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26 août 2012 7 26 /08 /août /2012 17:06

chute-magnifique2

 

 

Le tashrî’

(Partie 2)

 

 

À l’avenir, les liens de l’Islam vont se délier un à un. Toutes les fois qu’un lien sera délié, les hommes s’agripperont au suivant. Le hukm est le premier qui sera délié, et le dernier sera la prière. [Hadîth authentifié par Sheïkh el Albânî dans sahîh el jâmi’ (5705) et sahîh e-targhîb (571).]

 

 

Voir notamment : tabdîd kawâshif el ‘anîd fî takfîrihi li dawla e-tawhîd d’Abd el ‘Azîz e-Raîs, qui fut préfacé entre autre, par Sheïkh el Fawzân.

 

Tout d’abord, pour mieux cerner les contours du sujet, faisons un tour d’horizon rapide sur les points qui ne font pas l’objet d’un désaccord.

 

1- C’est le cas où le hâkim renie verbalement la Loi divine. C’est ce qu’on appelle le juhûd, comme nous l’avons vu précédemment. Il consiste à démentir (takdhîb) et à ne pas reconnaitre que telle Loi émane d’Allah. Ce cas de figure relève de la grande mécréance à l’unanimité des savants. Allah (I) révèle à ce sujet : [Bien qu’au fond d’eux ils en étaient convaincus, ils le renièrent motivés qu’ils fussent par un esprit d’orgueil et d’injustice][1] ; [Ils ne démentent nullement tes paroles, mais les injustes renient les signes d’Allah].[2]

 

La nuance entre le takdhîb et le juhûd se résume en deux points :

A-      Lekufr juhûd consiste à démentir avec la langue, tout en ayant connaissance de la chose au fond de soi.

B-      Lekufr juhûd est alimenté par l’obstination.[3]

 

2- C’est le cas où le hâkim considère qu’il est autorisé à ne pas appliquer les Lois d’Allah. C’est le fameux istihlâl. Ce cas de figure relève de la grande mécréance à l’unanimité des savants.

 

Ibn Taïmiya explique à ce sujet : « À partir du moment où quelqu’un autorise une loi qui est licite à l’unanimité des savants, ou bien une autre qui est illicite à l’unanimité des savants, ou encore qui remplace une loi (tabdîl e-shar’) qui est frappée également d’un consensus est un mécréant apostat à l’unanimité des légistes. C’est pour ce cas que, selon l’une des opinions, le Verset fut révélé : [Ceux qui n’appliquent pas les Lois d’Allah sont eux les mécréants]. Cela, étant donné qu’il autorise moralement (istahalla) à ne pas appliquer les lois d’Allah. »[4] Dans un autre passage, il souligne : « En explication à cela, nous disons que celui qui commet des péchés tout en les autorisant moralement (mustahill)est un mécréant à l’unanimité. Celui qui autorise moralement les interdictions venues dans le Coran ne peut prétendre à la foi. »[5] 

 

Il dit également : « Nul doute que quiconque n’est pas convaincu qu’il incombe d’appliquer les Lois qu’Allah a révélées à Son Messager est un mécréant. Quiconque autorise moralement (istahalla) à régner sur les hommes selon ce qu’il croit être juste, sans se conformer aux Lois d’Allah est un mécréant. »[6]

 

Des grandes références comme ibn Hazam,[7] ‘Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân,[8] mais aussi ibn Kathîr,[9] et ibn Jarîr[10] ont un discours qui va dans ce sens et qui malheureusement peut parfois être mal interprété. Bon nombre de savants, à l’instar d’ibn Taïmiya lui-même,[11] utilisent le Verset suivant pour interdire l’innovation, considérée comme une forme de tashrî’ : [ont-ils des associés pour leur légiférer dans la religion ce qu’Allah ne leur a pas autorisé ?][12] Il n’est donc pas pertinent de s’en servir pour kaffar ceux qui innovent des lois dans la religion. Le Verset condamne certes une telle initiative, mais il ajoute à cela le fait de l’imputer au Seigneur. C’est ce qu’on nomme le tabdîl (qui est encore différent de l’istibdâl el ‘âm), comme nous allons le voir, in shâ Allah ! Ainsi, le takfîr s’applique à la combinaison des deux (tashrî’ + tabdîl), non au simple fait d’instaurer des lois nouvelles. Sinon, il faudrait sortir les innovateurs de la religion !

 

3-  C’est le cas où le hâkim met sur le même pied d’égalité les Lois d’Allah (I) et les lois positives. Ce cas de figure relève de la grande mécréance à l’unanimité des savants.

 

4- C’est le cas où le hâkim donne la prépondérance aux lois des hommes sur celles d’Allah (I). Ce cas de figure est pire que le précédent, car il dément le Verset disant : [Y a-t-il une Loi meilleure que celle d’Allah, pour les gens qui sont convaincus ?]

