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16 septembre 2012 7 16 /09 /septembre /2012 15:56

chute-magnifique2

 

 

 

Le tashrî’

(Partie 16)

 

17- Pour notre spécialiste en ‘aqîda, la tendance qui ne kaffar pas l’abandon de la prière puise ses racines dans l’avènement de l’irja. À ses yeux, certains adeptes des grands légistes la reprirent à leur compte sans vraiment connaitre son origine.[1]

 

Les premiers balbutiements de l’irja se firent ressentirent dans la deuxième partie du premier siècle, après la mort d’ibn el Ash’ath, en réaction au kharijisme, à la fin des années 70 plus exactement.[2] La plupart de ses premiers adeptes venaient de Kûfa, mais ils ne comptaient pas parmi les élèves d’ibn Mas’ûd ni de l’Imam Ibrahim e-Nakha’î.[3] Or, à cette même époque, des grands tâbi’îns comme ‘Omar ibn ‘Abd el ‘Azîz et Ibrahim e-Nakha’î lui-même ne vouaient pas à l’apostasie celui qui ne faisait pas la prière.[4] Plus tard, comme le rapporte el Marwazî avec une chaine narrative authentique, e-Zuhrî reprit cette tendance à son compte.[5]

 

Les adeptes de ces légistes sont Mâlik, e-Shâfi’î et Ahmed, selon l’une de ses tendances. Qu’en pensez-vous D. Safar ?

 

Or, s’il est vrai que certains traditionalistes arrivent à la même conclusion que les murjites, sur cette opinion, il faut savoir, comme nous l’avons vu avec les paroles d’ibn ‘Abd el Barr, qu’ils ont un raisonnement différent. Ce sont les textes qui leur ont permis de trancher sur la question, rien d’autres. Le problème serait de s’accorder avec les murjites sur une opinion sans se baser sur aucun texte. C’est pourtant ce que nous a concocté notre Docteur. Mieux, il penche vers une tendance qui s’oppose à une autre et sur laquelle il n’existe aucune divergence entre légistes, ce qui aurait pu au moins intercéder en sa faveur.

 

18- Aussi surprenant que cela puisse être, il prétend que le coupable d’adultère ne décèle aucun acte du cœur (‘amal el qalb), pendant qu’il commet son crime, ou en d’autres termes, qu’il perd tout acte du cœur pendant son acte.[6] Sans s’en rendre compte, il rejoint ainsi les murjites ultra comme Jahm et e-Sâlihî pour qui la foi existe sans fournir les actes du cœur, soi en ayant uniquement le tasdîq (qawl el qalb). Ibn Taïmiya et ibn el Qaïyim souligne que cette tendance va à l’encontre du consensus des traditionalistes pour qui les actes du cœur, aussi faibles soient-ils, sont une condition de validité de la foi.[7]

 

‘Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân ibn Hasan explique à ce sujet : « La foi est composée des paroles et des actes.

Il existe deux sortes de paroles : la parole du cœur qui se matérialise par la croyance, et la parole verbale qui se matérialise par l’attestation de foi.

Il existe deux sortes d’actes : les actes du cœur qui consiste à s’orienter vers Allah, Le choisir comme divinité, L’aimer, chercher Sa satisfaction, et à Lui donner foi.

Les actes extérieurs comme la prière, l’aumône, le pèlerinage, le djihad, etc.

S’il n’y a plus la croyance du cœur (tasdîq), accompagnée des actes intérieurs, la foi s’annule entièrement. Si ce sont simplement certains actes extérieurs qui sont délaissés, comme la prière, tout en gardant à la fois la croyance et la parole du cœur, il y a divergence entre les savants sur le statut qui lui correspond : est-ce que la foi s’annule entièrement ou non en délaissant l’un des cinq piliers de l’Islam ? Est-ce que le coupable devient mécréant ou non ? Faut-il distinguer la prière des autres piliers ou non ?

 

Les traditionalistes s’accordent à dire qu’il faut absolument fournir les actes du cœur (l’amour d’Allah, Sa soumission, et la recherche de Son Agrément).

