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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 07:15

magnifique-paysage1

 

 

Nouvelle approche du ‘udhr bi el jahl

(Partie 4)

 

Voir notamment : taqrîrât aimmat e-da’wa fî mukhâlafat madhhab el khawârij wa ibtâlihi qui est une thèse es doctorat du D. Mohammed Hishâm Tâhirî, et ayant eu parmi les membres du jury le grand Mufti actuel d’Arabie Saoudite, ‘Abd el ‘Azîz Âl e-Sheïkh.

 

 

Nous sommes toujours dans le 5ème point, concernant ceux qui s’abstiennent de se prononcer sur un cas particulier.

 

Dans cette même lettre, Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb va plus loin. Il dément en effet qu’il kaffar ibn el Fâridh et ibn ‘Arabî. Cela peut sembler étonnant si l’on sait que de nombreux savants avant lui assurent formellement le contraire. Le plus étonnant est le commentaire de Sheïkhel Fawzân. Qu’on en juge : « … Sheïkh ne kaffar pas son auteur (en parlant d’une de ses poésies sur le monisme ndt.), étant donné qu’il ne connait pas sa situation avant sa mort. Il ne sait pas s’il a reçu la hujjaou non. Il dit que son ouvrage renferme des paroles de kufr, mais il s’abstient de prononcer un jugement sur lui. Il est ainsi conforme à la tendance des traditionalistes, qui ne promettent personne au Paradis ni l’Enfer, sauf ceux dont le sort fut annoncé par le Messager d’Allah (r). » [1]

 

Puis, en parlant d’ibn ‘Arabî, il signe : « … le takfîr d’un cas particulier réclame de confirmer l’état de mécréance avant de se prononcer. En l’occurrence, il est possible qu’il se soit repenti avant de mourir… »[2] Sheïkh ‘Abd e-Rahmân ibn Hasan a une autre explication sur la question,[3] mais l’essentiel, c’est de savoir que ce discours existe chez les savants, wa Allah a’lam !

 

Dans la série d’articles Citations sur le ‘udhr bi el jahl, nous avons ramené un certain nombre de citations de aimmat da’wa qui réclament l’iqâma el hujja avant de se prononcer sur un cas particulier. Nous ajoutons ici qu’Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân ibn Hasan dit que son aïeul ne kaffar personne avant l’iqâma el hujja.[4] Ailleurs, il explique qu’il s’abstient de kaffar avant celle-ci,[5] wa Allah a’lam !

 

Ceux qui pensent qu’il est indispensable de bien comprendre la hujja

 

• 6- SheïkhSulaïman ibn Sahmân rapporte les paroles suivantes d’ibn Jarsîs :« Il n’est pas simple de kaffar le musulman. Les savants, comme Sheïkh ibn Taïmiya et ibn el Qaïyim, sont unanimes à dire que l’ignorant et celui qui commet une erreur et appartenant à cette communauté, fait un acte qui, en principe doit le rendre mushrik ou kâfir, est excusable (ya’dhur bi el jahl wa el khata), jusqu’à ce qu’il ait connaissance de la preuve prophétique de façon claire et limpide et qu’il n’ait aucune confusion sur la question. » Puis, il explique : « Quant à taxer de kâfir un musulman, nous avons vu que les wahhabites ne kaffar pas les musulmans. Sheikh Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb – qu’Allah lui fasse miséricorde – fait partie des gens qui prennent le plus de précautions avant de se prononcer sur le takfîr, à tel point qu’il n’est pas formel sur l’ignorant qui implore un autre qu’Allah parmi les occupants des tombes ou autres, s’il ne trouve personne pour le conseiller et pour lui faire parvenir la hujja par laquelle tous ceux qui s’y opposent deviennent mécréant. »[6]

 

‘Uthmân ibn Mansûr, un opposant à la da’wa najdite, accusait aimma da’wa de kaffar des savants comme el Baïdhâwî, Abû Su’ûd, el Qastalânî, etc. Sheïkh ‘Abd e-Rahmân ibn Hasan s’est chargé de lui répondre à travers une réfutation dans laquelle il dit notamment : « On peut adhérer à l’Islam en apparence, et avoir des paroles contenant de l’association ou de l’innovation. Dans ce cas, il incombe de le signaler tout en se taisant sur leur l’auteur. Comme nous l’avons expliqué précédemment, nous ne connaissons pas sa situation avant de mourir. »[7] Cette citation pourrait tout autant aller dans le point précédent, mais là où nous voulons ne venir ici, c’est que l’auteur ne se prononce pas sur certains cas. Il s’agit pourtant de grands savants, mais il est possible qu’ils aient mal assimilé la chose ou qu’ils fussent motivés par une mauvaise interprétation des textes.

