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9 mars 2017 4 09 /03 /mars /2017 10:24

 

L’inerrance coranique

(Partie 2)

L’auto-canonisation du Coran

 

Voir : http://islamland.com/uploads/books/GOD%5C'ED%20IN%20FRENCH.pdf

 

Le mot Coran ne fait pas référence à un livre, mais à une révélation. La tradition islamique maintient que cette révélation a été transmise verbalement au prophète Mohammed par l’ange de la révélation, Gabriel. Et qu’ainsi elle a été retenue – comme tradition orale préservée jusqu’à ce jour dans les cœurs et les esprits des dévoués hâfizh (ceux qui mémorisent ou « protègent » le Coran), dont le nombre actuel est estimé, d’une façon conservatrice, à pas moins de trente millions.

Le Livre sacré des musulmans était aussi enregistré par les scribes, qui transcrivaient chaque élément de la révélation au moment même où ils l’entendaient. À l’encontre du Nouveau Testament, dont tous premiers livres étaient écrits plusieurs décennies après le ministère de Jésus, le Saint Coran est le seul livre scriptural enregistré au moment de sa révélation et préservé de façon intégrale jusqu’aujourd’hui. Les matériaux d’écriture étaient rares, ainsi le Saint Coran fut originalement inscrit sur des feuilles de palmiers, des lambeaux de cuir, l’os plat de l’épaule de grandes bêtes, et n’importe quoi d’autre immédiatement disponible. Ce registre volumineux et peu commode devait, par ordre d’Abou Bakr (le premier Calife),[1] être copié et rassemblé en un moushaf (livre) officiel, et ce deux ans environ après le décès de Mohammed.

 

Ce projet était surveillé par Zaïd ibn Thâbet, un des scribes dévoués de Mohammed. Entre quatre et huit copies furent complétées durant le règne du Calife Othman, et chaque copie fut dédiée à l’un des territoires du monde islamique. Deux de ses livres existent toujours –  l’un à Tashkent, Ouzbékistan, et l’autre à Istanbul, en Turquie – et servent encore de gabarits. Chaque exemplaire du Coran, partout au monde, peut être authentifié par rapport à ces « originaux » pour démontrer l’intégrité et la préservation du livre sacré de l’islam. C’est cette préservation même que plusieurs considèrent comme preuve de la sainteté du Saint Coran. Dr. Laura Vaglieri ajoute cet élément d’authenticité à sa liste d’évidences : « Nous avons encore une autre évidence de l’origine divine du Coran dans le fait que son texte est demeuré pur et inaltéré à travers les siècles jusqu’à aujourd’hui… »[2]

 

Arthur J. Arberry, Professeur d’arabe à l’Université de Cambridge de 1947 à 1969, souligne pour sa part : « À part certaines modifications orthographiques de la méthode d’écriture plutôt primitive originellement, visant à rendre facile et sans ambiguïté la tâche de la récitation, le Coran comme imprimé au vingtième siècle est identique à celui tel qu’autorisé par Othman plus de 1300 ans plus tôt. »[3]

Sir William Muir, Orientaliste du dix-neuvième siècle et auteur d’une biographie de Mohammed, écrit : « La recension d’Othman nous a été transmise inaltérée… Il n’y a probablement dans le monde aucune autre œuvre qui soit demeurée douze siècles avec un texte aussi pur. »[4]

 

Pour Adrien Brockett, La transmission du Coran après le décès de Mohammed était essentiellement statique, plutôt qu’organique. Il y avait un seul texte, et rien d’important, pas même une matière prétendument annulée, ne pouvait être omis et rien n’y pouvait être ajouté. Ceci s’applique même aux premiers califes… La transmission du Coran a toujours été orale, juste comme elle a toujours été écrite.[5]

Des milliers de sahâba (Les musulmans qui ont vécu et interagi avec le prophète Mohammed) ont unanimement approuvé l’enregistrement écrit du Saint Coran. Tous ces Compagnons ont mémorisé des portions du Coran et plusieurs étaient des hâfizh, ayant mémorisé le Coran dans sa totalité. Lorsque la Parole d’Allah fut rassemblée en un livre, plusieurs d’entre eux possédaient des copies personnelles de leur propre enregistrement. Certaines de ces copies étaient incomplètes et d’autres (comme celles d’Abdullah ibn Massoud, Ubay ibn Ka’ab et Ibn Abbas), bien que correctes pour une certaine lecture, ne permettaient pas d’effectuer les multiples lectures qui constituent un des miracles du Coran. Par conséquent, ces enregistrements partiels ne furent pas reconnus, même par leurs propriétaires, comme ayant été complets ou faisant autorité.

 

Le seul enregistrement écrit du Coran ayant été unanimement accepté fut le moushaf, rédigé par Zaïd ibn Thâbet par ordre d’Abou Bakr. Pour éviter la confusion et la possibilité de division au cours des générations futures, toutes les autres copies personnelles (ainsi que les fragments d’os, les peaux de bêtes, et les papyrus gravés de l’Écriture) furent volontairement remises aux autorités qui se chargèrent de les détruire. Si cela n’avait pas été accompli, les nouvelles générations auraient probablement été en proie à l’ignorance ou à la fierté, préférant l’un des ouvrages partiels, hérités dans une famille ou une tribu, à la révélation achevée et intégrale.

 

La solidarité tribale et le schisme religieux en auraient potentiellement résulté. Les pieux prédécesseurs de la première époque semblent avoir reconnu et éliminé ce risque en préservant uniquement la révélation in extenso, rejetant les fragments et morceaux qui, éventuellement, seraient devenus sources de dispute. Les musulmans aiment souligner que pas un seul des contemporains de Mohammed n’a été en désaccord avec le texte du moushaf officiel. Pas un seul sahâbi (sing. de sahâba) n’a prétendu qu’un passage avait été omis ni qu’un passage non-Coranique avait été inséré.

 

Notons également que les textes qui avaient été rassemblés et détruits étaient des rapports incomplets, non différents. Leurs propriétaires y ont volontairement renoncé, parce que le moushaf rédigé par Zaïd ibn Thâbet était entier, sans la moindre omission. En outre, comme susmentionné, le Coran a été primordialement préservé non par écrit, mais dans la mémoire des dévots. Ceux qui l’avaient mémorisé vérifiaient, confirmaient le modèle officiel, validaient sa précision et sa totalité. Pas un seul hâfizh n’était en désaccord, et ils étaient des milliers. L’existence de quelques individus ayant mémorisé le Coran après 1400 ans est extraordinaire, mais que dire de dizaines de millions ?

 

Le Coran s’érige en norme linguistique

 

Il y a de cela un siècle, F. F. Arbuthnot constatait que, d’un point de vue purement littéraire, le Coran est un spécimen de l’Arabe le plus épuré, avec son style mi vers mi prose. Les grammairiens auraient adapté plusieurs règles à certaines structures et expressions qui y sont employées. Par ailleurs, bien que plusieurs tentatives aient été entreprises pour produire une œuvre qui lui soit égale en termes d’éloquence rhétorique, nulle n’a encore réussi jusqu’à présent à relever un tel défi. Il est donc évident qu’un texte final et complet du Coran a été préparé au cours des vingt années suivant le décès (en 632 A.D.) de Mohammed, et que celui–ci est demeuré le même, sans aucun changement ni altération par les enthousiastes, les traducteurs, ou les interpolateurs, jusqu’au jour d’aujourd’hui. Il est regrettable qu’on ne puisse guère en dire autant d’aucun des livres des Ancien et Nouveau Testaments.[6]

 

Le Saint Coran existe en une seule forme écrite mais en dix lectures ou récitations différentes (bien que complémentaires), et en sept dialectes différents. Une personne peut se demander comment ceci est possible. La réponse se trouve dans les subtilités de la langue arabe qui, à l’encontre des langages non-sémitiques, maintient une extraordinaire flexibilité due au fait que l’alphabet ne contient pas de voyelles courtes.

 

Les voyelles courtes, les voyelles les plus communes en arabe, sont désignées par des marques diacritiques (signes distinctifs, tels qu’une barre oblique ou un cornet) placées au-dessus ou en-dessous des consonnes. Par exemple, la lettre arabe équivalente au B en français sera prononcée ba si une barre oblique est placée au-dessus de la lettre, mais bi si la barre est placée en-dessous.

 

D’autres formulations peuvent rendre la lettre bou, baan, biin, bououn, baa, bii, bouou, bai, baou, etc. Lorsque les mots sont écrits avec leurs marques diacritiques, nous comprenons facilement leur prononciation correcte et leur sens. Cependant, lorsque l’arabe est écrit sans accent, nous devons compter sur le contexte pour déterminer le sens correct de chaque mot, car les mots ayant une orthographe identique peuvent avoir des sens différents selon la façon dont les voyelles sont formulées.

 

Par exemple, dans la phrase « un grain de poussière est entré dans mon œil, » le mot arabe pour « œil » peut être formulé en voyelles pour signifier un espion, une personne importante ou un haut fonctionnaire, ou même aucune personne. En fait, ce seul mot peut avoir plus de trente sens, y compris des possibilités aussi diverses qu’un puits artésien ou un actif immobilisé. Mais en général, un seul sens est habituellement logique dans un contexte donné. Rarement, des sens multiples peuvent s’appliquer, mais il est extrêmement rare que tous les sens possibles puissent s’appliquer dans le contexte où un mot est écrit. Imaginez une phrase contenant un ou quelques mots qui ont de multiples sens similaires possibles, chacun ayant une articulation logique. Alors ça c’est une langue riche !

 

Dix récitations et sept dialectes

 

Il n’est pas étonnant que le Coran puisse exister en dix récitations officiellement reconnues de même qu’en sept dialectes. Pour accommoder cette diversité, le moushaf original du Coran est sans marques diacritiques, permettant des différences de prononciation et de sens selon les règles permettant de savoir comment assigner les accents aux voyelles, dans un texte dépourvu de voyelles. Ce qui est étonnant, cependant, c’est qu’en dépit des plusieurs possibilités linguistiques, toutes les récitations sont non seulement raisonnables, mais elles se complètent l’une l’autre. Nulle part ne se trouve une seule phrase, et encore moins un mot, d’une récitation qui contredit une autre.

Par exemple, les mots arabes pour propriétaire et roi diffèrent par seulement l’accent d’une voyelle, et cependant les deux termes sont appropriés pour décrire Allah. Le résultat est qu’une récitation coranique, à une personne douée d’une connaissance détaillée de l’arabe, ne communique pas une seule leçon spécifique, mais plutôt évoque un kaléidoscope d’images et de compréhension.

 

Les manuscrits originaux de l’Ancien Testament sont similairement dépourvus de voyelles. Selon Encyclopaedia Britannica : « Vu que les textes omettaient traditionnellement les voyelles en écriture, les Massorètes[7] ont introduit les signes voyelles pour garantir une prononciation correcte. Parmi les systèmes variés de vocalisation qui furent inventés, celui façonné dans la cité de Tibériade, en Galilée, éventuellement pris le dessus. En outre, des signes d’accentuation et de pause ont été ajoutés au texte pour faciliter la lecture publique des Écritures dans la synagogue. »[8]

 

D’une façon similaire, les exemplaires modernes du Coran sont principalement rédigés selon la récitation de Hafs ‘an Aassim (Hafs d’après Aassim), devenue la plus populaire de la pluralité de récitations acceptées au sein des Musulmans. Une différence importante entre ces deux exemples est que le texte massorète de l’Ancien Testament « gagna de l’influence » de « parmi les systèmes variés de vocalisation qui furent inventés » (et faisons une pause devant le mot « inventés »), tandis que la récitation Hafs ‘an Aassim du Saint Coran est l’une des récitations « reconnues » à partir de l’original.

 

La Préface de la Revised Standard Version of the Bible note, concernant l’Ancien Testament : « Les signes voyelles, qui ont été ajoutés par les Massorètes, sont aussi acceptés en principe, mais où une lecture plus probable et plus convaincante peut être obtenue en présumant de différentes voyelles, ceci a été effectué. »[9]

 

La Préface de la RSV continue : « Parfois il est évident que le texte a souffert dans la transmission, mais aucune des versions ne fournit une restauration satisfaisante. Ici nous pouvons seulement suivre le meilleur jugement des érudits compétents concernant la reconstruction la plus probable du texte original. »[10]

 

Le Coran a été maintenu inchangé jusqu’à ce jour, tandis que (pour donner de nouveau une citation de la Préface de la RSV) « pour le Nouveau Testament, nous avons un grand nombre de manuscrits grecs, préservant plusieurs formes disparates du texte. »[11]

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

[1] L’Islam n’a ni clergé ni un équivalent papal, mais il a certainement des officiers (i.e., juges, gouverneurs, etc.) qui servent à gouverner la nation islamique. Le calife est le plus haut de ces officiers, mais ceci ne lui donne pas de pouvoir sur la religion. Au contraire, ses décrets sont sujets à l’approbation des érudits religieux.

[2] Vaglieri, Dr. Laura Veccia. Traduit de l’Italien par Dr. Aldo Caselli, Haverford College, Pennsylvania. Publié originalement en Italien sous le titre de Apologia dell’ Islamismo (Rome, A. F. Formiggini, 1925). 1980. An Interpretation of Islam. Zurich: Islamic Foundation. pp. 41–42.

[3] Arberry, Arthur J. 1964. The Koran Interpreted. London: Oxford University Press. Introduction, p. ix.

[4] Muir, Sir William. 1923. The Life of Mohammad. Edinburgh: John Grant. Introduction, pp. xxii–xxiii.

[5] Rippin, Andrew (editor). 1988. Approaches to the History of the Interpretation of the Qur’an. Chapter: “Value of Hafs and Warsh Transmissions,” by Adrian Brockett. Oxford: Clarendon Press. pp. 44–45.

[6] Arbuthnot, F. F. 1885. The Construction of the Bible and the Korân. London: Watts & Co. pp. 5–6.

[7] Les scribes juifs du septième au onzième siècle qui ont conçu les marques diacritiques pour standardiser la prononciation, la division des versets, et la notation des voyelles dans l’Ancien Testament.

[8] Encyclopaedia Britannica. CD-ROM.

[9] The Bible, Revised Standard Version. Preface, p. iv.

[10] The Bible, Revised Standard Version. Preface, pp. iv-v.

[11] Ibid., Preface, p. iv.

 

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8 mars 2017 3 08 /03 /mars /2017 10:07

L’inerrance coranique

(Partie 1)

 

Comme Margaret Nydell l’exprime, « Ils [i.e., Les musulmans arabes] sont en sécurité dans leur croyance concernant la nature globalement complète de l’islam, vu qu’il est accepté comme étant le troisième et dernier raffinement des deux religions révélées précédemment, le judaïsme et le christianisme. »

Nydell, Margaret K. 2006. Understanding Arabs. Intercultural Press. p. 34.

 

L’invention de l’Islam. Dans cet essai, Michel Orcel nous ramène aux sources de l’Islam afin de nous éclairer sur la naissance du dernier monothéisme : Dans quels contextes politique et religieux l’Islam est né ? Comment le Coran a-t-il été retranscrit après la mort du prophète Muḥammad en 632 ?

 

Autant de question clés pour la compréhension de l’Islam aujourd’hui. Le livre se présente sous la forme d’une enquête sur l’Islam ce qui lui confère un certain dynamisme. Le lecteur est rapidement captivé par l’intrigue. Il convient de préciser que contrairement à ce que pourrait laisser entendre le titre, ce livre « démonte » certaines thèses islamophobes. Il a s’agit de confronter sereinement avec la plus stricte neutralité le corpus islamique à la science laïque contemporaine. Pour se faire, comme tout chercheur, Michel Orcel est retourné aux sources. Cependant, prenant en compte que l’essentiel des sources musulmanes est constitué de sources orales et que celles-ci ont été compilées par écrit tardivement, deux ou trois siècles après le prophète de l’Islam, Michel Orcel est allé chercher d’autres éléments, des éléments « parallèles », exogènes. Il a ainsi utilisé des sources grecques, arméniennes, syriaques, non musulmanes, ou encore des sources musulmanes secondaires, qui ont été souvent écartées par la tradition.

 

Les énigmes du Coran

 

Cette partie de l'enquête vise à élucider la constitution du Coran en vulgate et à vérifier que sa composition correspond bien à la version qui fut révélée au Prophète. L'auteur commence par narrer les circonstances de la découverte des manuscrits de Sanaa (du nom de la ville du Yémen où ils furent découverts) et des premières études qui portèrent sur ces derniers (pp.41-47). Composés de palimpsestes,[1] il s’agit quasiment des plus anciennes versions de Coran disponibles. Dans un premier temps, il fut annoncé que ces manuscrits contenaient des variations par rapport à la vulgate. Cependant, les études menées montrèrent qu’il s’agissait de copies ayant servi à l’apprentissage, expliquant ainsi ces différentes variantes relevées entre les textes inférieurs et les textes supérieurs des feuillets (p.47). L’auteur nous explique ensuite la constitution de la vulgate selon la Tradition musulmane (pp.49-52) et passe en revue les interrogations s’y rattachant (pp.53-55). Une fois encore, afin de répondre à ces interrogations, l’auteur tente de faire appel aux sources externes, chrétiennes en l’occurrence (pp.55-62), mais aussi aux historiens hétérodoxes arabes du IX siècle. De tous ces témoignages nulle certitude ne se dégage sur la véracité de la version canonique de la constitution de la vulgate, mais dans le même temps rien ne vient formellement la contredire.

