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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 17:55

La divergence sur le ‘udhr bi el jahl

(Partie 2)

La divergence entre savants contemporains sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar

Voici une liste de treize savants (sans n’être exhaustive, elle est représentative de la température ambiante) qui établissent la divergence sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar ; certains d’entre eux ont certes un autre discours faisant d’eux des anti ‘udhr, ne serait-ce que dans les faits, mais je l’ai volontairement occulté, car connu de tous, et surtout de ceux-là mêmes qui nient l’évidence, et qui jettent l’opprobre sur les tenants de l’autre opinion. Il arrive donc à ces fameux savants d’avoir deux positions contradictoires, en sachant que, comme nous allons le voir, nul n’est à l’abri de l’erreur, en dehors du Prophète (r). Cela dit, il est possible de conjuguer entre elles et de les orienter dans le bon sens, comme nous l’avons fait ailleurs, autant que faire se peut, mais jamais au détriment de la vérité ni de l’honneur des traditionalistes dont la viande est régulièrement jetée en pâture…

1- Mohammed Rashîd Ridâ

« La preuve céleste n’est pas établie contre celui qui ne comprend pas la prédication… Cette question fut l’objet d’une divergence entre les grands savants contemporains du Najd lors d’une assemblée à La Mecque de l’Imam ‘Abd el ‘Azîz ibn ‘Abd e-Rahmân ibn Faïsal Âl Sa’ûd. l’argument le plus fort fut en faveur du Sheïkh ‘Abd Allah ibn Bulaïhid disant qu’il était essentiel de comprendre la preuve céleste afin qu’elle soit établie ; sa présence en elle-même ne suffisant pas si elle n’était pas comprise. Pour appuyer ses dires, ce dernier s’inspira d’un passage d’ibn el Qaïyim – qu’Allah lui fasse miséricorde – qui était clair sur la question. Il parvint ainsi à convaincre les autres membres de l’assemblée. »[1]

Plus loin, il donne plus de détail : « Cette restriction de la part du Sheïkh (en parlant de Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb ndt.) qui impose ici une compréhension minimum dissipe la confusion qui s’impose à l’esprit en lisant d’autres passages de ses œuvres. En s’en tenant à ces derniers passages, certains savants du Najd soutiennent que la présence du Coran est suffisante pour établir la hujja contre les hommes, quand bien même ils ne comprendraient pas son message. Cette conception illogique s’oppose au Verset disant : [Celui qui s’écarte du Messager, après avoir distingué la bonne voie].[2] Elle ne va pas non plus dans le sens des thèses soutenues par les grands spécialistes et disant qu’il est nécessaire de faire comprendre le prêche prophétique (da’wa) avec ses arguments, avant d’établir la hujja »[3]

2- Sheïkh ‘Abd e-Rahmân e-Sa’dî a imaginé un dialogue entre deux tenants antagonistes sur la question.[4]

3- Mohammed Amân el Jâmî

Dans ses cassettes audio, et plus particulièrement dans sharh el ‘aqîda el wâsitiya, Mohammed Amân el Jâmî souligne que de grands spécialistes, à l’image d’ibn Taïmiya, ne font pas la différence dans les questions du ‘udhr entre les usûls (dont le shirk akbar fait partie) et les furû’. Il laisse ainsi entendre que d’autres savants la font. À ses yeux, la plupart des campagnards qui pratiquent le shirk autour des mausolées sont excusables, car, malgré leurs bonnes intentions, ils sont mal orientés par les mauvais savants. Il rappelle, à la manière d’ibn Taïmiya, que l’iqâma el hujja varie en fonction des époques, des endroits et des personnes.

4- Sheïkh ‘Abd ‘Azîz ibn Bâz

Sheïkh ‘Abd ‘Azîz ibn Bâz – Allah lui fasse miséricorde – affirme : « Les sollicitations divines (tawwasul) sont ainsi de deux sortes :

  • Premièrement : solliciter Allah par l’intermédiaire du rang d’un tel ou du droit d’un tel. C’est une forme d’innovation sans atteindre le degré de mécréance.
  • Deuxièmement : interpeller directement cet untel dans les invocations en disant : Ô maître un tel ! Donne-moi la victoire sur un tel ou guéris notre malade. Ce cas relève de la grande association. Bien que les auteurs de telles pratiques qualifient ce procédé de sollicitation, il n’en demeure pas moins caractéristique à l’ère païenne.

