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25 août 2012 6 25 /08 /août /2012 15:30

chute-magnifique2

 

Au nom d’Allah, le Très Miséricordieux, le Tout Miséricordieux 

 

Le tashrî’

(Partie 1)

 

ainsi, selon l’interprétation que nous avons faite du Verset en question, nous estimons que le hukm bi ghaïr ma anzala Allah ne fait pas sortir de l’Islam, mais qu’il relève du kufr el ‘amalî. Un tel gouverneur sort en effet du droit chemin. Il n’y a pas de différence en cela, entre celui qui s’inspire des lois instaurées par d’autres et qu’il applique à son pays, et celui qui forge une législation. (Sheïkh el ‘Uthaïmîn).

 

 

Voir notamment : tabdîd kawâshif el ‘anîd fî takfîrihi li dawla e-tawhîd d’Abd el ‘Azîz e-Raîs, qui fut préfacé entre autre, par Sheïkh el Fawzân.

 

Le hukm bi ghaïr mâ anzala Allah est un péché odieux. C’est l’une des plus grandes raisons qui est à l’origine de l’absence de baraka dans les rangs, et qui donnent des idées de convoitise aux pays non-musulmans. Il suffit qu’Allah l’ait qualifiée de « mécréance » pour montrer son caractère odieux. Je me propose ici d’aborder un sujet des plus épineux, mais qui n’a pas échappé à la vigilance des grandes références traditionalistes tant contemporaines que passées. Il s’agit de légiférer des lois positives qui sont les prescriptions établies par les hommes responsables de communauté, le tashrî’. Je n’ai pas la prétention ici d’en faire une étude exhaustive…

 

Or, avant d’entrer dans le vif du sujet, il convient de faire une mise au point. Plusieurs textes scripturaires de l’Islam mettent en avant que les décisions humaines qui ne sont pas en désaccord avec la Législation divine, n’entrent pas dans le registre du hukm bi ghaïr mâ anzala Allah. C’est le cas des conciliations et des arrangements, au grand mécontentement des premiers kharijites qui voyaient cela sous un mauvais œil. Les savants traditionalistes ont fait front à cette conception étroite du tashrî’, avec à leur tête, le noble Compagnon, ‘Abd Allah ibn ‘Abbâs lors de sa confrontation avec les rebelles deNahrawân. E-Shâtibî souligne que la tendance kharijite, qu’il accuse d’être motivé par les passions, perçoit mal des Versets tels que : [La Loi revient à Allah Seul].[1]

 

Ainsi, une question fut posée à Sheïkh ibn Bâz sur les lois forgées par les hommes. Ce dernier répondit : « … Quant aux lois qui s’opposent à la Législation divine, il n’est pas permis de les forger. Si certaines lois instaurées stipulent qu’aucune peine n’est prévue pour un cas d’adultère ou de consommation d’alcool, celles-ci sont complètement fausses. Dans la situation où le gouverneur l’autorise moralement (istahalla), il devient mécréant étant donné qu’il autorise ce que les textes explicites et le consensus interdisent. Nous pouvons dire la même chose pour tous ceux qui autorisent de manière générale n’importe qu’elle interdiction frappée d’un consensus. »[2]

 

Dans son épître hukm man darasa el qawânîn el wadh’iya aw tawalla tadrîsihâ, il précise également : « La deuxième catégorie : celui qui étudie le droit (el qawânîn) en vue de l’enseigner ensuite, de l’appliquer, ou d’offrir ses services dans ce domaine. Ce dernier est certes convaincu qu’Allah a interdit d’appliquer d’autres lois que les siennes, mais il se laisse guider par les passions ou l’amour du gain. Nul doute que ceux qui entrent sous cette catégorie sont des pervers. Ils dénotent de la mécréance (kufr), de l’injustice (zhulm), et de la perversité (fisq), mais il s’agit de la petite mécréance, de la petite injustice, et de la petite perversité qui ne font pas sortir du cercle de la religion.