 

Ainsi, contrairement aux kharijites, aimmat e-da’wa considère que l’iqâma el hujja est une condition sine qua non dans les questions du takfîr. Ils imposent pour cela une compréhension minimum, soit d’avoir les outils suffisants (l’ouïe, comprendre la langue et le discours de l’interlocuteur, etc.) pour assimiler le message.

 

Deux types de compréhension

 

Mais, il faut distinguer entre deux types de compréhension : une compréhension qui pousse à agir et à se soumettre à la religion (fahm el hujja) et une compréhension qui est purement organique et qui consiste à comprendre les termes du message, sans forcément y adhérer (bulûgh el hujja). C’est la deuxième forme de compréhension qui est réclamée pour l’iqâma el hujja, non la première. C'est pourquoi l’ignorance qui est entretenue par un manque de volonté n’offre aucune circonstance atténuante, comme l’établit Abâ btîn.[8]

 

Dans un courrier, Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb reproche à certains de ses « partisans » de ne pas faire cette nuance. Il explique notamment que seulement trois catégories d’individus sont excusables.

 

1-       Le nouveau converti. 

2-      Le bédouin qui vit loin des villes.

3-      Et celui qui se trompe sur des questions subtiles de la religion, ex. : certaines formes de sorcellerie.[9]

 

Tous ont un point commun. Autrement dit, ils n’ont pas accès matériellement au savoir. C’est ce qui nous pousse à dire, comme nous l’avons vu dans Éclaircissement que la notion de subtilité est relative. Elle varie certes en fonction des sujets, mais aussi en fonction des époques, des endroits et des personnes.

 

Nous comprenons également des paroles de l’Imam que le manque de volonté n’est pas une excuse en soi. C’est pourquoi, en vivant en terre d’Islam, et en étant matériellement capable d’étudier les questions qui touchent à l’unicité, nul n’est censé les ignorer. C’est dans ce cas qu’on peut avancer que la présence du Coran exposant l’importance du monothéisme et condamnant l’association suffit à elle seule. En revanche, si, malgré tous ses efforts dans la recherche de la vérité, quelqu’un commet une annulation de l’Islam soit involontairement, soit par une mauvaise interprétation des textes ou soit par ignorance, il est excusable. Il n’est plus excusable, si, ayant reçu la vérité, il s’en détourne, soit par négligence soit par orgueil. Ainsi, ces deux sentiments, qui font obstacle à la réception du message, sont blâmables sous tous les points de vue.

 

De nombreux passages de ses ouvrages établissent ce principe. Un jour, on lui posa une question sur un hadîth qui annonçait le Paradis au musulman. On voulait savoir s’il concernait uniquement le musulman n’ayant aucun acte d’association à son passif. Voici quelle fut sa réponse : « … Quant au croyant qui commet de l’association sans s’en rendre compte, malgré tous les efforts qu’il entreprend pour être conforme aux enseignements d’Allah et de Son Messager, il est à espérer qu’il soit toujours concerné par la promesse dont fait mention le hadîth en question.

Plusieurs Compagnons commirent à leur époque ce genre de choses. Ils juraient par leurs pères et par la Ka’ba ; ils avaient des expressions du genre : « si Allah et si Mohammed le veulent ! » ou « désigne-nous un arbre où nous pourrons suspendre nos armes ! » Cependant, dès qu’ils se rendaient compte de leurs erreurs, ils revenaient dessus immédiatement. Ils ne cherchaient nullement à polémiquer ni à défendre aveuglément leurs coutumes et leurs ancêtres.

