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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 17:42

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Mohammed est-il le Prophète des Arabes ?

 (Partie 1)

 

Voir : El Jawâb e-Sahîh li man baddala dîn el Masîh d’ibn Taïmiya.

 

Selon la propagande de certains orientalistes, Mohammed (e) serait le Prophète des Arabes. L’argument n’est pas nouveau. Au 13ème siècle déjà, Sheïkh el Islâm ibn Taïmiya eut à faire à ce genre d’allégation. Lui-même soulignait que les chrétiens l’utilisaient depuis bien longtemps. L’évêque Paul, d’obédience melkite, originaire d’Antioche, et qui vécut au 12ème siècle, véhicula cette idée avec force à tel point qu’il devint l’un des fers de lance chrétiens aux yeux de ses coreligionnaires contemporains. La langue arabe et la culture arabo-musulmane lui étaient familières. C'est pourquoi il se permettait d’utiliser le Coran pour appuyer ces thèses. Ses lettres et ses analyses eurent un tel impact dans le bassin méditerranéen et même dans certains milieux musulmans, qu’elles forcèrent ibn Taïmiya à sortir de ses gonds pour brandir son arme favorite que fut sa plume. L’une d’entre elles notamment, ayant pour titre el kitâb el Mantîqî e-dawla khânî el mubarhan ‘an el i’tiqâd e-sahîh wa e-raï el mustaqîm, fit le tour du monde chrétien et reçu l’approbation de ses plus grandes instances. Ibn Taïmiya confectionna alors ce chef-d’œuvre en réfutation à cet ouvrage, dont nous reproduisons certains passages, et qui s’intitule El Jawâb e-Sahîh li man baddala din el Masîh.[1]

 

La plupart des textes que les dissidents à la Révélation utilisent en leur faveur se retournent contre eux. Nous sommes tout le temps, grâce à Dieu, en mesure de prouver que, tant d’un point de vue textuel que d’un point de vue rationnel, ces hérétiques, à l’instar des innovateurs parmi les musulmans, ont torts. Ces derniers s’appuient généralement sur des arguments ambigus au détriment des arguments formels, trahissant ainsi qu’ils sont plus animés par les passions que par la recherche de la vérité. Les chrétiens, comme les juifs avant eux – pour avoir transformé la Thora et renié Jésus – sont égarés à deux niveaux. D’un côté, ils transforment la religion de leur prophète et d’un autre côté ils renient le prochain prophète. En cela, les adeptes de Moïse ne sont pas plus blâmables qu’eux ; si les premiers disent que Jésus est le fruit d’une union illégitime, les seconds l’élèvent au rang de divinité, ce qui en soit est pire. Mieux, le jugement des chrétiens à l’encontre des juifs qui les taxent d’apostats pour avoir renié Jésus, les colle plus à la peau, pour avoir renié Mohammed…

 

Les chrétiens utilisent certains Versets du Coran pour appuyer l’idée que la mission de Mohammed (e) est propre aux païens arabes. Non seulement ils ne pénètrent pas le vrai sens des versets qu’ils utilisent, mais de surcroît, ils délaissent les autres textes, pourtant bien plus nombreux, qui, eux, sont formels. Ils se comportent ainsi de la même façon avec le Coran qu’avec les textes de la Bible et les paroles des prophètes ; Ils tournent le dos à de nombreux textes formels et s’accrochent à un nombre infime de textes ambigus et dont ils ne comprennent pas le sens.

Or, pour dire que Mohammed est venu pour les Arabes, il faut déjà reconnaître sa prophétie. Cette question contient donc deux fondements. Le premier : c’est que pour savoir si la mission de Mohammed (e) est universelle ou non, il faut l’entendre de sa propre bouche. Le deuxième : consiste à savoir s’il dit la vérité ou non ou en d’autres termes si c’est un vrai ou un faux prophète. D’un côté, les chrétiens utilisent le Coran pour dire qu’ils ne sont pas obligés de suivre cet homme et pour justifier la véracité de leur religion et d’un autre côté ils le dénigrent lui et sa religion, dont la référence est pourtant le Coran.

