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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 16:07

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Les conditions du takfîr

(Partie 1)

 

Que les Prières et les Salutations d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed ainsi que sur sa famille et tous ses Compagnons ! 

 

Voir notamment : taqrîrât aimmat e-da’wa fî mukhâlafat madhhab el khawârij wa ibtâlihi qui est une thèse es doctorat du D. Mohammed Hishâm Tâhirî, et ayant eu parmi les membres du jury le grand Mufti actuel d’Arabie Saoudite, ‘Abd el ‘Azîz Âl e-Sheïkh.

 

Introduction

 

Les kharijites se caractérisent pour sortir les auteurs des grands péchés de la religion, mais aussi pour kaffar sans condition les musulmans ayant commis une annulation de l’Islam. Ils appliquent sans distinction des règles générales sur tous les cas particuliers possibles ou presque. Ils ne prêtent pas attention aux conditions et aux restrictions du takfîr, qui sont pourtant indispensables dans un domaine aussi grave. Certaines tendances kharijites poussent l’obsession jusqu’à ne pas considérer la contrainte comme une excuse. Les shurrâ en effet n’accordaient aucune excuse aux qa’diya qui prétextaient pourtant avoir été retenus par la contrainte et l’incapacité à prendre les armes. La mouvance e-takfîr wa el hijra, l’un des portes-flambeaux du takfîr contemporain, s’inscrit dans leur continuité.

 

Celle-ci ne donne aucune importance à la  contrainte. Lorsqu’elle était encore à ses balbutiements, elle fut confrontée à un cas de conscience. Sous la pression de l’État égyptien qui lui somma de déposer les armes, elle se divisa en deux groupes ; les uns se rendirent tandis que les autres ne se laissèrent pas impressionner par la menace qui pesait sur leur tête. Ils allèrent jusqu’à kaffar ceux qui obtempérèrent, malgré la disproportion des forces. Pour eux, l’Islam n’admet aucune contrainte. Personne n’a le droit de faire la moindre complaisance à l’égard des Pouvoirs en place sous peine de sortir de la religion, même si c’est pour sauver sa vie.[1]

 

Quant aux traditionnalistes, ils tiennent compte des conditions à remplir et des restrictions à exclure avant de se prononcer sur un cas particulier. Avant de condamner une personne de kâfir, ils prennent en considération deux paramètres :

1-                  L’énoncé explicite des Textes que telle parole ou tel acte relève du kufr.

2-                 Que le statut en question (takfîr) soit applicable à une personne en particulier de sorte que les conditions pour le faire soient remplies et que toute restriction y faisant obstacle soit exclue.[2]

Sheïkh ‘Abd e-Rahmân e-Sa’dî explique que les textes sur la menace/promesse divine sont incontestables, mais que ceux-ci réclament dans la pratique des conditions à remplir avant de pouvoir les appliquer sur un cas précis. En règle générale, le Paradis est promis au monothéiste et interdit au polythéiste comme le stipule le consensus des anciens et des grandes références de l’Islam. Cependant, une même personne peut être partagée entre ces deux états. D’un côté, elle mérite la récompense, mais d’un autre côté, elle mérite le châtiment. Allah se comportera envers elle avec justice ou miséricorde.[3]

 

Il est donc indispensable de connaitre ces conditions que nous présentons comme suit :

 

1- L’acte commis doit relever du kufr sans la moindre contestation possible

 

Cette condition est valable pour le statut d’un acte dans l’absolu, mais aussi pour un cas particulier. L’Imam Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb rappelle que, contrairement aux allégations de ses détracteurs, on ne peut kaffar une personne ayant adhéré à l’Islam avec certitude sur une simple présomption.[4] L’acte en lui-même doit clairement entrer dans les annulations de l’Islam. Il ne convient pas de sortir quelqu’un de l’Islam en raison des implications de son discours.[5] Contrairement à certaines idées reçues, certains actes ne sont pas à mettre sur le compte de l’apostasie.[6]

 

2- L’accusé doit être responsable, pubère et sain d’esprit

 

L’enfant, le fou, et la personne ayant agi sous la contrainte ne sont pas concernés par la peine capitale.[7]

 

3- L’accusé doit agir en toute âme et conscience

 

Aux yeux d‘Abd e-Latîf, il faut distinguer entre vouloir intentionnellement sortir de la religion (ce que nous appelons irâda el kufr) et avoir l’intention de faire un acte, qui lui, fait sortir de la religion (ce que nous appelons qasd el fi’l).[8]

 

Il faut savoir qu’il existe trois sortes d’intentions (qasd) :

 

1-      La volonté parfaite (el irâda el jâzima), qui correspond au qasd el fi’l. Ainsi, quand on fait un acte sans intention de le faire, on entre dans le domaine de l’erreur que le Législateur prend en considération dans les questions des restrictions au takfîr. Ex. : marcher involontairement sur le Coran.

