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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 05:42

 

 

 

 

Que les Prières et les Salutations d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed ainsi que sur sa famille et tous ses Compagnons !

 

Voir notamment : taqrîrât aimmat e-da’wa fî mukhâlafat madhhab el khawârij wa ibtâlihi qui est une thèse es doctorat du D. Mohammed Hishâm Tâhirî, et ayant eu parmi les membres du jury le grand Mufti actuel d’Arabie Saoudite, ‘Abd el ‘Azîz Âl e-Sheïkh.

 

Introduction

 

Dans l’article précédent, nous avons vu que, contrairement aux kharijites, les traditionnalistes tiennent compte des conditions à remplir et des restrictions à exclure avant de se prononcer sur un cas particulier. Ces derniers ne laissent pas la porte ouverte à l’anarchie et distinguent entre le takfîr absolu d’un acte et le takfîr d’un cas particulier.

 

L’érudit ‘Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân ibn Hasan explique ces notions en détails : « Quant aux termes : injustice (zhulm), désobéissance (ma’siya), perversité (fusûq), débauche (fujûr), el muwâlât (prendre pour allié ndt.), el mu’âdât (prendre pour ennemi ndt.), e-rukûn (pencher vers ndt.), l’association, etc.

Ils désignent dans les textes du Coran et de la sunna, deux sens : le sens absolu (el ‘aqîqa el mutlaqa) et son sens dans l’absolu (mutlaq el ‘aqîqa).

 

Pour les spécialistes en usûl, en principe, c’est le premier des deux sens dont il est question dans les textes. Seul un indice explicite, voire sous-entendu, peut faire passer de la ‘aqîqa el mutlaqa à mutlaq el ‘aqîqa

 

Quant à la question de la menace divine qu’encourent les auteurs de certains grands péchés, il est possible que pour une raison ou une autre un cas particulier en soit épargné. Ex. ; l’amour d’Allah et de Son Messager, le djihad sur Son sentier, le poids des bonnes actions, Son Pardon et Sa Miséricorde, l’intercession des croyants, les malheurs qui font effacer les péchés dans les trois mondes, etc.

 

C'est pourquoi les anciens ne promettent pas un cas particulier parmi les musulmans au Paradis ni à l’Enfer, bien qu’ils font état de la menace à la manière du Coran et de la sunna. Ils font ainsi la différence entre le cas général et absolu et le cas particulier et restrictif.

 

‘Abd Allah Himâr était un buveur de vin. Lorsqu’on le fit comparaitre devant le Messager d’Allah (r), un homme dans l’assemblée proféra la malédiction contre lui. Puis, il enchaina : « Combien de fois fut-il emmené au Messager d’Allah (r).

-          Ne le maudit pas, répondit le Prophète (r), car il aime Allah et Son Messager. »[1]

Pourtant, lui-même (r)a maudit dans son discours l’alcool, celui qui en boit, celui qui en vend, celui qui le presse, etc. »[2]

 

En outre, les savants n’ont pas sorti de la religion la plupart des sectes affiliés à l’Islam, étant donné qu’elles adhéraient à l’essence de la foi (asl el îmân) et au tawhîd. Il existe toutefois une divergence sur le takfîr de bon nombre d’entre elles. Selon une opinion, en regard des textes du Coran et de la sunna celles-ci ne sont pas musulmanes. Selon une autre opinion, elles restent encore dans le giron de l’Islam, pour avoir gardé asl el islâm que rien ne peut corrompre en dehors des annulations de l’Islam.[3]

 

Ainsi, il devient clair que les paroles et les actes peuvent relever de l’apostasie ou de la perversité, mais cela ne veut pas dire que leur auteur soit un apostat ou un pervers sauf dans la mesure où les conditions requises pour le faire soient réunies (tawaffur e-shurût) et où toute restriction y faisant obstacle soit exclue (intifâ el mawâni’).[4]

 

La question est de savoir quelles sont ces restrictions en question. Pour y répondre, nous pouvons les présenter de la façon suivante.

 

1- La faute doit relever du kufr akbar, non du kufr asghar

 

Pour les traditionalistes, les grands péchés ne font pas sortir de la religion. Les kharijites se sont doublement trompés sur la question.

1-      Pour avoir désigné des formes non légales d’apostasie.

2-      Pour les avoir appliquées à tous les cas particuliers possibles sans tenir compte des restrictions au takfîr.

 

En outre, les traditionalistes ne se basent pas sur les implications d’un discours dans les questions du takfîr, dans la mesure où son auteur n’y adhère pas.

 

2- Le fautif doit être responsable pubère et sain d’esprit

 

Nous avons vu dans les conditions du takfîr que l’enfant, le fou, et la personne ayant agi sous la contrainte ne sont pas responsables en regard de la Loi.

 

3- Le fautif doit avoir agi délibérément

La contrainte est donc une restriction au takfîr, comme nous l’avons vu également dans les conditions du takfîr. Sulaïmân ibn ‘Abd Allah Âl e-Sheïkh réfute l’allégation selon laquelle la peur constitue en soi une restriction au takfîr. Il explique que certains païens contemporains au Prophète (r) étaient motivés par le même sentiment. Pourtant, il n’intercéda nullement en leur faveur.[5]

 

4- Le fautif ne doit pas avoir agi par une erreur d’interprétation ou ignorance

 

La compréhension des textes est une condition du takfîr. L’Imam Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb souligne que Qudâma ibn Mazh’ûn s’était fait sa propre interprétation des textes sur le vin. Il pensait qu’il n’était pas interdit aux gens pieux. Or, autoriser moralement (istihlâl) une interdiction relève des annulations de l’Islam, mais l’erreur d’interprétation (ta-wîl) jouait en faveur de ce noble Compagnon. Cependant, après l’iqâma el hujja, tout fautif qui persiste dans son ignorance n’est plus excusable.[6] Un homme qui commet un acte d’hypocrisie par erreur ne devient pas forcément hypocrite.[7]

