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22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 18:24

magnifique-paysage1

 

Les Yeux d’Allah

(Partie 2)

 

Dans l’introduction de son précieux livre el ‘ulû li el ‘Alî el Ghaffâr (p. 16)., l’Imam e-Dhahabî explique : « Si tu aimes l’équité – cher ‘Abd Allah –, alors penche-toi sur les textes du Coran et des sunan ; et regarde ce que les Compagnons, leurs Successeurs, et les grandes références en exégèse ont dit au sujet de ces Versets ; tu t’apercevras des tendances des anciens qu’elles ont relatées ; soit ils parlent avec science soit ils se taisent avec sagesse. »

 

Ibn Kathîr nous montre la voie

 

Ce dernier établit : « Quand le Coran et les annales authentiques entérinent l’Ouïe, la Vue, l’œil, le Visage, le Savoir, le Pouvoir, la Magnificence, la Volonté, le dire, la Parole, l’Agrément, la Colère, l’Amour, la Haine, la Joie, le rire (dhahiq), il incombe d’y croire sans chercher à faire aucune ressemblance avec les attributs des créatures.

Il incombe de se limiter à la Parole d’Allah et à celle de Son Messager (r), sans rajouter ni retrancher quoi que ce soit ; sans faire de description, de ressemblance, de falsification, ni de changement ; sans changer le sens qui était familier aux Arabes et lui donner un autre sens. Il incombe de ne pas aller au-delà de cela ! »[1]

 

Dans son tafsîr, il affirme sans détour : « Quant au Verset : [Puis, Il s’est établi sur Son Trône],[2] il existe de nombreuses opinions sur le sujet que nous n’allons pas étaler ici. Cependant, il est important de savoir qu’il faut suivre ici la tendance des Pieux Prédécesseurs comme Mâlik, el Awzâ’î, e-Thawrî, e-Laïth ibn Sa’d, e-Shâfi’î, Ahmed ibn Hanbal, ishâq ibn Râhawaïh, et tant d’autres parmi les grandes références musulmanes de l’ancienne et de la nouvelle époque. Elle consiste à lire les textes comme ils sont venus sans faire de description, d’assimilation, ni de négation.

 

Or, ce qui vient à l’esprit des anthropomorphistes ne peut être attribué à Allah, car aucune de Ses créations ne Lui ressemble : [Rien ne Lui ressemble, et Il est l’Entendant et le Voyant].[3] La réalité est plutôt comme l’établissent les grands imams comme Nu’aïm ibn Hammad el Khuzâ’î, le Sheïkh d’el Bukhârî : « quiconque faire ressembler Allah à Sa création devient mécréant, et quiconque renie ce qu’Allah s’est attribué devient mécréant. Or, rien dans ce qu’Allah s’est attribué ou que Son Messager lui a attribué ne prête au tashbî (connu sous le terme d’anthropomorphisme ndt.) » Ainsi, attribuer à Allah la même chose que les Versets clairs, et les annales authentiques, de la façon qui sied à Sa Majesté ; et en parallèle, de Lui refuser tout défaut, c’est suivre la bonne voie. »[4]

 

Concernant le tafsîr du Verset : [afin que tu sois élevé sous Mon Œil],[5] il donne l’explication suivante : « Selon Abû ‘Imrân el Jawanî, que tu sois éduqué sous l’œil d’Allah. Pour Qatâda, que tu sois nourri sous Mes Yeux. Quant à Ma’mar ibn el Muthanna, il affirme que : [afin que tu sois élevé sous Mon Œil], de sorte que Je te vois. »[6] Il reconnait donc l’Attribut du ‘Aïn sans sombrer dans l’interprétation fallacieuse ni la négation des textes.

 

Les traditionalistes condamnent le mauvais ta-wîl et ordonnent de prendre les textes au sens littéral sans faire de majâz

 

• Voici, en suivant l’ordre chronologique, une liste des savants condamnant le ta-wîl, qui précisons-le prend le sens de tafsîr dans le vocabulaire des anciens. Épargnez-moi de reprendre tous les passages, je me contenterais de signaler lesquels parmi eux relèvent le consensus sur la question :

-       Le premier est Mohammed ibn el Hasan e-Shaïbânî (m. 189 h.) qui relève le consensus des anciens sur la question (la condamnation du ta-wîl), en utilisant le terme tafsîr.

-      Abû ‘Ubaïd el Qâsim ibn Sallâm (m. 224 h.) qui relève le consensus des anciens sur la question, en utilisant le terme tafsîr, et ta-wîl dans une autre version.

-      ‘Uthmân e-Dârimî (m. 280 h.) qui utilise le terme tafsîr, qui consiste, rappelons-le, à écarter le sens propre des textes.

