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13 mars 2013 3 13 /03 /mars /2013 09:16

magnifique-paysage1

 

 

Nouvelle approche du ‘udhr bi el jahl

(Partie 3)

 

Voir notamment : taqrîrât aimmat e-da’wa fî mukhâlafat madhhab el khawârij wa ibtâlihi qui est une thèse es doctorat du D. Mohammed Hishâm Tâhirî, et ayant eu parmi les membres du jury le grand Mufti actuel d’Arabie Saoudite, ‘Abd el ‘Azîz Âl e-Sheïkh.

 

La différence entre avoir reçu la preuve céleste et l’avoir comprise

 

• 2- Pour mieux comprendre le sujet du takfîr, il incombe de distinguer entre avoir reçu la hujja et l’avoir comprise. Il ne s’agit pas de la comprendre aussi précisément que les croyants ni de s’y soumettre pleinement. La présence du message prophétique suffit en elle-même, à condition d’avoir les outils pour l’assimiler (être majeure, sain d’esprit, connaitre la langue en question ou bien passer par un traducteur). Les six piliers du dogme n’offrent aucune circonstance atténuante à celui qui n’y donne pas foi. Les adeptes des autres confessions ne sont pas considérés musulmans, bien que beaucoup d’entre eux soient ignorants. La plupart des Juifs et des chrétiens aujourd’hui sont des suiveurs. Pourtant, ils ne sont pas excusables. Il est inadmissible d’en douter, au risque de se vouer soi-même à la mécréance.

 

Par ailleurs, les textes scripturaires de l’Islam n’acceptent aucun scepticisme, qui est une forme d’ignorance, dans les questions touchant aux fondements de la foi. Ne serait-ce que de douter de la pertinence de la Résurrection est une annulation de l’Islam à l’unanimité des savants. Il n’est pas pertinent pour prendre la défense de cette catégorie d’individus de mettre en avant qu’ils ne comprennent pas le message céleste. Le Coran lui-même ne leur accorde pas cette excuse.[1] Pour plus de détails, voir : Les wahhabites taxent-ils de mécréants les ignorants musulmans sans faire de détail ?

 

Or, ce constat ne va nullement à l’encontre du principe imposant un savoir minimum pour l’iqâma el hujja. La preuve, c’est que aimmat e-da’wa établissent que le rôle d’établir la preuve céleste contre les hommes revient aux savants et aux prédicateurs. Sinon, ils n’auraient aucune utilité. La présence du Coran dans les maisons ne suffit pas en soi.[2] ‘Alî ibn Abî Talib a dit : « La terre ne sera jamais dépourvue d’individus qui établissent la preuve céleste, pour ne donner aucune excuse aux hommes. »[3] Selon un hadîth : « Il y aura toujours une partie de ma communauté maintenue sur la vérité… »[4] Le Prophète (r) prédit également : « Allah ne reprend pas le savoir en l’enlevant de la poitrine des hommes, mais Il le reprend en faisant mourir les savants. Et lorsqu’il n’y aura plus de savants, les hommes se tourneront vers les chefs de file des ignorants qui émettront des opinions sans aucune science ; égarés, ils égareront les autres. »[5]

 

« Les savants sont comme les étoiles dans le ciel qui permettent de guider les hommes sur terre et sur mer dans les ténèbres de la nuit. Quand les étoiles disparaissent, ceux qui cherchent leur chemin vont droit à l’égarement.»[6] 

 

Ibn Sahmân est l’auteur des paroles : « Je pense wa Allah a’lam, que seule la personne compétente est à même de faire l’iqâma el hujja, et que celui qui n’en est pas capable, comme l’ignorant, qui ne connait pas les règles de la religion et qui ne connait pas les paroles des savants dites sur le sujet, ne peut l’établir. »[7]

 

La bonne conception des textes est relative, elle varie d’une personne à une autre, bien que les textes en eux-mêmes soient clairs. Le rôle des savants est justement de rendre leur compréhension accessible aux gens simples.

