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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 19:10

magnifique-paysage1

 

Les Yeux d’Allah

(Partie 3)

 

Ibn ‘Abbâs et l’Attribut des Yeux

 

Ce dernier aurait interprété le Verset : [et construis l’arche sous Nos Yeux].[1] Il aurait dit en effet : « sous notre vision. »

 

Nous pouvons donner deux réponses à cela :

 

La première : cette annale n’a aucune origine remontant à ibn ‘Abbâs qui serait certifiée. El Baghawî l’a mentionné en effet sans chaîne narrative. Or, la version reconnue d’ibn ‘Abbâs est celle disant : « … sous l’Œil d’Allah ».[2]

 

Selon ‘Atâ, après avoir cité le Verset : [qui vogue sous nos yeux],[3] ibn ‘Abbâs a désigné ses deux yeux.[4] Cela démontre qu’il concède à Allah d’avoir deux Yeux. Cette tendance est notoire chez des anciens comme Abû ‘Imrân el Juwaïnî, Qatâda, Mutarrif ; Khâlid ibn Mi’dân, Abû Nuhaïk, etc.

 

La deuxième : en admettant que cette fameuse annale soit certifiée, elle n’entre nullement dans le domaine du ta-wîl. Il s’agit en fait d’interpréter un terme par l’une de ses implications, étant donné qu’il va de soi qu’Allah voit et observe les agissements de Nûh (u). Les ruses que lui tramait son peuple n’échappèrent pas à Son Regard. Il lui fit alors savoir pour l’encourager qu’il ne devait pas avoir peur, car, Lui, le voyait. Cela ne veut absolument pas dire qu’il faille donner un sens figuré aux deux Yeux. Nous disons même qu’il est possible d’interpréter ce Verset ainsi uniquement dans la mesure où on reconnait qu’Allah est doté de cet Attribut.

 

Il va sans dire que Noé n’était pas à l’intérieur de l’Œil d’Allah, qui ne peut être mélangé à la création. L’interprétation en question consiste à dire qu’Allah le protège et le surveille.

 

En outre, reconnaitre les implications d’une chose, c’est reconnaitre cette chose elle-même, comme le dénote notamment le Verset : [Je suis avec vous deux, Je vois et J’entends].[5] Dire qu’ils sont sous Sa protection, ce n’est pas faire du mauvais ta-wîl, étant donné qu’en interprétant Ses deux Attributs par leurs implications, c’est les reconnaitre en même temps.

 

Dans sa réfutation à el Mirrîsî, e-Dârimî explique : « Quant à l’annale d’ibn ‘Abbâs que tu rapportes en exégèse au Verset : [tu es sous Nos Yeux],[6] et disant que tu es sous Notre protection et Notre surveillance. Dans l’hypothèse où cette annale soit authentique, celle-ci rejoint notre tendance, non la tienne. Il veut dire, en effet, que tu es sous Notre protection et Notre surveillance, par le biais de Nos Yeux. La langue arabe ne parle pas de protection, si ce n’est que pour quelqu’un qui est doté des deux yeux. Si tu ignores la chose, alors ramène-nous une chose qui n’est pas douée des yeux et pour laquelle on pourrait parler de protection.

 

À l’origine, la protection est possible grâce à la vision, bien qu’on puisse l’utiliser sans parler de vision. Toujours est-il qu’il faut être doué de la vue pour se voir décrire ainsi. C’est exactement la même chose quand on parle de l’Œil d’Allah. Tu dois bien comprendre cela ! »[7]

 

Abû el Hasan e-Zâghûnî explique pour sa part : « La deuxième méthode consiste à remettre en question l’interprétation à laquelle ils ont recours. Quant à l’annale : elle vogue sous Notre Vision. Celle-ci est contestable au niveau du sens littéral de l’expression, impliquant que la vision se fasse par les yeux. Ainsi, ils ne reconnaissent pas l’Attribut, mais ils reconnaissent ses implications. »[8]

 

Par ailleurs, nous allons voir dans le prochain point que les premières grandes références ash’arites, avec Abû el Hasan à leur tête, reconnaissaient cet Attribut (les deux Yeux d’Allah).

 

L’ibâna d’Abû el Hasan

 

Certains contemporains veulent jeter le discrédit sur l’ibâna sous prétexte que : « Les exemplaires divergent sur l’Œil d’Allah : il est parfois au singulier et parfois au duel. » Ils essaient ensuite de trancher partialement entre les deux termes. Leur choix s’est porté sur le singulier sous prétexte qu’il serait plus conforme au Coran, à la sunna et aux paroles des anciens. Or, leur argument est bien loin de la réalité, mais ce qui nous intéresse ici, c’est qu’Abû el Hasan lui-même ne leur concède pas ce choix, pour le moins aléatoire. Plusieurs raisons permettent de le dire :

 

1 – Le duel est conforme au crédo des anciens. Dans sa réfutation à el Mirrîsî, e-Dârimî établit : « Concernant l’interprétation (ta-wîl dans le sens de tafsîr : explication ndt.) des paroles du Messager d’Allah (r) : « Allah n’est pas borgne » ; il nous apprend qu’Allah est doté de la vue et qu’Il a deux Yeux, contrairement au borgne. »[9] Ibn Khuzaïma pour sa part, est l’auteur de ces paroles : « … Le Prophète (r) montre ainsi qu’Allah a deux Yeux. Cet éclaircissement est conforme au Coran (muhkum e-tanzîl).[10]

