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9 avril 2017 7 09 /04 /avril /2017 12:41

 

 

La Bible, le puits, le vivier qui dessert… la Mecque

(Partie 1)

Psaume 84 (84.5) Heureux ceux qui habitent ta maison ! Ils peuvent te célébrer encore.

(84.6) Heureux ceux qui placent en toi leur appui ! Ils trouvent dans leur cœur des chemins tout tracés.

(84.7) Lorsqu'ils traversent la vallée de Baca, Ils la transforment en un lieu plein de sources, Et la pluie la couvre aussi de bénédictions.

 

Souvent, plus un indice est gros plus il passe inaperçu ; c’est pourtant cette piste par laquelle aurait du commencer toute enquête sérieuse sur l’existence historique de La Mecque tant celle-ci foisonne d’éléments probants…

 

Voir : Takhjîl man harrafa at-Tawrât wal  Injîl du cadi Sâlih e-Ja’farî, un auteur médiévale qui utilise une ancienne version arabe de la Bible. On peut toujours contester la pertinence de l’exégèse de certains passages, mais cela n’ébranle en rien le constat sans appel que, de manière générale, la Bible entérine l’historicité de la Mecque.

 

Voir : http://mizab.over-blog.com/article-84-annonces-de-mohammed-dans-la-bible-partie-1-110193011.html

 

Paran

 

La Thora mentionne dans sa version traduite en arabe : « Le SEIGNEUR est venu du Sinaï, pour eux il s’est levé à l’horizon, du côté de Seïr, il a resplendi du côté de Parân. »[1]

 

Voir : http://mizab.over-blog.com/article-paran-partie-1-112170772.html

 

Voici un autre exemple de l’annonce de Mohammed (r) à travers les paroles de Sham’ûn, comme nous le dévoile l’une de leurs traductions reconnues où il est dit : « Dieu est venu avec les preuves évidentes du mont Parân. Sa louange et la louange de son peuple ont empli la terre »[2] Voici l’annonce explicite de la venue de Mohammed (r) ; il a reçu la révélation dans les montagnes de Farân ; sa louange et celle de sa communauté ont empli les cieux et la terre. Personne en dehors de cet homme n’est sorti de Farân pour emplir de sa louange et de celle de sa communauté, les cieux et la terre.

 

Le Messie ne sait jamais rendu sur les terres de Parân, et Moussa a reçu sa révélation sur le mont Tûr (Sinaï) qui ne se trouve pas sur les terres de Parân. Bien que le désert entre le mont Tûr et les terres du Hijâz entre dans son territoire, néanmoins la Thora n’a point été révélée dans cette contrée. Par ailleurs, la Thora avait déjà été annoncée sur le mont Tûr tandis que l’Évangile a été révélée sur le mont Seïr. Dans cet ordre, il est annoncé dans les prophéties de Habaquq : « Dieu vient de Témân, le Saint du mont Parân. Sa majesté comble le ciel. Sa louange (celle d’Ahmed) emplit la terre. Le sort des peuples est dans sa main droite. La terre est allumée de sa lumière et ses chevaux montent sur la mer. »[3]

 

Ce genre d’annonce est également faite dans le passage de la Thora, qu’ils détiennent actuellement, dans le premier de ses cinq livres.[4] Le neuvième chapitre exactement relate l’histoire où après s’être séparée de Sara, Hagar reçoit les paroles de l’ange lui disant : « « Hagar, [servante de Sara,] d’où viens-tu et où vas-tu ? » Elle répondit : « je fuis devant Sara ma maîtresse. » L’ange du SEIGNEUR lui dit : « Retourne vers ta maîtresse et plie-toi à ses ordres. » L’ange du SEIGNEUR lui dit : « Je multiplierai tellement ta descendance qu’on ne pourra la compter. » L’ange du SEIGNEUR lui dit : « Voici que tu es enceinte et tu vas enfanter un fils, tu lui donneras le nom d’Ismaël car le SEIGNEUR a perçu ta détresse. Véritable âne sauvage, cet homme ! Sa main contre tous, la main de tous contre lui. À la face de tous ses frères, il demeure. » »[5]

 

Au sujet de cette annonce, les spécialistes soulignent qu’Il est notoire que la main des enfants d’Ismaël avant l’avènement de Mohammed (r) n’avait jamais été au-dessus de celle des enfants d’Israël ; ces derniers se distinguaient plutôt par la prophétie et l’écriture. Ils étaient en effet entrés en Égypte avec Jacob à l’époque de Joseph.

 

Dans cette période, les fils d’Ismaël ne concédaient aucun ascendant sur ces derniers. Ils en sortirent avec l’avènement de Moïse ; ils étaient d’ailleurs à ses côtés les hommes les plus puissants de la terre. Personne ne pouvait alors rivaliser avec eux. Il en fut ainsi pour les générations suivantes de Josué à David en passant par Salomon qui reçut un pouvoir concédé à nul autre.[6] Par la suite, lors de l’invasion de Nabuchodonosor, les fils d’Ismaël n’avaient toujours aucun ascendant sur eux.

Après l’avènement du Messie, les Juifs subirent la destruction du temple[7] pour la deuxième fois étant donné qu’ils avaient semé la corruption sur terre à deux reprises. Depuis cette période, leur règne s’est dissolu, et Allah les dispersa sur terre en de multiples communautés.[8] Ils ont vécu ainsi sous l’autorité des Romains et des Perses. Les Arabes d’alors n’avaient pas plus d’autorité sur eux que les autres nations. D’ailleurs, les enfants d’Ismaël n’avaient d’ascendant sur aucun peuple ; ni parmi les gens du Livre ni parmi les incultes (ou illettrés, ignorants). Avant l’avènement de Mohammed (r), ils n’avaient pas la particularité d’avoir la main au-dessus de tous, comme l’avaient souhaité Ibrahim et son fils qui implorèrent : (Seigneur ! Envoie-leur un Messager issu d’eux afin qu’il leur récite Tes Versets, qu’il leur enseigne le Livre et la Sagesse, et qu’il les élèvent ; Tu es certes le Fort et le Sage).[9]

C’est avec l’éclosion de l’Islam que la main des fils d’Ismaël s’installa au-dessus de tous. Aucun empire sur terre ne fut aussi puissant ; Perses et Romains étaient sous leur domination. Ils ont assujetti les Juifs, les chrétiens, les mazdéens, les polythéistes, et les sabéens. Ainsi, la parole de la Thora s’est réalisée : « Sa main au-dessus de tous et toutes les mains sous la sienne. » cette prédication va se perpétuer jusqu’à la fin des temps. S’il est dit que cette annonce porte en fait sur son royaume et sa puissance, nous répondons qu’il existe deux sortes de royaumes : un royaume qui ne revendique pas la prophétie ; le cas échéant, les enfants d’Ismaël n’ont pas la main au-dessus de tout le monde ; et un royaume issu de la prophétie ; dans ce cas précis il est prévu pour les imposteurs : (Qui est plus injuste que celui qui forge un mensonge sur Allah et qui se targue de recevoir la révélation alors qu’il n’en est rien).[10]

 

L’auteur d’une telle revendication est le pire des hommes, c’est le plus grand menteur, le plus pervers, et le plus injuste qui soit. Son empire est pire que celui des tyrans qui ne revendiquent pas la prophétie à l’instar de Nabuchodonosor et de Sennachérib. Ce genre de royaume ne peut en tout état de cause avoir été annoncé à la grande joie de Sara et d’Ibrahim. S’il était dit par exemple qu’il y aura bientôt un tyran despote qui fera régner la terreur à travers la tuerie, la captivité des femmes, et la spoliation des biens. Personne ne dira que c’est une bonne nouvelle, faisant la joie de celui qui l’entend. Pour cela, il aurait fallu que le roi en question fasse régner la justice, et que sa domination soit louable non condamnable. C’est aussi valable pour le roi qui revendique la prophétie, et dont la sincérité le distingue de l’imposteur.

 

L’annonce de Habaquq

 

Habaquq, dont la prophétie mentionne le nom du Messager d’Allah à deux reprises, nous apprend : « Dieu vient de Témân, le Saint du mont Parân. La majesté de Mohammed comble le ciel. Sa louange (celle d’Ahmed) emplit la terre. Les rayons de son regard sont comme la lumière, il entoure son pays de sa puissance, la mort marche devant lui, les rapaces deviennent ses soldats. Il s’est levé et a essuyé la terre, alors les montagnes antiques se sont pliées à lui, les collines se sont baissées, et les tentes des gens de Madiân ont été secouées. »[11]

Plus loin, Il poursuit : « Ta colère contre les rivières et ta fureur s’est emportée contre les mers, tu grimpes sur tes chevaux et tu montes sur tes chars. Ton arc est à moitié mis à nu, et tes flèches s’abreuvent sur ton ordre, Ô Mohammed ! Lorsque les montagnes t’ont vu, elles ont tremblé et se sont détournés de toi les trombes des torrents. Les lâches ont changé pleins d’effrois. Ils ont levé les mains avec peur et humilité. Les armées ont atteint la lueur de tes lances et à la lumière de tes flèches, tu vaincs la terre de fureur, et tu foules les nations de colère, car tu es apparu pour le salut de ton peuple et pour sauver l’héritage de tes ancêtres. »[12]

 

Ce passage mentionne explicitement Mohammed. Prétendre que la prophétie de Habaquq ne correspond pas à Mohammed, c’est comme vouloir couvrir le jour où arrêter le cours des rivières, mais comment le pourrait-on ? Il a cité son nom à deux reprises, il a informé de la puissance de son peuple et de la mort qui marche devant eux. Les oiseaux prédateurs vont suivre leurs traces. Cette prophétie ne peut que correspondre à Mohammed ; celle-ci lui est tout à fait désignée. Chercher à lui donner un autre sens c’est vouloir l’impossible. Il y est précisé que la lumière d’Allah va sortir à Témân qui se trouve dans les environs de La Mecque et du Hijâz, alors que les prophètes israélites venaient de la région du Shâm. Mohammed vient donc des environs du Yémen. Les montagnes de Farân sont les montagnes de La Mecque comme nous l’avons déjà expliqué, et personne ne peut le contester.

Le ciel s’est rempli de la splendeur de Mohammed grâce à la lumière de la foi et du Coran qui ont émané de lui et de sa communauté. Il est évident que la terre s’est remplie de ses louanges et de celles de sa communauté au cours des prières. Ils sont des louangeurs ; ils doivent absolument louer Allah à chaque prière et à chaque sermon. Tout fidèle doit dire dans chaque rak’a de son rituel : (Louange à Allah • Le Très Miséricordieux et le Tout Miséricordieux • Seigneur de l’univers • Le Roi du Jour des Comptes).[13] Quant il dit : (Louange à Allah), Allah lui répond : « Mon serviteur m’a loué. » Quant il dit ensuite : (le Très Miséricordieux et le Tout Miséricordieux), Il lui répond : « Mon serviteur M’a fait les éloges. » Quant il dit : (le Roi du Jour des Comptes), Il répond : « Mon serviteur M’a encensé. »[14] Ils commencent et finissent la prière par les louanges. En se relevant de l’inclination, l’Imam dit : « Allah entend celui qui le loue. » Dès lors, toute l’assemblée répond : « Notre Seigneur ! À Toi les louanges. » En conclusion à la prière, ils prononcent les salutations, les prières, et les belles paroles en l’honneur de leur Seigneur, et toute sorte de louanges qu’il serait long à recenser.

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

[1] Deutéronome ; 33-1, 3 

[2] La recension de l’œuvre d’ibn Taïmiya El Jawâb e-Sahîh a été effectuée dans le cadre d’une thèse de doctorat par trois chercheurs ; ces derniers n’ont pas toujours mis la main sur certains textes en possession d’ibn Taïmiya comme c’est le cas ici. (N. du T.)

[3] Habaquq ; 3, 3-4 voici le texte de la version entre nos mains : « Dieu vient de Témân, le Saint du mont Parân. Sa majesté comble le ciel. Sa louange emplit la terre. La lumière devient éclatante. Deux rayons sortent de sa propre main : c’est là le secret de sa force.»

[4] Ceux-ci forment le Pentateuque. (N. du T.)

[5] La Genèse : 16.7-12 ; L’auteur se réfère à des versions vraisemblablement différentes de la traduction œcuménique contemporaine, ce qui jette d’autant plus le discrédit sur la Bible compte tenue des multiples évolutions qu’elle a subies à travers les siècles, sans parler des différences de traductions. En effet, ses termes sont les suivants : « Il mettra sa main au dessus de tous. » Le sens est ainsi radicalement différent ! Par ailleurs, l’expression « âne sauvage » qu’André Chouraqui traduit par « onagre humain » est une transformation du terme hébreu para désignant la multitude. Les traducteurs de la Bible ont cherché à travers cela à détourner le sens de l’annonce faite en l’honneur d’Ismaël. Voir : la recension du livre dont nous traduisons le passage Takhjîl man harrafa at-Tawrât wal Injîl ; qui fut élaborée dans le cadre d’une thèse ès doctorat par le Dr. Mahmûd ‘Abd ar-Rahmân Qadah.

[7] La destruction du temple et le massacre de ses habitants furent conduits par Titus en 7O apr. J.-C. (N. du T.) Voir : http://mizab.over-blog.com/article-the-kingdom-of-heaven-partie1-66674889.html

[8] Cet exode est connu sous le nom de la diaspora. (N. du T.)

[9] La vache ; 127-129

[10] Le bétail ; 93

[11] Habaquq ; 3. 3-7 voici le texte de la version entre nos mains : « Dieu vient de Témân, le Saint du mont Parân. Sa majesté comble le ciel. Sa louange emplit la terre. La lumière devient éclatante. Deux rayons sortent de sa propre main : c’est là le secret de sa force. Devant lui marche la peste, et la fièvre met ses pas dans les siens. Il s’est arrêté, il a pris la mesure de la terre. Il a regardé et fait sursauter les nations. Les montagnes éternelles se sont disloquées, les collines antiques se sont effondrées. À lui les antiques parcours ! J’ai vu les tentes de Koushân réduites à néant ; les abris du pays de Madiân sont bouleversés.»

[12] Habaquq ; 3.8-15 Dans la version actuelle, il est dit : « Le SEIGNEUR s’est-il enflammé contre des rivières ? Ta colère s’adresse-t-elle aux rivières, ta fureur à la mer, lorsque tu montes sur tes chevaux, sur tes chars victorieux ? Ton arc est mis à nu, les paroles des serments sont des épieux. Tu crevasses la terre par les torrents. Les montagnes t’ont vu ; elles tremblent. Une trombe d’eau est passée, l’Abîme a donné de la voix, il a tendu ses mains vers le haut. Le soleil et la lune se sont arrêtés dans leur demeure à la lumière de tes flèches qui partent, à l’éclat foudroyant de ta lance. Tu parcours la terre dans ton courroux, tu foules aux pieds les nations dans ta colère. Tu es sorti pour le salut de ton peuple, pour le salut de ton messie. Tu as décapité la maison du méchant : place nette au ras des fondations ! Tu as percé de leurs propres épieux la tête de ses chefs, alors qu’ils arrivaient en tempête pour m’écarteler allègrement, comme si, dans l’embuscade, ils dévoraient déjà le vaincu. Tu as frayé le chemin de tes chevaux dans la mer, dans le bouillonnement des eaux puissantes. » 

[13] L’ouverture ; 1-3

[14] Voir : Muslim (n° 395).

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4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 12:12

 

L’invention de La Mecque

(Partie 6/4)

 

La poésie préislamique

C’est la première source vers laquelle auraient du se tourner nos détectives en herbe, qui, du haut de leur paternalisme, en oublient les fondamentaux de la profession ![1] Certains poèmes décrivent le pèlerinage avant l’avènement de la dernière des religions.[2]

 

L’Histoire de la Péninsule juste avant l’avènement de l’Islam

 

En 525, les Éthiopiens s’emparèrent de l’Arabie méridionale, et, selon la tradition, ils supprimèrent en 530 le dernier roi himyarite, Dhû Nuwâs, converti au judaïsme. Ryckmans a découvert une inscription de 518 qui relate une expédition abyssine dirigée contre lui. Il a trouvé en outre une inscription qui donne le véritable nom de Dhû Nuwâs. On est là dans les ruines d’une grande cité que l’on désigne par son nom dans le Coran, Ukhdûd : « Ils furent tués, y lit-on, les compagnons des fosses açhâb al-ukhdûd par le feu en brasier, alors qu’ils étaient auprès, assis... Ils leur reprochaient de croire en Dieu ! » Suivant la tradition musulmane, ce sont des gens de Nedjrân, convertis au christianisme, que le roi Dhû Nuwâs fit jeter dans des fosses et brûler vifs. Sauf le détail des fosses, le fait est confirmé par des textes chrétiens, mais l’origine de la légende reste obscure. Ce sont aussi des souverains yéménites que le Coran appelle Tobba‘ et qu’Allah a fait périr pour leur impiété.

 

Dans cette région, la digue de Ma’rib[3] retenait des eaux et les distribuait sur une large région de plaines cultivées ; c’était un ouvrage fragile qui ne fut plus entretenu durant de longs désordres politiques. Elle se rompit, semant la ruine au lieu de la fertilité, et nul ne fut capable de la reconstruire. La légende a grossi les effets de cette rupture et lui attribue tous les anciens déplacements des tribus méridionales vers le nord.

 

L’un des gouverneurs vice-rois du Yémen, aux ordres du roi d’Abyssinie, chrétien monophysite, sous la dépendance religieuse de l’empereur byzantin, fut Abraha, illustre dans la tradition musulmane. En 570, il conduisit une armée contre Mekke, afin d’y détruire la Ka‘ba ; Allah envoya des oiseaux abâbîl, qui lâchèrent sur les soldats une mitraille de cailloux aux blessures mortelles. L’éléphant monté par Abraha donna son nom à l’année. Des inscriptions confirment l’existence d’Abraha : l’une d’elles est relative à la digue de Ma’rib en 542 ; une autre, trouvée au puits de Muraïghân dans le ‘Alem au sud d’at-Tâïf, relate une expédition de 547 contre des tribus. Ces deux inscriptions chrétiennes sont sous l’invocation, l’une de Dieu sous le nom d’ar-Rahmân et son Messie, l’autre sous l’invocation d’ar-Rahmân et de son fils Christos.

Les cités principales du Yémen étaient Saba, Sana, Zafâr, ancienne capitale himyarite, dont on connaît les ruines, Sahûl où l’on tissait les linceuls, Djanad et, plus au sud, Ta‘izz.

C’est en l’année 570 que le fils et dernier successeur d’Abraha fut chassé par Wahraz, général du roi sassanide Kesra Anouchirvan ; il organisa au Yémen la domination perse avec la dynastie locale de Dhû Yazan, et il y imposa le christianisme nestorien.[4]

 

Voir http://fr.calameo.com/read/0000713681cd1aaee8fd9

https://books.google.ca/books?id=PuYUAAAAIAAJ&printsec=frontcover&dq=L%27Arbie+Preislamique+Et+Son+Environment+Historique+Et+Culturel&source=bl&ots=-52EfSWtiy&sig=aK3fqhYdQ1HF9CJUJEbgE04OUws&hl=fr&ei=1lKFS93REIW4Nva72DQ&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=1&ved=0CAgQ6AEwAA#v=onepage&q&f=false

 

Pour la chronologie, voir après l'an 491.


http://www.nestorian.org/nestorian_timeline.html

 

Voici une autre référence reconnue du site du CNRS : relatant les projets de Fouilles en Arabie Saoudite actuelle, en référence à El Ukhdud (cité dans le Coran) qui s'est passé à Nadjran (ou Najran). L'inscription de Abraha y est confirmée.

