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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 10:06

 

 

D’après le mansak de Sheïkh ‘Abd el ‘Azîz ibn Bâz – qu’Allah lui fasse miséricorde – 

 

Malheureusement, certains visiteurs se permettent d’élever la voix et de rester un long moment auprès de la tombe du Prophète (r). Ils s’opposent ainsi aux prescriptions du Coran qui interdisent de lever la voix au-dessus de la sienne, et de s’adresser à lui de la même façon qu’avec les autres. Allah (I) révèle : [Ô Croyants, n’élevez pas votre voix sur celle du Prophète, et ne levez pas le ton devant lui, comme vous le faites entre vous dans vos discussions, en risquant ainsi de voir vos œuvres annulées sans vous en rendre compte • Ceux qui baissent leur voix en présence du Messager d’Allah, ceux-là, Allah a éprouvé leur cœur de la piété ; ils reçoivent le pardon et une récompense immense].[1]

 

D’autre part, en restant longtemps sur place sous prétexte de multiplier les salam, on crée un encombrement et un brouhaha général ; ce qui s’oppose aux prescriptions du Verset. Il faut respecter le meilleur des hommes autant après sa mort que de son vivant. Le musulman doit veiller à respecter les normes religieuses. Une autre erreur consiste à consacrer, les mains levées au ciel, des invocations en direction de la tombe. Les pieux prédécesseurs parmi les Compagnons du Messager d’Allah (r) et leurs fidèles successeurs n’ont jamais eu recours à ce genre de pratiques, qui relèvent plutôt de l’innovation. Le Prophète (r) nous enseigne pourtant : « Accrochez-vous donc à ma tradition et à celle des nobles khalifes bien guidés. Tenez-la bien et prenez-la fermement par les molaires. Et méfiez-vous des choses nouvelles, car toute nouveauté est innovation et toute innovation est égarement. »[2] Rapporté par Abû Dâwûd et e-Nasâî avec une chaine narrative jugée bonne.

 

Il (r) a dit également : « Toute innovation qui ne fait pas partie de notre ordre sera refusée. »[3] Rapporté par el Bukhârî et Muslim. Une version chez Muslim précise : « Toute action non conforme à notre ordre sera refusée. »[4]

 

Un jour, qu‘Alî ibn el Husaïn (Zaïn el ‘Âbidîn) – qu’Allah les agrée son père et lui – vit un homme invoqué auprès de la tombe du Prophète (r), il l’en empêcha et se justifia en disant : « Ne veux-tu pas que je te fasse entendre un hadîth que j’ai entendu de mon père ? Selon ‘Alî, mon grand-père, le Messager d’Allah (r)a dit : « Ne faites pas de ma tombe un lieu de cérémonie, ni de vos maisons un cimetière, et priez sur moi, car vos prières me sont transmises d’où que vous soyez. »[5] Rapporté par l’érudit Mohammed ibn ‘Abd el Wâhid el Maqdisî dans son ouvrage el ahâdîth el mukhtâra.

 

Devant la tombe, certains visiteurs posent les deux mains sur la poitrine ; la main droite sur la main gauche, comme s’ils étaient en prière. Il n’est pas permis pour le salut de se mettre en position de prière devant personne ; ni devant la tombe du Prophète (r) ni devant un roi, ni devant un membre parmi l’élite, etc. Cette position qui manifeste l’humiliation extrême et la dévotion est uniquement réservée à Dieu. Dans son recueil fath el Bârî, l’érudit ibn Hajar fait ce constat en s’appuyant sur des paroles de savants. C’est pourtant clair pour celui qui réfléchit un peu et qui n’a d’autre ambition que de suivre le chemin des pieux prédécesseurs.

 

Quant au sort de celui qui se laisse emporter par les passions et le suivisme aveugles, et qui se fait une mauvaise opinion de prêcheurs traditionalistes, il revient à Allah. J’implore Allah de nous guider et de le guider également ! Qu’Il nous permette de placer la vérité au-dessus de tout ! Il est certes plus à même de recevoir nos invocations !

 

Il ne convient pas non plus de se tourner de loin en direction de la tombe du Prophète (r), en bougeant les lèvres pour lui faire le salut ou pour consacrer des invocations. Cette pratique est du même registre que les précédentes, soit une innovation condamnable. Le musulman ne se permet pas d’innover dans la religion sans n’avoir reçu aucun consentement préalable du Seigneur. C’est plus une façon de s’éloigner de Lui que de s’en approcher et de gagner Son élection ! L’imam Mâlik condamnait ce genre de pratique, et disait : « Il ne vaut rien de plus pour les dernières générations que ce qui valait pour les premières d’entre elles. » Soit, de suivre scrupuleusement la voie du Prophète (r), de ses khalifes bien guidés, de ses Compagnons et de ses fidèles successeurs. La réforme passe indubitablement par là. Qu’Allah accorde aux musulmans de suivre la voie du salut et du bonheur ! Qu’Il les honore sur terre et dans l’au-delà ! Il est certes Généreux et Magnificent !

