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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 05:40

 

 

 

 

Que les Prières et les Salutations d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed ainsi que sur sa famille et tous ses Compagnons !

 

Voir notamment : taqrîrât aimmat e-da’wa fî mukhâlafat madhhab el khawârij wa ibtâlihi qui est une thèse es doctorat du D. Mohammed Hishâm Tâhirî, et ayant eu parmi les membres du jury le grand Mufti actuel d’Arabie Saoudite, ‘Abd el ‘Azîz Âl e-Sheïkh.

 

Introduction

 

Sortir injustement un musulman de l’Islam (takfîr) est un péché grave. S’il peut être motivé par des raisons matérielles ou sous l’effet de la colère, il devient plus condamnable quand il est dicté par les passions et une ambition perfide. Le statut d’apostat engendre de lourdes conséquences contre la personne condamnée, comme nous l’avons vu dans Les restrictions au takfîr. Ces lois s’appliquent à un simple citoyen, mais le takfîr du responsable de l’autorité engendre des conséquences encore plus lourdes. Il est à même de déstabiliser tout un pays et de le livrer en pâture aux nombreux prédateurs à l’affut. En proie aux guerres intestines, la société se déchire. Tout au long de l’Histoire musulmane, les kharijites ont représenté une épine pour leurs concitoyens.

 

Encore aujourd’hui, ils sévissent dans de nombreux pays musulmans à la grande joie des ennemis de l’Islam, qui voient en cela un moyen très efficace pour exercer sur eux des pressions et un lourd chantage.

 

Les savants musulmans ont depuis toujours, fait front à ce fléau. Ceux de aimmat e-da’wa n’ont pas échappé à la règle. De nombreux passages de leurs ouvrages mettent en garde les non-initiés de s’aventurer dans un domaine aussi épineux.

 

L’Imam Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb utilise plusieurs hadîth qui condamnent le takfîr illégitime.[1] Selon Abû Dharr notamment, le Prophète (r) prévient : « Si l’accusation de pervers ou de mécréant est infondée, elle se retourne contre son auteur. »[2] Toujours selon Abû Dharr, un autre hadîth nous apprend : « Si on traite quelqu’un à tort de mécréant ou d’ennemi d’Allah, cela se retourne contre soi. »[3]  Sheïkh Sulaïmân ibn ‘Abd Allah Âl e-Sheïkh met vivement en garde de traiter son frère musulman d’hypocrite pour un intérêt matériel ou par esprit de clan, etc.[4]

 

D’autres hadîth dénoncent de telles accusations infondées. Nous avons notamment :

« Taxer un croyant de mécréant, c’est comme si on l’avait tué. »[5]

« L’accusation de mécréant contre son frère s’applique obligatoirement sur l’un des deux. »[6]

 

L’explication de ces hadîth

 

Sheïkh‘Abd Allah Abâ Btîn explique pour sa part que la menace qui plane sur l’auteur d’une telle accusation n’est pas forcément à prendre au sens propre. En s’appuyant sur une analyse d’e-Nawawî, il recense les différentes opinions avancées par les savants en explication à ces hadîth qui à première vue posent problème. Du domaine des grands péchés, le takfîr illégitime d’un musulman n’entre pas dans les annulations de l’Islam. Au nombre de cinq, ces interprétations résolvent ce problème. Interprétations que nous présentons comme suit :

1-      En autorisant moralement (istihlâl) à sortir un musulman de la religion, on devient un mécréant.

2-       Le péché de sortir quelqu’un de la religion revient sur l’auteur de l’accusation.

3-      Ces hadîth parlent des kharijites connus pour jeter la vindicte sur leurs coreligionnaires. Cette tendance est la plus faible, étant donné qu’aux yeux des grands spécialistes et de la plupart des savants, les kharijites ne sont pas des apostats. Ils ont le même statut que la plupart des innovateurs.

4-       Sortir quelqu’un de la religion ouvre la porte à la mécréance. En abusant des péchés en général, on risque de sombrer dans l’apostasie.

5-      L’accusation se retourne contre lui dans le sens où elle s’adresse à un musulman comme lui, et qui, de surcroit, n’a pas porté ce jugement contre lui.[7]

 

Cette explication nous permet de mieux comprendre les paroles d’ibn Taïmiya : « Les kharijites kaffar la jamâ’a (les traditionalistes ou les musulmans, ou peut-être les Compagnons ndt.), comme les mu’atazilites et les rafidhites kaffar leurs opposants : au meilleur des cas, ils les considèrent comme des pervers (tafsîq). Ainsi, les gens des passions innovent une tendance et vouent à l’apostasie tous ceux qui s’y opposent. Quant aux traditionalistes, ils suivent la vérité de leur Seigneur qui leur est venu du Messager (r). Ils ne kaffar par leurs opposants ; ils sont les plus savants des hommes, et sont les plus cléments envers les hommes. »[8]