 

En explication au Verset : [Seigneur ! Ne nous tiens pas rigueur de nos erreurs et de nos oublis],[8] Sheïkh ‘Abd e-Rahmân e-Sa’dî établit : « La communauté mohammadienne est soulagée des fautes commises par erreur, oubli, ou sous la contrainte. Ainsi, en règle générale, nous taxons de mécréant celui qui commet une faute relevant de la mécréance dans les paroles et la croyance. Cependant, nous pouvons nous abstenir de nous prononcer dans certains cas si une restriction comme l’ignorance vient changer la donne. Il échappe à certains fautifs que leurs actes relèvent de la mécréance ou de l’association. C’est ce qui nous pousse à nous abstenir de les kaffar en personne, bien qu’au même moment nous soyons convaincus qu’ils ont commis du kufr.

 

C’est de cette façon que les Compagnons et leurs successeurs directs (tâbi’în)se comportèrent envers l’innovation (la bid’a). Dès leur époque, plusieurs mouvements hérétiques (kharijisme, mu’atazilisme, qadarisme, etc.) virent le jour. Tous s’accordaient à aller à l’encontre des textes scripturaires de l’Islam. Ils les démentaient et les falsifiaient pour les faire aller dans leur sens, ce qui en soi est un acte de mécréance. Cependant, les anciens s’abstinrent de les sortir un à un de la religion. Ils étaient en effet motivés par une mauvaise interprétation des textes. Les kharijitesdémentaient les textes sur l’intercession et ceux démontrant que les auteurs des grands péchés étaient affiliés à la foi. C’est ce qui les poussa à autoriser moralement (istihlâl) le sang des Compagnons et des musulmans en général. Les mu’tazilites également démentaient les textes sur l’intercession en faveur des auteurs des grands péchés, ils démentaient la prédestinée, les Attributs divins, etc. »[9]

Plus loin, il signe : « Nous avons souligné plus haut que les anciens n’ont pas kaffar les premiers innovateurs dont les erreurs d’interprétation touchaient aux questions élémentaires de la religion, comme les Attributs parfaits d’Allah. Le tawhîd tourne autour de deux principes : la reconnaissance de ces fameux Attributs et l’unicité du culte.

 

Si nous donnons des circonstances atténuantes à un cas particulier qui fait des erreurs (ignorance, mauvaises interprétations des textes, et suivisme aveugle) dans le premier domaine, nous devons le faire pour celles qui touchent au second ; et cela, pour les mêmes raisons. La restriction qui est valable pour l’un est aussi valable pour l’autre. La mission du Messager (r) portait indistinctement sur ces deux domaines. Les hérétiques de sa communauté se sont égarés dans l’un ou l’autre domaine, voire dans les deux à la fois. Ils vont à l’encontre des enseignements connus de façon élémentaire par tous les musulmans. Le Prophète (r) avait pourtant mis en garde contre l’hérésie. C'est pourquoi s’obstiner à renier ses enseignements qui touchent à ces deux domaines, après en avoir eu connaissance, relève de la mécréance incontestable.

 

Un musulman qui adhère à l’Islam au niveau du cœur et des actes peut s’égarer dans certains points, car il n’a pas les éléments en mains pour le faire parvenir à la vérité. Dans ce cas, nous ne sommes pas formels sur son apostasie, étant donné qu’il existe une restriction faisant obstacle à cette condamnation. D’où l’importance d’établir contre lui la preuve céleste ; une preuve céleste qui s’applique contre tout obstiné (mu’ânid). »

 

Nous pouvons résumer la tendance des savants de aimmat e-da’wa sur la question du ta-wîl. À leurs yeux, il y a quatre conditions à remplir pour qu’il devienne un facteur atténuant :

1-      Le ta-wîl doit provenir d’un individu affilié à l’Islam.

2-      Il doit faire tous les efforts pour parvenir à la vérité. Ainsi, seul celui qui n’y a pas accès, malgré tous ses efforts, est excusable.

3-       Il doit rechercher la vérité et avoir de bonnes intentions, contrairement à Iblis et aux apostats qui vendent leur religion à vil prix.

4-      Le ta-wîl doit être toléré au niveau de la langue Arabe, contrairement aux interprétations ésotériques des textes. Ainsi, les tinites ne sont pas excusables.[10]

 

À suivre…



[1]Rapporté par el Bukhârî, selon ‘Omar.

[2]usûl wa dhawâbit fî e-takfîr (p. 22-25) ; voir également : e-durar e-saniya (1/472-474).

[3]Voir : mish e-zhalâm d’Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân (p. 371).

[4]El Qawâ’id el Muthla fi Sifât Allah wa Asmâihi de Sheïkh el ‘Uthaïmîn (p. 92).

[5]Voir : e-durar e-saniya (8/136).

[6]Voir : masâil lakhkhasahâ el Imâm incluse dans majmû’ mu-allafât e-Sheïkh (2/2/59).

[7]Voir : e-durar e-saniya (8/165).

[8]La vache ; 286

[9]fatâwâ e-sa’diya (578-584) ; voir : El irshâd ilâ ma’rifat el ahkâm (p. 558-559).

[10]Voir : fadhâil el qur-ân incluse dans majmû’ muallafât e-Sheïkh (2/1/83), e-durar e-saniya (1/64-65), kashf e-shubhataïn (p. 80-81), irshâd  tâlib el hudâ d’Abd e-Rahmân ibn Hasan (p. 43 et 45).

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Publié par mizab.over-blog.com - dans Takfir
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