 

• Remarque

 

La visite de la tombe du Prophète (r) n’entre nullement dans les rites du hadj ; elle n’est ni une obligation ni une condition de validité, contrairement aux idées reçues. Celle-ci est simplement recommandée pour ceux qui passent par Médine. Il n’est pas permis de consacrer un voyage spécialement pour la visiter. Ce voyage doit avoir pour ambition la mosquée du Prophète (r), non sa tombe ; et une fois sur place, on en profite pour la voir, et au passage pour voir celle de ses deux Compagnons. Donc, cette visite est liée à celle de la mosquée. D’après el Bukhârî et Muslim, le Prophète (r) a dit : « Aucun voyage rituel ne peut être consacré, sauf pour les trois mosquées : la Sainte Mosquée, ma mosquée, et celle d’el Aqsâ. »[6]

 

Si la visite de sa tombe ou celle de n’importe qui d’autre avait été légiféré, il n’aurait pas manqué de nous le faire savoir. Il est en effet le meilleur conseiller qui soi, le plus savant et le plus pieux des hommes. Il nous transmit clairement le message, orienta sa communauté vers tout le bien possible, et la mit en garde contre tout le mal possible. Il nous avertit notamment de ne consacrer aucun voyage rituel en dehors de trois mosquées. Il nous mit également en garde dans le hadîth : « Ne faites pas de ma tombe un lieu de cérémonie, ni de vos maisons un cimetière, et priez sur moi, car vos prières me sont transmises d’où que vous soyez. »[7] Si on avait le droit de consacrer un voyage pour sa tombe, cela voudrait dire qu’elle deviendrait un lieu de cérémonie. En outre, il arriverait ce qu’il craignait tant au cours de sa vie, soit de faire de l’excès sur sa personne.

 

Malheureusement, beaucoup de gens en sont arrivés là en se basant sur la croyance qu’il est légiféré de visiter sa tombe (r). Tous les hadîth pouvant aller dans ce sens ont des chaines narratives, soit faibles, soit purement inventé. De grands spécialistes comme Dâraqutnî, el Baïhaqî, ibn Hajar, etc. en sont arrivés à cette conclusion. Il n’est donc pas permis de les opposer aux autres textes qui interdisent de voyager pour visiter des tombes, et qui, eux, sont authentiques.

 

Voici quelques exemples de hadîth inventés sur le sujet. Le but, c’est de les connaitre afin de s’en méfier et de ne pas se laisser abuser.

 

1-       « Celui qui fait le pèlerinage sans me visiter, c’est comme s’il s’était éloigné de moi. »

2-      « Celui qui me visite après ma mort, c’est comme s’il m’avait visité de mon vivant. »

3-      « Celui qui, dans une même année, nous rend visite à mon père Ibrahim et à moi, je lui garantis auprès d’Allah d’entrer au Paradis. »

4-      « Celui qui visite ma tombe aura droit à mon intercession. »

 

Après avoir cité la plupart de ces versions dans son ouvrage e-talkhîs, ibn Hajar fait le commentaire suivant : «  Les voies de ces hadîthsont toutes faibles. »[8]

Lehâfizh el ‘Uqaïlî a dit : « Aucun hadîth dans ce domaine n’est authentique. »[9]

 

Ibn Taïmiya – qu’Allah lui fasse miséricorde – dont l’étendue de son savoir et  son érudition ne sont  plus à vanter, affirme sans le moindre doute que ces hadîth sont tous inventés.[10] Si cela n’avait pas été le cas, les Compagnons auraient été les premiers à les mettre en pratique, et à informer la communauté de leurs mérites. Eux, qui sont les meilleurs des hommes après les prophètes, et les plus connaisseurs des limites de la Législation du Seigneur. Ils sont les meilleurs conseillers et prédicateurs qui soi, et aucun d’entre eux ne nous rapporte une parole allant dans ce sens. Et quand bien même certains de ces textes auraient une origine, il faudrait les prendre dans le sens où cette visite deviendrait légale pour ceux qui sont sur place. Non qu’il faille consacrer un voyage pour la tombe du Prophète (r). C’est la seule façon de concorder entre les textes, mais Dieu (I) Seul sait !

 

La visite recommandée de Qubâ et du Baqî’

 

Il est recommandé également une fois à Médine de visiter la mosquée de Qubâ. D’après el Bukhârî et Muslim, selon ibn ‘Omar : « Le Prophète (r)visitait à pied ou à monture la mosquée de Qubâ où il faisait deux rak’a. »[11]

Selon Sahl ibn Hanîf, le Messager d’Allah (r) a dit : « Celui qui se purifie chez lui pour se rendre ensuite à la mosquée de Qubâ pour y faire la prière, aura la récompense d’une ‘omra. »[12] Rapporté par Ahmed, e-Nasâî, ibn Mâja à qui revient l’énoncé, et el Hâkim.

