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12 mai 2012 6 12 /05 /mai /2012 10:27

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Shart sihha/shart kamâl

(Partie 2)

 

Que signifie le terme shart ?

 

Les péchés sont également de deux sortes : enfreindre une interdiction ou ne pas faire une obligation. Dans les deux cas, on parle de shart kamâl, en sachant que le terme shart est à prendre au sens large. Autrement dit, toute action dont la concrétisation dépend d’une autre action indépendamment de savoir si elle lui est intrinsèque (intérieure) ou extrinsèque (extérieur). Il faut comprendre que quand les spécialistes en ‘aqida parlent de shart dans les questions de l’îmân, ils font allusion à l’une de ses parties intégrantes, à l’inverse des spécialistes en usûl, comme nous l’avons vu (c’est toute la difficulté du sujet ndt.).

 

Exemples de shart chez les usûliyûns: les ablutions sont l’une des conditions de la prière, bien qu’elle soit extérieure à son entité. La raison est l’une des conditions de validité des rituels, mais sans en faire partie intégrante. L’intention qui est également une condition de validité des rituels s’inscrit dans le temps avant eux.

 

Néanmoins, le shart peut avoir un sens plus large. Par exemple, les légistes lui donnent le sens de pilier. Ex. : les piliers de la prière sont en réalité des shart, étant donné qu’elle dépend d’eux. En d’autres termes, sans eux, celle-ci n’est pas valable.

 

Ici, c’est exactement la même chose. Quand on dit que tel élément est un shart de la foi, que ce soit sihha ou kamâl cela ne veut pas dire qu’il n’en fait pas partie intégrante. En outre, les légistes utilisent le terme d’obligation pour désigner les éléments obligatoires de la prière qui ne relèvent pas des piliers. Ce choix n’est pas anodin, car en délaissant une obligation sans le faire express, le rituel n’est pas sanctionné d’annulation, bien qu’il ait moins de valeur.

 

Parler de shart kamâl pour la prière n’a aucun lien avec l’irja

 

Si cela est clair, il ne convient pas de taxer de murji un traditionaliste qui ne fait pas sortir de l’Islam l’abandon par fainéantise de l’un des piliers de l’Islam avec la prière à leur tête. De la même façon qu’il ne convient pas de taxer de kharijite un traditionaliste qui voit le contraire. Cette divergence est tolérée au sein des traditionalistes.

 

Ainsi, aux yeux de certains traditionalistes, l’abandon de la prière relève du shart sihha là, où pour d’autres il ne dépasse pas le shart kamâl. Les deux opinions étaient en vogue chez les anciens. Tous s’accordent à dire que la foi est composée de quatre éléments, comme nous l’avons vu : la croyance du cœur, l’acte du cœur, la reconnaissance verbale, et les actes intérieurs et extérieurs. Ce sont les textes qui font dire à un tel et un tel que la prière est soit shart sihha soit shart kamâl, non une croyance préconçue selon laquelle les actes sont extérieurs à la foi.

 

Les murjites

 

Les murjites se particularisent pour dire que les actes, en comptant les actes du cœur, sortent de la définition de la foi. Il existe certes de nombreuses diversifications chez les murjites, mais les plus connus sont les murjiya el fuqaha. Ces derniers limitent la foi au tasdîq du cœur et à la reconnaissance verbale. La foi serait uniquement l’association de ces deux éléments. Ils ne donnent même pas crédit aux actes du cœur et à fortiori aux actes extérieurs. Selon leur conception, les actes n’entrent pas dans la définition de la foi, bien qu’au même moment, ils accordent de l’importance aux rituels.

 

Parmi les points subsidiaires de leur crédo, nous avons la question selon laquelle les croyants ont tous le même degré de foi. Dans son fameux article de foi, Tahâwî admet une distinction entre eux au niveau des actes du cœur, non au niveau de la foi, (ce qui prouve que les murjiya el fuqaha dont il est l’un des représentants et commentateurs sortent les actes du cœur de la définition de la foi ndt.).

 

Ainsi, les murjites les plus célèbres sortent les actes intérieurs et extérieurs de l’entité de la foi. Ce crédo leur est caractéristique, bien qu’ils acceptent parfois l’idée qu’ils peuvent y entrer, mais uniquement de façon symbolique. Les murjiya el fuqaha, à l’instar d’Abû Hanîfa et des partisans de son école, ajoutent à cela l’obligation des rituels (qui touchent aux actes intérieurs et extérieurs) et l’interdiction de faire des péchés passibles de la punition divine. Ils se distinguent énormément en cela des murjites ultra. Cependant, ils ne considèrent pas les actes, quels qu’ils soient, comme faisant partie intégrante de la foi. C’est sur ce point que les grandes références anciennes ont ouvert avec eux un front de bataille.

