Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
26 janvier 2017 4 26 /01 /janvier /2017 14:34

 

 

Dialogue entre un quiétiste et un chrétien flic

(Partie 3/2)

 

L’hypostase de la « Fraternité »

 

« L'histoire est écrite par les vainqueurs. »

Robert Brasillach

 

La Révolution qui emboite le pas aux philosophes des Lumières,[1] s’inscrit en réaction aux abus de l’Église et de la royauté.

 

La nouvelle Trinité qui s’érigera en emblème de la France (Liberté, égalité, fraternité) a recours aux mêmes méthodes que son ancien oppresseur. Les philosophes sont en train de faire à l’Académie, le plus tranquillement du monde, tout ce qui les indignait de la part de leurs adversaires.[2] Pour s’émanciper de la religion, l’Humanisme s’attaque aux deux pendants du catholicisme : le clergé et la monarchie qui mirent un genou à terre pour un long moment. Dans Comprendre l’Empire, Soral donne les clefs à même de déchiffrer les mécanismes en cours de l’échiquier mondial au bord de l’effondrement. Napoléon disait à juste titre que, je cite : « Une société sans religion est comme un vaisseau sans boussole »[3]

 

Officiellement, l’affirmation révolutionnaire de la fraternité ne renvoie nullement, dans un premier temps en tout cas, à l’énoncé pur et simple d’une vertu, d’un devoir, d’un sentiment ou encore d’un principe. Elle renvoie bien plutôt à l’énoncé d’un état ou d’une situation : nous sommes frères parce qu’en ayant conquis la liberté et l’égalité, nous avons acquis, par là même, une Patrie. De surcroît, la fraternité dont il s’agit se révèle fort différente, dans ses fondements, de celle qui était jusqu’alors invoquée par les uns et les autres. Dans son étude sur La devise « Liberté, Égalité, Fraternité »(1997), Michel Borgetto, expliquant la particularité de la fraternité révolutionnaire, s’attache à définir les liens entre ces trois termes : La distinguant à la fois de la « fraternité religieuse » fondée sur la filiation entre Dieu et les hommes et de la « fraternité philosophique » reposant sur l’identité de nature entre tous les êtres humains, il y voit « d’abord et avant tout une fraternité politique fondée sur l’appartenance à une même collectivité ».

 

« En promulguant l’égalité de droits, la Révolution française permet l’instauration de ce principe de fraternité dans la société réelle à travers la notion
de patrie. On comprend aisément que l’on s’éloigne à la fois de la fraternité chrétienne et maçonnique ; selon la formule du serment prêté lors de la fête du 14 juillet 1790, tous les membres de la nation sont unis entre eux « par les liens indissolubles de la fraternité ».

 

Michel Borgetto établit entre le discours utopique et le discours patriotique une distinction intéressante qui repose essentiellement sur la nature du fondement de la fraternité : « Contrairement au discours utopiste qui ne concevait le plus souvent la liberté et l’égalité que comme la condition d’un retour à une fraternité originelle, extérieure au groupe et préexistant à l’établissement de la Cité idéale, le discours patriotique pose la liberté et l’égalité comme la condition nécessaire non pas tant à la reconquête d’une fraternité originelle censée être antérieure à la société qu’à l’avènement d’une fraternité nouvelle, secrétée par la Patrie et n’ayant d’autre origine que cette même patrie. »

 

En réalité, l’origine du symbole de la « fraternité » est plus obscure que ne le dépeint le tableau apologétique de notre spécialiste français.

 

L’origine obscure de la « fraternité » républicaine

 

Robespierre a subi l'influence idéologique de la franc-maçonnerie qui, par des principes laïques, prônait une haine viscérale des rois et du clergé séditieux. Dès son arrivée à Versailles, il a intégré un cercle maçonnique versaillais, Les amis de la Constitution, où il s'est converti aux principes de la maçonnerie et où il a trouvé un appui nécessaire pour son engagement révolutionnaire.[4]

 

Le 5 décembre 1790 Robespierre prononce un discours sur l’organisation des gardes nationales. Ce texte publié et distribué massivement parmi les sociétés populaires présente une importance immense puisque la devise Liberté Egalité Fraternité y est employée pour la première fois, dans le passage suivant : « Elles porteront sur leur poitrine ces mots gravés : LE PEUPLE FRANÇAIS, & au-dessous : LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE. Les mêmes mots seront inscrits sur leurs drapeaux, qui porteront les trois couleurs de la nation. »[5]

 

Montesquieu, un ténor des Lumières est un penseur politique franc-maçon ; un point d’interrogation règne sur l’adhésion de Rousseau à une loge, mais une chose est sûre est qu’il devient une référence incontournable des grands acteurs de la confrérie dans les méandres de la Révolution, à l’instar du tristement célèbre Robespierre, mais aussi, le non moins cynique Isaac Le Chapelier. Pour Diderot, qui s’entoure de francs-maçons tels qu’Helvétius, l’Abbé Rénal, d’Holbach, Heinrich Jacobi, Voltaire, Otto Hermann von Vietinghoff, Carlo Goldoni, etc., la chose est moins sûre.

 

Le groupe Voltaire – d’Alembert, rejoint par un jeune homme plein de promesse, que d’Alembert ira présenter officiellement à Voltaire, pour l’introniser comme membre du parti : le marquis de Condorcet. Ces trois hommes forment une entité très soudée dont l’influence, le plus souvent souterraine, a des ramifications très lointaines. Les frères, comme ils se nomment eux-mêmes, contrôleront peu à peu les plus importantes institutions culturelles de l’Ancien régime : l’Académie française, dont d’Alembert est secrétaire perpétuel, et l’Académie des sciences, dont le secrétariat va bientôt échoir à Condorcet.[6]

 

Les Illuminés de Bavière

 

« Dans un monde de tromperie universelle, dire la vérité devient un acte révolutionnaire. »
George Orwell.

 

Le but avoué était le perfectionnement et progrès de l'humanité dans la liberté, l'égalité et la fraternité.[7]

 

 En 1780, le baron Adolf von Knigge rejoint le mouvement. Franc-maçon depuis 1773, il réorganise l'ordre des illumaten en trois classes.

 

Knigge donne à l'ordre une direction philosophique moins anticléricale et plus rousseauiste, fondée sur un idéal d'ascétisme et de retour de l'homme à l'état de nature.

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

[1] L’Histoire des deux Indes de Raynal est un exemple de ces ouvrages qui mettent à mal l’ordre établi : il s’agit en amalgamant comme on pourra Montesquieu, Voltaire et Rousseau, Helvétius et même d’Holbach, de signaler en tout temps, en tout lieu, les ravages causés par le despotisme ou profane ou sacré, qui, soit au nom de l’ordre social, soit au nom de Dieu, porte atteinte au premier des droits naturels de l’homme : la liberté. C’est particulièrement la France que l’on a en vue. Or, puisqu’en France le despotisme héréditaire s’appuie sur un pacte conclu avec l’Église catholique, qui consacre la royauté absolue en la proclamant de droit divin, il faut, pour reconquérir la liberté, commencer par détruire le catholicisme et laïciser l’État. Ce mouvement du commerce est sinon l’unique, le tout-puissant fondement de la liberté, comme on peut le voir quand Raynal aborde la question de l’esclavage : Ce fut une saine politique que le commerce amène toujours, et non l’esprit de la religion chrétienne, qui engagea les rois à déclarer libres les esclaves de leurs vassaux, parce que ces esclaves, en cessant de l’être, devenaient des sujets…

[3] C’est exactement ce phénomène dont parle ibn Taïmiya, quand il explique que la religion repose sur le socle du pouvoir (temporel) et du savoir (religieux). À ses yeux, les kharijites représentent un danger intérieur, car, au fil des siècles, mus par une profonde utopie nostalgique, ils s’évertuent naïvement à faire tomber ces deux piliers pour y instaurer à la place, l’anarchie et le chaos. Voir : http://mizab.over-blog.com/2015/01/les-savants-et-les-emirs-partie-1.html

[6] Jacques De Cock, Politique des Lumières p 103.

[7] (« Que celui qui veut instaurer la liberté universelle diffuse les Lumières universelles. Or les Lumières ne désignent pas un savoir conceptuel, mais un savoir pratique, ce n'est pas un savoir fait de connaissances abstraites, spéculatives ou théoriques qui gonflent l'esprit d'orgueil, sans améliorer le cœur. »)

Repost 0
25 janvier 2017 3 25 /01 /janvier /2017 14:21

 

 

Dialogue entre un quiétiste et un chrétien flic

(Partie 3/1)

 

Il y a deux histoires.

L’histoire officielle, menteuse, qu’on enseigne.

Puis l’histoire secrète, où sont les véritables causes des événements, une histoire honteuse.

Honoré de Balzac

 

Tertullien proclame à la toute fin du 2ième siècle : « On ne naît pas chrétien, on le devient. » (Apol, XVIII).

Le Prophète (r) a dit : « Chaque nouveau-né vient au monde à l’état de nature, mais ce sont ses parents qui le rendent Juif, chrétien ou mazdéen, à l’image du petit d’un animal, pensez-vous qu’il naisse l’oreille mutilée ! »

Puis, Abû Huraïra récita le Verset : [la saine nature qu’Allah insuffla à l’homme].[1]

Rapporté par el Bukhârî et Muslim.[2]

 

Le catholicisme paulien ou la religion du caméléon

 

L’histoire chrétienne est pavée de bonnes intentions, mais surtout de réformes qui l’éloigne à chaque fois un peu plus de la religion de Jésus ; c’est ainsi qu’elle a dû, à ses débuts, faire d’énormes concessions avec l’autorité romaine pour échapper à la percussion comme le souligne Sa’îd Ibn el Batrîq (Eutychius) évêque d’Alexandrie, un célèbre chroniqueur chrétien du premier millénaire (Mort en 940 apr. J.-C.).

