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5 septembre 2012 3 05 /09 /septembre /2012 16:11

chute-magnifique2

 

Le tashrî’

(Partie 9)

 

‘Abd Allah ibn el Mubâraka dit : « Celui qui dit que la foi se compose des paroles et des actes, et qu’elle monte et qu’elle descend, sort de l’irjâ par toutes ses portes sans exception. » [Rapporté par ibn Batta dans el ibâna el kubrâ (278).]

  

 

Voir notamment : tabdîd kawâshif el ‘anîd fî takfîrihi li dawla e-tawhîd d’Abd el ‘Azîz e-Raîs, qui fut préfacé entre autre, par Sheïkh el Fawzân.

 

• Verset IV : [et qui n’associe personne dans Sa Loi].[1]

 

Argument : ne pas appliquer les Lois d’Allah revient à s’associer à Lui dans le domaine de la législation, ce qui relève de la grande mécréance.

 

En réponse :

 

1- Dans le cas du tabdîl et de l’istihlâl en effet, on s’associe à Allah dans le tashrî’, mais pas dans les autres cas, sinon :

 

2- Il faudrait considérer la tyrannie des sultans de ce domaine, alors que, comme nous l’avons vu, à l’unanimité des savants, elle entre dans les grands péchés. Par conséquent, il ne faut pas prendre ce Verset dans son sens général.

 

3- Le Verset en effet, comme le fait admirablement remarquer Sheïkh Sa’dî dans son tafsîr, fait allusion aux deux formes de Loi divine : la Loi universelle et la Loi textuelle qui s’incarne dans le Coran et la sunna. Personne n’est à même de s’associer à Allah dans Ses Lois universelles. Quiconque prétend qu’une créature participe dans l’agencement de l’Univers sombre immanquablement dans la grande association dans le domaine de la Seigneurie divine (rubûbiya).

Concernant la Loi textuelle, si quelqu’un autorise ce qu’Allah interdit et inversement, il devient apostat. Cependant, le simple désobéissant n’est pas concerné par ce statut, comme nous l’avons vu avec les paroles d’ibn Taïmiya. Il n’est pas différent des autres auteurs des grands péchés (adultère, vol, intérêt, alcool, etc.). C’est avis, qui est celui des traditionalistes ne s’accorde pas avec la tendance kharijite qui voue à la mécréance l’auteur des grands péchés.

 

• Verset V : [La Loi revient à Allah Seul, et Il a ordonné de n’adorer que Lui].[2]

Argument : ceux qui légifèrent des lois positives contestent une particularité qui est propre au Seigneur, ce qui relève de la grande association.

 

En réponse :

 

1- C’est le même argument que les premiers kharijites ont utilisé contre ‘Alî et ibn ‘Abbâs ; c’est cet argument que le mujrim ’Abd e-Rahmân ibn Muljim prit à son compte avant d’assassiner le quatrième khalife qui prononça sa phrase célèbre avant de mourir ; une phrase qui deviendra une règle en or chez les savants : « C’est prêcher le vrai pour faire passer le faux. » ; c’est aussi celui que l’Imam e-Shâtibî réfute, avec des Versets du Coran à l’appui dans son fameux el i’tisâm.[3] Ceux-ci dénotent que le Législateur remet certains jugements aux hommes.

 

2- Nous pouvons utiliser les arguments de la réponse précédente.

 

3- Nous ajoutons ici, que de créer des images ou que faire preuve d’orgueil est une particularité propre au Seigneur.[4] Pourtant, à l’unanimité des savants, le musulman orgueilleux ou qui fait des images n’est pas considéré comme un apostat. Nous pouvons dire la même chose pour celui qui légifère des lois ; il conteste certes une particularité propre au Très-Haut, mais cela ne le rend pas forcément mécréant, bien que cela ne diminue en rien à la gravité de son péché.

 

4- Ibn Taïmiya fait remarquer que ce Verset fait également allusion aux deux formes de Loi divine : la Loi universelle et la Loi textuelle.[5]

 

5- Nous avons vu précédemment qu’il existe trois formes de tashrî’ : La Loi révélée (shar’ munazzal) la loi interprétée (shar’ muawwal), la loi changée (shar’ mobaddal). Nous ajoutons ici qu’il existe plusieurs formes de tabdîl :

 

A- Certaines formes relèvent de la grande mécréance comme :

• Transformer le tawhîd en shirk ou en d’autres termes changer toute la religion, car la législation divine n’est rien d’autre que la religion d’Allah ; les lois qui régissent un État n’en représentent qu’une partie. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre les paroles d’Abd el ‘Azîz ibn Yahyâ el Kanânî lorsque ce dernier condamne à la mécréance celui qui délaisse toutes les lois révélées par Allah.[6] Dans ce registre, nous avons le hadîth : « Celui qui change (baddala) de religion, tuez-le. »[7] L’Imam Shâfi’î s’est chargé d’expliquer le sens du tabdîl que revêt ce hadîth.[8] Abû el Hasan el Mâlikî explique pour sa part qu’il faut distinguer entre le tabdîl qui relève de l’apostasie, car touchant à la croyance, et celui qui relève des grands péchés.[9]

• Une autre forme de tabdîl correspond à l’istihlâl (en l’attribuant mensongèrement à Allah ou en l’autorisant moralement) comme nous l’avons vu, mais il y a aussi le ‘inâd et l’istikhfâf qui consiste à dénigrer la Loi d’Allah.

