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11 septembre 2012 2 11 /09 /septembre /2012 16:45

chute-magnifique2

 

Le tashrî’

(Partie 13)

 

« Les savants sont les héritiers des prophètes qui ne léguaient ni dirham ni dinar. Ils laissaient derrière eux uniquement le savoir ; celui qui s’en empare aura gagné une grande part de leur héritage. » [Hadîth rapporté par Ahmed (21715), Abû Dâwûd (3641), ibn Mâja (2234), et e-Tirmidhî (2682), selon Abû Dardâ (t)].  

  

Voir notamment : tabdîd kawâshif el ‘anîd fî takfîrihi li dawla e-tawhîd d’Abd el ‘Azîz e-Raîs, qui fut préfacé entre autre, par Sheïkh el Fawzân.

 

Le septième argument : prétendre que le hukm bi ghaïr mâ anzala Allah relève de la mécréance mineure pour celui qui ne l’autorise pas moralement (istihlâl) est la parole des murjites.

 

En réponse : cet argument est très intéressant. Nous allons prendre le temps d’y répondre in shâ Allah !

 

1- Cette parole est notamment imputée à Safar el Hawâlî qui est l’auteur d’une thèse universitaire ès doctorat. Zhâhirat el irjâ fî el fikr el islâmî, qui fut  encadrée par le fameux Mohammed Qotb, est l’un des ouvrages qui posent les jalons d’un néo-kharijisme en Arabie Saoudite.[1] Qotb, aura une grande influence sur le parcourt de Safar, qui était pourtant promis à un bel avenir et respecté dans les milieux savants. Si sa tendance vise en premier lieu Sheïkh el Albânî, elle n’épargne pas les savants de son pays.

 

2- En plus des sommités érudites des temps anciens, nous avons vu que des grands savants saoudiens comme ibn Bâz, el ‘Uthaïmîn, el Fawzân, adhèrent au principe de l’istihlâl. Nous avons vu également que l’ancien mufti n’a pas une position différente sur ce point. Même dans son fameux tahkîm el qawânîn, il tient compte du kufr ‘amalî, indépendamment de savoir dans quelles limites il le voit. Des fatwas de la lajna dâima vont dans ce sens.

 

3- Son grand-père ‘Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân ibn Hasan était sur la même longueur d'onde, comme nous l’avons vu. Nous ajoutons ici deux autres passages de cette Imâm. Dans le premier, il dit : « Il existe deux sortes de kufr : le Kufr ‘amal et le kufr juhûd wa ‘inâd qui consiste à renier une chose par obstination et dénégation, en sachant pertinemment qu’elle vient du Messager (r). Cela concerne les Noms du Seigneur, Ses Attributs, Ses Actions, Ses Lois qui ont pour base, Son tawhîdet Son adoration unique sans Lui vouer le moindre associer.

Cette forme d’apostasie s’oppose à la foi à tous les niveaux. Concernant le Kufr ‘amal, il y a certains actes qui s’opposent à la foi à tous les niveaux, comme se prosterner devant une idole, dénigrer le Coran, tuer voire offenser un prophète.[2] Quant au hukm bi ghaïr mâ anzala Allah et l’abandon de la prière, ils relèvent du kufr ‘amal non du kufr i’tiqâd. »[3] Il reprend ainsi exactement le même discours qu’ibn el Qaïyim.

 

L’autre passage nous apprend : « Tu as évoqué la différence au sujet des bédouins, entre ceux qui autorisent moralement à ne pas appliquer les Lois d’Allah (istihlâl)et ceux qui ne le font pas. Cette tendance est celle qui est en vigueur, et elle est la référence chez les savants. »[4]

 

En commentaire à ce dernier passage, son élève Sulaïmân ibn Sahmân est encore plus éloquent : « C’est-à-dire : celui qui autorise moralement à ne pas appliquer les Lois d’Allah et qui préfèrent la loi du tâghût à celle d’Allah… celui qui a cette croyance est un mécréant. En revanche, celui qui ne l’autorise pas moralement, qui considère que la loi du tâghût est complètement fausse, et que la Loi d’Allah et de Son Messager incarne la vérité, n’est pas un mécréant et ne sort pas de l’Islam. »[5]

 

Peut-on accuser aimmat e-da’wâ d’être à la solde du Roi ou d’être les prêtres de Pharaon, ou encore d’être les têtes de file des murjites ?

