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16 février 2017 4 16 /02 /février /2017 08:11

 

 

La hanîfiya millat ibrâhîm

 

Le musulman doit connaitre la religion fidèle (el hanîfiya) et la confession d’Ibrahim (millat ibrâhîm).[1] Étymologiquement, le hanaf est un penchant [soit positif (attirance) soit négatif (répulsion)]. La hanîfiya est donc la religion qui se détourne du shirk pour s’orienter vers le tawhîd. Ibrahim (u) était fidèle (hanîf) et soumis (muslim) à Allah. Il se détournait complètement de l’association pour s’orienter de tout son être vers l’unicité et le culte exclusif (ikhlâs). [Ibrahim était un exemple, dévoué et fidèle à Allah, et il ne comptait pas parmi les païens • Reconnaissant envers Ses bienfaits ; Il l’a choisi et l’a guidé sur le chemin droit].[2] Hanîf est l’une des particularités extraordinaires par lesquelles se distinguait le Patriarche ; [Ô gens du Livre, pourquoi polémiquez-vous sur Ibrahim, alors que la Thora et l’Évangile ne furent révélés qu’après sa mort ? N’êtes-vous pas sensés ?] ; jusqu’à : [et il ne comptait pas parmi les païens][3] ; [Ibrahim n’était ni Juif ni chrétien, mais il était fidèle et soumis à Allah, et il ne comptait pas parmi les païens • Les gens les plus proches d’Ibrahim sont ceux qui l’ont suivi, ainsi que ce Prophète et les croyants ; Allah est certes l’Allié des croyants].[4]

 

 Ainsi, le serviteur fidèle avait pour confession la hanîfiya qui est fondée sur l’adoration exclusive du Seigneur de l’Univers. C’est pourquoi, Allah (U) a ordonné à Son Prophète (r) de suivre la religion d’Ibrahim dans le Verset suivant : [Puis, Nous t’avons révélé : suis la religion d’Ibrahim, fidèle à Allah, il ne comptait pas parmi les païens].[5] Il a imposé à ses adeptes de faire la même chose : [Il vous a élu, et n’a mis aucune contrainte en religion, la confession de votre père Ibrahim ; lui, qui vous avait appelés musulmans auparavant et dans ce Livre, afin que le Messager soit témoin contre vous et que vous-mêmes soyez témoins contre les hommes].[6] La religion à laquelle appelait le père d’Ismâ’îl est celle de tous les prophètes sans exception. [Nous avons mis dans sa descendance, la prophétie et le Livre].[7] Ils sont tous de la lignée d’Isrâîl, le petit-fils du Patriarche (u), à l’exception de Mohammed qui est issu de la branche d’Ismâ’îl. Ainsi, tous les prophètes remontent à la même lignée. C’est un hommage qu’Allah rend à son Ami (r). Ce dernier est un Imâm pour les hommes, dans le sens d’exemple à suivre : [Il dit : Je ferai de toi un exemple pour les hommes][8] ; exemple (Imâm) dans le sens de modèle à suivre. [Ibrahim était une umma][9] : dans le sens d’imâm qui mérite d’être imité.

 

[Et lorsque nous indiquâmes à Ibrahim l’endroit de la Maison… Ne M’associe rien, et purifie Ma Maison pour les fidèles qui font le tawâf et qui se tiennent au cours de la prière debout, inclinés et prosternés].[10]

 

Allah ordonne à toute la création de suivre cet exemple comme le révèle le Verset : [Je n’ai créé les hommes et les djinns que pour qu’ils M’adorent • Je n’attends d’eux ni subsistance ni nourriture • C’est Allah qui pourvoit aux besoins et qui détient la force inébranlable].[11] Ibrahim invita les hommes à vouer le culte à Allah (U), à l’instar de tous les autres prophètes. Ces derniers avaient la même mission d’adorer le Seigneur et de délaisser les idoles, comme l’indique le Verset : [Nous avons envoyé à chaque communauté un messager [disant] : adorez Allah et éloignez-vous du tâghût],[12] [Il leur fut simplement ordonné d’être fidèles à Allah en lui vouant le culte exclusif].[13]

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

[1] Voir : Sharh el usûl e-thalâtha, Sharh nawâqidh el Islam, et Sharh majmû’ el rasâil fi el ‘aqîda de Sheïkh el Fawzân.

[2] Les abeilles ; 120-121

[3] La famille d’Imrân ; 65-67

[4] La famille d’Imrân ; 67-68

[5] Les abeilles ; 123

[6] Le pèlerinage ; 78

[7] L’araignée ; 27

[8] La vache ; 124

[9] Les abeilles ; 120

[10] Le pèlerinage ; 26

[11] Les vents qui éparpillent ; 56-58

[12] Les abeilles ; 36

[13] La preuve évidente ; 5

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16 février 2017 4 16 /02 /février /2017 08:08

Dialogue entre un quiétiste et un chrétien flic

(Partie 4/5)

 

Toute hérésie est condamnable, et est souvent véhiculée par les mauvais prédicateurs, les pourvoyeurs de l’égarement !

 

[Y a-t-il plus injuste que celui qui forge un mensonge sur Allah afin d’égarer les gens sans connaissances][1] ; [Qu’ils portent leurs fardeaux en entier le Jour de la Résurrection, ainsi que les fardeaux de ceux qu’ils égarent sans connaissances ; quels mauvais fardeaux portent-ils !][2]

 

Selon Jarîr ibn ‘Abd Allah (t), un jour, un homme qui offrit une aumône se fit imiter par les gens. C’est alors que le Messager d’Allah (r) déclara : « Celui qui installe une bonne tradition dans l’Islam aura sa récompense et celle de ceux qui l’auront pratiqué sans que la-leur ne soit diminuée. Et celui qui installe une mauvaise tradition portera son péché et celui de ceux qui l’auront pratiqué sans que le-leur ne soit ne soit diminué. »[3]

 

Toujours d’après Muslim, selon un hadîth d’Abû Huraïra, dont voici l’énoncé : « Celui qui appelle à la bonne voie… » Puis, le Prophète (r) dit : « Et celui qui appelle à la mauvaise voie… »[4]

 

Toujours d’après e-sahîh, selon Anas, le Messager d’Allah (r) apprit qu’un Compagnon avait dit : « Moi, je ne consomme pas de viande ! » Un autre lança : « Moi, je prie la nuit et je ne dors pas ! » Un troisième enchaîna : « Moi, je ne marie pas à des femmes ! » Et le dernier du groupe affirma : « Moi, je jeûne sans jamais manger (autrement dit : je pratique le jeûne sans le rompre aucun jour ndt !) »

 

Il (r) avait alors répondu : « Pourtant, je prie la nuit et je dors, je jeûne et je mange, je me marie à des femmes, et je consomme de la viande. Celui qui se détourne de ma tradition ne fait pas partie des miens. »[5]

Le Prophète (r) eut écho de cette réaction et il en fut très fâché, comme en témoigne cette autre version de l’histoire : « Qu’ont-ils certains gens à dire telle et telle chose ? Moi, je suis le plus pieux d’entre vous devant Allah, et celui qui le craint le plus. Pourtant, je prie la nuit et je dors, je jeûne et je mange, je me marie à des femmes, et je consomme de la viande. Celui qui se détourne de ma tradition ne fait pas partie des miens. »

 

L’héritage d’Abraham

 

Allah (I) révèle : [Les gens les plus proches d’Ibrahim sont ceux qui l’ont suivi, ainsi que ce Prophète et les croyants ; Allah est certes l’Allié des croyants][6] ; [Seul un esprit insensé peut se détourner de la religion d’Ibrahim ; Nous l’avons élu sur terre et il compte dans l’au-delà parmi les pieux • Lorsque Son Seigneur lui ordonna de se soumettre, il répondit : je me soumets au Seigneur de l’univers].[7]

 

Le monothéisme pur

 

Muammad vient restaurer le monothéisme initial (hanif) tout en « acceptant » non seulement la figure des prophètes bibliques mais celle de Jésus.

Michel Orcel.

 

[Suis la voie droite comme il te l’a été demandé, ainsi que ceux qui se sont repentis avec toi, et ne dépassez pas les limites][8] ; [Tiens ton visage sur la religion fidèle à Allah ; la saine nature qu’Allah a insufflée à l’homme, rien ne peut changer les paroles d’Allah. Telle est la religion droite, mais la plupart des hommes ne savent pas • Retournez vers Lui, craignez-Le, observez la prière, et ne soyez pas au nombre des païens • Ceux qui ont divisé leur religion pour constituer des clans se satisfaisant chacun abusivement de ses propres acquis)[9] ; [Celui plutôt qui soumet son visage à Allah, tout en faisant des bonnes œuvres aura sa récompense auprès d’Allah, et n’éprouvera ni peur ni tristesse][10] ;

 

(Tiens ton visage sur la religion fidèle à Allah] fidèle à Allah (hanîf). Le hanîf : c’est celui qui se consacre à Allah sans se tourner vers personne d’autre. Un autre Verset nous apprend : (Tiens ton visage sur la religion droite].[11] « fidèle à Allah » et « droit » sont des synonymes.

 

Le Prophète (r) a dit : « Chaque nouveau-né vient au monde à l’état de nature, mais ce sont ses parents qui le rendent Juif, chrétien ou mazdéen, à l’image du petit d’un animal, pensez-vous qu’il naisse l’oreille mutilée ! »

Puis, Abû Huraïra récita le Verset : [la saine nature qu’Allah insuffla à l’homme].[12]

 

[Le Messager croit au Livre que Son Seigneur lui a révélé, ainsi que les croyants ; tous croient en Allah, à Ses anges, Ses Livres, et Ses messagers ; nous ne faisons aucune distinction entre ses messagers ; ils disent : nous entendons et obéissons ! Accorde-nous Ton pardon, Seigneur, car c’est vers Toi que ce fera Notre retour • Allah n’impose rien à une personne qui ne soit au dessus de ses forces ; elle a ses bonnes actions en sa faveur, et ses mauvaises actions en sa défaveur ; Seigneur, ne nous tiens pas rigueur de nos oublis ni de nos erreurs ! Seigneur, ne fais pas peser sur nous les fardeaux que Tu infligeas aux peuples avant nous, et ne nous fait pas supporter ce qui est au dessus de nos forces ! Accorde-nous Ton indulgence, Ton pardon, et Ta Miséricorde ! Toi, Notre Maitre, fais-nous triompher du peuple impie !][13]

 

D’après Muslim, selon ibn ‘Abbâs qui commente la Révélation du Verset : [Que vous révéliez vos pensées ou que vous les gardiez cachées, vous devrez en rendre compte à Dieu][14] ; Ce Verset perturba l’assemblée qui n’arrivait pas à bien l’assimiler. Le Prophète (r) préconisa alors : « Dites : nous avons entendu et obéis, c’est pourquoi, nous nous y soumettons ! » Allah insuffla alors la foi dans leur cœur, et révéla : [Allah n’impose rien qui soit au-dessus des forces ; chacun à ses bonnes actions en sa faveur, et ses mauvaises actions en sa défaveur ; Seigneur, ne nous tiens pas rigueur de nos oublis ni de nos erreurs !] ; Allah promit : « Je consens ! » : [Seigneur, ne fais pas peser sur nous les fardeaux que Tu infligeas aux peuples avant nous] ; Allah promit : « Je consens ! » : [Accorde-nous Ton indulgence, Ton pardon, et Ta Miséricorde, Toi Notre Maitre] ; Allah promit : « Je consens ! »[15]

 

Ibn Taïmiya se charge d’éclaircir l’invocation qui clôt la sourate la vache : « En clair, les Compagnons furent exaucés dans la mesure où ils adhéraient sans restriction à l’obéissance d’Allah, et ils le firent savoir en disant : [nous avons entendu et obéis].[16] C’est pourquoi, quand l’invocation en question fut révélée, ils l’utilisèrent pour implorer Dieu qui assouvit leur demande. L’islam, religion de tolérance et fidèle à Dieu… »[17]

 

D’après el Bukhârî, selon un hadîth avec une chaîne narrative réduite (mu’allaq), le Prophète (r) affirme : « La meilleure des religions pour Allah, c’est la religion fidèle (el hanîfiya) et tolérante (e-samha). »[18]

 

Le Messager (r) souffrait avec sa communauté et mettait tout en œuvre pour leur facilité la vie ; la facilité est l’une des caractéristiques de la religion qu’il nous a ramenée. Il le dit lui-même dans un hadîth dont voici les termes : « Je fus envoyé aux hommes avec la religion fidèle (el hanîfiya) et tolérante (e-samha). »[19]

 

[Un messager issu des vôtres vous est venu ; les peines que vous endurez l’affligent et il porte pour vous une réelle attention ; il est à l’égard des croyants bienveillant et miséricordieux].[20] ; C’est la religion de la tolérance : [Il ne vous a imposé aucune gêne dans la religion, qui est celle de votre père Ibrahim][21] ; [Il ne vous a imposé aucune gêne dans la religion][22] ; [Allah ne veut vous imposer aucune gêne].[23]

 

(Ibrahim la recommanda à ses enfants, ainsi que Ya’qûb : Mes enfants ! Allah a désigné pour vous Sa religion, alors restez soumis jusqu’à la mort).[24]

 

Selon ibn Mas’ûd (t), le Messager d’Allah (r) a dit : « Chaque Prophète a des élus parmi les prophètes, et mon élu, c’est mon père Ibrahim, et mon ami intime, c’est Allah. »[25] Puis, il a récité : [Les gens les plus proches d’Ibrahim sont ceux qui l’ont suivi, ainsi que ce Prophète et les croyants ; Allah est certes l’Allié des croyants].[26]

 

Il y a également la parole du Prophète (r) : « La famille d’Abû un tel ne font pas partie de mes élus. Seuls les croyants sont mes élus. »[27] Selon l’une des versions que l’on retrouve dans les deux recueils : « Allah est Seul mon élu, ainsi que les croyants vertueux. »

 

 

[1] Le bétail ; 144

[2] Les abeilles ; 25

[3] Rapporté par Muslim (n° 1017).