 

La divergence règne entre savants traditionalistes sur la façon dont se matérialise l’iqâmat el hujjadans la pratique

 

• 3- Certains savants de aimmat e-da’waont signalé dans leurs ouvrages qu’il existe une divergence sur la façon dont se matérialise la hujja. La divergence porte sur un point subsidiaire, non dogmatique. Tous reconnaissent l’iqâmat el hujja en tant que principe, mais chacun à des points de vue différents dans sa mise en pratique et dans son application sur des cas particuliers. Sheïkhibn Bâz ramène les deux opinions sur le sujet, comme nous l’avons dans Taxer d’apostasie un cas particulier. Voir également : Kashf e-shubuhât. C’est la raison pour laquelle il ne convient pas de taxer les partisans traditionalistes de la partie adverse d’innovateurs ni d’apostats. Ce point est d’une extrême importance ; il remet en question à lui tout seul toutes les tendances ultras (ghulât).

 

La présence du Coran est-il suffisante pour l’iqâmat el hujja ?

 

• 4- Certains passages d’aimmat e-da-walaissent à penser que la présence des textes (Coran et sunna) est suffisante pour établir la hujjacontre les hommes. Nous avons développé ce sujet dans Les wahhabites taxent-ils de mécréants les ignorants musulmans sans faire de détail ? Ishâq ibn ‘Abd e-Rahmân est peut-être celui qui défend avec le plus de vigueur cette tendance. Néanmoins, certains éléments nous mènent à relativiser son discours, en plus de ceux que nous avons évoqués dans l’article cité plus haut.

-           Lui-même établit que la référence se confine dans le Coran, la sunna, et le consensus et que la parole d’un savant ne peut faire autorité.

-          Ce dernier rapporte des paroles de Mohammed ibn ‘Abd el Wahhab sur l’iqâma el hujja contre les adorateurs des tombes dans son propre livre où il ne voit pas le ‘udhr bi el jahl.[8] Or, comme nous l’avons vu, cela ne peut se faire que par l’intermédiaire des savants, ou à défaut d’en avoir, des personnes compétentes.

-          Il établit également qu’il règne un consensus d’aimmat e-da-wasur la question à laquelle il adhère.[9] Or, nous avons vu que d’autres savants du Najdréclament un savoir minimum.

-          C’est ce qui nous pousse à conclure qu’il parle d’un contexte bien précis, et qui est celui de son époque dans les territoires où l’influence de la da’wade son aïeul battait à son plein, contrairement à ses débuts. C’est ce qui peut notamment expliquer la confusion au premier abord que fait régner les textes du premier homme de la da’wa najditelorsqu’on les confronte entre eux. Il est possible qu’ils relatent en réalité deux phases différentes de sa prédication ; soit avant et après qu’il ait établi les preuves célestes contre ces contemporains qui eurent accès à son message, bien qu’on peut les interpréter autrement wa Allah a’lam !

-          Une citation d’Ishâq ibn ‘Abd e-Rahmân vient conforter cette hypothèse. Celle-ci concorde exactement avec la conclusion que nous avons apportée dans l’article Éclaircissement. Voici ce qu’elle dit en parlant du fameux passage de tarîq el hijrataïn : « … ibn el Qaïyim fait uniquement exception à ceux qui n’ont pas accès à la vérité, bien qu’ils la recherchent activement. C’est de ces derniers dont fait allusion les textes des grands spécialistes comme Sheïkh el Islam et son élève. »[10] Il s’attaque ainsi au cœur des revendications d’ibn Jarsîs prétendant, en s’appuyant sur des textes de ces deux Imams, que tous les ignorants sans détail sont excusables. Ainsi, comme nous l’expliquions, l’ignorance n’est pas une excuse en elle-même, mais l’incapacité d’avoir accès à la vérité, à condition, bien sûr, de la rechercher.

D’autres savants, comme ibn Bâz et Mohammed ibn Ibrahim,[11]rejoignent Ishâq ibn ‘Abd e-Rahmân sur sa conception de la hujja. Une fatwâ de la lajna dâima va dans ce sens.[12] Notons qu’ibn Bâz parle de ceux qui se détournent de la vérité. En cela, il rejoint notre hypothèse sur ce point, wa Allah a’lam !