 

http://www.orient-mediterranee.com/spip.php?article364

 

En marge de ces travaux, la Mission a également eu la chance d’aller sur plusieurs sites rarement visités par des missions occidentales, al-Khushayba, Umm al-Ayd’, Al-‘amd et Murayghân en particulier. Ces visites sont déterminantes dans le cadre de la réalisation d’une synthèse historique sur la région, et complètent notre connaissance de l’organisation du territoire à l’époque préislamique. C’est durant l’une de ces visites que fut découverte une nouvelle inscription d’Abraha à Murayghân, déterminante pour notre connaissance de l’histoire de la « Jahiliyyah », et qui contribue à elle seule au succès de la Mission 2009.

 

À noter que la première inscription de Abraha fut découverte sur le même site en Gras.[5]

 

La persécution de Najrân

 

Le savant français Joseph Halévy fait le rapprochement entre les événements tragiques évoqués dans cette inscription avec ceux relatés dans Le Martyre de saint Aréthas et de ses compagnons dans la ville de Najrân (Journal asiatique, 1873).

 

Le Martyre raconte qu'un roi juif a pris le pouvoir au Yémen. À cause de l'hiver, période de vents violents en mer Rouge, les Éthiopiens n'ont pas pu réagir. Le roi juif entreprend alors le siège de Najrân, grande oasis où les chrétiens dominent. La ville se rend après avoir eu l'assurance que la population serait épargnée. Le roi ne respecte pas sa parole et oblige les chrétiens à se convertir au judaïsme ; ceux qui refusent sont exécutés. Plusieurs centaines de fidèles périssent lors de cette persécution, datée de l'automne 523.

Bien évidemment, le monde chrétien ne peut pas rester sans réagir. Les autorités religieuses de l'Empire byzantin et l'empereur lui-même demandent au roi chrétien d'Éthiopie, Kâleb, d'organiser la riposte. Kâleb rassemble soixante-dix navires et, après la Pentecôte 525, traverse la mer Rouge. La flotte éthiopienne se présente à l'entrée de la rade de Shaykh Sa'îd, barrée par une chaîne, alors qu'une tempête se lève. Tandis qu'une partie de la flotte brise la chaîne, le reste, avec le roi, est rejeté plus au nord et débarque, semble-t-il, à al-Makhâ'(Moca), où a lieu le combat décisif. Kâleb l'emporte sur le roi juif qui est vaincu et exécuté ; puis il s'empare de l'ensemble du Yémen, impose le christianisme, fonde partout des églises, crée une hiérarchie ecclésiastique et se retire en Éthiopie où il se fait moine.

 

De nouvelles pièces viennent bientôt compléter le dossier, notamment le récit en langue syriaque de la persécution de Najrân, publié par un savant italien, sous la forme d'une lettre écrite par un évêque monophysite, contemporain des faits.

 

Les chroniqueurs byzantins confirment la trame des événements, notamment Procope, le plus sûr, dans les années 540. Haut dignitaire de l'empire, membre de l'entourage du principal général de Justinien (527-565), il a accès aux archives officielles. Dans l'ouvrage où il traite des guerres entre la Perse et Byzance, il mentionne en 531 l'envoi d'une ambassade byzantine auprès du négus et du roi himyarite chrétien placé sur le trône par les Éthiopiens, afin de demander de l'aide dans la guerre que Byzance fait à la Perse. À ce propos, Procope rappelle brièvement que la conquête du Yémen par les Éthiopiens fait suite à la persécution des chrétiens himyarites par un roi juif.

 

Un royaume juif au Yémen, ruiné par les Éthiopiens

 

De nouvelles découvertes vont progressivement départager les tenants des deux théories, et surtout trois inscriptions trouvées dans le sud de l'Arabie saoudite au début des années 1950, et écrites par un général du roi juif dont elles nous apprennent le nom véritable, Joseph. Elles rapportent que Joseph a massacré les Éthiopiens en garnison à Zafâr où il a incendié l'église. Ensuite, il a dirigé une campagne dans les régions littorales afin de se prémunir contre un débarquement éthiopien et a fortifié Maddabân (le nom antique de Shaykh Sa'îd) avec une chaîne. Enfin, Joseph a envoyé ses troupes faire le blocus de Najrân.[6]

 

Quelques références non-musulmanes neutres à l'expédition du général éthiopien Abraha contre la Mecque : http://www.muhammadanism.org/bell/origin/p038.htm

 

Notamment, l'historien allemand : Nöldeke né en 1836 qui a rapporté l'information de l'historien : Procopius (500-565). On lit clairement :

 

For some years thereafter the situation is obscure. Then emerges an Abyssinian ruler of Yaman named Abraha (or Abraham), who held power for upwards of forty years, and whose expedition against Mecca has become famous through the reference to it in the Qur'an.[7] The story of this expedition is recounted at length by the Arab historians. It is also thought by Nöldeke 1 to be referred to by Procopius in the statement that "Abramus, when at length he had established his power most securely, promised the Emperor Justinian many times to invade the land of Persia, but only once began the journey and then straightway turned back". The object of the expedition thus falls into the network of international politics. The Romans were seeking...etc.

 

Geschichte der Perser u. Araber, p. 205. Ref. to Procopius i. 20

 

"Abraha aurait attaqué la Mecque en 570, mais son armée aurait été décimée par une épidémie de variole. Abraha serait mort cette même année, ce qui facilite l'intervention d'un corps expéditionnaire perse sassanide qui chasse les Axoumites d'Arabie méridionale et prend le contrôle du Yémen". (Jean Joly, Atlas historique, l'Afrique et son environnement européen et asiatique. éd. L'Harmattan. p.39).[8]

 

Le Coran ne confirme pas qu'Abraha voulait détruire la Ka'ba qui avec ses 360 idoles attirait de très nombreux pèlerins, qu'Abraha aurait préféré faire pèlerinage à l'Eglise qu'il a faite construire au Yémen, qui est confirmée par une stèle datant de l'époque... Mais cela n'est pas invraisemblable. A l'époque les missionnaires chrétiens visaient à christianiser les arabes et prêchaient partout. Qu'Abraha ait pu envoyer cette expédition juste pour détruire la Ka'ba est de fait probable, mais n'est pas attestée de façon formelle. Quand à l'épidémie de variole dans le Hijaz en 570, l'année de l'éléphant, elle est confirmée par ibn Ishaq et Procope de Cézarée. Il semblerait donc bien que l'armée d'Abraha ait été contaminée par l'épidémie de la variole, et que les vautours percnoptères immenses tournaient autour de l'armée et des cadavres, et lançaient des pierres sur les soldats se protégeant avec leurs boucliers en peau d'hippopotame, qui vus du ciel ressembleraient à des carapaces de tortues, un met apprécié par ces oiseaux carnassiers chasseurs de tortues, qui brisaient leurs carapaces en lançant des pierres, justement en Ethiopie et dans la région du Hijaz... Les historiens rapportent plusieurs victoires militaires d'Abraha dans le Nord.[9]

 

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1]http://www.al-eman.com/%D8%A7%D9%84%D9%83%D8%AA%D8%A8/%D8%B3%D9%8A%D8%B1%D8%A9%20%D8%A7%D8%A8%D9%86%20%D9%87%D8%B4%D8%A7%D9%85%20%D8%A7%D9%84%D9%85%D8%B3%D9%85%D9%89%20%D8%A8%D9%80%20%C2%AB%D8%A7%D9%84%D8%B3%D9%8A%D8%B1%D8%A9%20%D8%A7%D9%84%D9%86%D8%A8%D9%88%D9%8A%D8%A9%C2%BB%20**/%D8%B4%D8%B9%D8%B1%20%D8%A7%D9%84%D8%B2%D8%A8%D9%8A%D8%B1%20%D9%81%D9%8A%20%D8%A7%D9%84%D8%AD%D9%8A%D8%A9%20%D8%A7%D9%84%D8%AA%D9%8A%20%D9%83%D8%A7%D9%86%D8%AA%20%D8%AA%D9%85%D9%86%D8%B9%20%D9%82%D8%B1%D9%8A%D8%B4%20%D9%85%D9%86%20%D8%A8%D9%86%D9%8A%D8%A7%D9%86%20%D8%A7%D9%84%D9%83%D8%B9%D8%A8%D8%A9/i109&d71531&c&p1

شعر الزبير في الحية التي كانت تمنع قريش من بنيان الكعبة فلما فرغوا من البنيان ، وبنوها على ما أرادوا ، قال الزبير بن عبدالمطلب ، فيما كان من أمر الحية التي كانت قريش تهاب بنيان الكعبة لها ‏‏:‏‏ عجبت لما تصوبت العقاب * إلى الثعبان وهي لها اضطراب وقد كانت يكون لها كشيش * وأحيانا يكون لها وثاب إذا قمنا إلى التأسيس شدت * تهيبنا البناء وقد تهاب فلما أن خشينا الرجز جاءت * عقاب تتلئب لها انصباب فضمتها إليها ثم خلت * لنا البنينان ليس له حجاب فقمنا حاشدين إلى بناء * لنا منه القواعد والتراب غداة نرفع التأسيس منه * وليس على مسوينا ثياب أعز به المليك بني لؤي * فليس لأصله منهم ذهاب وقد حشدت هناك بنو عدي * ومرة قد تقدمها كلاب فبوأنا المليك بذاك عزا * وعند الله يلتمس الثواب ‏ قال ابن هشام ‏‏:‏‏ ويروي ‏‏:‏‏ وليس على مساوينا ثياب *

[4] Au début du VIe s., les souverains alternent, tantôt locaux soutenus par les Perses, tantôt Abyssins soutenus par Byzance. À Ma’dîkarib Ya’fur, roi chrétien vraisemblablement mis sur le trône par les Abyssins, succède Yûsuf As’ar Yath’ar vers 521. Celui-ci tente d’imposer par la force le judaïsme, conversion forcée qui donne lieu à un épisode répercuté par les écrits de l’époque, le martyre des chrétiens de Najrân. Les représailles abyssines
s’achèvent par la mort de ce souverain et la mise en place sur le trône d’un nouveau roi chrétien, Sumuyafa’ Ashwa’. Le général abyssin Abrahâ lui succède (535-558). Il rompt avec le souverain abyssin et reprend la longue titulature des souverains himyarites et mène de nouveau une politique expansionniste, notamment avec une expédition en Arabie centrale. Il entreprend de nombreux travaux : fondation d’églises, restauration du barrage de Ma’rib.
La capitale est transférée à San’â où une cathédrale est bâtie.
f - La domination perse sassanide (560-630)
Cette dernière phase de l’histoire préislamique de l’Arabie du Sud n’est connue que par l’historiographie médiévale. La dernière inscription rédigée en langue et alphabet sudarabiques, CIH 325, date de 559. Cette tradition mentionne deux fils d’Abrahâ, tous deux ayant eu un règne court et tyrannique : Yaksum dhû-‘âhir à qui aurait succédé Masrûq. La tradition évoque, en réaction au joug abyssin, une requête effectuée par les populations locales au souverain perse de les libérer de la mainmise abyssine. Après avoir renversé ce souverain, c’est un yaz’anide, Sayf bin dhî-Yazan (ou son fils Ma’dîkarib) qui est installé sur le trône (v. 575-578). La mort brutale de ce souverain et la période d’anarchie qui s’ensuit entraîne une seconde intervention abyssine qui s’achève par l’installation d’un satrape perse, Wahriz, à la tête de la province. Cette satrapie est le dernier événement politique connu de l’Arabie du Sud préislamique. Le dernier satrape, Bâdhân, se convertit à l’Islam en 628 ou 632.
Source : thèse de 3eme cycle au complet à Paris 1.

[5] Un écrit gravé sur une stèle datée de mars 549 mentionne les conquêtes en Arabie d'Abraha, ainsi que la réparation du barrage que le Coran dit s'être abîmé. Le Coran en parle, car c'était un des événements les plus marquants de l'époque, vu l'importance du barrage. (Archéo-Théma 9, p.49).

 

[6] D'après la tradition arabe, la conversion de l'Arabie du Sud au monothéisme et plus précisément au judaïsme doit être attribuée au roi /himyarite As`ad Abûkarib, identifié avec Abîkarib As`ad, fils de Malkîkarib Yuha'min (et petit-fils de Tha'rân Yuhan`im). Abîkarib As`ad se serait converti au judaïsme au cours de son expédition militaire dans le /Hijâz. Il aurait alors assiégé la ville de Yathrib (l'actuelle Médine) en voulant la détruire. Deux rabbins juifs seraient venus vers lui pour l'en dissuader. Ayant renoncé au siège, il aurait amené les deux rabbins au Yémen et aurait introduit le judaïsme dans le pays. Cette relation paraît s'accorder de manière générale avec les données épigraphiques sudarabiques. A partir du règne d'Abîkarib (d'abord en corégence avec son père Malkîkarib et son frère Dhara''amar), toutes les invocations dans les inscriptions sont monothéistes, un certain nombre d'entre elles sont clairement juives ou judaïsantes, bien qu'aucune inscription royale ne soit explicitement juive.

Voir : https://www.bladi.info/threads/bible-venait-larabie.318220/

[7] Seest thou not how thy Lord dealt with the Companions of the Elephant? Did He not make their treacherous plan go astray? And He sent against them Flights of Birds, Striking them with stones of baked clay. Then did He make them like an empty field of stalks and straw, (of which the corn) has been eaten up. al-Fil 105:1-5 (Yusuf Ali's translation).

[8] Il semblerait en effet qu'il y ait eu une épidémie de variole cette année-là. Cela ne contredit pas le récit coranique. En effet, il existe dans la région des vautours percnoptères de 180 cm d'envergure, qui chassent avec des jets de pierres, et le récit d'une chasse de l'armée d'Abraha, épurée du merveilleux du récit (sic) n'est pas en soi invraisemblable. Il est remarquable que le Coran ne parle pas de la protection de la Mecque dans cette sourate, ababil signifie bande. Les historiens arabes rapportent que des oncles de Muhammad avaient été témoins de l'attaque de l'armée, peut-être déjà affaiblie par l'épidémie de la variole par des vautours pour les achever et faire un festin.

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3 avril 2017 1 03 /04 /avril /2017 10:37

 

L’invention de La Mecque

(Partie 6/3)

 

Reprenons les principaux protagonistes de notre enquête

 

Diodore de Sicile (Ier siècle av. J-C) :

 

Voir : http://remacle.org/bloodwolf/historiens/diodore/livre3.htm

 

XXI. Description du rivage du golfe arabique.

 

On y trouve plusieurs habitations d'Arabes Nabathéens qui occupent non seulement une grande partie du rivage mais qui s'étendent même très avant dans les terres. Ces Arabes sont en grand nombre et ils possèdent une quantité infinie de bestiaux.

 

Ceux qui habitent aux environs s'appellent Bnizomènes, ils ne vivent que de leur chasse. On trouve dans ce pays un temple respecté de tous les Arabes.

 

René Brunel confirme : « (…) Nous supposerons quand à nous que l'antique Ka'aba, dont Diodore de Sicile parlait cinquante ans avant Jésus-Christ comme étant le véritable panthéon de l'Arabie païenne, était visitée par le culte Egyptien de Bubastis dans le pèlerinage chaque année, lors des fêtes votives qui s'y donnaient (...) » René Brunel, Le monachisme errant dans l'Islam, Sidi Eddi et les Heddawa, Paris, Maisonneuve et Larose, 2001, p. 428

 

(….) D'après la tradition musulmane, La Mecque est le premier point qui surgit des eaux lors de la création. Ismaël y vécut et y fut enseveli après avoir élevé un temple au dieu de son père Abraham. Sa nombreuse postérité fut dépossédée de la garde de ce temple par les Banou Djorhom, tribu yéménite. La Kaaba et la Pierre noire doivent, dès une haute antiquité, avoir attiré les pèlerins de l'Arabie entière ; Diodore de Sicile parle d'une pierre très sainte vénérée des Arabes qui ne peut être que la Pierre noire (…)

 

« Ce serait, selon Claude Addas, à partir de la moitié du IIIe siècle de notre ère que les pierres constituant des répliques de la Pierre noire lors des voyages en dehors de la Mecque seraient devenues idoles, et de plus en plus fabriquées en bois, au lieu de pierre. Cela, après que 'Amr ibn Luhay importe Hubal,[1] et puis d'autres idoles d'al-Balqâ vers la Mecque. » Claude Addas, article Idoles in M.A. Amir-Moezzi, Dictionnaire du Coran, éd. Robert Laffont, 2007, p.408-409.

 

Pline, encyclopédiste du premier siècle

 

VII- « … à 112.500 pas de tour, et est éloignée de la Perse de plus de 112.500 pas ; on n'y arrive que par une passe étroite. Asgilia, île ; nations : les Nochètes, les Zuraches, les Borgodes, les Cataréens, les Nomades ; le fleuve du Chien. Au delà, un littoral que la navigation n'a pas exploré de ce côté, à cause des écueils, au dire de Juba, qui a omis la mention de Batrasabbes, ville des Omanes, et d'Omana, dont les auteurs précédents avaient fait un port célèbre de la Carmanie ; il a omis aussi Omna et Athana, villes que nos négociants disent être aujourd'hui un des rendez-vous les plus fréquentés du golfe Persique.
 

VIII- Au delà du fleuve du Chien, d'après Juba, une montagne qui semble brûlée ; la nation des Epimaranites ; puis les Ichthyophages ; une île déserte ; la nation des Bathymes ; les monts Eblitéens ; l'île Omoenus ; le port Machorbe ; les îles Etaxalos et Onchobrice ; la nation des Chadéens ; plusieurs îles sans nom ; îles renommées, Isura, Rhinnéa, et une île voisine où sont des colonnes de pierre portant des inscriptions en caractères inconnus ; le port de Goboea ; les îles Bragae, désertes ; la nation des Thaludéens ; la région de Dabanegoris ; le mont Orsa, avec un port ; le golfe Duatus ; plusieurs îles ; le mont Tricoryphos ; la région de Cardalène ; les îles Solanides et Capina ; les îles des Ichthyophages ; puis Glari, le littoral Hamméen, où sont des mines d'or ; la contrée Canauna ; les nations des Apitames et des Gasanes ; l'île Devade ; la fontaine Goralus ; les îles Calaeu et Amnamethu ; la nation des Darres ; l'île de Chélonitis, plusieurs îles des Ichthyophages ; Eodanda, déserte ; Basag ; plusieurs îles des Sabéens… »[2]

 

Concernant « Dabanegoris » port d’Arabie du Sud et que PC nous dit qu’il serait situé entre « Oman et Hadramawt » … est faux c’est une extrapolation de sa part. Pline parle du Golfe Persique décrivant la côte ceci jusqu’au chap. 149 … Puis, il parle de l’Arabie du Sud avec la route de l’encens. Mais les ports de « Dabanegoris » et de « Mochorbae » ne sont mentionnés qu’au chap. 150 … c’est donc PC qui fait d’elle-même le lien de dire que ces ports sont situés entre « Oman et Hadramawt » et non Pline. Et personne n’a jamais entendu parler de tels ports en Arabie du Sud !!!

 

PC nous dit également que Quraysh n’est pas un nom patronyme et qu’un groupe de Qoréchites devrait s’appeler les Banî Fihr … en fait c’est tout à fait le contraire, car Quraysh désigne les descendants des Banî Fihr. L’histoire des génécologies est assez complexe ici comme ailleurs … en préalable il est question de la tribu des Kinanah qui est à l’origine de Quraysh … tout cela remonte à l’ancêtre mythique du nom de Adnan (Arabe du Nord) … la tradition rattache Mahomet à cette généalogie au bout de 21 générations.