 

Le premier concile a eu pour résultat de faire adopter aux romains païens et nourris de philosophie, une religion mixte entre le paganisme et le monothéisme, en incarnant la divinité dans un corps mixte. A travers les siècles, ils ont toujours fait preuve de laxisme, lorsqu’il s’agissait de préserver leurs privilèges ou bien d’asseoir une plus grande autorité. Paradoxalement, cela ne les a pas empêché de mener des campagnes de persécution lorsqu’ils se sentaient suffisamment fort pour les mettre en œuvre.

 

Hélène, la mère de l’Empereur Constantin, qui convoqua le concile de Nicée, était originaire de Harrân, l’ancienne cité des sabéens. Les savants et les moines chrétiens se sont rendus compte que les Romains et les Grecs n’allaient pas se détacher facilement du paganisme. C'est pourquoi, ils leur ont concocté une religion à mi-chemin entre celle des prophètes et celle des païens.[3]

 

Les chrétiens étaient divisés en plusieurs tendances sur l’identité de la nature de Jésus, mais Constantin 1er voulait en finir avec toutes ces divisions et convoqua un Concile à Nicée en 325 où se réunirent 1840 évêques. 318 d’entre eux délibèrent dans une assemblée à huit-clos en présence de l’Empereur. A la suite de ce Concile, le Symbole de Nicée fut adopté. Ces mêmes évêques ont ensuite composé quarante livres où ils édifièrent les lois et les codes. Ils élièrent notamment dimanche comme jour de repos, le lendemain de celui des juifs. En cela, ils se distinguaient d’eux. Ils établirent certaines règles liées au jeûne, ils imposèrent le célibat aux prêtres, bien que les apôtres et les prêtres avant ce jour se mariaient librement.

 

Constantin a interdit notamment à tout juif de vivre ou ne serait-ce que de passer à Jérusalem. Il ordonna également de tuer tout païen qui refusait de se convertir à la religion chrétienne. Par opposition aux juifs, qui, par peur de l’épée, ont feint de se convertir, l’évêque Paul impose de manger la viande de porc. Récalcitrant au départ, l’Empereur se laisse convaincre que les enseignements de Jésus ont aboli ceux de la Thora interdisant notamment de manger du porc… Ainsi, le crédo chrétien se dessine peu à peu de concile en concile…

 

Selon ibn Taïmiya, les « nazaréens » ont fabriqué une religion à partir de deux origines différentes : le monothéisme prophétique et le paganisme grec auquel ils empruntèrent certaines idées et certaines pratiques.[4]

 

Dans sa préface de l'histoire du christianisme Ed­ward Gibbon écrit : « S'il est vrai que le christianisme a triomphé du paganisme, il n'en demeure pas moins que le paganisme a réussi à corrompre le christianisme. L'église de Rome a remplacé le déisme pur des premiers chrétiens, par l'incompréhensible dogme de la Trinité. Pareillement, de nombreuses doctrines païennes inventées par les Égyptiens et idéalisées par Platon ont été adoptées parce que considérées comme dignes de foi. »

 

Voir : http://mizab.over-blog.com/2017/01/un-vent-paien-souffle-sur-la-trinite-partie-1.html

 

Un universalisme à deux vitesses

 

« Tous les animaux sont égaux, mais certains le sont plus que d’autres. » La Ferme des animaux de George Orwell

 

La guerre de conquête en Europe se conjugua avec l'entreprise coloniale. Boissy d'Anglas justifia une forme d'inégalité entre les sociétés humaines par une théorie qui mérite d’être rappelée. Contre l’idée de liberté de l'être humain comme droit naturel universel, il affirma que seul le climat du Nord, qu’il limite d'ailleurs à celui de l’Europe et des États-Unis, disposait à la liberté politique et que le reste du monde était voué à subir la domination des premiers ! Il inventait ainsi une surprenante théorie des droits de l'homme du Nord à dominer le monde. La défaite de la Révolution des droits de l'homme et du citoyen s'accompagnait de celle des Lumières. En 1802, Bonaparte parachevait la défaite des droits de l'homme en rétablissant l'esclavage dans les colonies.[5]

 

Il faut dire que Montesquieu donna des idées de Lumière aux nouveaux croisés dans son livre de référence De l'esprit des lois : « Il y a des pays où la chaleur énerve le corps et affaiblit si fort le courage, que les hommes ne sont portés à un devoir pénible que par crainte du châtiment : l'esclavage y choque donc moins la raison. Aristote veut dire qu'il y a des esclaves par nature ; et ce qu’il dit ne le prouve guère. Je crois que, s'il y en a de tels, ce sont ceux dont je viens de parler. Mais, comme tous les hommes naissent égaux, il faut dire que l'esclavage est contre la nature, quoique, dans certains pays il soit fondé sur la raison naturelle ; et il faut bien distinguer ces pays d'avec ceux où les raisons naturelles même les rejettent, comme les pays d'Europe où il a été si heureusement aboli » (XV, VII).

 

Dans la lignée des Lumières, Alexis de Tocqueville, le chantre de l’abolitionnisme théorise l’apartheid algérien : « Il doit donc y avoir deux législations très distinctes en Afrique parce qu’il s’y trouve deux sociétés très séparées », écrit-il. « Rien n’empêche absolument, quand il s’agit des Européens, de les traiter comme s’ils étaient seuls, les règles qu’on fait pour eux ne devant jamais s’appliquer qu’à eux »[6]

 

Jules Ferry et les races inférieures

 

Dans un discours prononcé en 1885, le père de l’école laïque s’érige en porte-parole du colonialisme :

 

« Messieurs, il y a un second point (…) c’est le côté humanitaire et civilisateur de la question.

Sur ce point, l’honorable M. Camille Pelletan raille beaucoup, avec l’esprit et la finesse qui lui sont propres ; il raille, il condamne, et il dit : Qu’est ce que c’est que cette civilisation qu’on impose à coups de canon ? Qu’est-ce sinon une autre forme de la barbarie ? Est-ce que ces populations de race inférieure n’ont pas autant de droits que vous ? Est-ce qu’elles ne sont pas maîtresses chez elles ? Est-ce qu’elles vous appellent ? Vous allez chez elles contre leur gré ; vous les violentez, mais vous ne les civilisez pas.

Voilà, messieurs, la thèse ; je n’hésite pas à dire que ce n’est pas de la politique, cela, ni de l’histoire : c’est de la métaphysique politique (…)

Et je vous défie (…) de soutenir jusqu’au bout votre thèse, qui repose sur l’égalité, la liberté, l’indépendance des races inférieures. Vous ne la soutiendrez pas jusqu’au bout, car vous êtes, comme votre honorable collègue et ami M. Georges Perin, le partisan de l’expansion coloniale qui se fait par voie de trafic et de commerce.

Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures… »

M. Jules Maigne : « Oh ! vous osez dire cela dans le pays où ont été proclamés les droits de l’homme ! »

M. de Guilloutet : « C’est la justification de l’esclavage et de la traite des nègres ! »

M. Jules Ferry : « Si l’honorable M. Maigne a raison, si la déclaration des droits de l’homme a été écrite pour les noirs de l’Afrique équatoriale, alors de quel droit allez-vous leur imposer les échanges, les trafics ? Ils ne vous appellent pas !

M. Raoul Duval : « Nous ne voulons pas les leur imposer ! C’est vous qui les leur imposez ! »

M. Jules Maigne : « Proposer et imposer sont choses fort différentes ! »

M. Georges Périn : « Vous ne pouvez pas cependant faire des échanges forcés ! »

M. Jules Ferry : « Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures… »

M. Joseph Fabre : « C’est excessif ! Vous aboutissez ainsi à l’abdication des principes de 1789 et de 1848… à la consécration de la loi de grâce remplaçant la loi de justice. »

M. Vernhes : « Alors les missionnaires ont aussi leur droit ! Ne leur reprochez donc pas d’en user ! »

(…)

M. Jules Ferry : « Ces devoirs, messieurs, ont été souvent méconnus dans l’histoire des siècles précédents, et certainement, quand les soldats et les explorateurs espagnols introduisaient l’esclavage dans l’Amérique centrale, ils n’accomplissaient pas leur devoir d’hommes de race supérieure. Mais, de nos jours, je soutiens que les nations européennes s’acquittent avec largeur, avec grandeur et honnêteté, de ce devoir supérieur de civilisation.

M. Paul Bert : « La France l’a toujours fait ! »

M. Jules Ferry : « Est-ce que vous pouvez nier, est-ce que quelqu’un peut nier qu’il y a plus de justice, plus d’ordre matériel et moral, plus d’équité, plus de vertus sociales dans l’Afrique du Nord depuis que la France a fait sa conquête ? Quand nous sommes allés à Alger pour détruire la piraterie, et assurer la liberté du commerce dans la Méditerranée, est-ce que nous faisions œuvre de forbans, de conquérants, de dévastateurs ? Est-il possible de nier que, dans l’Inde, et malgré les épisodes douloureux qui se rencontrent dans l’histoire de cette conquête, il y a aujourd’hui infiniment plus de justice, plus de lumière, d’ordre, de vertus publiques et privées depuis la conquête anglaise qu’auparavant ? »

M. Clemenceau : « C’est très douteux ! »[7]

 

Le grand conservateur De Gaule y met son fructueux grain de sel en s’adressant au général Allard : « Mais enfin Allard, vous n'imaginez tout de même pas qu'un jour, un Arabe, un musulman, puisse être l'égal d'un Français ! Voyons, c'est impensable ! »[8]

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

[1] Les Romains ; 30

[2] Rapporté par el Bukhârî (n° 4755, 6599) et Muslim (n° 2658), selon Abû Huraïra.

[3] Voir : e-rad ‘alâ el muntiqyîn (p. 335).

[4] Extrait d’el jawâb e-sahîh li man baddala dîn el Masîh d’ibn Taïmiya (voir 4/405- 501 et 5/5-56 avec certaines modifications).