 

Pour les murjites, le tasdîqest suffisant pour devenir croyant. La divergence entre les traditionalistes concerne donc les actes extérieurs : devient-on un mécréant en les délaissant ou non ? Selon la tendance notoire des anciens, on devient mécréant en délaissant l’un des quatre piliers venant après l’attestation de foi.

Selon une deuxième tendance : seul celui qui les renie est voué à la mécréance.

Une troisième tendance distingue entre la prière et les autres piliers. Toutes ces tendances sont notoires. »[8]

 

Ce qui nous intéresse ici, c’est : « Les traditionalistes s’accordent à dire qu’il faut absolument fournir les actes du cœur ». Dans une première traduction, l’auteur de ses lignes avait utilisé le terme « vérifier » à la place de « fournir ». S’il est vrai que ce terme pouvait porter à confusion, le problème de ce passage se trouvait ailleurs. Il touchait en effet au sujet épineux de jisn el ‘amal. Sujet que nous allons aborder dans les prochaines lignes.

 

19- Notre Docteur est à juste titre intransigeant sur cette question.[9] Il établit que les actes extérieurs (‘amal el jawârih) sont un pilier (rukn) dans la définition de la foi. Sheïkh el Albânî adhère également à ce principe.[10] Dans une cassette, il affirme explicitement que les actes font partie intégrante de la foi (juz). Ailleurs, il dit qu’ils font partie de la réalité de la foi (haqîqa el imân).[11] Ibn Taïmiya explique qu’il est impensable de déceler une foi dans le cœur sans que cela ne se traduise dans les actes dans la mesure où aucun empêchement ne vient contrecarrer la volonté.[12] C’est la fameuse question de l’interaction entre le cœur et les actes.[13] L’Albânî a exactement le même discours, contrairement aux murjites.[14]

 

Plusieurs savants établissent qu’à l’unanimité des traditionalistes, sans jisn el ‘amal, on ne peut prétendre à la foi. Nous avons parmi eux :

1-       El Humaïdî.[15]

2-       E-Shâfi’î.[16]

3-       Abû ‘Ubaïd el Qâsim ibn Salâm.[17]

4-      El Âjurrî.[18]

5-      Ibn Taïmiya.[19]

 

Safar reproche à l’Albânî de ne pas kaffar celui qui ne fournir pas jisn el ‘amal, mais le comble de la surprise, c’est que lui-même établit que dans certains cas, certes rares, la foi décelée dans le cœur est tellement faible qu’elle ne peut s’exprimer dans les actes. Pour appuyer ses dires, il s’inspire de certains hadîth.[20]

 

En plus du fait que Safar se contredit puisque, à ses yeux, la tendance qui ne kaffar pas l’abandon de la prière est influencé par l’irja, il faudrait lui donner le même statut que lui-même laisse entendre au sujet de l’Albanî. Ce que nous ne faisons pas, et cela pour différentes raisons.

 

• Si el Albânî et el el Hawâlî s’accordent avec les murjites sur cette conclusion, ils n’ont pas eu recourt au même résonnement pour y arriver. Ce sont certains textes qui leur ont permis de tenir un tel discours, non l’idée selon laquelle la foi se résume au tasdîq, comme nous l’avons vu pour l’abandon de la prière. On peut certes leur contester leur interprétation de ces hadîth, mais cela ne fait pas d’eux des murjites.

 

• La preuve, c’est que ces mêmes hadîth furent interprétés de la même façon par des savants plus anciens. C’est le cas du hadîth disant que certains individus n’ont fait aucun bien dans leur vie.[21] Parmi ceux qui l’ont interprété de cette façon, nous avons : ibn ‘Abd el Barr,[22] ibn Rajab,[23] ibn el Wazîr,[24] el Qurtubî.[25]

 