 

Quant au contenu proprement dit du Coran, nous sommes dans la même configuration. Comme l’indique la version « officielle », des variantes « non valides » du Coran ont pu cohabiter dans les premiers temps (comme le Codex d’Ibn Mas’ud) (p.65). Pour finir, la problématique des versets abrogés (Mansukh) et abrogeant (Nasikh) est abordée comme nouvelle pièce à conviction (p.67). L’auteur conclut : « On voit que même si le récit officiel de la fixation par écrit du Texte saint paraît aujourd’hui substantiellement fiable, les énigmes entourant la constitution du Coran ne sont pas peu nombreuses. » (p.68).[2]

 

Pour plus d’informations sur les découvertes archéologiques récentes qui constituent de véritables pieds de nez à des chercheurs engagés comme Patricia Crone qui, devant l’évidence, a revu ses vues à la baisse avant de rendre l’âme, dont ses allégations sur le mythe de la Mecque,[3] voir :

http://www.lefigaro.fr/international/2015/07/22/01003-20150722ARTFIG00367-de-fragments-tres-anciens-du-coran-decouverts-a-l-universite-de-birmingham.php

http://www.canalacademie.com/ida10344-Graffiti-islamiques-du-debut-de-l-islam-nouvelles-decouvertes-en-Arabie-Saoudite.html

 

Pour paraphraser J. Johns, l'absence d'une preuve n'est pas la preuve d'une absence

 

Patricia Crone et Michael Cook défient le récit traditionnel selon lequel le Coran fut compilé du vivant de Mahomet quand ils écrivent « Aucune preuve de l'existence du Coran sous aucune forme n'existe avant la dernière décade du viie siècle de l'ère commune. » Ils soulèvent aussi le débat sur la précision de quelques-uns des récits « historiques » donnés par le Coran. On admet le plus souvent que le travail de Crone et Cook renouvelle l'approche dans sa reconstruction de l'histoire des origines de l'islam, mais leur récit alternatif de cet islam originel fut à l'origine quasi unanimement rejeté48. Josef van Ess récusa leur thèse disant « qu'une réfutation n'est peut-être pas nécessaire vu que les auteurs ne font aucun effort de démonstration dans le détail... Là où ils ne donnent qu'une nouvelle interprétation de faits bien connus, ils ne sont pas décisifs. Mais là où les faits acceptés sont consciemment mis sous le tapis, leur approche est désastreuse. »

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Historicit%C3%A9_de_Mahomet#cite_ref-40

Pour ce qui concerne les thèses révisionnistes, quant à la non-existence de Mahomet, elles sont, pour l'instant, dépassées. Elles ont toutefois eu un grand mérite : ouvrir de nouveaux paradigmes. Pour paraphraser J. Johns, l'absence d'une preuve n'est pas la preuve d'une absence

 

L'approche historico-critique est bien entendu un dénominateur commun des orientalistes depuis les travaux de Ignaz Goldziher. Néanmoins, s'il est bien clair que l'histoire de Mahomet a été sacralisée à des fins de légitimation religieuse, dans un contexte marqué par la canonisation de la tradition islamique, on ne peut plus, pour autant, tomber dans les dérives ultra-critiques du courant « sceptique » représenté par Wansbrough et ses élèves (Gerald R. Hawting et Patricia Crone, entre autres). Certains d'entre eux, notamment Patricia Crone, sont revenus sur leurs thèses quant à l'historicité de Mahomet.

 

L'idéalisation d'une figure religieuse est un fait « anthropologique » qui concerne toutes les religions. Pour le Coran, contrairement aux thèses révisionnistes, qui ont culminé avec Wansbrough, les manuscrits de Sanaa – malgré tous les obstacles qui nous empêchent encore d’en connaître l’ensemble – attestent que le Coran existait bien en tant que tel à peine un demi-siècle après la mort du Prophète. En revanche, le même corpus nous confirme qu’il existait des variantes textuelles (assez mineures, au fond) et que l’ordre des sourates n’était pas du tout l’ordre aujourd’hui canonique.[4]

 

Des études philologiques entérinent la thèse de la pérennité de l’ordre des Versets

 

Cette démonstration a été déjà faite par des chercheurs non musulmans par différentes analyses qui convergent vers ce constat de cohérence interne :

  • L’analyse de la structure rythmique des sourates de Pierre Crapon de Caprona[5] ;
  • L'analyse rhétorique faite par Michel Cuypers a permit de démontrer la cohérence interne du Coran en dépit de ses apparentes contradictions et ruptures thématiques ; Michel Cuypers s'est basé sur les règles d'appréhension de la rhétorique sémitique, mises en évidences par Robert Lowth au 18ième siècle et théorisées plus tard par Nils Wilhelm Lund sous forme de règles connues sous le nom "Lois de Lund" ;
  • L’analyse de la méta-textualité, de la rhétorique, de la binarité et de l'auto-canonisation du Coran (Anne-sylvie Boiliveau) dans Le coran par lui-même Brill 2013.

 

Ce thème de l’auto référentialité est également traité par Stefan Wild in “Self-referentiality in the Qur'ān” et par Daniel Madigan in "Quran self image". Ces dernières thèses mettent à mal les résultats de la méthode historico-critique en affirmant la cohérence interne du texte coranique et donc l’unicité de sa source.

 

Fait qui subjugua de Crapona qui en arrive à la conclusion sans appel : « La complexité des structures exclut une composition consciente de Mahomet. C’est pourquoi nous sommes en faveur de ranger cette hymnologie dans une catégorie que nous définirions comme transpersonnelle. »[6]

 

Voir : https://mideo.revues.org/384

 

Analyse rhétorique et critique historique

 

Selon le principe de philosophie analytique nommé « principe de charité » (Halbertal, 1997 : 27), plus on estime quelqu’un, plus on est indulgent, « charitable » envers lui. Or, l’apologie d’un fait historique par ses partisans, qui somme toute est naturelle, n’est discréditée, comme l’a démontré la science moderne avec l’approche apologétique chrétienne, que dans la mesure où des éléments concordants corroborent la suspicion de départ – qui est propre à tout chercheur – non d’emblée !

 

Même si le discours coranique, surtout en version traduite, peut sembler à certains égards « décousu », « passant sans transition d’un sujet à l’autre », voire « incohérent » (Berque, 2002 : 722-723), « hétérogène et fragmenté » (De Prémare, 2004 : 30), il est en réalité logique et argumenté. De récentes études (Cuypers, 2007) sur l’agencement interne des sourates ont permis de saisir pourquoi des éléments a priori disparates se côtoient : l’agencement répond à des règles de figures concentriques souples s’emboîtant les unes dans les autres, les éléments correspondants se faisant face comme dans un miroir. Les correspondances semblent perdues lors d’une lecture linéaire et partielle, alors qu’elles apparaissent lors d’une lecture élargie. De plus, nombre de correspondances et de répétitions sur l’ensemble du corpus se révèlent davantage à l’oral. Le Coran utilise ces correspondances et ces structures concentriques pour argumenter, et aussi de nombreux autres procédés rhétoriques, logiques, ou implicites (Gwynne, 2004 ; Urvoy, 2002, 2007). Alfred-Louis de Prémare nuance son jugement en notant les « éléments rhétoriques de cohésion » du texte, « l’organisation de certaines compositions » ainsi que « des thèmes doctrinaux récurrents » (De Prémare, 2004 : 32-34).

 

Le schéma présenté par le texte est simple : Muḥammad est un véritable prophète, il reçoit l’Écriture que Dieu lui révèle et la récite mot à mot. À cela s’ajoute une unité de rhétorique, qui traduit cette volonté de persuasion. La logique est simple afin d’être forte, claire, percutante ; les répétitions sont nombreuses, les sous-entendus sont relativement faciles à intégrer pour l’auditeur ou le lecteur, la subtilité résidant dans l’utilisation de ces éléments rhétoriques simples, comme le fait d’enfermer la pensée en deux solutions seulement, par exemple. A.-L. de Prémare a lui aussi noté la force rhétorique de cette opposition binaire (De Prémare, 2004 : 33). Il reconnaît aussi un certain nombre d’éléments d’unité : cohésion, organisation et récurrence de thèmes.

 

Un autre argument en faveur de cette idée est qu’une lecture diachronique – qui suit les diverses hypothèses de développement chronologique du texte – donne les résultats suivants. Nous avons constaté une réelle progression de l’idée dans le texte : une période où les récitations de Muḥammad sont directement désignées comme les récitations dictées par Dieu, puis très vite une période où elles sont désignées comme un kitâb descendu sur un prophète, parallèlement à une définition de la prophétie. Et enfin, une dernière période, qui est celle de la confrontation avec la présence d’Écritures réelles aux mains des autres communautés (Boisliveau, 2010 : troisième partie). Il nous semble difficile de penser qu’une telle évolution, au moins en grande partie, ait eu lieu après la mort de Muḥammad.

 

Si nous cherchons à situer le Coran au milieu des autres textes sacrés des religions, nous constatons qu’il présente une particularité assez rare : il se présente comme un texte ouvertement destiné à faire autorité pour la communauté et à la guider. La seule exception pré-coranique connue est semble-t-il celle des textes du prophète Mani (m. 277 ap. J.-C.), présentés par lui-même comme « Écritures » (Graham, 2006 : 560-561).

 

Ainsi au contraire d’Écritures telles les Évangiles ou les Lettres de Paul, et avec une force et une prégnance bien supérieure au discours canonisant du Deutéronome, le Coran se définit lui-même comme Écriture révélée, descendue directement de Dieu. Une « auto-canonisation », en quelque sorte. Le Coran est Écriture sacrée avant tout parce qu’il l’affirme, et non parce qu’une communauté l’aurait désigné comme tel. Ceci, même si la communauté fondée sur cette idée l’a ensuite faite sienne. Déclaration de canonicité, causes de la canonisation, fixation du texte et fondement d’une communauté s’entremêlent. Ainsi, cette formulation textuelle du statut d’autorité du Coran au cœur du texte « brouille les pistes » qui remontent aux sources de son statut canonique.

 

La rhétorique sémitique n’est pas de la poésie, avec des formes définies a priori (si elle l’était, on l’aurait découverte depuis longtemps !), mais un ensemble de procédés souples donnant lieu à des textes de formes variées, mais relevant cependant d’un système parfaitement codifiable.

 

Sperl montre, dans son étude, que le genre prière, en Orient, est composé généralement de trois temps qu’il appelle « invocation – worship – petition » (correspondant aux trois morceaux de la Fātiḥa) et que la demande (petition) comporte à la fois demande de bienfait et demande de protection contre le mal. Il donne à l’appui l’exemple du Pater et d’une prière babylonienne, particulièrement évocatrice pour ses similitudes avec la finale de la Fātiḥa (sans qu’il y ait bien entendu la moindre influence directe de la première sur la seconde).

 

Voir : https://remmm.revues.org/7141

http://remmm.revues.org/7067

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

[1] Un palimpseste est un manuscrit constitué d’un parchemin déjà utilisé, dont on a fait disparaître les inscriptions pour pouvoir y écrire de nouveau.

[3] Patricia Crone est revenue en partie sur sa thèse notamment dans deux articles :

- Le premier article a été publié en 2007 « Qurays and the Roman army: Making sense of the Meccan leather trade» publié dans le Bulletin of the School of Oriental and African Studies 70, n°1, 2007, pp 63-88

- Le deuxième en 2008 : What do we actually know about Mohammed?

En plus il faut noter que même son maître John Wansbrough ne l'a pas suivi, pourtant chef de file de l'école de la critique radicale de l'Islam.

Depuis 2007, P.Crone admet l'existence d'un site préislamique, en effet, elle n’a plus vraiment le choix avec les découvertes archéologiques récentes, notamment les graffitis qui témoignant de l’existence des chemins de Pèlerinage à la Mecque.

[5] Publication : Le Coran : aux sources des paroles oraculaires. Etude rythmique des sourates mecquoises au Publications Orientalistes de France, 1981.

Dommage que cet auteur soit décédé avant d’achever l’analyse des sourates médinoises !

 

[6] Pierre Crapon de Crapona, Le Coran : aux sources de la parole oraculaire, p. 557.

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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 17:08

 

Dialogue entre un quiétiste et un chrétien flic

(Partie 5/4)

 

Le commun des chrétiens ignorent ces conflits de clercs

 

Dans son livre Die Religion des modernen Menschen (La Religion des Hommes Modernes), le Docteur Robert Kehl (1914-2001) souligne : « La plupart des partisans de la Bible ont le credo naοf que la Bible a toujours existé sous la forme qu’ils la lisent aujourd'hui. Ils croient qu’à ses origines, elle avait toutes les sections qui renferment les exemplaires dont ils ont à disposition aujourd’hui. Ils ne savent pas – et la plupart d'entre eux ne veulent pas savoir – que pendant environ 200 ans les premiers Chrétiens ne possédaient aucune 'Écriture sainte' en dehors de l'Ancien Testament dont le canon n'avait certainement pas été établi à cette époque ; les versions écrites du Nouveau Testament ont émergé à travers un long processus, en pendant très longtemps, il ne venait à l’esprit de personne de leur conférer le statut d'Écriture Sainte ; avec le temps, la lecture de ces écrits aux congrégations s’ancra dans l’usage, mais ils n’avaient pas encore la même aura que l'Ancien Testament. C’est à la suite de déchirements douloureux au sein de la chrétienté que l’idée de standardiser les textes scripturaires prit forme et s’imposa bientôt dans les rangs. Ce n’est qu’à l’orée du troisième siècle que la notion d’Ecriture Sainte prit naissance. »

 

Joachim Kahl, diplômé en théologie de l'Université Phillips à Marburg a noté que « l'ignorance de la plupart des Chrétiens est due largement à la maigre information fournie par les théologiens et les historiens ecclésiastiques, qui connaissent deux façons de cacher les faits scandaleux de leurs livres. Ils y déforment la réalité à l'opposé absolu ou la cachent. »

 

Hans Conzelmann, Professeur des Études du Nouveau Testament à Tottingen a admis que « la communauté chrétienne continue à exister parce que les conclusions de l'étude critique de la Bible sont en grande partie tenues à l'écart d'eux. »

 

L'altération qu'ont subi les manuscrits de la bible prend parfois des sens parodiques, c'est l'exemple de la page 1512 du codex Vaticanus, ou un scribe correcteur écris un message sur le coté se plaignant du scribe qui a altéré le texte d'Hébreux 1.3

 

« Idiot, fripon, ne pouvais-tu pas laisser l’ancienne écriture sans l’altérer »

 

Le docteur Robert Kehl de Zurich écrit : « Fréquemment le même passage a été 'corrigé' par un correcteur dans un sens et 'recorrigé' immédiatement dans le sens opposé par un autre copiste qui se fiait au point de vue dogmatique de l’école qu’il défendait. »

 

Pour Bart Erhman, Il serait sans doute faux d’affirmer – comme le font parfois certains – que les changements dans nos textes n'ont pas de réelles influences sur ce qu’ils voulaient dire ou sur les conclusions théologiques qu'on peut en déduire. Nous avons vu en fait que c'est juste le contraire qui se passe. Dans certaines instances, le sens dépend entièrement de la manière dont on résout un problème textuel : Jésus était il un homme nerveux ? Etait-il complètement effondré face à la mort ? A-t-il dit aux disciples qu'ils pouvaient boire le poison sans que cela ne leur fasse mal ? Avait-il laissé partir la femme adultère avec seulement un doux avertissement ? La doctrine de La Trinité a elle été citée explicitement dans le Nouveau Testament ? Jésus y est-il nommé le Dieu unique ? Le nouveau testament indique-t-il que même le fils de Dieu ne connait pas quand viendra la fin ? Les questions continuent et continuent...[1]

 

Raymond E. Brown, exégète catholique mondialement reconnu affirme dans son livre « Que sait-on du Nouveau Testament » aux éditions Bayard, p.86 : « Environ trois mille manuscrits du NT grec, copiés entre le IIe et le XVIIe siècle, ont été conservés (en tout ou partie), auxquels il faut ajouter plus de deux mille lectionnaires manuscrits contenant des sections (péricopes) du NT arrangés pour la lecture liturgique depuis le VIIe siècle. Ces témoins du texte NT ne s’accordent pas entre eux sur un grand nombre de points, mais assez peu de ces différences sont significatives. Aucun autographe ou manuscrit original d’un livre du NT n’a été conservé ; les différences se sont produites durant la copie de l’original. Toutes ne sont pas le fait d’erreurs des copistes ; certaines proviennent de changements délibérés. Les copistes en effet se sentaient parfois tenus d’améliorer le grec du texte reçu, de moderniser l’orthographe, d’ajouter des phrases explicatives, d’harmoniser les évangiles, et même d’omettre tel point qui leur paraissait douteux. On pourrait penser que les plus anciennes copies conservées (en tout ou partie) du NT grec sont le meilleur guide pour remonter aux originaux ; mais il n’en va pas nécessairement ainsi. »

 

Westcott et Hort sont les deux critiques du 19ème siècle qui ont corrigé les « erreurs » du texte Reçu[2] selon leurs propres déclarations et celles de leurs partisans en se basant sur les grands onciaux grecs (Codex Sinaiticus, Vaticanus, etc.). Ils ont affirmé que la Bible qui fit surgir la Réforme Protestante fut « un texte corrompu contenant environ 6000 erreurs ».