 

Il est important de noter qu'il y a Pline l'ancien et bien d'autres auteurs qui eux mêmes ne citent même pas Jésus alors qu'ils citent tous les autres personnages de la même époque. Comment prétendre s'appuyer sur de tels personnages si eux-mêmes ne citent même pas le Messie ?

 

Je cite : ’’Philon d'Alexandrie n'a jamais rien écrit sur Jésus Christ dans aucun de ses ouvrages... Ni d'ailleurs aucun des contemporains : Valerius Maximus (-14 à 37), Pline L'Ancien (23 à 79), Silius Italicus (25 à 100), Perse (34 à 62), Lucain (39 à 65), Dion Chrysostome (40 à 120), Stace (40 à 95), Martial (40 à 104), Sénèque (-4 à 65), Juvénal (65 à 128), Tacite (55 à 120), Pline le Jeune (61 à 114), Suétone (70 à 140), Valerius Flaccus (70 à 100), Plutarque de Chéronée (46 à 120), Pétrone (mort en 65), Quintilien (30 à 96), Apulée (125)’’

 

Claudius Ptolémée géographe du IIème siècle de notre ère

 

Carte de Ptolémée : http://i59.servimg.com/u/f59/18/97/64/80/291610.jpg

http://i59.servimg.com/u/f59/18/97/64/80/ptolem10.jpg

 

Le catalogue des toponymes de Ptolémée constitue la seule véritable source topographique concernant l’intérieur de l’Arabie durant la période classique. Localiser les sites reste toutefois difficile en raison de l’imprécision des données de longitude.[3]

 

Macoraba y est bien mentionnée au sud de Lathrippa (Yathrib qui deviendra Médine) à un endroit qui correspond à la Mecque aujourd'hui :

http://www.heritageinstitute.com/zoroastrianism/reference/ptolemy/index.htm

 

Cyril Glassé écrit dans son Dictionnaire encyclopédique de l'Islam : (La) Mecque (Makkah al-Mukarramah; litt. "La Mecque [cité] bénie. Pendant des millénaires, La Mecque fut un centre spirituel. Ptolémée, le géographe grec du IIe siècle, mentionne La Mecque, en l'appelant "Makoraba". Certains ont interprété ce nom comme signifiant "temple" (de "Maqoribah" en sud-arabique). Les Puramas dravidiens parlent aussi d'un lieu sacré ancien, dédié au dieu de sagesse. A l'origine, La Mecque s'appelait Bakkah ("étroite"), terme rendant compte d'un site entassé entre deux montagnes qui enserrent la ville et la vallée des lieux sacrés. Le Coran dit: "Le premier temple qui ait été fondé par les hommes est celui de Bekka [Bakkah], temple béni, qibla de l'Univers". (III, 90) C. Glassé Dictionnaire encyclopédique de l'Islam, Paris, Bordas, 1991, p. 257-258

 

G E von Grunebaum entérine cette thèse : « La Mecque est mentionnée par Ptolémée, et le nom qu'il donne nous permet de l'identifier à une fondation sud-arabique, créé autour d'un sanctuaire. » G E Von Grunebaum, Classical Islam: A History 600-1258, George Allen & Unwin Limited, 1970, p. 19.

 

Patricia Crone nous dit : si tant soit peu qu’il ait parlé de « Makka », Ptolémée la dénomme « Moka » une ville d’Arabe Pétrée.

 

Il y a bien à Pétra (dans l’état Arabe de Anbat) une ville dénommée « Moka » … mais c’est une ville continentale qui par définition n’a pas de port … il est possible que les tribus d’Anbat se disent originaires du Hedjaz … il est aussi probable qu’ils nommèrent leur ville « Moka » à l’identique de la Mecque comme étant un bon présage … c’était une coutume dans l’antiquité (et même après) que le nom du lieu de chute/migration soit identique au nom du lieu de départ … un seul exemple chez les grecs est Alexandrie en Égypte.

 

PC nous dit que « Mocoraba » serait assimilé à la Mecque sur la base d’une « vague similitude » avec « Makka-Rabba » (la Grande Mecque). Personne n’affirme cela pour dire que Mocoraba est bien la Mecque car … la traduction correcte serait la « maison du Seigneur » ou la « maison de Dieu » puisque … la racine « mkk » signifie « maison » et « Rabba » signifie « Seigneur/Dieu » en Arabie du Sud … le terme de « Makka-Rabba » se traduirait donc par « Maison/Temple de Dieu ».

 

Le nom des cités antiques ne reflète pas toujours les usages linguistiques de leur propre peuple … ainsi en prenant par exemple le nom Égypte, il n’a pas le même sens en arabe/sémitique qu’en grec … mais nous ne pouvons (et pour cause) conclure que nos ancêtres Égyptiens parlaient en langue sémitique voire en grec ! Dans cette même optique quid de Thèbes … est-ce une province grecque dans l’antiquité ?

 

Si le nom Arabe de l’Égypte est bien d’origine sémite (via Misr et plusieurs de ses dérivés notamment Missr, Missreen, et Missr dans le Coran) … son nom dans le langage courant est bien d’origine Grecque. Il est donc difficile de trouver (retrouver) l’exacte explication du nom des lieux de l’antiquité … et encore plus de les rattacher à une langue ou un peuple.

 

Si donc à une période de l’histoire « Macoraba » a été reliée à la notion de « Maison de Dieu » … c’est qu’à un moment donné ces deux termes ont été confondus … le Coran signale bien la Ka’ba comme étant la « Maison/Temple/Sanctuaire » … qui est bien la première « maison de culte » (3,96).

 

Enfin PC nous dit que si « Macoraba » était situé dans un environnement arabophone … il faudrait dire « Muqarraba ».

 

Et quand bien même, ses doutes étaient fondées, cela ne remettrait nullement en cause l’existence préislamique de la Ville sainte des musulmans. En témoigne ce commentaire de l'éditeur de l’œuvre d'Edward Gibbon, « La Mecque (Makkah) ne peut être la Macoraba de Ptolémée ; les situations ne s'accordent pas, et jusqu'au temps de Muhammad, elle portait le nom de Becca, ou la Maison, dû à son temple célèbre. Elle est appelée ainsi même dans quelques parties du Coran. »[4]

 

Maxime de Tyr

 

Maxime de Tyr, philosophe et rhéteur du IIème siècle de notre ère y fait allusion dans son huitième chapitre de ses dissertations : « [...] Les Arabes adorent aussi, mais je ne sais quoi. Quant à l'objet sensible de leurs adorations, je l'ai vu, c'est une pierre quadrangulaire. »[5]

 

On observe que Mohammed n'a pas renié l'ensemble des croyances païennes Hejazi et plus largement Antiques, avec le mythe des Bétyles (Pierre Noire de la Kaaba), les Djiins, la circumambulation, la lapidation symbolique du diable etc. Cassius Maximus Tyrius (grec du IIe siècle) dans ses Dissertations, au IIe siècle, rapporte : « les Arabes adorent aussi, mais je ne sais quoi. Quant à l'objet sensible de leurs adorations, je l'ai vu, c'est une pierre quadrangulaire. » (Maxime de Tyr, Dissertations, VIII)

 

Quant à la ville, La Mecque, elle est citée dans les puranas, écrits hindous, en tant que temple du dieu de la sagesse "Shiva".

 

Ammien Marcellin historien de l’Antiquité tardive

 

PC passe un peu trop rapidement sur Ammien Marcellin … se contentant de dire qu’il est nul fait mention de Makka dans ses écrits. Pour rappel : Ammien Marcelin est un historien qui écrit au IV siècle ap JC … il est né à Antioche (Syrie) d’une famille aisée … Son œuvre en latin couvre la période de 78 à 378 … malheureusement les 13 premiers tomes sont perdus et il ne reste que les 14-31 relatant les évènements de 353 à 378.

 

Il fait mention de 7 cités d’Arabie Occidentale … 5 de ces 7 villes se retrouvent chez Ptolémée exactement dans le même ordre … Cela suggère que les deux avaient sous les yeux la même liste … Ammien ne mentionne pas la « Macoraba » de Ptolémée … mais il fait mention d’une ville qu’il nomme « Hiérapolis » (Ville sainte) qu’il situe en Arabie de l’Ouest … ceci ne peut que être rapproché avec la Mecque qui a l’époque d’Ammien avait acquise une « sainteté » (nous somme au IV siècle) qu’elle n’avait pas du temps de Ptolémée … cela semble une raison pour expliquer pourquoi Ammien l’appelle « Hiérapolis » et non « Macoraba » comme Ptolémée.

 

Personne n’a dit … du moins avant le IV-V siècle … que la Mecque était un centre commercial d’importance (au sens du transit des caravanes) … la route traversant la Mecque à cette époque était un axe « secondaire » au regard de l’axe majeur partant du Yémen (Shabwah, Tamna’a) et traversant l’Arabie (Najrân).[6]

 

D’autres sources

 

Lapidus, Ira. History of Islamic Societies, pp. 16–17 rapporte en gros que Les conditions étaient difficiles dans la péninsule arabique qui était en état quasi-constant de conflit entre tribus locales, mais une fois par an les tribus pactisaient et déclaraient la trêve ; ils tendaient (convergeaient) alors vers un but commun en direction de la Mecque pour accomplir le pèlerinage annuel. Jusqu'au 7e siècle, ce voyage était prévu pour des raisons religieuses par les Arabes païens, ils se rendaient dans leur sanctuaire pour rendre des hommages et faire des offrandes, buvaient l'eau des puits de Zamzam, cette eau étant louée pour ses vertus guérisseuses et bénéfiques. Les chefs des tribus ennemis tentaient de résoudre les différents problèmes durant cette trêve. Ces événements annuels apportaient aux tribus un sentiment d'identité commune, la Mecque était un axe important de la péninsule, pas seulement commercial et cultuel.

 

Dans son livre, l'Islam : A Short History, Karen Armstrong (professeure spécialisée dans l'anthropologie des religions et religions comparées_Oxford) affirme que la Kaaba a été consacrée à Hubal, une divinité nabatéenne et que la Kaaba contenait 360 idoles représentant les jours de l'année ou bien les effigies du panthéon arabe. Une fois par an, les tribus de la péninsule arabique, qu'ils soient chrétiens ou païens, convergeaient vers la Mecque pour accomplir le Hajj (pèlerinage).

 

Antoine Daniélou, écrivain du XXème siècle écrit dans son livre l'Histoire de L’Inde : « Les parties géographiques des puranas, mentionnent, parmi les lieux saints, La Mecque, sous le nom de Makheshvara, et sa pierre noire emblème du dieu shiva. »[7]

 

Les puranas auraient écrits entre l'an 400 et 1000 de notre ère, mais il est évident que les parties mentionnant La Mecque en tant que temple du Dieu shiva (de par la pierre noire qui serait son emblème) sont antérieures au VIIème siècle, car après la prise de la Mecque en 629, les idoles ont définitivement été bannies de la ville, puis les années suivantes, de l'Arabie.

 

Enfin Nous soulignons également la remarque de Gaillaume Dye (qui est tout sauf Nöldekian) dans un article critique au sujet d’un ouvrage publié sous la direction d’Angelika NEUWIRTH (Le coran dans son contexte), à la page 250, il fait référence aux Ethniques d’Etienne de Byzance pour rapprocher Μάκαι θνο μεταξ Καρμανικαραβί à la Mecque, source : Stephani Byzantii Ethnicorum quae supersunt , Ed.Meineke, Berlin, 1849, p427 ( 17)

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

 

[1] Il y aurait beaucoup à dire sur Hubal qui effectivement trouve sa place dans la Ka’ba … il est le gardien du « puit » à l’intérieur du sanctuaire … « puit » qui symboliquement une « porte » d’accès au monde infernal lieu des «eaux souterraines ».

[2] Concernant « Dabanegoris » un lien existe… bien que la notion de chapitre (sous-chapitre) n’est pas tout à fait la même (ainsi d’ailleurs que l’orthographe des lieux/noms) … problème certainement du à la traduction. Bref il y a bien un décalage d’un sous-chapitre entre « Oman, Omana » et « Dabanegoris » et « Machorbe » CQFD.

[4] Gibbon, Edward, Esq. Vol. 5, Chapter L, p. 442.

[6] Entre La Mecque et Ukkâz, il a très certainement existé des amalgames créés par les historiographes musulmans, selon une hypothèse. À coté de Ukkâz, La Mecque est plus modeste étant entendu que seuls les caravaniers ayant marché là-bas s'y rendent. La Mecque est désaxée par rapport aux routes caravanières, il faut donc y avoir un commerce pour s'y rendre. A l'opposé, des cités comme ukkâz se situent sur les routes caravanières et à ce titre, n'importe quel marchand y passe, qu'il y ait ou non des affaires à négocier. Nul doute donc qu'il y ait eu confusion, volontaire ou non, entre le rôle tenu par ces deux cités.

La Mecque ne se présente donc nullement comme une République ni même comme une cité incontournable politiquement, et encore moins comme une sorte de capitale de la région du Hedjaz. Elle n'a pas le prestige de cités comme Qaryat Al Fau où l'on a retrouvé des vestiges de palais, de citadelle et de souks datant du IIIe siècle apr. JC.

La Mecque ne semble avoir été qu'un petit centre marchand, favorisé géographiquement par sa proximité avec des routes caravanières importantes sans être elle-même véritablement positionnée dessus.

http://sabyl.forumactif.com/t97-la-mecque-pre-islamique

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1 avril 2017 6 01 /04 /avril /2017 15:00

L’invention de La Mecque

(Partie 6/2)

 

Les résultats des dernières découvertes dans le domaine de l’épigraphie islamique en Arabie Saoudite

Les récentes prospections épigraphiques menées en Arabie Saoudite en novembre 2012 dans le cadre de la mission Oasis d’Arabie (CNRS, UMR 8167) ont permis de découvrir de nouveaux textes arabes datant des deux premiers siècles de l’Hégire. Il s’agit essentiellement de graffiti islamiques que la mission épigraphique se donnait pour but de relever et d’analyser. Lors d’une première prospection autour de la ville de Najrân (au sud de l’Arabie, près de la frontière yéménite), note l’épigraphiste Frédéric Imbert, notre attention a été particulièrement attirée par une cinquantaine de graffiti rassemblés sur des amoncellements de rochers au lieu-dit al-Murakkab. Les relevés systématiques ont mis en évidence la présence d’un noyau de textes très anciens dont l’un est daté de 59 de l’Hégire (678 de notre ère). Curieusement, ce texte est associé à des représentations gravées grandeur nature d’hommes aux bras levés dans la position dite de l’orant. Sans aucun doute ces figures humaines sont contemporaines des textes épigraphiques ; au-dessus de l’une d’entre elles, le nom d’al-Hayṯam b. Bishr se trouve gravé et se répète dans divers autres sites des alentours de Najrân.[1]

 

« En 1998, s’enthousiasme notre épigraphe de renom – ce qui ressemble à un aveu déguisé – nous avions posé les premiers jalons d’une réflexion se fondant sur l’analyse des graffiti de Jordanie, réflexion à travers laquelle nous devinions la matière d’une orientation nouvelle en épigraphie arabe. »

 

La nature des textes que nous découvrons petit à petit est parfois surprenante et relève d’une épigraphie de tous les possibles. Il est bien évident que les résultats auxquels nous sommes parvenus demandent encore à être confortés à la lumière de nouvelles analyses et de nouveaux textes épigraphiques. »[2]

 

La Ka'ba, un point d'eau pérenne, un enclos sacré

 

Professeur à l'université Paris VIII-Saint-Denis, la spécialiste Jacqueline Chabbi, qu’on ne peut soupçonner d’islamophilie, admet que la Ka'ba mecquoise fut édifiée à une époque indéterminée, peut-être vers la fin de la période romaine (sic). Ptolémée, géographe grec alexandrin du IIe siècle apr. J.-C., connaît la ville sous le nom de Macoraba. Ce nom, d'origine sémitique certaine, signifie probablement le « lieu du sanctuaire » pour indiquer que s'y trouve – comme ailleurs en Arabie – un espace sacré, porteur de divers « interdits », autrement dit un haram. Du fait de son étymologie qui ramène par inversion au mot baraka, le nom ptoléméen de Macoraba suggère que ce lieu sacré ait été relié à la présence d'une eau pérenne, qui se serait conservée durant les périodes de pire sécheresse, dans un ou dans plusieurs puits. La baraka combine en effet la notion de bénédiction avec celle de la présence d'une eau d'origine pluviale, condition essentielle de survie pour les populations de ces zones arides. (…)

 

Quant à son apparence primitive, la Ka'ba apparaissait probablement au départ comme un simple enclos de pierres sans toit, édifié à proximité immédiate du point d'eau salvateur au fond d'une vallée sèche et non arborée. Sa construction dans ce lieu insolite signalait manifestement déjà une intention cultuelle et confirmait son caractère d'espace sacré. (…)

 

Pointant par ses angles vers les points cardinaux, l'enclos sacré primitif, ébauche du cube actuel, aurait eu pour fonction de servir de support fixe à des roches sacrées. Il s'agissait sans doute qu'elles ne fussent pas emportées par les eaux lors de la submersion du site qui intervenait de loin en loin. En effet, cet enclos sacré qui faisait certainement déjà l'objet d'un rituel de pèlerinage se terminant par un sacrifice, se tenait, comme il est demeuré aujourd'hui, au plus bas de la cité. Celle-ci, traversée de ravines profondes entre des hauteurs abruptes, situe la Ka'ba dans le lieu de confluence de plusieurs vallées sèches. L'actuelle urbanisation forcenée du site, hérissé de palais princiers ou de gratte-ciel, ne parvient pas à masquer cette configuration particulière du terrain. (…)

 

Selon le régime bien connu des oueds, ce bas-fond que les textes anciens nomment de façon significative le « ventre » de La Mecque était temporairement et périodiquement inondable, avant que des grands travaux récents de canalisation ne mettent le site à l'abri de cet inconvénient. Ce n'en était pourtant pas un à l'origine, car l'eau provisoirement débordante approvisionnait les puits locaux et assurait l'abondance persistante de leur eau. Le flux submergeant devait donc être considéré comme une bénédiction.[3]

 

Généralité

 

Voir : http://www.cite-catholique.org/viewtopic.php?t=22674

 

La Mecque/Mekke « Makka » est, selon la tradition, la ville ou naquit le prophète en 570 ap JC … Son nom tant à se confondre avec son sanctuaire à savoir la Ka’ba (baytu Ilâh/Maison de Dieu) … La ville et d’ailleurs la Ka’ba existe bien avant l’Islam : le géographe Ptolémée (II siècle) mentionne la « Macoraba » qui peut être identifiée à La Mecque … et Diodore de Sicile parle d’une « pierre très sainte vénérée par les Arabes » qui ne peut être que la Pierre noire de la Ka’ba.

La Mecque était depuis des siècles, avant l’Islam, un lieu de pèlerinage … Les Arabes idolâtres et polythéistes révéraient, dans la Ka'ba leurs divinités tribales ainsi que la Pierre noire descendue du ciel.

 

Le prophète Mahomet fera disparaître les idoles mais gardera le nom du Dieu unique … Le Dieu par excellence : « al 'Ilah » (Allah) appelé aussi dans les tribus du sud de l'Arabie … « al Rahman » le Miséricordieux ce nom d'après Ryckmans : « désigne le Dieu unique dans les inscriptions monothéistes sabéennes » … Il respectera la Pierre noire que les Musulmans vénèrent encore aujourd'hui et le puits de Zamzam … Les pratiques cultuelles anciennes, comme les circuits/tournées (7 fois) autour de l'édifice sacré et l'immolation d'animaux à 'Arafa, à l'issue du pèlerinage annuel … seront aussi maintenues.