 

Cette opinion est notoire dans les milieux savants. C’est celle qui fut adoptée par ibn ‘Abbâs, Tâwûs, ‘Atâ, Mujâhid, et un certain nombre de savants des nouvelles et des anciennes générations, comme l’évoquent le Hâfizh ibn Kathîr, el Baghawî, el Qurtubî, etc. ibn el Qaïyim a un discours qui va dans ce sens dans son kitâb e-salât, et Sheïkh ‘Abd e-Lâtif ibn ‘Abd e-Rahmân ibn Hasan – qu’Allah lui fasse miséricorde – a consacré une risâla intéressante sur le sujet. Celle-ci est imprimée dans le troisième volume du premier recueil de majmû’ e-rasâil. »[3]

 

Cette opinion est aussi imputée au Compagnon ibn Mas’ûd, el Hasan el Basrî, e-Suddî, Ibrahim e-Nakha’î, ‘Ikrima, l’Imam Ahmed, el Qâsim ibn Salâm, el Marwazî qui rapporte l’annale de Tâwûs, ibn Batta, el Hâkim, ibn ‘Abd el Barr, ibn el Jawzî, ibn el ‘Arabî, e-Shâtibî, ibn Hajar el ‘Asqalânî, Abû Hayyân, el Buqâ’î, el Wâhidî, Mohammed Saddîq Khân, des exégètes comme Tabarî, e-Sam’ânî, Abû Su’ûd, e-Nasafî, el Jassâs, e-Sa’dî, mais aussi ibn ‘Abd el ‘Izz, ibn Taïmiya comme nous allons le voir, el Qâsimî, Mohammed Rashîd Ridhâ, et enfin contre tout attente l’Imam Shanqîtî, l’auteur des paroles : « Celui qui n’applique pas les Lois d’Allah en étant convaincu qu’il commet un péché et un mal, dans son cas son kufr, son zhulm, et son fisqne font pas sortir de la religion. »[4] Cette tendance est corroborée par une fatwa de la lajna dâima.[5]

 

En outre, pour revenir au sujet, Sheïkh el ‘Uthaïmîn explique qu’il incombe de se soumettre aux réglementations instituées par l’État qui ne vont pas en contradiction avec la Législation musulmane, sous peine de commettre un péché.[6] Sheïkh el Fawzân a également des paroles qui vont dans ce sens. Dans ce registre, il faut se conformer aux traités internationaux qui ne vont pas à l’encontre de la religion, quand bien même ils nous imposeraient certaines concessions, car l’intérêt supérieur de la religion en dépend.[7]

 

Ainsi, après avoir réglé cette mise au point, nous pouvons passer au sujet :

 

Le hukm bi ghaïr mâ anzala Allah est certes un péché terrible, comme nous l’avons signalé, mais il n’atteint pas systématiquement le degré d’apostasie ou de kufr abkar. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il faut prendre la chose à la légère. Les savants sont unanimes à dire que certains cas de figure du hukm bi ghaïr mâ anzala Allah font sortir de la religion. Cela concerne notamment celui qui n’applique pas les Lois d’Allah, car soit il les renie verbalement (juhûd)[8] soit, il autorise moralement (istihlâl) à ne pas le faire. D’autres cas de figure n’entrent pas dans ce registre. Ex. : un père injuste avec l’un de ses fils, ou qui ne les traite pas équitablement. Auquel cas, il n’applique pas les Lois d’Allah qui commande de mettre les enfants sur le même pied d’égalité.

 

Ibn Taïmiya explique à ce sujet : « Toute personne qui doit trancher entre deux parties prend la place de juge ; cela concerne aussi bien le militaire que l’administrateur des comptes, ou le membre du service de la morale publique. Les Compagnons considéraient même les enseignants des enfants comme des responsables de l’autorité (hukkâm). »[9]

 

Ainsi, le hukm bi ghaïr mâ anzala Allah renferme plusieurs cas de figure, mais l’un d’entre eux a particulièrement remué les passions ces dernières années. Il s’agit de tout fautif qui est soit corrompu soit motivé par les passions ; ce qui le pousse à forger des lois lui-même ou à emprunter des lois humaines existantes. Dans la situation où ce dernier reconnait qu’il est en tort, est-il dans ce cas condamné à la grande mécréance ? C’est sur ce point que règne la divergence entre les savants, et c’est celui sur lequel nous allons nous arrêter, in shâ Allah !

 

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

 

 

 



[1] Le bétail ; 57, et Yûsaf ; 40, 67 Voir : El i’tisâm (1/303).

[2] Majmû’ fatâwa wa maqâlât (7/119).

