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9 février 2011 3 09 /02 /février /2011 21:06

Au nom d’Allah le Très Miséricordieux, le Tout Miséricordieux

 

Le tarkîb

(Partie 3)

 

Voir : el usûl e-latî banâ ‘alaïhâ el mubtadi’a madhhabuhum fî e-Sifât (3/103-146) du D. ‘Abd el Qâdir ibn Mohammed ‘Atâ Sûfî, qui, à l’origine, est une thèse universitaire ès Doctorat.

 

4- Le qadîm, c’est le hid

 

Pour les mu’tazilites, le Tout-Puissant ne peut être « deux ».[1] C’est de cette façon qu’ils démontrent Son Unicité (el wihdâniya), soit, qu’Il est Seul à s’attribuer l’Attribut de l’antériorité. Dans ce sens, Il est Unique ou Un. Il n’y a pas un « deuxième » pour s’associer à Lui dans cette particularité.[2] Il est donc Unique, car Il est le Seul ancien.

 

4- Le qadîm n’est pas multiple

 

Puisqu’Allah est l’Unique et le seul qadîm, il ne pouvait en tout état de cause être multiple. Selon le consensus, dire qu’il existe plusieurs anciens est un blasphème.[3] Encore fois, on tombe de haut, car, traduit en message clair, cela veut dire : pas d’Attributs ! Reconnaitre les Attributs anciens est une forme de polythéisme, selon cette conception. C'est pourquoi l’Unique est simple ; Il n’est ni composite ni multiple. D’où la conclusion sans appel : Allah n’est pas doté d’Attributs !

 

En résumé

 

 L’existence se partage entre ancien et contingent. Le second est nécessairement dépendant d’un agent, qui doit remonter à la cause première, l’ancien, sinon, on s’enferme dans un cycle sans fin. Dans les deux hypothèses, on prouve l’existence de l’ancien. Ce dernier est unique et n’accepte aucune multiplicité, car s’opposant littéralement à sa caractéristique d’ancienneté. S’il était multiple en effet, il serait composé, ce qui est caractéristique aux corps, alors qu’Allah n’est pas un corps.[4]

 

Seconde partie

 

Application de ce principe aux Attributs divins

 

Nous avons vu plus haut qu’aux yeux des mu’tazilites, le « qadîm » était synonyme de « Un », et que l’unicité était la condition de l’antériorité. C’est pourquoi, ils refusent catégoriquement les Attributs divins, car s’érigeant ainsi en associer dans la plus grande particularité de l’Un, l’ancienneté.[5] Reconnaitre les Attributs anciens, c’est reconnaitre une pluralité d’anciens, disent-ils.[6] Ils « personnifient » les Attributs en les détachants de Celui qui en est doté. Puis, ils les font rivaliser avec Lui dans la plus grande de Ses caractéristiques, l’ancienneté,[7] et deviendraient ainsi des dieux.[8] D’ailleurs,  un commentateur du célèbre dhî ’Abd el Jabbâr ne se gêne pas pour dire que les ash’arites, qui reconnaissent les attributs essentiels, donnent foi à une multitude de dieux anciens.[9]

 

Taftâzânî, qui nous dessine le portrait du crédo mu’tazilite, en arrive à ce malheureusement constat.[10] En s’associant avec Lui dans la plus grande de Ses particularités, ils s’associeraient obligatoirement avec Lui dans tout le reste. Faire Ses éloges à travers Ses Attributs parfaits, c’est flirter avec l’anthropomorphisme, selon cette conception.[11] Le raisonnement est simple. Pour les mu’tazilites, les anthropomorphistes s’imaginent une divinité composée d’une essence et d’attributs. Or, si l’on sait que la composition est synonyme de dépendance et de contingence,  cela revient à attribuer à Dieu des caractéristiques de la nature humaine.[12]

 

Nous pouvons remarquer qu’ils partent du même principe que les mutafalsifa, et selon lequel, contrairement au « nécessaire », le « possible » est dépendant de ses parties. Cette remarque qui saute aux yeux, n’échappa pas à Shihristânî[13] ni à el Ghazâlî[14] qui firent ce douloureux parallèle. S’il existe des différences entre les deux tendances, c’est uniquement au niveau des détails et des choix des termes. Alors que les uns disent que la composition en partie est propre au « possible », les autres affirment que la multiplicité, qui est une composition, est propre au « contingent ». Le résultat est cependant le même : pas d’Attributs divins !

 

Le tawhîd des mu’tazilites

 

Au même titre que les mutafalsifa, les « rationalistes » musulmans renient les Attributs divins en vue d’exalter l’Unique. C’est le fameux tawhîd qui est le premier des cinq principes fondamentaux de la secte. Notons que, contre toute attente, ibn Tûmart le sanguinaire, rejoint les mu’tazilites sur ce point. Ce n’est pas par hasard qu’il baptisa ses adeptes de muwahhidîns, comme nous l’apprend ibn Taïmiya. Au même titre que ses coreligionnaires, ils faisaient de son étendard, la négation des Attributs divins.[15] Au nom de l’unicité, il flirtait avec le paganisme, et aurait mieux mérité le nom de « négateur ».