 

Si cela est clair, soit, les chrétiens doivent prouver que rien dans les paroles du Prophète (e) ne prête à dire que sa mission les concerne, mais que ce sont plutôt ses adeptes qui le revendiquent ; soit, ils admettent que Mohammed lui-même revendique que sa mission les concerne, mais qu’en cela, il ment. Or, ils ne démentent pas formellement que Mohammed est venu pour les Arabes bien qu’ils ne l’affirment pas formellement non plus. Ils le laissent simplement entendre. En cela, ils prennent de lui ce qui les intéresse et ils rejettent ce qui les dérange.

 

Quoi qu’il en soit, les chrétiens n’ont pas le droit d’utiliser les paroles de notre Prophète (e). Contrairement aux paroles d’un homme normal, indépendamment du fait que ce dernier puisse mentir ou non, il n’est pas possible de choisir celles qui nous conviennent, étant donné qu’elles relèvent toutes de la Révélation. Ce principe est valable avec n’importe quel prophète. En revanche, les musulmans ont le droit de se référer aux textes des juifs et de chrétiens étant donné qu’ils reconnaissent la prophétie de Moïse, de Jésus et de tous les prophètes envoyés par Dieu. La foi implique donc de croire à tous les messagers et à toutes les paroles que chacun prononce.[2] Il suffit de renier, ou ne serait-ce que de douter sur une seule de leurs paroles pour renier leur prophétie. Ainsi, reconnaître la prophétie de Mohammed (e) réclame de croire à toutes ses paroles, car, en tant que prophète, il ne peut mentir sur Dieu. Pour celui qui ne reconnaît pas sa prophétie, nous lui disons qu’il n’y a pas de différence entre ses paroles et entre celles d’un autre homme, dans la mesure où celles-ci sont soumises au mensonge et à la suspicion. S’il s’avérait que Mohammed (e) ait menti une seule fois sur Allah, il faudrait rejeter toutes ses paroles. En tout état de cause, un messager ne peut mentir sur Dieu ni délibérément ni par erreur.

 

À l’unanimité des religions célestes, tous les prophètes sont immunisés contre l’erreur et le mensonge. Ainsi, les chrétiens n’ont pas le droit, sous tous les points de vue, d’utiliser une seule parole de Mohammed (e), car s’ils reconnaissent qu’il est un vrai prophète, ils doivent nécessairement reconnaître que leur religion est fausse. Mais si, à l’inverse, ils démentent une seule de ses paroles, ils doivent nécessairement reconnaître qu’il n’est pas un envoyé d’Allah, indépendamment du fait qu’ils puissent l’admirer et considérer qu’il est un grand homme. Et s’il n’est pas envoyé par le Très-Haut, ses paroles sont donc soumises à la critique, comme n’importe qui d’autre, et elles seront acceptées uniquement à la lumière de l’analyse.

 

Ce principe remet littéralement en question l’opinion de certains érudits chrétiens, qui sont certes objectifs. Ils considèrent en effet que Mohammed (e) fut l’auteur de grands miracles et qu’il est à la tête d’une grande nation et d’une grande religion. En même temps, ils pensent que sa loi ne les concerne pas étant donné qu’elle est propre aux Arabes. Cette objectivité n’intercède nullement en leur faveur et elle ne leur autorise nullement de s’inspirer de ses paroles pour justifier la légitimité de leur religion, et cela pour les raisons que nous avons évoquées.     

 

Par : Karim Zentici 

 

 



[1] Nous nous sommes permis de faire une traduction libre avec les risques que cela implique.

[2] Il y a trois étapes pour avoir accès aux « Écritures Saintes » : Premièrement : il faut prouver l’affiliation des textes aux différents prophètes. Deuxièmement : la traduction doit être fidèle que ce soit en arabe ou dans la langue des personnes intéressées comme le Romain et le syriaque. Il faut savoir que Moïse, David, Jésus, et les prophètes des tribus d’Israël en général parlaient l’hébreu. Prétendre que le Messie était d’origine syriaque ou romaine, c’est commettre une erreur. Troisièmement : il faut veiller à la bonne interprétation du texte à traduire et à sa bonne compréhension. [Voir : El Jawâb e-Sahîh li man baddala din el Masîh (1/137,138).] 

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