La première sorte relève de l’innovation ; elle constitue un moyen de faire parvenir à l’association. Lorsqu’on lui a indiqué Sheïkh ibn ‘Abd el Wahhâb) : « Ils prétendent les invoquer, car ils sont des élus vertueux (ou des saints). Nous savons très bien que toute chose est entre les Mains d’Allah mais ils ne sont que des intermédiaires. » Il a répondu : « C’est exactement la façon dont se comportaient les premiers païens. En invoquant : à l’aide Ô Badawî ! Au secours Ô Husaïn ! Ils ne changent en rien des pratiques d’Abû Jahl et des gens de son espèce, ceux qui revendiquaient : (Nous les adorons uniquement pour qu’ils nous rapprochent d’Allah davantage).[5] (Ceux-là sont nos intercesseurs auprès d’Allah).[6] » Ces invocations sont de la pure mécréance et correspondent à associer quelqu’un au Tout-Puissant. Or, les savants divergent sur le statut de l’auteur d’une telle pratique : faut-il le considérer mécréant au premier abord ou bien attendre de lui faire comprendre son erreur à la lumière des Textes en s’assurant qu’il les a bien assimilés ? Il y a deux opinions sur la question.

La première : affirme que l’auteur d’une telle parole devient mécréant à partir du moment où il commet un acte de mécréance établi ; ce genre d’association est si clair que les Textes ne peuvent échapper à personne. La seconde : soutient que de tels individus peuvent être des ignorants, sans compter que leurs mauvais savants les ont induits à l’erreur. Le cas échéant, il est impératif de leur expliquer et de leur montrer la chose de sorte qu’ils comprennent leur faute. Allah révèle en effet : (Nous n’allons châtier personne avant d’envoyer un messager).[7] Après leur avoir fait comprendre en leur disant : telle chose n’est pas faisable, Allah a dit ceci, le Messager a dit cela, et leur avoir expliqué les Textes, s’ils restent sur leur position, cela est synonyme de mécréance.

Quoi qu’il en soit, l’acte en lui-même est un acte de mécréance et il relève de la grande association. Il demeure le statut de l’auteur d’un tel acte qui est sujet à discussion : faut-il le considérer mécréant ou bien remettre son sort à Allah ? Il est possible de le considérer comme les peuples pendant l’intervalle de la révélation qui se distinguent pour n’avoir reçu aucun message, aucune orientation. Son sort est donc entre les Mains d’Allah Tout-Puissant pour avoir mal été orienté de la part des mauvais savants. »[8]

Extrait du livre : sî’at Rahmat Rabbi el ‘Âlamîn lil juhhâl el mukhâlifîn li e-sharî’a min el muslimîn de Saïd ibn Sa’d e-Dîn el Ghabashi. La préface est une lettre de Sheïkh ‘Abd el ‘Aziz ibn Bâz – Allah lui fasse miséricorde – adressée à l’auteur, et datant du : 7/5/1403 h. à travers ce courrier, le Sheïkh exprime son approbation à l’égard de ce livre et donne son aval pour l’imprimer.

Par la suite, le Sheïkh associa sa voix à la lajna dâima (fatwa n° 11043) qui devait, entre autres, donner son avis sur ce fameux livre d’el Ghabashi. Cette fatwa, qui compte parmi ses signataires, ‘Abd e-Razzâq el ‘afîfî[9] explique notamment qu’après l’iqâma el hujja, l’invocation des morts excluent son auteur de la religion ; il perd donc ses droits de musulman sur terre et mérite l’Enfer éternel dans l’au-delà. Enfin, elle met en garde de kaffar ses frères muwahhidîn qui offrent des circonstances atténuantes aux quburites, étant donné qu’ils sont motivés par une shubha, qui contrairement aux allégations du Sheïkh Jarbû’, porte sur l’obligation d’établir contre eux la preuve céleste avant de porter sur eux tout jugement. En cela, ils n’ont pas la même approche avec les Juifs, les chrétiens et les communistes, considérés mécréants d’entrée. Nul doute qu’en s’abstenant de kaffar ces derniers, on commet une annulation de l’Islam. En définitive, le Comité permanent dit le contraire de ce que lui prête le Sheïkh ‘Abd Allah, faisant ainsi étrangement preuve d’une grande approximation…

Or, quand bien même, le grand Mufti condamnerait réellement les tenants du ‘udhr, cela signifierait purement et simplement qu’il se contredit en regard de son autre position sur le même ouvrage et de ses autres fatwâ comme nous allons le voir ; en sachant, comme le souligne ibn Taïmiya, qu’en dehors des Prophètes, personne parmi les savants n’échappe à la contradiction.[10]