Il a donc fallut attendre le 19ème siècle pour retrouver la véritable Parole de Dieu, ce qui veut dire que toutes les Bibles qui étaient basées sur le Texte Reçu étaient fausses. Contrairement à l’affirmation de Westcott et Hort, les partisans du texte Reçu ont un avis tout autre concernant la découverte de nos critiques anglais.

 

Concernant le Codex A ou Sinaiticus John William Burgon écrit dans son livre « Unholy hands on the Bible » (Des mains souillées sur la Bible), éditions Lafayette. Indiana : « Le Codex A (Sinaiticus) comporte seulement pour les Évangiles, 1640 variantes (par rapport aux Evangiles canoniques, en usage depuis près de deux milles ans, chez les chrétiens). Le manuscrit pullule d’erreurs de copies, avec des omissions de mots et même de lignes entières ! Uniquement dans les Évangiles, par rapport au texte Reçu, le Codex A, enlève 3455 mots, en rajoute 1265, en substitue 1114 avec d’autres, change l’emplacement des mots dans les phrases à 2299 reprises et en altère 1265. Au total, cela porte les variantes à 8972 unités. Dix correcteurs ont du travailler dessus pour mettre en ordre une partie des erreurs les plus grotesques ! […] Enfin le Codex A inclut l’Epître de Barnabé et le Pasteur d’Arma, qui sont des écrits pleins d’hérésie ! »

 

Barry Burton écrit quant à lui : « Le Sinaiticus est un manuscrit découvert par un certain M. Tischendorf en 1844, dans un tas d'ordures du monastère Sainte-Catherine, près du mont Sinaï. Il contient presque tout le Nouveau Testament en plus d'y ajouter le Berger d'Hermas et l'Épître de Barnabas. Un examen du manuscrit a prouvé que ce dernier était très peu fiable. John William Burgon a passé des années à étudier chaque manuscrit disponible du Nouveau Testament. À propos de Sinaïticus, il écrit: « À plusieurs occasions, on a retiré sans précaution 10, 20, 30, 40 mots. Des lettres, des mots et même des phrases complètes ont souvent été écrites deux fois, ou encore commencées pour être aussitôt annulées ; cette erreur grotesque par laquelle une clause est omise parce qu'elle se termine par les mêmes mots que la clause précédente, ne survient pas moins que 115 fois dans le Nouveau Testament. » Non seulement il a fallut attendre le 19ème siècle pour retrouver la Parole de Dieu, mais en plus de cela on la retrouve dans les poubelles…

 

John William Burgon avait même écrit à ce sujet : « Il m’est impossible de croire que la promesse de Dieu a tellement manquée, qu’à la fin de 1800 ans, il fallut que le texte de l’Evangile soit cueilli d’un panier à ordures du Couvent de St. Catherine par un critique allemand ! » Barry Burton ajoute : « En plus de tout cela, on a omis 237 mots, 452 paragraphes et 748 phrases entières des Évangiles seulement. Le Vaticanus était à la disposition des traducteurs de la bible "King James" (américaine) qui ne l'ont pas utilisé, puisqu'ils le savaient non fiable. »

 

Concernant le Codex B ou Vaticanus John William Burgon écrit dans son livre « Unholy hands on the Bible » (éditions Lafayette. Indiana) ceci : « Le Codex B (Vaticanus) quant à lui, comporte 589 variantes uniquement dans les Évangiles. Comparé avec le texte Reçu, le Codex B, omet 2877 mots, en remplace 935, en ajoute 526, change de place 2089 mots et en modifie 1132, soit un total de 7578 variantes. Le Codex B est très proche du Codex A, ce qui concerne les passages emprunts d’hérésie contre la personne de Jésus-Christ. En plus de tout cela, que penser des savants anglais Westcott et Hort qui ont déclaré que le Codex Vaticanus était la quintessence du « Texte Pur », privé d’influence et égal à l’original ? »

 

Mais voici aussi le constat établi par le révérend D. A. White, qui écrit (en page 41 de son livre "Defending the King James Bible") : « Le texte de Westcott et Hort modifie le Texte Reçu en plus de 5 600 endroits… Mon compte personnel remonte au 2 août 1984 et, au moyen du NOUVEAU TESTAMENT GREC de Scrivener, j'ai relevé 5 604 modifications apportées au Texte reçu par Westcott et Hort dans leur Nouveau Testament grec. De ces 5 604 modifications, j'ai noté :

1 952 omissions (35 %), 467 ajouts (8 %), 3 185 modifications (57 %).

 

À ces 5 604 endroits où on notait des modifications, on avait ajouté 4 366 mots, ce qui porte à 9 970 le nombre de mots grecs. C'est donc dire que dans un texte grec de 647 pages (p. ex., le texte de Scrivener), cela représente en moyenne des modifications à 15,4 mots par page du Texte Reçu. »

 

Matthieu 5.17. Ne pensez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes. Je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir.

18 En vérité je vous le dis, jusqu’à ce que le ciel et la terre passent, pas un seul iota, pas un seul trait de lettre de la loi ne passera, jusqu’à ce que tout soit arrivé.

19 Celui donc qui violera l’un de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire de même, sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux, mais celui qui les mettra en pratique et les enseignera, celui-là sera appelé grand dans le royaume des cieux.

20 Car je vous le dis, si votre justice n’est pas supérieure à celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux.

 

                     

Par : Karim Zentici

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[1] Misquoting Jesus par Bart D. Ehrman page 207-208

[2] * Le Texte Majoritaire (ou texte Reçu) est basé sur les anciens manuscrits et fut suivi jusqu’au 19ème siècle par toutes les églises du monde avant son abandon (même si aujourd’hui certaines bibles sont encore basées sur ce texte).

* Le texte Minoritaire est basé sur les fameux codex qui sont antérieurs au texte Reçu. Le texte Minoritaire est actuellement suivi et sert de traduction aux bibles modernes. Les Textes Minoritaires omettent environ 200 versets des textes sacrés. C'est l'équivalent de la première et seconde épîtres de Pierre.

D’après la critique textuelle moderne :

* Les Textes Minoritaires étaient le fruit du travail de scribes égyptiens ;

* Les Textes Minoritaires regorgent de modifications ; souvent, un simple manuscrit a été modifié par de nombreux scribes sur une période de plusieurs années : c'est une chose que les prêtres Aaroniques et les Massorètes n'auraient jamais tolérée pour la transcription des Écritures saintes.

 

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6 mars 2017 1 06 /03 /mars /2017 15:56

 

Dialogue entre un quiétiste et un chrétien flic

(Partie 5/3)

 

Les corruptions bibliques couvrent toute la gamme allant des erreurs de copie aux additions et suppressions doctrinalement motivées, aux traductions taillées sur commande et, dans certains cas, à la contrefaçon[1]

 

Selon Isaïe 40 : 8, toute "parole" qui ne "subsistera" pas "toujours" est disqualifiée et considérée comme n’ayant pas été de Dieu.

Comment pouvez-vous dire : " Nous avons la sagesse, car la loi du Seigneur est à notre disposition. " Oui, mais elle est devenue une loi fausse sous le burin menteur des juristes. (Jérémie 8 : 8).

Vous tordez les paroles du Dieu vivant

(Jérémie 23 : 36).

 

Pour commencer, les différents camps théologiques sont en désaccord sur quels livres devraient être inclus dans la Bible. L’apocryphe d’un camp est l’écriture reconnue pour un autre. Deuxièmement, même parmi les livres qui ont été canonisés, les saints textes de sources variées manquent d’uniformité. Ce manque d’uniformité est tellement omniprésent que The Interpreter’s Dictionary of the Bible cite, « On peut dire sans risque de se tromper qu’il n’y a pas une seule phrase dans le NT où la tradition du MT (manuscrit) qui soit totalement uniforme. »[2]

 

Le fait est qu’il y a plus de 5700 manuscrits grecs du Nouveau Testament, entiers ou partiels.[3] En outre, « pas deux de ces manuscrits ne sont exactement semblables dans tous leurs détails … Et certaines de ces différences sont significatives. »[4]

 

Posez en facteur à peu près dix mille manuscrits de la Vulgate latine, ajoutez les nombreuses autres variantes anciennes (i.e. syriaque, copte, arménienne, géorgienne, éthiopienne, nubienne, gothique, slavonique), et qu’est-ce que nous obtenons ? Beaucoup de manuscrits. Beaucoup de manuscrits qui n’arrivent pas à se correspondre en certaines parties et qui se contredisent assez fréquemment. Les érudits estiment le nombre de variantes de ces manuscrits dans les centaines de milliers, certains portant leur estimation à 400 000.[5]

 

Aucun des manuscrits originaux n’a survécu au christianisme des premiers temps.[6]

 

Les plus anciens manuscrits complets (MS. No. 1209 du Vatican et le Codex Syriaque Sinaïtique) datent du quatrième siècle, trois cents ans après le ministère de Jésus. Mais les textes originaux ? Perdus. Et les copies des textes originaux ? Perdues aussi. Nos plus anciens manuscrits, en d’autres mots, sont les copies de copies de copies de copies dont personne ne connaît le nombre, des textes originaux. Pas étonnant qu’ils diffèrent l’un de l’autre.

 

Dans de meilleures mains, les erreurs de copie ne seraient point une surprise. Cependant, force est de constater que ce ne fut pas le cas avec les manuscrits du Nouveau Testament. Durant la période des origines chrétiennes, les scribes n’étaient ni formés ni fiables, ils étaient donc incompétents, et dans certains cas, illettrés.[7]

 

Ceux qui étaient virtuellement incompétent auraient pu faire des erreurs avec les lettres et les mots qui se ressemblent, tandis que ceux qui avaient une ouïe défectueuse, auraient pu errer en enregistrant l’Écriture lors de sa lecture à haute voix. Fréquemment les scribes devaient s’exténuer au travail et ainsi étaient enclins aux erreurs qui habituellement accompagnent la fatigue. Selon Metzer et Ehrman, « Puisque la plupart d’eux (les scribes), sinon tous, auraient été des amateurs dans l’art de copier, un nombre relativement important de fautes s’est glissé dans leurs textes pendant qu’ils les reproduisaient. »[8]

 

Pire encore, quelques scribes ont permis au préjugé `doctrinal d’influencer leur transmission de l’Ecriture.[9] Comme Ehrman l’écrit, « Les scribes qui ont copié les textes les ont changés. »[10] Plus spécifiquement, « Le nombre d’altérations délibérées faites dans l’intérêt de la doctrine est difficile à évaluer. »[11] Et même plus spécifiquement, « Dans le langage technique de la critique textuelle – que je retiens pour ses ironies significatives – ces scribes ‘ont corrompu’ leurs textes pour des raisons théologiques. »[12]

 

Les erreurs ont été introduites sous la forme d’additions, d’omissions, de substitutions et de modifications, le plus communément de mots ou de lignes, mais quelquefois de versets entiers.[13] En fait, « de nombreux changements et additions se sont infiltrés dans le texte, »[14]

avec le résultat que « tous les exemplaires connus du Nouveau Testament sont plus ou moins des textes mélangés, et même de nombreux manuscrits parmi les plus anciens ne sont pas dénués d’erreurs flagrantes. »[15]

 

Dans Misquoting Jesus, Ehrman présente une preuve persuasive que l’histoire de la femme prise en délit d’adultère (Jean 7 :53 – 8 :12) et les derniers douze versets de Marc n’étaient pas dans les évangiles originaux, mais ont été ajoutés par des scribes ultérieurs.[16]

 

En outre, ces exemples « représentent juste deux parmi des milliers d’endroits où les manuscrits du Nouveau Testament devinrent changés par les scribes. »[17] En fait, des livres entiers de la Bible ont été forgés. Ceci ne veut pas dire que leur contenu est nécessairement faux, mais ceci ne veut certainement pas dire qu’il est juste.

 

Alors quels livres ont été forgés ? Ephésiens, Colossiens, 2 Thessalonicens, 1 et 2 Timothée, Tite, 1 et 2 Pierre, et Jude – c’est-à-dire le compte énorme de neuf sur les vingt-sept livres et épîtres du Nouveau Testament – sont plus ou moins douteux.[18]

 

Même les auteurs de l’Evangile sont inconnus. En fait, ils sont même anonymes[19]

 

Les érudits bibliques attribuent rarement, pour ne pas dire jamais, la qualité d’auteur évangélique à Matthieu, Marc, Luc ou Jean. Comme Ehrman nous le dit, « La plupart des érudits ont aujourd’hui abandonné ces identifications, et reconnaissent que ces livres ont été écrits par des Chrétiens autrement inconnus mais relativement instruits, parlant (et écrivant) le Grec, durant la seconde moitié du premier siècle. »[20]

 

Graham Stanton renchérit : « Les évangiles, contrairement à la plupart des œuvres écrites gréco-romaines, sont anonymes. Les titres familiers qui donnent le nom d’un auteur (‘L’Evangile selon …’) ne faisaient pas partie des manuscrits originaux, car ils ont été ajoutés seulement au début du second siècle. »[21]

 

De multiples sources admettent qu’il n’y a pas d’évidence, à part des témoignages discutables des auteurs du second siècle, pour suggérer que le disciple Jean était l’auteur de l’Evangile de Jean.[22] Peut-être la plus convaincante réfutation est que le disciple Jean est supposé être mort en ou aux environs de 98 EC.[23] Cependant, l’Evangile de Jean a été écrit vers 110 EC.[24]

 

Alors, quels qu’ils soient : Luc (le compagnon de Paul), Marc (le secrétaire de Pierre), et Jean (l’inconnu, mais certainement pas celui qui a décédé depuis longtemps), nous avons raison de croire qu’aucun des évangiles n’a été rédigé par les disciples de Jésus. À ce sujet, Stanton pose une question qui s’impose : « Est-ce que la décision finale d’accepter Matthieu, Marc, Luc et Jean, était correcte ? Aujourd’hui, on est généralement d’accord que ni Matthieu ni Jean n’a été écrit par un apôtre. Et Marc et Luc ne pouvaient pas être des associés à des apôtres. »[25]

 

Le Professeur Ehrman est plus direct dans son affirmation : Les érudits de la critique sont presque unanimes aujourd’hui à penser que Matthieu n’a pas écrit le Premier Évangile, ni Jean le quatrième, et que Pierre n’a pas écrit 2 Pierre et bien possible, ni 1 Pierre. Aucun autre livre du Nouveau Testament ne prétend être écrit par l’un des premiers disciples de Jésus. Il y a des livres écrits par l’apôtre de Paul, bien sûr. Treize portent son nom dans le Nouveau Testament, dont au moins sept sont acceptés par presque tous les érudits comme authentiques.[26]

 

La critique protestante corrobore ce constat édifiant.[27] Sans n’entrer dans les détails, elle cherche en vain à dissiper plusieurs zones d’ombre à travers une enquête qui ne sera probablement jamais résolue.[28]

 

Bart Ehrman analyse que, je cite : « Il faut tout d’abord remarquer que ces Evangiles […] sont écrits anonymement. Les auteurs ne nous révèlent jamais leur nom. Ces noms, bien sûr, apparaissent dans les titres des Évangiles (L’Évangile selon Matthieu, etc.). Mais ces titres ont été ajoutés ultérieurement, par des éditeurs et des scribes qui souhaitaient informer les lecteurs sur l’auteur qui, selon eux, se cachait derrière ces différentes versions. Il est évident que les titres n’appartiennent pas à la version originale des Évangiles. L’auteur de l’Évangile de Matthieu, quelle que soit son identité, ne l’a pas intitulé Évangile selon Matthieu. La personne qui a choisi ce titre nous indique ainsi qui, à son avis, est l’auteur du texte. On n’a jamais vu un auteur intituler ses ouvrages de la sorte […]

 

De plus, l’Évangile de Matthieu est rédigé d’un bout à l’autre à la troisième personne ; l’auteur décrit ce qu’ « ils » - Jésus et ses disciples – faisaient, jamais ce que « nous » - Jésus et nous tous – faisions. Même dans l’épisode où Matthieu est appelé pour devenir disciple, il est question de « lui », non pas de « moi ». Il suffit de lire le récit (Matthieu 9,9), rien dans le texte ne peut laisser croire que l’auteur parle de lui-même.