Toutefois, pour la tradition musulmane … il semble que ce ne soit pas la Ka’ba qui a donné naissance à la cité mais bien « l’eau » … celle d’une source que Dieu aurait fait miraculeusement jaillir en cette vallée désertique (nous sommes ici en plein Hijaz) pour sauver une esclave et son fils qui mourraient de soif … reprise du récit biblique de Gn (20,10-18) concernant Agar et son fils … cette source qui « jamais ne tarira » est celle dont s’abreuvent de nos jours les pèlerins et porte le nom de « Zamzam » (situé à l’orient de la Ka’ba).

D’ailleurs le nom de « Macoraba » d’un point de vue de son étymologie nous ramène à « baraka » … ce qui suggère la présence d’une eau pérenne … « baraka » combine la notion de « bénédiction/chance » avec celle de la présence « d’eau » d’origine pluviale.

 

La Mecque est nommément désignée dans le Coran qu’à deux reprises en (3,96) et (48,24) :

 

a) en (3,96) : Ici avec le nom de Bakka qui fait référence à une époque beaucoup plus reculée … celle du « premier temple/sanctuaire institué pour les hommes » … car pour le Coran le cycle prophétique commence par Abraham qui serait le fondateur de la Mecque (et donc de ce premier sanctuaire) … et dont les « assises ont été élevées » avec Ismaël (2,127) … et c’est là qu’Abraham aurait demandé à Dieu un « Messager » issu de sa descendance (2,129) … ce messager n’étant autre que Mahomet.

À cette « légitimité » historique (via Abraham) vient se greffer une « identité » ethnique des « habitants de la Mère des Cités » et de ses environs … ce principe identitaire permet de « particulariser » le peuple de la « Mecque » (et de ses environs) au même titre que les juifs et les chrétiens.

Les exégètes en ont conclu que la Mecque (Makka) s’appelait initialement « Bakka » … mais enfin tout cela ce sont des « croyances » au même titre que celles de la Bible … nous sommes dans une « continuité » mythique.

b) en (48,24) : Ici avec le nom Mecque/Mekke … où il est fait référence à la « vallée de la Mecque (batn Makka) » et la bataille entre polythéistes et musulmans (donc à l’époque de Mahomet). Mais nous avons d’autres versets où la Mecque est mentionnée en tant que … « cité » (2,126) (14,35) (27,91) (28,57) (29,67) (45,3) … ou « mère des cités » (6,92) (42, 7) etc.

 

A-t-on des références sur l’existence de la Mecque avant l’Islam ?

 

Ce problème est une constante dans les « critiques » qu’elles soient sur le Coran ou sur la Bible … nous n’avons qu’à nous remettre en mémoire le cas de Nazareth … sans parler de la Jérusalem de l’AT. Le moins que l’on puisse dire c’est que les géographes et autres historiens de l’Antiquité ne se bousculent pas pour nous parler de la Mecque … cela vaut ce que ça vaut, Ptolémée et Diodore de Sicile, et il y en a bien sûr d’autres.

 

Passage en revue :

 

a) Il est une ville d’Arabie qui est connue depuis la plus haute antiquité, c’est « Taymâ » … elle se situe sur un centre routier reliant l’Arabie (Sud de la Mecque), à la Syrie (environ 1000 Km de Damas), puis à la Mésopotamie (environ 1000 Km de Babylone) … Elle est mentionnée pour la première fois sous Teghlath-Phalazar III (744-727 av JC) qui lui imposa un tribut. Mais, chose encore plus extraordinaire, cette oasis (de surcroit Arabe) a été hissée au rang de capitale Babylonienne sous Nabonide (556-539 av JC) … Ce dernier y séjourna une dizaine d’années, et construisit un palais prestigieux (voir Beaulieu « le règne de Nabonide »).

 

b) Un autre nom de la Mecque est « Kûthâ » … c’est le même nom portée par une cité Mésopotamienne (autre lien avec la Mésopotamie) abritant le Temple de Nergal depuis ses origines … C’est le géographe arabe Yâqût qui avance ce nom donnée à la Mecque (voir son : « Dictionnaire des Pays ») … Ce dernier fournit quelques indications sur les origines de cette dénomination mésopotamienne. Yâqût explique que dans un premier temps … cette dénomination ne s’appliquait qu’au quartier de la famille mecquoise à charge du Temple … et ensuite celle-ci finit par désigner l’ensemble de la cité.

 

Selon Al Yaqût, « Bakka » désigne l’emplacement de la Kaaba tandis que Mekka désigne l’ensemble de la cité qui porte une vingtaine de noms : Nassa, Bassa, Kutha, al Haram, ar Râs, Al qâdis al Hatîma, et plus souvent : Umm-l-Qurâ (métropole ou mère des cités) et aussi Bayt-al-‘atiq : le temple antique… Géographes et commentateurs pensent que le terme de « Bakka » serait d’origine chaldéenne.

 

D’autre part Yâqût (via les dires de Alî ibn Abî Tâlib cousin de Mahomet) nous dit que les Qurayshites provenaient de la cité de Kûthâ … plus exactement ils se disaient Nabatéens venant de Kûthâ. Et enfin Yakût de préciser que les habitants de la Mecque peuvent s’appeler « kûthî » ou « kûthânî » … en donnant des noms de Mecquois portant ces noms.

 

c) L’historien Toufic Fahd, dans son étude sur « Le Panthéon de l’Arabie Centrale à la Veille de l’Hégire » montre que le terme de « Nabatéens de Kûthâ » désignait, entre autres, les descendants de Qusayy (réformateur qurayshite). Il explique aussi que ce nom de « kûtâh » serait aussi en rapport avec Abraham … mais bon !

 

d) Pour ce qui concerne Ptolémée qui intègre l’Arabie dans sa cartographie … il donne une localité du nom de « Macoraba/Makoraba » qui est, sauf preuve du contraire, identifiée à la Mecque … pour les « mordu » d’invariance des noms, ce dernier signale une autre localité du nom de « Lathrippa » qui n’est autre que « Yathrib » et maintenant « Médine ».

 

e) L’historien Romain Ammianus Marcellinus (vers 330) dans un de ses livres donne la liste de 7 cités d’Arabie Occidentale … dont l’une est « Hiérapolis » (pouvant se traduire par « ville sainte ») … c’est qu’à son époque la « sainteté » de la Mecque était clairement établie … ce qui n’était pas le cas sous Ptolémée qui lui parle de Macoraba.

 

f) Edward Gibbon … dans son livre « le déclin et la chute de l’Empire Romain » parle de la Mecque et de la Ka’ba en faisant référence à Diodore.

 

g) Dans un ouvrage sur le commerce ayant pour titre : De la politique et du commerce des peuples de l'antiquité ... nous avons bien la confirmation que la Mecque est bien l’ancienne Macoraba … ceci en faisant référence à M. Seetzen.

 

h) Une dernière référence il faut savoir terminer … qui confirme bien que la Mecque n’est autre que Macoraba, à savoir : La route caravanière de l’encens dans l’Arabie préislamique qui nous renseigne que : « les arrêts suivants étaient la Tabala de Ptolémée (actuelle Tabâla), Jarab et, la route suivant un long passage sédimentaire sur Harrat al-Buqûm jusqu’au wâdî Karâ, al-‘Ulaba dans le wâdî Turba. Puis, contournant par l’est les montagnes de cette partie du Hédjaz et suivant plus ou moins le tracé de la route actuelle qui contourne Harrat Hadan, la caravane gagnait les puits de Bi’r ‘Ân (ou Hâthin) puis ‘Ukâz - bien connue pour avoir été un centre majeur de réunion annuelle pour les tribus préislamiques venues débattre de questions commerciales, politiques ou sociales, mais aussi pour ses joutes de prose et de poésie. La Mecque, la Macoraba de Ptolémée, se trouve à trois jours de marche plus à l’ouest ; il est impensable que les caravanes ralliant la Méditerranée se soient détournées d’autant pour y faire étape. Ainsi, seuls les commerçants en route pour la Mecque laissaient la route principale derrière eux pour suivre celle qu’empruntèrent les pèlerins du Moyen Âge, route passant par Qurn al-Manâzil (aujourd’hui al-Sayl al-Kabîr) et al-Zayma. De Bîsha à ‘Ukâz, près de 260 kilomètres étaient ainsi parcourus en six jours de marche. »[4]

 

De nombreux autres bétyles,[5] parfois nommés également Kaaba, ont été adorés par les Arabes préislamiques. Ainsi, faisant allusion à la pierre noire de Dusares à Petra, Clément d'Alexandrie mentionnait vers 190 « que les Arabes adorent des pierres ».[6]

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

 

[5] Bétyle/Béthel même combat … Je vous renvoie à Jacob notamment Gn (28,18-19 ; 31,13 et 35,1-15).

Abraham a construit son premier temple à béthel, dans la vallée de Beka/Baka, aux environ de jerusalem.

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1 avril 2017 6 01 /04 /avril /2017 12:12

 

L’invention de La Mecque

(Partie 6/1)

Ibn Taïmiya rapporte l’adage arabe selon lequel l’amour rend sourd et aveugle ! Majmû’ el fatâwâ (9/314).

Matthieu 13 : 13 : "parce qu’ils regardent sans regarder et qu’ils entendent sans entendre ni comprendre."

« Ils ne comprennent pas, ils ne discernent pas, car leurs yeux sont encrassés, au point de ne plus voir, leurs cœurs le sont Aussi, au point de ne plus saisir ! » (Essaie 44 : 18). Le Nouveau Testament répète cette leçon dans Marc 4 : 11-12 et Matthieu 13 :11-15.

 

 

Prologue

 

À vouloir démontrer l’évidence, on ne fait que la rendre floue. C’est d’ailleurs tout l’intérêt des thèses farfelues qui revisite l’Histoire à des fins pas toujours catholiques ! À quoi bon vouloir prouver par un sophisme éhonté que le soleil pointe au zénith, si ce n’est que la poussière lancée dans sa direction n’entamera jamais sa lumière. On cherche à tout prix à noyer tout ce qui bouge sur la berge de ses phobies ! Humble, tout chercheur digne de ce nom, fait profil bas. On ne construit pas de théorie loufoque sur des bribes d’informations, ne serait-ce qu’au minimum, sans parler d’honnêteté intellectuelle – ne soyons pas trop exigeant –, pour échapper au ridicule. « Je sais que je ne sais pas » disait le sage, et le savoir est une mer sans rivage, alors que la culture, c’est comme la confiture…

 

Michel Orcel apporte sa pierre à l’édifice ! Dans L’invention de l’Islam, il confronte sereinement, avec la plus stricte neutralité, le corpus islamique à la science laïque contemporaine. Pour se faire, comme tout chercheur, il est retourné aux sources. Cependant, prenant en compte que l’essentiel des sources musulmanes est constitué de sources orales et que celles-ci ont été compilées par écrit tardivement, deux ou trois siècles après le prophète de l’Islam, Orcel est allé chercher d’autres éléments, des éléments « parallèles », exogènes. Il a ainsi utilisé des sources grecques, arméniennes, syriaques, non musulmanes, ou encore des sources musulmanes secondaires, qui ont été souvent écartées par la tradition.

 

Pour notre chercheur, les éléments externes à la Tradition musulmane, viennent le plus souvent corroborer celle-ci. Que ce soit sur l’existence du Prophète de l’Islam ou bien sur la « constitution » du Coran, « il semble bien que l’islam soit mieux loti que le christianisme » pour lequel les plus anciens témoignages et textes (biographiques et dogmatiques) date de prés d’un siècle après la mort de Jésus. De même, nier l’existence de la Mecque et de la Kaaba avant l’époque des califes Omeyyades comme le font certains tenant de l’hyper-criticisme (pour ne pas dire certains « révisionnistes »), pour l’auteur « cela relève aujourd’hui non de l’hypothèse scientifique, mais de l’idéologie et presque de la mauvaise foi, tant sont nombreux les indices et témoignages contredisant cette thèse ».[1]

Patricia Crone et Michael Cook défient le récit traditionnel selon lequel le Coran fut compilé du vivant de Mahomet quand ils écrivent « Aucune preuve de l'existence du Coran sous aucune forme n'existe avant la dernière décade du VIIe siècle de l'ère commune. » Ils soulèvent aussi le débat sur la précision de quelques-uns des récits « historiques » donnés par le Coran. On admet le plus souvent que le travail de Crone et Cook renouvelle l'approche dans sa reconstruction de l'histoire des origines de l'islam, mais leur récit alternatif de cet islam originel fut à l'origine quasi unanimement rejeté. Josef van Ess récusa leur thèse disant « qu'une réfutation n'est peut-être pas nécessaire vu que les auteurs ne font aucun effort de démonstration dans le détail... Là où ils ne donnent qu'une nouvelle interprétation de faits bien connus, ils ne sont pas décisifs. Mais là où les faits acceptés sont consciemment mis sous le tapis, leur approche est désastreuse. »

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Historicit%C3%A9_de_Mahomet#cite_ref-40

 

Pour ce qui concerne les thèses révisionnistes, quant à la non-existence de Mahomet, elles sont, pour l'instant, dépassées. Elles ont toutefois eu un grand mérite : ouvrir de nouveaux paradigmes. Pour paraphraser J. Johns, l'absence d'une preuve n'est pas la preuve d'une absence.

 

L'approche historico-critique est bien entendu un dénominateur commun des orientalistes depuis les travaux de Ignaz Goldziher. Néanmoins, s'il est bien clair que l'histoire de Mahomet a été sacralisée à des fins de légitimation religieuse, dans un contexte marqué par la canonisation de la tradition islamique, on ne peut plus, pour autant, tomber dans les dérives ultra-critiques du courant « sceptique » représenté par Wansbrough et ses élèves (Gerald R. Hawting et Patricia Crone, entre autres). Certains d'entre eux, notamment Patricia Crone, sont revenus sur leurs thèses quant à l'historicité de Mahomet.

 

Rattrapée par les faits, Patricia Crone, en effet, est revenue en partie sur sa thèse notamment dans deux articles :

- Le premier a été publié en 2007  « Qurays and the Roman army: Making sense of the Meccan leather trade» dans le Bulletin of the School of Oriental and African Studies 70, n°1, 2007, pp 63-88 ;

- Le second en 2008 : What do we actually know about Mohammed?

En outre, même son maître John Wansbrough ne l'a pas suivi, pourtant chef de file de l'école de la critique radicale de l'Islam.

 

Depuis 2007, P.Crone admet l'existence d'un site préislamique, et, il est vrai qu’elle n’a plus vraiment le choix avec les découvertes archéologiques récentes, notamment les graffitis qui témoignent de l’existence des chemins de Pèlerinage à la Mecque.

 

Pour ce qui concerne la naissance de l’islam proprement dit, souligne Michel Orcel dans un interview, en passant au crible tous les témoignages externes, il m’apparaît en effet que seul le Prophète a une existence réelle dans les chroniques qui lui sont contemporaines ou de peu postérieures.  Il n’y a aucun témoignage externe de l’existence de Jésus avant Flavius Josèphe, soit à la fin du 1er siècle, et encore s’agit-il d’un témoignage en partie interpolé.[2] On voit donc que, de ce point de vue, l’avantage est indubitablement du côté du Prophète de l’islam – même si ses traces sont très floues.

En revanche, du point de vue interne, la Sira est si tardive et les hadiths si peu fiables (d’un point de vue historique), qu’on ne peut rien tirer de certain sur les actes et les propos de Mahomet – même si le cœur de cette tradition a de bonnes chances d’être historique. Pour le christianisme, en revanche, malgré leurs incohérences partielles et surtout l’absence totales de documents d’époque (archéologiques et épigraphiques), les Evangiles sont très convergents et, surtout, l’Evangile de Jean présente un certain nombre de caractères qui peuvent le faire attribuer à un témoin direct, un jeune prêtre juif.

 

Aujourd’hui, ces querelles scientifiques ont franchi les bornes des cercles académiques : l’immigration incontrôlée et même inquiétante que connaît l’Europe, la diffusion d’un islam politique qui a pris auprès des déshérités la place du communisme, l’apparition d’un terrorisme religieux et sacrificiel, parallèlement à l’expansion financière de l’islam wahhabite, tout aussi odieux, ont tout ensemble exacerbé et diffusé (via internet, notamment) l’islamophobie.[3]

 

Paul-Éric Blanrue, qui depuis s’est converti à l’islam, s’est évertué à travers une enquête révisionniste à démystifier l’existence du Christ.[4] Comme par un effet de miroir, nos « amis » catholiques projettent sur leur meilleur ennemi la carence de leurs sources face à l’hypercritique.

 

Michel Orcel pointe du doigt cette nouvelle islamophobie savante : « On exerce son agressivité sur un objet haï en tentant de le démolir de façon à la fois symbolique et rationnelle. La psychanalyse aurait là-dessus son mot à dire. Que peut signifier pour Mingana, Prémare, Gillot ou autres Gallez cette tentative de disqualifier, de discréditer, l’islam et le Coran en les historicisant ? Je l’ignore, mais il va de soi qu’il y a souvent là-dessous du « règlement de compte »…»[5]

 

L’absence de preuves n'est pas forcément synonyme d'absences de faits

 

L’étude de milliers de graffitis en Arabie Saoudite, jusqu’alors délaissés par les chercheurs, nous livrent une photographie de la société arabe et musulmane des débuts de l’islam totalement inédite. Gravés dans la pierre, analysés en masse, ces graffitis du Haute époque islamique écrits en caractères dits coufiques archaïques permettent de jeter un nouveau regard sur l’histoire des débuts de l’islam au VII-VIIIe de l’ère chrétienne et au Iier et IIe siècle de l’hégire que nous ne connaissions que par des textes hagiographiques et relativement tardifs.

 

Pour ne prendre que le cas de l’Arabie, les prospections menées par le Département des Antiquités saoudien dans le cadre du Comprehensive Archaeological Survey fait état de plus d’un millier de textes coufiques non encore étudiés.

Au regard des plus anciens monuments de l’écriture lapidaire arabe d’époque islamique, on est étonné par l’absence de références directes au religieux. Le graffito d’al-Muthallath près de Yanbuʿ en Arabie, daté de 23/643, étonne par son laconisme (Kawatoko, 2005 : 51) : kataba Salma thalath wa ʿishrîn (Salma a écrit en 23). Ce personnage anonyme a gravé son texte afin de marquer son passage en ce lieu et pour rappeler qu’il était l’auteur de la gravure. À cet effet, il introduit directement la datation sans employer le mot sana (année) traditionnellement utilisé. Le début du comput hégirien fut mis en place entre 16/637 et 18/639, sous le califat de ʿUmar (de Prémare, 2002 : 272), ce qui implique que le personnage ait eu connaissance de l’ajustement calendaire.

 

Le formulaire du second graffito le plus ancien, trouvé à l’est d’al-ʿUlâ (Arabie) et daté de 24/644-45 (Ghabbân, 2003 : 337) se place dans la même logique : anâ Zuhayr katabtu zaman tuwuffiya ʿUmar sanat arbaʿ wa ʿishrîn (C’est moi, Zuhayr ! J’ai écrit à l’époque de la mort de ʿUmar, en l’année 24).[6]

À Ruwâwa, près de Médine en 76/695, dans le contexte particulier d’une demande de guérison, nous relevons l’invocation suivante (Râshid, 1993 : 83) : Allâhumma ʿâfi Rabâḥ b. Ḥafṣ ’ûṣî bi-yad Allâh wa l-riḥm (Ô Dieu, rends la santé à Rabâḥ b. Ḥafṣ ; je recommande de se lier à Allâh et à la parenté).