 

Pour les murjites ultra avec les jahmites à leurs têtes, les péchés n’ont aucune influence négative sur la foi qui se confine dans la connaissance du Créateur, de la même manière que les bonnes œuvres n’intercèdent nullement en faveur du mécréant. Les anciens ont « excommunié » (kaffar) cette secte hérétique, car elle appelle en filigrane au libertinage, et à l’émancipation des lois (à l’instar de Paul de Tarse ayant perverti la religion chrétienne avec ce même procédé ndt.).

 

shart sihha et shart kamâl sont des terminologies nouvelles

 

Notons enfin qu’à ma connaissance pour reprendre les termes de Sheïkh el Barrâk, les grands Imâms de la première époque n’ont jamais eu recours à ce genre de vocabulaire (shart sihha soit shart kamâl). Les anciens se contentaient de dire que les actes faisaient partie intégrante de la foi, et s’opposaient avec force à ceux qui reniaient ce crédo. Ce n’est que récemment que certains commentateurs de hadîth ont soulevé la question de savoir si pour les murjites les actes ont un statut de shart kamâl, en se distinguant ainsi des traditionalistes pour qui il aurait un statut de shart sihha (ce point mérite de plus amples explications ndt.). Maintenant, nous savons qu’il n’est pas juste tout à fait juste de présenter la chose de cette façon.

 

Comment entre-t-on dans l’Islam ?

 

On entre dans l’Islam en fournissant trois éléments : le tasdîq et l’inqiyâd du cœur, et la prononciation verbale de son adhésion. S’il l’un d’eux manque, on ne peut aspirer réellement à l’Islam. Il y a donc une reconnaissance intérieure (le cœur) et extérieure (la langue). Quand on entre dans l’Islam, on s’engage à adhérer à toutes ses lois. C’est ce que les savants appellent l’iltizâm et qui est la somme de la soumission intérieure et de la reconnaissance verbale. Soit, donner foi à tous les enseignements du Prophète (r), tout en émettant la ferme intention de se soumettre à son obéissance.

Le tasdîq est antonyme au shakk (douter de la véracité de ses enseignements), au takdhîb (les démentir soit avec le cœur soit avec la langue), et à l’i’râdh (y rester indifférents sans spécialement les démentir ni en douter).

L’inqiyâd est antonyme au ibâ (refuser de s’y soumettre pour x raisons), à l’istikbâr (refuser de s’y soumettre par orgueil), et à el kirâha (les détester).

La reconnaissance verbale est antonyme au takdhîb (les démentir avec la langue pour x raisons) au juhûd (les démentir avec la langue tout en y donnant foi avec le cœur), l’i’râdh, mais aussi l’hypocrisie (nifâq) qui consiste à les reconnaitre verbalement, mais sans y donner foi avec le cœur (mécréance intérieure/croyance extérieure). C’est le contraire du juhûd (croyance intérieure/mécréance extérieure), en sachant que l’hypocrisie peut être motivée par l’une des formes de mécréance citées plus haut (shakk, takdhîb, i’râdh, ibâ, stikbâr, el kirâha).

 

Les formes de mécréance :

 

Il existe six formes de mécréance qui s’oppose à l’essence même de la foi :

1-       Kufr takdhîb

2-      Kufr shakk

3-      Kufr i’râdh : notons qu’il incombe un nombre d’actes minimum propres à l’Islam comme la prière, l’aumône légale, le jeûne, le pèlerinage ; en d’autres termes, des vertus qui ne sont pas propres à l’Islam, comme la bonté envers les parents, la loyauté, ne suffisent pas en eux-mêmes pour sortir de ce cas de figure. En outre, il faut distinguer entre les actes qu’on fait par nature ou par habitude et qui sont propres à tout le monde, et ceux auxquels on donne un portée religieuse.[1]

4-      Kufr ibâ

5-      Kufr juhûd

6-      Kufr nifâq

Dans le domaine de l’ibâ et l’istikbâr, nous avons l’imtinâ’ (refus de suivre le Messager (r)), à la manière d’Abû Tâlib, et des Juifs en général. Ces derniers reconnaissent ouvertement et au fond d’eux la véracité de la mission mohammadienne, mais refusent de le suivre par jalousie, impiété, chauvinisme, orgueil. D’autres, comme certains hypocrites, la reconnaissent du bout des lèvres, mais pas au fond d’eux.

 

Comment sort-on de l’Islam ?

 

L’apostasie se concrétise à trois niveaux :

-              Au niveau de la reconnaissance verbale en s’y opposant avec l’une des six formes de mécréance citées plus haut.