 

Il est légiféré également de visiter le cimetière d’el Baqî’, des martyrs d’Uhûd, et plus particulièrement la tombe de Hamza. Le Prophète (r) leur rendait visite et leur consacrait des invocations. Il préconise à ce sujet : « Visitez les cimetières, ils vous rappelleront l’au-delà. »[13] Rapporté par Muslim.

 

Il (r) enseignait également à ses Compagnons la formule à dire une fois sur place, et que voici : « E-salâm ‘alaïkom ahl e-diyâr min el mu-minûn wa el muslimîn, wa inna in shâ Allah, bikom lâhikûn ! Nas-alu Allah lanâ wa lakom el ‘âfiya. » [14] Rapporté par Muslim, selon Sulaïmân ibn Buraïda, selon son père.

 

D’après e-Tirmidhî, selon ibn ‘Abbâs – qu’Allah les agrée son père et lui –, le Prophète (r) passa devant le cimetière de Médine, et se tint en face des tombes pour invoquer : « E-salâm ‘alaïkom yâ ahl el qubûr ! Yaghfir Allah lanâ wa lakom ! Antum salafunâ wa nahnu bi el athar. »[15]

 

Ces hadîth nous apprennent qu’il est légiféré de visiter les cimetières pour deux raisons : penser à l’au-delà et aux occupants des tombes en consacrant pour eux des invocations et en leur souhaitant la miséricorde Allah. L’endroit n’est pas prévu pour ses propres invocations (réclamation, secours, guérison, etc.). Ce n’est pas un lieu de dévotion, et il n’est pas permis de solliciter Allah par l’intermédiaire de leur personne ou de leur rang. Ce genre de pratiques relève plutôt de l’innovation condamnable. Allah ne l’a jamais légiféré ni Son Messager ni nos pieux prédécesseurs (y). Le Prophète (r) a même interdit de dire de mauvaises paroles (hujr) dans un cimetière, comme le révèle le hadîth : « Visitez les cimetières, mais n’y dites pas de mauvaises paroles. »[16]

 

Toutes ces pratiques ont un point commun, soit l’innovation. Néanmoins, elles n’ont pas toutes la même gravité. Certaines d’entre elles n’atteignent pas le degré d’association. Ex. : invoquer Allah auprès des tombes, Le solliciter par la personne ou le rang de ses occupants, etc. D’autres relèvent de la grande association. Ex. : invoquer directement les morts, chercher leur aide, etc. Nous avons expliqué ce point en détail dans les lignes précédentes. Il faut faire attention, et demander au Seigneur de nous venir en aide et de nous guider. Il est (I) certes Notre Guide et Celui qui nous accorde la réussite ! Il n’y pas de dieu ni de seigneur en dehors de Lui !

 

Voilà, c’est la dernière chose que nous voulions énoncer. Louange à Allah à tous les instants ! Que les Prières d’Allah et Son Salut soient sur Son serviteur et Messager, l’élu de Ses créatures, Mohammed, ainsi que sur ses proches, ses Compagnons, et leurs fidèles successeurs jusqu’à la fin du monde !

 

 

Par : Karim Zentici



[1]Les appartements ; 2-3

[2]Rapporté par Abû Dâwûd  (4607), ibn Mâja (42), e-Tirmidhî (2676), Ahmed (4/126), et e-Dârimî (95).

[3]Rapporté par el Bukhârî (2697), Muslim (1718), Abû Dâwûd  (4606), ibn Mâja (14), et Ahmed (6/270).

[4]Rapporté par Muslim (1718) et Ahmed (6/256).

[5]Rapporté par Abû Dâwûd  (2042) et Ahmed (2/367), selon Abû Huraïra (t), mais sans l’histoire de Zaïn el ‘Âbidîn.

[6]Rapporté el Bukhârî (1189), Muslim (1397), e-Nasâî (700), Abû Dâwûd (2033), ibn Mâja (1409), Ahmed (2/278), et e-Dârimî (1421).

[7]Rapporté par Abû Dâwûd  (2042) et Ahmed (2/367).

[8]Voir : talkhîs el habîr fî ahâdîth e-râfi’î el kabîr (2/267).

[9]E-dhu’afâ el kabîr (4/170).

[10]Voir : el fatâwâ el kubrâ (3/42, 5/146).

[11]Rapporté el Bukhârî (1194), e-Nasâî (698), Abû Dâwûd (2040),  et Mâlik (402).

[12]Rapporté par e-Nasâî (699), ibn Mâja (1412), et Ahmed (3/487).

[13]Rapporté par Muslim (976) et ibn Mâja (1569).

[14]Rapporté par Muslim (975), e-Nasâî (2040), ibn Mâja (1547), et Ahmed (5/353).

[15]Rapporté par e-Tirmidhî (1053).

[16]Rapporté par Ahmed (5/361).

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Publié par mizab.over-blog.com - dans Fiqh
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commentaires

Mohamed 30/06/2013 16:10

Rappel extrêmement bénéfique.. Jazaka Lah ou khayran.

elfadil mohamed 19/06/2016 03:48

salam........

mizab 30/06/2013 17:19

Amin !

wa anta kadhalik !