Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 08:46

copiedephotodroite7

 

 

Lettre d’ibn Taïmiya à nos frères divisés

(Partie 2)

 

« … Il est possible que la personne se fasse aimer des autres en raison de son savoir, de sa piété, ou de sa générosité (…) mais il suffit qu’elle ne se plie pas à leurs exigences pour que leur sentiment s’estompe un peu, ou qu’ils ressentent à son égard une forme de haine, ou au pire des cas qu’ils ne l’aiment plus du tout… » Ibn Taïmiya (Majmû’ el fatâwâ 10/602).

 

Voir : Jâmi’ e-rasâil avec la recension de Fawz Ahmed Zamralî (2/61-107), voir également : Majmû’ el fatâwâ (24/163-177).[1]

 

À titre d’exemple, la Mère des croyants ‘Âisha – qu’Allah l’agrée – contestait à ibn ‘Abbâs et bien d’autres Compagnons que Mohammed (r) ai vu Son Seigneur la nuit de l’Ascension. Elle allait jusqu’à dire : « Quiconque prétend que Mohammed a vu Son Seigneur aura gravement menti sur Allah (I). »[2] Or, la majorité des savants de la communauté rejoignent ibn ‘Abbâs, mais ils n’ont pas taxé d’innovateurs ceux qui se sont mis du côté de la fille d’Abû Bakr – qu’Allah l’agrée – en contestant la chose.

 

Cette même ‘Aisha remettait vivement en cause que les Quraishites tombés à la bataille de Badr aient entendu le sermon que le Prophète (r) leur prodigua. Après les hostilités, il avait pourtant prévenu ses Compagnons une fois que les corps avaient été rassemblés : « Vous n’entendez pas mieux qu’eux ce que je suis en train de leur dire. »[3] Celle-ci n’accordait pas que les morts puissent entendre, et prétexta qu’en fait, il voulait leur faire savoir que, maintenant, ils savent que je leur disais la vérité.[4]

 

Nul doute, toutefois, que les personnes mises en tombe entendent le départ du cortège.[5] En outre, il est certifié que le Prophète (r) est l’auteur des paroles : « Quand un mort, qui, dans sa tombe, reçoit le salut d’un passant qu’il connaissait de son vivant, son âme lui est rendue afin qu’il puisse le lui rendre. »[6] Etc.

La Mère des croyants s’en fit sa propre interprétation, qu’Allah l’agréé ! Il est dit également que Mu’âwiya (t) pensait que l’Ascension du meilleur des hommes se fit seulement avait son âme.[7] Des exemples de ce genre, il y en a beaucoup d’autres.

 

Nous ne parlons pas des divergences dans les lois pratiques de la religion, car là, elles sont trop nombreuses pour pouvoir les cerner. Si à chaque fois que deux musulmans qui divergent sur un point devaient ne plus se parler (hajr), il n’y aurait plus de fraternité ni d’immunité du groupe. Abû Bakr (t) et ‘Omar (t), les têtes de files de la communauté, s’opposaient sur certains points, mais avec une bonne intention.

 

Après la bataille des coalisés, le Messager d’Allah (r) commanda à ses troupes : « Que personne d’entre vous ne fasse la prière du ‘asravant d’arriver à Banû Quraïzha. »[8] Malheureusement, l’heure de la prière les rattrapa en cours de route. Certains avaient compris de ses paroles qu’ils ne devaient pas faire le rituel maintenant, et le firent en retard. D’autres en avaient compris qu’ils devaient simplement se dépêcher, mais tout en priant à l’heure. Or, leur chef incontesté ne réprimanda ni les uns ni les autres. Cette histoire est rapportée par les deux recueils e-sahîh, selon ibn ‘Omar.

 

Ces questions, certes, touchent aux lois pratiques, car tout ce qui n’entre pas dans les grands fondements est à mettre au compte des lois pratiques.

 

Le sceau des Prophètes (r) nous apprend également : « Vous informerais-je sur une action qui est plus méritoire en degré que le jeûne, la prière, l’aumône, et la morale (ordonner le bien et interdire le mal) ?

-           Bien sûr, s’exclamèrent les compagnons !