[4] Rapporté par Muslim (n° 2674).

[5] Rapporté par el Bukhârî (n° 5063) et Muslim (n° 1401).

[6] La famille d’Imrân ; 68

[7] La vache ; 130-131

[8] Hûd ; 112

[9] Les Romains ; 30-32

[10] La vache ; 112

[11] Les Romains ; 43

[12] Les Romains ; 30

[13] La vache ; 285-286

[14] La vache ; 284

[15] Rapporté par Muslim (n° 126).

[16] La vache ; 285

[17] Majmû’ el fatâwâ (14/152-160).

[18] El Bukhârî l’a mentionné avec une chaine narrative réduite dans son recueil e-sahîh, dans le chapitre : bâb e-dîn yusr ; juste avant le hadîth n° 39.

[19] Rapporté par Ahmed (n° 22291), selon Abû Umâma el Bâhilî (t)

[20] Le repentir ; 128

[21] Les abeilles ; 123

[22] Le pèlerinage ; 78

[23] Le repas céleste ; 6

[24] La vache ; 132

[25] Rapporté par e-Tirmidhî (n° 2995).

[26] La famille d’Imrân ; 68

[27] Rapporté par el Bukhârî (n° 5990) et Muslim (n° 215), selon ‘Amr ibn ‘Âs (t).

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15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 17:08

 

 

Dialogue entre un quiétiste et un chrétien flic

(Partie 4/4)

 

De nombreux textes fondateurs dessinent les contours de la méthodologie orthodoxe dont nous venons de brosser le tableau succinct

 

Il y a tout d’abord l’adhésion forte au monothéisme, et à l’islam la religion immuable et universelle qui se distingue par sa prépondérance

 

Allah (I) révèle : [Aujourd’hui, je vous ai parachevé votre religion, Je vous ai parfait de Mes bienfaits, et Je vous ai agréé l’Islam comme religion][1] ; [Dis : ô vous les hommes ! Si vous doutez de ma religion, alors sachez que je n’adore pas ceux que vous adorez en dehors d’Allah, mais j’adore Allah Celui qui vous fait mourir] ; Puis, Il enchaine : [Et tourne ta face vers la religion, fidèle à Allah, et ne soit pas parmi les païens • N’invoque pas en dehors d’Allah ce qui ne peut te faire ni le bien ni le mal ; si tu le faisais, tu compterais parmi les injustes • Si Allah veut te faire un mal rien ne pourrait l’empêcher, et s’Il te veut du bien, personne ne peut s’interposer à Ses faveurs qu’Il dispense à qui Il veut parmi Ses créatures ; Il est certes Absoluteur et Tout-Miséricordieux • Dis : vous les hommes ! La vérité vous ai venu de Votre Seigneur. Celui qui suit le bon chemin, il le fait dans son intérêt ; et celui qui s’égare se fait du tort à lui-même. Quant à moi, je ne suis pas responsable de vous • Suis la révélation que tu reçois et patiente en attendant qu’Allah prononce Sa sentence, Lui le meilleur des juges].[2]

 

D’après le recueil e-sahîh, selon ibn ‘Omar (t), le Messager d’Allah (r) a dit : « Par rapport aux adeptes des deux anciens livres, vous êtes comme un homme qui loua les services de plusieurs ouvriers auxquels il fit la proposition : « Qui veut travailler pour moi du matin jusqu’à midi pour un qîrât (unité monétaire ndt.) ? » Les Juifs l’acceptèrent. Ensuite, il demanda : « Qui veut travailler pour moi de midi jusqu’à la prière du ‘asr (de l’après-midi ndt.) pour un qîrât ? » Les chrétiens acceptèrent de le faire. Puis, il enchaina : « Qui veut travailler pour moi de la prière du ‘asr jusqu’au coucher du soleil pour deux qîrât ? » Il parlait de vous autres, mais cela n’a pas plu ni aux Juifs ni aux chrétiens qui protestèrent : « Comment se fait-il qu’en fournissant plus de travail, nous soyons moins bien payé ?

  • Est-ce que je vous ai lésé dans vos droits ? Leur répond-il.
  • Non !
  • Je fais des faveurs à qui je veux, leur rétorque-t-il. »[3]

 

D’après le même ouvrage, selon Abû Huraïra (t), le Messager d’Allah (r) a dit : « Allah a détourné les communautés précédentes du vendredi. Les Juifs avaient le samedi et les chrétiens le dimanche. Allah nous a alors orientés vers le vendredi. Ainsi, ils seront derrière nous le Jour de la résurrection. Nous sommes les derniers venus sur terre, mais les premiers le Jour de la résurrection. »[4]

 

Selon Ubaï ibn Ka’b (I) : « Suivez la bonne voie et la tradition. Un homme qui suit la bonne voie et la tradition et qui, mu, par une profonde crainte, pleure à l’évocation du Seigneur ne peut être touché par l’Enfer. Un homme qui suit la bonne voie et la tradition et qui frémit à l’évocation du Miséricordieux est comme un arbre aux feuilles mortes. Ses péchés tombent comme les feuilles de cet arbre. Il vaut mieux être modéré sur le chemin de la tradition d’Allah que de faire des efforts sur le chemin inverse. Quoi que vous puissiez faire comme efforts, voyez si vos actes sont conformes à la voie et la tradition des prophètes. »[5]

 

[Toute religion autre que l’Islam sera refusée, et son adepte comptera dans l’au-delà parmi les perdants][6] ; [La religion pour Allah, c’est l’Islam][7] ;

 

Le prophète (r) annonce : « Par Celui qui détient l’âme de Mohammed entre Ses Mains ! Quiconque dans cette communauté qu’il soit juif ou chrétien entend parler de moi et ne croit pas à ma mission avant de mourir, comptera parmi les gens du Feu… »[8]

 

Par rapport à cela, l’innovation est logiquement condamnable ; d’où la fidélité stricte aux enseignements prophétiques ; démarche qui est pourtant assimilée à du rigorisme et à un littéralisme étroit ; c’est l’inversion des valeurs si chère à Satan !

 

« Tout le monde entrera au Paradis, sauf celui qui ne veut pas y entrer.

  • Messager d’Allah, demandèrent les Compagnons, mais qui ne veut pas entrer au Paradis ?
  • Celui qui m’obéit entrera au Paradis et celui qui me désobéit, c’est qu’il ne veut pas y entrer. »[9]

 

D’après le recueil e-sahîh, selon ibn ‘Abbâs (t), le Messager d’Allah (r) a dit : « Les individus les plus détestés par Allah sont au nombre de trois : celui qui dévie dans l’enceinte sacrée, celui qui veut ramener dans l’Islam une tradition païenne, et celui qui veut verser le sang d’un innocent. »[10]

 

Pour ibn Taïmiya, la « tradition païenne » en question englobe toute forme de paganisme qu’il soit total ou partiel. Elle renvoie aussi bien aux non musulmans (Juifs, chrétiens, païens, etc.) qu’à des musulmans.

 

D’après le recueil e-sahîh, selon Hudhaïfa (t) : « Vous les lecteurs ! Si vous suivez le bon chemin, vous aurez énormément avancé. Mais, si vous déviez à droite ou à gauche, alors, vous vous serez énormément égarés. »[11]

 

Selon Mohammed ibn Wadhdhâh, ce dernier entra dans la mosquée et se tint devant les assemblées pour leur dire, etc. ibn Wadhdhâh a dit : selon ‘Uyaïna, selon Mujâhid, selon Sha’bî, selon Masrûq, ‘Abd Allah – en parlant d’ibn Mas’ûd – a dit : « Chaque année est pire que la précédente ; je ne dis pas qu’il y pleut moins, qu’elle est moins fertile, ou que le nouvel émir est moins bien que le précédent. Je parle du départ de vos savants et de votre élite. Puis, après leur départ, des nouvelles générations, qui mesurent les choses selon leurs propres pensées, les succèderont. C’est alors que l’Islam se détériorera et s’effritera. »[12]

 

[S’ils viennent te voir, alors dis-leur : j’ai soumis mon visage à Allah, ainsi que ceux qui me suivent…][13]

 

[Ceux qui suivent le Messager, le Prophète illettré, qu’ils trouvent mentionnés dans leurs écrits, la Thora et l’Évangile. Celui-là même qui leur ordonne le bien et qui leur interdit le mal ; il leur autorise les bonnes choses et leur interdit les mauvaises ; il les soulage des liens et des carcans qui les enchainaient. Ceux qui croient en lui, qui le soutiennent, le défendent, et qui suivent la lumière qui fut descendue avec lui ; ceux-là seront les bienheureux][14] ; [Nous avons descendu sur toi le Livre qui met la lumière sur toute chose].[15]

 

D’après e-Nasâî et d’autres, lorsque le Prophète (r) vit dans les mains d’Omar ibn el Khattâb un feuillet de la Thora, il lui lança : « Serais-tu dans le doute ibn el Khattâb ? Je vous l’ai apporté claire et limpide. Si Mûsâ avait été vivant et que vous l’aviez suivi à mes dépens, vous auriez été des égarés. » Une certaine version précise : « Si Moussa était vivant, il ne lui appartiendrait que de me suivre. » Dès lors, ‘Omar s’exclama : « J’agrée Allah comme seigneur, l’Islam comme religion, et Mohammed comme Prophète. »[16]

 

Selon une autre version : « Si mon frère Mûsâ était vivant, il ne lui appartiendrait rien d’autre que de me suivre. »[17]

 

Selon el Hârith el Ash’arî (t), le Prophète (r) a dit : « Je vous ordonne cinq choses et vous en interdit cinq : l’obéissance aux autorités, le djihâd, l’émigration, et l’union de la communauté. En déviant de cette union d’un empan, on délie l’Islam de son cou jusqu’à ce qu’on y revienne. Et en revendiquant des noms de l’ère païenne, on compte parmi les gens de l’Enfer. » Un homme s’exclama : « Messager d’Allah ! Même s’il fait la prière et le jeûne ?

  • Même s’il fait la prière et le jeûne. Donnez-vous les noms qu’Allah vous a donnés ; Il vous a appelés musulmans, croyants et serviteurs d’Allah ! »[18]

 

D’après e-sahîh : « Celui qui meurt en s’étant écarté du groupe d’un empan connaitra une mort païenne. »[19]

Toujours d’après e-sahîh : « Oseriez-vous vous appelez par des noms de l’ère païenne, alors que je me trouve au milieu des vôtres ! »[20]

Abû el ‘Abbâs a dit : « Tout ce qui n’est pas appelé par l’Islam ou le Coran, comme les lignées, le pays, la race, la tendance ou la voie, prend ses racines dans le paganisme. »

 

Un jour, une polémique déclenchée entre un ansar (auxiliaire médinois) et un muhâjir (émigré mecquois) se transforma en bagarre. L’un s’écria alors pour solliciter l’aide de son clan : « Hé, les muhâjirîns ! » Et l’autre rétorqua aussitôt : « Hé, les ansars ! ».

Le Prophète (r), qui piqua une colère énorme, leur répliqua à tous les deux : « Oseriez-vous vous appelez par des noms de l’ère païenne, alors que je me trouve au milieu des vôtres ! »

 

Un autre hadîth nous apprend : « Quand on n’est pas prompt dans les œuvres, on ne met pas sa lignée en avant. »[21]

 

[Ô croyants ! Entrez entièrement dans la paix][22] ; [Ô croyants ! Obéissez à Allah, obéissez au Messager et aux détenteurs de l’autorité parmi vous. Si vous avez le moindre litige, alors ramenez-le à Allah et au Messager, si vraiment vous croyez en Allah et au jour du jugement dernier ; cela vaut mieux et aura de meilleures conséquences pour vousNe vois-tu pas ceux qui prétendent croire à la Loi qui te fut révélée et qui fut révélée avant toi, ils veulent soulever leurs litiges au tâghût, alors qu’il leur est demandé de le renier. Satan veut uniquement les faire sombrer dans un égarement lointain][23] ; [Ceux qui ont divisé leur religion pour se scinder en groupe, tu n’as aucun lien avec eux][24] ;

 

[Ô croyants ! Si vous suivez une partie des gens qui ont reçu le Livre, ils vont vous ramener à la mécréance, après que vous ayez goûté à la foi • Comment pourriez-vous renier, alors que les Versets d’Allah vous sont récités, et que Son Messager est au milieu des vôtres ? Celui qui s’accroche à Allah est alors guidé sur un droit chemin • Ô croyants ! Craignez Allah comme il se doit, et ne mourrez qu’en tant que musulmans • Accrochez-vous tous ensemble à la corde d’Allah et ne vous divisez point Souvenez-vous des bienfaits qu’Allah vous a prodigués le jour où Il a réuni vos cœurs, et qui, dans Sa Grâce, a transformé des ennemis en frères. Avant cela, vous étiez aux bords de l’Enfer, mais Il vous en a sauvé. C’est ainsi qu’Allah vous montre Ses Signes, ainsi serez-vous guidés • Qu’un groupe d’entre vous appelle au bien, qu’ils ordonnent le bien et qu’ils interdisent le mal ; ceux-là seront les bienheureux • Et ne soyez pas comme ceux qui se sont divisés et qui ont divergé, après qu’ils aient reçu les preuves évidentes ; Ceux-là auront un châtiment immense • Le jour où des visages seront blancs et des visages seront noirs][25] ; ibn ‘Abbâs a fait le commentaire suivant : « Le visage des adeptes de la tradition et de l’union sera blanc, et celui des adeptes de l’innovation et de la division sera noir. »[26]

 

[S’ils veulent te trahir, alors sache qu’Allah te suffit ; Il est celui qui t’offrit le triomphe par Son soutien et celui des croyants • Il a réuni leurs cœurs, alors que si tu avais dépensé toutes les richesses de la terre pour y parvenir, tu n’y serais pas parvenu, mais Allah l’a fait][27]

 

D’après ‘Abd Allah ibn ‘Amr, le Messager d’Allah (r) a dit : « Vous allez suivre les coutumes des enfants d’Israël empan par empan,  à tel point que si l’un d’entre eux avait des relations avec sa mère en public, il y en aurait parmi vous pour l’imiter. Les enfants d’Israël se sont divisés en soixante-douze sectes. » Puis, le hadith conclut : « Quant à cette communauté, elle va se diviser en soixante-treize sectes ; toutes sont vouées à l’Enfer à l’exception d’une seule.