 

5- C’est le cas où le hâkim impute à la religion des lois inventées. Ce cas de figure relève de la grande mécréance à l’unanimité des savants. Allah révèle à ce sujet : [ont-ils des associés pour leur légiférer dans la religion ce qu’Allah ne leur a pas autorisé ?] Non seulement le coupable légifère des lois, mais, de surcroît, il les attribue à la religion, ce qui fait de son initiative un crime aggravé, le tabdîl.

 

Ainsi, selon une tendance des savants, il n’y a pas de différence dans la question du hukm bi ghaïr mâ anzala Allah, entre celui qui ne respecte pas scrupuleusement les Lois divines tout en reconnaissant ses torts et celui qui légifèrent des lois nouvelles. Sinon, il faudrait dire à partir de quel moment, l’auteur d’un tel crime sortirait-il de la religion, est-ce au bout d’une, de deux, de trois ou de cent transgressions ? En revanche, les paramètres du tabdîl et de l’istihlâl sont beaucoup plus précis, car ils s’appliquent à ne serait-ce qu’un seul cas. Cette opinion, qui a nourri d’énormes controverses ces dernières années est celle des trois grandes montagnes contemporaines : el Albânî, ibn Bâz et el ‘Uthaïmîn, mais aussi du grand savant de Médine, Sheïkh ‘Abd el Muhsin el ‘Abbâd,[13] et du grand Mufti du Sud Sheïkh Ahmed e-Najmî, qui n’a pas manqué d’évoquer que la question est sujette à divergence.[14] Cette tendance est corroborée par une fatwa de la lajna dâima.[15]

 

Ainsi, on ne peut sortir quelqu’un de la religion sans en avancer une preuve spécifique. C'est pourquoi nous nous proposons de ramener dans les prochaines lignes les principaux arguments de l’autre tendance, qui considère que l’édiction de nouvelles lois est un acte en soi faisant exclure de la religion. Ensuite, nous allons répondre au problème que pose chaque argument. En mettant les passions de côté, chacun pourra enfin se rendre compte que les choses ne sont pas aussi simples qu’on veut nous les présenter, wa Allah a’lam !

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

 



[1] Les fourmis ; 14

[2] El A’râf ; 51

[3] Voir : madârij e-sâlikîn d’ibn el Qaïyim (1/367).

[4] Majmû’ el fatâwâ (3/267).

[5] E-sârim el maslûl (2/971).

[6] Manhaj e-sunna e-nabawiya (5/130).

[7] Voir : el fisal (3/204).

[8] E-rasâil wa el masâil e-najdîya (3/42).

[9] E-tafsîr (3/329) et (7/198).

[10] E-tafsîr (25/13).

[11] Voir : el istiqâma (1/5) et iqtidhâ e-sirât el mustaqîm (2/582).

[12] La concertation ; 21

[13] Voir : dars sharh sunan Abî Dâwûd du 16/11/1420 h.

[15] Voir : fatâwa e-lajna e-dâima (n° 6310).

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Publié par mizab - dans Takfir
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commentaires

mizab 04/05/2013 15:34

wa 'aleikom salem wa rahmat Allah wa barakatuhu !

Amin !

akhi el karim !

pour le 1, on m'avait déjà fait cette remarque par le passé, et il me semblait l'avoir corrigé, peut-être dans un autre article, ou que j'ai tout simplement mal corrigé la phrase,

car la première c'est autoriser une loi illicite et la seconde, c'est interdire une loi licite

je vais corriger, mais plus tard, in sha Allah, car il faut que je revois l'original...

Ensuite, pour le 2, c'est volontaire,

j'ai ramené deux caractéristiques du kufr e-takdhib, cela veut dire que pour le kufr el juhud, c'est le contraire, en sachant que là aussi, on m'avait déjà fait la remarque,

donc, même chose, il faut que je vérifie avec l'original...

wa jazakom Allah kheir !

c'est effectivement illicite

Walid Amazigh 29/04/2013 13:34

As-salâmu `alaykum akhî Karim Zentici,

1) Je ne comprends pas cette phrase : "« À partir du moment où quelqu’un autorise une loi qui est LICITE à l’unanimité des savants, [...] il est mécréant apostat à l'unanimité des légistes [...]"
a. Si c'est licite, ou est le problème à autoriser le licite ? (Peut-être n'est-ce qu'une faute d'inattention.)
b. Qu'est-ce qu'une "loi licite" ? Un h'ukm divin disant que telle chose est licite ?

2) Lorsque vous parlez de nuance entre kufr al-juh'ûd et kufr at-takdhîb, vous oubliez kufr at-takhdhîb et vous doublez kufr al-juh'ûd. Revoyez ça.

Ah'san Allâhu ilayk.