[3] Majmû’ fatâwa wa maqâlât (2/326).

[4] Adhwâ el bayân (2/103).

[5] Voir : fatâwa e-lajna e-dâima (n° 5741), voir également la fatwa n° 5226.

[6] Audio : ahdâf el hamalât el i’lâmiya dhidd hukkâm wa ‘ulamâ bilâd el haramaïn.

[7] Voir : el mughnî d’ibn Qudâma el Maqdisî (13/161) et zâd el ma’âd d’ibn el Qaïyim (3/306).

[8] El juhûd : consiste à reconnaitre Allah avec le cœur, sans le traduire dans les paroles, comme c’est le cas pour Pharaon. Le kufr juhûd : se divise en deux catégories :

-      en kufr mutlaq qui concerne le tahwîd e-rububiya, les lois d’Allah ou la mission des messagers,

-      et en kufr muqaïyid qui consiste à renier une obligation, un interdit, ou n’importe quel enseignement de la religion. Voir : madârij e-sâlikîn d’ibn el Qaïyim (1/367).

[9] Majmû’ el fatâwa (18/170).

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Publié par mizab - dans Takfir
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commentaires

belhadj 22/09/2013 01:13

asalamoualeykom wa rahmatoullah,

je vous cite

"Il s’agit de tout fautif qui est soit corrompu soit motivé par les passions ; ce qui le pousse à forger des lois lui-même ou à emprunter des lois humaines existantes. Dans la situation où ce dernier reconnait qu’il est en tort, est-il dans ce cas condamné à la grande mécréance ? C’est sur ce point que règne la divergence entre les savants, et c’est celui sur lequel nous allons nous arrêter, in shâ Allah ! "

si je comprend bien certains savants déclarent mécréants cette personne la ?
n'est ce pas la position des khawarij contemporains ?

baarakallahoufikom

mizab 21/11/2013 11:21

amin wa anta kadhalik !

pour Salih al Sheikh, la différence, c'est qu'inventer une loi revient à rivaliser avec Allah dans le tashri' et à vouloir et adorer le taghut,

pour lui, le hadith d'ibn 'Abbas concerne celui qui n'applique pas une loi une fois ou deux, non qu'il l'a change dans sa totalité,



En outre, il faut distinguer entre cette question, car il règne une confusion sur la chose, et le fait de changer toute la shari'a, je tiens bien toute, et non pas en grande partie, car pour Salih al Sheikh la changer en grande partie est également un acte de mécréance majeure,

Lui-même reconnait que pour d'autres savants, cela implique la mécréance ou est une preuve de la mécréance intérieure, mais ce n'est pas de la mécréance sans extérioriser l'istihlal,

c'est opinion est celle de sheikh el Albani, et est malheureusement assimilée, même par des salafis à de l'irja..

Voici un texte d'ibn Taïmiya qui réfute la position de sheikh Al Sheikh, wa Allah a'lam (j'ai introduit sa parole avec une explication sur la chose) :

Selon la règle : quand le Législateur décrète qu’une chose relève de la mécréance, il ne tient pas compte d’un nombre minimum à faire pour que les cas de même nature entrent dans son statut, ou, en d’autres termes, la quantité n’a aucune influence sur son statut. Le contraire est également vrai, soit que le nombre n’a aucune influence sur le statut d’une chose qui ne relève pas de la mécréance.

Il sera plus facile d’appréhender cette règle qui est d’une extrême importance, en donnant un exemple touchant aux peines corporelles. La peine d’adultère ne varie pas en fonction du nombre de fois commis, en dépit du fait qu’en récidivant ce crime, il devient beaucoup plus grave. Qu’on le fasse une ou plusieurs fois, la sentence est la même, soit la condamnation à mort. La raison, c’est que les peines furent légiférées pour les cas de même nature, sans tenir compte du nombre ou de la quantité.