 

B- D’autres formes de tabdîl ne relèvent pas de la grande mécréance :

• C’est le cas de celui qui change une partie de la religion qui ne touche pas aux annulations de l’Islam, soit en suivant ses passions, soit par corruption ou soit en étant motivé par la peur des gens.[10]

• C’est également le cas du ta-wîl et de l’effort d’interprétation. Concernant le mauvais ta-wîl, ibn Taïmiya met sur le même pied d’égalité le taqlîd aveugle à une école de figh ou à une voie soufie, les hadîth forgés, les innovations et le hukm bi ghaïr mâ anzala Allah.[11] Ibn Taïmiya parle même des qânûn (codes) forgés par les adeptes du kalâm, et qui ne se basent sur aucune révélation. En cela, ils sont pires que les Juifs et les chrétiens, ou en d’autres termes les gens du Livre ont un plus grand respect de leurs références qu’eux sur ce point.[12] Ibn el Qaïyim explique quant à lui que les lois mubaddala des innovateurs et les mauvaises opinions des savants sont pires que les lois abrogées des gens du Livre, qui ont au moins le mérite d’avoir une origine.[13]

 

Or, les législateurs contemporains qui forgent des qawânîn (pluriel de qânûn) touchant au profane et qui changent en partie les Lois d’Allah ne sont pas pires que les innovateurs qui touchent à la doctrine et à l’adoration. Il faut garder à l’esprit qu’ibn Taïmiya a vécu à l’époque des tatars qui suivaient la loi du Yâsiq. Il n’est donc pas pertinent de dire que les qawânîn sont un phénomène nouveau. Quoique cet argument se retourne contre l’adversaire, car c’est à lui de ramener une preuve spécifique lui permettant de kaffar les législateurs des temps modernes. Il est à noter également, et c’est un point sur lequel je reviendrais plus en détail dans le prochain article, que selon l’usage à notre époque, le nom de tashrî’ fut donné pour désigner les qawânîn. Cependant, il s’agit du sens étymologique du terme. Ainsi, les masâlih el mursala (intérêt général) comme le Code de la route entre sous cette appellation.[14] Wa Allah a’lam !

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici



[1] La caverne ; 26

[2] Le bétail ; 57, et Yûsaf ; 40, 67

[3] El i’tisâm (1/303).

[4] Voir sur le sujet les hadîth rapportés par el Bukhârî (5953, 5954) et Muslim (5509, 5494).

[5] Voir : majmû’ el fatâwâ (3/413).

[6] Voir : tafsîr el baghâwî (3/61).

[7] Rapporté par el Bukhârî (2854), selon ibn ‘Abbâs (t).

[8] El umm (6/147).

[9] Kifâyat e-tâlib (1/123-124).

[10] Nous ne parlons pas d’ikrah qui est la contrainte, car nous ne sommes pas dans le kufr akbar. Ce point, qui est d’une grande importance, a malheureusement échappé à certains !

[11] Voir : majmû’ el fatâwâ (11/431 et 507).

[12] Dar ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (1/5-7).

[13] Voir : i’lâm el mawqi’în (2/57-58) et e-rûh (p. 267).

[14] Voir pour cette démonstration : mushkila e-tasarru’ fî e-takfîr d’Usâma el ‘Utaïbî.

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Publié par mizab - dans Takfir
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commentaires

Yahya 06/09/2012 16:07


Entre dans le même cadre le verset sourate al-jinn : "Et celui qui désobéit à Allâh et à son Messager aura alors le feu de l'Enfer pour y demeurer à jamais (abadan)"


Si on le prenait dans son sens littéral, cela signifirait que tout pécheur sans exception serait mécréant, qu'il ait commis un petit ou un grand péché ! Ce qui est une parole on ne peut plus
fausse !


Il faut donc dire pour ce verset qu'il est spécifique, et qu'il ne concerne que les péchés qui renferme un annulatif de l'islam (faire le shirk, désobéir en reniant l'obligation...)


Ce qui démontre clairement qu'il faut faire revenir les versets ambigues aux versets clairs pour comprendre clairement la Révélation, et que la généralisation exagérée du sens apparent est une
voie fausse - tout comme interpréter de manière exagérée est une voie fausse, la vérité se trouvant dans le juste milieu, et dans la conciliation avec science de l'ensemble des textes et des sens
qu'ils contiennent -.


wAllâhu a'lam