 

2 – El Ash’arî utilise également le duel dans ses autres livres. Il dit notamment dans maqâlât el islâmiyîn, en explication à la croyance traditionaliste : « Il a deux Yeux conformément au Verset [qui vogue sous Nos Yeux].[11] »[12] Sous la section : la divergence sur l’Œil, le Visage, la Main, etc. il explique : « Les traditionnistes (ashâb el hadîth) ont dit : nous nous contentons de dire comme Allah le Tout-Puissant, ou les paroles rapportées par le Messager d’Allah (r). Nous disons donc qu’Il a un Visage sans faire de description (bi lâ kaïf), deux Mains et deux Yeux sans faire de description. »[13]

 

Il explique également sous la section : voici quelques narrations de la tendance en général des traditionnistes et des traditionalistes (ahl e-sunna) : « Il a deux Yeux sans faire de description conformément au Verset [qui vogue sous Nos Yeux].[14] »[15]

 

Par ailleurs, Abû el Hasan considère qu’en reniant cet Attribut (les deux Yeux d’Allah), les mu’tazilites s’éloignent des traditionalistes. Il dit notamment en parlant de la tendance mu’tazilite : section : leur tendance sur l’Œil et la Main : « Certains d’entre eux reprochent de dire qu’Allah a deux Mains et reprochent de dire qu’Il a deux Yeux. »[16] Il est évident que lui-même reconnait cet Attribut.

 

3 – Les premières grandes références ash’arites reconnaissaient cet Attribut (les deux Yeux d’Allah) au même titre que leur maître spirituel. Le plus connu et le plus représentatif d’entre eux s’incarne en la personne d’Abû Bakr ibn e-Taïyib el Baqallânî, l’auteur des paroles suivantes : « Allah affirme qu’Il est doté de Noms et d’Attributs… » Après avoir énuméré certains Attributs, il poursuit : « Les deux Yeux que le Coran considère clairement comme un Attribut et que confirment les annales venant du Messager (r) communément transmises. Allah dit notamment : [et que tu sois élevé sous Notre Œil].[17] »[18]

 

Ainsi, l’un des adeptes les plus illustres d’el Ash’arî reconnait les deux Yeux, et ne se contente pas d’en reconnaitre un seul.

 

4 – Cette divergence entre les termes n’est pas nouvelle. Elle existait déjà dans les anciennes versions de l’ibâna qui servit de sources pour les savants. Ibn ‘Asâkir utilise le singulier dans sa version qu’il utilise pour tabyîn kadhib el muftarî. Tandis qu’ibn Taïmiya rapporte le duel de la version qu’il utilise dans ses livres.[19] Ibn el Qaïyim rapporte également le duel.[20] Cela démontre que la différence entre les exemplaires de l’ibâna n’est pas un phénomène nouveau.

 

Ibn Taïmiya retranscrit même des passages de tabyîn kadhib el muftarî d’ibn ‘Asâkir qui s’inspire de l’ibâna. Il utilise également ici le duel.[21] Ibn el Qaïyim reprend également l’expression au duel en s’inspirant d’ibn ‘Asâkir.[22]

 

5- Il n’y a aucune contradiction entre le terme singulier et le duel. Le singulier est en effet utilisé pour exprimer le genre, dans le sens où Allah est doté de l’Œil, pour désigner qu’Il a deux Yeux, de la même façon qu’il est doté de la Main, pour désigner les deux Mains.

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 



[1] Hûd ; 37

[2] Rapporté par ibn Jarîr (12/34), et notamment el Baïhaqî dans el Asmâ wa e-Sifât (p. 396), avec une chaîne narrative jugée potable par les spécialistes.

[3] La lune ; 14

[4] Rapporté par e-Lâlakâî (3/411) avec une chaine narrative qui reste à vérifier.

[5] Tâ-Hâ ; 46

[6] Le mont Tûr ; 48

[7] E-radd ‘alâ e-Mirrîsî (2/831).

[8] El îdhah fî usûl e-dîn (p. 293).

[9] E-radd ‘alâ el Mirrîsî (1/328).

[10] E-tawhîd : bâb dhikr ithbât el ‘aïn li Allah (I) (p. 42).

[11] La lune ; 14

[12] maqâlât el islâmiyîn (1/285).

[13] Idem. (1/290).

[14] La lune ; 14

[15] maqâlât el islâmiyîn (1/345).

[16] Idem. (1/271).

[17] Ta-Ha ; 39

[18] El insâf fî bayân sifât Allah ta’âlâ (p. 24).

[19] Voir : majmû’ el fatâwa (5/94), el fatâwa el kubrâ (5/337), et bayân talbîs el jahmiya (1/422),

[20] E-sawâ’îq el mursala (1/265) et ijtimâ’ el juyûsh el islâmiya (p. 289).

[21] El fatâwa el kubrâ (5/337).

[22] Ijtimâ’ el juyûsh el islâmiya (p. 289).

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Publié par mizab - dans Ash'arisme
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