[6] http://www.middleeasteye.net/fr/opinions/alexis-de-tocqueville-p-re-du-lib-ralisme-occidental-mais-chantre-de-la-colonisation-alg

Bien qu’agnostique, Alexis de Tocqueville reste lié au catholicisme (« la religion que je professe ») ; il est surtout très attaché au christianisme originel des Béatitudes, et de l’Épître aux Galates ; mais il y a autour de lui un courant de pensée qui considère l’islam avec sympathie : Alphonse de Lamartine, Louis Juchault de Lamoricière, qui estime, en 1840, que le Coran marque un progrès sur l’Évangile, Richard Monckton Milnes, nombre de saint-simoniens, et Arthur de Gobineau, qui confesse « [avoir] été autrefois amoureux [de l’islam] et très bon musulman ». On peut penser qu’il entreprend cette lecture sans à priori et de façon objective ; il veut savoir et comprendre.

http://www.revuedesdeuxmondes.fr/tocqueville-coran-lislam-colonisation/

Repost 0
24 janvier 2017 2 24 /01 /janvier /2017 15:14

 

 

Un vent païen souffle sur la Trinité

(Partie 5)

 

• Le Prophète de l’Islam nous apprend à travers un hadith que cette communauté ne peut s’accorder à sombrer  dans l’erreur mais vous me direz vous que ce n’est pas le cas ici, puisque les rationalistes, qui – sauvés qu’ils furent par les grecs – comme leur nom l’indiquent sont très peu imprégnés de la lumière de la Révélation, sont parvenus après au moins deux générations à percer le mystère qu’enveloppait un Verset du Coran ! Sans entrer dans les implications d’une telle allégation, il convient de préciser ici, un certain nombre de choses :

  1. Le deuxième khalife disait déjà à son époque : « Méfiez-vous de ceux qui s’en remettent à leur raison, comme l’apprentissage du hadith leur fut pénible, ils s’accoudèrent sur la raison. » ;
  2. Le prophète Mohammed était un illettré, il n’a jamais eu accès grâce à Dieu à l’héritage grec ;
  3. Quand les rationalistes parlent de taqlîd (aveugle) ils n’entendent pas par là le sens classique du terme. Celui-ci signifie de se soumettre à l’opinion de certains hommes au dépend des références scripturaires de l’Islam, et plus précisément au dépend du modèle par excellence qui s’incarne en la personne de Mohammed (r). Non ! selon eux, un muqallid, c’est justement le contraire. C’est un homme qui vieux jeu, ne se laisse pas abusé par la philosophie grecque que véhicule… les mu’tazilites, trop attaché qu’il est à la lumière du Wahy. L’Imam Ahmed disait à ce sujet : « Méfies-toi d’adopter une opinion qui ne fut précédée par aucun ancien. » ;
  4. L’explication d’ibn Hazm concernant thâlithu thalâtha, ne provient pas du fait qu’il fut en Andalousie familiarisé à un univers chrétien. En cela, il serait beaucoup plus érudit que (je ne veux pas parler de Tabarî ou d’ibn Kathîr pour ne pas soulever les passions) que certains de ses contemporains vivant en Orient ! Vous devez savoir qu’el Baghawî qui est un exégète du 6ème siècle, donc avant ibn Kathîr, affirme que le Verset concerne les deux tendances chrétiennes dont j’ai fais allusion dans un message précédent. D’un côté en l’occurrence les Jacobites, les Melkites, et les Nestoriens (encore une fois, je ne veux pas entrer dans les détails) et de l’autre côté les marqasiya. Sa thèse est déjà moins restrictive comme vous pouvez le constater que celle d’ibn Hazm.
  5. Mais, me direz vous, el Baghawî, est un savant médiéval qui n’échappe pas à sa condition de muqallid. Alors faisons un saut dans le temps pour nous rapprocher du siècle des Lumières avec e-Shawkânî. J’espère qu’en le citant je n’offusque personne ! car il est loin d’être un muqallid dans le sens classique du terme ou médiévale, c’est comme vous voulez ; il était en effet un savant indépendant de la trempe d’ibn Hazm, mais en plus modéré. Malheureusement, il n’a pas vécu au milieu des chrétiens. C’est pourquoi, dans son aveuglement, il avance que le fameux verset s’adresse aux deux tendances. Shawkânî devait certainement habiter dans une maison en argile comme il en existe encore actuellement au Yémen, mais cela ne l’a pas empêché de compter dans sa bibliographie… les quatre évangiles !
  6. Pour en arriver à l’ère de l’automobile, et donc à l’essor de la pensée, ibn Sa’dî certifie que le verset concerne bien les marîmâniya.
  7. Ha ! Me direz-vous, mais que devient ibn Taïmiya dans cette affaire, lui qui incarne les savants médiévales du taqlîd (ou peut-être est-ce que je me trompe). Hé bien, une fois n’est pas coutume, il nous rapporte un passage extraordinaire sur la question. Il faudrait l’écrire avec de l’ancre en or tant il fait figure de témoin historique. Il faut préciser dors et déjà qu’ibn Taïmiya est venu dans le temps après ibn Hazm et qu’il avait accès à ses écrits. Mais ce n’est pas la chose la plus surprenante que nous allons lire. Le texte en question est extrait de sa réfutation sans pareil, à la chrétienté et qu’il a intitulé : el jawâb e-Sahîh li man baddala dîn el Masîh (2/10-15) :

 

• Ibn Taïmiya a dit dans : el jawâb e-sahîh li man baddala dîn el Masîh (2/10-15) « Allah révèle à deux endroits du Coran : (Ceux qui disent qu’Allah est le Messie le fils de Mariam ont mécru)[1] ; (Ceux qui disent qu’Allah est le troisième de « trois » ont mécru)[2] (et ne dites pas « trois » ; cessez, cela vaut mieux pour vous)[3] ; (Les chrétiens dirent : « Le Messie est le fils d’Allah).[4] Les chrétiens ont donc avancé ses trois opinions à la fois, bien que certains savants s’imaginent que certains versets s’adressent à une catégorie et que les autres s’adressent à une autre. Certains exégètes, en effet, à l’instar d’ibn Jarîr e-Tabarî, e-Tha’labî et bien d’autres relatent parfois la tendance Jacobite disant que Jésus est Dieu ; parfois, celle des Nestoriens disant qu’il est le Fils de Dieu ; d’autres fois celle des Marîmâniya (la mariolatrie) disant que Dieu est le troisième de trois dieux[5] ; et d’autres fois enfin celles des Melkites disant qu’il est Allah. Ils interprètent le Verset thâlithu thalâtha en disant qu’il s’agit du Père, du Fils, et du Saint-Esprit.

 

En vérité : ces Versets font allusion à la fois à toutes ces tendances auxquelles adhèrent les sectes chrétiennes les plus connues que sont les Melkites, les Jacobites, et les Nestoriens. Toutes reconnaissent les trois hypostases : le Père, le Fils, et le Saint-Esprit. Autrement dit, ils prétendent qu’Allah est le troisième de trois (dieux), que Jésus est le fils de Dieu, et que Jésus est Dieu. Toutes s’accordent à dire que la nature divine s’est unifiée (ou a fusionné) avec la nature humaine par l’intermédiaire de la Parole. Toutes reconnaissent le symbole de Nicée disant : « Nous croyons en un seul Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, de toutes choses visibles et invisibles. Nous croyons en un seul Seigneur, Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles, Dieu venu de Dieu, engendré et non créé, d’une même substance que le Père et par qui tout a été fait ; qui, pour nous les hommes et pour notre salut, est descendu des cieux et s’est incarné par le Saint-Esprit dans la vierge Marie et a été fait homme. [Il a été crucifié sous Ponce Pilate, il a souffert et il a été mis au tombeau. Il est ressuscité des morts le troisième jour, conformément aux écritures : il est monté aux cieux où il siège à la droite du Père. De là, il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts et son règne n’aura pas de fin. Nous croyons en l’Esprit-Saint, qui règne et donne la vie, qui procède du Père (par le Fils), qui a parlé par les prophètes.] »

 

Ainsi, concernant les Versets : (ne dites pas « trois ») ; et : (Ceux qui disent qu’Allah est le troisième de « trois » ont mécru) ; ils les interprètent selon leur fameuse conception de la Trinité, celle dont fait mention leur symbole. Aux yeux de certains savants, le Verset disant qu’Allah est le Messie serait la parole des Jacobites, tandis que thâlithu thalâtha serait celle des chrétiens qui adhèrent au Père, au Fils, et au Saint-Esprit ; ils font trois dieux de ses trois hypostases ; il est possible de désigner chacune d’entre elles comme étant un dieu et un Seigneur. Une autre tendance avance qu’il s’agit en fait de Jésus et de sa mère auxquels les chrétiens attribuent la divinité.

 

Au sujet du Verset (Ceux qui disent qu’Allah est le troisième de « trois » ont mécru), e-Suddî commente : « Il correspond aux paroles des chrétiens disant qu’Allah est Jésus et sa mère conformément au Verset : (Est-ce toi qui a demandé aux hommes : « Vouez la divinité à moi et à ma mère en dehors d’Allah). » Il existe une troisième tendance qui, au demeurant, est la plus étrange d’entre toutes et qui est celle d’Abû Sakhr (mort en 189 h. ndt.). Il affirme en effet que le Verset concerne à la fois les Juifs disant que ‘Uzaïr (probablement Esdras ndt.) est le fils d’Allah et les chrétiens disant que c’est Issa. Sa’îd ibn el Batrîq (qui fut un grand historiographe chrétien de la première époque ndt.) parle d’une secte chrétienne ayant le nom de marîmiya, et qui prétend que Marie est une divinité, ainsi que Jésus.

