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2 septembre 2012 7 02 /09 /septembre /2012 17:08

chute-magnifique2

 

 

Le tashrî’

(Partie 6)

 

D’après e-Sâbûnî, avec une chaîne narrative authentique qui fait dire à Ahmed ibn Sa’îd e-Ribâtî, ‘Abd Allah ibn Tâhir m’a dit : « Ahmed ! Vous, vous ne savez pas pourquoi vous détestez ces gens-là – en parlant des murjitesalors que moi, je sais pourquoi je les déteste. Je les déteste parce que ; premièrement : ils ne voient pas l’obéissance au sultan… » [Voir : ‘aqîda e-salaf wa ashâb el hadîth (p. 109).]

  

 

Voir notamment : tabdîd kawâshif el ‘anîd fî takfîrihi li dawla e-tawhîd d’Abd el ‘Azîz e-Raîs, qui fut préfacé entre autre, par Sheïkh el Fawzân.

 

Mise au point :

 

Nous avons démontré auparavant que le V. 44 de la s. el mâida faisait allusion au kufr asghar, mais cela ne veut pas dire qu’il ne peut s’agir du kufr akbar. Remplacer les Lois d’Allah (tabdîl) entre dans cette dernière catégorie. Le problème, c’est qu’il règne la confusion sur le sens du tabdîl dans l’esprit de certains gens. Ces derniers s’imaginent que le tabdîl englobe tous ceux qui n’appliquent pas les Lois d’Allah de manière générale. Or, dans le vocabulaire des savants, le tabdîl ne consiste pas seulement à forger une loi, mais il faut en plus de cela l’attribuer à Allah. Le simple fait d’en forger une n’entre pas dans ce registre.

 

Ibn el A’abî explique à ce sujet : « Cela dépend des cas : s’il applique une loi qu’il a forgée tout en l’attribuant à Allah, cela revient à faire du tabdîl (la changer ou la remplacer) ; ce qui implique la mécréance. »[1]  El Qurtubî a des paroles qui vont dans ce sens.[2] Ibn Taïmiya explique pour sa part que le terme législation (sharî’a, shar’) revêt trois sens dans l’usage :

1-       La Loi révélée (shar’ munazzal) : qui correspond aux enseignements du Prophète (r) auxquels il incombe de se conformer et de punir celui qui les transgresse.

2-      La loi interprétée (shar’ muawwal) : qui correspond aux opinions des savants mujtahidîn, comme les fondateurs des quatre écoles ou autre. Il est toléré de suivre ces opinions sans que cela ne prenne un caractère obligatoire ni interdit. il n’est permis à personne d’imposer ou d’interdire aux gens de suivre l’une de ces tendances.

3-      La loi changée (shar’ mobaddal) : c’est le fameux tabdîl qui consiste à mentir sur Allah, sur Son Messager, et sur les hommes à travers les faux témoignages, l’injustice éclatante, etc. Quiconque attribue ces choses à la Législation divine devient mécréant, sans contestation possible. C’est le cas de celui qui prétend que le sang et la viande morte sont licites.[3]

 

Il s’agit donc d’attribuer mensongèrement une loi à Allah, non de simplement en forger une. Il suffit de se pencher sur le contexte de la révélation du V. 44 de la s. el mâida pour mieux s’en rendre compte. Le hadîth rapporté par el Barâ ibn ‘Âzib explique en effet que les Juifs ne se contentèrent pas de remplacer la lapidation par une sanction beaucoup plus laxiste, le tahmîm. Ils fouettaient les coupables et les faisaient tourner dans les marchés attachés sur un âne et couverts d’enduit.[4] En plus de cela, ils faisaient endosser cette punition à la religion, le tabdîl.

 

C’est de ce phénomène dont parle le passage d’ibn Taïmiya précédemment cité : « À partir du moment où quelqu’un interdit une loi qui est licite à l’unanimité des savants, ou bien qui autorise une autre qui est illicite à l’unanimité des savants, ou encore qui remplace une loi (tabdîl e-shar’) qui est frappée également d’un consensus est un mécréant apostat à l’unanimité des légistes. C’est pour ce cas que, selon l’une des opinions, le Verset fut révélé : [Ceux qui n’appliquent pas les Lois d’Allah sont eux les mécréants]. Cela, étant donné qu’il autorise moralement (istahalla) à ne pas appliquer les lois d’Allah. »[5]

 

Autre confusion :

 

Le terme iltizâm revient beaucoup dans le vocabulaire des savants. On entend souvent dans le discours d’ibn Taïmiya notamment que toute personne n’adhérant (iltazama) pas à telle chose devient apostate. Certains en ont compris qu’il s’agissait de délaisser une obligation ou de transgresser un interdit de façon permanente. En parlant d’un fautif éventuel, ils disent qu’il n’est pas multazim. Or, cette conception erronée rejoint exactement celle des premiers kharijites concernant l’auteur d’un grand péché. Nous nous proposons donc de rectifier le tir à travers un certain nombre de points :