  • Laquelle Messager d’Allah, demandèrent les Compagnons ?
  • C’est la voie sur laquelle nous sommes mes Compagnons et moi. » » Rapporté par e-Tirmidhî.[28]

 

Tirmidhî rapporte également ce hadîth qu’il a authentifié, selon Abû Huraïra, mais l’Enfer n’est pas évoqué dans son énoncé.[29] Nous le trouvons également chez Ahmed et Abû Dâwûd, selon Abû Huraïra, et dans lequel le Prophète (r) dit notamment : « Il y aura dans ma communauté, des gens qui s’imprégneront des passions, comme la rage envahit toutes les veines et les articulations du corps. »[30]

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

[1] Le repas céleste ; 3

[2] Yûnas ; 105-109

[3] Rapporté par el Bukhârî (n° 2268).

[4] Rapporté par Muslim (n° 856).

[5] Rapporté par ibn Abî Shaïba dans son recueil el musannif (n° 35526), et Abû Nu’aïm dans el huliya (1/253).

[6] La famille d’Imrân ; 85

[7] La famille d’Imrân ; 19

[8] Rapporté par Muslim (n° 153), selon Abû Huraïra.

[9] Rapporté par el Bukhârî (n° 7280), selon Abû Huraïra.

[10] Rapporté par el Bukhârî (n° 6882).

[11] Rapporté par el Bukhârî (n° 7282).

[12] Rapporté par Abû ‘Amr e-Dânî dans e-sunan el wârida fî el fitan (n° 210) ; el Hâfizh ibn Hajar l’a imputé à el Baïhaqî dans el fath (13/283).

[13] Le repas céleste ; 3

[14] El A’râf ; 157

[15] Les abeilles ; 23

[16] Rapporté par Ahmed dans el musnad avec le n° 15156 pour la version de Jâbir ibn ‘Abd Allah, et n° 18335 pour celle d’Abd Allah ibn Thâbit.

[17] Rapporté par Ahmed dans el musnad (n° 20022).

[18] Rapporté par Ahmed (n° 22910) et e-Tirmidhî (n° 2863) qui a fait le commentaire suivant : « Ce hadîth est bon et authentique. »

[19] Rapporté par el Bukhârî (n° 7054) et Muslim (n° 1849), selon ibn ‘Abbâs – qu’Allah les agrée son père et lui –.

[20] Rapporté par el Bukhârî (n° 4905) et Muslim (n° 2584), selon Jâbir ibn Abd Allah  – qu’Allah les agrée son père et lui –

[21] Rapporté par Muslim (n° 2699), selon Abû Huraïra (t).

[22] La vache ; 208

[23] Les femmes ; 59- 60

[24] Le bétail ; 159

[25] La famille d’Imrân ; 100-106

[26] Sharh usûl i’tiqâd ahl e-sunna d’e-Lâlakâi (1/72).

[27] Le butin ; 62-63

[28] Rapporté par e-Tirmidhî (n° 2641) qui a fait le commentaire suivant : « Ce hadîth est bon et singulier. » ; un autre hadîth-témoin vient le renforcer ; il est rapporté par Mu’âwiya chez Ahmed (n° 16937), et Abû Dâwûd (n° 4597), avec une chaine narrative jugée bonne ; il est rapporté également par Anas ibn Mâlik chez ibn Mâja (n° 3993), avec une chaine narrative jugée potable ; il est enfin rapporté par ‘Awf ibn Mâlik chez ibn Mâja (n° 3992) ; ainsi, en regard de toutes ses chaines narratives, il est considéré authentique.

[29] Rapporté par e-Tirmidhî (n° 2640).

[30] Rapporté par Ahmed (n° 16937) et Abû Dâwûd (n° 4597).

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14 février 2017 2 14 /02 /février /2017 12:31

 

Dialogue entre un quiétiste et un chrétien flic

(Partie 4/3)

 

Leur voie (manhaj) se résume dans les points suivants :

 

  1. Ils limitent la référence dans le domaine du dogme au Coran, et à la sunna, expliqués à la lumière de la compréhension des pieux Prédécesseurs.
  2. Ils s’inspirent dans leurs arguments pour établir la croyance, des textes de la Tradition authentique sans faire la différence à ce niveau-là entre les hadîth mutawâtir (rapportés par un grand nombre de rapporteurs ndt.) et les hadîth âhâd (rapportés par un nombre limité de rapporteurs, voir un seul ndt.).
  3. Ils se soumettent aux enseignements de la Révélation sans les confronter à la raison. ils ne cherchent pas non plus à s’initier dans le domaine de l’inconnu dans lequel la raison n’a pas sa place.
  4. Ils ne s’initient pas dans les sciences de la scolastique, ou de la théologie spéculative (kalâm) et de la philosophie.
  5. Ils refusent catégoriquement toute interprétation erronée.
  6. Ils conjuguent entre les textes pour traiter n’importe quelle  question.[1]

 

La croyance puise ses fondements à une source unique : le Coran et la sunna sans tenir compte des passions, des pseudos arguments ou conceptions erronées (shubha). En suivant une telle méthode, on porte une haute considération aux textes scripturaires de l’islam, car on sait pertinemment qu’ils ne contiennent que la vérité et la raison saine.

 

L’Imam el Barbahârî établit : « Sache – qu’Allah te fasse miséricorde – que la religion vient uniquement d’Allah (I). Elle n’est pas laissée à l’initiative des opinions ou de la pensée des hommes. Ses enseignements relèvent uniquement d’Allah et de Son Messager. Tu ne dois donc rien suivre en te fondant sur tes passions au risque de renier ta religion et de sortir de l’Islam, car il n’y a aucun argument en ta faveur. Le Messager d’Allah (I) a en effet exposé la Tradition à sa nation et l’a expliqué à ses Compagnons. Ces derniers représentent l’union (el jamâ’a) ; ils sont la grande majorité (e-sawâd el a’dham) ! Ils sont la grande majorité ! Ils détiennent la vérité et en sont les adeptes. »[2]

 

Il a expliqué juste avant ce passage : « Les fondements sur lesquels se base l’union qui représentent les Compagnons de Mohammed (r) ; ils sont ahl e-sunna wa el jamâ’a. Celui qui ne s’inspire pas d’eux, s’égare et innove, alors que toute innovation est égarement… » Il a dit plus loin : « ‘Omar ibn el Khattâb (t) disait : il n’y a pas d’excuse à sombrer dans l’égarement en voulant faire une bonne action, il n’y en a pas non plus à se priver d’une bonne action en pensant qu’elle relève de l’égarement. Les choses ont bien été expliquées, les preuves ont été établies, et il n’existe plus d’excuse. La raison, c’est que la Tradition et l’union ont parfaitement édifié la religion dans son ensemble et l’ont expliqué aux hommes ; il ne leur reste désormais plus qu’à la suivre. »[3]

Qu’est-ce qu’un innovateur ?

 

« Quiconque va à l’encontre du Coran clair, de la sunna répandue, ou du consensus des anciens de la communauté, de sorte qu’il ne soit pas excusable, sera traité comme un innovateur. »[4]

 

Ainsi, l’innovateur est celui qui est connu pour être des gens des passions et de l’innovation, quand bien même son erreur serait pardonnable et qu’il ne mériterait aucune punition. Il reste, malgré tout, un égaré animé par ses passions. Il est capable de délaisser la vérité qui va à leur encontre. Il est possible au même moment qu’il ne sache pas qu’il s’oppose au Messager (r), mais il n’en décèle pas moins de l’hypocrisie et de l’innovation qui sera fonction de son degré d’affront envers Allah et Son Messager,[5] et de son éloignement du Coran et de la sunna.[6]

 

En outre, il se caractérise pour suivre quelqu’un d’autre que le Messager d’Allah (r), parmi ses pères et ses ancêtres, et envers qui il fonde ses sentiments d’amour et de haine ; il aime tous ceux qui sont en accord avec lui, et déteste tous ceux qui sont en désaccord avec lui.[7] Il n’est pas enclin à se cramponner au Coran, à la sunna, et au consensus.[8] Les innovateurs ne rapportent pas leurs litiges aux textes scripturaires de l’Islam ; ils sont déchirés par des conflits qui sont souvent verbaux, mais qui peuvent aller jusqu’aux mains.[9] Leur signe distinctif est de délaisser le chemin des anciens.[10] Ils ne suivent que des conjectures et leurs passions,[11] et, surtout, ils ne prennent pas en référence les textes et le consensus des anciens.[12]

 

La mise en garde contre les innovateurs

 

Selon ‘Âisha, le Messager d’Allah (r) a dit : « Toute innovation qui ne fait partie de notre ordre sera refusée. » Une version précise : « Toute action non conforme à notre ordre sera refusée. »[13]

 

« Quiconque aime et déteste pour Allah, donne et refuse de donner pour Allah aura parfait sa foi. »[14]

 

« Tous les prophètes avant moi avaient des apôtres et des Compagnons qui s’inspiraient de leur Tradition et qui se conformaient à leurs enseignements. Puis, après le départ de chaque prophète, viennent de nouvelles générations qui disent ce qu’elles ne font pas et qui font ce qu’on ne leur pas ordonné de faire. Quiconque les combat de sa main est un croyant, quiconque les combats de sa langue (ses paroles ndt.) est un croyant, et quiconque les combats de son cœur (par les sentiments ndt.) est un croyant. En deçà de cette limite, il n’y a plus la moindre foi. »

 

Selon ibn Mas’ûd (t), le Messager d’Allah (r) affirme : « Un groupe de gens vont sortir à la fin des temps. Ils seront jeunes en âge et ils accuseront un manque de maturité. Ils prononceront les plus belles paroles qui soient, mais ils sortiront de la religion comma la flèche transperce sa proie. Celui qui les rencontrera devra les combattre, et Allah lui offrira sa récompense le Jour de la résurrection. »[15]

 

Les personnes en question dans ce hadîth, ce sont les kharijites. Les Compagnons les ont en effet combattus sous le commandement d’Alî ibn Abî Tâlib (t) à la bataille de Nahrawân.

 

Conformément aux textes cités ci-dessus et à bien d’autres, les grandes références parmi les anciens ont mis en garde contre l’innovation et ses partisans. Leurs ouvrages regorgent de réfutations et de mise en garde contre les innovateurs et leurs agissements.

 

1- Muslim nous rapporte dans son recueil e-sahîh, l’anecdote de Yahyâ ibn Ya’mar et Humaïd ibn ‘Abd e-Rahmân selon laquelle Yahyâ raconta à ‘Abd Allah ibn ‘Omar (t) : « Certains gens ont fait leur apparition chez nous ; ils lisent le Coran, s’empreignent des sciences, etc. Ils disent pourtant que le destin n’existe pas et que seul le hasard décide des événements.

  • Si vous rencontrez ces gens-là, répondit-il, alors dites-leur que je n’ai aucun lien avec eux et qu’ils n’ont aucun lien avec moi. Par Celui au nom duquel ‘Abd Allah ibn ‘Omar jure ! Si l’un d’entre eux dépensait l’équivalent d’Uhûd en or, Allah n’accepterait pas sa dévotion, tant qu’il ne croira pas au destin. »

 

2-  Selon ‘Omar ibn el Khattâb (t) : « Prenez garde aux pourvoyeurs de la « raison » qui sont les ennemis de la Tradition. Ils ont recourt à la raison, car il leur est trop difficile d’apprendre le hadîth. Ses fourvoyés contaminent les autres. »[16]

 

3- D’après e-Dârimî, e-Lâlakâî, et d’autres savants, selon Abû Qilâbâ : « Tout groupe qui innove une innovation, à terme, voit obligatoirement l’épée. »[17]

 

4-  Ayyûb e-Sakhtiyânî a dit : « Les gens des passions sont tous des kharijites. » Ce dernier renchérit : « Si leurs noms sont différents, ils s’accordent toutefois à voir l’épée. »[18]

 

5- Selon Sufiân e-Thawrî : « L’innovation est plus aimée par Satan que les péchés. Les péchés sont sujets au repentir, contrairement à l’innovation. »[19]

6- Il rapporte également selon Qatâda : « Imbécile ! Si quelqu’un innove dans la religion, il faut absolument le dénoncer aux gens afin de les mettre en garde. »

 

7- Selon el Hasan : « Les gens des passions sont au même niveau que les Juifs et les chrétiens. »[20]

 

8- ‘Omar ibn ‘Abd el ‘Azîz : « Si tu vois un groupe s’entretenir à l’écart des gens sur les choses de leur religion, sache alors que leur action est fondée sur l’égarement. »

 

9- ‘Abd Allah ibn ‘Omar (t) : « La chose qui m’a rendu le plus heureux dans l’Islam, c’est que rien parmi les passions n’a réussi à pénétrer dans mon cœur. »

 

10- Selon ‘Abd Allah ibn Mas’ûd (t) : « Il y a des gens qui délaissent une partie infime de la sunna (en ayant montré une phalange) ; si je les délaisse, ils vont nous ramener la catastrophe ! »

 

Ces annales expriment explicitement qu’il est permis de critiquer les innovateurs et de les dévoiler aux gens. Les anciens considèrent même une telle initiative comme un devoir et l’un des piliers sur lesquels la religion repose. Ce djihad par la plume est aussi, voire plus honorable que le combat sur le champ de bataille.