 

La première opinion reste cependant la plus vraisemblable étant donné que tous les chrétiens adhèrent à leur symbole. Tous disent : thâlithu thalâtha. Le Verset en question condamne la Trinité, et dans l’autre Verset : (et ne dites pas « trois » ; cessez, cela vaut mieux pour vous), il est fait juste avant mention de Jésus, mais sa mère n’y est pas citée… »

 

L’auteur de tahdhîb e-lugha, le linguiste el Azharî estime que ahad et hid sont des synonymes auxquels seul le contexte peut apporter des nuances. Dans el jawâb e-sahîh (4/479), ibn Taïmiya relève l’unanimité des linguistes « médiévales » sur la question. Tout comme ces deux phonèmes, wahîd qui est une forme accentuée de hid désignant le superlatif s’applique tant à Dieu qu’à ces créatures comme en témoigne le Verset suivant qui parle d’el Walîd ibn el Mughîra: (Laisse-moi m’occuper de celui que j’ai créé wahîdâ).[6] Pour ahad (ayant le sens de un ou d’aucun selon le contexte), nous avons l’exemple du Verset suivant où il s’applique aux païens : (Si l’un (ahadûn) des païens te demande…).[7]

 

Pour retomber sur les mêmes pieds que les grecs, les rationalistes musulmans, comme à leur habitude, donnent une interprétation philosophique de ahad et hid. Selon eux, ces deux termes signifient que Dieu est (simple et) indivisible. Ainsi, ils ne font pas la différence entre Dieu le Créateur et Dieu la divinité. On retrouve ce genre d’amalgame dans leur conception de la Parole de Dieu, car ils ne font pas la distinction entre la Parole Universelle d’Allah comme la création de Jésus et la Parole textuelle d’Allah comme le Coran. Ils marchent ainsi sur les pas de leur père spirituel, Jahm ibn Safwân.

 

Malheureusement, ils ne font ainsi que compliquer le débat avec les chrétiens en les éloignant plus de la vérité… or, quand le Coran ou même la Bible dit que Dieu est un, comme dans le Verset suivant : (Notre dieu et le vôtre est un, et nous lui sommes soumis),[8] il signifie qu’il mérite Seul la divinité ! Plus proches de la pensée occidentale, les mu’tazilites sont un outil parfait de l’orientalisme ayant pour mission d’émanciper les musulmans de… leur religion ! Une autre difficulté demeure. En effet, les linguistes musulmans surtout après la période médiévale n’ont pas été épargné par l’influence de l’i’tizâl, c’est pourquoi il faut être muni d’une passoire pour piocher dans les dictionnaires arabes, wa Allah a’lam !

 

hid est le premier chiffre cardinal et el hid est le premier chiffre ordinal. hid aurait six emploies dans la langue comme le souligne e-Râghib el Asfahânî. Mais j’aimerais porter l’attention ici sur l’explication que nous offre l’auteur de mufradât alfâdh el Qur-ân, –livre que je recommande d’ailleurs à tout arabophone – du terme ahad.

 

Il nous apprend en effet : « Ahad a deux emplois : parfois il est employé à la forme négative et parfois à la forme affirmative. Concernant la première, sa négation concerne les êtres doués de la parole et porte sur tous les membres d’un sujet déterminé qu’ils soient peu ou nombreux ou qu’ils soient ensembles ou séparés.

On dit par exemple : il n’y a personne dans la maison dans le sens où il n’y a ni une ni deux personnes ni plus, que celles-ci soient rassemblées dans un même endroit ou bien dispersées dans la maison. Il n’est pas possible de l’employer dans ce sens-là à la forme affirmative. La négation peut, en effet, porter sur des éléments complètement opposés, ce qui n’est pas le cas avec la forme affirmative. Si l’on disait : il y a dans la maison personne, cela reviendrait à dire qu’il y a une personne seule mais aussi plusieurs personnes regroupées ou séparées, ce qui est manifestement impossible.

Cette négation concerne également un nombre supérieur à un. Il est possible de dire en effet : aucun d’entre vous n’est meilleur que l’autre, comme dans le Verset suivant : (Aucun d’entre vous ne peut lui échapper).[9]

 

Quant à la forme affirmative, il est possible de recenser trois emplois différents du terme ahad.

  1. Le chiffre un ajouté aux dizaines. Par exemple onze (ahad ‘ashar) vingt et un (ahad wa ‘ishrîn) ;
  2. Quant il est mudhâf ilaïhi ou si lui-même est mudhâf en prenant le même sens que le mudhâf ilaïhi comme dans le Verset suivant : (Quant à l’un de vous deux, il servira du vin à son maître).[10] on dit également el yawm el ahad pour désigner dimanche qui est le premier jour et yawm el Ithnaïn désigne lundi le deuxième jour.
  3. Il est utilisé comme attribut ayant un sens absolu. Dans ce cas, il désigne uniquement Dieu comme dans le Verset : (Dis : Lui, c’est Allah l’Ahad (le Seul, l’Unique, l’Un)).

 

Wa Allah a’lam !

 

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

[1] Le Repas Céleste ; 17

[2] Le Repas Céleste ; 73

[3] Les femmes ; 171

[4] Le repentir ; 30

[5] Dans un autre passage, il impute cette tendance à ibn Hazm voir : 4/256.

[6] El Mudaththir ; 11

[7] Le repentir ; 7

[8] L’araignée ; 46

[9] La vérité ; 47

[10] Yûsaf ; 41

Repost 0
23 janvier 2017 1 23 /01 /janvier /2017 14:17

 

 

Un vent païen souffle sur la Trinité

(Partie 4)

 

Eutychius d’Alexandrie

 

D’une valeur historique inestimable, la lettre d’el Hasan ibn Ayyûb détruit ensuite point par point à travers un long exposé fondé sur des arguments textuels (scripturaires) et rationnels, le crédo des différentes tendances chrétiennes qu’il a recensé. On pourrait opposer cependant que cet homme cherche à défendre sa religion d’adoption. En cela, son discours manque de crédibilité. C’est pourquoi, ibn Taïmiya se tourne cette fois vers un érudit chrétien qui lui n’a jamais renié sa religion d’origine.

 

Né en 877 de l’ère chrétienne, Sa’îd Ibn el Batrîq (Eutychius) évêque d’Alexandrie fut à la fois médecin et historiographe renommé. Nadhm el Jawhar est le titre d’une chronique de l’Histoire chrétienne dont il est l’auteur. Il y expose les différentes tendances chrétiennes et ne cache pas son appartenance aux Melkites. C’est pourquoi, il n’hésite pas à réfuter le crédo des sectes rivales. Il est le premier, semble-t-il, à avoir donné le nom de Jacobites aux partisans de l’Église syriaque dont Jacques Baradée est le fondateur. Mort en 940, il laisse dernière lui une œuvre fondamentale qui témoigne d’une partie mouvementée de l’Histoire de l’Humanité.

 

Il relate notamment les premiers pas de la religion naissance, les persécutions qui s’en suivent par l’autorité romaine à l’encontre des juifs et des chrétiens. Il parle des Empereurs successifs romains, de l’exécution de Mani sous l’ordre de l’Empereur perse Bahram ibn Bahram, des sept « dormants » de la Caverne (selon ibn Taïmiya, c’est le même épisode que le Coran retrace à la différence où leur sommeil dura trois cent ans), etc. il reconnaît que les évêques chrétiens ont dû composer avec les Empereurs romains pour échapper à la persécution. Ils réussirent ainsi à construire une église à Alexandrie. Mais les persécutions n’en finirent pas pour autant. En passant par les enseignements innovés par Paul de Tarse (ceux-ci ne font pas mention de la divinité du Verbe et de l’Esprit), il en vint au cas d’Arius qui était prêtre à d’Alexandrie. Il affirmait que Dieu était unique, que le Fils était créé, et que le Père prééternel existait avant la création du Fils, mais après un long exil, Arius se rétracte et est réhabilité par l’Église. Avec l’avènement de Constantin, les persécutions cessèrent. Constantin avait une bonne nature et il était beau garçon. Sur les traces de sa mère Hélène, il se converti à son tour au christianisme. Il relate l’épisode de la vision de la croix au cours d’une bataille contre Maxence son tyrannique rival italien sur lequel il remporta la victoire.

 

 Les chrétiens étaient divisés en plusieurs tendances sur l’identité de la nature de Jésus, mais Constantin 1er voulait en finir avec toutes ces divisions et convoqua un Concile à Nicée en 325 où se réunirent 1840 évêques. 318 d’entre eux délibèrent dans une assemblée à huit-clos en présence de l’Empereur. A la suite de ce Concile, le Symbole de Nicée fut adopté. Ces mêmes évêques ont ensuite composé quarante livres où ils édifièrent les lois et les codes. Ils élièrent notamment dimanche comme jour de repos, le lendemain de celui des juifs. En cela, ils se distinguaient d’eux. Ils établirent certaines règles liées au jeûne, ils imposèrent le célibat aux prêtres, bien que les apôtres et les prêtres avant ce jour se mariaient librement.

 

Constantin a interdit notamment à tout juif de vivre ou ne serait-ce que de passer à Jérusalem. Il ordonna également de tuer tout païen qui refusait de se convertir à la religion chrétienne. Par opposition aux juifs, qui, par peur de l’épée, ont feint de se convertir, l’évêque Paul impose de manger la viande de porc. Récalcitrant au départ, l’Empereur se laisse convaincre que les enseignements de Jésus ont aboli ceux de la Thora interdisant notamment de manger du porc… Ainsi, le crédo chrétien se dessine peu à peu de concile en concile…

 

Notre chroniqueur poursuit : Nestor disait que la vierge Marie n’avait pas en réalité enfanté dieu. C’est pourquoi, ce dernier représente selon lui deux choses : premièrement : un dieu engendré par le Père et deuxièmement : un homme engendré par Marie…

 

Voici les dernières lignes d’une traduction que j’avais entamée sur le forum Majlis el kalam, et que j’abandonnai, notamment pour me consacrer aux intervenants musulmans qui débâtaient avec des chrétiens à l’aune de leur conception aristotélicienne et biaisée du Créateur. Malheureusement, malgré leurs bonnes volontés, ils ne rendaient service ni à la religion qu’ils défendaient ni à leur interlocuteurs chrétiens ; ils ne faisaient que rendre plus flous et problématiques des échanges qui se transformaient en vraies joutes scolastiques. En prêchant pour leur paroisse, ils s’éloignaient du véritable enjeu ; faire admettre le monothéisme pur aux catholiques en perte de vitesse !