-      L’Imam shâfi’ite Ahmed ibn ‘Omar Sarîj el Baghdâdî (m. 303 h.) qui utilise le terme ta-wîl, car nous entrons dans une nouvelle ère. Il préconise de comprendre les textes au sens littéral (zhâhir).

-      El Barbahârî (m. 329 h.) qui fut contemporain à el Ash’arî ; il utilise le terme ta-wîl.

-      Ibn Manda (m. 395 h.) qui relève implicitement le consensus des anciens sur la question, en utilisant le terme ta-wîl qu’il fait remonter à Abû ‘Uyaïna, un de plus, et qui utilisa le terme tafsîr. Il préconise également la compréhension littérale (zhâhir) des textes.

-      El ‘Ârif el Asbahânî (m. 418 h.) qui relève explicitement le consensus des anciens sur la question, en utilisant le terme ta-wîl. Tout comme il condamne à l’égarement et à l’innovation les adeptes du ta-wîl.

-      Abû Nasr e-Sijjî (m. 444 h.) qui relève explicitement le consensus des anciens sur la question, en utilisant le terme ta-wîl qu’il oppose au sens littéral (zhâhir), ou pour reprendre l’expression d’un internaute le sens apparent.

-      Ismâ’îl e-Sâbûnî (m. 449 h.) qui rapporte la tendance des anciens sur la question, en utilisant le terme ta-wîl, bien sûr pour le condamner et le terme zhâhir pour l’entériner.

-      El Qâdhî Abû Ya’lâ (m. 458 h.) dans son livre ibtâl e-ta-wilât qu’il consacra à détruire le tâghût du ta-wîl et pour confirmer la légitimité du… zhâhir, qui serait l’apanage pour certains des anthropomorphistes ! Il rapporte la fameuse phrase qui fait consensus, et qui dit :amirrûhâ kama jâ-at ! Ce dernier également souligne que le majâz est l’apanage des jahmites.

-      El Baghawî (m. 516 h.) qui oppose le ta-wîl condamnable au louable… zhâhir. Il relève le consensus des salafs sur la question.

-      Ismâ’îl ibn Mohammed e-Taïmî el Asbahânî (m. 535 h.), qui soit dit en passant parle du « Doigt » d’Allah, qui serait aux yeux de nos détracteurs, faire de l’anthropomorphisme. Il condamne également le ta-wîl.

-      ‘Abd el Ghanî el Maqdisî (m. 600 h.) qui condamne tout autant le ta-wîl.

-      Ibn Qudâma (m. 620 h.) qui rapporte le consensus des salafs, mais aussi des khalafs parmi les traditionalistes contre le ta-wîl et pour le zhâhir. Il déclare notamment dans son livre dhamm e-ta-wîl (p. 40-41) qu’il consacra à bannir le ta-wîl : « quant à l’ijmâ’ (consensus), les Compagnons s’accordent à l’unanimité à ne pas avoir recours au ta-wîl. »

-      E-Dhahabî (m. 748 h.) qui relève l’ijmâ’ des traditionalistes à condamner le ta-wîl.

-      Ibn Rajab (m. 795 h.) qui relève la tendance des anciens qui condamnent le ta-wîl. Aucun ancien ne se distingue sur la question. L’Imam Ahmed particulièrement était très sévère sur la chose. Le fléau de l’anthropomorphisme avait déjà vu le jour avec Muqâtil, mais aucun ancien n’a eu recours à la méthode des scolastiques et encore moins à celle des philosophes pour remédier à ce fléau.

-      Ibn el Wazîr (m. 840 h.) qui relève que les anciens n’avaient pas recours au ta-wîl.

-      Ibn el Mibrad (m. 909 h.) qui dans sa réfutation à ibn ‘Asâkir rappelle que le ta-wîl ne faisait pas partie du vocabulaire des anciens, celui qui oserait dire le contraire est à ses yeux, un vulgaire menteur.

-      El Âlûsî (m. 1270 h.) qui rapporte le consensus des trois premiers siècles condamnant le ta-wîl et encourageant le zhâhir.

 

Abû el Hasan el Ash’arî lui-même condamne le ta-wîl dans maqâlât el islâmiyîn (1/205, 265, 271, 284, 290, 345), et el ibâna (p. 41, 43-44, 104-106, 117).

 

De nombreux savants ont consacré des livres contre le ta-wîl, avec à leur tête l’Imam Ahmed avec son e-radd ‘alâ el jahmiya, il y a eu ensuite e-rad ‘alâ ta-wîlât el Mirrîsî de Dârimî et e-radd ‘alâ el jahmiya de Dârimî également et d’ibn Manda, etc.