 

Les différents cas de figure du takfîr illégitime

 

  Or, l’Imam ‘Abd e-Latîf porte l’attention sur un point d’une extrême importance. Selon lui, il y a des cas où le takfîr d’un musulman fait par erreur n’est pas condamnable. Voici la teneur de ses propos : « Il est possible que le takfîr prononcé à tort provienne d’un musulman intègre animé par une erreur d’interprétation (ta-wîl). Dans le cas où il a autorité pour faire des efforts d’interprétation (ijtihâd), il n’est pas condamnable. ‘Omar avait accusé à tort Hâtib ibn Balta’a d’hypocrite et demanda même l’autorisation au Messager d’Allah (r)de le tuer. Ce dernier se contenta de répondre : « Qui te dit qu’Allah n’a pas contemplé les combattants de Badr, avant de leur dire : faites ce que vous voulez, Je vous ai tout pardonné. »[9] Il ne reprocha nullement à ‘Omar de l’avoir traité d’hypocrite.

 

Le takfîr illégitime peut provenir des ennemis d’Allah et de Son Messager ; ceux-là mêmes qui font du shirk et qui dénaturent les Noms divins. Ils s’en prennent à des musulmans intègres et leur reprochent leur adhésion au monothéisme exclusif…

 

Les pires mécréants sont ceux qui sortent les adeptes de l’unicité de la religion, qui les éprouvent par la guerre ou qui leur font subir toute forme de répression…

 

Il existe une autre catégorie d’individus qui sont animés dans leur takfîr des musulmans par une rivalité, par les passions, une divergence d’opinion. De nombreux ignorants sont touchés par ce fléau, qui est une erreur flagrante.

 

Il ne convient pas de taxer un musulman de mécréant, pervers ou égaré, sauf si la faute relève de la mécréance manifeste que corroborent les textes.

 

En outre, certaines divergences sont dues aux efforts d’interprétations dans des questions où la plupart des gens n’arrivent pas percevoir la bonne tendance en raison de leur subtilité. Ces questions ne méritent pas de jeter l’anathème (takfîr, tafsîq) sur son adversaire. Si pour certains celles-ci sont formelles et claires, pour d’autres, elles sont ambigües et subtiles, alors qu’Allah n’impose nullement à Ses créatures ce qui est au-dessus de leur capacité…

 

Ce sont les kharajites qui sortent les musulmans de la religion pour des péchés en dehors du shirk. Aux yeux des traditionalistes, ils sont des innovateurs égarés… »[10]

 

En résumé, trois catégories d’individus se dégagent de son discours.

1-      Ceux qui ont recours au takfîr illégitime par erreur. Ces derniers sont excusables à condition qu’ils soient habilités à s’initier dans ce genre de domaines.

2-      Ceux qui y ont recours pour des intérêts matériels ou par vengeance. Dans ce cas, il s’agit d’un acte pervers qui relève des grands péchés.

3-      Il y a ceux qui sont motivés par les passions ou par chauvinisme envers leur tendance ou autre. Dans ce cas, on parle d’innovation. C’est même l’un des signes distinctifs des innovateurs. Cet acte se rattache également aux grands péchés bien qu’il soit plus grave que le précédent.

 

Ailleurs, il affirme que le takfîr à tort peut être motivé par une erreur d’interprétation et par zèle envers la religion comme ce fut le cas pour ‘Omar ibn el Khattâb dans l’affaire de Hâtib. Plusieurs erreurs de ce genre ont été commises par les Compagnons. En revanche, en utilisant le takfîr pour d’autres raisons, la chose devient beaucoup plus grave.[11] C’est même l’une des caractéristiques des innovateurs.[12]  ‘Abd e-Rahmân ibn Sahmân rejoint ce discours. Selon lui, les adeptes des passions se distinguent pour s’aventurer dans les questions complexes du takfîr, tafsîq et hajr (l’exclusion), sans s’appuyer sur le discours des savants, alors qu’ils n’ont pas les outils en mains pour les éluder.[13]

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

  



[1]Voir : kitâb el kabâir inclus dans majmû’ mu-allafât e-Sheïkh (6/293).

[2]Rapporté par el Bukhârî (6045).

[3]Rapporté par Muslim (112).

[4]E-durar e-saniya (8/165-166).

[5]Rapporté par el Bukhârî (6652).

[6]Rapporté par Muslim (111).

[7]E-durar e-saniya (10/360-364).

[8]Manhâj e-sunna (5/158).

[9]Rapporté par Abû Dâwûd (2650).

[10]E-durar e-saniya (12/262-263).

[11]Voir : majmû’ e-rasâil wa el masâil (1/654).

[12]Idem. (3/20).

[13]Voir : manhaj ahl el haqq wa el ittibâ’ (p. 11).

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Publié par mizab.over-blog.com - dans Takfir
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