 

Sheïkh el Islam ibn Taïmiya nous dit : « Les opposants comme les chefs de file des innovateurs, les auteurs des opinions ou de pratiques contraires au Coran et à la sunna, il incombe à l’unanimité des musulmans, de les dévoiler à la nation et de mettre en garde contre eux. On demanda à l’Imam Ahmed : « Vaut-il mieux, à tes yeux, faire la prière la nuit, le jeûne le jour, et des retraites spirituelles ou bien parler sur les innovateurs ?

  • En priant la nuit, en jeûnant le jour, et en se retirant dans les mosquées, on est le seul à en profiter ; tandis qu’en parlant sur les innovateurs, on en fait profiter tous les musulmans. Nul doute que cela vaut mieux ! » 

 

Il a expliqué que cet intérêt revient à la communauté entière dans le domaine de la religion. Cette initiative est du même ordre que la guerre sur le chemin d’Allah puisqu’elle permet de purifier le chemin d’Allah, Sa religion, et Sa législation. À l’unanimité des savants, il incombe à une partie de la communauté de défendre les musulmans contre les méfaits et la rébellion de ces gens-là. Si Allah ne faisait pas brandir cet étendard pour les affronter, la religion serait directement en péril.

 

Les dommages seraient même plus considérables que ceux occasionnés par l’épée des envahisseurs ; lorsque l’ennemi s’empare des terres musulmanes, il ne corrompt pas les cœurs et les convictions si ce n’est que par voie de conséquence, tandis que ces gens-là les détériorent d’emblée. »[21]

Il explique ailleurs : « Si un innovateur appelle à des convictions contraires au Coran et à la sunna, et que l’on craint qu’il égare les gens avec ses mauvaises idées, il faut le dévoiler aux gens afin de les prévenir à qui ils ont à faire. L’ambition à travers cela, c’est de prodiguer le bon conseil et de plaire au Visage d’Allah (I). Il ne s’agit pas de le faire pour des raisons passionnelles (jalousie, haine, rivalité, conflit de pouvoir). Il ne faut pas sous couvert de prodiguer le bon conseil, s’acharner contre son frère et assouvir ses envies de vengeance, ce qui en soi est une œuvre du Diable. »[22]

 

Les pieux Prédécesseurs parmi les Compagnons, les tabi’în, et leurs fidèles successeurs s’accordent de façon unanime à condamner l’innovation et ses partisans et à mettre en garde contre eux.[23] Ce principe est conforme aux enseignements du Coran et de la sunna. Par conséquent, il incombe de les suivre dans cette initiative.

 

Sheïkh el Islam ibn Taïmiya a émis deux conditions autorisant à médire sur les innovateurs : avoir de la science et une bonne intention.

 

Voici son propos : « D’autre part, celui qui parle de ses choses avec science, doit absolument avoir une intention saine. Si, bien que son discours soit vrai, il veut à travers cela semer le désordre sur terre, il est comparable au guerrier qui se sacrifie au combat pour défendre son clan ou par ostentation. Cependant, s’il fait cela pour Allah afin de lui rendre le culte sincère et exclusif, il compte dans les rangs des combattants sur le sentier d’Allah parmi les héritiers des prophètes et les successeurs des messagers.

Ce registre ne va pas en opposition avec les paroles du Prophète (r) disant : « La médisance c’est dire sur ton frère ce qui lui déplait. » Le frère n’est autre que le croyant ; si le frère du croyant est sincère dans sa foi, il ne peut être affecté par la vérité aimée d’Allah et de Son Messager, quand bien même elle serait contre lui ou l’un de ses proches. Il doit plutôt établir la justice, en se faisant le témoin d’Allah aux dépens mêmes de sa propre personne, de l’un de ses parents ou de ses proches.

À partir du moment où il éprouve une certaine répulsion envers la vérité, cela dénote une certaine baisse de foi de la même façon que sa fraternité diminue proportionnellement à sa baisse de foi. Il ne doit pas tenir compte du mauvais sentiment qu’il éprouve en raison de sa foi faible ; et cela, étant donné qu’il doit absolument faire devancer l’amour d’Allah et de Son Messager à son mauvais sentiment envers les choses aimées d’Allah et de Son Messager, comme le formule le Verset : (alors qu’Allah et Son Messager sont plus à même de recevoir l’agrément).[24] »[25]

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

[1] Les points précédents sont le résumé de l’étude : Durûs fî el manhaj de Sheïkh ‘Abd Allah el ‘Ubaïlân. Ces fameuses règles sont le fruit d’une étude exhaustive (istiqrâ) de la voie des anciens dans le domaine du dogme.

[2] Sharh e-sunna (p. 66).

[3] Idem. (p. 65).

[4] Majmû’ el fatâwâ (24/172).

[5] Majmû’ el fatâwâ (13/63).

[6] Majmû’ el fatâwâ (12/464).

[7] Majmû’ el fatâwâ (3/346-347).

[8] Majmû’ el fatâwâ (12/465).

[9] Majmû’ el fatâwâ (17/311-313).

[10] Majmû’ el fatâwâ (4/155).

[11] Majmû’ el fatâwâ (10/370-371).

[12] Majmû’ el fatâwâ (13/62-63).

[13] Rapporté par el Bukhârî (n° 2697) et Muslim (n° 1718) ; les termes du deuxième hadîh reviennent à el Bukhârî.

[14] Rapporté par Abû Dâwûd.

[15] Rapporté par Muslim dans Kitâb e-zakât.

[16] Rapporté par ibn Abî Shaïba.

[17] Rapporté par ‘Abd e-Razzâq dans el musannif (10/151), et e-Lâlakâî dans Sharh usûl i’tiqâd ahl e-sunna (1/143).

[18] Rapporté e-Lâlakâî dans Sharh usûl i’tiqâd ahl e-sunna (1/143).

[19] Rapporté par e-Lâlakâî. Les paroles de Sufiân sont à prendre dans le sens où cela arrive rarement puisque les innovateurs sont convaincus de la légitimité de leur innovation et que celle-ci les rapproche d’Allah. Le hadîth suivant vient conforter cette idée ; celui selon lequel le Prophète (r) a dit : « Allah empêche l’auteur de l’innovation de se repentir jusqu’au jour où il la délaisse. »  [Rapporté par ibn Abî ‘Âsim dans e-sunna (n° 37) et el Baïhaqî dans shu’ab el îmân (n° 7238)]. Bien que controversé, celle-ci remonte au Prophète (marfû’) et elle est ramenée également par el Hasan, mais sans passer par un Compagnon (mursal).

[20] Dans le sens où ils sont fortement accrochés à leur courant au moment où ils délaissent l’usage (sunan) de la religion, non qu’ils soient des mécréants.

[21] Majmû’ el fatâwâ (28/231-232).

[22] Majmû’ el fatâwâ d’ibn Taïmiya (voir : 28/ 221).

[23] Voir el i’tisâm de e-Shâtibî (1/142-143) et les paroles précédentes de Sheïkh el Islam ibn Taïmiya ayant informé qu’il incombe à une partie de la communauté, à l’unanimité des savants, de repousser les méfaits et la rébellion des innovateurs.

[24] Le repentir ; 62

[25] Majmû’ el masâil wa e-rasâil (5/281).

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13 février 2017 1 13 /02 /février /2017 11:43

 

 

Dialogue entre un quiétiste et un chrétien flic

(Partie 4/2)

 

Les mutakallimîns tendent vers la voie des Juifs, et les soufis vers la voie des chrétiens[1]

 

Le mu’tazilisme est très proche de la religion juive selon les propres aveux du chef fondateur de la secte mâturîdite, Abû Mansûr.[2] Ibn Taïmiya fait remarquer en effet que les rationalistes musulmans avaient des liens très étroits avec les juifs. Ces derniers se plaisaient à faire un parallèle entre leur crédo et les cinq principes mu’tazilites. Il était tout à fait normal pour eux de consulter les livres références des rationalistes musulmans. Ils en arrivèrent à avoir les mêmes raisonnements pour éluder les points obscurs de leurs enseignements qui touchent au « Théo ».

 

En parallèle, de nombreux soufis s’inspirent de l’ascétisme chrétien. L’apport des pratiques païennes que les chrétiens ont emprunté au paganisme d’antan fait rage dans les confréries musulmanes. En outre, les juifs sont des assimilateurs (mushabihha) anthropomorphistes en attribuant à Dieu des attributs humains perfectibles. Tandis que les chrétiens sont des mushabihha en attribuant aux humains des Attributs divins parfaits.[3]

 

On comprend mieux désormais le fameux adage d’ibn ‘Uyaïna : « Ceux qui, parmi nos savants, s’égarent ressemblent aux Juifs et ceux qui, parmi nos adorateurs, s’égarent ressemblent aux chrétiens. »[4]

 

L’égarement est propre aux chrétiens, et l’animosité et l’injustice sont propres aux juifs, mais cela ne veut pas dire que les juifs ne sont pas égarés ni que les chrétiens ne fassent pas preuve d’injustice, mais nous parlons ici de leur ascendant.[5]

 

C'est pourquoi le savoir des anciens tournait autour de deux éléments :

  1. Connaitre leur Bien-aimé en qui ils donnaient foi à travers Ses Noms et Attributs, ainsi que ses Lois.[6]
  2. Et œuvrer pour ce Bien-aimé à travers les actions légiférées par Ses Lois.

 

Ils se distinguaient ainsi de deux catégories d’individus :

    • Ceux qui étaient portés vers la connaissance du Créateur, les discussions et la théorie (les mutakallimîns) ;
    • Ceux qui étaient portés vers l’amour du Seigneur, l’ascétisme et la pratique (les soufis).

 

Les premiers se concentraient sur le savoir aux dépens des actes, et les seconds se polarisaient sur les actes aux dépens du savoir.

Chacun d’eux s’égarait par un côté et prenait ses distances avec la voie des anciens qui reposaient sur la bonne connaissance des Noms et Attributs divins, doublés des bonnes œuvres dont ils puisaient la légitimité dans les textes du Coran et de la sunna.[7]

 

La salafiya

 

Il est notoire que les traditionalistes désignent les Compagnons du Messager d’Allah (r), et leurs fidèles successeurs à travers les siècles, et jusqu’à la fin des temps. Avec l’émergence des sectes hérétiques, les représentants de la vérité ont cherché à se démarquer de celles-ci en se donnant des noms qui puisent leur légitimité dans les textes sacrés : « les adeptes de la sunna » « ahl e-sunna wa el jamâ’a » « el firqa e-nâjiya » « e-tâifa el mansûra » « ahl el hadîth wa el athar », etc.

 

C’est dans cette optique que le terme salafî s’imposa dans les rangs, car il symbolise parfaitement la fidélité à l’orthodoxie millénaire. Il incarne la voie pure qui est conforme à la compréhension des Compagnons et des générations glorieuses. Le vocable « salafî » est synonyme des autres surnoms des traditionalistes. Prêcher le chemin des anciens à travers la « da’wa salafiya », c’est inviter en fin de compte à suivre le vrai Islam et la vraie sunna qui s’illustre dans le retour aux sources de la religion. Des sources pures et limpides comme aux premiers jours de la Révélation que le Prophète (r) a transmise aux nobles Compagnons.

 

Dans hukm el intimâ ilâ el firaq wa el ahzâb wa el jamâ’ât el islâmiya (p. 21), Sheïkh Bakr Abû Zaïd nous offre l’analyse suivante : « Lorsque ces sectes affiliées à l’Islam ont fait leur apparition, et qu’elles se sont séparées de la colonne vertébrale de la communauté musulmane, les traditionalistes se sont fait appeler par des noms légitimes permettant de distinguer entre l’orthodoxie musulmane et les sectes adeptes des mauvaises pulsions (el ahwa). Ces noms peuvent être reconnus à l’origine par la législation : el jamâ’a, e-tâifa el mansûra, el firqa e-nâjiya. Ils peuvent provenir également de leur conformité à la Tradition face aux innovateurs. Ainsi, les traditionalistes ont gardé le lien avec la première époque en se faisant appeler : les anciens,  ahl el hadîth, ahl el athar, et ahl e-sunna wa el jamâ’a.

 

Ces nobles appellations sont complètement différentes de celles attribuées à n’importe quelle secte, pour les raisons suivantes :

 

Premièrement : ces différentes appellations n’ont jamais coupé le lien – ne serait-ce qu’un instant – avec la nation islamique depuis sa formation et qui est basée sur la voie prophétique. Elles incluent tous les musulmans qui suivent le chemin de la première génération, et des références reconnues dans l’enseignement des sciences, l’approche des textes, la nature de la prédication, dans la nécessité de cantonner la secte sauvée aux traditionalistes. Ces derniers sont les adeptes de ce manhaj qui va se perpétuer jusqu’à la fin des temps conformément au hadîth : « Une partie de ma communauté sera toujours maintenue sur la vérité. »

 

Deuxièmement : elles englobent l’Islam dans son ensemble, et que représentent le Coran et la sunna. Elles s’en tiennent ni plus ni moins aux textes sans dévier en quoi que ce soit de leur signification.