Ibn Taïmiya établit sur le sujet : « Il n’y a pas de différence pour les cas de même nature passible de la peine de mort entre ceux qui sont commis en grande ou une petite quantité, ou qui sont aggravés ou non. Le jugement sera le même. Peu importe que le crime soit effectué au niveau des paroles ou au niveau des actes (apostasie, adultère, sédition, etc.), conformément aux principes de base (qiyâs el usûl). En prétendant le contraire, on va à l’encontre de ces fameux principes. Le seule argument qu’on peut avancer, c’est un texte qui lui-même est une base, mais aucun texte ne fait la distinction, pour l’application des peines de mort, entre les crimes commis en grande ou en petite quantité. »

Ailleurs, il renchérit : « Les peines sont fixées pour les crimes de même nature, non de même quantité. La peine de vol ne fait pas de distinction entre une grande ou une petite somme d’argent, et la peine de boisson enivrante ne fait pas de différence entre une grande ou une petite quantité. La raison, c’est qu’elle tient compte de la nature du crime non de sa quantité. C’est la raison pour laquelle, le jugement sera le même qu’on puisse le commettre en grande ou en petite quantité, qu’on l’ait fait une ou plusieurs fois, car tous sont de même nature. »

Mais, en vérité, on a le droit de ne pas être convaincu par ses passages. Alors, voici un passage qui mettre tout le monde d’accord : « Peu importe que les annulations de la foi soient faites en grande ou en petite quantité. Il n’y a pas de différence entre elles. Il suffit de faire ce qui entre dans la mécréance une seule fois pour sortir de l’Islam. Les règles de la mécréance n’ont rien à voir avec celles du hadîth qui tiennent compte des hadîth-témoins et des hadîth-renforts ou compléments, et selon lesquelles un plus un second plus un troisième plus un quatrième constitueraient une mécréance, au contraire d’un acte isolé qui serait à mettre au compte des péchés. Nous n’avons jamais entendu ce discours de la part d’aucun savant ni des règles qui délimiteraient ses contours… »

Ainsi, pour la question du hukm bi ghaïr mâ anzala Allah, le seul paramètre à tenir compte dans les cas de mécréance majeure, c’est l’istihlâl, le juhûd, etc. (soit tous les crimes de même nature) non, le nombre de fois commis. Pour les cas de mécréance mineure, c’est de reconnaitre qu’on est en tort (et tous les cas de même nature).

Dans les deux cas, il n’y a donc pas de différence entre le faire une fois ou deux et des dizaines de fois, en débit du fait que le péché soit bien plus grave. Il n’y a pas de différence non plus entre codifier ou non la chose, wa bi Allah e-tawfîq !

belhadj 20/11/2013 20:51

qu'Allah te recompense akhi!

quel est la différence entre inventer une loi et la prendre simplement d'un autre pays ?

ce serait interessant de savoir sur quoi se base sheikh Salih Al Sheikh... et sur comment explique-t-il le hadith d'Ibn Abbas radiAllahou anhou...

mizab 14/11/2013 13:43

wa 'aleikom salem wa rahmat Allah !

wa fik baraka Allah !

Pour Salih e-Sheïkh, il a une effectivement une différence entre inventer une loi et la prendre d'un autre pays...

il considère que le premier commet une annulation de l'Islam sans n'avoir besoin d'en faire l'istihlal !

En cela, il se distingue de ceux qui kaffar sans distinction celui qui instaure une seule loi, à l'exemle de Hazimi, c'est en tout cas, ce que son discours laisse penser...

Ensuite, bien sûr, il y a la distinction entre le hukm el mutlaq et le hukm el mu'ayyin, wa Allah a'lam !

mohamed 07/11/2013 15:58

Salam aleyka wa rahmatuAllah,

barakALLAHU fik pour cette article.

Une question qu'entend tu par "forgeant une seule loi" est ce que tu entend par "forgeant une seule loi" l'inventer comme par exemple dire que celui qui commet l'adultère devra payer une amande de 300 euro, ou la prendre la loi d'un autre pays comme la France et la légiférer dans son pays et y'a t-il une différence ?

JazakALLAHU khayra.

mizab 22/09/2013 17:34

wa fik baraka Allah !

Sheikh Salih Al Sheikh dit qu'en forgeant une seule loi allant à l'encontre de la Loi d'Allah, et même sans istihlal, on est mécréant,

il impute cette opinion à son grand-père, l'ancien mufti...

sinon, pour le reste, la divergence est plus sur la forme que sur le reste, car, par exemple, sheikh el Fawzan, dit qu'en enlevant toute la législation, mais ce terme est vague, et les points de vue sont différents sur ses contours,

wa Allah a'lam !