L’épigraphiste regrettera bien sûr que les tous premiers documents épigraphiques entourant l’avènement de l’islam (à Usays en -94 avant l’islam et en Arabie en 23, 24 et 27 de l’Hégire) ne nous fournissent aucun élément en rapport direct avec le religieux.

 

Il paraît par ailleurs très probable que dans le lot des graffiti non datés puissent se trouver des textes antérieurs à l’apparition de l’islam, c’est-à-dire datables d’avant 1/622, date sur laquelle s’accorde la tradition historiographique.

Les graffiti faisant état de la croyance des lapicides, stricto sensu, sont très nombreux en Arabie comme sur l’ensemble du Proche-Orient. Ils ne sont généralement pas datés et apparaissent sous des formulations variées ; les plus brèves, sans doute les plus anciennes, utilisent l’accompli comme l’inaccompli.

 

Il est intéressant de noter que les déclarations de foi les plus anciennes s’adressent à la seule divinité nommée Allâh (ou rabb Seigneur) et que la mention du prophète Muḥammad en est absente. À titre d’exemple, un personnage a laissé un credo sur les parois d’une montagne de Dîsa où il décline les fondements de sa foi, incluant les anges et les livres révélés sans mentionner le (ou les) prophète(s) : âmana Ṣâliḥ b. Abî Ṣâliḥ bi-Llâh wa malâ’ikati-hi wa kutubi-hi (Ṣâliḥ b. Abî Ṣâliḥ croit en Allâh, en ses anges et ses livres). Parfois la croyance se voit évoquée d’une façon assez indirecte à travers la mention des peuples anéantis par Dieu : en 83/702 à Aqraʿ, non loin d’al-Ḥîjr (actuelle Madâ’in Ṣâliḥ) nous lisons : âmantu bi-mâ kadhdhaba bi-hi aṣḥâb al-Ḥijr (j’ai cru en ce que les gens d'al-Ḥijr ont nié).

 

Derrière les particularités textuelles locales propres à chaque site, à savoir le choix d’une formule singulière répétée et recopiée à l’envie, il semble possible d’isoler de grandes tendances comme, par exemple, le recours aux invocations de demande de pardon, de miséricorde ou de bénédiction. Parmi celles-ci, les demandes de pardon sont les plus communes en Arabie comme sur l’ensemble du Proche-Orient. Elles prennent la forme stéréotypée d’une invocation à Dieu en faveur d’un personnage qui, dans la plupart des cas, s’avère être le lapicide lui-même.

 

 Dans la région de Najrân, nous trouvons la plus ancienne mention datable, en contexte, de 27/648.

 

En termes de données matérielles, la plus ancienne mention du prophète remonte à l’année 66/685 sur une drachme arabo-sassanide (Walker, 1941 : 97) ; vient ensuite une pierre tombale égyptienne de 71/691 (Hawary, 1932 : 289) et l’inscription du Dôme du Rocher de Jérusalem datée de 72/692 (Grabar, 1996 : 184).

 

S’attacher à étudier les graffiti exprimant la foi, souligne Frédéric Imbert, le spécialiste en la matière, c’est aussi entrer dans une logique d’argumentum ex silentio comme semble le montrer la question de la présence ou de l’absence du prophète, illustrant notre volonté de retrouver les premières strates de la croyance en islam à partir de ce que les graffiti ne mentionnent pas. Il faudra du temps pour comprendre vraiment les réalités religieuses de l’islam lapidaire que l’on pensait si évidentes. Les graffiti sont des textes qui ne disent que le nécessaire et vont à l’essentiel car la pierre est dure et la gravure difficile, interdisant de s’exprimer autrement que par la concision et l’allusion ; écrire la foi, c’est aussi aller à l’essentiel. Entre ceux qui exploitent les silences des témoignages de la pierre et ceux qui y lisent l’expression d’une croyance immuable, se trouve une voie médiane que la recherche en épigraphie se doit maintenant d’emprunter.[7]

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

 

[6] La première inscription citant ʿUmar fut trouvée par le chercheur saoudien A.Ghabban à Qāʿ al Muʿtadil à l’est d’al-ʿUlā en Arabie. Il s’agit d’un texte à portée purement historique daté de 24/644 : anā Zuhayr katabt zaman tuwuffiya ʿUmar sanat arbaʿwa ʿišrīn (C’est moi, Zuhayr ! J’ai écrit à l’époque de la mort de ʿUmar, en l’année 24). Autrement dit, ce graffito est postérieur de seulement 12 ans à la mort du prophète.

Plus récemment, en 2012, deux autres graffiti mentionnant le même personnage ont été découverts par nos soins sur le site d’al-Murakkab près de Najrān au sud de l’Arabie Saoudite. Un graffito unique, récemment trouvé près de Taymā’ en Arabie Saoudite, cite l’événement [de l’assassinat du troisième calife] 17 : Anā Qays al-kātib Abū Kuṯayr, laʿana Allāh man qatalaʿUṯmān b. ʿAffān wa aḥ a ṯṯ a qatla-hu taqtīlan (je suis Qays, le scribe, Abū Kuṯayir. Que Dieu maudisse celui qui a assassiné ʿUṯmān b. ʿAffān et [ceux qui] ont incité à ce meurtre sans pitié!) Le calife ayant été tué à la toute fin de l’année 35 h., le texte doit probablement dater de l’année 36/656, l’année de la bataille du Chameau.

http://www.academia.edu/30937312/Note_%C3%A9pigraphique_sur_la_d%C3%A9couverte_r%C3%A9cente_de_graffiti_arabes_mentionnant_le_calife_%CA%BFUmar_b._al-%E1%B8%AAa%E1%B9%AD%E1%B9%AD%C4%81b_Najr%C3%A2n_Arabie_Saoudite_

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27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 00:04

Dialogue entre un quiétiste et un chrétien flic

(Partie 6/4)

 

Voici quelques fructueuses citations empruntées à la fameuse Civilisation des Arabes de Gustave Le Bon

C'est, en réalité, dans ce passé lointain que se sont élaborés les motifs de nos actions présentes.

– institutions qui sont des conséquences et bien rarement des causes –

 

À mesure qu'on pénètre dans l'étude de cette civilisation, on voit les faits nouveaux surgir et les horizons s'étendre. On constate bientôt que le Moyen Âge ne connut l'antiquité classique que par les Arabes ; que pendant cinq cents ans, les universités de l'Occident vécurent exclusivement de leurs livres, et qu'au triple point de vue matériel, intellectuel et moral, ce sont eux qui ont civilisé l'Europe. Quand on étudie leurs travaux scientifiques et leurs découvertes, on voit qu'aucun peuple n'en produisit d'aussi grands dans un temps aussi court. Lorsqu'on examine leurs arts, on reconnaît qu'ils possédèrent une originalité qui n'a pas été dépassée.

 

L'action des Arabes, déjà si grande en Occident, fut plus considérable encore en Orient. Aucune race n'y a jamais exercé une influence semblable. Les peuples qui ont jadis régné sur le monde : Assyriens, Perses, Égyptiens, Grecs et Romains ont disparu sous la poussière des siècles, et n'ont laissé que d'informes débris ; leurs religions, leurs langues et leurs arts ne sont plus que des souvenirs. Les Arabes ont disparu à leur tour ; mais les éléments les plus essentiels de leur civilisation, la religion, la langue et les arts, sont vivants encore, et du Maroc jusqu'à l'Inde, plus de cent millions d'hommes obéissent aux institutions du prophète.

 

Des conquérants divers ont renversé les Arabes, aucun n'a songé à remplacer la civilisation qu'ils avaient créée. Tous ont adopté leur religion, leurs arts, et la plupart, leur langue. Implantée quelque part, la loi du prophète y semble fixée pour toujours. Elle a fait reculer dans l’Inde des religions pourtant bien vieilles. Elle a rendu entièrement arabe cette antique Égypte des Pharaons, sur laquelle les Perses, les Grecs, les Romains avaient eu si peu d'influence. Les peuples de l'Inde, de la Perse, de l'Égypte, de l'Afrique ont eu d'autres maîtres que les disciples de Mahomet : depuis qu'ils ont reçu la loi de ces derniers, ils n'en ont pas reconnu d'autre.

 

La civilisation des Arabes fut créée par un peuple à demi barbare. Sorti des déserts de l'Arabie, il renversa la puissance séculaire des Perses, des Grecs et des Romains, fonda un immense empire qui s'étendit de l'Inde jusqu'à l'Espagne, et produisit ces œuvres merveilleuses dont les débris frappent d'admiration et d'étonnement.

 

Il y a donc bien des questions à résoudre dans l'histoire des Arabes, et plus d'une leçon à retenir. Ce peuple est un de ceux qui personnifient le mieux ces races de l'Orient, si différentes de celles de l'Occident. L'Europe les connaît bien peu encore ; elle doit apprendre à les connaître, car l'heure approche où ses destinées dépendront beaucoup des leurs.

 

« Les Arabes, dit Herder, ont conservé les mœurs patriarcales de leurs ancêtres ; ils sont, par un singulier contraste, sanguinaires et obséquieux, superstitieux et exaltés, avides de croyances et de fictions ; ils semblent doués d'une éternelle jeunesse, et sont capables des plus grandes choses lorsqu'une idée nouvelle les domine. Libre, généreux et fier, l'Arabe est en même temps irascible et plein d'audace ; on peut voir en lui le type des vertus et des vices de sa nation ; la nécessité de pourvoir lui-même à ses besoins le rend actif ; il est patient à cause des souffrances de toute nature qu'il est obligé de supporter ; il aime l'indépendance comme le seul bien dont il lui est donné de jouir, mais il est querelleur par haine de toute domination. Dur envers lui-même, il devient cruel et se montre trop souvent avide de vengeance.

 

« L'analogie de situation et de sentiment inspirait à tous les mêmes points d'honneur, le glaive, l'hospitalité, l'éloquence faisaient leur gloire ; l'épée était l'unique garantie de leurs droits ; l'hospitalité embrassait pour eux le code de l'humanité et l'éloquence, au défaut d'écriture, servait à terminer les différends qui ne se vidaient pas par les armes. »

 

L'instinct du pillage et le caractère batailleur des Arabes nomades en font toujours de redoutables voisins pour les peuples civilisés, et ces derniers les considèrent volontiers comme de véritables brigands ; mais le point de vue des Arabes est autre. Ils sont tout aussi fiers du pillage d'une caravane que les Européens peuvent l'être du bombardement d'une ville, de la conquête d'une province, ou d'exploits analogues.

 

Ce fut d'ailleurs grâce à ces instincts enracinés de guerre et de pillage, que les Arabes nomades devinrent d'excellents guerriers sous les successeurs de Mahomet et firent rapidement la conquête du monde. Dans les conditions nouvelles où ils se trouvèrent soumis, leurs instincts primitifs restèrent invariables, car le caractère d'un peuple ne change guère, mais ils se manifestèrent sous des formes nouvelles : l'amour du pillage devint l'amour des conquêtes ; leurs habitudes de générosité donnèrent naissance à ces mœurs chevaleresques que tous les peuples de l'Europe ont imitées ensuite. Leurs habitudes de rivalités intestines leur furent d'abord utiles à un certain degré, en provoquant chez eux un vif esprit d'émulation ; mais, trop enracinées pour pouvoir être contenues longtemps dans de justes limites, elles les perdirent.

 

Ce furent les Arabes nomades qui formèrent une grande partie des armées des successeurs de Mahomet, et, comme conquérants, rendirent les plus grands services à ces derniers ; mais ce ne fut pas certainement chez eux que se recrutèrent les savants et les artistes qui donnèrent un si brillant éclat à la civilisation des disciples du prophète.

 

Les nomades ont toujours dédaigné absolument les conquêtes de la civilisation, et préfèrent de beaucoup leur existence au désert. C'est là un de ses sentiments héréditaires analogues à ceux qu'on rencontre aussi chez les Indiens de l'Amérique, et contre lesquels aucun argument ne saurait prévaloir. Ils ont toujours refusé, en Syrie notamment, les terres qu'on leur offrit pour s'y fixer. Ces nomades, dont la fière et noble allure frappe tous les voyageurs, savent se suffire, sans les ressources artificielles de la civilisation, et ils n'auraient pas cédé le pas au plus altier baron féodal du moyen âge. La vie du désert n'est pas au surplus sans charme, et je confesserais volontiers que si j'avais à choisir entre cette vie indépendante et l'existence d'un manœuvre occupé douze heures par jour dans une usine à un abrutissant métier, l'hésitation ne serait pas longue.

 

Tout en étant restés aux formes les plus primitives de l'évolution des sociétés humaines, formes que les conditions d'existence au désert les empêchent de franchir, les Arabes nomades sont fort supérieurs aux autres peuples pasteurs que nous rencontrons encore sur divers points du globe. J'ai causé bien des fois avec eux, et a m'a semblé que leur conception de l'existence valait certainement celle de beaucoup d'Européens fort civilisés. Nous verrons plus tard par leurs poésies que si ces nomades sont réellement des demi-sauvages par leurs coutumes, ils ne le sont pas par leurs pensées. Il est rare qu'un nomade ne soit pas doublé d'un poète.

 

Il est doublé d'un poète, et, comme beaucoup de poètes, il est doublé aussi d'un enfant. Aux caractéristiques psychologiques que nous avons données du nomade il faut, en effet, ajouter celle-ci, la plus importante de toutes peut-être : qu'il possède, malgré son calme apparent, un caractère très mobile le rapprochant singulièrement de la femme et de l'enfant. Comme eux, il n'a guère pour guide que l'instinct du moment. Comme eux encore, il juge d'après les apparences, se laisse éblouir facilement par le bruit, l'éclat, la pompe extérieure ; et l'éblouir constitue le meilleur moyen de le convaincre.

 

Il en est ainsi de toutes les races ou de toutes les nations primitives, et a en est ainsi des femmes et des enfants parce qu'ils représentent également des formes inférieures de l'évolution humaine. Le nomade n'est en réalité qu'un demi-sauvage. Demi-sauvage intelligent assurément, mais qui depuis des milliers d'années n'a pas fait un pas vers la civilisation et, par conséquent, n'a subi aucune des transformations accumulées par l'hérédité chez l'homme civilisé. Si, comme nous le croyons, les caractères psychologiques suffisent à établir des différences profondes entre les hommes, on peut dire que l'Arabe sédentaire et l'Arabe nomade forment deux races véritablement séparées par un abîme.

 

Les produits de la civilisation arabe de l'Espagne prouvent que cette race brilla par sa haute intelligence, et son histoire prouve qu'elle brilla aussi par son caractère chevaleresque et sa bravoure ; mais les luttes intestines qui furent la vraie cause de sa fin prouvent également que certaines caractéristiques fondamentales du caractère arabe s'étaient maintenues chez elle.

Parmi les divers facteurs qui contribuent à déterminer l'évolution d'un peuple, les aptitudes intellectuelles et morales de sa race seront toujours les plus puissants. Cet ensemble de sentiments inconscients qu'on nomme le caractère et qui sont les véritables motifs de la conduite, l'homme les possède quand il vient à la lumière. Formés par la succession des ancêtres qui l'ont précédé, ils pèsent sur lui d'un poids auquel rien ne saurait le soustraire. Du sein de leur poussière tout un peuple de morts lui dicte impérieusement sa conduite.

 

C'est dans les temps passés qu'ont été élaborés les motifs de nos actions et dans le temps présent que se préparent ceux des générations qui nous succéderont. Esclave du passé, le présent est maître de l'avenir. L'étude de l'un sera toujours indispensable pour la connaissance de l'autre.

Les relations séculaires avec les nations les plus civilisées finissent toujours par conduire à la civilisation les peuples qui en sont susceptibles ; et les Arabes ont suffisamment prouvé que tel était leur cas. Pour avoir réussi enfin à créer en moins d'un siècle un vaste empire et une civilisation nouvelle, il fallait des aptitudes qui sont toujours le fruit de lentes accumulations héréditaires, et par conséquent d'une longue culture antérieure. Ce n'est pas avec des Peaux-Rouges ou des Australiens que les successeurs de Mahomet eussent créé ces cités brillantes qui pendant huit siècles furent les seuls foyers des sciences, des lettres et des arts, en Asie et en Europe. Bien d'autres peuples que les Arabes ont renversé de grands empires, mais ils n'ont pas fondé de civilisation, et faute de culture antérieure suffisante, ils n'ont profité que bien tard de la civilisation des peuples qu'ils avaient vaincus. Il a fallu de longs siècles d'efforts aux barbares qui s’emparèrent de l'empire romain pour se créer une civilisation avec les débris de la civilisation latine et sortir de la nuit du moyen âge.

 

… sauf sur ses frontières du nord, l'Arabie avait échappé à toutes les invasions. Tous les grands conquérants Égyptiens, grecs, romains, perses, etc., qui avaient ravagé le monde n'avaient rien pu contre elle. L'immense péninsule restait toujours fermée.

 

Mais au moment où parut Mahomet, elle était menacée d'invasions redoutables. L'an 525 de J.-C., l'Yémen, qui n'avait jusqu'alors obéi qu'à des souverains arabes, avait été envahi par les Abyssins, qui essayèrent d'y propager la religion chrétienne et réussirent à convertir plusieurs tribus. En 597, c'est-à-dire fort peu de temps avant Mahomet, ils furent chassés par les Perses, qui y établirent des vice-rois. Ces derniers régnèrent sur l'Yémen, l'Hadramaut et l'Oman jusqu'à l'arrivée du prophète.

 

Cette domination toute passagère ne comprit jamais du reste la vaste région du Nedjed ni l'Hedjaz, et nous pouvons dire que de tous les pays civilisés du monde, l'Arabie est peut-être le seul dont la plus grande partie n'ait jamais connu de domination étrangère.

 

L'islamisme compte aujourd'hui plus de cent millions de disciples dans le monde. Il est professé en Arabie, en Égypte, en Syrie, en Palestine, en Asie Mineure, dans une grande partie de l'Inde, de la Russie et de la Chine, et enfin dans presque toute l'Afrique jusqu'au-dessous de l'équateur.

 

Ces peuples divers, qui ont le Coran pour loi, sont rattachés entre eux par la communauté du langage et par les relations qui s'établissent entre les pèlerins venus tous les ans à la Mecque de tous les points du monde mahométan. Tous les sectateurs de Mahomet doivent, en effet, pouvoir lire plus ou moins le Coran en arabe : aussi, peut-on dire que cette langue est peut-être la plus répandue à la surface du globe. Bien que les peuples mahométans appartiennent à des races fort diverses, il existe ainsi entre eux des liens tellement profonds qu'il serait facile de les réunir à un moment donné sous la même bannière.

 

Les conquêtes des Arabes présentent un caractère particulier qui les distingue de toutes celles accomplies par les conquérants qui leur ont succédé. D'autres peuples, tels que les Barbares, qui envahirent le monde romain, les Turcs, etc., ont pu fonder de grands empires, mais ils n'ont jamais fondé de civilisation, et leur plus haut effort a été de profiter péniblement de celle que possédaient leurs vaincus. Les Arabes, au contraire, ont crée très rapidement une civilisation nouvelle fort différente de celles qui l'avaient précédée, et ont amené une foule de peuples à adopter, avec cette civilisation nouvelle, leur religion et leur langue. Au contact des Arabes, des nations aussi antiques que celles de l'Égypte et de l'Inde ont adopté leurs croyances, leurs coutumes, leurs mœurs, leur architecture même. Bien des peuples, depuis cette époque, ont dominé les régions occupées par les Arabes, mais l'influence des disciples du prophète est restée immuable. Dans toutes les contrées de l'Afrique et de l'Asie où ils ont pénétré, depuis le Maroc jusqu'à l'Inde, cette influence semble s'être implantée pour toujours. Des conquérants nouveaux sont venus remplacer les Arabes : aucun n'a pu détruire leur religion et leur langue. Un seul peuple, les Espagnols, a réussi à se débarrasser de la civilisation arabe, mais nous verrons qu'il ne l'a fait qu'au prix de la plus irrémédiable décadence.