Troisièmement : certaines de ces appellations puisent leur origine dans l’authentique Tradition ; d’autres ont vu le jour en réaction aux gens des passions et aux sectes égarées afin de réfuter leurs innovations, de se distinguer d’eux, d’enlever toute confusion dans l’esprit des gens, et de manifester l’opposition à leurs tendances. Avec l’éclosion de la bid’a, ils se sont distingués par le vocable « e-sunna » ; puis, plus tard, en opposition au mouvement de la pensée, ils se sont identifiés au « hadîth wa el Athar » ; l’innovation et les passions se sont énormément répandues dans les dernières générations, c’est pourquoi ils ont pris l’étiquette « hadî e-salaf » (la voie des anciens ndt.), etc.

 

Quatrièmement : les notions d’alliance (l’amour et la haine en Dieu) ont été établies au nom de l’Islam non au nom d’un slogan quelconque, que celui-ci porte un nom ou non. Leur seul critère dans ce domaine, c’est le Coran et la sunna.[8]

 

Cinquièmement : ces appellations ne les poussent nullement à adhérer aveuglément à une personne en dehors du Prophète (r).

 

Sixièmement : ces appellations n’engendrent nullement l’innovation, la désobéissance à Allah, ou l’adhésion aveugle à une personne ou à un groupe en particulier. »

 

Qui sont les salaf sâlih ?

 

D’un point de vue linguistique : salaf est le pluriel de sâlif qui signifie prédécesseur. Les salaf correspondent donc à l’ensemble des prédécesseurs comme dans le Verset : (Nous en avons fait des prédécesseurs et un exemple pour les générations suivantes).[9]

 

El Baghawî nous en donne l’exégèse : « ... les salaf représentent les générations précédentes ; Nous les avons fait venir en premier afin que les générations suivantes tirent des leçons et prennent exemple sur eux. » Ibn el Athîr explique quant à lui : « Les salaf de quelqu’un sont les personnes qui l’ont précédé dans la mort parmi ses ancêtres et sa famille. C'est pourquoi les gens de la première époque parmi les successeurs des Compagnons furent appelés les salaf e-sâlih (les pieux Prédécesseurs). »

 

Pour cerner ce terme plusieurs définitions terminologiques ont été proposées, dont voici les principales :

  1. Il correspondrait aux Compagnons exclusivement ;
  2. Ou bien aux Compagnons et à leurs successeurs (tâbirûn) ;
  3. Ou encore aux Compagnons, à leurs successeurs, et aux successeurs des successeurs (tâbirû e-tâbi’în) ;
  4. Il correspondrait aussi aux générations avant le cinquième siècle (de l’Hégire). Les partisans de cette opinion prétendent que cette tendance (les salaf) est délimitée dans le temps à une période déterminée sans pouvoir la franchir. La pensée islamique aurait évolué ensuite sous la conduite de ses adeptes.

 

 Or, est-il suffisant pour comprendre le terme salaf de le définir à travers des périodes déterminées dans le temps ? Si l’on conçoit que ce terme est synonyme, d’un point de vue temporel, aux trois premières générations comme le dénotent les hadîth délimitant l’âge d’or des musulmans, doit-on ainsi considérer toute personne ayant vécu dans cette période comme un modèle parmi les anciens ?

 

Nul doute que la réponse est non et que cette conception est erronée ! Bon nombre de sectes en effet ont vu le jour au cours de cette période. L’éloignement dans le temps n’est donc pas suffisant pour déterminer le concept de salaf. Il est néanmoins primordial de lier à l’élément temporel, un autre critère et non des moindres. Autrement dit, il est impératif de concorder avec les textes du Coran et de la sunna dans la réflexion. En ayant une pensée qui s’oppose au Coran et à la sunna, on ne compte pas dans le cercle des salafîs, bien qu’on ait pu vivre au sein des Compagnons ou de leurs successeurs.[10]

Ainsi, la présence d’un individu quelconque à cette époque ne suffit pas pour juger de son adhésion à la tendance des anciens. Il doit en plus de cela être fidèle au Coran et à la sunna dans ses paroles et ses actes, soit être conformiste non innovateur ! C’est pourquoi bon nombre de savants précisent en désignant les anciens : les salaf e-sâlih (les pieux Prédécesseurs). L’Imam e-Saffârînî a dit : « La tendance des anciens comprend : le chemin des nobles Compagnons (y), de l’élite parmi leurs fidèles successeurs, de leurs successeurs, et des grandes références de la religion reconnues comme telles. Ils sont connus pour la place illustre qu’ils occupent au sein des musulmans ; leurs paroles se sont propagées de génération en génération. Tous les individus coupables d’avoir innové dans la religion ne comptent pas dans leurs rangs. Ceux-là mêmes qui se distinguent par de mauvaises appellations à l’exemple des kharijites, des râfidhites, des qadarites, des murjites, des jabarites, des jahmites, des mu’tazilites, des karrâmites, etc. »[11]

 

Cet Imam a fait preuve de réserve. Il a considéré que les anciens à prendre en référence doivent être reconnus pour leur autorité sans n’avoir été coupables d’innovation. Les hommes des premiers siècles ne sont pas tous des exemples ! Seule l’élite parmi eux constitue la référence. Celle-ci renferme les Compagnons, les grands imams parmi leurs successeurs, et leurs successeurs d’après. Leur prépondérance est incontestable. Ils sont célèbres pour leur attachement à la Tradition à tel point qu’ils en sont devenus les références. Ils ont, par ailleurs, non seulement pris leur distance avec l’innovation, mais ils ont mis la communauté en garde contre ses méfaits.

 

Ibn Ma'sûd affirme (t) : « Si vous devez suivre quelqu’un, alors choisissez-le parmi ceux qui ne sont plus de ce monde, car le vivant n’est pas à l’abri des tentations. Tandis que les Compagnons de Mohamed (r) étaient l’élite de cette communauté ; ils avaient les cœurs les plus purs, les sciences les plus approfondies, et faisaient le moins d’affectation possible. Des gens qu’Allah a élus pour être aux côtés de Son Prophète (r), et pour propager Sa religion. Imprégnez-vous donc de leurs mœurs et de leur tendance, car ils étaient sur le droit chemin. »[12] L’Imam Ahmed établit quant à lui : « Les fondements de la Tradition chez nous consistent à s’attacher au chemin des Compagnons du Messager d’Allah (r), de les suivre et de s’éloigner des innovations. »[13]

E-Sam’ânî nous donne les détails suivants : « E-salafî avec une fatha sur le sîn et le lâm, et avec un à la fin, signifie s’affilier aux salafs et adhérer à leur tendance comme on a pu l’entendre d’eux. »[14] Après avoir cité les paroles de Sam’ânî, ibn el Athîr ajoute : « Certains savants étaient connus par ce surnom. » Dans certains de ses ouvrages, Sheïkh el Islam ibn Taïmiya surnomme salafî ceux qui adhéraient à la tendance des anciens sur la question d’el fawqiya.[15] De son côté, dans e-siar, e-Dhahabî affirme : « Il requiert au savant érudit (Hâfizh) d’être pieux, intelligent… et salafî. »[16] Il a dit également dans la référence en question au sujet de Dâraqutnî : « L’homme n’a jamais touché aux sciences scolastiques (el kalâm) ni à la polémique ; il ne s’est jamais investi dans ces choses, il était plutôt un salafî. »[17]

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

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[1] Majmû’ el fatâwâ d’ibn Taïmiya (2/43).

[2] Voir : kitâb e-tawhîd (p. 87).

[3] Voir : dar-u e-ta’ârudh d’ibn Taïmiya (7/94-95).

[4] Voir notamment : tafsîr ibn Kathîr (2/351).

[5] Majmû’ el fatâwâ d’ibn Taïmiya (22/307).

[6] Majmû’ el fatâwâ d’ibn Taïmiya (3/333).

[7] Majmû’ el fatâwâ d’ibn Taïmiya (2/41).

[8] Conformément à la compréhension des anciens.

[9] L’ornement ; 56

[10] Voir : Wasatiya ahl e-sunna baïna el firaq du Docteur Mohammed Bâ karîm (p. 96-101) dont nous avons légèrement modifié l’extrait.

[11] Lawâmi’ el anwâr (1/20).

[12] Sharh e-sunna d’el Baghawî (1/214).

[13] Sharh usûl i’tiqâd ahl e-sunna d’e-Lâlakâî (1/156).

[14] El ansâb (3/273).

[15] Elle établit qu’Allah est au-dessus de Sa création. (N. du T.) Il a donné ce surnom à un certain nombre de savants. Voir bayân talbîs el jahmiya (1/122) et Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (207/7, 134/7).

[16] Siar a’lâm e-nubalâ (12/380).

[17] Idem. (17/457)

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12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 12:08

 

 

Dialogue entre un quiétiste et un chrétien flic

(Partie 4/1)

 

« C'est une très méchante manière de raisonner que de rejeter ce qu'on ne peut comprendre. » François René de Chateaubriand

« Le Génie du Christianisme »

Qui ignore haït.

 

« L'homme simple croit tout ce qu'on dit, Mais l'homme prudent est attentif à ses pas. » [Proverbes 14,6]

 

« Le premier qui défend sa cause paraît juste ; arrive la partie adverse, et elle lui demande des preuves. » [Proverbes 18,17]

 

« Celui qui répond avant d'avoir écouté fait un acte de folie et s'attire la confusion. » [Proverbes 18,13]

 

« Un aveugle peut-il conduire un aveugle ? Ne tomberont-ils pas tous deux dans une fosse ? » [Luc 6, 39]

 

Nous avons vu dans la nouvelle série d’articles avec laquelle nous opérons un tir croisé qu’aux yeux du jeune journaliste Thomas Deltombe nous sommes passés depuis la fin du deuxième millénaire de ce qu’il appelle « racisme vulgaire » au « racisme distingué ».[1] En parallèle, s’est développé le racisme des clercs qui se camoufle derrière la recherche universitaire pour laisser libre court à leurs relents xénophobes, mais pas seulement.

 

Michel Orcel se charge de fustiger cette « nouvelle islamophobie chrétienne » dans deux ouvrages où il pointe les buts inavoués de cette « islamophobie savante » qui tarde à donner son nom.[2]

 

Pour lui, si, depuis le concile de Vatican II l’Eglise reconnaît l’islam comme une religion authentiquement abrahamique, des savants contemporains, chrétiens ou proches de l’Eglise – dont certains tiennent un discours proche de l’extrême droite politique - utilisent les armes nouvelles que leur fournissent des sciences comme la philologie, la linguistique ou l’histoire des religions, pour jeter le discrédit sur l’islam. Discrédit scientifique (en s’en prenant avant tout aux origines linguistiques et à la constitution du corpus coranique) et discrédit moral (morale sexuelle, violence, etc.).  Le constat est sans appel chez notre essayiste qui : « à la faveur des recherches sur l’état de l’islamologie contemporaine […] a découvert avec effroi qu’une bonne part de ce qu’on nomme aujourd’hui l’islamophobie savante est intimement liée à l’Eglise. »[3]

 

Ce dernier souhaite rendre à l’Islam sa dignité en réfutant les thèses de l’islamophobie chrétienne, car « à travers quelques-uns de ses représentants […] une religion qui se réclame d’un Dieu d’amour use de procédés retors et de bassesses pour discréditer un rameau concurrent de sa propre foi mérite qu’on lui rappelle les balbutiements de sa propre histoire, ses manipulations et ses violences. ».

 

Finalement, pour Michel Orcel, les éléments externes à la Tradition musulmane, viennent le plus souvent corroborer celle-ci. Que ce soit sur l’existence du Prophète de l’Islam ou bien sur la « constitution » du Coran, « il semble bien que l’islam soit mieux loti que le christianisme » pour lequel les plus anciens témoignages et textes (biographiques et dogmatiques) date de prés d’un siècle après la mort de Jésus. De même, nier l’existence de la Mecque et de la Kaaba avant l’époque des califes Omeyyades comme le font certains tenant de l’hyper-criticisme (pour ne pas dire certains « révisionnistes »), pour l’auteur « cela relève aujourd’hui non de l’hypothèse scientifique, mais de l’idéologie et presque de la mauvaise foi, tant sont nombreux les indices et témoignages contredisant cette thèse ».[4]

 

Nous allons développer chacun de ses points, mais dors et déjà intéressons-nous à une « branche » de l’islam qui, à juste titre, remue énormément les passions à l’orée du troisième millénaire, le salafisme.

 

Qu’est-ce que le traditionalisme ?

 

« La religion se résume à deux principes : Nous devons uniquement adorer Allah et uniquement l’adorer selon Sa loi. »[5]

 

Déjà, entendons-nous sur la définition de l’islam : « L’Islam, c’est se soumettre à Allah à travers Son unicité et Son obéissance, tout en renonçant à l’association et à ses adeptes. »[6]

 

Ibn Taïmiya définit les traditionalistes comme suit : « Ils représentent ceux qui s’attachent au Livre d’Allah, à la Tradition de Son Messager (r), au consensus des premiers et devanciers parmi les Émigrés mecquois, les Auxiliaires médinois, et leurs fidèles successeurs. »[7]

 

Le signe distinctif des traditionalistes, c’est de prendre les textes et le consensus en référence.[8] Ces derniers suivent fidèlement les pieux Prédécesseurs, et considèrent que le Messager (r) est la source, la référence essentielle sur laquelle se fondent les enseignements canoniques islamiques. Quant aux innovateurs, ils ne s’inspirent ni du Coran ni de la sunna et ni des annales remontant aux pieux Prédécesseurs. Ils se tournent plutôt vers la pensée, la langue, et la philosophie, la base de leur raisonnement.[9]

 

‘Alî ibn Abî Tâlib (t) : « Si on devait insérer la raison dans la religion, il serait plus logique lors des ablutions d’essuyer le dessous des chaussons que le dessus, mais c’est bien le contraire que j’ai vu faire le Prophète (r). »[10]

 

Qu’est-ce que l’innovation ?