-           Réconcilier entre deux frères, car la rupture entre deux frères rase tout sur son passage ; je ne dis pas qu’elle rase les cheveux, mais bel et bien la religion ! »[9]

 

Selon un hadîth authentique : « Il n’est pas permis à tout musulman de se détourner de son frère plus de trois jours. Quand ils se rencontrent, ils se détournent l’un l’autre. Le meilleur d’entre eux est celui qui salue l’autre en premier. »[10]

 

Il est vrai que selon d’autres annales authentiques, le Prophète (r) mit en quarantaine Ka’b ibn Mâlik et ses deux compagnons (y), car ils s’étaient désistés à la bataille de Tabûk. Ils affichaient ainsi la désobéissance et l’on craignit qu’ils deviennent des hypocrites. D’où la décision de les exclure du groupe (hajr) en ordonnant à tous les citoyens d’y participer. Il leur fut même enjoint de s’éloigner de leurs femmes, mais sans les divorcer. Après cinquante nuits, la révélation céleste, annonça que leur repentir avait été accepté, et elle mit fin à la sentence.[11]

 

Dans ce registre, nous avons l’histoire où ‘Omar (t) ordonna aux musulmans de mettre en quarantaine Subaïgh ibn ‘Asal e-Tamîmî qui était à l’affut de Versets ambigus.[12] Au bout d’un an, comme il affichait un repentir sincère, le second Khalife leva la punition. [13] De tous ces textes et de tant d’autres se dégagea un principe que les musulmans ont appliqué au pied de la lettre. Ils punissent d’exclusion tout individu qui affiche ouvertement des signes d’égarement comme l’innovation, notamment celui qui en fait la prédication, et les grands péchés. Le hajr ne s’applique pas à celui qui fait ses péchés en cachette ou qui n’expose pas sa mauvaise croyance à condition qu’elle ne fasse pas sortir de la religion. L’exclusion est une forme de punition, dans le sens où elle concerne uniquement ceux qui affichent la débauche dans la parole et les actes.

 

Quant à celui qui nous offre une bonne image de lui, nous nous contentons des apparences, et nous laissons son sort au Très-Haut. Au pire des cas, il est comparable aux hypocrites qui exhibaient une bonne apparence devant le Prophète (r). Après la bataille de Tabûk, ils étaient venus se racheter auprès de lui en jurant que seule une excuse les avait retenues de partir en guerre.

 

C’est la raison pour laquelle, l’Imâm Ahmed et la plupart des grandes références avant et après lui, à l’instar de Mâlik refusaient la narration des innovateurs qui appelaient à leur croyance. Ils ne s’asseyaient pas avec eux. Cependant, ils avaient un autre comportement avec l’innovateur qui gardait le silence. Les auteurs des e-sahîh renferment un grand nombre de rapporteurs accusés d’innovation, mais ils étaient connus pour ne pas en faire la propagande. En revanche, ils mirent de côté les innovateurs prédicateurs.[14]

 

 

Je n’aurais jamais imaginé que les choses aillent aussi loin entre vous (ils faillirent en arriver aux mains, voire plus loin ndt.), bien qu’en réalité, elles ne soient beaucoup plus simples qu’on ne se l’imagine (autre traduction possible : elles ne méritent pas d’être  gonflées de cette façon)…

 

Or, il incombe ici de tenir compte d’un certain nombre de comportements

 

Il n’est pas permis de mettre en quarantaine tout individu qui ne se prononce pas sur cette question, quand bien même il adhérerait à l’une des deux tendances. Seul l’innovateur prédicateur est passible de cette punition, contrairement à l’innovateur discret, qui, malgré tout, est bien pire que celui dont nous parlons. À fortiori, donc, il ne mérite pas l’exclusion.

Il ne convient pas aux savants de mettre les autres à l’épreuve avec cette question, et d’en faire un signe distinctif entre leurs partisans et leurs adversaires. C’est le genre de comportement qu’Allah et Son Messager détestent.

Ils ne doivent pas non plus mêler à ces affaires les gens simples qui sont loin de ces polémiques. Cependant, si on pose la question à l’un d’entre eux, ou s’il estime que son interlocuteur est disposé à entendre ces choses, il n’y a pas de mal à ce qu’il expose ce qu’il connait sur le sujet, dans la mesure où il pense que ses paroles seront utiles…

 

Personne ne doit sortir du vocabulaire des textes, bien que la divergence peut régner sur certaines nuances, ce qui en soit est inévitable, exactement comme le prédit notre Prophète (r). Tout le bien se confine dans la fidélité au chemin des pieux prédécesseurs, et le retour sans arrêt aux hadîths qu’il incombe de bien comprendre. Accrochons-nous fermement à la Corde d’Allah, veillons en permanence à tout ce qui ramène l’union et la bonne entente, et éloignons-nous de la division et de la divergence. Sauf bien sûr, sur les choses que les textes du Coran et de la sunna ont clairement ordonnées ou interdit de faire.  Dans ce cas, nous nous y soumettons les yeux fermés.