 

Je n’ai jamais eu le courage de reprendre ce travail… Je nourris l’espoir de m’y replonger un jour, si Dieu me prête vie !

 

N.B. Si les premiers chrétiens furent persécutés, quand ils eurent le pouvoir – à l’image de Constantin qui imposa par le glaive la religion qui lui fut dictée au Concile de Nicée, [1] et qui fit massacrer ses opposants parmi les « gentils » en commençant par les juifs – ; leurs rois n’y allaient pas de main morte avec leurs sujets, alors qu’eux-mêmes se permettaient bien des écarts avec la Loi.

 

Complément

 

Voici l’extrait d’un débat sur majlis avec un musulman rationaliste selon lequel le Coran, dans sa condamnation des chrétiens, ne ferait pas allusion à la Trinité, mais à la mariolâtrie :

 

Il convient souvent pour mieux comprendre un phénomène de revenir au sens étymologique des termes qui l’enrobe, bien qu’il ne soit pas à même d’en cerner tous les contours. Le problème dans certaines polémiques, c’est que les différents adversaires se disputent sur des thèmes sans s’entendre au préalable sur la dimension qu’ils donnent aux termes dans un contexte donné. Il y a souvent confusion en effet entre le sens étymologique et le sens particulier ou technique d’un vocabulaire employé ; bien qu’il existe comme tout le monde peut le deviner, un lien étroit entre les deux.

 

Pour ne prendre que l’exemple du terme « trinité », selon le Guillet, c’est un n. f. du lat. trinitas m. s. de trinus signifiant triple. Voici donc le sens étymologique. D’un point de vue Théologique, toujours selon le Guillet, ce qui correspond au sens technique, je cite : Dans la doctrine catholique, union de trois personnes distinctes et ne formant cependant qu’un seul et même Dieu : le Père, le Fils, et le Saint-Esprit. Par ext. Toute triade de dieux.

           

Est-ce que le Coran parle de la Trinité ?

 

Pour répondre à cette question, il faut revenir au sens étymologique de la Trinité en arabe. Tathlîth signifie rendre quelque chose en trois parties ; trois signifiant thalâtha. Le chiffre trois apparaît à plusieurs reprises dans le Coran mais concernant le sujet que nous traitons, il apparaît seulement deux fois, wa Allah a’lam !

 

Dans le verset 171 de la sourate Les femmes, le Seigneur dit : (Alors croyez en Allah et à Ses messagers et ne dites pas « trois » ; cessez, cela vaut mieux pour vous). L’autre Verset nous révèle : (Ceux qui disent qu’Allah est le troisième de « trois » ont mécru).[2]

 

L’exégèse traditionnelle est formelle sur le fait que ces deux Versets s’adressent aux chrétiens : selon ibn Hazm certes, le Verset du Repas Céleste répond spécialement à une secte chrétienne qui porte le nom en arabe de Marîmâniya (mariolâtrie) dont les membres ont concédé la divinité à Jésus et à sa mère, comme la suite du Verset le mentionne. En fait, les trois divinités en question seraient Dieu, Jésus, et sa mère Marie.

 

L’autre opinion assure qu’il s’adresse au même titre que l’autre Verset aux différentes sectes chrétiennes dont les trois principales sont les Jacobites, les Melkites, et les Nestoriens… Sans n’entrer dans les détails, en réalité les deux opinions se rejoignent, car ceux qui attribuent la divinité à Marie, ils l’ont fait pour palier aux incohérences du symbole de Nicée établissant la divinité aux trois hypostases qui composent la Trinité : le Père, le Fils et le Saint-Esprit. C’est ce qui obligea la réunion d’autres conciles par la suite…

 

Quoi qu’il en soit, si le terme de la Trinité n’est pas explicitement employé dans le Coran il y fait mention à travers un autre terme qui est de même racine ; j’entends par-là le chiffre « trois ». En ce sens, le Coran condamne toute forme d’association à Dieu qui est « Un » dans le sens qu’Il est le Seul Digne d’adoration. Dire que le Coran ne fait pas mention à la Trinité, et que l’exégèse traditionnelle est à côté du pot, ne résout pas toutes les difficultés comme par exemple celle interdisant d’attribuer un Fils à Dieu.

 

Voir dans le désordre : La vache ; 116, Les prophètes ; 26-29, Les croyants ; 91, les groupes ; 4, Le bétail ; 101, Mariam ; 88-95. La suite du Verset Le Repas Céleste lui-même enlève toute ambiguïté sur la question de savoir si les chrétiens sont des purs monothéistes ou des monothéistes travesties par les philosophies païennes et grecques : (Il n’y a d’autre dieu en dehors d’Allah) ; (Est-ce toi qui a demandé aux hommes : « Vouez la divinité à moi et à ma mère en dehors d’Allah).

 

D’après el Bukhârî et Muslim, selon Abû Huraïra, le Prophète (r) a dit : « Allah Tout-Puissant a dit : « …. Le fils d’Adam m’insulte alors qu’il ne lui appartient pas de le faire… Il m’insulte en disant qu’Allah s’est attribué un fils, alors que Je suis l’Un, le Samad (certains le traduisent pas l’Eternel, mais voici sa véritable définition : Celui qui se passe de la création mais dont la création ne peut se passer ndt.), Il n’a pas enfanté et ne fut pas enfanté… » Y a-t-il plus éloquent ?

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

[1] L’histoire chrétienne est pavé de réforme qui l’éloigne à chaque fois un peu plus de la religion de Jésus ; c’est ainsi qu’elle a dû à ses débuts faire d’énormes concessions avec l’autorité romaine pour échapper à la percussion comme le souligne Eutychius d’Alexandrie, l’un des plus célèbres chroniqueurs chrétiens du premier millénaire. Le premier concile a eu pour résultat de faire adopter aux romains païens et nourris de philosophie, une religion mixte entre le paganisme et le monothéisme, en incarnant la divinité dans un corps mixte. À travers les siècles, ils ont toujours fait preuve de laxisme, lorsqu’il s’agissait de préserver leurs privilèges ou bien d’asseoir une plus grande autorité. Paradoxalement, cela ne les a pas empêché de mener des campagnes de persécution lorsqu’ils se sentaient suffisamment fort pour le faire. Le Pape Benoît XVI n’a certainement pas échappé à la règle lors de son discours à RATISBONNE ; il a voulu faire une démonstration rhétorique pour rappeler que l’Eglise était encore dans la course pour la grande Europe chrétienne ; il s’avait très bien qu’ici les concessions étaient uniquement d’ordre rhétorique, car la religion chrétienne avait perdu son essence depuis longtemps… il s’est alors tourné vers la tête de turc favorite. Etait-ce un mauvais calcul ? L’histoire nous le dira…

[2] Le Repas Céleste ; 73

Repost 0
22 janvier 2017 7 22 /01 /janvier /2017 15:20

 

 

Un vent païen souffle sur la Trinité

(Partie 3)

 

L’influence du panthéisme hindouiste

 

Réf. Wiki : Le Dieu des Védas, dans l'acception panthéiste voire panenthéiste du terme, est le Brahman, qui est la Réalité Ultime, l'Âme Absolue ou Universelle (Paramatman), l'Un.

« Tu es la femme. Tu es l'homme. Tu es l'abeille bleue et le vert papillon aux yeux rouges. L'éclair est ton fils. Tu es les saisons et les mers. Tu es le Tout, tu es l'omniprésent ; tout ce qui est naît de toi. »

— Oupanishad.

 

Le Brahman est l'indescriptible, le neutre, l'inépuisable, l'omniscient, l'omniprésent, l'original, l'existence infinie, l'Absolu transcendant et immanent, l'éternel, l'Être, et le principe ultime qui est sans commencement et sans fin,– dans l'univers entier. Le Brahman (qui ne doit pas être confondu avec la divinité Brahmâ ou le nom des prêtres hindous, les brâhmanes) est vu comme l'Âme Cosmique.

Cet Absolu, que les hindous désignent aussi par le nom de tat en sanscrit (« Cela ») est par sa nature même impossible à représenter. L'Absolu est tantôt manifesté :Tat Tvam Asi (तत्त्वमसि : Tu es Cela), ou « Tout cela est Brahman » disent les Écritures, tantôt non-manifesté : « le Brahman est Vérité, le monde est Illusion », disent aussi les Écritures.

 

« Il se meut et il ne se meut pas, il est loin et il est proche. Il est au-dedans de tout et il est au-dehors de tout. »

— Iça Oupanishad.

 

Il est parfois évoqué un Brahman supérieur, le Parabrahman. Le Brahman peut en effet être considéré sans attributs personnels, sans forme (Nirgouna Brahman), d'une façon totalement abstraite, ou avec attributs, avec forme, au travers de la multitude des divinités (Sagouna Brahman).

 

« Si dans la Multitude nous poursuivons avec insistance l'Un, c'est pour revenir avec la bénédiction et la révélation de l'Un se confirmant dans le Multiple. »

— Shrî Aurobindo

 

Depuis Georges Dumézil qui a mis en lumière la fonction triadique dans les civilisations Indo-Européennes, un parallèle formel entre la trimurti et la trinité chrétienne peut être établi (ce qui n'induit pas un rapprochement théologique entre les traditions chrétiennes et hindoues) : en effet, en Inde, on représente la divinité comme triple, on appelle ce principe la trimurti dans le panthéon hindou : Brahma, Vishnu et Shiva, sont trois aspects du divin. Brahma désigne symboliquement le créateur, Vishnu représente le conservateur et Shiva représente le destructeur dans le cycle de l'existence. Cette triple Nature se rapprocherait de l'énoncé de l'européen médiéval : spiritus, anima, corpus.

 

  • (On prendra garde à ne pas confondre Brahman, l’être suprême et la source ultime de toute énergie divine, et Brahma, le créateur du monde).

La Croix, un fétichisme païen, une amulette !

 

La doctrine de la Trinité n’a pas été développée avant les Cappadociens, Grégoire de Nysse, Grégoire de Nazianzus et Basile. Celle-ci vit le jour au Concile de Constantinople en 381 EC. Avant ce temps, elle était inconnue dans le Christianisme.