 

Sheïkh el Islam ibn Taïmiya établit : « La bid’a (l’innovation ndt.)[11] par laquelle nous pouvons considérer que son auteur est un mubtadi’ (innovateur ndt.) correspond à toute initiative connue chez les savants traditionalistes pour être contraire au Coran et à la sunna à l’exemple de la bid’a des kharijites, des râfidhites, des qadarites, et des murjites. »[12]

 

L’innovation incarne : « tout ce qui va à l’encontre du Coran, de la sunna, et du consensus des anciens dans le domaine de la croyance ou de l’adoration. »[13] Ou, en d’autres termes : « tout ce qu’Allah n’a pas légiféré dans le domaine de la religion… Quiconque prend pour religion ce qu’Allah n’a pas légiféré relève de l’innovation, quand bien même celle-ci serait motivée par une erreur d’interprétation involontaire des textes. »[14]

 

« Le terme ahl e-sunna désigne les personnes qui reconnaissent la légitimité des trois premiers Khalifes. Il englobe ainsi toutes les sectes de l’Islam à l’exception des râfidhites. Il peut par ailleurs désigner les adeptes du hadîth et de la sunna pure. Dans ce cas, il inclut uniquement les personnes qui admettent les Attributs divins, la particularité incréée du Coran, la vision d’Allah dans l'au-delà, le destin, et les autres points notoires du crédo traditionaliste. »[15]

 

Le traditionalisme incarne l’orthodoxie musulmane et la tendance médiane

 

Allah a envoyé Son Prophète Mohammed (r) à l’humanité par un effet de Sa miséricorde : (C’est par pure miséricorde que Nous t’avons envoyé à l’humanité).[16] Il a fait de sa nation une « nation médiane » : (Ainsi, Nous avons fait de vous une nation médiane afin que soyez les témoins contre l’humanité et que le Messager soit le témoin contre vous).[17] C’est-à-dire qu’ils sont justes et qu’ils ne dévient pas de la vérité ; ils ne penchent ni vers le rigorisme ni vers le laxisme, mais ils restent sur la voie de la modération et du juste milieu.

 

L’Islam interdit à la fois l’excès de rigueur et le manque de rigueur. Il commande la modération et le juste équilibre dans toute chose. Parmi les particularités les plus caractéristiques de cette religion, c’est son équité. Elle condamne l’injustice et prône de juger selon la balance de la justice.

 

Le plus grand exemple de modération au niveau des paroles, des actes, et des convictions, c’est celle que l’Islam nous apporte. Et les traditionalistes en sont les plus grands représentants. Ils incarnent l’Islam à tous les niveaux, car ils prenent le Prophète (r) et les nobles Khalifes en exemple. Ils se conforment aux enseignements du Coran et de la sunna, selon la compréhension des anciens de cette communauté. Ils sont en premier lieu concernés par cette fameuse modération, Bien que celle-ci vise, avant tout, la communauté musulmane dans son ensemble.

 

Ils sont le modèle parfait pour la communauté qu’Allah a rendu « médiane » en l’occurrence. Elle est la meilleure nation parvenue aux hommes étant donné qu’elle est la seule tendance à se conformer parfaitement au Livre d’Allah (Y) et à la Tradition de Son Messager (r). Tous les autres groupes affichent peu ou prou une opposition au Coran et à la sunna dans la croyance ou le discours.[18] Les traditionalistes, l’élite des musulmans s’inscrivent au milieu des autres tendances ; ils méritent donc leur statut de « groupe sauvegardé » et de « secte sauvée ».[19]

 

Une formule laconique empruntée à Sheïkh el Islam explique ce principe à merveille : « Ils se trouvent au milieu entre les différentes tendances comme l’Islam est au milieu entre les autres croyances. »[20] Ailleurs, ibn Taïmiya développe ce point : « Leur tendance est médiane dans le domaine des Noms d’Allah (I) entre les mu’attila (les négateurs ndt.) jahmites et les mushabbiha (assimilateurs ndt.).[21] Leur tendance est médiane dans le domaine des Actions d’Allah (I) entre les qadarites (partisans du libre libre ndt.),[22] et les jabarites (déterministes ndt.).[23] Dans le domaine du mauvais devenir de l’homme (el wa’îd : la menace ndt.), ils sont entre les murjites[24] et les wa’îdiya[25] parmi les qadarites[26] et autres. Concernant les diverses catégories d’individus dans le domaine de la foi et de l’appartenance à la religion, ils sont entre les harûrites[27] et les mu’tazilites d’un côté et les murjites et les jahmites de l’autre. Concernant les Compagnons du Prophète (r), ils sont entre les râfidhites et les kharijites. »[28]

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

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[3] Dans une interview, Orcel met mieux en lumière sa pensée : « Il ne fait pas de doute qu’il existe en France une double islamophobie : celle de l’extrême-droite catholique (je l’ai dénoncée dans mon dernier ouvrage ; n’oublions pas de la distinguer de la masse des fidèles et des clercs, qui manifestent une remarquable ouverture et une vraie volonté de partage) et celle d’un laïcisme militant, très ancré à droite et souvent pro-sioniste. Comme je l’ai montré, il n’est pas rare que les deux collaborent… »

https://www.facebook.com/Linventiondelislam/posts/258526954245023

[5] El ubûdiya (p. 31).

[6] Nous la devons à ibn Taïmiya qui fut cité par ibn ‘Abd el Wahhâb dans e-thalâtha el usûl.

[7] Majmû’ el fatâwâ d’ibn Taïmiya (2/375).

[8] Majmû’ el Fatâwâ (3/346-347).

[9] Cet extrait est retranscrit en résumé : voir notamment : muwafaqat sarîh el ma’qûl li sarîh el manqûl en annotation à manhâj e-sunna (1/222).

[10] Rapporté par Abû Dâwûd (n° 162-164).

[11] Sheïkh Ibrahim  e-Ruhaîlî a retenu la définition suivante de l’innovation : toute voie inventée dans la religion qui vient s’opposer à la Législation avec l’intention pour celui qui l’emprunte d'amplifier l’adoration d’Allah.

[12] Majmû’ el fatâwâ (35/414).

[13] Majmû’ el fatâwâ (414/35).

[14] El istiqâma (1/42).

[15] Minhâj e-sunna (2/163).

[16] Les Prophètes ; 107

[17] La vache ; 143

[18] Sheïkh el Islam ibn Taïmiya dit à ce sujet : « La vérité pure, celle qui n’est entachée par aucune souillure, se trouve avec les gens de la tradition et de l’union. Ce constat notoire a été possible après des études approfondies sur les différentes croyances et les principes des différentes tendances. » Voir : Tarîq el wusûl ilâ el ‘ilm el ma-mûl (p. 22).

[19] Voir : Wasatiya ahl e-sunna baïna el firaq (p. 287).

[20] El fatâwâ (4/140).

[21] Ils reconnaissent les Noms et les Attributs divins à outrance au point de faire ressembler Allah à Ses créateurs. (N. du T.)

[22] Ils dénient qu’Allah puisse avoir une action quelconque sur le libre arbitre des êtres humains. En d’autres termes, ils prétendent qu’Allah ne crée pas les actions de l’homme (N. du T.)

[23] Ils reconnaissent l’action d’Allah sur l’homme à outrance à tel point de dire que ce dernier n’a aucun libre arbitre, et qu’Il est entre les Mains d’Allah comme un automate. (N. du T.)

[24] Ils assument que l’auteur des grands péchés va directement au Paradis sans passer éventuellement par un séjour en Enfer. (N. du T.)

[25] Ce sont les kharijites et les mu’tazilites. Ils disent que l’auteur des grands péchés séjourne éternellement en Enfer. (N. du T.)

[26] Ces derniers n’admettent pas qu’Allah puisse à la fois être le créateur des actes de l’homme et à la fois le châtier en Enfer. Comme ils pensent que cela est une forme d’injustice, ils ont tous simplement renié le Pouvoir d’Allah sur les actions de l’homme en disant que l’homme crée ses propres actions. Ils sont comparables ainsi aux manichéens, ceux qui croient au Dieu du bien et au Dieu du mal. (N. du T.)

[27] Une secte des kharijites ayant pris pour repaire sous le Khalifat d‘Alî, la montagne de Harûra en Iraq. (N. du T.)

[28] Majmû’ el fatâwâ (3/141).

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29 janvier 2017 7 29 /01 /janvier /2017 21:14

 

 

Dialogue entre un quiétiste et un chrétien flic

(Partie 3/5)

 

Entre le marteau et l’enclume, la peste et le choléra

 

En réaction à l’échec du despotisme, l’Occident revient aux méthodes aussi vieilles que les calandes grecques (qui en réalité étaient romaines), la démocratie athénienne qui, elle-même, s’inscrit en réaction aux mauvaises expériences du passé. Il s’agit désormais d’amadouer le peuple par les chaines du plaisir offrant un semblant de liberté, une nouvelle forme d’esclavage qui ne dit pas son nom, arrosé par l’opulence, et la liberté d’expression saupoudrée par les moyens modernes de communication.

 

« La communication est à la démocratie ce que la violence est à la dictature. »
Noam Chomsky

 

« L'art de la politique est de faire en sorte que les gens se désintéressent de ce qui les concerne. »
Daniel Mermet

 

« La liberté d'une démocratie est en danger si le peuple tolère l'emprise croissante de puissances privées au point où elles possèdent plus de pouvoir que l'état démocratique lui-même. C'est l'essence même du fascisme - la mainmise sur le gouvernement d'un individu, d'un groupe ou de tout autre pouvoir de contrôle privé. »

President Franklin D. Roosevelt

 

« Une fois que vous avez vu certaines choses, vous ne pouvez pas les dé-voir. Et ne rien voir est autant un acte politique que de voir quelque chose. »

Arundhati Roy

 

« La façon intelligente de maintenir la passivité des gens, c'est de limiter strictement l'éventail des opinions acceptables, mais en permettant un débat vif à l'intérieur de cet éventail - et même d'encourager des opinions plus critiques et dissidentes. Cela donne aux gens l'impression d'être libres de leurs pensées, alors qu'en fait, à tout instant, les présuppositions du système sont renforcées par les limites posées au débat. »
Noam Chomsky

 

« L'information est devenue un produit comme un autre. Un journaliste dispose d'à peine plus de pouvoir sur l'information qu'une caissière de supermarché sur la stratégie commerciale de son employeur. »

Serge Halimi

 

« Le prix à payer pour être présenté par les média comme un candidat "responsable et sérieux" est généralement d'être en accord avec la distribution actuelle de la richesse et du pouvoir. »

Michael Lerner

 

« J’ai la plus grande admiration pour votre propagande. La propagande occidentale est délivrée par des experts qui ont reçu la meilleure formation au monde - dans le domaine de la publicité - et maitrisent leur technique avec une efficacité extraordinaire. Votre propagande est subtile et convaincante ; la notre est directe et évidente. Je pense que la différence fondamentale entre nos deux mondes, en ce qui concerne la propagande, est très simple. Vous avez tendance à croire à la votre, alors que nous avons tendance à ne pas croire à la notre. »

Un journaliste soviétique basé aux Etats-Unis

 

Winston Churchill disait :

« Le meilleur argument contre la démocratie est un entretien de cinq minutes avec un électeur moyen »

 

Oscar Wilde aimait à dire que la démocratie était : « L’oppression du peuple, par le peuple, pour le peuple »

 

Frederik Von Hayek nous avait pourtant encore une fois avertis :

« Ainsi conçue, la liberté de la représentation nationale signifie l’oppression des citoyens. Elle est absolument en conflit avec la conception d’un pouvoir gouvernemental constitutionnellement limité, elle est inconciliable avec l’idéal d’une société d’hommes libres… »[1]

 

« L’opinion publique n’est plus une résistance, mais au contraire un auxiliaire des abus de pouvoirs “un conformisme du nombre” où l’intelligence de chacun est écrasée par l’esprit de tous… »[2]

 

L’historien Elias Regnault : « Tous les principes politiques de la démocratie reposent sur un fait unique, la majorité. La majorité étant la loi, la vérité, l’individu qui s’isole est hors de la loi, hors de la vérité. »[3]

 

Voir : http://www.nawa-editions.com/les-musulmans-francais-lepreuve-de-la-democratie/#_ftnref2

 

Huxley préconisait (dans une interview de 1958) à propos des dictatures modernes à venir : « Ce type de dictature du futur sera très différent des dictatures que nous avons pu connaître dans le passé [...] si vous voulez préserver votre pouvoir indéfiniment, vous devez obtenir le consentement des gouvernés, et ils le feront en partie aves des drogues, comme je le prévoyais dans "Brave New World", en partie par ces nouvelles techniques de propagande. Ils vont le faire en contournant l’aspect rationnel de l’homme en faisant appel à son inconscient et à ses émotions les plus profondes, ainsi qu’à sa physiologie même, et ainsi lui faire réellement aimer son esclavage. »

 

 

 

L’islamophobie au service de la propagande

 

 « En général, on fera en sorte de bannir le sérieux de l’existence, de tourner en dérision tout ce qui a une valeur élevée, d’entretenir une constante apologie de la légèreté ; de sorte que l’euphorie de la publicité devienne le standard du bonheur humain et le modèle de la liberté. Le conditionnement produira ainsi de lui-même une telle intégration, que la seule peur – qu’il faudra entretenir – sera celle d’être exclus du système et donc de ne plus pouvoir accéder aux conditions nécessaires au bonheur. L’homme de masse, ainsi produit, doit être traité comme ce qu’il est : un veau, et il doit être surveillé comme doit l’être un troupeau. Tout ce qui permet d’endormir sa lucidité est bon socialement, ce qui menacerait de l’éveiller doit être ridiculisé, étouffé, combattu. Toute doctrine mettant en cause le système doit d’abord être désignée comme subversive et terroriste et ceux qui la soutienne devront ensuite être traités comme tels. »

Enders G., L’Obsolescence de l’homme, t. 1, trad. Christophe David, Editions Ivrea , Paris, 2002 et T-2, Sur la destruction de la vie à l’époque de la troisième révolution industrielle, trad. Christophe David, éditions Fario, Paris, mars 2011

 

Entre universalisme et impérialisme, une frontière poreuse

 

« Exiger - sans autre forme de procès - le multipartisme, LA démocratie, des élections "libres" et une presse libre à 150 km de Miami est une façon comme une autre d'aller pisser sur la tombe de Salvador Allende. »

Viktor Dedaj

 

Dans le discours cité plus haut, Jule Ferry, héros de la laïcité, fait l’apologie du colonialisme :

 

M. Jules Ferry : « Est-ce qu’il est possible de nier que ce soit une bonne fortune pour ces malheureuses populations de l’Afrique équatoriale de tomber sous le protectorat de la nation française ou de la nation anglaise ? Est-ce que notre premier devoir, la première règle que la France s’est imposée, que l’Angleterre a fait pénétrer dans le droit coutumier des nations européennes et que la conférence de Berlin vient de traduire le droit positif, en obligation sanctionnée par la signature de tous les gouvernements, n’est pas de combattre la traite des nègres, cet horrible trafic, et l’esclavage, cette infamie (…)

Il est ensuite arrivé à un troisième, plus délicat, plus grave, et sur lequel je vous demande la permission de m’expliquer en toute franchise. C’est le côté politique de la question.