 

C’est encore plus clair chez Jean. A la fin de l’Évangile, l’auteur dit ce qui suit au sujet du « disciple bien-aimé » : « C’est ce disciple qui témoigne de ces choses et qui les a écrites, et nous savons que son témoignage est conforme à la vérité » (Jean 21,24). Il faut être attentif aux termes employés par l’auteur : il fait la distinction entre sa source d’information « le disciple qui témoigne » et lui-même : « nous savons que son témoignage est conforme à la vérité ». Il et nous : cet auteur n’est pas lui-même le disciple. Il prétend que c’est le disciple qui lui a fourni les renseignements qu’il révèle.

 

Pour ce qui est des autres Évangiles, Marc n’est pas connu comme étant un disciple (c’est plutôt un compagnon de Pierre), pas plus que Luc (un compagnon de Paul, qui n’était pas un disciple non plus). Et même s’ils avaient été des disciples, cela ne garantirait rien en l’objectivité ou la véracité de leurs affirmations. Aucun Évangile n’a été écrit par un témoin direct, et aucun auteur ne prétend l’avoir été. »[29]

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

[1] Ehrman, Bart D. Misquoting Jesus and Lost Christianities.

[2] Buttrick, George Arthur (Ed.). 1962 (1996 Print). The Interpreter’s Dictionary of the Bible. Volume 4. Nashville: Abingdon Press. pp. 594–595 (Under Text, NT).

[3] Ehrman, Bart D. Misquoting Jesus. p. 88.

[4] Ibid., Lost Christianities. p. 78.

[5] Ibid., Misquoting Jesus. p. 89.

[6] Ibid., Lost Christianities. p. 49.

Metzger, Bruce M. A Textual Commentary on the Greek New Testament. Introduction, p. 1.

 

[7] Ehrman, Bart D. Lost Christianities and Misquoting Jesus.

[8] Metzger, Bruce M. and Ehrman, Bart D. The Text of the New Testament: Its Transmission, Corruption, and Restoration. p. 275.

[9] Ehrman, Bart D. Lost Christianities. pp. 49, 217, 219–220.

[10] Ibid., p. 219.

[11] Metzger, Bruce M. and Ehrman, Bart D. The Text of the New Testament: Its Transmission, Corruption, and Restoration. p. 265. See also Ehrman, Orthodox Corruption of Scripture.

[12] Ehrman, Bart D. 1993. The Orthodox Corruption of Scripture. Oxford University Press. p. xii.

[13] Ehrman, Bart D. Lost Christianities. p. 220.

Metzger, Bruce M. A Textual Commentary on the Greek New Testament. Introduction, p. 3.

[14] Ibid., p. 10.

[15] Metzger, Bruce M. and Ehrman, Bart D. The Text of the New Testament: Its Transmission, Corruption, and Restoration. p. 343.

[16] Ibid., p. 68.

[17] Ehrman, Bart D. Lost Christianities. pp. 9–11, 30, 235–6.

[18] Ibid., p. 235.

[19] Ehrman, Bart D. Lost Christianities. p. 3, 235. Also, see Ehrman, Bart D. The New Testament: A Historical Introduction to the Early Christian Writings. p. 49.

[20] Ehrman, Bart D. Lost Christianities. p. 235.

[21] Stanton, Graham N. p. 19.

[22] Kee, Howard Clark (Notes and References by). 1993. The Cambridge Annotated Study Bible, New Revised Standard Version. Cambridge University Press. Introduction to gospel of “John.”

Butler, Trent C. (General Editor). Holman Bible Dictionary. Nashville: Holman Bible Publishers. Under “John, the Gospel of.”

[23] Easton, M. G., M.A., D.D. Easton’s Bible Dictionary. Nashville: Thomas Nelson Publishers. Under “John the Apostle.” Goodspeed, Edgar J. 1946. How to Read the Bible. The John C. Winston Company. p. 227.

[24] Goodspeed, Edgar J. 1946. How to Read the Bible. The John C. Winston Company. p. 227.

[25] Stanton, Graham N. pp. 134–135.

[26] Ehrman, Bart D. Lost Christianities. p. 236.

[27] Sous la direction de Daniel Marguerat, Introduction au Nouveau Testament : Son histoire, son écriture, sa théologie, éditions Labor et Fides, 2008, 4ème édition revue et augmentée, p.372-373

[28] Idem. p.373-375

[29] Bart Ehrman, La construction de Jésus : aux sources de la religion chrétienne, éditions H&O, 2009, p.142-143

 

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5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 17:27

 

 

Dialogue entre un quiétiste et un chrétien flic

(Partie 5/2)

 

Intéressons-nous dors et déjà aux propos prophétiques ;

 

Méthodologie du hadîth

 

Avant de voir la paille dans l’œil de son frère, il faut voir la poutre (ou le tronc) dans son œil. [Abû Huraïra, voir : el Adab el Mufrad (p. 211 ; Silsilat el Ahâdîth e-sahîha (hadîth n° 33) ; Mt 7:3].

 

Voir : http://www.leveltruth.com/books/TRANSLATIONS/MISGODED%20IN%20FRENCH.pdf

 

Le Coran commande aux croyants d’obéir au messager d’Allah et de suivre son exemple. Pour cette raison, les premiers Musulmans ont préservé les enseignements de Muhammad et son exemple dans les recueils de hadîth. Aucun détail n’était négligé, et depuis cette lointaine époque, les dévots ont modelé leurs vies sur celle du Prophète (r). Du rapport des hadîth nous savons non seulement combien de fois Muhammad se brossait les dents (jamais moins de cinq fois par jour), mais dans quel ordre il le faisait (latéralement, en commençant du côté droit). Nous savons jusqu’au moindre détail comment il mangeait, buvait, dormait, s’habillait, et se comportait que ce soit de façon habituelle ou occasionnelle. Mais le plus important est que nous savons comment il vivait la religion qu’il a communiquée, et de ceci, plusieurs précédents sociaux et légaux ont été établis.

 

Il n’est pas surprenant qu’après sa mort, des "suiveurs" impies ont essayé de modifier la religion pour qu’elle soit plus proche de leurs propres désirs au moyen de la falsification des hadîths. Contrairement à ce que nous pourrions à prime abord supposer, ceci a fortifié, au lieu de faiblir, les rapports de hadîth. Tout comme la fausse monnaie oblige les gouvernements à adopter de plus hauts standards de production et d’authentification, les faux hadîths ont obligé les Musulmans à approfondir l’analyse des annales prophétiques. De la même façon que des experts peuvent différencier les devises valables des devises contrefaites, les érudits musulmans peuvent distinguer les hadîths valables des faibles ou fabriqués.

 

Le processus de l’authentification des hadîths est devenu l’étalon d’or de l’enregistrement des rapports historiques, en son temps et pour les siècles à suivre. Certainement, ce processus est demeuré sans rival en Occident. Jusqu’au jour présent, nous ne savons vraiment pas comment la vie était en Angleterre et en Europe au tournant du premier millénaire, à cause de l’absence de rapports fiables et d’informations vérifiables. Mais à travers les rapports de hadîth, nous connaissons les plus intimes détails concernant Muhammad et sa vie dans l’Arabie du début du septième siècle.

 

Ce qui suit est une brève vue d’ensemble des standards mis en place de l’authentification des textes scripturaires imputés au sceau des prophètes : Les hadîths individuels sont classés dans une de deux grandes catégories – sahîh (authentique) et dha’îf (faible).

Les hadîths sahîh sont alors subdivisés en quatre catégories secondaires, qui sont toutes acceptées. Tandis que les hadîths faibles sont subdivisés en plus de trente catégories secondaires, qui sont toutes rejetées. Afin que l’un d’entre eux soit entériné, son sanad (sa chaîne de narrateurs) doit être ininterrompue depuis sa source en amont jusqu’au Messager (r). Chaque narrateur doit être irréprochable au niveau de sa probité et de son honnêteté, mais aussi au niveau de sa mémoire et de la précision du récit qu’il rapporte. Son contenu doit n’avoir aucun défaut interne, et ne contredire ni aucun texte valide ni le Coran. Chacune des exigences susmentionnées a une multitude de facteurs disqualifiant montant au total à vingt-cinq catégories.

 

Par exemple, un narrateur mentalement déséquilibré est disqualifié d’emblé, tout comme un non Musulman (plus porté à bouleverser la religion), un immature, un innovateur, un menteur (ou même accusé d’être menteur), un débauché notoire (coupable d’un grand péché ou de péchés mineurs commis de façon répétée), ou quelqu’un qui a échoué à donner le bon exemple et à se montrer digne des valeurs morales. La précision est invalidée par la distraction, comme le rapport d’une même histoire avec des versions qui varient d’une occasion à une autre, même si cela ne change pas son sens intrinsèque. Les annales reconstruites après avoir été perdues dans un désastre naturel comme le feu, ne sont pas retenues ; et un narrateur qui contredit un récit ayant un degré d’authenticité plus élevé a trouvé sa collection entière de hadîth remise en question.

 

Même de simples défauts internes dévalorisent un hadîth. Par exemple, un enseignant récite un hadîth, et explique un mot sans que l’élève comprenne que l’explication ne fait pas partie du hadîth ; si cet élève récite ultérieurement le hadîth en entier avec l’explication, sa narration sera rejetée. Une erreur aussi simple que la transposition de deux noms dans la chaîne de transmission (et à fortiori la perte d’un nom) jette le discrédit sur son auteur, même si le texte lui-même demeure inchangé.

 

Les hadîth sont en outre subdivisés selon le sanad (chaîne de narration) en mode de transmission mutawâtir et ahad. Un hadîth mutawâtir récité par un nombre suffisamment important de narrateurs (un minimum de quatre, mais ordinairement dix ou plus) rend improbable un mensonge, du début à la fin de la chaîne narrative. Pourquoi serait-il improbable que plusieurs individus se concertent pour forger un mensonge ? Pour des raisons matérielles, telles que la distance qui les sépare géographiquement et qui consolide l’idée qu’ils ne sont jamais rencontrés les uns et les autres. Il y a le cas où les érudits en question soient si moralement irréprochables, que le mensonge est incompatible avec leur réputation.

 

Tout hadîth transmis à travers les âges par une chaîne de narration inférieure au degré de «mutawâtir » est classifié d’ahad, qui se divise lui-même en trois catégories secondaires. Un hadîth récité par mille témoins fiables à chaque chaîne du sanad, à l’exception d’une seule étape qui comprend moins de quatre narrateurs, est automatiquement transféré à la classe ahad.[1] Les deux classifications – l’une selon l’authenticité et l’autre selon le mode de transmission – sont largement complémentaires, car un hadîth authentique avec une chaîne narrative mutawâtir mérite plus de considération  qu’un hadîth faible avec un sanad ahad. Il semblerait enfin que les hadîths fabriqués aient peu de chance de passer à travers les mailles de l’un de ces deux filtres d’authentification, et d’échapper à la vigilance des deux en même temps relève quasiment de l’impossible.

 

Qu’en est-il pour la compilation de la Bible ?

 

Nous n’avons de puissance et de force que pour la vérité” dit un auteur célèbre du Nouveau Testament...

 

Cet état de la société occidentale fut fondamental en prélude à mon propos pour replacer le discours anti islam dans son contexte historique, je ne parle pas de la haine refoulée de l’intellectuel chrétien en proie aux assauts scientifiques de la critique moderne dans diverses sciences ! L’islam devient dans ses conditions un exutoire pour verser ses frustrions et masquer ses relents xénophobes, en faisant ainsi une pierre deux coups : projeter ses propres tares sur l’autre et discréditer son ennemi historique. Encore une fois, Michel Orcel pointe du doigt cette nouvelle islamophobie chrétienne : « On exerce son agressivité sur un objet haï en tentant de le démolir de façon à la fois symbolique et rationnelle. La psychanalyse aurait là-dessus son mot à dire. Que peut signifier pour Mingana, Prémare, Gillot ou autres Gallez cette tentative de disqualifier, de discréditer, l’islam et le Coran en les historicisant ? Je l’ignore, mais il va de soi qu’il y a souvent là-dessous du « règlement de compte »…

 

Généralement la recherche se nourrit mieux d’amour, d’empathie, que de haine, mais, quels que soient son objectif et sa forme, la recherche scientifique n’est jamais « idéale » : elle est toujours enracinée dans un milieu, une époque, et plus encore dans une histoire personnelle. J’ai montré comment un universitaire aussi sérieux que Rémy Brague était capable de tomber dans de véritables paralogismes lorsqu’il s’agit de l’islam. Or Brague ne fait pas mystère de ses croyances chrétiennes… »[2]

 

Si cela est clair, remontons aux origines de la Bible, ou comment l’hôpital en arrive à se moquer de la charité, qui, bien ordonnée, devrait commencer par soi-même !

 

N.B. J’ai longtemps hésité avant de publier l’étude suivante, car Karim Hanifi dont j’ai sollicité l’avis, m’a déconseillé de le faire, bien qu’elle s’inspire en grande partie de ses anciens travaux. Après un stand by de trois ans pour se plonger sur le sujet à fond, ce qui en soi est méritoire, il a revu certaines de ses positions à la baisse concernant la Bible. Il semble désormais rejoindre la position d’ibn Taïmiya selon laquelle la Bible est plus falsifiée sur le fond (au niveau de l’interprétation) que sur la forme, ce qui, il y a quelques années, me value les « foudres » de ses coreligionnaires sur Mejliss el kalam où j’avais exposé cette tendance. Karim promet de clarifier ses positions à l’avenir à travers une longue série de vidéos qui devraient s’étaler sur au moins deux ans. Ses conclusions semblent inédites dans la sphère francophone (les anglo-saxons sont en avance même dans ce domaine !). En attendant, loin d’être un spécialiste, j’estime qu’il reste malgré tout intéressant d’exposer son ancien avis, à plus d’un titre :

  • Le commun des chrétiens mis à l’écart de ces conflits de clercs n’ont pas accès à certaines réalités liées à leurs références scripturaires (quoi qu’aujourd’hui internet fasse des miracles !) ;
  • Cette opinion est partagée par un nombre non négligeable de sommités occidentales qu’on ne peut soupçonner, pour la plupart, de parti pris, bien qu’ils ne soient pas toujours les spécialistes attitrés de la Bible, selon Hanifi (ils comptent, malgré tout, des traducteurs, des commentateurs de la Bible, mais aussi des spécialistes profanes) ;
  • Celle-ci rejoint une tendance très forte du côté des autorités musulmanes qui se sont au non spécialisées dans la critique de la Bible ;
  • Il s’agit surtout, dans le cadre d’une polémique, de placer l’adversaire face à ses contradictions, et de le réfuter avec ses propres références, indépendamment de savoir qui a tort et qui a raison, quoi que, comme c’est souvent le cas, la vérité est partagée entre les deux camps, voire ni avec les uns ni avec les autres, mais du côté d’une troisième voie (il est possible toutefois de leur concéder en partie leurs conclusions et de renvoyer dos à dos les uns et les autres) ; procédé si cher à ibn Taïmiya qui maitrise l’art chirurgical de sépare le bon grain de l’ivraie ;
  • Il est intéressant de pointer du doigt le conflit catholiques/protestants non pour les départager dans un premier temps, mais pour démontrer que l’infaillibilité de la Bible ne fait pas l’unanimité au sein même des fervents adeptes des deux côtés qui s’attaquent à coup d’anathèmes mutuelles ; un peu comme les orientalistes qui utilisent en leur faveur l’opposition sunnites/shiites, à la différence où le Coran est réellement intouchable, comme nous allons, plus tard, le démontrer. Par exemple, un auteur à la plume enflammée comme Jean leDuc, reconnait, dans un pamphlet acerbe, que les nuances d’une version à une autre sont fondamentales : qu’on en juge : « il existe une grande différence entre le christianisme du Texte Reçu et celui du texte blasphématoire de la Critique Textuelle compilé par Westcott et Hort. Ces différences ou variantes sont loin d'être insignifiantes, nous dit Barry Burton (Let's Weigh the Evidence: Which Bible is the real Word of God ?): "Le fait réel est que les doctrines essentielles de la Foi chrétienne sont attaquées : la doctrine de la Trinité, de la Divinité de Christ, son Incarnation, l'intégralité et l'inspiration de la Parole de Dieu, et le salut par la grâce par le moyen de la foi en Christ. Existe-t-il d'autres modifications ? OUI. Il existe entre 5,000 et 36,000 changements, dépendant quelle version vous regardée". »[3] Karim lui-même note un nombre élevé de « changements » dans la Néo-Vulgate ; bien que la grande majorité d’entre eux ne soient pas significatifs, ceux-ci, malgré tout, ébranlent à la base la foi chrétienne.[4]

