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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 00:54

 

 

Que les prières d’Allah et Son Salut soient sur Mohammed, ainsi que sur ses proches,

et tous ses Compagnons !

 

Voir : e-takfîr wa dhawâbituhu de Sheïkh Ibrahim e-Ruhaïlî.

 

Allah le Très-Haut a des Noms et des Attributs que recense Son Livre et que Son Prophète a divulgués à Sa communauté. Il ne convient à aucune créature d’Allah de les rejeter, une fois que les preuves sont établies contre elle (…) Après cela, il devient un mécréant, mais avant cela, il est excusable, étant donné que ce n’est pas un sujet que l’on peut percevoir par la raison, le rêve, le cœur ni par la pensée. Nous ne taxons aucun ignorant d’apostasie avant que les enseignements ne lui soient parvenus. (L’Imam e-Shâfi’î ; voir : mu’tasar el ‘Ulû d’el Albânî (p. 177).

 

Ce n’est pas parce qu’un musulman commet un acte qui relève de la mécréance (el kufr el mutlaq), que l’on doit automatiquement le taxer de mécréant (el kufr el mu’ayin). En voici la démonstration :

 

Allah révèle : [Nous n’allions châtier personne avant d’envoyer un messager].[1] [Des messagers avertisseurs et annonciateurs afin que les hommes ne puisse opposer à Allah aucun argument après leur venue].[2] [Ton Seigneur n’allait pas faire périr les cités avant d’envoyer à leur cité mère un messager qui leur récite Nos versets].[3] [Peu s’en faut qu’elle n’explose de rage ; toutes les fois qu’un groupe y est jeté, ses gardiens leur lancent : un avertisseur ne vous est-il pas venu ? • Si, répondent-il, un avertisseur nous est bien venu, mais nous l’avons démenti et avons prétendu qu’Allah n’a rien révélé].[4]

 

Ces Versets démontrent qu’Allah ne châtie jamais celui à qui Son Message n’est pas parvenu. Le châtiment ne concerne pas celui qui n’en a jamais eu connaissance. Quant à celui qui n’en reçoit qu’une partie, il ne lui sera fait grief que des enseignements qu’il conteste après en avoir eu connaissance et qui constituent désormais une preuve contre lui.[5]

 

D’après Muslim, selon Abû Huraïra (t), le Prophète (r) a déclaré : « Par Celui qui tient l’âme de Mohammed dans Sa Main ! Quiconque dans cette communauté, qu’il soit juif ou chrétien, entend parler de moi, et qui ne croit pas en mes enseignements avant de mourir, comptera parmi les gens du feu… »[6]

 

Selon ‘Abd Allah ibn Abî Awfâ : « Lorsque Mu’âdh revint du Shâm, il se prosterna devant le Prophète (r) qui protesta : « Que fais-tu Mu’âdh ?

-           Au Shâm, d’où je reviens répondit-il, j’ai surpris ses habitants en train de se prosterner devant leurs évêques et leurs patriarches. L’idée m’est alors venue de faire la même chose devant toi.

-          Ne le faites pas, répliqua-t-il. Si j’avais ordonné à quelqu’un de se prosterner devant un humain, j’aurai ordonné à la femme de le faire devant son mari… »[7]

 

Selon Khâlid ibn Dhakwân, selon e-Rabî’ bint Mu’awwadh : « Le Prophète vint chez moi le jour le notre mariage. Il entra et s’assit sur mon lit comme tu es assis en face de moi. Certaines de nos fillettes se mirent alors à jouer du duff (tambour), et chantaient en hommage à nos pères tombés à la bataille de Badr. L’une d’entre elles se mit alors à dire : « Nous avons un Prophète qui connait l’avenir » Ce dernier s’exclama aussitôt : « Évite ce genre d’expression et contente-toi de ce que tu chantais au début. »… »[8]

 