 

Néanmoins, parfois, la chose est ambiguë. Nous ne pouvons affirmer avec certitude que telle parole ou tel acte est passible ou non d’une punition. Dans ce cas, la punition n’a pas lieu d’être conformément au propos prophétique : « Dans le doute, renoncez aux peines ! Il vaut mieux pardonner par erreur que de punir par erreur. »[15] Rapporté par Abû Dâwûd. Surtout s’il résulte d’une telle décision de grands maux et une grande division. En sachant que les méfaits de la division sont largement plus nocifs qu’une erreur sur un point subsidiaire de la religion et provenant d’un groupe limité d’individus.

 

Si quelqu’un ne sait pas où donner de la tête, il n’a qu’à implorer Son Seigneur avec la même invocation qui a été rapporté par Muslim dans son recueil e-sahîh, selon ‘Âisha – qu’Allah l’agrée – et dont voici les termes : « Quand le Messager d’Allah (r) se levait la nuit pour prier, il invoquait : « Ô Allah ! Seigneur de Jibrâîl, de Mikâîl, et d’Isrâfîl ! Toi qui as façonné les cieux et la terre ! Toi qui connais tout ce qui est visible et caché ! Tu tranches entre Tes serviteurs sur les divergences qui les opposent ! Montre-moi où se situe la vérité dans leur divergence ; certes, Tu guides qui tu veux sur le chemin droit ! »[16]

 

J’implore Allah l’Immense, le Seigneur du Trône immense de nous faciliter les paroles et les actes qu’Il aime et qu’Il agréé ! Qu’il nous offre de suivre la voie de Son Prophète (r) que ce soit dans les apparences, mais aussi au fond de nous ! Qu’Il nous réunisse sur la vérité, qu’Il associe notre initiative à la réussite, qu’Il nous protège contre Satan, et qu’Il nous préserve du mal qui est en nous-mêmes, et dans nos actes !

 

J’ai écrit cette lettre tout en veillant à rester dans les limites du bon sens. Je ne désire rien d’autre que d’apporter la réforme dans les limites du possible, et Allah est Seul garant du résultat (ou si j’y arrive, c’est uniquement grâce à Allah ndt.)…     

 

    

 

Par : Karim Zentici

 



[1] Cette lettre s’intéresse à la division entre traditionalistes.

[2] Rapporté par el Bukhârî (4612), et Muslim (279).

[3] Rapporté par el Bukhârî (3976), et Muslim (279).

[4] Cette histoire est rapportée par el Bukhârî (3979, 3980, 3981).

[5] Le hadîth sur le sujet est rapporté par el Bukhârî (1338), et Muslim (2870).

[6] Rapporté par ibn ‘Abd el Barr dans el istidhkâr (1/231), selon ibn ‘Abbâs ; il n’en demeure pas moins controversé.

[7] Voir : fath el Bârî (7/196-197).

[8] Rapporté par el Bukhârî (946), et Muslim (1770).

[9] Rapporté par Abû Dawûd (4119) et e-Tirmidhî qui a fait le commentaire suivant : « Hadith bon et authentique » ; voir : Sahîh el Jâmi’ (2595) ; voir également : Sahîh e-targhîb wa e-tarhîb (3/70).

[10] Rapporté par el Bukhârî (6077), et Muslim (2560).

[11] Les détails de cette histoire sont rapportés par el Bukhârî (4418), et Muslim (2769).

[12] Rapporté par e-Dârimî (I/55-56).

[13] Rapporté par e-Dârimî (I/55-56).

[14] Cette règle est à nuancer ; voir fath el mughîth et mawqif ahl e-sunna wa el jamâ’a Mawqif ahl e-sunna wa el jamâ’a min ahl el ahwâ wa el bida’du D. Ibrahîm e-Ruhaïlî.

[15] La première partie du hadîth est devenue une règle de fiqh, bien que les termes ne remontent pas au Prophète, mais ils viendraient plus probablement des Compagnons. En outre, sa chaine narrative est controversée.

[16] Rapporté par Muslim (770).

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Oum Mohamed 09/11/2013 14:41

Al salam alaykom wa rahmato Allah wa barakatoh

Jazakom Allah khayran pour ce blog cependant il faut éviter d’abreuver le nom du prophéte salla Allah alayhi wa salam en mettant des (r) ou (t)

mizab 14/11/2013 13:40

wa 'aleikom salem wa rahmat Allah wa barakatuhu !

Amin !

wa antum kadhalik !

wa jazakum Allah kheir pour ce précieux conseil, mais le fait est que c'est le blog qui n'a pas la police salla Allah alayhi wa salam, chez moi, il est écrit en entier, la lettre ne fait que reprendre le sigle, mais quand on n'a pas la police arabesque, on reprend la lettre sans le sigle !

wa Allah el musta'en !