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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 10:20

 

 

Remarque : il incombe à toute personne en quête de science, surtout aux prédicateurs, de distinguer entre l’hypocrisie (modâhana) dans les relations et l’habilité (modârat). L’habilité est en effet recommandée. Celle-ci est en relation avec la douceur et la précaution dans les relations. Dans Lisân el ‘Arab (14/355), il est précisé : « Être habile avec les autres consiste à être doux, d’avoir de bons rapports avec eux, et de les supporter afin de ne pas les faire fuir. » L’hypocrisie (l’adulation ou la flatterie) quant à elle, est condamnable. Celle-ci est liée à la religion. Allah le Très-Haut a révélé : (Ils aimeraient que tu leur fasses des concessions pour en faire).[1] El Hasan el Basrî a dit en commentaire à ce Verset : « Ils aimeraient que tu sois transigeant (ou accommodant) dans ta religion afin qu’ils le soient en retour dans la leur… »[2]

 

Ainsi, la personne diplomate est souple dans ses relations avec les autres sans ne faire pour autant aucune concession dans sa religion. Tandis que l’hypocrite ou le mauvais complaisant cherche à gagner la faveur des gens au prix de sacrifier certains principes. Le Prophète (r) était le mieux éduqué des hommes et le plus compatissant envers sa communauté. Cet aspect représente le côté doux et compréhensif de sa personnalité. À l’inverse, il était résolu et implacable dans les affaires de la religion. Il ne faisait aucune concession à qui que ce soit. Cet aspect représente son attachement résolu à la religion, contrairement à l’hypocrite. Les personnes en quête de science doivent bien tenir compte de cette différence. Certains gens s’imaginent en effet que la gentillesse et la souplesse dans les relations avec autrui sont une preuve de faiblesse et un manque de rigueur ou de négligence (tamyî’) ; au moment où d’autres s’envisagent que le bon comportement envers les gens consiste à approuver leur mauvais chemin ou à fermer l’œil sur leurs erreurs. Ces deux extrêmes ont tort et sont aussi loin de la vérité l’un l’autre. Il faut donc faire attention à ce point, qui est dangereux et glissant. La plupart des gens ne sont pas épargnés de se tromper dans ce domaine, à l’exception de ceux qu’Allah a bien voulu guider et faire parvenir à la réussite.[3]

 

Au sujet du tamyî’ : Sheïkh el Islam ibn Taïmiya a dit : « Il est complètement erroné de prétendre que les innovateurs adhèrent à la tendance des anciens. Cela est inconcevable sauf dans la situation où l’ignorance prend le pas sur la science qui se fait rare. »[4] À notre époque, certains assument qu’ils adhèrent à la tendance des anciens alors qu’il n’en est rien. Certains s’aventurent même à donner aux mouvements hisbistes contemporains, dont certains adhèrent à la pensée kharijite, le nom de mouvement salafî. Ils assument que la salafiya est le tronc commun entre ses mouvements. Tel est le résultat lorsque l’ignorance prend le pas sur la science qui se fait rare comme l’a judicieusement fait remarquer Sheïkh el Islam ibn Taïmiya. L’autre raison consiste à dire qu’ils veulent simplement diluer, noyer, dissoudre, faire fondre (tamyî’) la da’wa Salafiya fondée sur le Coran et la Sunna conformément à la compréhension des Pieux Prédécesseurs. Le but c’est de faire entrer certaines tendances égarées dans le cercle des traditionalistes.[5]

 

La définition du tamyî’ : si ce terme accepte de se faire définir, c’est donc : de faire entrer certaines tendances égarées dans le cercle des traditionalistes. Comme le dit Sheïkh Rabî’, le mot tamyî’ n’est pas un terme technique dans le sens propre du terme, c’est plutôt un comportement, une caractéristique. Depuis l’apparition des hérésies, aucune secte dont les mumayyi’ûn seraient les partisans, ne porte ce nom, même s’il est vrai, qu’à travers les époques, les sectes quelque peu laxistes comme les murjites (si on considère ce terme comme un terme générique), ont toujours œuvré pour amenuiser le rigorisme à leurs yeux de la tendance traditionaliste. Les traditionalistes en effet se caractérisent pour dénoncer et lutter contre toute forme d’hérésie. La meilleure façon pour les conspirateurs innovateurs d’échapper à leur jugement, c’est de se les concilier, d’où l’un des sens du terme tamyî’. Mais c’est peine perdue d’avance...