 

Si cela est clair, Bart Ehrman, célèbre docteur en théologie, historien et spécialiste du Nouveau Testament nous met dans l’ambiance (il incombe de relativiser ses formules chocs qui ont plus pour but de sensibiliser un public incrédule que de s’encombrer de détails « incongrus » ; procédé qui s’inscrit dans une vieille tradition américaine du spectacle) : « Non seulement nous n'avons pas les originaux, mais nous n'avons pas les premières copies des originaux, nous n'avons même pas les copies des copies des originaux, ni même les copies des copies des copies des originaux. Ce que nous avons sont des copies faites plus tard - beaucoup plus tard. Dans la plupart des cas, ce sont des copies rédigées de nombreux siècles plus tard,… »[5]

 

Le problème ne s’arrête pas là, car les copies que nous possédons posent un autre souci qui n’est pas sans gravité : celles-ci diffèrent les unes des autres. Bart Ehrman continue : « … et toutes ces copies sont différentes de l’une à l’autre, et cela dans de milliers d'endroits. Comme nous le verrons plus tard dans ce livre, ces copies différentes les unes des autres en tant d'endroits que nous ne savons même pas combien il existe de différences. »[6]

 

Tandis que les hadîth sont préservés mot-à-mot, Ehrman conclut que la Bible est un livre très humain, criblé d'erreurs, dont les plus flagrantes sont les additions et les suppressions scripturales (qu’elles soient intentionnelles ou non).[7]

 

Heinz Zahrnt corrobore cette théorie : « Les temps de la doctrine non historique d'inspiration verbale comme maintenue par l'Ancienne théologie protestante appartiennent au passé. Dorénavant la Bible est comprise comme un livre historique, écrit et transmis par des hommes et ainsi sujet aux mêmes lois de tradition, aux mêmes erreurs, omissions et altérations que n'importe quelle autre source historique. Les hommes qui l'ont produit n'étaient ni automates, ni instruments de Dieu, mais des écrivains individuels, des hommes en chair et en os, qui avaient leurs propres buts et tendances déterminés en écrivant, qui ont vécu restreints par les horizons limités de leur temps et ont été moulés par les idées de leur environnement. »[8]

 

Selon l’expression maintenant célèbre de Bart D. Ehrman, « Peut-être est-il plus facile de démontrer ce point en termes comparatifs : il y a plus de différences dans nos manuscrits qu’il n’y a de mots dans le Nouveau Testament. »[9]

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

[4] Il faut distinguer, comme le fait remarquer Hanifi, entre l’Évangile révélée à Jésus et les textes historiques qui lui sont greffés, de la même manière qu’il incombe de distinguer entre la Thora de Moïse proprement dite et les narrations qui s’y rattachent.

[5] Misquoting Jesus : The Story Behind Who Changed the Bible and Why par Bart D. Ehrman page 10.

[6] Idem.

[7] Ehrman, Bart D. Misquoting Jesus and Lost Christianities.

[8] Zahrnt, Heinz. 1817. The Historical Jesus. (Translated from the German by J. S. Bowden). New York: Harper and Row. p. 42.

[9] Ibid., The New Testament: A Historical Introduction to the Early Christian Writings. p. 12.

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3 mars 2017 5 03 /03 /mars /2017 14:28

Dialogue entre un quiétiste et un chrétien flic

(Partie 5/1)

 

« Le démon peut citer l’Ecriture pour son propre objectif. »

Shakespeare, William. The Merchant of Venice. Act I, Scene 3.

 

Il est surprenant, et des surprises il y en a

D’être près de son bien-aimé inabordable

Telle la chamelle dans le désert mourant de soif

Alors que l’eau portée sur son dos est bien palpable

 

Ainsi, nous ne pouvons reprocher à l’orthodoxie musulmane de faire la chasse à l’hérésie, grâce à cette flamme qui maintient son crédo en vie et qui s’inspire du législateur, comme nous l’avons vu, l’auteur des paroles : « … Je dirais alors les mêmes paroles que le pieux serviteur : [J’étais un témoin contre eux aussi longtemps que j’étais au milieu d’eux, mais après m’avoir rappelé vers Toi, c’est Toi qui les surveillais, Toi qui est Témoin de toute chose • Si Tu les châties, ils ne sont que Tes créatures, mais si Tu leur pardonnes, tu es certes, le Fort et le Sage].[1]

 

Le jour de la résurrection, quand le Prophète (r) assistera à cette scène terrible où des membres de sa communauté seront propulsés en Enfer, il aura la même réplique que le pieux serviteur, qui n’est autre que ‘Îsâ ibn Mariam (u), lorsqu’Allah l’interpellera en ces termes : [Ô ‘îsâ fils de Mariam ! Est-ce toi qui demandas aux hommes : prenez-nous ma mère et moi pour des divinités en dehors d’Allah].[2] Ce Verset condamne la croyance chrétienne qui repose sur la Trinité, et le dogme selon lequel Jésus est le fils de Dieu, ou Dieu Lui-même. Allah lui dira le Jour de la résurrection : [Ô ‘îsâ fils de Mariam ! Est-ce toi qui demandas aux hommes : prenez-nous ma mère et moi pour des divinités en dehors d’Allah. Il répondra : Gloire à toi !] ; Il purifie le Seigneur d’une telle allégation : [Il ne m’appartenait pas d’avancer ce que je ne suis pas en droit de dire] ; car Allah (Y) est le Seul digne de recevoir l’adoration. Jésus et sa mère n’en ont aucune part, ni aucune autre créature ; la divinité revient à Allah Seul.

 

[Si je l’avais dit, Tu l’aurais su ; Tu sais ce qu’il y a en Moi, et je ne sais pas ce qu’il y a en Toi ; Tu es certes le Connaisseur de l’inconnu] : Voici un autre argument démontrant qu’il (u) n’est pas à l’origine de ce dogme, sinon, Allah l’aurait su, Lui qui connait toute chose ; [Je ne leur ai rien dit d’autre que ce Tu m’as ordonné] ; ‘Îsâ n’est qu’un simple messager, il ne rapporte rien de lui-même : [adorez Allah qui est Mon Seigneur et le Vôtre] ; le Messie n’est qu’un simple serviteur qu’on ne peut confondre avec le Créateur, comme le font les chrétiens : [J’étais un témoin contre eux aussi longtemps que j’étais au milieu d’eux] ; au cours de sa vie (r), il prêchait l’unicité et interdisait l’association. Il n’a jamais eu un autre discours.

 

[Il n’appartenait pas à un simple humain à qui Allah a offert le Livre, la Loi, et la prophétie, de dire à ses semblables : soyez mes serviteurs, non ceux d’Allah] : aucun prophète n’a tenu un tel discours : [Mais soyez des docteurs de la loi pour avoir enseigné le Livre et pour l’avoir étudié • Et Il ne vous ordonne pas de prendre pour seigneurs les anges et les prophètes][3] ; un prophète ne peut en aucun cas appeler à la mécréance : [vous enjoindrait-il  la mécréance une fois que vous vous soyez soumis ?][4]

 

Un hadîth décrit la scène : « Moi, je vous attendrais à mon bassin. Des hommes en seront repoussés comme des chameaux égarés, et je leur crierais : « Venez ! » On me fera savoir : « Ils ont changé [la religion] après toi. » Je leur lancerais alors : « Éloignez-vous de moi ! »[5]

 

Le Messie aura la même réaction :

 

21 Ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur ! n'entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux. 22 Plusieurs me diront en ce jour-là : Seigneur, Seigneur, n'avons-nous pas prophétisé par ton nom ? n'avons-nous pas chassé des démons par ton nom ? et n'avons-nous pas fait beaucoup de miracles par ton nom? 23 Alors je leur dirai ouvertement : Je ne vous ai jamais connus, retirez-vous de moi, vous qui commettez l'iniquité.
 

Voir : Mathieu 7. 21, 22 : http://saintebible.com/lsg/matthew/7.htm

 

Juste avant, le fils de Marie met en garde contre les faux prophètes et les imposteurs :

 

15 Gardez-vous des faux prophètes. Ils viennent à vous en vêtements de brebis, mais au dedans ce sont des loups ravisseurs. 16 Vous les reconnaîtrez à leurs fruits. Cueille-t-on des raisins sur des épines, ou des figues sur des chardons ? 17 Tout bon arbre porte de bons fruits, mais le mauvais arbre porte de mauvais fruits. 18 Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits, ni un mauvais arbre porter de bons fruits. 19 Tout arbre qui ne porte pas de bons fruits est coupé et jeté au feu. 20 C'est donc à leurs fruits que vous les reconnaîtrez.

 

Ces faux prophètes en manque de notoriété et de pouvoir : « Deux loups au milieu des moutons ne sont pas plus nuisibles pour la religion de l’individu que son attachement aux biens et aux honneurs. »[6] Selon el Khallâl, Sufiân [vraisemblablement e-Thawrî] a dit : « L’amour du pouvoir est plus alléchant aux yeux d’un homme que l’or et l’argent, et quand on aime le pouvoir on est à l’affût des défauts des autres. »[7]

 

Le Messager d’Allah (r) prédit : « À la fin des temps, il y a aura un peuple qui va mélanger la religion avec les choses de ce bas monde. Ils feront passer aux yeux des gens la peau de chèvre pour du poil doux. Leur langue sera plus mielleuse que le sucre, mais ils auront des cœurs de loups. Allah (U) révèle : « Osez-vous mentir sur Moi ? Osez-vous vous ériger contre Moi ? Par Moi ! Je jure que Je vais envoyer une épreuve à ces gens-là ébahissant le plus posé d’entre eux. » »[8]

 

Il prophétise également selon une version du hadîth de Hudhaïfa (t) cité dans la partie précédente : « Après moi, il y aura des émirs qui ne suivront pas ma voie et qui ne seront pas fidèles à ma tradition. Il y en aura parmi eux qui auront des cœurs de démon dans une carapace humaine.

  • Que dois-je faire, Messager d’Allah, si je parviens à cette époque ?
  • Obéis à l’émir, même s’il te frappe le dos et s’il prend ton argent, fais-lui obéissance. »[9]

 

Il nous apprend en filigrane que l’orthodoxie musulmane condamne la révolte contre les autorités en place ; ce crédo est à la croisée des chemins entre le salafisme et le kharijisme. Nous développerons ce point plus en détail dans notre tir croisé avec les revenants, mais dors et déjà sachons que, selon le chercheur Hervé Bleuchot, Ibn Taymîya, un tenant du traditionalisme, est d’un loyalisme politique sunnite très fort et il n’envisage pas la question de la destitution de l’imam. C’est par le bon conseil que le musulman exerce son contrôle sur l’imam, c’est pour lui un devoir, vis-à-vis de l’imam autant que vis-à-vis de tous les responsables.[10]

 

Le corpus traditionaliste

 

Le corpus traditionaliste se constitue des textes scripturaires (Coran, sunna) et du consensus. Nous reviendrons sur l’infaillibilité du Livre sacré, mais notre discours porte ici sur la conservation de la sunna, qui est comparable, dans une certaine mesure à celle des évangiles ; toute proportion gardée, bien sûr, car la science du hadîth interdit formellement de recevoir une information d’un anonyme, ce qui fait cruellement défaut à la Bible. À titre de comparaison, un propos prophétique jugé faible par les spécialistes en la matière a un degré d’authenticité bien plus élevé que l’évangile le plus crédible. Jamais dans l’Histoire de l’Humanité une civilisation n’avait été aussi méticuleuse et rigoureuse dans la préservation de son patrimoine fondateur. La méthode est aussi, voire plus sévère sous certains aspects que l’instigation moderne…

 

Allah (I) révèle : [C’est Nous qui avons révélé le Rappel, et c’est à Nous à qui il revient de le garder].[11]

 

Sufiân e-Thawrî : « Les anges sont les gardiens du ciel, et les traditionnistes sont les gardiens de la terre. »[12]

 

Yazîd ibn Zarî’ : « Toute religion a des cavaliers, qui sont, pour la nôtre, les spécialistes de la narration. »[13]

‘Abd Allah ibn el Mubârak : « Pour moi, la narration fait partie de la religion, car, sans elle, chacun pourrait dire ce qu’il veut. »[14]

 

Mohammed ibn Sirîn : « Avant, personne ne questionnait sur la narration, mais après la fitna (troubles ndt.), les savants se sont mis à dire : citez-nous vos hommes ! Depuis, ils prennent le hadîth des traditionalistes et mettent de côté ceux des innovateurs. »[15]

 

Il disait également : « Le savoir fait partie de la religion, alors regardez de qui vous le prenez. »[16]

 

Qu’est-ce qu’un thiqa ?

 

Allah (I) révèle : [Quand une nouvelle vous vient d’un pervers, vérifiez-la].[17]

 

La condition pour accepter la parole d’un narrateur, c’est qu’il soit de confiance (e ‘adl), au même titre que le témoin ; mais il doit également être intellectuellement irréprochable (e-dhabt), de sorte qu’il rapporte avec exactitude ce qu’il mémorise et que sa mémoire ne lui fasse pas défaut. Si en plus de cela, il se distingue par un savoir étendu et par une multitude de narration, il prend le statut de hâfizh.[18]

 

Ainsi, pour devenir thiqa (crédible), on ne regarde pas que l’aspect moral, mais également et surtout les aptitudes intellectuelles, selon l’opinion de la grande majorité des traditionnistes.[19] Bon nombre de spécialistes en usûl et en fiqh, à qui il faut ajouter certains traditionnistes à l’instar d’ibn Hibbân et d’ibn ‘Abd el Barr, se fient en grande partie à la crédibilité morale pour définir un thiqa, sans n’être aussi pointilleux sur la crédibilité intellectuelle.[20]

 

Pourtant, il est possible d’être moralement crédible, mais sans remplir les conditions de narration. Abû e-Zinâd est l’auteur des paroles : « J’ai rencontré à Médine cent savants de confiance chez qui on ne prend pas le hadîth, sous prétexte qu’ils n’en ont pas la compétence. »[21]

 

Par ailleurs, il y a deux façons de reconnaitre qu’un narrateur est moralement de confiance ; soit grâce au témoignage des spécialistes en critique du hadîth, soit grâce à sa réputation.[22] On ne peut se fier à quelqu’un sur de simples apparences.[23] Contrairement aux assertions d’ibn Hibbân, ce n’est pas parce qu’on a reçu aucune critique qu’on est forcément crédible. Au meilleur des cas, on est anonyme, ce qui est loin d’être une marque de confiance.[24]

 

Voir : http://mizab.over-blog.com/article-le-jarh-wa-ta-dil-a-la-loupe-partie-1-103460523.html

http://mizab.over-blog.com/article-l-abecedaire-du-jarh-wa-ta-dil-partie-1-102778595.html

 

Tandis que la science de la vérification de l'authenticité des hadîth est considérée comme une merveille de la préservation de rapports historiques, la Bible ne satisfait pas plusieurs des standards les plus basiques dans ce domaine. Les auteurs de la plupart des livres de la Bible (évangiles inclus) sont inconnus, le laps de temps où ils ont été écrits est mal défini, et nombre d'informations sont de source ambiguë. Le Saint Coran et plusieurs traditions de hadîth satisfont le plus haut degré de vérification d'authenticité. Malheureusement, ceci ne s'applique pas à la majorité des versets de la Bible.[25]

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

[1] Le repas céleste ; 116-118

[2] Le repas céleste ; 116

[3] La famille d’Imrân ; 79-80

[4] La famille d’Imrân ; 79-80

[5] Rapporté par Muslim (n° 349).

[6] Rapporté par e-Tirmidhî (n° 2376) et Ahmed (3/456), selon Ka’b ibn Mâlik (t).

[7] Tabaqât el Hanâbila (2/14).

[8] Rapporté par e-Tirmidhî (n° 2404) et el Baghawi dans sharh e-sunna (14/394).

[9] Rapporté par Muslim (n° 1847).

[11] El hijr ; 9

[12] Sharaf ashâb el hadîth d’el Khatîb el Baghdâdî (p. 80).

[13] Sharaf ashâb el hadîth d’el Khatîb el Baghdâdî (p. 81).

[14] El ‘ilal e-saghîr d’e-Tirmîdhî (5/340) ; voir également : Sahîh Muslim (1/15).

[15] Sahîh Muslim (1/15).

[16] Sahîh Muslim (1/14).

[17] Les appartements ; 6

[18] El mawqizha d’e-Dhahabî (p. 67-68).

[19] ‘ulûm el hadîth d’ibn Salâh ; voir : e-taqyîd wa el idhâh d’el ‘Irâqî (p. 136).

[20] Tahrîr qawâ’id e-jarh wa ta’dîl d’Amr ibn ‘Abd el Mun’im (p. 11).

[21] Sahîh Muslim (1/15).

[22] ‘ulûm el hadîth d’ibn Salâh ; voir : e-taqyîd wa el idhâh d’el ‘Irâqî (p. 137).