 

La croix est également une invention ; elle a été introduite au système Chrétien à partir des cultes des Mystères avec les autres liturgies qui ont graduellement envahi le Christianisme et qui ne faisaient aucunement partie de la première église.

 

Ces formes, comme l'adoration du Dimanche et les festivals des Pâques et de Noël, sont provenues des cultes du Soleil (voir Bacchiocchi From Sabbath to Sunday, Rome, 1977). Le symbole de chi-ro était en usage à la fin du troisième siècle. La croix Latine apparaît sur certaines pièces de monnaie de Constantin qui apparaissait avec les symboles de Mars et d’Apollon sur les mêmes pièces de monnaie. Les symboles de la croix et chi-ro ont été supprimés par Julien. Mais après ce temps, le symbole est apparu sur des pièces de monnaie et même sur le diadème Impérial (D’Alviella, op. cit., p. 329).

 

D’Alviella témoigne : « Il est évident que la grande masse des Chrétiens attachait une valeur magique à ce signe. »

 

À toutes les occasions, ils l'utilisaient comme une forme d'exorcisme, le moyen de chasser des esprits malsains. Une des croix portatives les plus antiques, trouvée dans un tombeau Chrétien à Rome, porte l'inscription Crux est vita mihi; mors, inimice, tibi (la croix est la vie pour moi ; mort, O ennemi [le diable], à toi). Bientôt, la croix est devenue comme accomplissant des miracles d’elle-même. Les gens sont allés jusqu’à en marquer le bétail pour les protéger de la maladie (op. cit., p. 328).

 

Didron, l'archéologue Catholique Romain, affirme que la croix était plus qu'une figure de Christ : « Elle est en iconographie, Christ lui-même ou son symbole. »

 

Ainsi une légende a été créée autour d’elle comme si elle était une créature vivante ; elle a été rendue le héros d’une épopée germant dans l'Apocryphe ; croissant dans la Légende d’Or ; se développant et s’achevant dans des œuvres de sculpture et de peinture du 14ème jusqu’au 16 ème siècle (Histoire de Dieu, 1843, p. 351, D’Alviella, même réf.).

 

http://french.ccg.org/s/p039.html

http://french.ccg.org/z/p039z.html

Témoignage d’un converti

 

Un savant chrétien converti à l’Islam du nom de Hasan ibn Ayoub expliqua à son frère ‘Ali la raison de sa conversion, dans une longue lettre que l’on peut retrouver dans el jawâb e-sahîh li man baddala dîn el Masîh d’ibn Taïmiya (4/78-152). Ce livre a fait l’objet d’une recension dans le cadre d’une thèse ès doctorat à l’Université Islamique Mohammed ibn Saoud à Riadh (KSA). Il compte six volumes consacrés à la réfutation d’une lettre écrite par un auteur chrétien du nom de Paul d’Antioche ayant vécu au 12ème siècle de l’ère grégorienne. Grand voyageur et fin connaisseur de la langue arabe, Le moine Paul était très familier à la culture coranique. Cette lettre écrite dans la Langue d’Omar porte le titre : el kitâb el muntîqî li dawlat khânî el Mubahrin ‘an i’tiqâd e-sahîh wa e-raï el mustaqîm. Cet écrit fit beaucoup d’écho dans les milieux chrétiens, et se répandit même en terre musulmane.  Il ne pouvait échapper à la vigilance d’ibn Taïmiya connu pour ses multiples réfutations aux diverses sectes et hérésies musulmanes.

 

Paul s’inspira de certains versets du Coran pour appuyer entre autre la bonne pertinence du crédo chrétien basé – faut-il le rappeler – sur la trinité et l’incarnation de la divinité dans le corps de Jésus…

 

L’évêque Paul essayait déjà au 12ème siècle de convaincre les musulmans à coup de verset du Coran, que la trinité ne va pas en opposition avec le principe du monothéisme. Dans sa réponse qui tient en six volumes de nos livres actuels, Sheïkh el Islam fustige un à un les éléments qui composent la lettre de Paul, et détruit la trinité selon de multiples points de vue. Fort de son érudition hors du commun, il avance sur le sujet des hypothèses auxquelles les chrétiens eux-mêmes n’ont même pas pensé. Ces derniers doivent certainement les étudier aujourd’hui pour se défendre tant ils se sont rendu compte de l’incohérence de leur croyance et de la faiblesse de leurs arguments. Mais voilà qu’aujourd’hui nous apprenons que les musulmans ont mal assimilé le principe de la trinité…

Je ne voudrais pas discuter ici des implications que ces propos entraînent, alors allons à l’essentiel et laissons-nous entraîner par ce raisonnement.

 

Supposons, en effet, que les musulmans à l’image d’ibn Taïmiya ne soient pas suffisamment subtils pour pénétrer les mystères d’une religion qu’ils côtoient depuis des siècles, mais que dire de Paul d’Antioche qui essaye en vain de nous faire admettre que la divinité de Jésus n’est pas contraire au principe du monothéisme ? Que dire aussi de Hasan ibn Ayyûb (malheureusement les auteurs de la recension n’ont pas mis la main sur sa biographie, mais ils datent son époque qu’ils font remonter environ au 4ème siècle de l’Hégire), l’un de leurs anciens savants pour qui la religion chrétienne n’a aucun mystère ? Son intelligence se serait-elle éteinte au contact de l’Islam, cette religion dont le crédo est naturel, clair, logique, et accessible à tous, non à une classe privilégiée d’intellectuels et d’ecclésiastiques ? Mais arrêtons-nous plutôt sur quelques passages de la lettre qu’il adresse à son frère et qu’il entame, en mettant le doigt sur l’aspect psychologique de sa conversion, par les paroles suivantes :

 

« Depuis vingt ans, je vivais dans le doute et la peur d’avouer ma pensée quand j’étais confronté à des paroles qui écorchaient l’Unicité de Dieu Tout-Puissant, comme celles à propos des trois hypostases et autres. Les arguments que j’entendais pour appuyer ces concepts ne pouvaient tenir debout. Quand je me suis plus penché sur la question et quand j’ai plus approfondi mes recherches, je fus confronté à une plus grande incohérence que je ne pouvais tolérer en moi-même. En revanche, quand je pensais à l’Islam, je trouvais que cette religion avait des fondements bien établis, et des lois magnifiques…

Je ne pouvais pourtant quitter la religion à laquelle j’étais accoutumé, et qui a compté une longue période de ma vie. J’étais trop attaché à la compagnie, des père et mère, des frères, des sœurs, des voisins et des gens bien-aimés qui entouraient ma vie.

C’est pourquoi, je retardais toujours l’échéance, et je ne pouvais prendre une décision tranchante, mais je continuais mes recherches dans les livres des prophètes de la Thora, des Évangiles, les Psaumes, les Livres des prophètes, et même dans le Coran. Je ne laissais échapper aucune lecture. Je méditais sur tous les principes de la religion chrétienne, mais je n’y trouvais pas la vérité, et ils ne pouvaient remédier au doute qui me hantait. J’ai alors pris la décision de partir physiquement vers Allah Tout-Puissant, dans le but de sauver ma religion, loin des richesses et des honneurs dans lesquelles je jouissais. Aujourd’hui, je loue Allah pour m’avoir guidé !

 

« Je me suis alors penché sur les tendances chrétiennes, poursuit Hasan ibn Ayyûb, j’ai trouvé que l’une d’entre elles, connus sous le nom d’arianisme, se conformait à l’Unicité de Dieu et reconnaissait que Jésus – à lui le Salut – était un simple serviteur. Les arianistes n’assumaient nullement, contrairement aux autres tendances chrétiennes, qu’il pouvait être Dieu, qu’il se distinguait par une prophétie spéciale, etc. Ils étaient attachés à l’Évangile du Messie, reconnaissaient les enseignements des apôtres, et de ceux qui les véhiculaient. En fait, cette tendance est proche de la vérité bien qu’ils ne reconnaissent pas la prophétie de Mohammed (r) et ses enseignements qu’incarnent le Coran et la sunna.

 

J’ai eu à faire ensuite aux jacobites qui prétendent que le Christ est une seule nature composée de deux natures différentes ; une nature humaine et une nature divine. Ces deux natures ont fusionné de la même façon que l’âme fusionne avec le corps pour devenir un seul être humain, une seule entité, et une seule personne. Cette nature unique et cette personne unique, Jésus, est à la fois un dieu dans toute son essence et un homme dans toute son essence ; c’est une seule et unique nature et personne qui provient de deux natures différentes. Ils prétendent notamment que Marie a engendré Dieu. Dieu aurait connu la mort et aurait été sacrifié dans sa forme humaine. Il aurait ensuite été mis en tombe et il aurait ressuscité d’entre les morts pour monter au ciel. Leur blasphème est trop flagrant pour qu’on le réfute. D’ailleurs, d’autres sectes chrétiennes à l’exemple des nestoriens et des melkites, nous le concèdent.

 

Puis, je me suis intéressé à la secte melkite, dont les romains sont les représentants, et qui comptent le plus grand nombre d’adeptes parmi les chrétiens. Ceux-ci disent que le Fils prééternel est le verbe par qui Dieu a pris forme humaine dans le ventre de Marie comme n’importe quel humain. Il a insufflé à ce corps une âme, l’intelligence, et le savoir comme pour les autres hommes. Il est à la fois un homme par son âme et son corps qui constituent l’entité humaine, et un dieu par l’entité divine qui caractérise également son Père, bien qu’il garde son entité terrestre à l’exemple d’Abraham et de David. C’est une seule personne qui ne peut augmenter et qui garde son caractère divin de la même façon qu’il garde son caractère homo sapience dans lequel il a pris forme à travers Marie. C’est une seule et même personne issue de deux natures différentes, mais dont le tout forme une seule nature, et possédant une pleine volonté. De par sa nature divine, il détient une volonté divine à l’exemple du Père et de l’Esprit, et de par sa nature humaine, il détient une volonté humaine à l’exemple d’Abraham et de David.