 

Le neuvième siècle de l'hégire fut témoin de la chute complète de la puissance et de la civilisation des Arabes en Espagne, où ils régnaient depuis près de huit cents ans. En 1492, Ferdinand s'empara de Grenade, leur dernière capitale, et commença les expulsions et les massacres en masse que continuèrent ses successeurs. Trois millions d'Arabes furent bientôt tués ou chassés, et leur brillante civilisation, qui rayonnait depuis huit siècles sur l'Europe, s'éteignit pour toujours.

 

La religion, et la langue étant semblables, les Arabes des diverses contrées eurent un fonds commun identique ; mais on ne peut pas plus confondre entre elles les civilisations des divers pays soumis à la loi de Mahomet, qu'on ne pourrait confondre la civilisation du moyen âge avec celle de la renaissance ou des temps modernes chez les peuples chrétiens.

 

L'esquisse qui précède nous montre que dès le début de leurs conquêtes, les Arabes, bien différents en cela des peuples conquérants qui devaient leur succéder, respectèrent toutes les œuvres créées avant eux et ne songèrent qu'à utiliser la civilisation déjà existante et à la faire progresser. Très ignorants tout d'abord, ils surpassent bientôt leurs maîtres. La tactique militaire, l'emploi des machines de siège des Grecs leur étaient inconnus, mais ils apprennent vite ce qu'ils ignoraient et se montrent bientôt plus habiles que leurs adversaires. Les arts et les sciences étaient chez eux dans l'enfance ; mais les nombreuses écoles qu'ils fondent leur permettent d'égaler, puis de dépasser les peuples qui les avaient précédés. Leurs connaissances en architecture étaient nulles : ils emploient les Byzantins et les Persans comme architectes, mais en modifiant graduellement les monuments au gré de leurs sentiments artistiques, au point de se dégager de plus en plus de toute influence étrangère et d'arriver à s'y soustraire entièrement, comme nous le verrons bientôt.

 

À une époque où le reste de l'Europe était plongé dans une noire barbarie, les deux grandes cités où régnait l'islamisme étaient des foyers de civilisation éclairant le monde de leur lumineux éclat.

 

La période brillante de la civilisation des Arabes ne commença aussitôt que leur conquête fut achevée. L'activité qu'ils avaient d'abord dépensée dans leurs combats, ils la tournèrent vers les lettres, les sciences, l'industrie ; et leurs progrès dans les arts pacifiques furent aussi rapides qu'ils l'avaient été dans les arts guerriers.

 

L'aperçu qui précède montre que bien peu de temps après leurs conquêtes, les Arabes étaient arrivés à un haut point de culture ; mais une administration savante, des arts aussi compliqués que l'exploitation des mines, l'architecture, etc., ne s'improvisent pas, et des sciences comme l'astronomie s'improvisent moins encore. Notre résumé suffirait à lui seul pour montrer que les Arabes ne firent que continuer une civilisation existant avant eux. Dans les sciences, les arts, les connaissances administratives, etc., ils continuèrent simplement en effet la civilisation gréco-latine, mais la firent considérablement progresser, tandis que les Byzantins, qui transmirent aux Arabes ce précieux dépôt, n'avaient su en tirer aucun parti, et étaient tombés dans la plus triste décadence.

 

Pour bien apprécier cette civilisation, il faut sortir des généralités auxquelles nous nous sommes limités dans cette partie de notre ouvrage et examiner en détail les œuvres scientifiques, littéraires, artistiques et industrielles qu'elle a enfantées. C'est là ce que nous ferons dans d'autres chapitres lorsque nous aurons terminé l'exposé sommaire de l'histoire des Arabes dans les diverses contrées occupées par eux. À mesure que nous avancerons dans notre ouvrage nous verrons se dégager nettement deux faits essentiels que nous n'avons fait qu'indiquer jusqu'ici. Le premier est que les Arabes surent créer une civilisation nouvelle avec des éléments empruntés aux Perses, aux Grecs et aux Romains. Le second est que cette civilisation fut si solide qu'elle subjugua jusqu'aux barbares qui tentèrent de la détruire. Les peuples les plus divers de l'Orient contribuèrent à renverser les Arabes, mais tous sans exception, jusqu'aux Turcs eux-mêmes, contribuèrent aussi à propager leur influence. Des races vieilles comme le monde, telles que celles de l'Égypte et de l'Inde, acceptèrent la civilisation, la religion et la langue que leur apportèrent les Arabes ou leurs continuateurs.

 

                     

Par : Karim Zentici

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26 mars 2017 7 26 /03 /mars /2017 14:45

 

 

Dialogue entre un quiétiste et un chrétien flic

(Partie 6/3)

 

La religion médiane entre l’excellence et la justice

Ibn Taïmiya souligne qu’il existe trois sortes de Loi céleste : une loi basée sur l’excellence, une loi basée sur la justice, et une loi qui réunit à la fois l’excellence et la justice dans le sens où elle ordonne la justice et recommande l’excellence (à un niveau moindre). En ce sens, le Coran offre la Loi la plus complète possible, car il réunit la justice et l’excellence.

 

Nous ne contestons pas que Moïse (u) ait pu ordonner la justice et recommander l’excellence à l’instar du Messie. Quant à prétendre que Jésus ordonnait l’excellence et qu’il interdisait à l’opprimé de se faire justice ou que Mûsâ ne prônait pas la charité, c’est se méprendre au sujet des différentes missions prophétiques. Nous pouvons avancer en revanche que la Thora est essentiellement basée sur la justice, à l’inverse de l’Évangile qui axe son message sur l’excellence.

 

Le Coran pour sa part a la particularité de proposer une harmonie parfaite entre ces deux notions (ou encore de les utiliser à leur paroxysme ndt.). Quant à l’Injîl, il ne propose pas une Législation autonome, il n’y est pas question des notions de l’Unicité, de la création du monde, ou encore des aventures des prophètes avec leurs différents peuples. Il se contente pour ces notions-là de renvoyer la plupart du temps à la Thora.

 

Néanmoins, le Messie a proscrit certaines interdictions de l’Ancien Testament et prône notamment la vertu, la clémence vis-à-vis de l’injuste, l’endurance face aux nuisances, l’abstinence dans ce bas monde ; il s’est servi de paraboles pour expliquer ces notions. Le Nouveau Testament se distingue en gros de la Thora à travers les vertus qu’il encourage, l’ascétisme qu’il recommande, et certaines proscriptions des interdictions dont étaient frappés les adeptes du Livre avant lui.

 

Cependant, le Coran n’a rien à lui envier de ce côté-là ; il est même plus enrichissant. Il n’y a pas un savoir utile ni une œuvre pieuse que la Thora, l’Évangile ou la prophétie en général propose sans qu’il n’en fasse autant, voire mieux. Celui-ci se distingue toutefois par des enseignements qui sont inexistants dans les livres anciens. La Thora penche plus vers la rigueur et la dureté tandis que l’évangile penche plutôt vers la douceur et la tolérance. Le Coran pour sa part se trouve au juste milieu en réunissant ces deux qualités à la fois comme le formule le Verset : (Ainsi, Nous avons fait de vous une communauté médiane afin que vous soyez des témoins à l’encontre les hommes).[1] Le Seigneur décrit la communauté du Prophète (r) de la façon suivante : (Mohammed le Messager d’Allah et ceux qui le suivent sont durs envers les mécréants et charitables entre eux).[2] Il a dit également : (Allah viendra alors avec un peuple qu’Il aime et qui L’aiment ; humbles envers les croyants et fiers envers les infidèles).[3]

 

Ainsi, le Prophète de l’Islam (r) qui est le meilleur et le plus parfait d’entre tous était à la fois le Prophète de la Miséricorde et le Prophète de la guerre.[4] En cela, il est plus parfait que celui qui inclinerait plus soit vers la dureté soit vers la douceur. Pour expliquer cette prépondérance et cette répartition des sentiments dont se distingue chaque communauté, une certaine hypothèse assume que les juifs vivaient sous la domination et la persécution de Pharaon. Face à cet état d’esclavage et d’humiliation, il leur fut légiféré la colère afin de se défendre et pour les rendre plus courageux, mais ces derniers n’ont pas répondu à l’ordre de Moïse lorsqu’il leur ordonna d’entrer en terre de Canaan[5] sous prétexte qu’elle était habitée par des géants.[6] (…)

 

Cependant, après qu’Allah leur ai offert le triomphe, le pouvoir fut emparé par des rois à la fleur de l’âge qui firent régner la tyrannie à la manière de Pharaon. La mission de ‘Îsâ offrait de nouvelles dispositions ; celle-ci fut basée essentiellement sur l’indulgence, la vertu, et la douceur pour remédier à l’esprit dur et tyrannique dont les juifs s’étaient investis. Dès lors, les adeptes de la nouvelle religion étaient tellement doux qu’ils sombrèrent dans le laxisme ; ils ont ainsi renoncé à répandre la morale (ordonner le bien et interdire le mal) et à la « Guerre Sainte » ; ils ne voulaient même plus appliquer la justice entre eux et les peines corporelles. Les plus pieux d’entre eux se retiraient dans des monastères. Or, si les chrétiens sont laxistes quant il s’agit d’appliquer les lois de Dieu, ils sont obscurantistes quant il s’agit de suivre leurs autorités religieuses, de dominer, et de s’accaparer les richesses des hommes comme en témoignent les épisodes noirs qui traversent leur histoire…

 

Si les premiers chrétiens furent persécutés, quand ils eurent le pouvoir – à l’image de leur premier Empereur qui imposa par le glaive la religion qui lui fut dictée au Concile de Nicée, et qui fit massacrer ses opposants parmi les « gentils » en commençant par les juifs – leurs rois n’y allaient pas de main morte avec leurs sujets bien qu’ils n’appliquaient pas les Lois d’Allah. Ils faisaient impunément couler le sang des innocents que ce soit sous l’égide de leurs savants et de leurs dévots ou bien au gré de leurs propres caprices. En cela, ils n’étaient pas différents des juifs.

 

En revanche, Mohammed (r) propose une Législation parfaite et modérée qui ne sombre ni d’un côté ni de l’autre. Ses adeptes sont durs envers les ennemis d’Allah et doux envers Ses élus. Ils sont cléments et indulgents lorsqu’il s’agit de leurs intérêts personnels, mais ils sont intransigeants quand les droits du Seigneur sont en jeu. Cette religion est plus prompt à la vertu et aux bonnes mœurs que l’Évangile, mais elle est aussi plus prompt à la guerre sur le sentier d’Allah et à la justice que la Thora ; elle incarne le summum de la perfection. C’est ainsi que certains ont pu dire que Moïse incarnait la majesté, Jésus incarnait la beauté, et Mohammed la perfection…

 

Les philosophes reconnaissent eux-mêmes que le monde n’a jamais connu un « génie » (Nâmûs : traduction très approximative) comme Mohammed. Ils lui reconnaissent même une prépondérance par rapport à Mûsâ (u) et à ‘Îsâ (u). Pourtant, ils ne manquent pas de dénigrer les grands hommes des autres civilisations, mais ils n’ont pas osé le faire avec le sceau des prophètes, en dehors de quelques marginaux qui enfreignent l’éthique philosophique enjoignant de fonder les jugements sur la science et l’objectivité.

 

Avant l’avènement de la Thora, par une Loi universelle, Allah frappait d’un châtiment tous les peuples qui reniaient ses envoyés. Il fit périr le peuple de Noé sous les eaux, le peuple de Hûd par un vent glacial, celui de Sâlih par un cri strident, le peuple de Shu’aïb par une canicule, celui de Loth par une tempête de pierres (selon l’une des opinions ndt.), et celui de Pharaon par la noyade. Après la révélation de la Thora, il fut prescrit la « Guerre Sainte » pour les détenteurs du Livre ; si certains d’entre eux ont vaillamment répondu à cet appel, d’autres y ont renoncé. Ainsi, il y avait désormais deux moyens de répandre la lumière prophétique ; le savoir et la force…[7]

 

En cela, il n’y a rien de nouveau dans la mission de Mohammed, si ce n’est qu’il a apporté la plus parfaite et la plus répandue des religions qui restera universelle jusqu’à la fin des temps, et cela sans ne jamais subir ni réforme ni abrogation.

 

C’est à leurs fruits qu’on les reconnait, et comme le souligne ibn Taïmiya, les Arabes ont construit une civilisation d’une ampleur jamais égalée et, qui plus est, en un temps record ; il dit mot-à-mot qu’ils firent en une période très courte ce qui réclame beaucoup plus de temps chez les autres peuples. Ce constat n’a rien de chauvin, puisqu’il fut repris par des occidentaux des temps modernes dont on ne peut soupçonner l’objectivité, comme en témoignent nombre de citations qui parsèment cette série d’articles…

 

Le triomphe de la barbarie sur la civilisation   

 

Stoppée en Occident par la victoire de Charles Martel, bloquée devant Byzance par la résistance de Léon III et de Justinien II, l’expansion arabe avait atteint en 743, des limites qu’elle ne dépasserait plus. Grâce à la force des Francs et à la ténacité des Grecs, l’Europe devait rester en dehors de son emprise. Mais la domination musulmane ne s’en étendait pas moins de Narbonne à Kashgar ; et le Calife, « cette image de la divinité sur terre » se trouvait à la tête d’un empire plus vaste que ceux de Darius ou d’Alexandre le Grand.

 

Jamais entreprise aussi considérable n’avait été réalisée en un aussi petit laps de temps, et les chroniqueurs de l’époque n’eurent pas tort de la comparer à une tempête. Plus de douze mille kilomètres séparaient les positions extrêmes occupées par les Arabes en Orient et en Occident. Pourtant il ne s’était écoulé que cent vingt-deux ans depuis le serment d’Akaba, c’est-à-dire depuis le jour où, rassemblant autour de lui une quarantaine de guerriers, Mahomet avait constitué le noyau initial des armées islamiques.[8]

 

Dans une partie précédente, nous ramenions les témoignages de Gustave Le bon et d’Adolphe Hitler qui regrettaient presque qu’un certain Martel, Charles de son prénom, prennent le dessus sur les armées musulmanes porteuses des lumières de l’époque. On peut trouver ces témoignages douteux, mais que dire du Pr Claude Farrère de l’Académie française qui déplore cette triste réalité ? « L’an 732 de notre ère, une catastrophe, la plus néfaste peut-être de tout le Moyen-âge s’abattit sur l’humanité ; et le monde occidental en fut plongé, pour sept ou huit siècles, sinon davantage, au tréfonds d’une barbarie que la renaissance commença seulement de dissiper, et que la réforme faillit épaissir à nouveau. Cette catastrophe dont je veux détester jusqu’au souvenir, ce fut l’abominable victoire que remportèrent, non loin de Poitiers, les sauvages harkas des guerriers francs conduits par le carolingien Charles Martel, sur les escadrons arabes et berbères que le calife ‘Abd Ar-rahmane ne sut pas concentrer assez nombreux, et qui succombèrent devant les guerriers francs. En cette journée funeste, la civilisation recula de huit cents années. Il suffit, en effet, de s’être promené dans les jardins d’Andalousie ou parmi les ruines éblouissantes encore de ces capitales de magie et de rêve que furent Séville, Grenade, Cordoue, voire Tolède, pour entrevoir, dans un miraculeux vertige, ce qu’il serait advenu de notre France, arrachée par l’Islam industrieux, philosophe, pacifique et tolérant – car l’Islâm est tout cela – aux horreurs sans nom qui dévastèrent par la suite l’antique Gaulle.

 

Celle-ci fut asservie d’abord aux féroces bandits austrasiens, puis morcelée, déchirée, noyée de sang et de larmes, vidée d’hommes par les croisades, gonflée de cadavres par tant et tant de guerres étrangères et civiles, alors que, du Guadalquivir à l’Indus, le monde musulman s’épanouissait triomphalement dans la paix sous l’égide quatre fois heureuse des dynasties ommeyade, abbaside, seldjoukide, ottomane. A ces français, je demanderai ensuite ce qu’ils pensent de « notre » victoire de 732 sur les musulmans ? Et s’ils ne jugent pas avec moi que cette défaite d’un peuple civilisé par un peuple barbare fut, pour l’humanité entière « un grand malheur ? ».

 

Le savant espagnol Blanco Ibanez parait bien placé pour nous peindre cet insolite tableau andalous « Dans l’ombre de la Cathédrale » : « L’Espagne, esclave de rois théologiens et d’évêques belliqueux, recevait à bras ouverts ses envahisseurs. En deux années, les Arabes s’emparèrent de ce que l’on mit sept siècles à leur reprendre. Ce n’était pas une invasion qui s’imposait par les armes, c’était une société nouvelle qui poussait de tous côtés ses vigoureuses racines. Le principe de la liberté de conscience, pierre angulaire sur laquelle repose la vraie grandeur des nations leur était cher. Dans les villes où ils étaient les maîtres, ils acceptaient l’église du chrétien et la synagogue du juif. »[9]

 

« Saint Ferdinand, écrit de son côté Viardot, se rendit à la mosquée et ce magnifique ouvrage du premier ‘Abd Ar-rahmane fut consacré au culte chrétien… Mais les autres monuments que nul caractère sacré ne protège contre une avidité barbare, contre une haine fanatique, disparurent dans les pillages et les dévastations de la conquête. Il ne resta rien, ni des riches abords de la mosquée, ni du merveilleux palais d’Al-Zahra… Des colonnes solitaires sont là pour attester que des nations civilisées occupaient jadis le vide inculte du désert. »[10]

 

Pour sa part, un auteur contemporain écrit : « Les chrétiens qui n’avaient pas renié leur foi sont globalement appelés « Mozarabes » ; ils ne sont pas persécutés et vivent en bonne entente avec les Arabes et les chrétiens convertis à l’Islam (…) Les conquérants arabes n’ont mis aucune entrave à la religion chrétienne ; l’Espagne conquise a conservé les diocèses de l’Espagne chrétienne et il y a trois archevêques (Tolède, Lusitanie, Bétique). Les villes d’al-Andaloûs comptent de nombreuses communautés juives entièrement libres civilement et religieusement, comme les chrétiens, dont les quartiers sont appelés par les Arabes « la ville juive » (madinat al-yahoûd). Les juifs, banquiers, prêteurs, gabeleurs, ont joué un rôle important de financiers, mais aussi de conseillers et d’ambassadeurs, au service des musulmans ou des chrétiens. »[11]

 

« Quant aux non musulmans, écrit l’historien Sâmih ‘Atef Ezzayn, ils sont laissés à leurs convictions et adoration ; ils suivent dans leurs affaires de mariage et de divorce les lois de leur religion. L’État nomme un juge pour décider de leurs différends devant les tribunaux gouvernementaux. Quant aux nourritures et vêtements, ils sont laissés à leur propre convenance, conformément aux prescriptions de leur religion, mais tout en respectant l’ordre général. Les transactions et les sanctions s’appliquent sur le même pied d’égalité aux musulmans et non musulmans, sans nul égard à la religion, à la race ou au sexe. »[12]

 

« Le 3 janvier 1492, écrit un historien français, le dernier prince de la dynastie nasride, se rendra aux rois catholiques, et l’histoire de l’Espagne sera définitivement chrétienne. Il ne restera plus dans la péninsule, une fois ces innombrables guerres oubliées, que le souvenir éblouissant de la culture arabo-andalouse : la mosquée de Cordoue, l’Alhambra de Grenade, les œuvres des écrivains, des savants, des philosophes, des théologiens et des traducteurs andalous qui ont communiqué leur savoir aux francs barbares et ignorants que nous étions alors. »[13]

Un autre auteur ajoute dans cette optique : « L’influence qu’exerça l’Islâm dans l’édification de la culture occidentale du Moyen-âge fut donc décisive. Le monde chrétien, quant à lui, sut aborder des formes de vie intellectuelles et artistiques, très différentes des siennes, disposé parfois à dialoguer mais toujours à apprendre puisque cette communication du savoir se faisait dans une seule direction, de l’Orient vers l’Occident. Les deux mondes, ensuite, se renfermèrent sur eux-mêmes. L’Orient, après tant de splendeur, se cristallisa dans la contemplation de sa grandeur passée ; l’Europe fut prise par le mythe de l’adoration de l’homme et par l’exaltation d’elle-même comme gardienne de la civilisation et de la vérité. »[14]

 

« D’où provient cette force d’attraction qui pousse les Grecs, les Syriens, les Égyptiens, dépositaires à la fois des civilisations antiques et de la civilisation chrétienne, à se rapprocher aussi rapidement que possible de la civilisation musulmane ? se demande le Pr Haider Bammate.