[23] E-nuzha du Hâfizh ibn Hajar (p. 142).

[24] El mawqizha d’e-Dhahabî (p. 78).

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25 février 2017 6 25 /02 /février /2017 09:57

 

Voltaire, la grande imposture des Lumières

(Partie 2)

 

Le secret de la Franc-Maçonnerie consiste en ceci : Tous les hommes sont égaux et libres, tous les hommes sont frères.

Observons que la formule sacrée des mystères maçonniques était si précieuse à Voltaire (pie Franklin ayant eu la bassesse de lui présenter ses enfants à bénir, il ne prononça sur eux que ces paroles: Egalité, Liberté. (Condorcet, Vie de Voltaire.)

 

Déjà Voltaire avait déclaré vouloir rendre la liberté à la raison opprimée par le dogme, et rétablir entre les hommes l'égalité que le sacerdoce armé de la révélation avait rompue. « Il n'y a rien de si pauvre et de si misérable, disait Voltaire, qu'un homme recourant à un autre homme pour savoir ce qu'il doit croire. »[1] Il appelait de ses vœux « ces jours où le soleil n'éclairera plus que des hommes libres et ne reconnaissant d'autres maîtres que leur raison. »[2]

 

en 1776, Voltaire avait écrit au comte d'Argental : « Une Révolution s'annonce de tous côtés. »

 

« Les disciples de Voltaire et de Jean-Jacques, Comme le dit Barruel, avaient préparé dans les loges le règne de cette égalité et de cette liberté dont les derniers mystères devenaient par Weishaupt ceux de l'impiété et de l'anarchie la plus absolue.

« L'égalité et la liberté, disait celui-ci, sont les droits essentiels que l'homme, dans sa perfection originaire et primitive, reçoit de la nature ; la première atteinte à cette égalité fut portée par la propriété ;

 

La première atteinte à la liberté fut portée par les sociétés politiques ou les gouvernements ; les seuls appuis de la propriété et des gouvernements sont les lois religieuses et civiles : donc, pour rétablir l'homme dans ses droits primitifs d'égalité et de liberté, il faut commencer par détruire toute religion, toute société civile et finir par l'abolition de toute propriété.[3]

 

Voir : http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/Delassus/ConjurationT1.pdf

 

Le complot voltairien

 

Ecoutez Voltaire dans sa correspondance : « Il faut, écrit-il, agir en conjurés, et non pas en zélés... Que les philosophes véritables fassent une confrérie comme les Francs-Maçons... Que les mystères de Mithra ne soient pas divulgués...

« Frappez, et cachez votre main... »

La margrave de Bareith, la princesse Wilhelmine, devient pour lui la sœur Guillemette », et lui adresse elle-même des lettres commençant par ces mots : « La sœur Guillemette au « frère Voltaire.

« Il avoue lui-même, dans des lettres qui sont célèbres, qu'il « rend le pain bénit, et qu'il « communie » par imposture, afin de mieux tromper les gens. A un certain moment, il entreprend toute une intrigue, dans le but de faire reconstruire le Temple de Jérusalem !

 

À un autre moment, il entreprend encore une autre intrigue, d'accord avec d'Alembert, pour arriver à décider Louis XV à fonder dans tout le royaume des écoles professionnelles gratuites, où, sous le couvert d'un soi-disant enseignement professionnel, on devait enseigner clandestinement au peuple la révolte et la sédition.

 

Bertin, l'administrateur de la cassette royale, avait fini par se décider à couper court à ce complot. Il avait fait une enquête, et qu'avait-il découvert ? Toute une conspiration de colporteurs qui couraient les campagnes, et y vendaient, à des prix insignifiants, des ouvrages incendiaires dont on leur remettait gratuitement des quantités. Des maîtres d'école étaient déjà même affiliés à la conjuration, et notamment dans les environs de Liège, où ils lisaient à des enfants, dans des réunions secrètes, des livres qu'on leur expédiait par ballots. Et ces maîtres d'école étaient précisément ceux qui, publiquement, à l'exemple de Voltaire, et comme par un mot d'ordre, accomplissaient leurs devoirs religieux avec la dévotion la plus démonstrative.

 

• Lettres à d'Alembert, 1761, 1763, 1768, citées par Barruel dans les Mémoires pour servir à l’histoire du Jacobinisme, et lettres à Catherine de Russie, 1771

• Barruel, Mémoires, t. I^ chap. xvii

 

Voici, en date du mois de mars 1763, des lettres de Voltaire qui les confirment par anticipation : « Pourquoi les adorateurs de la raison, écrivait-il alors à Helvetius, restent-ils dans le silence et dans la crainte ? Qui les empêcherait d’avoir chez eux une petite imprimerie et de donner des ouvrages utiles et courts dont leurs amis seraient les seuls dépositaires ? C'est ainsi qu'en ont usé ceux QUI ONT IMPRIMÉ LES DERNIÈRES VOLONTÉS DE CE BON ET HONNÊTE CURÉ MESLIER... »

Et il ajoute : « On oppose ainsi, au Pédagogue chrétien et au Pensez-y bien, de petits livres philosophiques qu'on a soin de répandre partout adroitement. On ne les vend point, ON les donne a des personnes AFFIDÉES QUI « LES DISTRIBUENT A DES JEUNES GENS ET A DES FEMMES... »

 

L'Encyclopédie

 

Pour écraser l’Infâme, selon l'expression de Voltaire, pour arriver à anéantir la foi et à briser le trône, il fallait s'emparer, tout d'abord, de l'opinion publique ; l'Encyclopédie fut le premier moyen employé par les conjurés pour y miner sourdement et sans bruit l'édifice et l'obliger à tomber de lui-même », comme l'écrivait, le 13 août 1775, Frédéric II à Voltaire.

 

D'Alembert excellait dans ces sortes de ruses. Diderot, plus hardi, laissait quelquefois éclater toute son impiété ; mais quand celle-ci apparaissait trop crûment, d'Alembert, réviseur général, retouchait l'article, retranchant parfois, ajoutant souvent quelque terme habile, destiné à masquer la violence et l'impiété de la thèse. Il tempérait de même le zèle de Voltaire qui lui écrivait le 9 octobre 1755 : « Ce qu'on me dit des articles de la théologie et de la métaphysique me serre le cœur : il est bien cruel d'imprimer le contraire de ce que l’on pense. » Mais d'Alembert répondait le 16 juillet 1762 : « Le genre humain n'est aujourd'hui si éclairé que parce qu'on a eu la précaution ou le bonheur de ne l'éclairer que peu à peu. » Voltaire se rendait cependant aux raisons de son complice et se consolait en pensant « qu'il y a d'autres articles moins au jour où tout est réparé ! »

 

Et habilement il ajoutait : « Pendant la guerre des Parlements et des évêques, les philosophes auront beau jeu. Vous aurez le loisir de farcir l'Encyclopédie de vérités qu'on n'aurait pas osé dire il y a vingt ans. » (13 novembre 1756)

 

Des manœuvres diaboliques, voire obscènes

 

  1. Voltaire et d'Alembert, dans leurs lettres, se saluent en Belzébuth et en Lucifer (juin-août 1760). D'Alembert écrit à Voltaire : « Il est évident, comme vous dites, que l'ouvrage (le Dictionnaire philosophique) est de différentes mains : pour moi, j'en ai reconnu quatre, celle de Belzébuth, d'Astaroth, de Lucifer et d'Asmodée. » Diderot écrivait en 1768 : « Il pleut des bombes dans la maison du Seigneur ; ce sont mille diables déchaînés. » D'après le témoignage de Mercier, il s'échauffait parfois jusqu'à la fureur, et s'écriait : « Le genre humain ne sera heureux que quand on aura étranglé le dernier roi avec les boyaux du dernier prêtre. » (Voir Éleuthêromanes et Pensées.) Oui, la Révolution est bien « satanique ! »
  2. Nous ne pouvons reproduire certains extraits de cette correspondance, qui sont d'une impudeur et d'une lubricité révoltantes. Ainsi Voltaire reconnaissait comme vraie divinité de ce monde le Lingam, symbole le plus obscène des Hindous, que d'Alembert appelait Dieu le père. A noter : que tous les philosophes étaient affiliés aux Loges dès le commencement (d'Estampes, F. \ J#.\ et Révolution, p. 177).

 

Voltaire attachait la plus grande importance à la rédaction de l'Encyclopédie, en faisant dépendre le succès de sa conspiration. « Je m'intéresse bien à une bonne pièce de théâtre, écrivait-il à Damilaville, mais j'aimerais encore mieux un bon livre de philosophie qui écrasât pour jamais l'Infâme ! Je mets toutes mes espérances dans l'Encyclopédie. » (13 mai 1764.)

 

La haine des Jésuites

 

Les Jésuites occupaient la première place dans l'enseignement, leurs maisons d'éducation répandues sur tout le territoire formaient une jeunesse fidèle à l'Église et à la monarchie. Toutes les haines accumulées de la maçonnerie, des philosophes et des diverses sectes devaient donc se déchaîner contre eux, en vertu d'un plan qui avait été tracé par le ministre d'Argenson, grand protecteur de Voltaire, plan dont Frédéric II poursuivait activement la réalisation. (Lettre de Voltaire, 8 octobre 1743.)

 

Le duc de Choiseul et la fameuse courtisane la marquise de Pompadour, qui régnaient alors en réalité sur la France, avaient tous les secrets des conjurés sophistes, par cela seul qu'ils avaient celui de Voltaire. (Lettre de Voltaire à Marmontel, i3 août 1760.)

De même Voltaire écrivait : « Pour les Jésuites... la France va être incessamment purgée desdits Frères. » Il aurait voulu « envoyer chaque Jésuite dans le fond de la mer avec un Janséniste au cou ». (Lettre à Ghahanon.)

 

Grâce à Choiseul et à la Pompadour unis à Voltaire, l'Académie fut métamorphosée peu à peu en club d'impiété. « Elle infecta les gens de lettres et les gens de lettres infectèrent l'opinion publique, en inondant l'Europe de ces productions que nous allons voir devenir, pour les chefs, un des grands moyens de préparer les peuples à une apostasie générale. » (Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du Jacobinisme, t. I.)

Et en effet, sous la haute direction de Voltaire, s'imprimaient à l'étranger, spécialement en Hollande, des milliers de libelles sarcastiques et calomnieux au moyen desquels les philosophes cherchaient à écraser l’Infâme sous le ridicule. « Je ne vous demande que cinq à six bons mots par jour, écrivait Voltaire à d'Alembert ; cela suffît. Il ne s'en relèvera pas. »

 

Frédéric II, Joseph II, Catherine de Russie, Christian VII, de Danemark, Gustave III, de Suède, Poniatowski, de Pologne, et nombre de princes correspondaient avec Voltaire et subissaient la néfaste influence des encyclopédistes. Ils étaient des adeptes « protecteurs ». Ce n'étaient que pamphlets calomnieux, mensongers et impies, dus à Voltaire, Diderot, d'Alembert, Helvétius, Turgot, Condorcet, La Harpe, Lamoignon, Damilaville, Thiriot, Saurin, d'Argental, Grimm, d'Holbach et autres philosophes. Les Encyclopédistes voulaient « délivrer les hommes du joug des Ecclésiastiques, le plus dur de tous, des Barbares, comme ils disaient » (Lettre à Voltaire, 1770).

 

Voir : http://www.liberius.net/livres/La_Revolution_preparee_par_la_franc-maconnerie_000000318.pdf

 

Dans une de ses lettres à d'Alembert, Voltaire assigne pour caractère spécial à Damilaville de « haïr Dieu » et de travailler à le faire haïr. C'est sans doute pour cela qu'il lui écrivait plus fréquemment et avec plus d'intimité qu'à tous ses autres adeptes. Après la mort de ce malheureux, banqueroutier et séparé de sa femme, Voltaire écrivait ceci au même : Je regretterai toute ma vie Damilaville. J'aimais l'intrépidité dans son cœur. Il avait l'enthousiasme de saint Paul (c'est- à-dire autant de zèle pour détruire la religion, que saint Paul pour l'établir) : C'ÉTAIT UN HOMME NÉCESSAIRE.

 

Voir : http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/Delassus/ConjurationT1.pdf

 

En résumé : « Je ne suis pas d’accord avec vous… et vous allez le payer cher ! »

 

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

[1] Lettre au duc d'LTsez, 19 novembre 1760.

[2] Condorcot. Esquisse d'un tableau historique des progrès de l’esprit humain. (Epoque 9e). Pourtant, ce même Voltaire exécrait le peuple : « J’entends par peuple la populace, qui n’a que ses bras pour vivre. Je doute que cet ordre de citoyens ait jamais le temps ni la capacité de s’instruire; ils mourraient de faim avant de devenir philosophes.

Il me paraît essentiel qu’il y ait des gueux ignorants. […] Quand la populace se mêle de raisonner, tout est perdu. » ; « A l’égard du peuple, il sera toujours sot et barbare […]. Ce sont des bœufs auxquels il faut un joug, un aiguillon et du foin. » ; « Il est à propos que le peuple soit guidé, et non pas qu’il soit instruit ; il n’est pas digne de l’être. » ; « Ceux qui crient contre ce qu’on appelle le luxe ne sont guère que des pauvres de mauvaise humeur. »

[3] Barruel, III, 24.

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24 février 2017 5 24 /02 /février /2017 13:22

 

 

Voltaire, la grande imposture des Lumières

(Partie 1)

 

« Ceux qui peuvent vous faire croire en des absurdités pourront vous faire commettre des atrocités. » Voltaire

Les français l’ont appris à leurs dépens grâce aux généreux efforts des Jacobins qui ont mis à exécution ce doux projet maléfique que Voltaire caressait depuis des lustres.

 

Vox populi, vox dei. Vouloir tuer Dieu c’est tuer le peuple.

 

L’historienne Marion Sigaut :

« Voltaire était un monstre et une crapule ! Voltaire est le contraire de ce que l’on dit, il a manipulé son monde. Dans tous les personnages historiques que j’ai croisés – et j’ai pu croiser quelques salopards – je n’en vois pas un qui lui arrive à la cheville… Tout ce pourquoi on l’honore est mensonger ! » (…)

« La liberté d’expression, il la voulait pour lui et uniquement pour lui ! Voltaire a fait envoyer plusieurs personnes en prison à la Bastille pour avoir dit des choses qui lui déplaisaient. Le critique littéraire Élie Fréron a été plusieurs fois embastillé à cause de Voltaire, qui avait vraiment le bras long, pour l’avoir critiqué. La liberté d’expression est un contresens quand on parle de Voltaire ! » (…)

« Voltaire a été au service des puissants, de la bourgeoisie marchande et de la finance, et on a voulu en faire un héros populaire pour faire passer la dragée. »[1]

« Tout ce dont on se sert pour attaquer l’ancien régime et l’Église est tiré de Voltaire, qui mentait comme un arracheur de dents. Retirez tout ce que dit Voltaire, il n’y a plus de République. C‘est absolument énorme. » (…)

« L’idéologie de ces gens-là est ce qui fait notre malheur. Il faut les dénoncer et retrouver les vraies valeurs qui sont les nôtres. » (…)

« Voltaire fut l‘homme des puissances capitalistes protestantes. Indéniablement. Le protestantisme, comme vision du monde (et non comme croyance intime, je ne confonds pas) est profondément marchand, individualiste, élitiste. Le catholicisme est moral, soucieux du bien commun et de l’égalité devant Dieu, c’est-à-dire ennemi du profit. » (…)

« Mettre l’Église à genoux, c’était lâcher la bride à la recherche du profit dont nous voyons aujourd’hui le résultat à l’échelle planétaire. Voltaire fut le français le plus actif dans cette destruction de ce qui fit notre grandeur. »[2]

 

Voltaire a été l'un des premiers et des plus puissants agents de la Révolution qui fut menée sous le slogan fallacieux anti clérical et anti royaliste : liberté, égalité, fraternité.

 

« Le système de l’égalité m’a toujours paru l’orgueil d’un fou. »[3]

Lettre au maréchal duc de richelieu (11 juillet 1770), dans Œuvres de Voltaire, Voltaire, édition hachette, 1861, t. 33, p. 209 Voltaire

 

« Ce fut en Angleterre que Voltaire jura de consacrer sa vie à ce projet ; et il a tenu parole. »[4]

 

Ce serment le fit-il dans son for intérieur, ou le prêta-t-il à des conjurés ? C'est cette dernière supposition qui paraît la plus vraisemblable. « Ce fut en Angleterre », dit Condorcet. Or, à son premier voyage en ce pays (1725-1728), Voltaire fut reçu franc-maçon dans l'une des sodalités décrites par Toland dans son Pantheisticon dédié Lectori Philometho et Philaleii. (Cette appellation de Philalèthes sera celle d'une des loges de Paris les plus avancées dans le mouvement révolutionnaire). Pendant ces trois ans de séjour sur le sol anglais, Voltaire mena « la vie d'un Rose-Croix toujours ambulant et toujours caché. »

 

C'est de l'époque du voyage de Voltaire en Angleterre et de son initiation dans La Franc-Maçonnerie par les Anglais, que date la fondation des premières loges en France, du moins de celles constituées pour préparer la Révolution.