2-      Le libre choix (el ikhtiyâr) dans le sens où la personne choisit délibérément de faire un acte d’apostasie. Il est antonyme de la contrainte qui est également une restriction au takfîr.

3-      La croyance (el i’tiqâd), qui correspond à irâda el kufr qui n’a aucune influence sur le jugement d’un cas particulier. Autrement dit, peu importe qu’on ait l’intention ou non de sortir de l’Islam en prononçant ou en commettant du kufr.[9]

 

En conclusion à nawâqidh el islâm, L’Imam Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb établit que : « Il n’y a pas de différence pour ces dix formes d’annulations de la foi, entre ceux qui commettent l’une d’entre elles sérieusement, par amusement, ou par crainte. Commettre l’une d’entre elles sous la contrainte est la seule excuse valable. Elles représentent toutes autant qu’elles sont, le plus grand danger qui soit, bien qu’au même moment, elles sont les formes d’apostasie les plus répandues. Le musulman doit donc être sur ses gardes et craindre vivement de sombrer dans l’une d’entre elles. Qu’Allah nous préserve des actes qui entrainent Sa Colère et Son châtiment douloureux ! »

 

Cependant, et ce point est d’une extrême importance, il souligne ailleurs qu’on ne peut contraindre quelqu’un à croire à quelque chose. On ne peut que le contraindre à dire ou à faire quelque chose.[10] Celui qui commet une annulation de l’Islam pour des vulgaires raisons matérielles n’échappe pas à ce jugement.[11] Même la simple appréhension, voire la peur qui n’atteint pas le degré de contrainte (la peur de perdre ses biens, sa richesse, ses privilèges, etc.) ne sont pas prises en considération.[12]

 

‘Abd e-Latîf explique qu’une erreur ne rend pas forcément mécréant (kâfir), pervers (fâsiq) ou désobéissant (‘âsî).[13] Et cela, conformément au Verset : [Seigneur ! Ne nous tiens pas rigueur de nos erreurs et de nos oublis].[14] Ce dernier donne la position de son arrière grand-père sur le sujet : « Sheïkh Mohammed – Allah lui fasse miséricorde – fait partie de ceux qui font preuve de plus de délicatesse et de précaution dans les questions du takfîr ; à tel point qu’il n’est pas formel sur takfîr d’un ignorant qui invoque quelqu’un en dehors d’Allah, parmi les habitants du royaume des morts ou autres, dans la situation où il n’a personne pour lui donner le bon conseil et pour lui faire parvenir la vérité faisant autorité contre tout dissident. »[15]

 

4- L’accusé doit avoir conscience qu’il s’oppose aux textes qui est encore une autre question qu’irâda el kufr

L’erreur d’interprétation (ta-wîl), qui est une forme d’ignorance mue notamment par un manque de compréhension, peut faire obstacle au takfîr. L’opinion de certains innovateurs implique de renier les textes, ce qui relève en soi de la mécréance, mais nous ne taxons pas leur auteur de kâfir, car il est possible qu’une restriction fasse obstacle à notre jugement ; des restrictions comme l’ignorance, la méconnaissance du texte en question ou de ses arguments. Les Lois divines ne sont pas imposables aux hommes avant qu’elles ne leur soient parvenues.[16]

 

L’Imam Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb est l’auteur des paroles suivantes : « Le musulman qui fait un effort d’interprétation (mujtahid) peut prononcer des paroles de kufrsans le savoir. Si après qu’on l’ait averti de son erreur, il se repend sur le champ, il ne devient pas mécréant… »[17] Ce dernier fait la distinction entre ne pas connaitre le vrai sens d’une parole qu’on prononce et ne pas savoir qu’elle fait sortir de l’Islam. Si la première forme d’ignorance est excusable, ce n’est pas le cas pour la deuxième.[18] Son petit-fils, ‘Abd e-Rahmân ibn Hasan a des paroles qui vont dans ce sens.[19] C’est la raison pour laquelle, les savants établissent que le nouveau converti qui renie l’aspect obligatoire des actes d’adoration ne sort pas de la religion, sauf s’il persiste dans l’erreur, pour une raison ou pour une autre,  après avoir été averti.