Ainsi, il est interdit de taxer un ignorant d’apostat sans auparavant avoir fourni contre lui les preuves prophétiques (el hujja e-risâliya) lui éclaircissant qu’il va à l’encontre de la loi divine. C’est valable pour n’importe quel auteur d’une parole qui en elle-même relève de la mécréance. En sachant que certaines hérésies (bid’a) sont plus graves que d’autres et que certains innovateurs ont une foi plus ancrée que d’autres. Personne n’est habilité à taxer de mécréant n’importe quel musulman qui a commis une erreur. Il ne convient pas de le faire avant de lui expliquer son erreur et d’établir toutes les preuves contre lui. Lorsque la foi est avérée chez un individu avec certitude, On ne peut la lui retirer sur une simple suspicion. La seule chose qui permet de le faire, c’est d’établir toutes les preuves contre lui et de dissiper de son esprit toute ambigüité (igâmat el el Hujja wa izâlat e-shubha).[9]

 

Les Textes divins concernant le mauvais devenir de l’homme (wa’îd) et les paroles provenant des grandes références sur les questions du takfîr (taxer quelqu’un d’apostat), dutafsîq (taxer quelqu’un de pervers), et autres, n’impliquent pas qu’ils faillent les appliquer à une personne en particulier sauf si celle-ci répond aux conditions pour le faire et si toute restriction en est exclue.[10] Sheïkh el Islam ibn Taïmiya souligne à ce sujet : « Quant à moi, - ceux qui s’assoient avec moi le savent très bien –, je compte parmi les gens qui défendent avec le plus d’acharnement de condamner une personne en particulier d’apostat, de pervers, ou de désobéissant sauf s’il devient certain que les arguments prophétiques ont été fournis à son encontre (qâmat el hudja e-risâliya) de sorte que tout individu qui les contredit soit condamnable d’être soit apostat, soit pervers, ou soit désobéissant. J’ai par ailleurs établi qu’Allah pardonne les erreurs commises par les membres de cette communauté : cela concerne aussi bien les usûl (fondements) que les furû’ (points subsidiaires). »[11]

 

Dans un autre passage, il explique : « Après s’être imprégné des enseignements du Messager (r), il devient évident qu’il n’a jamais légiféré à sa communauté d’invoquer qui que ce soit parmi les morts : Prophètes, gens pieux, etc. ni à travers la formule d’el istighâtha (appel au secours) ou autre ni à travers la formule d’el isti’âna (appel au soutient) ou autre. Il n’a pas légiféré non plus à sa communauté de se prosterner devant un mort, un vivant, ou de faire toute autre chose de ce genre. Nous savons plutôt qu’il (r) a formellement interdit ce genre de choses comme il a jugé ces pratiques relevant de l’association interdite par Allah et Son Messager. Néanmoins, en raison de l’ignorance prépondérante, du nombre restreint de personnes initiées aux traces de la Prophétie parmi les dernières générations, Nous ne pouvons pas condamner facilement les gens d’apostats pour ces raisons, avant de les avoir mis au courant des enseignements du Messager stipulant la non-pertinence de leurs pratiques. C’est pourquoi, je n’ai jamais démontré ce point à des personnes imprégnées du principe de l’Islam sans qu’elles se remettent en question en disant : c’est le principe même de la religion. Certains grands doyens expérimentés parmi nos amis disaient : c’est la plus grande chose que tu ais pu nous expliquer, car ils avaient pleine conscience que cela concernait le principe élémentaire de la religion. »[12]

 

‘Abd Allah et Ibrâhim, les deux fils de Sheïkh ‘Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân, et Sheïkh Sulaïmân ibn Sahmân considéré comme le « petit ibn el Qaïyim » rejoignent ibn Taïmiya sur la question. Ils affirment en effet sans ambigüité : « Le takfîr el mu’ayin (taxer d’apostasie un cas particulier) est une question connue. Quiconque prononce une parole qui relève de la mécréance, nous disons dans l’absolue qu’il est un mécréant. Cependant, si quelqu’un en particulier la dit, nous ne pouvons le condamner avant d’avoir fournit contre lui toutes les preuves qui coupent court à toute excuse une fois qu’il les a entre les mains. »[13]