• Ibn Taïmiya explique à ce sujet : « Celui qui croit que seuls les actes peuvent servir à l’individu va à l’encontre du consensus et son idée est complètement fausse pour les raisons suivantes… »[26] Ensuite, il explique dans le cinquièmement que les individus dont le hadîth fait mention, sauront sauver par la Miséricorde d’Allah, non par leurs actes. Mieux, Abû Bakr ibn el Muhib e-Sâmit est l’un des élèves les plus intimes d’ibn Taïmiya. Il est l’auteur d’un ouvrage qui est encore à l’état de manuscrit et dans lequel il reproduit les paroles extraordinaires de son maitre : « L’individu peut déceler une foi infime dans son cœur sans faire aucune œuvre pieuse. La négation dans le hadîth en question porte sur les actes, non sur les paroles. Il faudrait plutôt dire qu’en fournissant les deux attestations de foi sans fournir d’actes extérieurs jusqu’à la mort, on n’aura fait aucune bonne œuvre dans sa vie. Cependant, cela ne concerne pas forcément les paroles, conformément au Verset : [c’est vers Lui, que remontent les bonnes paroles qui sont poussées par les bonnes œuvres].[27] En disant que la négation ne porte pas sur la croyance du cœur et de la parole, nous n’allons pas à l’encontre du Coran. »[28]

 

• La question du jisn el ‘amal est une question juz-î ou « subsidiaire », non une question kulli « principale » ou « fondamentale ». or, les savants établissent en gros, que le tabdî’ a lieu dans le dernier cas, wa Allah a’lam !

 

Il restera à traiter une question non moins importante et qui est la question de savoir si les actes sont une condition de validité dans la foi (shart sihha) ou une condition de perfection (shart kamâl). Nous y consacrerons in shâ Allah un article à part.

 

Ainsi, cette série sur le tashrî’ s’achève, en espérant qu’elle nous soit utile à tous. Chacun doit garder à l’esprit que la recherche de la vérité est au-dessus de toute considération. Nous réservons la conclusion dans une série d’articles à part in shâ Allah !

 

J’implore Allah de nous envelopper de Sa Miséricorde, wa âkhir da’wânâ ani el hamd li Allah rabb el ‘âlamîn !

 

Par : Karim Zentici

 

 



[1] Zhâhirat el irjâ (p. 418).

[2] Voir : arâ el murjiya fî musannafât ibn Taïmiya qui est une thèse universitaire écrite par le D. ‘Abd Allah e-Sanad (p. 93-101).

[3] majmû’ el fatâwa (13/38).

[4] Hukm târik e-salât d’ibn el Qaïyim. Pour ibn el Mundhir,  Ibrahim e-Nakha’î rejoindrait l’autre tendance (voir : kitâb el ishrâf).

[5] Ta’zhîm qadr e-salât (2/957).

[6] Zhâhirat el irjâ (2/ 550).

[7] Voir : majmû’ el fatâwa (7/520), (2/527), et Hukm târik e-salât (p. 54).

[8] Voir : usûl wa dhawâbit fî e-takfîr.

[9] Zhâhirat el irjâ (p. 656).

[10] Voir : sharh el ‘aqîda e-tahâwîya (p. 58).

[11] E-dhabb el ahmed ‘an musnad el Imam Ahmed (32/33).

[12] Majmû’ el fatâwa (7/611).

[13] Voir : majmû’ el fatâwa (7/616).

[14] Voir sa recension de riyâdh e-sâlihîn (p. 14-15), dalâil el burhân (p. 19), silsilat el ahâdîth e-sahîha  (1/31).

[15] E-sunna d’el Khallâl (3/586).

[16] Voir : majmû’ el fatâwa (7/209)

[17] El imân (p. 18-19).

[18] E-sharî’a (2/611).

[19] Majmû’ el fatâwa (7/187).

[20] Zhâhirat el irjâ (p. 529 et 657).

[21] Rapporté par el Bukhârî (7439) et Muslim (183).

[22] E-tamhîd (23/290).

[23] E-takhwîf min e-nâr (p. 259).

[24] El ‘awâsim min el qawâsim (9/102).

[25] Comme le rapporte ‘Abd e-Rahmân ibn Hasan dans fath el Majîd (p. 45).

[26] Jâmi’ el masâil (5/203).

[27] Le Fondateur ; 10

[28] Livre manuscrit.

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Publié par mizab - dans Takfir
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commentaires

Abou Malik 24/01/2013 16:11


Salam aleykum


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