Par ailleurs, ce même Sheïkh ibn Bâz n’a pas kaffar des auteurs du Golf, notamment saoudiens ayant publié dans les journaux ou ailleurs des vers vantant les vertus de pratiques païennes, comme l’istighâtha bi e-nabî. Il s’est contenté de les ramener à l’ordre et de les inviter à se repentir ; en voici trois d’entre exemples :

  • Le poète Mohammed Hasan Faqî auteur de la qasîda el masjidân,
  • Khâlid Mohammed Mohammed Salîm qui publia sa poésie dans le sharq el awsat,
  • L’auteur de vers ayant pour pseudonyme Amîna, et paru dans le quotidien koweïtien el mujtama’.[11]

Sheïkh ‘Abd el ‘Aziz fit le commentaire de taïsîr el ‘Azîz el Hamîd. Publié avec el fawâid el ‘ilmiya min e-durûs el bâziya, il fut préfacé par Sheïkh el Fawzân. Dans les questions, on l’interrogea notamment sur le statut de ceux qui commettent du shirk akbar. Il démontre dans un premier temps que l’acte en lui-même est clairement du shirk faisant sortir de l’Islam. Puis, il est plus évasif quand il s’agit de se prononcer sur un cas particulier, sous prétexte que la question d’iqama el hujja est sujette à un examen approfondi dans les milieux savants.[12]

Dans la question suivante, il est plus explicite. Si, aux yeux de certains érudits, le ‘udhr bi el jahl n’est pas attribué dans le shirk akbar, ce n’est pas l’avis, nous apprend-il en substance, d’autres de leurs confrères qui imposent l’iqâma el hujja, et qui font donc la distinction entre l’acte de shirk et son ism (dans le sens de wasf), et le statut de leur auteur et son hukm. Après quoi, si l’intéressé persiste dans son égarement, il sera mis à mort pour apostasie. Il doit donc comprendre qu’il est dans l’erreur et revenir à la vérité pour échapper aux sanctions prévues en conséquence.[13]

Plus loin, il souligne qu’une restriction au takfir comme l’ignorance peut faire obstacle au takfîr mu’ayyin, bien que l’acte en lui-même relève sans le moindre doute possible des pratiques préislamiques (je ne rentre pas dans les considérations de ne pas l’appeler mushrik pour des raisons de da’wa ; qu’on n’aille pas dire que je tronque ses paroles). Il fait donc toujours la distinction entre le hukm et le ism. La question suivante, il met en avant la position de certains savants sur l’obligation d’iqâma el hujja, même pour les questions de shirk akbar. Ces derniers supposent en effet qu’il peut être ignorant ou, pour une raison ou pour une autre, avoir été induits en erreur.[14]

À suivre…

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

[1] majmû’ e-rasâil e-najdiya (5/514-519).

[2] Les femmes ; 115

[3] majmû’ e-rasâil e-najdiya (5/638).

[4] Ce débat est retranscrit dans les fatâwâ e-sa’diya (578-584) ; voir également : e-tibyân fî ta-sîl masâil el kufr wa el îmân de Fathî el Mawsilî (232-238).

[5] Le rassemblement ; 3

[6] Yûnas ; 18

[7] Le Voyage nocturne ; 15

[8] Extrait du livre : sî’at Rahmat Rabbi el ‘Âlamîn lil juhhâl el mukhâlifîn li e-sharî’a min el muslimîn de Saïd ibn Sa’d e-Dîn el Ghabashi.

[9] Ce dernier établit que les qubûriyins sont des apostats après iqâma el hujja, et avant cela, ils sont des ignorants comme les Compagnons qui avaient demandé au Prophète () de leur désigner un arbre sur lequel il suspendrait leurs armes (ashâb el anwât) ; voir : fatâwa wa rasâil samâhat Sheïkh ‘Abd e-Razzâq ‘Afifî (1/172).

[10] Majmû’ el fatâwâ (29/42).

[11] Pour les réponses du Sheïkh ibn Bâz : voir respectivement ses fatâwâ (2/406, 411, et 108-109).

[12] El fawâid el ‘ilmiya min e-durûs el bâziya (2/46).

[13] El fawâid el ‘ilmiya min e-durûs el bâziya (2/49).

[14] El fawâid el ‘ilmiya min e-durûs el bâziya (2/273-274) ; le site suivant a traduit les deux dernières fatwas en entier : http://forum.daralhadith-sh.com/discussion/460/cheikh-ibn-baz-sur-le-fait-de-declarer-un-individu-precis-mecreant/p1

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Publié par mizab
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commentaires

magnetix 02/06/2014 14:24

Thanks for taking the time to discuss this, I really want to know more about this man Rida and his associates in making this nation rich with events.He is committed to it. I feel strongly about it and love learning more on this topic