 

Nous comprenons mieux désormais ce qu’entendent les mu’tazilites par tawhîd. Dans el mughnî, le dhî ’Abd el Jabbâr justifie que la négation des Attributs est le seul moyen de préserver l’unicité d’Allah dans le domaine qui Lui est propre, l’ancienneté.[16] Il faut remonter à Wâsil ibn ‘Âtâ pour retrouver le précurseur de ce crédo, l’auteur des paroles : « Reconnaitre un sens ou un attribut ancien, c’est donner crédit à l’existence de deux dieux ! »[17] En réalité, sans remettre en question Shihristânî, qui recense ce témoignage historique d’une grande valeur, il incombe de nuancer la chose. L’idée n’était pas encore mûre, en effet, lors des premiers balbutiements de la secte. C’est au contact des œuvres grecques et des philosophes musulmans que ses contours prenaient formes. Il ne restait plus qu’ensuite, à lui donner une allure plus islamique, d’où la trouvaille du tawhîd, comme l’établit Shihristânî lui-même.[18]

 

S’ils ont plusieurs façons pour l’exprimer, toutes les tendances mu’tazilites s’accordent à renier les Attributs divins. El Baghdâdî, un autre célèbre hérésiographe, souligne qu’ils exaltent Dieu en disant qu’Il n’a pas de savoir, ni de pouvoir, ni de vie, ni d’écoute, ni de vision, etc.  Ils s’imaginent qu’au commencement Il n’avait ni Nom ni Attribut.[19] Ce dernier point est le dénominateur commun entre toutes les sectes négatrices des Attributs divins.

 

Les détails du principe de la négation des Attributs divins[20]

 

1-              Abû el Hudhaïl el ‘Allâf ramène tous les Attributs divins au Savoir, la Puissance, et la Vie. Mais, il ne s’arrête pas là, car, même ces trois derniers, il les fait revenir à l’Essence elle-même, pour éviter de tomber dans le piège de la pluralité des anciens. Pour cela, il a trouvé une astuce pour le moins abracadabrante le faisant dire : Allah est Savant avec un Savoir qui est Lui-même, Il est Puissant avec une Puissance qui est Lui-même, Il est Vivant avec un Vie qui est Lui-même.[21] En d’autres termes, Son Savoir c’est Son Essence, Son Pouvoir c’est Son Essence, et Sa Vie c’est Son Essence.[22] Allah est exalté, dans une majesté infinie, au-dessus de leurs ignominies !

2-              sil ibn ‘Âtâ, le chef fondateur de la secte, ne se cachait pas pour renier tous les Attributs sans exception, et alla jusqu’à taxer ses opposants, toute tendance confondue, de polythéistes. Il allait faire des émules dans les rangs de ses successeurs, les silites. Abû el Husaïn el Khayyât, est l’un d’entre eux,[23] tout comme le dhî ’Abd el Jabbâr.[24]

3-              Certains mu’tazilites, à l’image d’Abû ‘Alî el Jabbâî et de Hishâm el Fûtî, affirment qu’Allah est Savant en(pour) Lui-même ou de Lui-même, Il est Puissant en Lui-même ou de Lui-même, Il est Vivant en Lui-même ou de Lui-même. Il leur arrive d’intervenir « Lui-même » par « Personne ». Voici ce que cela donne, Allah est Savant en Personne ou de Sa Personne, etc.[25]

 

La différence entre la première et la troisième opinion, c’est que dans le premier cas, il s’agit de renier l’Attribut, et dans le second, de reconnaitre une Essence qui est son propre Attribut ou un Attribut qui est sa propre Essence.[26] Dans les deux cas, en tout cas, il y a la négation totale des Attributs divins. En cela, ils sont identiques, en regard de leur finalité. Notons enfin que le dalîl e-tarkîb intervient dans ces trois raisonnements, car reconnaitre les Attributs éternels, c’est associer Dieu, comme nous l’avons vu, dans la plus grande de Ses caractéristiques, l’ancienneté…

 

Wa Allah a’lam !

 

 



[1] Sharh el usûl el khamsa (p. 181).

[2]Idem. (p. 277-278).

[3]Idem.

[4]Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (1/301, et 8/169).

[5]El milal wa e-nihal de Shihristânî (p. 44-45).

[6]Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (5/36).

[7] Idem. (5/46).

[8] El milal wa e-nihal de Shihristânî (p. 45).

[9] Sharh el firdhâdhî ‘alâ Sharh el usûl el khamsa li Abd el Jabbâr (p. 169).

[10] Sharh el maqâsid d’e-Taftâzânî (4/83).

[11] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql(5/46).

[12] Sharh el firdhâdhî ‘alâ Sharh el usûl el khamsa li Abd el Jabbâr (p. 169).

[13] Nihâyat el aqdâm fî ‘ilm el kalâm (p. 90-91) d’e-Shihristânî.

[14] El munqidh min e-dhalâl d’el Ghazâlî (p. 107).

[15] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql(5/20).

[16] El mughnî fî abwâb e-tawhîd wa el ‘adl (4/341).

[17]El milal wa e-nihal de Shihristânî (p. 46).

[18]Idem. (p. 46-47).

[19]El farwa baïna el firaq d’el Baghdâdî (p. 114).

[20]Voir notamment : maqâlât el islâmyîn d’Abû el Hasan el Ash’arî (1/227, 253, 325).

[21]El mughnî fî abwâb e-tawhîd wa el ‘adl du dhî ’Abd el Jabbâr (4/129).

[22]El milal wa e-nihal de Shihristânî (p. 49-50).

[23]Voir : el intisâr wa e-radd ‘alâ ibn e-Râwandî el mulhîd Abû el Husaïn el Khayyât (p. 171).

[24]El mughnî fî abwâb e-tawhîd wa el ‘adl du dhî ’Abd el Jabbâr (4/129).

[25]Voir : el intisâr wa e-radd ‘alâ ibn e-Râwandî el mulhîd Abû el Husaïn el Khayyât (p. 108, 167, 187).

[26]El milal wa e-nihal de Shihristânî (p. 50).

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Publié par mizab.over-blog.com - dans Ash'arisme
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