 

Messieurs, dans l’Europe telle qu’elle est faite, dans cette concurrence de tant de rivaux que nous voyons grandir autour de nous, les uns par les perfectionnements militaires ou maritimes, les autres par le développement prodigieux d’une population incessamment croissante ; dans une Europe, ou plutôt dans un univers ainsi fait, la politique de recueillement ou d’abstention, c’est tout simplement le grand chemin de la décadence !

(…)

M. Paul de Cassagnac: « Nous nous en souviendrons, c’est l’apologie de la guerre ! »

(…)

M. Jules Ferry : « Rayonner sans agir, sans se mêler aux affaires du monde, en se tenant à l’écart de toutes les combinaisons européennes, en regardant comme un piège, comme une aventure, toute expansion vers l’Afrique ou vers l’Orient, vivre de cette sorte, pour une grande nation, croyez-le bien, c’est abdiquer, et dans un temps plus court que vous ne pouvez le croire, c’est descendre du premier rang au troisième ou au quatrième. (…) »

 

Il avait bon œil le Jules, depuis les américains passés devant, n’en démordent pas moins, à l’heure des bilans :

 

« Si les gens devaient découvrir ce que nous avons fait, nous serions pourchassés dans les rues et lynchés. »

Président George H.W. Bush, cité par Sarah McClendon (reporter à la Maison Blanche) dans sa lettre d'infos datée de Juin 1992.

 

« Nous faisons semblant de ne pas comprendre le lien entre notre confortable niveau de vie et les dictatures que nous imposons et protégeons par une présence militaire internationale. »

Jerry Fresia

 

« L’Occident a dominé le monde non pas par la supériorité de ses idées, de ses valeurs ou de sa religion mais par sa supériorité à recourir méthodiquement à la violence. Les occidentaux l'oublient souvent, les autres ne l'oublient jamais. »

Samuel P. Huntington

 

Conclusion

 

L’islamophobie ambiante mise en place par la propagande à la faveur d'une maitrise orgastique du billard grâce à laquelle d’une pierre deux coups elle conforte son leadership, sonne le glas de l’Église aux abois, bien loin, pourtant, d’avoir dit son dernier mot. Dans un élan éperdu de survie, celle-ci tente de redorer son blason quitte à renoncer à ses principes les plus nobles, par le biais de sa pratique ancestrale du double langage, cet arcane (taqiya) chrétien qui se met au diapason avec le discours républicain anticlérical. Cet hymne du diable est naïvement repris par des fidèles, pétris de résolutions charitables, mais qui risque fort, sous le drapeau des croisés en ébullition, de subir les frais de leur zèle ambivalent !

 

                     

Par : Karim Zentici

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[1] HAYEK, op. cit.

[2] Yves GUYOT, La démocratie individualiste, 1907, p. 154.

[3] Marc UHRY, L’intérêt général, p. 164.

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28 janvier 2017 6 28 /01 /janvier /2017 18:37

 

 

Dialogue entre un quiétiste et un chrétien flic

(Partie 3/4)

 

Le côté obscur de l’Humanisme

 

« L'athéisme est trop méprisable pour se réclamer de la science ou de la raison ou pour mériter le nom d'une quelconque idéologie ! II est trop insignifiant et trop petit pour avoir droit de cité ! L'athéisme n'est qu'une illusion suggérée à des esprits prédisposés à recevoir les injonctions sournoises des démons ! »

Camille Flammarion, astronome français (1842-1925).

 

À la Renaissance, des humanistes ont été liés au développement de la kabbale et à l'ésotérisme, ce qui provoqua des controverses. Marin Mersenne est resté célèbre pour avoir dénoncé une secte philosophique qui réunissait Mirandole, Cornelius Agrippa et Francesco di Giorgio.

Au XXe siècle, le théologien catholique Henri de Lubac a écrit Le drame de l'humanisme athée : selon lui, l'humanisme athée exalte le libre arbitre jusqu'à l’excès. Il dit que l'humanisme moderne constitue une forme nouvelle de pélagianisme, c'est-à-dire une religion humaniste privée de grâce.[1]

Lubac pensait que l’orgueil de l'être humain pour soi était la cause principale de l'athéisme moderne. Il écrivit que la doctrine humaniste athée conduisait immanquablement vers un manque d'humilité et un manque de charité.

 

Sur le plan éthique, les valeurs humanistes ont été critiquées par Pierre-André Taguieff comme étant prométhéennes. Selon lui, il déresponsabilise l'être humain et encourage des pratiques douteuses comme l'eugénisme. Plus généralement, une certaine conception de l'humanisme peut amener à voir l'Homme comme un "Être Suprême" ayant le droit (et même le devoir) de s'approprier la nature et d'en faire une exploitation sans limite.

 

Heidegger a critiqué l'humanisme à partir d'un questionnement qui se veut absolument radical dans sa fameuse "lettre sur l'humanisme" adressée à Jean Beaufret en 1946 : pour lui, l'humanisme ne pense pas de manière suffisante l'essence de l'être humain, restant à sa définition comme animale rationale. En réalité, il s'agirait de penser celui-ci dans son rapport à l'Être et par-là sortir de sa détermination métaphysique (celle-ci ayant en fin de compte mené à l'utilitarisme social, etc.).

 

L'humanisme a aussi été accusé de promouvoir une vision universaliste de l'Homme reflétant excessivement un système de valeurs propre à la civilisation occidentale, de nature à légitimer l'impérialisme.[2]

 

La nouvelle religion de la « raison »

 

« Qui contrôle le passé, contrôle le futur ; qui contrôle le présent, contrôle le passé. »

1984 George Orwell

 

À l’orée de la sixième République, un constat s’impose « Les grandes mythologies élaborées en Occident depuis l'aube du XIXe siècle ne sont pas simplement des efforts pour combler le vide laissé par la décomposition de la théologie [...]. Elles sont elles-mêmes une sorte de « théologie de substitution ». »

— George Steiner

 

C’est à l’aune de cette vision qu’il incombe de replacer certaines citations islamophobes d’intellectuels de renom qui n’oublient pas au passage d’écorcher la religion qui les a vus naitre :

 

« Le fait que Mahomet ait écrit le "Coran" sous la dictée de l'ange Gabriel est non seulement absurde, mais dangereux : du fait de leur caractère sacré, on ne peut plus rien changer à ces écrits, et l'islam risque de se retrouver de plus en plus décalé par rapport au monde contemporain. »

(Albert Jacquard / né en 1925 / Revue Topo, anatomie du credo / avril 2004)

 

« L’islam est contraire à l'esprit scientifique, hostile au progrès ; il a fait des pays qu'il a conquis un champ fermé à la culture rationnelle de l'esprit. »

(Ernest Renan / 1823-1892 / conférence à la Sorbonne, 1883)

 

« La philosophie doit prendre le relais de la religion, sans textes sacrés, sans le Coran, la Bible ou le livre du Bouddha. »

(André Comte-Sponville / né en 1952)

 

« Ce jeune musulman, élève de Massignon, qui vint un matin me parler avec des larmes, des sanglots dans la voix, il racontait sa conviction profonde : l'Islam seul était en possession de la vérité qui pouvait apporter la paix au monde, résoudre les problèmes sociaux, concilier les plus irréductibles antagonismes des nations... Berdiaeff réserve ce rôle à l'orthodoxie grecque. De même le catholique ou le juif, chacun à sa religion propre. C'est au nom de Dieu qu'on se battra. Et comment en serait-il autrement, du moment que chaque religion prétend au monopole de la vérité révélée ? Car il ne s'agit plus ici de morale ; mais bien de révélation. C'est ainsi que les religions, chacune prétendant unir tous les hommes, les divisent. Chacune prétend être la seule à posséder la Vérité. La raison est commune à tous les hommes, et s'oppose à la religion, aux religions. »

(André Gide / 1869-1951 / Journal 1889-1939 / 14 avril 1933)

 

Remobiliser les troupes pour pérenniser son pouvoir

 

« Bien agiter le peuple avant de s’en servir », disait Talleyrand.

 

« Afin de rassembler les gens derrière leurs idées, les gouvernements ont besoin d’ennemis. Ils veulent que nous ayons peur, que nous haïssions, ainsi nous nous rassemblons derrière eux. S’ils n’ont pas de véritable ennemi, ils en créent un afin de nous mobiliser. »
Thich Nhat Hanh, moine vietnamien, activiste et écrivain –
Resistance 71

 

André Malraut est l’auteur d’une formule savoureuse, énoncée lors de la campagne présidentielle de 1974 : « Politiquement, l'unité de l'Europe est une utopie. Il faudrait un ennemi commun pour l'unité politique de l'Europe, mais le seul ennemi commun qui pourrait exister serait l'islam. »

 

Les catholiques et le néo concile de Nicée

 

La complaisance coule dans les veines des adeptes autoproclamés de Jésus à tel point qu’ils se rangent sous la bannière de leur ennemi acharné, ayant dépouillé l’Église de son âme et de ses privilèges. La République ne lui laisse pour consolation que des bribes du pouvoir, des miettes éparpillées dans ses légions de missionnaires au service de la propagande contre-insurrectionnelle et dispatchés dans les colonies à pacifier. La République se montre sans pitié avec la volonté opiniâtre des rescapés religieux de rester en vie, et ses méthodes sont d’une efficacité radicale ! Encore une fois, les clercs sont rattrapés par leur cupidité (ou leur naïveté, c’est selon), et se laissent happer par les pièges tendus et aussi gros que le nez au milieu du visage !

 

Le discours d’un clerc dominicain incitant ses fidèles au vote en 1895, dix ans avant que ne soit prononcé la sentence de mort (loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’État) :

« Protestez, pétitionnez, résistez. Montrez que la conscience chrétienne est vivante et qu’on ne peut la faire taire qu’en abolissant les lois de justice et par la persécution. Mieux encore armez-vous de l’autorité de vos suffrages, puisque vous avez le droit de désigner et choisir ceux qui doivent gouverner la chose publique. Considérez l’exercice de ce droit comme un devoir rigoureux auquel on ne peut se soustraire sans trahir les intérêts de son pays. [En votant faites la preuve, NDA] qu’aucune forme légitime de gouvernement n’est synonyme d’irréligion, d’impiété, d’oppression des consciences, de guerre au christ et à son église. »[3]

 

Musulmans, prenez de la graine !

 

Le bilan chrétien qu’en donne Maxence Hecquard et le constat d’échec lamentable à sauvegarder une société française chrétienne :

 « Telle est la leçon du fiasco de la démocratie chrétienne. Son existence même reposait sur cette doctrine du moindre mal : pour ne pas être exclue de l’exercice du pouvoir elle décida de participer à un régime laïc contraire au principe chrétien du règne social du Christ. Force est de constater que, depuis la seconde guerre mondiale, elle n’a pu empêcher la destruction systématique des dernières traces du christianisme dans la démocratie. Sa doctrine l’a donc conduite, échec après échec, à réduire ses prétentions spécifiques, c’est-à-dire à sa propre autodestruction… »[4]

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

[1] L'Église catholique a condamné le philosophe français Jean-Jacques Rousseau parce qu'elle estimait que, dans le Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, publié en 1755, il niait le péché originel et adhérait au pélagianisme.

Le pape Grégoire XVI a condamné le théologien allemand Georg Hermes en 1835 pour des positions pélagiennes.

Le théologien catholique Henri de Lubac a dénoncé le fait qu'à trop exalter le libre arbitre, on produit une « religion humaniste », croyante ou athée.

Du contrat social est un traité de philosophie politique présentant comment l’homme, passé de l’état de nature à l’état de société, peut instituer un ordre social au service de l'intérêt général. Le pacte social que propose Rousseau établit que chacun doit renoncer à tous ses droits particuliers ou du plus fort pour obtenir l'égalité des droits que procure la société. Cette aliénation de chaque sujet de l’État est ce pacte qui offre à chacun l’égalité.

[3] NEMO, op. cit. p. 225.

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27 janvier 2017 5 27 /01 /janvier /2017 18:35

 

 

La terreur au service de la liberté

 

Voltaire : « Ceux qui peuvent vous faire croire en des absurdités pourront vous faire commettre des atrocités. »

Quand le terrorisme était une valeur républicaine.[1] Pour reprendre la fameuse formule de Saint-Just, le sinistre « archange de la Terreur » qui doit son surnom à son intransigeance sur ses idéaux politiques : « pas de liberté pour les ennemis de la liberté ». Il faut prendre la formule « la liberté ou la mort » au sens littéral : il s’agit bien non seulement de « mourir » mais aussi de « faire mourir » pour fonder la liberté.