 

« Il n’est qu’une réponse à cette question, écrit Henri Pirenne, et elle est d’ordre moral. Tandis que les Germains n’ont rien à opposer au Christianisme de l’empire, les Arabes sont exaltés par une foi nouvelle. C’est cela, et cela seul, qui les rend inassimilables. Car, pour le reste, ils n’ont pas plus de préventions que les Germains pour la civilisation de ceux qu’ils ont conquis. Au contraire, ils se l’assimilent avec une étonnante rapidité. En science, ils se mettent à l’école des Grecs, en art à celle des Perses… ils ne demandent pas mieux, après la conquête, que de prendre comme un butin la science et l’art des infidèles ; ils les cultiveront en l’honneur d’Allah. Ils leur prendront même leurs institutions dans la mesure où elles seront utiles. »[15]

 

Voir : http://www.lelibrepenseur.org/lislam-et-loccident/

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

[1] La vache ; 143

[2] La grande conquête ; 29

[3] Le Repas Céleste ; 54

[4] Victor Hugo disait au sujet de Mohammed (r) :      

J’ai complété d’Issa la lumière imparfaite.

Je suis la force, enfants ; Jésus fut la douceur.

Le soleil a toujours l’aube pour précurseur.

[5] Dieu s’adresse dans la Bible à Israël en ces termes : « … Ne faites pas ce qui se fait au pays d’Égypte où vous avez habité ; ne faites pas ce qui se fait au pays de Canaan, où je vais vous faire entrer ; ne suivez pas leurs lois ; mettez en pratique mes coutumes et veillez à suivre mes lois. C’est moi, le SEIGNEUR votre dieu. Gardez mes lois et mes coutumes : c’est en les mettant en pratique que l’homme à la vie. C’est moi, le SEIGNEUR. » (Le Lévitique 18.3-5). Ainsi la condition pour aspirer à rester le « peuple élu » et pour vivre sur la terre des Philistins, c’est de suivre scrupuleusement les lois de Dieu wa Allah a’lam !

[6] Voir : Le Repas Céleste ; 21-24 Dans Majmû’ el Fatâwa (v. 27), Sheïkh el Islam ibn Taïmiya nous rapporte qu’on retrouva à son époque des ossements géants de squelettes humains. La découverte récente en Arabie Saoudite et en Iraq de squelettes géants lèvera certainement à l’avenir le voile sur ce « mystère ».  Les Amorites (‘Amâlîq) descendants de ‘Âd, mais aussi les Émîtes et les Anaqites avant eux, étaient des peuples Philistins de géants vivant sur les terres de Canaan qui longeaient le littoral méditerranéen entre l’Égypte et la Palestine (voir : les nombres ; 13.31-33 et  Deutéronome ; 1.28, 2.11).

[7] Extrait d’el jawâb e-sahîh li man baddala dîn el Masîh d’ibn Taïmiya (5/résumé des pages 58 à 113 avec certaines modifications).

[8] Jacques Benoist-Méchin, Ibn Séoud ou la naissance d’un royaume.

[9] Cité par Roger Garaudy dans son livre « Promesses de l’Islâm », éditions Le Seuil, Paris 1981.

[10] Cité par Ahmed Rédha Bey dans son livre « La faillite morale de la politique occidentale en Orient », éditions Bouslama, Tunis 1997.

[11] Cf. « Le génie de l’Islamisme », par Roger Caratini, éditions Michel Lafon, Paris, 1992.

[12] In. Samih ‘Atef Al-Zayn “L’Islâm et l’idéologie de l’homme”, éditions Dâr Al-Kitâb Al-lubnâni, Beyrouth, Liban.

[13] In. « Le génie de l’islamisme », op cité.

[14] Cf. « L’Europe musulmane », par Gabrielle Crespi, éditions Zodiaque, Paris, 1979.

[15] Cf. Henri Pirenne “Mahomet et Charlemagne », Paris 1937, cité par Haïdar Bammate dans son livre « Visages de l’Islâm », éditions Enal, Alger, 1991.
(10). Cf. «Haïdat Bammate « Visages de l’Islâm », éditions Enal, Alger 1992.

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25 mars 2017 6 25 /03 /mars /2017 13:56

 

Dialogue entre un quiétiste et un chrétien flic

(Partie 6/2)

 

La transcendance du djihad

Pour sa survie, l’Homme est animé d’amour et de haine. De l’amour pour son clan et ses proches aux dépens des gens moins proches, dont les ambitions contradictoires l’oblige à les prendre en ennemis, à les haïr. Or, le summum du sentiment positif est transcendantal et spirituel, car le cœur a des fonctions temporelles certes, mais sa fonction première est céleste. Autrement dit, Dieu a insufflé l’âme humaine dans l’instrument du cœur pour qu’en retour il Lui soit reconnaissant à travers son adoration unique : (Nous avons révélé à tous les messagers que Nous avons envoyé avant toi qu’il n’y a d’autre dieu en dehors de Moi, alors adorez-Moi)[1] ; [Nous avons envoyé à chaque communauté un messager [disant] : adorez Allah et éloignez-vous du tâghût].[2]

 

« L’adoration dans son essence, nous dit ibn Taïmiya, se compose à la fois de la plus grande ferveur et de la plus grande humilité. L’adorateur est donc fervent et soumis, contrairement au fervent non soumis, qui aime uniquement pour des raisons d’intérêt, le faisant accéder à d’autres bienfaits. Contrairement aussi aux soumis non fervents dans les sentiments, à l’exemple des sujets d’un tyran. Ces deux types de comportement ne réunissent pas les conditions les propulsant au degré de l’adoration absolue. Chaque être encensé envers qui l’on dédit la ferveur en dehors de Dieu, se voit attribuer une part d’adoration. »

 

C’est le message ancestral de tous les Prophètes et Messagers dont la Mission est de professer aux hommes l’unicité du culte ; dévouer à Dieu l’adoration exclusive et sincère qu’Il mérite comme le stipule le Verset : (Adorez Allah, vous n’avez point de dieu en dehors de Lui).[1]

 

Ibn Taïmiya théorise la chose

 

L’être humain décèle en lui trois forces nécessaires à sa survie : la raison, la colère, et les passions. La première, qui le distingue des autres espèces et qu’il partage avec les anges, est la plus noble. L’homme est pourvu de la raison et des envies, tandis que l’animal jouit des envies sans la raison, et l’ange détient une raison, mais sans envie. Quand la raison domine, on a plus de mérite que les gardiens du ciel et quand on succombe à ses désirs, on tend vers la nature animale. La colère grâce à laquelle on pare les dangers, prend la seconde place d’importance, devant les désirs qui servent à accaparer les choses utiles.

 

Il existe donc deux types d’instinct qui vont moduler le comportement et qui sont antagonistes : l’instinct d’attirance qui va engendrer l’amour, la volonté, etc. et l’instinct de rejet, d’éloignement qui provoque la haine, l’aversion, la répugnance, etc.

 

L’attirance et la répulsion sont communes à l’animal et à l’homme, mais seul ce dernier est doté de la raison, de la foi, de la spiritualité et du libre-arbitre. La mécréance entre dans cet ensemble et est donc spécifique à l’être doué de la parole. On ne parle pas de mécréance pour les créatures non douées de raison ni des pulsions.

 

La mécréance est une corruption de la raison, de la même façon que le meurtre est une corruption de la colère, et que l’adultère est une corruption de l’amour et des plaisirs. Nous avons affaire ici aux trois principaux péchés capitaux, si l’on sait que la mécréance remet en cause la raison qui explique la présence de l’homme sur terre, et qui n’est autre que l’adoration du Dieu unique ; le meurtre détériore le maintien du corps et de l’individu présent, et l’adultère perturbe le maintien de l’espèce et de l’individu futur, d’où l’ordre décroissant de gravité : la mécréance, le meurtre, et l’adultère.

 

Pour expliquer cet ordre sous un autre angle, nous pouvons dire que la mécréance corrompt l’âme et le cœur ; le meurtre corrompt son enveloppe, le corps, et l’adultère s’attaque à ce qui maintient son existence et sa pérennité ; il est donc plus grave de s’attaquer à l’existence effective qu’à l’existence potentielle. Au demeurant, l’homosexualité est pire que l’adultère.

 

Ibn Taïmiya considère que les Arabes, les Romains, et les Perses sont les nations qui incarnent le mieux les valeurs humaines, en regard des trois forces que nous venons de citer. Les autres ethnies (les Turcs, les peuples du Soudan, etc.) s’inscrivent au second plan. Ces trois nations méritaient donc de s’accaparer le Croissant fertile, la « terre du milieu » dans toute sa largeur et sa longueur. Si les Arabes ont un ascendant pour la raison, l’éloquence, et la parole, les Romains penchent plus vers les plaisirs notamment du ventre et de la chaire, tandis que la colère, le pouvoir, un fort « patriotisme » ou la défense des siens sont les valeurs qui prévalent chez les Perses.

 

Ces ascendants, qui touchent indistinctement les gens des villes et des campagnes, permettent de classer ces trois nations entre elles : d’abord, les Arabes, puis les Perses (la colère étant plus précieuse que l’amour) qui viennent devant les Romains.

 

Le savoir, la foi, et l’intelligence représentent la raison à son paroxysme, tandis que le courage incarne la colère dans toute sa plénitude ; la sagesse, qui a pour alter égo la générosité est le degré le plus élevé du courage ; et la chasteté reflète le summum de l’amour et des désirs.

 

Un homme modéré associe à la fois la générosité et la chasteté, le courage et la sagesse. La générosité est synonyme de douceur, de tendresse, tandis que le courage relève de la dureté et de la rudesse. La victoire est le fruit de la colère, et l’amour récolte la richesse ; la victoire et la richesse, ces deux piliers de la civilisation, sont souvent juxtaposés dans les textes scripturaires et dans la Littérature d’origine diverse.

 

Pour parachever ce tableau d’ensemble, il manque un élément et non des moindres : la justice qui vient harmoniser, ajuster les trois vertus pratiques : la générosité, le courage, et la chasteté. Celle-ci, la justice, joue le rôle de modérateur afin d’éviter les excès en tout genre.

 

Les trois forces inhérentes servent également de marqueur qui trace les frontières entre les adeptes des trois grandes religions : les musulmans, les juifs, et les chrétiens.

Les premiers se caractérisent par la raison, le savoir et la modération ; la Parole d’Allah a généré la lumière de la connaissance à la nation du milieu.

 

Les juifs sont peu portés vers les plaisirs ; cette particularité s’est manifestée dans la Loi qui interdit certains aliments et vêtements, et qui enjoint à la dureté et à la force. L’Ancien Testament met plus souvent l’accent sur leur cœur dur que sur les péchés de la chaire et du ventre. À l’inverse, le Nouveau Testament bannit la vendetta aux chrétiens peu enclins à la colère, mais qui ont un goût prononcé pour les jouissances éphémères. Cela explique l’abrogation de certains éléments interdits ; et leur attrait pour les mets et les loisirs de toute sorte fait cruellement défaut aux hébreux. Les adeptes de Jésus sont beaucoup plus sensibles et magnanimes que les fils d’Israël ; la pitié et la tendresse inondent leur cœur perméable aux péchés charnels (dans le sens épicurien du terme). Ils sont beaucoup plus réceptifs aux commandements bibliques qui vantent les vertus de la victoire que celles de la richesse.

 

Dans les rangs musulmans, nombre de soufis et de légistes ont des affinités avec les mœurs chrétiennes (‘isâwiya) qui ne sont pas toujours frappées du sceau de la légitimité. Coureurs de jupons invétérés, pédophiles en puissance, ils se laissent emportés par les chants liturgiques. Or, les légistes sont plus animés par l’ascendant juif (mûsawiya) qui fait d’eux de redoutables et opiniâtres polémistes. La piété étant loin d’être leur qualité première, ils se laissent dominer par l’orgueil qui transforme leurs joutes verbales en de véritables dialogues de sourd.

 

L’amour est la principale force d’attraction, et la haine est la source de la force de répulsion (la colère et la haine vont de paire). L’amour et la haine sont donc à l’origine de tous les sentiments. Le don provient de l’amour qui est mu par un élan de générosité, la protection et la défense des personnes et des biens émanent de la colère. Celle-ci est probablement une forme particulière de haine qui se traduit sous la forme de l’agressivité déclenchée par l’envie d’assouvir un sentiment de vengeance, de soulagement. Cette colère particulière s’oppose, aux yeux de certains théologiens du kalâm, à la répulsion, mais en règle générale, la colère répulsive est le contraire de la force d’attraction qui enclenche l’amour. C’est grâce à la force d’attraction que le fidèle se soumet à ses obligations religieuses, et c’est la force de répulsion qui l’éloigne des interdits. L’amour pousse à répandre le bien et à l’encourager, et la haine incite à prohiber le mal et à mettre en garde contre ses méfaits. L’instinct de colère a un effet dissuasif et assure la justice et la sécurité au sein des sociétés, notamment au niveau des trésors publics et des tribunaux. L’excellence et la charité sont le fruit de l’instinct d’attraction.

 

Repousser le mal procure une sensation de bien-être que chérit la nature humaine et que corrobore la religion. La crainte d’Allah, par exemple, tient une grande place dans les textes qui promettent à ses tenants la meilleure récompense ici-bas et dans l’au-delà. Et, par nature, les hommes, particulièrement ceux qui détiennent les richesses, encensent ceux parmi eux qui les sauvent d’un danger ou d’un ennemi, en sachant que la réciproque est moins vraie. La richesse ne peut, en tout état de cause, s’épanouir sans la force, qui, elle, jouit d’une plus grande autonomie. Ce constat reste, malgré tout, aléatoire, et il serait plus juste de dire que si la richesse est plus aimée, la force est plus respectée.

 

Ainsi, repousser le mal procure un bien-être grâce à la colère, qui, comme nous l’avons vu, est prépondérante à l’amour. Les patrimoines culturels prisent avec entrain leurs glorieux héros et louent avec emphase leurs fastes, eux qui bravent les dangers, et qui cristallisent la haine de l’ennemi, à la grande admiration du peuple. Les nantis, moins exposés au péril, jouissent d’une moins grande popularité.

 

Or, cette thèse ne résiste pas à la critique, car, la force d’attraction est sollicitée pour obtenir les choses convoitées, et leur privation crée une frustration. Par ailleurs, il n’est pas évident que la répulsion soit plus forte, étant donné qu’en principe, l’attraction s’inscrit en amont ; c’est quand on aspire à des bienfaits qu’on cherche à repousser leurs méfaits. De ce point de vue, la répulsion, qui n’est qu’une réaction à une situation, se met au service de l’attraction qui est une fin en soi.

 

La répulsion n’a donc pas toujours lieu d’être, contrairement à l’amour, le moteur de l’existence et des aspirations. La haine n’est que l’instrument à même de mettre le sentiment positif dans les meilleures conditions. D’où le hadîth : « Lorsqu’Allah fit la création, Il écrivit dans un livre qui se trouve auprès de Lui au-dessus du Trône : « Ma Miséricorde devance Ma Colère. » »[3] Le mal n’est pas imputé aux Noms et Attributs du Tout-Puissant, mais uniquement à Ses actions.

 

Par ailleurs, la piété est précieuse dans le sens où elle s’érige comme un rempart devant toutes les incursions qui mettent à mal la nature saine de l’homme dont l’instinct le dirige vers le Seigneur des cieux et de la terre, sans dépenser le moindre effort. C’est pourquoi, la mission des prophètes ne s’encombraient pas d’expliquer à leurs peuples que Dieu existe, puisque tout le monde le sait, mais l’accent était mis sur l’obligation de Lui vouer le culte exclusif qu’Il ne partage avec aucune créature. Le monothéisme met à contribution les deux forces innées : l’amour de l’unicité et la haine de l’association. Cette dualité qui est en parfaite adéquation avec la nature humaine matérialise l’essence de la religion.

 

Les sociétés s’organisent autour d’une politique qui réprime l’injustice (ex. : l’usure) et qui prônent les échanges productifs et la  solidarité citoyenne (ex. : l’aumône légale).

 

Deux catégories d’individus se sont égarées à l’égard de l’amour qui est à l’origine de tout acte religieux. D’un côté, nous avons les mûsawites (les théologiens du kalam et les légistes) qui, pour des raisons scolastiques, renient l’Attribut de l’Amour imputé au Très-Haut, et qui, fort de leurs élucubrations intellectuelles, négligent les actes : faites ce que je vous dis, et non pas ce que je fais !

En parallèle, pointent les îsâwites (les soufis et les ascètes) qui partagent leur amour entre la divinité absolue et de vulgaires créatures (le culte des saints) ; leur amour est aussi parasité par des pulsions perverses (les chants liturgiques, les femmes, les imberbes, etc.). D’autre part, ils arborent de l’aversion envers le sentiment légitime de haine en Dieu, et affiche un laxisme outrancier qu’ils traduisent par un manque d’entrain flagrant à répandre la morale.

 

Les mûsawites et les îsâwites sont les deux faces d’une même pièce avec d’un côté les égarés qui privilégie l’amour à la haine ; ceux-ci sont mus par une bonne volonté et un sentiment positif débordant qu’ils ne savent pas maitriser en raison de leur manque de culture prophétique. Ils sombrent donc dans l’excès par la fenêtre de l’amour en s’imprégnant du paganisme, et d’ascétisme hérétique (les plus extrémistes se retirent de la société pour s’enfermer dans une vie monacale). Ils vacillent entre l’amour légitime et l’amour hérétique. Ils aiment à la fois le vrai et le faux.  Les seconds, qui sacrifient l’amour au profit de la haine, sont frappés par la colère divine. Imprégné de l’héritage prophétique, ils ne mettent pas leur érudition au service du culte, et n’éprouvent aucun élan pour la dévotion. Ils n’aiment ni le vrai ni le faux.

 

Les uns ont le mérite d’aimer et de reconnaitre la vérité, et les autres de détester et de contester le faux !

 

Entre les deux, la voie du milieu…[4]

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

[1] Les Prophètes ; 25

[2] Les abeilles ; 36

[3] Rapporté par el Bukhârî (n° 3194), et Muslim (n° 2571).

[4] Majmû’ el fatâwâ (15/428-441).