Abû Dâwûd apposa à l’un des chapitres de son recueil e-sunan : e-radd ‘alâ el jahmiya. Ibn Qudâma composa dhamm e-ta-wîl, et Abû Ya’lâ y alla de sa contribution avec son ibtâl e-ta-wîlât, comme nous l’avons vu…

 

Défi historique

 

Sheïkh el Islâm ibn Taïmiya qui devait rendre des comptes sur sa ‘aqîda el wâsitiya, lança ce défit historique : « Je n’ai fait que retranscrire la croyance de tous les pieux prédécesseurs… qui est la croyance de Mohammed (r). J’ai pourtant lancé l’appel à plusieurs reprises à mes détracteurs. Je leur ai laissé un délai de trois ans : si l’un d’entre eux me donne une seule parole parmi les trois premières générations au sujet desquelles le Prophète (r) a fait les élogesalors, je reviendrais sur ma croyance… »[7]

 

« Personne ne sera jamais capable de rapporter une seule parole des anciens qui ne prouvent ni explicitement ni implicitement que ces derniers avaient pour conviction qu’Allah n’était pas sur Son Trône, qu’Il n’avait ni l’ouïe ni la vue, ni une Main réelle… »[8]

 

« Allah sait qu’après avoir fait une recherche exhaustive, après avoir feuilleté ce que j’ai pu avoir sous les yeux des paroles des anciens, je n’ai jamais trouvé qu’aucun d’entre eux, ne disait explicitement ou implicitement, voir indirectement qu’il fallait renier les Attributs textuels… Leurs condamnations portaient uniquement sur le tashbî’(anthropomorphisme ndt.). »[9]

 

En parlant de ce qui appartient et de ce qui n’appartient pas à Allah, les Attributs se divisent en deux catégories :

 

Les Attributs affirmatifs : ce sont les Attributs que les textes scripturaires de l’Islam (Coran/sunna) reconnaissent et qui expriment la perfection absolue du Très-Haut. Chacun d’entre eux renferme un antonyme (défaut, imperfection) dont Il se différencie. Ex. : la Vie, le Savoir, la Puissance, l’Ouïe, la Vue, l’Élévation, la Seigneurie, la Divinité, etc.

 

Les Attributs négatifs : ce sont les Attributs que les textes scripturaires de l’Islam (Coran/sunna) infirment, car exprimant une imperfection à laquelle le Très-Haut se différencie. Chacun d’entre eux renferme un antonyme (la perfection absolue) dont Il se distingue ; la négation pure, en effet, ne contient aucun sens laudatif en elle-même.

Ex. : la négation d’avoir un enfant, un père, une compagne, un associé, un rival, un semblable, un égal, un  soutien ; la négation de mourir, de dormir, de s’assoupir, d’impuissance, etc.

 

Tous les Attributs affiliés à Allah sont parfaits

 

Il est possible de classer en trois catégories les Attributs affiliés à Allah dans les textes.

 

1-              Des Attributs parfaits qui ne dénotent aucune connotation péjorative, et avec lesquels nous Le qualifions sans restriction. Ex. : la Vie, le Savoir, le Pouvoir, la Parole, la Miséricorde, l’Élévation au dessus de la création et au dessus du trône, la Main, la Face, la descente au premier ciel, le Rire, etc.

2-              Des Attributs qui, dans son cas, sont des défauts, qui n’ont aucune connotation laudative, et qu’il est interdit de Lui attribuer. Ex. : la mort, l’ignorance, l’oubli, la fatigue, être aveugle, borgne, sourd, muet, etc.

3-              Des attributs qui ne sont ni laudatifs dans l’absolu ni péjoratifs dans l’absolu ; il est donc interdit de Lui attribuer dans l’absolu, mais aussi de ne pas Lui attribuer dans l’absolu. Ex. : la ruse (nous avons expliqué ces choses en détails dans un autre article). [10]

 

Les deux sortes de négation

 

Il est possible de recenser deux sortes de négation dans les textes : générale et détaillée. Nous allons nous intéresser ici à la négation détaillée : celle-ci se subdivise en deux sous-ensembles :

-               Intrinsèques (la mort, la somnolence, le sommeil, l’ignorance, l’oubli, la négligence, la fatigue, l’incapacité, l’avarice, la pauvreté, l’injustice, etc.).

-               Extrinsèques (avoir un père, un enfant, une compagne, un rival, etc.

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 



[1] Ce livre est encore à l’état de manuscrit ; ce passage fut retranscrit pas l’intermédiaire du livre : ‘alâqa el ithbât wa e-tafwîdh (p. 82) de Ridhâ ibn Nas’ân ibn Mu’tî.

[2] El a’râf ; 54

[3] La concertation ; 11

[4] Tafsîr ibn Kathîr (2/221).

[5] Tâ-Hâ ; 39

[6] Tafsîr ibn Kathîr (3/148).

[7] Majmû’ el fatâwâ (3/161).

[8] Majmû’ el fatâwâ (5/109).

[9] Majmû’ el fatâwâ (5/109).

[10] E-safdiya (1/102).

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Publié par mizab - dans Ash'arisme
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