 

La Révolution française en particulier représente une application violente de la philosophie des Lumières, notamment lors de la brève période de pouvoir des Jacobins. Le désir de rationalité révolutionnaire se coupe du rationalisme dit « spirituel » de Descartes, jusqu'à conduire à une tentative d’éradiquer l’Église et le christianisme dans son ensemble. Ainsi, la Convention nationale change le calendrier, système de mesure du temps, et le système monétaire, tout en plaçant l’idée d’égalité, sociale et économique, au plus haut point des priorités de l’État.[2]

 

Ce socle idéologique qui relie les jacobins aux philosophes des Lumières est aussi, voire plus puissant que celui qui relie les djihadistes aux quiétistes.

 

Les jacobins, d’anciens « dormants »

 

C’est désormais la Grande Terreur.

« Les têtes tombent comme des ardoises » note Fouquier-Tinville.

 

Les Jacobins et leur idéologie se confondent avec la Terreur et la dictature de Salut Public (de 1793 au printemps 1794). C’est en partie cette adéquation entre jacobinisme et dictature de Salut Public qui a entretenu la légende jacobine après la disparition du Club lors de la réaction thermidorienne. Aux XIXe et XXe siècles, jacobinisme est synonyme de dictature révolutionnaire, dictature de la liberté.

 

Leurs idées sont modérées au départ, en effet les membres de la Société préconisent une monarchie constitutionnelle libérale, mais non démocratique (les Jacobins sont tous des citoyens actifs, des bourgeois qui paient une cotisation élevée : 24 francs). Leurs positions, cependant, ont tendance à se durcir par la suite fin 1790 début 1791.

 

Le 22 septembre 1792, la Société des Amis de la constitution s’était auparavant débaptisée solennellement et avait décidé de se nommer « Société des Jacobins amis de la liberté et de l'égalité ». Le Club des Jacobins ainsi ressaisi joue un rôle d’opposition à la majorité de la Convention (Girondins, Modérés). Les Jacobins ont pu dominer politiquement le pays seulement parce qu’ils avaient une idéologie qui se calquait aux besoins du moment.

 

Politiquement, ce sont des démocrates, ils comprennent la nécessité d’une révolution politique destinée à assurer à tous les hommes un régime, dont la charte s’inscrit dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen et que résume le slogan Liberté-Égalité-Fraternité (la notion de fraternité n'apparaissant toutefois qu'en 1848). En 1789, les Jacobins étaient monarchistes, en 1793 ils sont devenus des républicains fervents. Le Club est toujours à l’avant-garde politique même si le personnel politique jacobin change. Les Jacobins de l’An II ont pour référence Rousseau, Du contrat social et l’idée de démocratie directe. Socialement, ils demeurent des démocrates bourgeois respectueux de la propriété (même en l’An II, leur composition sociale restera essentiellement bourgeoise et artisanale). Ils désirent par-dessus tout l’établissement de la petite propriété, ils refusent la loi agraire, mais ils condamnent tout autant la très grande propriété regardée comme étant un facteur d’oppression. Ils sont ardemment patriotes, ils observent un culte fervent à la Patrie inséparable de la liberté que l’on doit défendre si elle est attaquée.

 

La doctrine jacobine implique une volonté de sacrifice individuel à des principes qui dépassent pour le bien de tous l’intérêt de chacun. « Être jacobin » demeure être un homme à principe, prêt à sacrifier son bonheur et sa vie même au triomphe des idées politiques et sociales que proclame la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, et au Salut de la Patrie. Gaston Martin considère les Jacobins comme des fanatiques qui ont admis la nécessité pour vaincre du « despotisme de la liberté ».[3]

 

Ainsi, ibn Taïmiya est une référence djihadiste au même titre que Rousseau est une référence Jacobine !

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

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27 janvier 2017 5 27 /01 /janvier /2017 18:26

Dialogue entre un quiétiste et un chrétien flic

(Partie 3/3)

 

Complot judéo-maçonnique ?

 

Voltaire : « Pour savoir qui vous dirige vraiment, il suffit de regarder ceux que vous ne pouvez pas critiquer. »

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Complot_jud%C3%A9o-ma%C3%A7onnique

 

Le 20 août 1806, Augustin Barruel rapporte avoir reçu à Paris une lettre de Florence provenant d'un capitaine italien, Jean Baptiste Simonini, dans laquelle ce dernier exprime la satisfaction que lui a procuré la lecture de ses Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme. Il tient toutefois à évoquer un témoignage personnel, évoquant la thèse de la judéo-maçonnerie, qui lui permet d'affirmer que la maçonnerie est sous la direction du judaïsme. Barruel transmet la lettre au pape Pie VII, qui lui répond par son secrétaire, puis au roi Louis XVIII. Ces correspondances ont été publiées pour la première fois en 1882, dans le journal La Civiltà Cattolica.

En 1816 Johann Christian Ehrmann publie en Allemagne anonymement une théorie du complot par un livre et l'adressant comme un avertissement aux Allemands appuyant la thèse d'un complot judéo-maçonnique affirmant que les juifs francs-maçons de Francfort voulaient une république mondiale fondée sur l'humanisme.

 

En 1893 l’archevêque Leo Meurin alimente la thèse par une réflexion philosophique et théologique dans son livre la franc maçonnerie Synagogue de Satan. Il y explique que par l'interprétation prosaïque et littérale que les juifs tirent du récit biblique, ils projetteraient de dominer la terre par la voie de la corruption idéologique. Ainsi les juifs utiliseraient les francs-maçons comme leurs suppôts, auxquels ils auraient transmis leur doctrine kabbalistique et leur aversion pour l’Église et le Christ. Il établit des liens entre la kabbale et la dogmatique maçonnique en se référant au livre d’Adolphe Franck la kabbale. Il avance qu’originellement, la franc-maçonnerie serait construite des débris de l'ordre des templiers et animée de l'esprit vindicatif de ceux qui s'en revendiqueraient héritiers.[1]

 

En 1908, Paul Copin-Albancelli exprime que les intérêts du judaïsme dans la révolution française, qu'il voit comme un complot maçonnique, sont évidents, tout comme la participation massive et organisée de la communauté juive à la révolution russe de 1905. Pour lui, cette convergence d'intérêts pourrait être le fruit d'une subordination de la maçonnerie au judaïsme, mais la présence de différents pouvoirs en jeu ne permet pas de l'affirmer avec sûreté.[2]

 

Augustin de Barruel, appelé Augustin Barruel, né à Villeneuve-de-Berg le 2 octobre 1741 et mort à Paris le 5 octobre 1820, est un prêtre jésuite, et essayiste polémiste catholique français. Ses travaux consistent à montrer que la Révolution française n'a pas été un mouvement de révoltes spontanées du peuple, mais un processus organisé pendant plusieurs décennies dans des loges et dans des clubs (en particulier celui des Jacobins) afin de permettre à la bourgeoisie libérale de s'emparer du pouvoir. Ses recherches sur les réseaux de pouvoirs parallèles - avant et pendant la Révolution - ont été continuées au début du XXe siècle par le chartiste Augustin Cochin.

 

Suivent ses Mémoires pour servir à l'histoire du Jacobinisme, parus en quatre volumes entre 1797 et 1799, qui connaissent un vif succès et sont traduits en plusieurs langues. Ces Mémoires développent la thèse d’une Révolution antichrétienne fomentée par les philosophes, les francs-maçons et les Juifs.

 

Les Mémoires pour servir à l'histoire du Jacobinisme en 5 tomes de l'abbé Barruel soutiennent une théorie du complot selon laquelle les Illuminés de Bavière ont infiltré la franc-maçonnerie et d'autres sociétés, afin de renverser les pouvoirs en place, aussi bien politiques que religieux, pour asservir l'humanité. La thèse de Barruel veut que la Révolution française résulte d'un complot fomenté par les philosophes athées, les nouveaux templiers, les rosicruciens, les francs-maçons, et certains protestants contre l'Église et la royauté, sous l'influence des Illuminés, a connu une postérité considérable dans les milieux contre-révolutionnaires. À la même époque, une thèse similaire avait été proposée par l'Écossais John Robison, qui suggérait que la Révolution Française avait été suscitée par l'action secrète de la franc-maçonnerie et de ses comparses.

 

En 2007, l'essayiste nationaliste Philippe Ploncard d'Assac publie Le complot mondialiste dans lequel il défend cette thèse.[3]

 

Barruel reproche à Frédéric II de Prusse d'avoir entretenu la subversion des philosophes français Voltaire[4], Jean le Rond D'Alembert et Diderot.[5]

 

Robison accuse les francs-maçons, avant tout du rite français, de complot révolutionnaire. Tout comme Barruel, il indique que les Illuminés de Bavière ont influencé les loges françaises, les incitant à comploter contre l'État et leur soufflant l'idée de la Révolution française. Pour Frédéric Charpier, en parallèle aux Mémoires pour servir à l'histoire du Jacobinisme, écrites en 1798 par l'abbé Augustin Barruel, Robison publie de manière indépendante, Les preuves d’une conspiration contre l’ensemble des religions et du peuple mené de toute main par l’ensemble des gouvernements du monde, où il prétend montrer l'existence d’une conspiration des Lumières œuvrant au remplacement de toutes les religions par l’humanisme et de toutes les nations par un gouvernement mondial unique.[6]

 

Plus récemment, le journaliste britannique Douglas Reed, auteur du sulfureux La controverse de Sion, s’emploie à démontrer qu'un projet biblique cherche à être atteint par un groupe politique, dont l’idéologie est celle de l'Ancien Testament. Ce projet consiste à détruire toutes les nations, pour mettre un gouvernement mondial en place. Pour appuyer ses propos, Douglas Reed se base sur l'Ancien Testament (qui est selon lui le document le plus vieux où le projet est exposé), sur les écrits de Joseph Kastein, Augustin Barruel, John Robison et d'autres de l'époque de la Révolution française.[7]

 

Les limites de la thèse complotiste

 

La critique principale à l’encontre du conspirationnisme se résume dans l’amalgame récurrent des causes et des effets : « [Une théorie du complot] peut se définir minimalement, explique Pierre-André Taguieff chercheur éminent au CNRS, comme un récit explicatif permettant à ceux qui y croient de donner un sens à tout ce qui arrive, en particulier à ce qui n'a été ni voulu ni prévu. »[8]

« Cette illusion rétrospective qui interprète ce qui a précédé en fonction de ce qui a suivi, est plus difficile à éviter qu’on ne croit. » (Georges Gusdorf, Les principes de la pensée au siècle des lumières, Paris, 1971, p.21.)[9]

 

[2] Paul Copin-Albancelli, Le drame maçonnique. Le Pouvoir occulte contre la France, 1908, p. 299

 

[4] 1734 est l’année de la publication clandestine des Lettres philosophiques, le « manifeste des Lumières », grand reportage intellectuel et polémique sur la modernité anglaise, publié dans toute l’Europe à 20 000 exemplaires, selon l’estimation de René Pomeau, chiffre particulièrement élevé à l’époque. L’éloge de la liberté et de la tolérance anglaise est perçu à Paris comme une attaque contre le gouvernement et la religion.

Son engagement est inséparable d’un combat antireligieux. L’intolérance religieuse, qu’il rend responsable de retard en matière de civilisation, est pour lui l’un des archaïsmes dont il voudrait purger la France.

Voltaire collabore aussi à l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert (125 auteurs recensés). Ce grand dictionnaire vendu dans toute l’Europe (la souscription coûte une fortune) défend aussi la liberté de penser et d’écrire, la séparation des pouvoirs et attaque la monarchie de droit divin.

Cependant, la conception oligarchique et hiérarchisée de la société de Voltaire ne nous permet pas de le situer clairement parmi les philosophes du libéralisme démocratique : il affirme également dans Essai sur les mœurs et l’esprit des Nations que « L’esprit d’une nation réside toujours dans le petit nombre qui fait travailler le grand, est nourri par lui, et le gouverne »

Voir la citation dans son contexte dans Œuvres complètes de Voltaire: vol. (VII, 1064 p.) (1156 p.) Par Voltaire, Marie Jean Antoine Nicolas Caritat de. - Condorcet

[8] Cela n’a pas empêché à Pierre André Taguieff de citer l'ouvrage banni par la censure de Soljénitsyne, d’écrire que Deux siècles ensemble était un monument d'érudition, et que Fayard avait eu grand mérite de le publier.

[9] Les psychologues suisses Pascal Wagner-Egger et Adrian Bangerter ont mis en évidence « deux catégories partiellement différentes de théories du complot :

  • celles accusant les autorités, le pouvoir, les riches, les grandes multinationales, les États-Unis, Israël et les Juifs (théories du complot de type « Système ») ;
  • celles mettant en scène des minorités (théories du complot de type « Minorités », groupes défavorisés, accusés de profiter des systèmes sociaux, terroristes musulmans, Juifs) ».

Si les théories du complot du type « Système » sont motivées par une peur de ne jamais accéder au pouvoir ou à l'argent, celles du type « Minorités » sont motivées par la peur d'un chamboulement social, de perdre des acquis sociaux. Ces deux types de peurs ne dégénèrent pas toujours en croyances conspirationnistes, mais influencent néanmoins les choix politiques. Wagner-Egger et Bangerter concluent : « Nous avons pu montrer que la peur et la méfiance prédisent les deux types de théories du complot, tandis que l'irrationalité prédit spécifiquement les théories du complot de type « Système ». Le conservatisme politique prédit spécifiquement les théories du complot de type Minorités. »

 

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