 

Ils disent notamment que Marie a enfanté Dieu, et que le Christ est un nom regroupant à la fois l’origine divine et l’origine humaine qui a goûté à la mort. Selon eux, Dieu n’est pas mort. Seule la partie humaine qui fut engendrée par Marie a trépassé. C’est un dieu parfait par sa nature divine, et un homme parfait par sa nature humaine ; il a à la fois une volonté divine et une volonté humaine, sauf qu’il s’agit d’une seule personne. Nous ne pouvons pas dire qu’il est deux personnes, osent-ils, sinon cela nous obligerait à admettre qu’il est composé de quatre hypostases.

Selon cette tendance, qui s’aligne avec les jacobites, Marie a enfanté Dieu. À leurs yeux, le Christ – chez les chrétiens ce nom désigne à la fois l’homme et la divinité – est décédé, alors qu’en même temps Dieu n’est pas mort. Comment peut-il être à la fois être vivant et mort ? Peut-on à la fois être debout et assis ? Y a-t-il une différence entre les deux tendances si ce n’est qu’au niveau de la nature du Christ ?

 

Je me suis arrêté enfin sur la tendance des nestoriens. Selon ces derniers, le Messie est composé de deux personnes et de deux natures ayant une volonté unique. La nature divine qui a incarné le Christ est différente de sa nature humaine. La nature divine a fusionné avec la nature humaine du Christ par l’intermédiaire du Verbe pour devenir deux natures ayant une seule direction et une seule volonté. Sa nature divine ne peut augmenter ni diminuer et elle ne peut se mélanger avec autre chose, mais sa nature humaine peut augmenter ou diminuer. Ainsi, le Christ est à la fois un dieu et un homme. Un dieu par son entité divine et un homme par son entité humaine qui est sujet à la diminution et à l’augmentation.

 

Ils disent que Marie a engendre la nature humaine du Christ et que sa nature divine ne s’est plus séparée de lui depuis sa fusion avec sa nature humaine. Les jacobites allèguent ouvertement que Marie a engendré Dieu qui aurait connu la souffrance, la crucifixion et la mort, avant de ressusciter trois jours après sa disparition. Les autres tendances chrétiennes reconnaissent eux-mêmes l’abomination de cette hérésie.

Les melkites n’ont jamais affiché un tel crédo ; ils ont alors tenu un discours qui du moins en apparence paraît plus modéré. Ils affirment en effet que le Messie est une seule personne ayant deux natures différentes. Chacune de ses deux natures a sa propre volonté. En tant que dieu, il a une volonté propre comme le Père et l’Esprit et en tant qu’homme, il a une volonté propre comme Abraham et David. Ils font ainsi apparaître à ceux qui les écoutent qu’ils sont parvenus à dissocier entre la nature humaine et la nature divine du Christ, mais en fait ils reviennent au crédo des jacobites disant que Marie a engendré dieu ; et nul doute dans leur esprit que le Christ est le nom pour désigner dieu et l’homme ; l’homme serait mort dans son corps mais Dieu serait resté vivant. L’être qui est sorti du ventre de Marie a connu la mort par son entité humaine. Comment un mort peut-il ainsi ne pas mourir ? Y a-t-il une différence entre les deux tendances si ce n’est qu’au niveau de la nature du Christ ?

 

S’ils reconnaissent que Marie a enfanté Dieu et que celui qui est sorti de son ventre est le Christ, en sachant que ce nom désigne les deux natures à la fois, alors est-ce que l’accouchement et la mort concernent autre chose que ces deux entités à la fois ? Comment un homme doué de raison peut-il adoré un être qui fut enfanté par une femme, qui a connu la mort et tous les inconvénients qui sont propres à l’homme ? »

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

Repost 0
21 janvier 2017 6 21 /01 /janvier /2017 15:33

 

 

Un vent païen souffle sur la Trinité

(Partie 2)

 

Ibn Taïmiya réfute le symbole de Nicée

 

Le « symbole » des chrétiens n’est pas conforme au discours de Jésus ni à celui des prophètes en général ; ces derniers ont plutôt innové un crédo qui ne figure pas dans la Révélation. Ni le Messie ni aucun autre prophète n’a jamais attribué aucune hypostase à Dieu qui serait au nombre de trois ou plus. Les prophètes n’ont jamais avancé qu’Allah avait trois Attributs et ils n’ont jamais donné le nom de « fils » ou de « père » au moindre de Ses Attributs ; ils n’ont jamais affirmé que la Vie du Seigneur s’appelaient l’ « Esprit » ou que Dieu avait un fils ;  il n’a jamais été question dans leur discours d’un « Vrai Dieu » venu d’un « Vrai Dieu » d’une même substance que le Père, qui serait créateur au même titre que le Créateur, etc.

 

Il n’est pas question dans les « Écritures saintes» que Dieu soit à la fois le Père, le fils et le Saint-Esprit qui aurait tout autant que le fils des pouvoirs divins, ni d’hypostase (terme qu’ils ont emprunté aux Romains) du nom de Jésus ou du Saint-Esprit. Le Seigneur n’a pas non plus engendré l’un de Ses Attributs qui serait à la fois engendré et prééternel, et Il ne s’est pas incarné en la personne d’un être humain.[1] Certains évêques ont innové un crédo qui s’oppose tant aux Textes sacrés qu’à la raison saine. C'est pourquoi ils pourront vainement dire le Jour de la Résurrection : (Si nous avions écouté et réfléchi, nous ne serions pas parmi les gens du Feu).[2]

 

Ils se réfèrent tout au plus à l’Évangile de Mathieu qui est le seul à rapporter, les paroles suivantes du Christ : « Baptisez les hommes au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. »[3] Si Jésus est vraiment l’auteur de ces paroles, leur sens n’a rien à voir avec celui que les chrétiens lui prêtent. Le fils prend ici le sens d’élu et de bien-aimé parmi les humains.  D’autres versets utilisent le même terme en parlant de Jacob ou des apôtres.

Quant au Saint-Esprit, il s’agit de l’Ange Gabriel ou du « souffle » qu’Allah insuffle à Ses Prophètes en vue de les guider et de les seconder comme celui qui est descendu sur David,[4] les Apôtres, ou encore sur les « saints ». Dans ce cas, si le Fils et le Saint-Esprit étaient des Attributs, cela reviendrait à dire que Dieu se serait incarné dans certaines créatures comme Il l’aurait fait pour Jésus. En outre, la Thora proclame que les tribus d’Israël sont les enfants et les aînés de Dieu,[5] et elle dit la même chose pour David.[6] Jésus lui-même déclare au sujet des apôtres : « je monte vers mon Père qui est votre Père et mon Dieu qui est votre Dieu. »[7] Il leur a ordonné de dire également au cours de leur prière : « Notre Père qui es aux cieux. »[8] Cela signifie-t-il pour autant que les prophètes, les apôtres, les enfants d’Israël et les « saints » soient des idoles ?

Qu’ils le veuillent ou non, les chrétiens reconnaissent trois divinités. Il suffit de se représenter la trinité pour constater qu’elle est complètement aberrante sans avoir recours à aucun argument pour la réfuter tant celle-ci est contraire à la raison. Est-il la peine de prouver que « un » ne fait pas « trois » et inversement ? Les opposés ne peuvent rationnellement se réunir, c’est comme vouloir prouver qu’une chose est à la fois existante et inexistante, ce qui est impossible. S’ils s’étaient contentés de dire que Dieu avait plusieurs Attributs, la plupart des tendances musulmanes le leur auraient concédé, bien qu’il reste le problème de les restreindre à trois. Dans l’hypothèse même où la Trinité serait rationnellement possible, ils n’auraient pas le droit d’y adhérer en se référant à un Texte ambigu au dépens des multiples autres Textes qui eux sont formels au sujet de l’Unicité. En revanche, s’ils établissent la divinité de Jésus sous prétexte que certains passages de l’Évangile le surnomment dieu ou en raison des miracles dont il fut l’auteur, il n’est pas en cela différent de Moïse que la Thora désigne comme le dieu d’Aaron et de Pharaon et qui fit des miracles bien plus grandioses que ceux de leur prétendu dieu.

 

Par ailleurs, leur crédo les fait sombrer dans des difficultés imparables comme pour la question d’engendrer une chose qui provient automatiquement de deux entités distinctes. Venant d’une seule entité, il n’est pas question d’engendrement et il est encore moins pertinent d’avancer que Dieu a engendré l’un de Ses Attributs dans l’hypothèse où Jésus compterait parmi Ses Attributs, surtout en ce qui concerne les Attributs « intrinsèques » (ou essentiel) comme la Vie et le Savoir ; cela consisterait à dire par exemple qu’Il aurait engendré Son Savoir ou Sa vie ; ce qui n’a aucun sens pour toute personne sensée affiliée à n’importe quelle confession.

 

Il serait insensé de dire par exemple que le ciel engendre ses dimensions ou sa couleur, que le soleil engendre sa chaleur, que le feu engendre sa lueur, etc. bien qu’il soit possible de dire que le soleil engendre les rayons qui reflètent sur la terre étant donné que ces derniers proviennent de deux origines différentes. Aucune langue du monde, aucune religion céleste, et aucune raison n’utilisent le terme engendrer pour désigner une chose qui résulte d’elle-même. Pour sortir de cette impasse, ils ne leur reste qu’à dire que Marie est la compagne de Dieu ; certains extrémistes l’ont d’ailleurs fait et sont même allés plus loin en lui concédant la divinité et en l’appelant « Mère de Dieu ! »

 

C'est pourquoi, les sectes chrétiennes se maudissent les unes les autres ; les adeptes du symbole maudissent les ariens qui à leur tour les maudissent, et les trois tendances et autres qui adhèrent aux symboles se maudissent les unes les autres. Les Melkites et les Jacobites maudissent ceux qui prétendent que Marie n’a pas engendré Dieu ; ils prétendent qu’elle a engendré à la fois une nature humaine et une nature divine. Au même moment, ces mêmes Melkites s’associent aux Nestoriens pour maudire ceux qui allèguent que cette fusion formerait une seule substance, aurait une seule nature et serait dotée d’une volonté unique.[9] C’est exactement cette haine dont nous parle le Coran : [Ils oublièrent alors une partie du rappel, et Nous attisâmes entre eux la haine et l’animosité jusqu’au Jour de la résurrection].[10]

 

En fait, les chrétiens et les égarés en général dont font parties les sectes juives et musulmanes, inventent un vocabulaire auquel ils font correspondre leurs textes pour lui donner plus de crédit quitte à leur donner les interprétations les plus invraisemblables. Les trois confessions reconnaissent que leurs textes respectifs ont été falsifiés au niveau du sens et, concernant la religion juive et chrétienne, certains passages furent falsifiés dans les termes, bien qu’ils soient peu nombreux certes en regard de la quantité des textes qui furent conservés.