 

1- Dire de quelqu’un qu’il n’est pasmultazim ne signifie nullement qu’il délaisse une obligation de façon permanente, contrairement aux idées reçues. Ibn Taïmiya parle de cette réalité au sujet de celui qui ne fait pas la prière. Il explique que l’opinion la plus répandue chez les anciens en commençant par les Compagnons et leurs successeurs, c’est qu’il sort de l’Islam. Or, la divergence porte sur celui qui certes la délaisse, mais qui reconnait son aspect obligatoire, et de surcroit, qui adhère (iltazama) à la faire, bien qu’il soit négligent.[6]

 

Ainsi, adhérer à une chose ne signifie pas qu’il faille la faire de façon permanente. On peut y adhérer sans pour autant la faire. L’iltizâm est en relation avec le cœur et la croyance non avec les actes. Celui qui n’adhère pas à telle loi avec le cœur devient en effet apostat. C’est ce qui pousse ibn Taïmiya a précisé qu’il existe un iltizâm des actes, bien qu’en lui-même il ne soit pas un paramètre dans la question du takfîr. Juste après le passage précédemment cité, il souligne qu’indépendamment du fait que le fautif ne renie pas le caractère obligatoire (le fameux juhûd) de la prière, il refuse d’adhérer à la faire en étant motivé soit par l’orgueil, soit par la jalousie, soit par la haine d’Allah et de Son Messager. Il reconnait qu’Allah l’a imposée aux musulmans, et que le Messager dit la vérité dans sa transmission du message, mais il refuse (imtana’a) de la faire soit par orgueil, soit par jalousie envers le Messager, soit par chauvinisme envers sa religion, ou soit encore par répulsion envers les enseignements du Messager. Cela relève également de la mécréance à l’unanimité des savants.

 

Iblîs en effet, n’a pas refusé de se prosterner, car il reniait l’aspect obligatoire de l’ordre qu’il avait reçu ; Allah en effet s’était adressé à lui directement. Cependant, il fut motivé par l’orgueil et l’obstination et rejoignit ainsi les rangs des mécréants.[7]

 

Il ne s’agit donc pas de ne pas adhérer à une chose dans les actes, mais il faut être motivé en cela par une croyance qui fait sortir de la religion ; soit, l’orgueil, la jalousie, la haine d’Allah et de Son Messager. Ainsi, il devient clair que la mécréance porte sur l’iltizâm du cœur, non sur l’iltizâm des actes.

 

Or, la question qui se pose d’elle-même ici : quelle est la définition de l’iltizâm ?

 

Nous pouvons donner en réponse celle que propose l’encyclopédie des légistes, et disant : « L’iltizâm dans l’usage des savants et le vocabulaire des légistes signifie : s’imposer une chose et s’y soumettre. »[8]

 

Remarque :

-          Il est possible de s’imposer une chose et de ne pas la faire par orgueil et obstination, comme l’a fait remarquer ibn Taïmiya plus haut. C’est ce qu’on appelle ‘adam el iltizâm, qui en soit est la marque du kufr.

-          Il ne faut pas confondre imtana’a (refuser de faire) et taraka (délaisser ou ne pas faire). or, selon l’une des tendances des savants, ne pas faire la prière fait sortir de la religion, quand bien même on y adhérerait avec le cœur. La prière fait donc exception, wa Allah a’lam !

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici



[1] Ahkâm el qur-ân (2/624).

[2] Voir son tafsîr (6/191).

[3] Majmû’ el fatâwa (3/268).

[4] Les détails de cette histoire sont parsemés à travers plusieurs versions que recensent notamment el Bukhârî (3635, 4556, 6841, 7332, 7543) et  Muslim (4412-4418).

[5] Majmû’ el fatâwâ (3/267), voir également : (7/70-71).

[6] Majmû’ el fatâwâ (20/97).

[7] Majmû’ el fatâwâ (20/97).

[8] Mu’ajam lughat el fugahâ (p. 86).

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Publié par mizab - dans Takfir
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commentaires

wawazi 03/09/2012 11:32


Salam aylikoum


Barrakalahoufik pour ce formidable travail.


En lisant plus haut je cite :


"C’est de ce phénomène dont
parle le passage d’ibn Taïmiya précédemment cité : « À partir du moment où quelqu’un autorise
une loi qui est licite à l’unanimité des savants, "


Je n'ai pas saisi ... est ce
une erreur ?


Jazzakalahou khayran

mizab 03/09/2012 15:15



 


 


wa 'aleikom salem wa rahmat Allah wa barakatuhu !


 


wa fik barakatuhu !


 


Oui, effectivement, c'est une erreur, je vais corriger immédiatement...


 


jazaka Allah kheir !