 

 À Voltaire s'adjoignirent d'abord d'Alembert, Frédéric II et Diderot.[5] Voltaire fut le chef de la conspiration, d'Alembert en fut l'agent le plus rusé, Frédéric le protecteur, souvent le conseil, Diderot en fut l'enfant perdu. Tous quatre étaient pénétrés d'une profonde haine pour le christianisme : Voltaire parce qu'il en jalousait le divin Auteur et tous ceux dont Il a fait la gloire, d'Alembert parce qu'il était né le cœur méchant, Frédéric parce qu'il ne connaissait le catholicisme que par ses ennemis, Diderot parce qu'il était fou de la nature, dont il voulait, comme les humanistes, substituer le culte à celui du Dieu vivant. Ils entraînèrent un grand nombre d'hommes de tous rangs dans leur conspiration.

 

[Barruel reproche à Frédéric II de Prusse d'avoir entretenu la subversion des philosophes français Voltaire[6], Jean le Rond D'Alembert et Diderot.[7]]

De retour à Paris vers 1730, Voltaire ne fit point mystère de son projet d'anéantir le christianisme contre lequel il avait déjà publié tant d'écrits. M. Hérault, lieutenant de police, lui reprochant un jour son impiété lui dit : « Vous avez beau faire, quoi que vous écriviez, vous ne viendrez jamais à bout de détruire la religion chrétienne. » Voltaire répondit : « C'est ce que nous verrons. »[8]

Il disait encore : « Je suis las de leur entendre répéter que douze hommes ont suffi pour établir le christianisme, et j'ai envie de leur prouver qu'il n'en faut qu'un pour le détruire. »[9]

 

Mais ce qui montre le mieux son dessein, c'est le mot qui revient constamment sous sa plume et sur ses lèvres. « Tous les conspirateurs, dit Barruel, ont un langage secret, un mot du guet, une formule inintelligible au vulgaire, mais dont l'explication secrète dévoile et rappelle sans cesse aux adeptes le grand objet de leur conspiration. La formule choisie par Voltaire consista dans ces deux mots : « Ecrasez l'infâme ».

« Ce qui m'intéresse, écrivait-il à Damilaville (1), c'est l'avilissement de l'infâme. »[10]

 

« Engagez tous les frères à poursuivre l'infâme de vive voix et par écrit sans lui donner un moment de relâche. »

« Faites, tant que vous pourrez, les plus « sages efforts pour écraser l'infâme ».

« On oublie que la principale occupation doit être d'écraser l'infâme. »

« Telle est notre situation que nous sommes l'exécration du genre humain, si (dans cet effort) nous n'avons pas pour nous les honnêtes gens (les gens de haute condition). Il faut donc tous les avoir, à quelque prix que ce soit : Ecrasez l'infâme, vous dis-je. »[11]

 

Le christianisme, la secte chrétienne, la superstition christicole sont synonymes sous la plume de Frédéric. D'Alembert est plus réservé dans l'usage de ce mot, mais il le prend toujours dans la pensée que Voltaire y attache. Les autres conjurés n'entendent pas autrement le « mot du guet ».

 

Les conjurés se trouvèrent complètement organisés au retour de Voltaire après son séjour en Prusse, vers la fin de 1752.

 

Pour écraser l'infâme, le moyen qu'ils crurent devoir employer avant tout autre fut d'attaquer la foi dans les âmes. « Miner sourdement et sans bruit l'édifice, écrivait Frédéric à Voltaire, c'est l'obliger à tomber de lui-même » (29 juillet 1775).

 

Cependant, même en cela, d'Alembert avertissait d'être prudent et de ne vouloir point arriver trop vite. « Si le genre humain s'éclaire, disait-il en constatant l'effet produit par l'Encyclopédie, c'est qu'on a pris la précaution de ne l'éclairer que peu à peu. »

 

Les conjurés faisaient de l'Encyclopédie le dépôt de toutes les erreurs, de tous les sophismes, de toutes les calomnies inventées jusque-là contre la religion. Mais il était convenu qu'elle ne verserait le poison que de façon insensible.

 

Un art admirable fut employé pour arriver à ce résultat. « Sans doute, écrivait d'Alembert à Voltaire, nous avons de mauvais articles (c’est-à-dire des articles orthodoxes) de théologie et de métaphysique. Avec des censeurs théologiens et un privilège, je vous défie de les faire meilleurs. Il y a des articles moins au jour où tout est réparé. »[12]

 

« Pendant la guerre des Parlements et des Evêques, avait écrit Voltaire à d'Alembert l’année précédente (13 novembre 1756), vous aurez le loisir de farcir l'Encyclopédie de vérités qu'on n'aurait pas osé dire il y a vingt ans. » Et à Damilaville : « Je mets toutes mes espérances dans l'Encyclopédie. »[13]

 

Dès 1743, Voltaire fut chargé d'une mission secrète auprès du roi de Prusse, dans le but de séculariser les principautés ecclésiastiques.

Les conjurés avaient à la cour des hommes puissants, même des ministres qui savaient faire taire la loi et favoriser ce commerce d'impiété. C'est en reconnaissance de cet étrange usage de l'autorité qui leur était confiée, que Voltaire s'écriait: « Vive le ministère de France ! Vive Choiseul ! »[14]

 

Pour ce qui est de la France, Voltaire et d'Alembert se plaignent des obstacles qu'ils y rencontrent, malgré ce que nous venons de dire de l'aide qu'ils trouvaient dans les hautes régions. Là où ils ne pouvaient répandre les écrits ouvertement impies ou licencieux, ils en publiaient d'autres ayant pour but de mettre en vogue les grands mots de tolérance, raison, humanité, dont la secte n'a point cessé de faire usage, fidèle à la recommandation de Condorcet qui lui disait d'en faire son cri de guerre.[15]

 

Barruel rapporte les aveux et les remords qu'exprima, trois mois avant sa mort, un grand seigneur qui avait rempli les fonctions de secrétaire du club des « Économistes » : « Nous n'admettions dans notre société que ceux dont nous étions bien sûrs. Nos assemblées se tenaient régulièrement à l'hôtel du baron d'Holbach. De peur que l'on en soupçonnât l'objet, nous nous donnions le nom d'économistes. Nous eûmes Voltaire pour président honoraire et perpétuel. Nos principaux membres étaient d'Alembert, Turgot, Condorcet, Diderot, La Harpe, Lamoignon, garde des sceaux, et Damilaville, à qui Voltaire donne pour caractère spé- cial la haine de Dieu. »

 

Pour achever d'éclairer le Roi, Bertin lui dévoila le sens de ces demi-mots « Ecr. l'inf. », par lesquels Voltaire terminait un si grand nombre de ses lettres. II ajouta que tous ceux qui recevaient de Voltaire des lettres terminées par l'horrible formule étaient ou membres du comité secret ou initiés à ses mystères.

 

Voltaire s'était chargé des ministres, des ducs, des princes et des rois. Quand il ne pouvait approcher le prince lui-même, il le circonvenait. Il avait placé près de Louis XV un médecin, Quesnay, qui sut si bien s'emparer de la direction des idées du roi que celui-ci l'appelait son « penseur ». Et le moyen choisi par le penseur pour s'immiscer dans l'esprit du roi était celui employé par les économistes : appeler son attention sur ce qui pouvait faire le bonheur du peuple.

 

D'Alembert fut chargé ou se chargea de recruter de jeunes adeptes. « Tâchez, lui écrivait Voltaire, tâchez, de votre côté, d'éclairer la jeunesse autant que vous le pourrez (15 septembre 1762). »

 

Jamais mission ne fut remplie avec plus d'adresse, de zèle et d'activité. D'Alembert s'établit le protecteur de tous les jeunes gens qui vinrent à Paris avec quelque talent et quelque fortune. II se les attachait par les couronnes, les prix, les fauteuils académiques dont il disposait à peu près souverainement, soit comme secrétaire perpétuel, soit par ses intrigues. Son influence et ses manœuvres en ce genre s'étendaient bien au delà de Paris.

« Je viens, écrivait-il à Voltaire de faire entrer à l'académie de Berlin, Helvétius et le chevalier de Jaucourt. » Il donnait des soins tout particuliers à ceux qu'il destinait à former d'autres adeptes en leur faisant confier les fonctions de professeurs ou de précepteurs. Il réussit à en placer dans toutes les provinces de l'Europe et tous le tinrent au courant de leur propagande philosophique. « Voilà, mon cher philosophe, écrivait-il à Voltaire dans la joie de sa méchante âme, voilà ce qui a été prononcé à Cassel le 8 avril (1772) en présence de Mgr le landgrave de Hesse-Cassel, de six princes de l'empire et de la plus nombreuse assemblée par un professeur d'histoire que j'ai donné à Mgr le landgrave. » La pièce envoyée était un discours plein d'invectives contre l'Eglise et le clergé.

 

Louis XV s'entoura ou se laissa entourer de ministres sans foi, qui eurent des rapports intimes avec Voltaire et ses conjurés.

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

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[4] Condorcet. Vie de Voltaire.

[5] Le groupe Voltaire – d’Alembert, rejoint par un jeune homme plein de promesse, que d’Alembert ira présenter officiellement à Voltaire, pour l’introniser comme membre du parti : le marquis de Condorcet. Ces trois hommes forment une entité très soudée dont l’influence, le plus souvent souterraine, a des ramifications très lointaines. Les frères, comme ils se nomment eux-mêmes, contrôleront peu à peu les plus importantes institutions culturelles de l’Ancien régime : l’Académie française, dont d’Alembert est secrétaire perpétuel, et l’Académie des sciences, dont le secrétariat va bientôt échoir à Condorcet.

Jacques De Cock, Politique des Lumières p 103.

[6] 1734 est l’année de la publication clandestine des Lettres philosophiques, le « manifeste des Lumières », grand reportage intellectuel et polémique sur la modernité anglaise, publié dans toute l’Europe à 20 000 exemplaires, selon l’estimation de René Pomeau, chiffre particulièrement élevé à l’époque. L’éloge de la liberté et de la tolérance anglaise est perçu à Paris comme une attaque contre le gouvernement et la religion.

Son engagement est inséparable d’un combat antireligieux. L’intolérance religieuse, qu’il rend responsable de retard en matière de civilisation, est pour lui l’un des archaïsmes dont il voudrait purger la France.

Voltaire collabore aussi à l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert (125 auteurs recensés). Ce grand dictionnaire vendu dans toute l’Europe (la souscription coûte une fortune) défend aussi la liberté de penser et d’écrire, la séparation des pouvoirs et attaque la monarchie de droit divin.

Cependant, la conception oligarchique et hiérarchisée de la société de Voltaire ne nous permet pas de le situer clairement parmi les philosophes du libéralisme démocratique : il affirme également dans Essai sur les mœurs et l’esprit des Nations que « L’esprit d’une nation réside toujours dans le petit nombre qui fait travailler le grand, est nourri par lui, et le gouverne »

Voir la citation dans son contexte dans Œuvres complètes de Voltaire: vol. (VII, 1064 p.) (1156 p.) Par Voltaire, Marie Jean Antoine Nicolas Caritat de. - Condorcet

[8] Condillac. Vie de Voltaire.

[9] Ibid.

[10] Lettre du 15 juin 1762.

[11] Lettres à Damilaville, à d'Alembert, à Thercot, a Saurin.

[12] Lettre du 24 juillet 1757.

[13] Lettres du 23 mai 1764.

[14] Lettre à Marmontel, 1767.

[15] Esquisse du tableau historique des progrès de l’esprit humain. Epoque 9.

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19 février 2017 7 19 /02 /février /2017 12:45

 

 

Dialogue entre un quiétiste et un chrétien flic

(Partie 4/7)

 

D’après e-Dârimî, selon el Hakam ibn el Mubârak, selon ‘Amr ibn Yahya, j’ai entendu dire mon père des paroles qu’il a prise de son père : nous avions l’habitude de nous assoir devant la porte d’ibn Mas’ûd (t) avant la prière du ghadât (le matin ndt.). Dès qu’il sortait, nous l’accompagnions à la mosquée. Un jour, Abû Mûsâ el Ash’arî (t) vint nous voir pour nous demander : « Est-ce que Abû ‘Abd e-Rahmân est sorti ?

  • Non, luis avions-nous répondu ? »

Il s’assit alors avec nous jusqu’au moment où il sortit. Nous nous levâmes ensemble et nous prîmes la direction de la mosquée. En cours de route, Abû Mûsâ prit la parole pour dire : « Abû ‘Abd e-Rahmân ! Je viens de voir un peu plus tôt à la mosquée une chose qui m’a paru étrange, mais qu’Allah soit loué, qui n’était que du bien.

  • Et qu’est-ce que tu as vu ?
  • Si tu reste en vie, tu le verras toi-même. »

Puis, il expliqua : « J’ai vu dans la mosquée plusieurs groupes assis en attente de la prière. À la tête de chaque groupe, il y avait un homme qui donnait des instructions à ses membres qui avaient tous des pierres à la main. « Dites cent fois Allah akbar ! lançait-il. » Ils s’exécutaient, puis, il disait : « Dites cent fois lâ ilâh illâ Allah ! » Ils s’exécutaient, puis, il disait : « Dites cent fois subhâna Allah ! »

  • Leur as-tu parlé, demanda ibn Mas’ûd ?
  • Rien du tout ! J’ai préféré attendre tes instructions ou d’avoir ton avis.
  • Tu aurais pu leur dire de compter leurs péchés, en leur garantissant qu’aucune de leurs récompenses ne sera négligée. »

 

Puis, il continua sa route, et nous en fîmes de même. En entrant, il rejoignit l’un de ces groupes devant lequel il s’arrêta, avant de lancer : « Quel est ce spectacle qui se déroule sous mon regard ?

  • Abû ‘Abd e-Rahmân ! Nous comptons nos takbîr (dire Allah akbar ndt.), tahlîl (dire lâ ilâh illâ Allah ndt.), et nos tash (dire subhâna Allah ndt.) avec nos pierres !
  • Comptez plutôt vos péchés, et moi, je vous garantis qu’aucune de vos récompenses ne sera négligée. Malheur à vous, vous la nation de Mohammed ! Courrez-vous aussi vite à la perdition ? Les Compagnons de votre Prophète (r) sont encore nombreux, ses habits n’ont pas encore été usé, et ses couverts n’ont pas encore été cassés. Par Celui qui détient mon âme dans Sa Main ! Soit, votre religion est meilleure que celle de Mohammed, soit vous êtes en train d’ouvrir une porte à l’égarement !
  • Abû ‘Abd e-Rahmân ! Nous ne voulions faire que du bien.
  • Combien de gens veulent-ils faire le bien sans n’y parvenir ! Le Messager d’Allah nous a rapporté : « Le Coran ne dépassera pas le gosier de certains gens qui le liront » Par Allah ! Je me demande si vous ne comptez pas parmi la plupart d’entre eux. »

Puis, il se détourna d’eux. ‘Amr ibn Salama a dit : « J’ai vu la plupart d’entre eux brandir leur épée contre nous à la bataille de Nahrawân dans les rangs des kharijites. »[1]

 

Les étrangers

 

Le Prophète (r) recommanda à ‘Omar : « Sois sur terre comme un étranger qui passe. »[2] La ghurba est une chose qui frappe par sa singularité, comme un étranger. Au début, l’Islam était étranger, dans le sens où ses adeptes se faisaient rares, mais par la suite, leur nombre allait en augmentant. Allah (I) révèle à ce sujet : [Ils sont comme une culture dont la semence pousse. Puis, elle se raffermit, s’épaissit, pour enfin tenir sur sa tige à la grande joie des semeurs afin d’irriter les infidèles].[3] Au début, la semence est faible, mais au fur et à mesure qu’elle pousse, elle donne plusieurs tiges. Une seule graine peut produire plusieurs roseaux : [comme une graine qui produit sept épis ; chaque épis contenant grains…].[4]

 

Ainsi, l’Islam est venu étranger, et il redeviendra étranger à la fin des temps. Les étrangers seront ceux qui s’y accrocheront, comme à la première époque.

 

Selon Abû Huraïra (t), avec un hadîth qui remonte au Prophète (r) : « L’Islam est venu étranger, et redeviendra étranger comme il l’était. Alors, heureux sont les étrangers ! »[5]

 

D’après Ahmed, selon un hadîth d’ibn Mas’ûd (t), et dans lequel on demanda au Prophète (r) : « Qui sont les étrangers ?