 

À suivre…

Par : Karim Zentici

 

 

 

 

 

 



[1] Voir : shubuhât e-takfîr du D. ‘Omar Quraïshî (p. 397).

[2] Voir : El qawâ’id el muthlâ fî Sifât Allah wa Asmâihî de Sheïkh el ‘Uthaïmîn (p. 88) et minhâj e-ta-sîs (p. 186).  

[3] El qawâid wa el usûl el jâmi’a (p. 36-37).

[4] E-rasâil e-shakhsiya inclues dans majmû’ muallafât e-Sheïkh (3/2/13-14).

[5] Voir : mish e-zhalâm d’Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân (p. 371).

[6] Majmû’ e-rasâil wa el masâil (1/310-311).

[7] E-durar e-saniya (7/430).

[8] Voir : mish e-zhalâm (p. 369).

[9] Voir : ‘âridh el jahl de Râshid e-Râshid (p. 125-126).

[10] E-durar e-saniya (1/64-65).

[11] majmû’a rasâil fî e-tawhîd wa el îmân inclues dans majmû’ muallafât e-Sheïkh (6/260 et 263).

[12] E-durar e-saniya (8/136).

[13] Manhaj e-ta-sîs wa e-Taqdîs (p. 75-75).

[14] La vache ; 286

[15] Minhâj e-Ta-sîs wa e-Taqdîs (p. 98-99).

[16] Kashf e-shubhataïn  (p. 83).Voir également : Kashf el awhâm wa el iltibâs d’ibn Sahmân (p. 48).

[17] Kashf e-shubuhât (p. 24).

[18] Fatâwa wa masâil inclues dans majmû’ muallafât e-Sheïkh (2/3/39).

[19] Voir : majmû’e-rasâil wa el masâil (4/370).

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Publié par mizab - dans Takfir
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commentaires

Mohamed 30/04/2013 14:10

Salam 'alaykom wa rahmatollah.

En parlent d'entrave au Takfir, peut-on dire que la " possession " ou la " sorcellerie " peut-être une entrave? Car en feuillent le livre : Wiqayat al Insân min al jinn wa shaytan de sheikh Abdelwahib al Bali, qui est un livre traitent de la Roqiya shar'iya. Ce livre a était traduit en français sous le titre de " Comment se protéger des jinns et de satan ? " édition al Madina, il dit a la page 15 : " J'ai vu de mes propres yeux une femme musulmane, victime d'un sort qu'un prêtre lui avait jeté. Alors qu'elle observait strictement les prescriptions de la religion et exerçait des activité islamique très efficaces, elle était devenue dans un état tel qu'elle demandait à sa famille de lui apporter une croix, bien pis, chaque fois qu'elle marchait dans la rue et qu'elle croisait un prêtre, et se prosterné devant lui. "

Si je ne me trompe pas, cette soeur avait une excuse. wa Lah ou a'lam.

Car certains se serait précipiter à faire son Takfir, sans rechercher les entraves ou se renseigné sur le cas de cette soeur. Ils auraient rendu son sang licite, en la rendant apostat et lui aurait appliqué la sentence " eux mêmes".

Qu'en penses tu baraka Lah ou fik?

mizab 05/05/2013 07:24

Allah hayyak !

wa 'aleikom salem wa rahmat Allah wa barakatuhu !

Mohamed 04/05/2013 18:59

Hayyaka Lah akhi al karim, le sage est celui qui sait s'arrêter lorsqu'il ne sait pas. Il faudrait demander à un de nos savants inchaa a Lah. Baraka Lah ou fik. Salam 'alaykom wa rahmatollah.

mizab 04/05/2013 15:37

wa 'aleikom salem wa rahmat Allah !

je ne veux pas m'avancer sur son cas, car n'entrant pas dans mes compétences, mais d'un poont de vue purement théorique, si elle n'a pas la raison au moment de faire ces choses, alors oui, elle est excusée,

wa Allah a'lam !

Amy 23/01/2013 13:41


Salaam,article très interessant. ))


Jazakallahu kheyran

mizab 23/01/2013 14:10



 


 


w 'aleikom salem wa rahmat Allah !


 


amin !


 


wa anta kadhalik !