 

Si tous ces points sont clairs, voici des exemples où les anciens refusaient et préconisaient de ne pas faire de polémique avec les « gens des passions ».

 

Selon Nâfi’, le captif d’ibn ‘Omar : « Subaïgh l’Iraquien s’interrogerait sur certaines choses du Coran au milieu des troupes musulmanes. Quand il s’est rendu en Égypte, ‘Amr ibn el ‘Âs le fit envoyer à ‘Omar ibn el Khattâb. Quand le messager lui remit la lettre, ‘Omar la lut et demanda après cet homme.

-          Il est en route, répondit le messager.

-          Fais attention à ne pas le laisser partir, s’écria ‘Omar, sinon tu risques de recevoir de ma part une punition douloureuse.

 

Après l’avoir ramené, ‘Omar interpella l’intéressé : « Tu es en quête de nouveautés ? »Il se fit apporter sur-le-champ des tiges de palmiers fraîches pour le frapper à tel point qu’il lui laissa des marques sur le dos. Ensuite, il le laissa se rétablir pour le corriger à nouveau. Quand il se rétablit après sa deuxième correction, il le convoqua pour le corriger une troisième fois, mais Subaïgh l’en empêcha en s’exclamant : « Si tu veux me tuer alors, fais-le proprement, mais si tu veux me soigner, sache par Allah ! Que c’est déjà fait. » Dès lors, il le laissa retourner sur ses terres. Il écrivit à Abû Mûsa el Ash’arî de ne laisser personne s’assoir avec cet homme ; cela fut pour lui d’autant plus pénible. »[6] Sheïkh el Islam ibn Taïmiya précise que le deuxième Khalife leva cette mise en quarantaine quand il apprit que l’intéressé s’était repenti de ses maux. Cette punition lui servit plus tard quand les Kharjites vinrent frapper à sa porte. Il leur fit savoir que le sermon du serviteur vertueux (‘Omar) fit ses effets.[7]

 

Ibn ‘Abbâs a dit (t) : « Ne vous asseyez pas avec les gens des passions, car leur présence affecte les cœurs. »[8]

 

Lorsqu’on interrogea ibn ‘Omar sur les Qadarites, ce dernier répondit : « Si vous rencontrez ces gens-là, alors dites-leur que je n’ai aucun lien avec eux et qu’ils n’ont aucun lien avec moi. »[9]

 

Ma’mar affirme : « Ibn Tâwûs était assis chez lui lorsqu’un individu parmi les mou’tazilites est entré. Il voulut parler, mais ibn Tâwûs se mit les doigts dans les oreilles et dit à son fils : « Mon fils ! Mets les doigts dans tes oreilles et tiens-les fort pour ne pas entendre ses paroles. » »[10]

 

Selon Ismâ’îl ibn Khârija, deux individus parmi les « gens des passions » sont entrés chez ibn Sirîn pour lui dire : « Hé Abû Bakr ! Laisse-nous te raconter un hadith ?

-          Non ! Répondit-il.

-          Nous pouvons alors te réciter un Verset du Livre d’Allah ?

-          Non ! Insista-t-il, sortez d’ici ou s’est moi qui sors !

-          Abû Bakr ! Lui a fait remarquer l’une des personnes présentes, quel mal y avait-il si tu avais écouté juste un Verset ?

-          J’ai craint, répondit-il, qu’ils me fassent entendre un Verset déformé qui risquerait de s’ancrer dans mon cœur. »[11]

 

Sâlim prétend qu’un homme parmi les « gens des passions » a demandé à Ayyûb : « Je peux te questionner sur un mot ?

-          Ayyûb s’est alors détourné en s’écriant : non ! Pas même sur la moitié d’un mot, pas même sur la moitié d’un mot à deux reprises en faisant un signe du doigt.  »[12]

 

D’après e-Dârimî et ibn Batta, el Hasan disait : « Ne vous asseyez pas avec les gens des passions, n’entamez aucune polémique avec eux, et n’écoutez pas leurs paroles. »

 

D’après el Âjurrî et e-Lâlakâî, toujours selon el Hasan : « Quelqu’un s’est présenté à lui pour lui dire :

-               Hé Abû Sa’îd ! Je voudrais entamer une polémique avec toi.