 

4- Revenons à notre époque pour nous familiariser avec Sheïkh e-Luhaïdân, qui nous donne la définition suivante de l’istihlâl : « L’istihlâl provient des actes du cœur. »[6] Ailleurs, on lui posa la question suivante : « Quel est le critère à prendre en considération pour juger celui qui n’applique pas les Lois d’Allah ? À quel moment peut-on dire qu’il est mécréant ; est-ce dans la situation où il ne les applique pas complètement, ou bien s’il ne les applique pas ne serait-ce qu’une seule fois ? »

 

Voici quelle fut sa réponse : « Il existe deux sortes de mécréance : l’une faisant sortir de la religion et l’autre dont la gravité est moindre. Il est établi chez les savants parmi les Compagnons et leurs successeurs qu’il existe plusieurs sortes de mécréance. C’est la raison pour laquelle, le Prophète (r) a considéré que d’être fier de sa lignée, ou de taxer les musulmans de mécréants était un acte de mécréance. Ne pas appliquer les Lois d’Allah entre dans ce registre. Néanmoins, un désobéissant peut être motivé par la croyance qu’il ne convient pas à notre époque de se tourner vers la Législation divine pour régler les affaires civiles, ou que les lois humaines sont meilleures que celles d’Allah et de Son Messager. Nul doute que dans ce cas, il devient un apostat.

 

Ainsi, quand le Prophète (r)dit : « Ne redevenez pas des mécréants après moi en vous tranchant la gorge les uns et les autres. »[7]Il ne veut pas dire qu’auquel cas ils ne seraient plus musulmans. Sinon, cela signifierait qu’ils seraient voués à l’Enfer éternel, et qu’ils n’auraient pas le droit à l’héritage ni de rester avec leurs conjoints. »[8]

 

5- Dans son excellent livre manhaj el ashâ’ira fî el ‘aqîda, qui est une réfutation à Mohammed ‘Alî e-Sâbûnû, Safar el Hawâlî lui-même rejoint le discours des savants traditionalistes. Écrit bien avant Zhâhirat el irjâ, en voici un passage : « … Cependant, si le terme « kufr » lui-même est utilisé dans les hadîth, sans vouloir parler du grand kufr, comme dans le hadîth : « Offenser un croyant relève de la perversion, et le tuer relève de la mécréance. »[9] ; Que dire alors des termes « fisq » et « dhalâl » qui représentent une moins grande menace que le terme « kufr » ? Pourquoi alors faire une différence entre les textes du Coran et de la sunna. Les anciens (y) ont pourtant expliqué le Verset : [Ceux qui n’appliquent pas les Lois d’Allah sont eux les mécréants].[10] Il s’agit du kufr dûn kufr ou du kufr qui ne fait pas sortir de la religion.

 

Dans son livre, e-salât wa hukm târikihâ, ibn el Qaïyim affirme : « Cette opinion est celle de tous les Compagnons sans exception. » Celle-ci est rapportée selon ibn ‘Abbâs parmi les Compagnons, ‘Atâ, Tâwûs parmi les tâbi’îns, Abû ‘Ubaïd, l’Imam Ahmed parmi les successeurs des tâbi’îns. Elle est également rapportée par el Bukhârî dans son sahîh, et d’autres grandes références et une multitude de grands savants que Seul Allah (I) peut dénombrer. »[11]

 

Ainsi, soit Safar a la mémoire courte, soit il se contredit. Le plus doux des deux est déjà très amer !

 

Et, nous ne sommes pas au bout de nos surprises…

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

 

  



[1] Zhâhirat el irjâ (2/695-696).

[2] Les savants font une distinction entre ce que l’on appelle mâ yudhâd el iman mi kulli wajh (qui s’oppose à la foi à tous les niveaux) pour lequel le fautif devient unkâfir si les conditions sont réunies et les restrictions exclues et mâ lâ yudhâd el iman mi kulli wajh (qui ne s’oppose à la foi à tous les niveaux). Quant au deuxième cas, il incombe de l’interroger sur ses intentions, comme le Prophète l’a fait avec Hâtib ibn Abî Balta’a ; voir el umm de Shâfi’î (4/250).

[3] Voir : usûl wa dhawâbit fî e-takfîr de l’érudit ‘Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân ibn Hasan, qui fut édité avec les annotations de Sheïkh D. ‘Abd e-Salâm ibn Barjas – qu’Allah lui fasse miséricorde –.

[4] Voir : ‘uyûn  e-rasâil (2/605).

[5] Voir : ‘uyûn  e-rasâil (2/603).

[6] El ‘alâqa baïna el hâkim wa el mahkûm.

[7] Rapporté par el Bukhârî (121) et Muslim (65), selon Jarîr el Bajarî (t).

[8] Voir : dhawâbit e-takfîr dans le cadre de la série de conférences sur l’irhâb.

[9] Rapporté par el Bukhârî et Muslim.

[10] Le repas céleste ; 44

[11] manhaj el ashâ’ira fî el ‘aqîda (p. 74-75).

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Publié par mizab - dans Takfir
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