-              Au niveau de l’attestation elle-même, en s’opposant soit à ses fondements proprement dits, et qui réclament de renoncer au tâghût et à unifier Allah dans trois domaines (Sa Seigneurie, Sa divinité, Ses Noms et Attributs).

-              Soit en s’opposant clairement dans les faits à ses exigences et ses implications.

 

En règle générale, tout ce qui s’oppose à l’adhésion et à la reconnaissance intérieure et extérieure à l’Islam est synonyme d’apostasie. Seule la contrainte fait exception. Les six formes de mécréance que nous avons évoquées plus haut s’opposent littéralement à l’attestation de foi soit intérieurement soit extérieurement, en sachant que le statut d’apostat tient compte uniquement des apparences. Celui, par exemple, qui embrasse l’Islam par hypocrisie, sera considéré musulman jusqu’au jour où il affiche une annulation de l’Islam. Dès lors, nous le jugeons apostat, bien qu’il n’ait jamais été vraiment musulman. Ainsi, de la même manière qu’on entre en Islam grâce à son adhésion intérieure et verbale, on en sort en la remettant littéralement en question. L’adhésion extérieure fait jouir des droits séculiers d’un musulman, à l’image de l’hypocrite.

 

La première partie de l’attestation (lâ illâh illâ Allah) touche à la croyance et la seconde (Mohammed rasûlu Allah) à la pratique.

 

L’abandon de la prière

 

Il s’agit de ne jamais prier, sauf pour ne pas embarrasser les autres, ou par peur, voire par honte, quitte à la faire sans ablutions. Cet abandon remet littéralement en question l’adhésion à son caractère obligatoire. Il incombe donc de distinguer entre plusieurs formes d’abandon (tark). Les savants traditionalistes divergent, en effet, sur cette question. Il existe plusieurs cas de figure. Il y a l’abandon occasionnel dans le sens où l’individu n’est pas assidu à la prière ; il lui arrive, par négligence ou fainéantise d’en rater quelques-unes. Il y a le cas, comme nous l’avons vu, de celui qui ne daigne jamais prier. C’est à la lumière de cette distinction entre les cas qu’il incombe de lire la divergence sur le sujet.

 

Quand certains savants mettent au compte de l’apostasie l’abandon de la prière, ils font allusion à l’abandon total, non occasionnel. L’abandon total est lié à l’i’râdh kullî (se détourner totalement de la religion) qui est encore une autre annulation de l’Islam. L’abandon de la prière est une forme particulière d’i’râdh, soit de se détourner totalement de la prière. Un même individu peut s’en détourner totalement, mais tout en observant le jeûne qui est un rituel collectif dans le sens où on se réunit pour manger ou autre.

 

Quoi qu’il en soit, trois tendances se dégagent sur la question. La grande majorité des savants ne kaffar pas târik e-salât, mais sans préciser à partir de quelle limite ils se basent. Pour certains, il suffit de rater volontairement une seule prière pour devenir apostat. Pour d’autres, à l’inverse, il suffit de reconnaitre son aspect obligatoire pour rester musulman. Les derniers coupent la poire en deux et distinguent entre l’abandon partiel qui ne rend pas apostat, et l’abandon total qui fait sortir de l’Islam. Ibn Taïmya se « rallie » à cette dernière tendance qui fait la différence entre ne jamais prier et ne pas être assidu à la prière, comme c’est le cas de la plupart des gens.[2] Il nuance entre l’abandon et le manque d’assiduité, de ponctualité, et d’observance rigoureuse.

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 



[1] Voir : majmû’ el fatâwâ d’ibn Taïmiya (7/621) ; selon un chercheur, il est possible d’abandonner les quatre piliers de l’Islam, tout en gardant certains autres actes [Voir : nawâqidh el îmân el i’tiqâdiya qui est une thèse universitaire du D. Mohamed el Wuhaïbî (2/137-138).]. Il s’inspire d’un texte d’ibn Taïmiya (le même que celui de Sheïkh el Barrâk) dans lequel il explique qu’un mécréant peut être loyal, juste, et honnête, sans pour autant devenir musulman, s’il ne se soumet pas à la Législation mohammadienne. On ne peut prétendre à l’Islam sans ne fournir aucune de ses obligations. L’essentiel, ce n’est pas de faire des actes, mais c’est de les faire d’une part avec foi et d’autre part, dans le cercle de la législation musulmane. En adhérant (dans la conviction et les actes) à ces deux conditions, on obtient le jisn el ‘amal, qui n’est donc pas propre aux quatre piliers de l’Islam, wa Allah a’lam !

 

[2] Voir : majmû’ el fatâwâ d’ibn Taïmiya (22/49, 22/61).

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Publié par mizab - dans Takfir
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