-               Éloigne-toi de moi ! Lui a-t-il sévèrement répondu, moi je connais ma religion. Fais plutôt une polémique avec quelqu’un qui doute sur sa religion. »

 

D’après ‘Abd Allah le fils de l’Imam Ahmed, Abû Qilâba a dit : « Ne vous asseyez pas avec les gens des passions, et ne faites pas de polémiques avec eux car ils risquent de vous faire sombrer dans leur égarement et de troubler vos connaissances. »[13]

 

Hanbal ibn Ishâq a dit, j’ai entendu dire Abû ‘Abd Allah : « Les innovateurs, il ne convient à personne de s’asseoir avec eux, de les fréquenter, ou de se familiariser avec eux. »[14]

 

L’Imam Ahmed a dit également : « Nous avions l’habitude d’entendre de la part des gens de sciences que nous avons rencontrés, qu’ils arboraient que l’on puisse parler ou s’asseoir avec les gens égarés. »[15]

 

Sâlih ibn Ahmed raconte : « El Huzâmî est venu voir mon père après avoir visité ibn Abî Duwâd. Quand mon père ouvrit la porte et le vit devant lui, il rentra et lui ferma la porte au nez. »[16]

 

Conclusion : le musulman scrupuleux ne doit pas mettre en péril la chose la plus précieuse qu’il détient : sa religion. Il doit éviter de participer aux forums de discussions qu’offre généreusement le net, au risque de devenir une proie facile aux prédateurs de toute confession et de tout horizon. Combien se sont-ils fait prendre dans la toile des takfiristes, dont le discours est mielleux, et, en apparence, cohérent ! Le loup s’attaque principalement au mouton égaré ou éloigné du troupeau.

Selon Abû Huraïra, le Messager d’Allah (r) a prédit : « À la fin des temps, il y a aura un peuple qui va mélanger la religion avec les choses de ce bas monde. Ils feront passer aux yeux des gens la peau de chèvre pour du poil doux. Leur langue sera plus mielleuse que le sucre, mais ils auront des cœurs de loups. Allah (U)révèle : « Osez-vous mentir sur Moi ? Osez-vous vous ériger contre Moi ? Par Moi ! Je jure que Je vais envoyer une épreuve à ces gens-là ébahissant le plus posé d’entre eux. » »[17] L’individu est d’autant plus exposé au péril lorsque son bagage scientifique est léger. Dans une conférence, Sheïkh Sâlih Âl Sheïkh explique que l’ignorant est susceptible de passer constamment d’une tendance à l’autre, s’il se met à l’affût des arguments des uns et des autres sans en pénétrer les subtilités. Accablé par le doute perpétuel, Il cherche éperdument sa voie derrière celui qui soulagera sa peine, celui qui soulagera son doute, comme le soulignait déjà l’Imam Mâlik à son époque…

 

Wa Allah a’lam !

 

Gloire à Toi Ô Allah ! Et à Toi les louanges ! J’atteste qu’il n’y a d’autre dieu (digne d’être adoré) en dehors de Toi ! J’implore Ton pardon et me repens à Toi !

 



[1]La plume ; 9

[2]Tafsîr el Baghawî (377/4).

[3]Voir : Nasîha li e-shabâb de Sheïkh Ibrahim e-Ruhaïlî.

[4]dans Majmû’ el fatâwâ (156/4).

[5]Voir : Kun Salafiyan ‘ala el Jadda Sheïkh ‘Abd e-Salâm e-Suhaïmî.

[6]Rapporté par e-Dârimî (I/55-56).

[7]Voir Majmû’ el fatâwa (4/3-4).

[8]El Ibâna d’ibn Batta (438/2).

[9]Rapporté par Muslim (8).

[10]Idem. (452/2)

[11]E-Dârimî (120/1 n° 397).

[12]El Ibâna d’ibn Batta (447/2).

[13]Idem. (435/2).

[14]Idem. (444/2).

[15]El Ibana d’ibn Batta (472/2).

[16]Manâqib Ahmed d’ibn el Jawzî (p. 250).

[17]Rapporté par e-Tirmidhî (2404) et el Baghawi dans Sharh e-Sunna (14/394).

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Publié par mizab.over-blog.com - dans Comportement et voie à suivre
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