même genre qu’aux maitres initiés, dont le discours, bien qu’il soit juste, est indéchiffrable pour beaucoup. Ces suiveurs ont souvent la foi et sont relativement fidèles au Coran et la sunna, conformément à la croyance traditionnelle. S’ils approuvent le discours des premiers, c’est uniquement dans la mesure où ils se font une bonne opinion d’eux, tout en se soumettant à eux les yeux fermés proportionnellement à leur ignorance et à leur égarement. Ils ne se mettent pas à l’esprit que seuls un mécréant athée ou un ignorant égaré peuvent donner crédit à leurs discours…

 

Leurs discours, qu’il soit pris au pied de la lettre ou non, relèvent entièrement de la mécréance à l’unanimité des musulmans. En venant à douter de leur mécréance, après avoir eu connaissance de leurs réelles intentions et de leur véritable religion, on prend le même statut qu’eux, car c’est comme si on doutait de la mécréance des Juifs, des chrétiens, et des païens. »[11]

 

L’une de ses fatwastraite du panthéisme et du monisme d’ibn ‘Arabî. En voici un extrait : « Or, ceux qui ne pénètrent pas les subtilités de leur discours s’en sont laissé abuser, exactement comme ceux qui se laissent abuser par le discours ésotérique des qarmates. Ces derniers se sont, en effet, fait passer pour des fatimides (descendants de Fâtima ndt.) affiliés au shiisme. Leurs suiveurs ont penché vers eux, sans vraiment connaitre le fond de leur discours qui est rempli de mécréance. Ainsi, deux catégories d’individus peuvent avoir une attirance pour eux : soit un zindîq hypocrite soit un ignorant égaré. Nous pouvons dire la même chose pour les partisans du monisme. Leurs chefs de file sont de vulgaires mécréants qu’il incombe de mettre à mort, sans accepter le repentir d'aucuns d’entre eux, à condition de les attraper avant qu’ils ne se repentissent.

 

Ils sont en effet les pires des zindîqqui cachent derrière leur appartenance trompeuse à l’Islam, la pire des mécréance. Ceux-là pénètrent très bien leur discours et ils ont pleine conscience qu’il s’oppose littéralement à la religion des musulmans.  

 

Il incombe de punir toute personne qui s’affilie à eux, les défend, leur fait les éloges, encense leurs ouvrages, qui est connue pour les aider et les soutenir, qui déteste entendre du mal d’eux, qui leur cherche des excuses en disant qu’un tel ne connaît pas le sens de telles paroles, qu’il n’en connaît pas l’auteur, ou qu’il a composé tel ouvrage…

 

Ce genre d’excuses ne peut que provenir d’un ignorant ou d’un hypocrite. Il incombe plutôt de punir toute personne qui, au courant de leur situation, ne contribue pas à mettre fin à leurs manigances. S’opposer à eux représente l’un des plus grands devoirs du musulman, car ils ont corrompu l’esprit et la religion de bon nombre d’individus parmi les Sheïkh, les savants, les rois, et les princes. Ils sèment le désordre sur terre et détournent les gens du chemin d’Allah. 

 

Les dégâts qu’ils font à la religion sont pires que les dégâts matériels causés aux musulmans notamment par les bandits de grand chemin. Ces derniers ne s’attaquent pas en effet à la religion des gens. Dans cet ordre, nous avons les tatars qui ne convoitent que leurs richesses, mais sans s’en prendre à leurs convictions. Ceux qui ne savent pas à qui ils ont affaire ne doivent pas prendre la chose à la légère. Leur égarement et leur mauvaise influence est plus grands que l’on puise se l’imaginer. Ils sont la tendance la plus proche des qarmates bâtinites. C'est pourquoi ils cautionnent la venue des tatars à la tête des pays musulmans, et leur offrent leur soutien contre leurs propres concitoyens – à part les gens simples qui gonflent leurs rangs, et qui n’ont aucune idée de leur vrai visage.

 

Ceux-là mêmes qui approuvent la situation des Juifs et des chrétiens et qui considèrent qu’ils sont sur le droit chemin. Ils n’en pensent pas moins pour les adorateurs des idoles. Chacune de leur revendication représente à elle seule la pire des mécréance qui soit.

 

Ainsi, il incombe d’informer sur leur situation tous ceux qui se font une bonne opinion d’eux, et qui prétendent n’être pas au courant de leurs vraies intentions. Après cela, s’ils ne se séparent pas d’eux et s’ils n’affichent aucun mécontentement envers eux, ils auront droit au même statut qu’eux, et seront considérés comme eux et comme faisant partie d’eux. »[12]

 

Sheïkhel Harrânî fut interrogé également sur le cas d’une personne étant convaincu que les Sheïkh soufis sont capables de sauver leurs adeptes le jour du jugement dernier contre le châtiment d’Allah. Il répondit que cette parole relève de la mécréance, car cela revient à trouver que son Sheïkh est meilleur que Mohammed ibn ‘Abd Allah (r). On doit sommer à l’auteur d’une telle parole de se repentir sous peine d’être condamné à mort. Puis, il poursuivit : « Quant aux adeptes du SheïkhYûnas, bon nombre d’entre eux mécroient en Allah et en Son Messager ; ils ne reconnaissent ni l’obligation des cinq prières par jour, ni du jeûne du ramadhân, ni du pèlerinage à la Maison sacrée. Ils ne voient pas les interdictions d’Allah et de Son Messager ; ils profèrent même des blasphèmes contre Allah, Son Messager, le Coran, et l’Islam, comme peuvent en témoigner ceux qui les connaissent réellement.

 

En revanche, les gens simples parmi eux qui ne connaissent pas leur face cachée, ils ont la même foi que la grande majorité des musulmans, et qu’ils ont apprises chez les musulmans normaux, non chez eux. Leur élite, à l’image du SheïkhSallûl, Jahlân, e-Sahbânî, etc. ne voient pas l’aspect obligatoire de la prière, et ils vont même plus loin, en ne reconnaissant pas la prophétie de Mohammed (r). »[13]

 

Ailleurs, il renchérit : « Les philosophestinites sont des mécréants. Leur mécréance est évidente pour les musulmans, comme il le souligne lui-même – en parlant de Ghazâlî – ainsi que d’autres savants. Des musulmans beaucoup moins instruits et moins religieux se rendent compte de cette évidence, à condition bien sûr, qu’ils assimilent leur véritable discours. Sinon, leur mécréance peut, en effet, leur échapper. Certains musulmans qui n’ont pas conscience de leur gravité peuvent malheureusement s’en imprégner, mais ces derniers sont excusables en raison de leur ignorance. »[14]

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 



[1] Cette histoire est rapportée par el Bukhârî (7505) et Muslim (2757).

[2] Les rangées d’anges ; 12

[3] Majmû’ e-rasâil wa el masâil (1/195-196) et e-durar e-saniya (10/245-246) ; voir notamment pour ibn Taïmiya : Majmû’ el fatâwâ (11/551).

[4] La vache ; 286

[5] El istiqâma (2/188-189).

[6] E-rad ‘alâ el bakrî (2/494).

[7] Majmû’ el fatâwâ (2/486).

[8] Majmû’ el fatâwa (11/405).

[9] Majmû’ e-rasâil wa el masâil (1/44).

[10] Majmû’ el fatâwa (2/378).

[11] Majmû’ el fatâwa (2/367-368).

[12] Majmû’ el fatâwâ (2/131-132).

[13] Majmû’ el fatâwâ (2/106-107).

[14] Sharh el asbahâniya (p. 628-629).

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