  • La fleur des tribus, répondit-il. »[6]

 

Une version précise : « Ce sont ceux qui se réforment quand les gens se corrompent. »[7]

 

Il est également rapporté par Ahmed, par la voie de Sa’d ibn Waqqâs, et disant notamment : « Heureux seront ce jour-là les étrangers, quand les gens se corrompront. »[8]

 

Chez e-Tirmidhî, selon Kathîr ibn ‘Abd Allah, selon son père, selon son grand-père : « heureux sont les étrangers ! Ceux qui réforment ce que les gens corrompent de ma Tradition. »[9]

 

[Ô croyants ! Préoccupez-vous de vous-mêmes, si vous suivez la bonne voie, les égarés ne seraient vous nuire][10]

 

Abû Bakr (t) disait : « Vous lisez ce Verset, mais vous ne le mettez pas au bonne endroit. Nous avons pourtant entendu le Prophète (r) dire : « Si les gens voient un injuste sans le prendre par la main, ils risquent d’être frappé par le châtiment d’Allah avec lui. »[11]

 

[Ton Seigneur n’allait pas faire périr des cités en toute injustice, alors que ses habitants se réforment].[12]

 

[Si seulement les derniers vertueux parmi les générations anciennes, avaient interdit la corruption sur terre].[13] Ils furent châtiés, car ils n’avaient personne dans les rangs pour faire la morale ; [sauf un petit groupe d’entre eux que Nous avons sauvés] : c’est la preuve que la propagation de la morale est le moyen salutaire d’être épargné par le châtiment qui frappe un peuple.

 

Selon Abû Umaïya, j’ai demandé à Abû Tha’laba el Khushanî (t) : « Qu’est-ce que tu dis au sujet du Verset : [Ô croyants ! Préoccupez-vous de vous-mêmes, si vous suivez la bonne voie, les égarés ne seraient vous nuire][14] ? » Ce dernier me répondit : « Par Allah ! J’ai posé la même question à une personne bien versée, et qui n’est autre que le Messager d’Allah (r).

  • Pensez plutôt, me répondit-il, à ordonner le bien et à interdire le mal. mais, le jour où tu verras que les gens obéiront à leur cupidité, suivront leurs passions, se sacrifieront pour ce bas-monde, et que chacun sera imbu de ses propres idées, alors préoccupe-toi de toi-même, et éloigne-toi des gens simples. Vous allez vivre des jours où il sera aussi difficile de patienter que de tenir une braise dans la main. Celui qui fera de bonnes actions à cette époque aura la récompense de cinquante hommes faisant la même chose.
  • Des leurs ou bien des nôtres demandai-je ?
  • Plutôt des vôtres, affirma-t-il. »[15]

 

Ibn Wadhdhâh rapporte un hadîth d’ibn ‘Omar qui va dans ce sens, et disant : « Après vous, il y aura une époque où celui qui se maintiendra dans la religion aura la même récompense dont jouissent cinquante d’entre vous aujourd’hui. » Puis, ibn Wadhdhâh a dit : selon Mohammed ibn Sa’îd, selon Asad, selon Sha’bî, Sufiân ibn ‘Uyaïna m’a dit, selon Aslam el Basrî, Sa’îd ibn Abî el Hasan a dit : J’ai demandé à  Sufiân : « Selon le Prophète ?

  • Oui, répondit-il. Il a dit : « Aujourd’hui, vous détenez une preuve évidente venant de Votre Seigneur. Vous ordonnez le bien, vous interdisez le mal, vous combattez sur le sentier d’Allah, et vous n’êtes pas éprouvez par les deux ivresses : l’ivresse de l’ignorance et l’attachement à ce bas-monde. Ensuite, votre situation va changer. Ceux qui s’accrocheront au Livre et à la sunna auront la récompense de cinquante hommes.
  • Des leurs ?
  • Plutôt des vôtres. »[16]

 

Ce hadîth est également rapporté avec une chaine narrative remontant à el Ma’âfirî, et disant : le Messager d’Allah (r) a dit : « Heureux seront les étrangers ! Ceux qui s’accrocheront au Livre d’Allah lorsqu’il sera délaissé, et qui mettront ma Tradition en pratique lorsqu’elle sera délaissée. »

 

Luc 11:28
Et il répondit : Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la gardent !

 

Cette notion d’adhésion forte au monothéisme pur et de chasse gardée grâce à la propagation de la morale revient comme un leitmotive dans les textes. Celle-ci est intimement liée à la notion d’alliance, de l’amour et de la haine en Dieu (el walâ wa el barâ) qui fait tant jaser et qui nourrit les phantasmes d’un Roman Caillet, comme nous allons le développer dans le cadre de notre tir croisé avec les revenants !

 

                     

Par : Karim Zentici

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[1] Rapporté par e-Dârimî dans son recueil e-sunan (n° 210).

[2] Rapporté par el Bukhârî (n° 6416), selon ‘Abd Allah ibn ‘Omar.

[3] La grande conquête ; 29 Voici le passage en question : [Mohammed, le Messager d’Allah et les croyants avec lui sont durs envers les infidèles, doux entre eux ; tu les vois s’incliner et se prosterner dans l’espoir d’obtenir une faveur d’Allah et Son Agrément. Ils se distinguent par la marque de la prosternation qui se lit sur leur visage] ; les Compagnons : [ Tel est leur exemple dans la Thora, et leur exemple dans l’Évangile. Ils sont comme une culture dont la semence pousse. Puis, elle se raffermit, s’épaissit, pour enfin tenir sur sa tige à la grande joie des semeurs afin d’irriter les infidèles].

[4] La vache ; 261

[5] Rapporté par Muslim (n° 145).

[6] Rapporté par Ahmed dans el musnad (n° 3784).

[7] Rapporté par Abd Allah le fils d’Ahmed dans ses compléments au musnad de son père (n° 21570), selon Abû Dharr (t).

[8] Rapporté par Ahmed dans el musnad (n° 1604).

[9] Rapporté par e-Tirmidhî (n° 2630).

[10] Le repas céleste ; 105

[11] Rapporté par Abû Dâwûd (n° 4338), ibn Mâja (n° 4005), et e-Tirmidhî (n° 2168) ; il se trouve également dans le musnad de l’Imam Ahmed (n° 1).

[12] Hûd ; 117

[13] Hûd ; 116

[14] Le repas céleste ; 105

[15] Rapporté par Abû Dâwûd (n° 4341), ibn Mâja (n° 4014), et e-Tirmidhî (n° 3058).

[16] Rapporté par Abû Nu’aïm dans el huliya (8/49), selon Anas ibn Mâlik (t) et un autre selon Mu’âdh ibn Jabal (t).

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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 22:12

Dialogue entre un quiétiste et un chrétien flic

(Partie 4/6)

 

L’Ami d’Allah se détourne des hérétiques

 

Selon Abû Huraïra (t), le Messager d’Allah (r) a dit : « Allah ne regarde pas vos apparences et vos richesses, mais Il regarde vos cœurs et vos actes. »[1]

 

D’après el Bukhârî et Muslim, selon Mas’ûd (t), le Messager d’Allah (r) : « Moi, je vous attendrais à mon bassin (Hawdh), et des hommes parmi vous me seront présentés. Mais au moment où je vais leur donner à boire, on les refoulera violemment. C’est alors que je dirais : Seigneur, mes Compagnons !

  • Tu ne sais pas ce qu’ils ont fait après toi, me répondra-t-on. »[2]

 

Selon Abû Huraïra (t), le Messager d’Allah (r) a dit : « J’aurais aimé que nous puissions voir nos frères.

  • Ne sommes-nous pas tes frères, lui demanda-t-on ?
  • Vous, vous êtes mes Compagnons, mais mes frères ne sont pas encore venus.
  • Comment peux-tu connaitre ceux de ta communauté qui n’ont pas encore vu le jour, Messager d’Allah ?
  • Imaginez des chevaux noirs ayant des marques sur le front (listes, pelote) et les pieds (balzan). Est-ce que leur propriétaire serait incapable de les reconnaitre ?
  • Bien sûr que non, Messager d’Allah !
  • Ils viendront avec des marques blanches, à cause des ablutions. Moi, je vous attendrais à mon bassin. Des hommes en seront repoussés comme des chameaux égarés. Je leur crierais alors : « Venez ! » On me fera savoir : « Ils ont changé [la religion] après toi. » Je leur lancerais alors : « Éloignez-vous de moi ! »[3]

 

Chez el Bukhârî : « Je me trouverais devant mon bassin, et je verrais un groupe venir vers moi. Au moment où je les reconnaitrais, un homme de détachera d’eux et s’écriera : « Allez-y !

  • Où donc, lui demanderai-je ?
  • En Enfer.
  • Qu’ont-ils fait ?

Ils ont tourné les talons après ton départ. Puis, je verrais un autre groupe… » Il expliqua la même chose avant de conclure : « Je ne verrais aucun d’eux n’en réchapper, en dehors d’un ou deux qui seront comme des chameaux éloignés du troupeau. »[4]

 

Les deux recueils rapporte également un hadîth d’ibn ‘Abbâs, selon lequel : « … Je dirais alors les mêmes paroles que le pieux serviteur (Jésus ndt.) : [J’étais un témoin contre eux, aussi longtemps que j’étais au milieu d’eux, mais après m’avoir rappelé vers Toi, c’est Toi qui les surveillais, Toi qui est Témoin de toute chose • Si Tu les châties, ils ne sont que Tes créatures, mais si Tu leur pardonne, tu es certes, le Fort et le Sage].[5]

 

Nous reviendrons sur ce point dans la partie suivante, mais en attendant, voir : Mathieu 7. 21, 22 : http://saintebible.com/lsg/matthew/7.htm

 

Selon Hudhaïfa (t) : « Alors que les gens questionnaient le Prophète (r) sur le bien, moi, je m’intéressais au mal pour rester sur mes gardes. Je lui demandai : Messager d’Allah, nous étions dans le paganisme et le mal avant qu’Allah nous ramène le bien. Mais, viendra-t-il un mal après ce bien ?

  • Oui, me répondit-il.
  • Est-ce qu’après ce mal, le bien reviendra à nouveau ?
  • Oui, mais avec de la fumée.
  • Quelle sera cette fumée ?
  • Des gens qui suivront une autre tradition, une autre voie que la mienne. Ils feront des choses que vous apprécierez et d’autres que vous n’apprécierez pas.
  • Après le retour de ce bien, est-ce que le mal redominera à son tour ?
  • Oui, avec des troubles aveugles ! Il y aura des prêcheurs aux portes de la Géhenne qui y propulseront ceux qui répondront à leur appel.
  • Messager d’Allah ! Décris-les-moi.
  • Ils feront partis des nôtres et parleront notre langue.
  • Que m’ordonnes-tu de faire si je parviens à cette époque ?
  • Reste avec le groupe et son imam.
  • Et s’il n’y a ni groupe ni imam ?
  • Écarte-toi de tous les groupes existants, lui a-t-il répondu, même si tu devais t’agripper à la racine d’un arbre, et rester ainsi jusqu’à la mort. »[6]

 

Comme le dit le poète :

 

Je m’enquiers du mal, non pour lui-même, mais pour m’en protéger

Si tu ne le distingues pas du bien, tu risques d’y sombrer

 

Le Prophète (r) lui recommanda de rester avec le groupe et son imam. C’est le seul moyen de se protéger contre les fitna. Il insiste souvent sur ce point, comme en témoigne ses paroles : « La main d’Allah est sur le groupe, celui qui s’en sépare, c’est pour aller en Enfer. »[7] Il dit ailleurs : « Celui qui va à l’encontre du groupe délie l’Islam de son cou. »[8]

 

Une version d’Abû Dâwûd ajoute : « Après cela, qu’est-ce qu’il y aura ?

  • L’antéchrist qui aura avec lui un fleuve et un feu ; celui qui plongera dans son feu aura sa récompense et ses fautes pardonnées, mais celui qui plongera dans son fleuve aura ses fautes sur son dos, et sa récompense effacée.
  • Et après cela, qu’est-ce qu’il y aura ?
  • Après cela, il y a aura la fin du monde. »[9]

 

L’orthodoxie, le « chemin droit »

 

Il existe de nombreux hadîth qui enjoignent de s’accrocher à la corde d’Allah, notamment : « Je vous laisse deux enseignements après ma mort ; en vous y attachant vous serez sûrs de ne pas vous égarer : le Livre d’Allah et ma Tradition. »[10]

 

(Quiconque se détourne au Messager après avoir connu la bonne voie, en voulant suivre un chemin différent de celui des croyants, Nous lui ferons subir les fruits de son abandon, et allons lui assigner la Géhenne et quelle bien vilaine destinée est-elle !)[11]

 

Abû el ‘Âliya a dit : « Apprenez l’Islam, et une fois que l’avez fait, ne vous en détournez pas. Accrochez-vous au chemin droit, car il incarne l’Islam, et n’en déviez ni à droite ni à gauche. Accrochez-vous à la Tradition de votre Prophète, et gare aux passions. »[12]

 

Selon ibn Mas’ûd (t), le Messager d’Allah nous a tracé un long trait, puis, il expliqua : « Voici le chemin d’Allah. » Ensuite, il traça des traits plus petits de part et d’autres, avant de conclure : « Voici les sentiers égarés à la tête de chacun desquels se trouve un diable qui appelle les gens à y venir. »[13] Puis, il récita : (Voici Mon Chemin Droit alors empruntez-le et ne suivez pas les sentiers qui vous feront dévier de sa voie • Voici ce qu’il vous a recommandé, ainsi serez-vous pieux ?)[14] Pour Mujâhid, les sentiers incarnent les innovations et les idées ambigües.

 

Selon el ‘Irbâdh ibn Sâriya (t), le Messager d’Allah (r) nous fit un sermon émouvant, qui bouleversa les cœurs et qui fit couler des larmes. Nous décidâmes de lui demander : « Messager d’Allah ! On n’a l’impression que c’est un sermon d’adieu. Que nous recommandes-tu avant de nous quitter ?

  • Je vous recommande de craindre Allah (U), d’écouter et d’obéir au gouverneur, même s’il est esclave. Celui qui vivra parmi vous assistera à de nombreuses divergences. Accrochez-vous donc à ma tradition et à celle des nobles khalifes bien-guidés. Tenez-la bien et prenez-la fermement par les molaires. Et méfiez-vous des choses nouvelles, car toute nouveauté est une innovation et toute innovation est égarement. » E-Tirmidhî a fait ensuite le commentaire suivant : « Ce hadîth est bon et authentique. »[15]

 

« La meilleure parole est celle d’Allah, et la meilleure voie est celle de Mohammed (r). Les pires des choses sont les innovations. »[16]

 

Selon Hudhaïfa (t) : « Ne faites pas toute adoration que les Compagnons de Mohammed (r) n’ont pas faites, le prédécesseur n’a laissé aucune opportunité à son successeur. Craignez Allah ! Vous, lecteurs et prenez le chemin de ceux qui vous ont précédés. »[17]

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

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[1] Rapporté par Muslim (n° 2564, 34).

[2] Rapporté par el Bukhârî (n° 7049) et Muslim (n° 2297)

[3] Rapporté par Muslim (n° 349).

[4] Rapporté par el Bukhârî (n° 6587), selon Abû Huraïra (t).

[5] Le repas céleste ; 116-118

[6] Rapporté par el Bukhârî (n° 3606) et Muslim (n° 1847) ; l’expression « des troubles aveugles » ne se trouve pas dans ses deux recueils, mais dans le musnad d’Ahmed (n° 23282).

[7] Rapporté par el Hâkim dans el mustadrak (1/115), selon ‘Abd Allah ibn ‘Omar.

[8] Rapporté par Abû Dâwûd (n° 4785) ; il compte parmi les compléments d’Abd Allah le fils d’Ahmed dans le musnad de son père (n° 21570), selon Abû Dharr (t).

[9] Rapporté par Abû Dâwûd (n° 4244) et Ahmed dans el musnad (n° 23429), selon Hudhaïfa ibn el Yamân (t).

[10] Rapporté par ibn ‘Abd el Barr dans e-Tamhîd (24/331), selon Abû Huraïra (t) et ‘Amr ibn ‘Awf el Muzanî (t) ; il est rapporté également par el Hâkim dans el mustadrak (1/93), selon ibn ‘Abbâs ; L’imam Mâlik le rapporte également dans son muwatta (2/400), sans l’incorporer dans son texte (balâgh).

[11] Les femmes ; 115

[12] Rapporté par Abû Nu’aïm dans huliya el awliya (2/218).

[13] Rapporté par Ahmed dans el musnad (n° 4142) et Nasâî dans e-sunan el kubra (n° 11109).

[14] Le bétail ; 153

[15] Rapporté par Abû Dâwûd  (n° 4607), ibn Mâja (n° 42, 43), e-Tirmidhî (n° 2676), et Ahmed dans son musnad (n° 17145).

[16] Rapporté par Muslim (n° 867), et e-Nasâî (n° 1578), selon Jâbir ibn ‘Abd Allah.

[17] Rapporté par Abû Dâwûd.

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