 

Quant à celui qui prétend adhérer à l’Islam, mais qui commet des actes d’associations abominables, et qui se détourne par orgueil des Versets qu’on lui récite, je dis qu’il n’est pas musulman… »[10]

 

En parlant des mauvais savants, il explique ailleurs, « Pire, pour eux, les bawâdî, qui n’ont pas un poil d’appartenance à l’Islam, sous le simple prétexte qu’ils disent lâ ilâh ilâ Allah, sont musulmans. L’Islam aurait rendu sacré leur sang et leurs biens, alors que selon leurs propres aveux, ils l’ont tout délaissé. Ces savants savent très bien que ces bédouins renient la Résurrection et qu’ils se moquent de ceux qui la reconnaissent.

Ces bédouins se moquent de la religion et préfèrent celle de leurs ancêtres à celle du Prophète (r). Cela n’empêche pas à ces démons rebelles et ignorants d’avancer que ces bédouins ont bel et bien embrassé l’Islam, quoi qu’ils aient pu faire. L’important, c’est qu’ils disent lâ ilâh ilâ Allah. À les entendre, les Juifs seraient musulmans, car eux aussi le disent tout autant. Par ailleurs, leur état de mécréance est bien plus grave que celui des Juifs. J’entends par là, les bédouins qui répondent au signalement que nous avons donné. »[11]

 

Ailleurs, il explique que ces bédouins refusaient de se soumettre à la vraie religion par obstination (‘inâd) et moquerie. Ils s’acharnaient à suivre leur Tâghût aux dépens de la Loi d’Allah,[12] ce qui en soi est inexcusable. Ainsi, le discours ne sera pas le même en fonction des cas. Malheureusement, beaucoup ne perçoivent pas ces nuances ; c’est ce qui les fait sombrer dans la contradiction, la confusion, et surtout de fausses implications. ‘Abd Allah, le fils de l’Imam met en garde contre les fausses implications. Il explique qu’en condamnant le shirk, cela ne voue pas forcément la grande majorité de musulmans à l’apostasie, surtout ceux qui sont déjà morts.

À ses yeux, il n’est pas décent d’entrer dans les affaires de ceux qui ont quitté ce monde. Le discours véhément de aimmat da’wa s’adresse plutôt contre certains de leurs contemporains parmi les tribus de la Péninsule qui se sont opposées à leur prédication, la plupart du temps, par orgueil et obstination. Dans des cas plus rares, celles qui prenaient simplement la défense des tribus rebelles étaient tout autant passées au fil de l’épée. L’erreur est humaine, les Compagnons eux-mêmes n’y ont pas échappé. Il est difficile de se faire une idée précise sur tout le monde, surtout ceux des générations passées. Il est plus sage parfois, faute d’avoir suffisamment d’éléments en mains, de s’abstenir de donner un jugement. D’autant plus, qu’il est matériellement difficile, pour ne pas dire impossible, de distinguer entre ceux à qui on peut réellement donner des circonstances atténuantes et les autres. Gardons à l’esprit que aimmat da’wa n’ont pas kaffar les savants plus anciens, comme ibn Hajar el Haïthamî, qui avaient pourtant des erreurs dans la croyance (‘aqida).[13]

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

 



[1] Voir : Sharh risâla el Imâm el mujaddid (p. 193).

[2] Idem. (p. 193-194).

[3] Voir son opinion sur ibn ‘Arabî dans fath el Bârî (p. 107).

[4] Voir : kashf e-shubhataïn (p. 83).

[5] Voir : manhâj e-ta-sîs (p. 194).

[6] Dhiyâ e-Shâriq (p. 371-372).

[7] El matlab el hamîd (p. 71).

[8] E-durar e-saniya (10/391).

[9] Idem. (10/93-95)

[10] Voir : fatâwâ wa masâil comprise dans majmû’ muallafat e-Sheïkh (2/3/21-22).

[11] Voir : sitta mawâdhi’ min e-sîra.

[12] Voir : e-rasâil wa e-shakhsiât comprise dans majmû’ muallafat e-Sheïkh (3/2/116).

[13] E-durar e-saniya (1/334-336).

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Publié par mizab - dans Takfir
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