 

Ceux qui s’abstiennent de se prononcer sur un cas particulier

 

• 5- Certains passages d’aimmat e-da’walaissent à penser qu’ils ne se prononcent pas sur certains cas particuliers. Sheïkh  ‘Abd el Muhsin el ‘Abbâd impute cette tendance à ibn Taïmiya et ibn ‘Abd el Wahhâb.[13] Le dernier cité est l’auteur des paroles : « Quant à celui qui commet [l’association] par ignorance, mais qui n’a personne sous la main pour le conseiller et qui n’étudient pas la religion révélée par Allah à Son Messager, enclin qu’il est à ses pulsions et à la vie terrestre, je ne peux rien dire sur son sort. »[14] Il fait allusion à une catégorie précise d’individus qui n’ont pas accès à la vérité, tout en l’ayant recherchée, comme nous l’avons évoqué, wa Allah a’lam !

 

Dans sa lettre aux habitants de Qasîm, ibn ‘Abd el Wahhâb se plaint des accusations diffamatoires d’un certain Sulaïmân ibn Sahîm. Ce dernier prétend notamment que l’Imam interdit de visiter la tombe de ses propres parents. En commentaire à ce passage, Sheïkhel Fawzân explique : « Cette accusation est fondée sur l’idée selon laquelle le Sheïkh kaffar les générations avant lui. Il dirait aux gens de ne pas visiter leurs parents, car non musulmans. C’est un pur mensonge ; le Sheïkhne connait pas leur sort ni leur situation avant de mourir. En principe, on doit se faire une bonne opinion des musulmans morts… »[15]

 

Une autre accusation disait que le Sheïkh kaffarel Bûsaïrî, l’auteur de la Burda, qui renferme des paroles très graves. Voyons ce qu’en penseSheïkh el Fawzân : « Il s’agit de la question de sortir de l’Islam un cas particulier (takfîr el mu’ayin). Le Sheïkhne voyait pas le takfîr el mu’ayin. El Bûsaïrî a dit des paroles de kufr… mais il possible qu’il n’ait pas reçu la hujja ou qu’il ait fait une erreur d’interprétation. On doit donc s’abstenir de se prononcer sur lui avant l’iqâma el hujja. En outre, on ne connait pas sa situation juste avant de mourir. »[16] Cette explication peut ne pas convaincre, mais l’essentiel est de savoir ici qu’el Fawzân adhère au principe d’iqâma el hujjadans l’absolu. D’ailleurs, ‘Abd Allah et Husaïn, les deux fils de l’Imam, ont des paroles qui vont dans ce sens.[17]

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

 

 

 

 

 

 

 



[1] Voir : kashf e-shubhataïn d’ibn Sahmân (p. 91-93).

[2] Voir : mish e-zhalâm d’Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân (p. 123-124).

[3] Rapporté par Abû Na’îm dans el huliya (1/80).

[4] Rapporté par Muslim (1920).

[5] Rapporté par el Bukhârî (100) et Muslim (2673), selon ‘Abd Allah ibn ‘Amr ibn el ‘Âs.

[6] Hadîth rapporté par Ahmed (12600), selon Anas (t).

[7] Manhâj el haqq wa el ittibâ’ d’ibn Sahmân (p. 85).

[8] Voir : hukm takfîr el mu’ayin Ishâq ibn ‘Abd e-Rahmân (p. 18)

[9] Idem. (p. 20)

[10] ‘aqîda el muwahhidîn wa e-radd ‘alâ e-dhullâl el mubtadi’în (p. 164).

[11] Voir respectivement : majmû’ fatâwâ wa maqâlât mutanawwi’a (4/26-27 et 7-136-140), et fatâwâ wa rasâil Mohammed ibn Ibrahim Âl e-Sheïkh (1/246).

[12] Fatâwâ e-lajna e-dâima (1/764-766).

[13] Voir : Taxer d’apostasie un cas particulier.

[14] Voir : fatâwâ wa masâil comprise dans majmû’ muallafat e-Sheïkh (2/3/21-22).

[15] Voir : Sharh risâla el Imâm el mujaddid (p. 192-193).

[16] Idem. (p. 187-188).

[17] Voir : majmû’a e-rasâil wa el masâil (1/47).

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Publié par mizab - dans Takfir
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