   

Ainsi, il devient clair que les paroles et les actes puissent relever de l’apostasie ou de la perversité, mais cela ne veut pas dire que leur auteur soit un apostat ou un pervers sauf dans la mesure où les conditions requises pour le devenir soient rassemblées (tawaffur e-shurrût) et où toute restriction pour échapper à ce statut soit exclue (intifâ el mawâni’).[14]

 

Il convient de préciser ici qu’il faut prendre dans leur sens général les paroles des anciens taxant certaines sectes d’apostasie, comme les jahmites, les qadarites, ou encore les rafidhites. Cela ne veut pas dire qu’il faille les appliquer sur des cas particuliers et que chaque membre de ces sectes est concernée par ce statut.[15] L’imam Ahmed n’a pas kaffar (taxer d’apostasie) chaque jahmite ni tous ceux qui se revendiquent jahmites ni tous ceux qui s’accordent avec certaines de leurs idées. Il a même prié derrière les khalifes jahmites, comme el Ma-mûn qui imposait à ces sujets de suivre sa tendance sous peine de subir des punitions très sévères. Ahmed ne remettait pas en question leur appartenance à l’islam et consacrait même des invocations en leur faveur.[16]

 

Traduit par :

Karim ZENTICI       



[1] Le voyage nocturne ; 15 voir les tafsîr d’e-Tabarî et d’ibn Kathîr.

[2] Les femmes ; 165 voir les tafsîr d’el Baghawî et de Shanqîtî.

[3] Les récits ; 59

[4] La royauté ; 8-9

[5] Majmû’ el fatâwa d’ibn Taïmiya (12/393).

[6]Rapporté par Muslim (152). Pour l’explication de ce hadîth, voir : ikmâl el mu’allim (1/468), el mufhim (1/368), et sharh sahîh Muslim d’e-Nawawî (2/188).

[7]Rapporté par ibn Mâja (1853) et authentifié par Sheïkh el Albânî dans sa correction de ce dernier (1/312).

[8]Rapporté par el Bukhârî (5147) ;

[9] Majmû’ el fatâwa (12/393).

[10]Idem. (10/372).

[11]Idem. (229/3). Il a expliqué ailleurs : « Si nous citons sans restriction les textes concernant le sort de l’homme dans l’Au-delà (el wa’d wa el wa’îd) et si nous employons les termes d’apostat (takfîr) et de pervers (tafsîq), nous ne pouvons pas faire entrer une personne en particulier dans leur sens général avant d’établir à son encontre ce qu’ils impliquent de façon irréfutable. » [Voir : Majmû’ el Fatâwâ (28/500-501)].

[12] El Istighâtha (2/731). Sheïkh Ibrahim n’a pas utilisé ce texte qui est d’une grande valeur. Un texte que l’on retrouve chez Sheïkh ‘Abd el Muhsin el ‘Abbâd dans Sharh shurût e-salât.

[13] E-durar e-sunniya (8/244).

[14] El Qawâ’id el Muthla fi Sifât Allah wa Asmâihi de Sheïkh el ‘Uthaïmîn (p. 92). Voir également sur le sujet : el fisal d’ibn Hazm (3/302), et sharh el ‘aqîda e-Tahawiya d’ibn Abî el ‘Izz (p. 335-336).

[15]Voir : el istiqâma (1/164) et Majmû’ el fatâwa (7/619) tout deux d’ibn Taïmiya. À ses yeux, lorsque les savants anciens considèrent apostat (kaffar) l’auteur de la parole : « le Coran est incréé », cela ne veut pas dire que tous ceux qui la prononcent sont des kuffars (mécréants).

[16] Majmû’ el fatâwa (7/507-508).

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Publié par mizab.over-blog.com - dans Takfir
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