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24 mars 2017 5 24 /03 /mars /2017 15:15

L’approche philosophique du djihad

 

L’homme est par nature un animal guerrier. Celui-ci est conditionné à se munir de tous les moyens à même d’assurer sa préservation. En parallèle, il éloigne de lui tout ce qui porte atteinte à sa survie, et qui met à mal ses besoins fondamentaux, dits « primaires ». Une fois ces besoins assouvis, il augmente son niveau d’exigence dans sa quête vers un confort minimum (nourriture, habitat, habillement, etc.) qui remplit ses besoins secondaires.

 

La présence de deux clans ou tributs organisés autour d’un point d’eau, d’un troupeau, de territoires agricoles est une source de conflit indubitable. Ainsi, pour remédier à ses besoins de survie, Dieu l’a doté de deux sentiments antagonistes indispensables à son maintient : l’amour et la haine. L’amour de son clan, ses amis, et la haine de la tribu voisine, ses ennemis.

 

C’est pourquoi, le maintient des sociétés et de toute organisation humaine est soumis à deux principes, deux nécessités ; la confiance mutuelle ou la loyauté, et le partage des biens ou la générosité. Ces deux notions étant liées, on retrouve vanter leurs vertus et prôner dans toutes les civilisations, en parallèle aux vertus de la guerre et du courage face à l’ennemi nuisible dont les intérêts sont nécessairement antagonistes dans la mesure où ils convoitent mutuellement la même chose.

 

Or, l’homme est par nature également cupide, pour les raisons identiques de survie, qu’il manifeste à tord ou à raison, à intensité variable. En outre, dans le domaine où il les utilise à moins bon escient, c’est pour réaliser ses besoins tertiaires, plus ou moins superficiels ou tout au moins ceux qu’il est capable de partager en faisant des concessions avec ses voisins. Ces notions élémentaires réfutent irrémédiablement les philosophies utopistes basées sur le principe que l’homme tend à la perfection, en sortant de son côté animal pour atteindre l’apogée, vers sa nature angélique et se substituer à Dieu ou devenir Dieu, dans un paradis terrestre et éternel, sans guerre ni haine, baignant dans un climat de paix universelle.[1]

 

De plus, plus géographiquement un clan s’éloigne d’un autre, plus leurs objectifs seront différents et contradictoires en dehors de leurs intérêts communs et universels. Cela s’explique pour des raisons très simples de distance, de climat, d’adaptation différente, du contexte social, topographique, démographique, etc. même si la proximité peut engendrer la haine, la distance est un paramètre d’autant plus important que l’inconnu fait peur, et que l’autre nous répugne du fait de sa différence. Qui ignore haït ! Que dire si les intérêts communs deviennent non seulement contradictoires, mais accessibles (condition sine qua none pour que l’affrontement puisse avoir lieu) !

 

Sheïkh el Islam ibn Taïmiya explique : « Les groupes humains doivent leur survie à leur besoin commun de s'accaparer les biens et de parer au mal. Les alliances et les pactes sont issus de cette entente mutuelle. Il est communément admis par les habitants de la terre, – constat qui est très palpable autour de soi – que la loyauté envers ses engagements était une qualité impérieuse pour régir les rapports entre les uns et les autres, bien qu’ils ne soient pas toujours respectés. Les hommes s'accordent aussi sur les principes universels de justice et d’honnêteté qu'il est primordial d'établir entre eux. L’entente mutuelle et les accords consentis dans le sens de ce qui leur est utile (s'approprier les bonnes choses et repousser les mauvaises choses), représente un facteur indispensable dans leur quête mutuelle et solidaires des besoins.

 

Ils sont soumis à la nécessité de s'entraider les uns les autres à acquérir les biens à même d’assurer leur survie, et à s'éloigner des dangers nuisibles et des périls. Matériellement, nécessité oblige, cet accord est souvent tacite, et les modalités verbales deviennent superflues. Une association solidaire s’impose instinctivement. Le lien de sang par exemple, la proximité, au sein d’une même famille ou d'une même ville va naturellement canaliser les efforts vers un objectif commun qui garantit l’épanouissement individuel.

 

Cette association s'établit parfois de leur propre initiative qui se matérialise à travers les pactes qui bénéficient à tous les intéressés. D'autres fois, celle-ci se réalise par une action extérieure du Seigneur qui regroupe ces deux principes dans le Verset : (Et craignez Allah par qui vous nouez des pactes, et ne rompez pas le lien de sang).[2]

Dans cette même sourate, le Très-Haut évoque les démarches et les liens qui aboutissent à des pactes et à des ententes : (Il est celui qui a créé l'être humain à partir de l'eau, et qui lui a accordé une parenté par le sang et par alliance)[3] ; (Ceux qui sont fidèles à l'engagement qu’ils ont noué avec Leur Seigneur et qui ne trahissent pas leur alliance • Ceux qui ne rompent pas les liens qu’il a ordonné d’entretenir)[4] ; (mais Il n’égare que les pervers • ceux qui violent le pacte qu’ils ont noué avec Allah, et qui rompent les liens qu’Il leur a enjoint d’entretenir).[5]

 

Ainsi, chaque regroupement humain qui doit son existence à une proximité matérielle, physiologique ou conventionnelle réclame une entraide dans la réalisation des besoins de ses membres et pour assurer sa défense ; cette alliance va déterminer les alliés qui rapportent des bienfaits au groupe et les ennemis qui représentent un danger potentiel ou réel. La nécessité oblige chaque individu à se désigner des alliés et des ennemis.

 

C'est pourquoi, toutes les civilisations vantent les vertus du courage et de la générosité ; la générosité par laquelle elles assouvissent leurs dépenses pécuniaires, matérielles, etc. et le courage qui est un précieux ami lors d’une entreprise militaire ayant pour but de repousser un ennemi dangereux. Toute société est vouée à l’extinction si elle ne fournit pas ses deux paramètres de survie qui sont maintenus grâce à l’esprit de justice jouant un rôle de régulateur dans les associations et les échanges.

 

Il devient clair que toute entreprise humaine revêt indubitablement un acte solidaire, qui, pour le meilleur et pour le pire, exige des alliances, et une certaine force ; la volonté étant à l'origine de ces pactes, d'où le Verset : ( Et craignez Allah par qui vous nouez des pactes),[6] c-à-d, qu'ils formulent des pactes, et des alliances.

 

Chaque mouvement provient nécessairement de la volonté et de la capacité. Les communautés éprouvent l’intérêt, pour leur préservation, d’harmoniser leurs ambitions à ces deux niveaux. Il y a d’abord une solidarité qui se crée dans les faits par le biais de la volonté, et du volontariat. Cette solidarité bien huilée va générer une force (une capacité) qui va se tourner vers l’extérieur en vue de mettre en déroute les intentions hostiles d’un ennemi menaçant et, par-là même de s’emparer des butins qui résultent de ces affrontements.

Dans cet ordre d’idées, nous avons les relations sexuelles que légalise un contrat de mariage à la suite d’une volonté commune quand le consentement des deux parties est obtenu de plein gré ou par le biais de l'esclavage qui est une forme de soumission imposée par la force. Les membres du groupe sont aussi associés dans les biens et la défense en vertu des alliances mutuelles qui les unissent ou sous l'autorité d'un homme de pouvoir à qui ils doivent obéissance.

 

Par conséquent, cette relation est obtenue :

Primo : par l'intermédiaire de pactes.

Secundo : par une obéissance implicite qu'elle soit légitime ou non.

 

L’obéissance légitime est celle que le Tout-Puissant nous impose ; celle-ci est échue aux prophètes, aux responsables de l'autorité musulmane, aux parents, etc. En outre, nous avons les relations qui engagent des intérêts réciproques, le but étant de satisfaire tout le monde sans ne léser personne.

Quant à celle qui n'a aucune légitimité, elle correspond, à titre d'exemple, à l'assouvissement aux despotes et aux individus encensés à tort. Toute communauté non soumise à aucune autorité dans toutes ses affaires doit nécessairement être unis par des alliances et des pactes qui sortent de la compétence de l'autorité.

 

Ainsi, il y a un contrat social qui parfois est imposé par Dieu (la Législation révélée du Seigneur, les actions que l'on doit à Dieu, les devoirs mutuels). D’autres fois, il est mis en vigueur par les engagements auxquels les gens s'astreignent. »[7]

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

[1] C’est ce vers quoi tend certainement l’Ordre international, quoi que dans le fond honorable, si on fait abstraction de ses ambitions hégémoniques.

[2]  Les femmes ; 1

[3]  El Fourqan ; 54

[4]  Le tonnerre ; 20-21

[5]  La vache ; 26-27

[6]  Les femmes ; 1

[7] qâ’ida fî el mahabba (traité de l’amour en Dieu).

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24 mars 2017 5 24 /03 /mars /2017 15:05

Dialogue entre un quiétiste et un chrétien flic

(Partie 6/1)

Le judaïsme, le christianisme et l'islamisme ont été enfantées par cette branche de la famille sémitique constituée par les juifs et les Arabes.

- Gustave Le Bon.[1]

 

 

L’Arabie heureuse, le (second) berceau de l’Humanité

 

…à la place d'un désert les nouveaux arrivants ont trouvé un paradis terrestre constitué de grandes prairies. L'occupation de ce nouvel Éden aurait duré plusieurs millénaires avant que l'homme ne poursuive sa conquête du monde.[2]

 

Le Prophète prédit que l’Heure de la fin du monde ne sonnera pas avant que la Péninsule arabique ne retrouve ses fleuves et sa végétation abondante.[3]

 

On a peine à se représenter l'Arabie autrement que comme une masse désertique de pierres et de sables, comme un brasier qui se consume lentement sous un soleil dévorant. Contrairement à beaucoup d'autres contrées du monde, c'est un pays où le rôle primordial de la terre a été confisqué au profit de la lumière et du ciel. Il semble avoir été façonné dans une substance immatérielle et ses horizons ressemblent moins à des paysages qu'à ces images incandescentes qui naissent au cœur du feu.

Pourtant, il n'en fut pas toujours ainsi. Car les historiens nous assurent qu'en des temps immémoriaux, quand l'Europe gisait ensevelie sous le linceul blanc de l'époque glacière, l'Arabie était une contrée verdoyante et fertile, irriguée par plusieurs fleuves, un pays souriant où les pâturages alternaient avec les forêts.

Quelle fut la vie de cette Arabie fraîche et boisée, où les sources bruissaient au fond des clairières ? Nous n'en savons rien, car aucun témoignage n'en est parvenu jusqu'à nous. Sans doute sa faune était-elle semblable à celle de l'Afrique et des Indes, entre lesquelles elle servait de trait d'union. On devait y rencontrer des mammouths et des aurochs, des buffles et des gazelles, des aigles et des léopards. Mais tout cela n'est plus.[4]

 

La « Mère des citées »

 

L’origine de la création et de la Loi provient de la Mecque,[5] la « Mère des citées » ; la « Mère de la création ». Le message Mohammadien y a pris ses racines pour étendre sa lumière ensuite sur toute la surface de la terre. Bekka est le point de repère des musulmans qui s’orientent vers elle au cours de leurs prières et pour le pèlerinage. Ils y trouvent des avantages aussi bien spirituels que matériels. À la première époque, l’Islam était plus prépondérant dans la région du Hijâz, mais le Levant prendra le relais. Plusieurs recueils de hadîth démontrent que le « règne prophétique » s’épanouit dans le Shâm et les alentours de Jérusalem qui est la terre du rassemblement, et la terre vers laquelle reviendront la création et la Loi. C’est le lieu du grand rassemblement des hommes.[6]

 

La terre du milieu pour les gens du milieu

 

Un ultime rendez-vous avec l’Histoire aura lieu dans l’éternelle Palestine, où sera écrite la dernière page des grands événements du monde. Ce sera l’Armageddon, et la lutte finale entre le bien et le mal, l’apothéose entre les armées du Mahdi et du Messie contre celles de l’Antéchrist. Cette époque connaitra un grand exode des Arabes de la Péninsule des origines vers le Shâm, la terre du milieu.

Um Shuraïk fille d’Abû el ‘Askar interpella l’Ami d’Allah (r) qui racontait en détail l’épisode eschatologique de l’Antéchrist : « Messager d’Allah, où seront les Arabes à cette époque ?

  • ils seront peu nombreux, assura-t-il, la plupart se trouveront à Jérusalem. Leur chef, un vertueux, se présentera pour présider la prière du matin, au moment où ‘Issa fils de Mariyam (u) descendra du ciel. L’Imam va se rétracter pour laisser la place au Prophète de Dieu. Mais, ce dernier posera sa main sur son épaule en guise de refus qu’il justifiera en ces termes : « C’est à toi de passer devant, la prière fut sollicitée pour toi. » Il renoncera à présider le rituel. Après l’office, le Messie s’écriera : « Ouvrez la porte ! » Derrière celle-ci, se tiendra le faux Messie entouré de soixante dix mille juifs bien armés ; chacun d’eux sera muni d’une épée ornée de teck (grand bois de l’Inde ndt.). Au moment où l’Antéchrist va regarder le Messie de la vérité, il va fondre comme le sel dans l’eau. Il voudra prendre la fuite, mais ‘Issa lui lancera au visage : « Je dois encore te porter un coup auquel tu ne peux échapper. » Il le rattrapera à la porte orientale de Loud où il lui assènera le coup fatal. »

 

Mais, avant ce dénouement, beaucoup d’évènements parsèmeront les pages du grand livre de la prophétie, avec cette Péninsule arabique en gestation, couvée par les éléments hostiles pour la lancer dans le grand bain quand son heure viendra. À travers l’Histoire, plus d’une armée se cassa les dents sur la torride muraille aride du soleil de plomb qui lance sur ses poursuivants les armes de la soif et de l’isolement, quand ce n’est pas le sable, le vent, la nuit glaciale, les scorpions et les serpents qui ont raison d’eux. Peu avant la naissance du Christ, Gaius Aelius Gallus l’apprit à ses dépens.[7]

 

Ce bout de désert devait rester en marge de la civilisation en attendant d’entrer en scène dans la grande fresque de l’Histoire des hommes.[8]

 

Les pouvoirs naissent dans l’austérité du désert

 

Selon l’anthropologue Ibn Khaldûn, les pouvoirs naissent dans l’austérité du désert, s’emparent des villes à la seconde génération, atteignent leur apogée à la troisième, mais perdent alors leur esprit de corps (‘asabîya), ce qui conduit à la décadence dans les générations suivantes, amollies par le luxe, abandonnées par les forces vives de la tribu, prêtes à être renversées par un nouveau pouvoir fort venu du désert. Si l’on songe au califat, la condition réaliste pour le candidat calife est d’être le maître d’une bonne tribu, bien décidée à guerroyer et à prendre le pouvoir. La religion n’apparaît que comme un renfort à cet esprit de corps, et sans lui elle est impuissante. La succession au califat est de même une affaire de force tribale.[9]

 

Le schéma est simple : des hordes rivales composées de guerriers chevronnés à peine civilisés se muent en Nation organisée qui, fort de son esprit de corps, détruit tout sur son passage, grâce notamment à ses armées légères, ambitieuses et conquérantes.[10] En face, des empires vieillissants, vautrés dans la luxure et le vice, imbus de ses fastes, mais portant en son sein les signes précurseurs de la décadence, avec la désagrégation de l’esprit de corps en tête d’escadron. L’oisiveté, la trahison, et la lâcheté sont les symptômes de la relative sécurité des murs ; on repose sur ses lauriers, las et saturés de l’ivresse ; on perd toute ambition et peu à peu la garde baisse.

 

Les intellectuels en manque de sensation, en arrivent à discourir, à spéculer sur la nature de Dieu, à la manière des grecques qui le payèrent lourdement avec le sac d’Athènes et sa fameuse bibliothèque prise pour cible par les barbares sans délicatesse, et à travers lesquels le fléau du ciel s’abat sur un peuple pécheur.[11] L’Héritage grecque, ce cadeau mielleusement enrobé des germes de l’autodestruction sera transmis aux Arabes qui en goutteront les fruits amers avec le pillage de Bagdad aux mains des sanguinaires mongols et leur soif de tuerie impitoyable ! L’eau de l’Euphrate changea de couleur à deux reprises : inondé du sang de ses victimes, il passa du rouge vif au bleu écarlate de l’encre des livres de la Bibliothèque hellénisée de la « cité de la paix » et des « Lumières » ![12]

 

[1] Les plus anciennes traditions des Arabes ne remontent pas au-delà d'Abraham, mais la linguistique nous prouve qu'à une époque beaucoup plus reculée, toutes ces vastes régions comprises entre le Caucase et le sud de l'Arabie étaient habitées sinon par une même race, au moins par des peuples parlant la même langue. L'étude des langues dites sémitiques démontre en effet que l'hébreu, le phénicien, le syriaque, l'assyrien, le chaldéen et l'arabe ont une étroite parenté et par conséquent une commune origine.

Gustave Le Bon.

[3] Au cœur du désert le plus sec d'Arabie, McClure a démontré l'existence de deux périodes humides au cours des 30 derniers millénaires. Les lacs, de forme allongée, avaient parfois plusieurs kilomètres de longueur. D'après l'épaisseur des différentes couches, McClure estime que ces lacs ont pu avoir de l'eau en permanence durant un certain temps : de plusieurs années à plusieurs centaines d'années. Les Ostracodes sont abondants mais certains lits contiennent des foraminifères d'eaux saumâtres témoignant de périodes d'assèchement relatif. On n'a retrouvé ni restes de poissons ni restes d'oiseaux, mais les os de Vertébrés sont assez abondants, avec une faune comprenant non seulement des oryx et des gazelles, mais aussi des bovidés comme Bos primigenius et Bubalus (Alcelaphus busephalus) et, même, le genre Hippopotamus, qui exige une eau permanente. McClure estime qu'à cette époque, en raison de pluies de mousson estivales assez marquées, les dunes, stabilisées, étaient couvertes d'une végétation arbustive ou herbacée du type actuel, mais beaucoup plus dense et luxuriante qu'aujourd'hui.  

Voir : http://www.persee.fr/docAsPDF/paleo_0153-9345_1992_num_18_1_4560.pdf

[4] Jacques Benoist-Méchin, Ibn Séoud ou la naissance d’un royaume.

Les chasseurs du Rub Al-Khali chassaient l'oryx, la gazelle, le guépard, le chacal, l'hyène, le renard et l'autruche. Les lacs, nombreux, couvraient chacun plusieurs km2 et certains, comme celui de Jubba, étaient très vastes. s. A la base des séries, les diatomées sont indicatrices d'eaux stagnantes (Synedra ulna, Amphora ovalis, Cymbella cistula), mais au-dessus elles témoignent de la présence d'eaux douces (Stephano-discus, Cycloîella) telles qu'on en trouve aux latitudes moyennes, avec des profondeurs de l'ordre de la dizaine de mètres.

Whitney remarque que les terrasses holocènes d'Arabie occidentale sont essentiellement formées de limons qui se seraient déposés à l'Holocène inférieur et moyen, durant une phase humide qui aurait permis l'établissement d'une couverture végétale assez dense, et auraient été ensuite remaniés par le ruissellement.

Voir : http://www.persee.fr/docAsPDF/paleo_0153-9345_1992_num_18_1_4560.pdf

[5] C’est l’endroit à partir duquel Allah étendit la terre au début de la création comme nous l’informe plusieurs hadith et annales dont l’authenticité est plus qu’hypothétique. Voir : Fadhâil Makka du D. Mohammed Ghabbân (1/456-471).

[6] Voir : El jawâb as-sahîh li man baddala dîn el Massîh d’ibn Taïmiya.

[10] En voici un exemple historique en Syrie qui se reproduira avec les conquêtes musulmanes : https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Carrhes

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