 

C’est comme pour le « Logos » qui est une « substance » autonome ; ni ce terme ni d’ailleurs celui de substance ne fait partie du vocabulaire des prophètes. Ils entrent plutôt dans le registre des philosophes à l’instar d’Aristote qui était un païen parmi les adorateurs des idoles. Les grecs avaient une mauvaise connaissance du Seigneur ; ils ne pensaient pas qu’Il était le Créateur des cieux et de la terre et qu’Il était Savant et Capable de toute chose. Adorateurs des astres du monde supérieurs, des idoles du monde inférieur, et des démons, ils se sont réellement soumis à Dieu qu’avec l’avènement du Christ, plus de trois cent ans après la mort du macédonien Alexandre le Grand que les ignorants confondent à tord à Dhû el Qurnaïn, et qui eu Aristote comme conseiller politique. Les écrits des chrétiens affirment que Paul se rendit à Athènes, la capitale de la philosophie, où il trouva sur l’autel d’un monument sacré l’inscription : au dieu inconnu qui serait en fait, le Créateur des cieux et de la terre.[11]

 

Les nazaréens ont fabriqué une religion à partir de deux origines différentes : le monothéisme prophétique et le paganisme grec auquel ils empruntèrent certaines idées et certaines pratiques. Ils leur ont emprunté le terme d’hypostase et les images gravées ont remplacées les images sculptées ; la prière en direction du soleil, de la lune et des astres au lieu de prier en l’honneur des astres ; le jeûne au printemps afin de concorder entre la religion et la nature, etc. Les « intellects » ou « l’être » à la base de la théorie des péripatéticiens n’ont aucune réalité dans le langage des prophètes et de leurs adeptes. Les adeptes d’Aristote ne reconnaissent ni les anges ni les démons. Leur discours porte sur les « corps naturels » mais très peu initié à la théologie, ils commettent dans ce domaine des erreurs énormes. D’ailleurs les théories les plus aberrantes d’Aristote furent réfutées par certains de ses successeurs à l’exemple de Thâbit ibn Qurra. En fait, ils sont plus branchés sur les sciences de la nature et des mathématiques. La métaphysique, nom qu’ils donnent pour définir le domaine du divin, se trouve au summum  (ou à la limite ndt.) de leur philosophie.

 

Les chrétiens admirent les philosophes et les adeptes de la logique, en pensant qu’en lisant leurs ouvrages, ils sont à même de percer les mystères qui touche au Divin. Ils trahissent ainsi une grande ignorance de la Révélation et de la raison pure. Ni le Messie ni ses adeptes à l’exemple des apôtres n’ont éprouvé une quelconque admiration pour ces penseurs ; ils ne se sont jamais inspirés d’eux et ils se sont encore moins tournés vers eux. Ils les considéraient plutôt comme les chefs des ténèbres et de la mécréance. Cela est aussi valable pour Moïse, Mohammed, et les prophètes en général et leurs adeptes.

 

Concernant la « Raison », comment peuvent-ils encenser les individus les plus ignorants qui soit dans le domaine de la théologie ? Ils étaient certes ingénieux dans des matières telles que les mathématiques, les sciences naturelles, la géométrie, et à un niveau moindre en astronomie ; ils maitrisaient également les sciences de l’éthique, des mœurs, et de la politique urbaine et domestique, qui fait partie de l’héritage de la prophétie. Même après avoir été falsifiées et abrogées, les adeptes de la religion juive et chrétienne sont beaucoup plus évolués qu’eux dans le domaine de la théologie, des mœurs, et de la politique, avant de l’être dans les autres domaines. L’erreur des platoniciens, c’est qu’ils fondent leurs jugements théologiques sur des concepts théoriques et restent dans le monde des idées sans tenir compte de la réalité des choses et des lois naturelles, ce qui les poussent à des erreurs monumentales dans leur conception du Divin.

 

Or, il est notoire que les successeurs des philosophes qui sont affiliés à l’Islam, à l’instar d’el Fârâbî, ibn Sînâ (Avicenne), ibn Rushd (Averroès) qui en est devenu le maître incontesté, ont une meilleure maîtrise de leur culture que les chrétiens. Les livres que les musulmans ont hérités des grands philosophes dans les domaines de la médecine, la logique, etc. ont été remanié par les philosophes musulmans, qui ont réussi à dépasser le savoir des anciens en la matière. Les juifs et les chrétiens reposent leurs connaissances sur ces nouveaux philosophes, alors que ces derniers sont considérés par les savants musulmans, comme les plus ignorants et les plus égarés qui soient en matière de théologie. Que dire alors de leurs pères spirituels qui font l’admiration des gens du Livre ! Les grecs eux-mêmes sont revenus au bon chemin quand ils ont embrassé la religion chrétienne à l’époque où elle ne fut pas encore falsifiée ni abrogée.

 

Quiconque s’imagine que le discours des prophètes s’accorde avec celui des grecs fait preuve d’une grande ignorance dans les domaines de la prophétie et de la philosophie. Le patrimoine philosophe a plutôt pris pied dans les milieux des « penseurs libres » affiliés aux trois grandes religions, comme chez les musulmans les auteurs des lettres ikwân e-safâ, et les mulhidûn du même genre qui sont soit affiliés au shiisme soit au soufisme,[12] comme ibn ‘Arabî, ibn Sib’în, et d’autres. [13]

 

L’avant concile de Nicée

 

Le conflit sur la nature de Jésus commença, en réalité, bien avant le concile œcuménique qui se tint à Nicée, de la fin mai au 25 juillet 325, et qui eut pour objectif principal de définir l'orthodoxie de la foi, suite à la controverse soulevée par Arius.

 

Dans les années 272-273, l'Église le priera même d'arbitrer "l'affaire Paul de Samosate",

 

Paul de Samosate a été excommunié par l'Église pour avoir proclamé après avoir médité sur la Création que Issa n'était ni une divinité ni le fils d'une divinité et que seul Dieu pouvait être à l'origine de la Création des cieux et de la terre et non un mortel. Les partisans de Paul ont été surnommés les Pauliniens (à ne pas confondre avec d'autres Pauliniens partisans d'autres Paul comme Paul de Tarse par exemple), mais ils ont quasiment tous disparu environ un siècle après sa mort. Son argumentaire contre la divinité d’Issa nous est essentiellement parvenu d’Eusébe de Césarée. Il ne faut toutefois pas accorder de crédit à la réputation licencieuse que certains de ses détracteurs lui ont taillée, car infondée ; c'était uniquement pour le discréditer lui et ses théories.

 

Arius n’était que le successeur de Paul de Samosate du fait de leur "hérésie ".

 

Voir : http://www.empereurs-romains.net/emp40.htm#pau

 

Pour de plus amples informations :

 

http://eglise1piege.unblog.fr/2011/10/26/les-arguments-de-paul-de-samosate-contre-la-divinite-de-jesus-dapres-eusebe/


http://www.empereurs-romains.net/emp38.09.htm#paul


http://www.arte.tv/fr/corpus-christi...C=3454620.html
 

 

Notons, enfin, que depuis le 2ème siècle de l’ère grégorien, les auteurs chrétiens tels Clément d'Alexandrie ou Origène s'intéressent au platonisme de façon à adapter le christianisme au monde gréco-latin. Origène (m. 253), l'un des premiers Pères de l'Église, est à l'origine de la Lectio divina, fondée sur l'interprétation selon les quatre sens des Écritures.

Les quatre sens sont les suivants :

  • historique,
  • allégorique,
  • tropologique,
  • et anagogique.

 

Dans sa préface de l’Histoire du christianisme Ed­ward Gibbon écrit : « S'il est vrai que le christianisme a triomphé du paganisme, il n'en demeure pas moins que le paganisme a réussi à corrompre le christianisme. L'église de Rome a remplacé le déisme pur des premiers chrétiens, par l'incompréhensible dogme de la Trinité. Pareillement, de nombreuses doctrines païennes inventées par les Égyptiens et idéalisées par Platon ont été adoptées parce que considérées comme dignes de foi. »

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

[1] Voir Les actes des Apôtres ; 17-23, 25

[2] Le royaume ; 10

[3] Mathieu; 28.19

[4] Les Psaumes ; 51-12, 14

[5] L’exode ; 4-22

[6] Les Psaumes ; 2

[7] Jean ; 20-17

[8] Mathieu ; 6-9

[9] Extrait d’El jawâb e-sahîh li man baddala dîn el Masîh d’ibn Taïmiya (voir 4/405- 501 et 5/5-56 avec certaines modifications).

[10] Le repas céleste ; 14

[11] Voir : Les actes des Apôtres ; 17-23, 25

[12] Un orientaliste anglais du 19ème siècle estime que pour corrompre les musulmans, il faut propager dans leurs rangs l’une de ces deux doctrines : le soufisme ou le shiisme.

[13] Extrait d’El Jawâb e-Sahîh li man baddala dîn el Masîh d’ibn Taïmiya (voir 4/405- 501 et 5/5-56 avec certaines modifications).

Repost 0
20 janvier 2017 5 20 /01 /janvier /2017 08:51

Un vent païen souffle sur la Trinité

(Partie 1)

 

Adolphe-Napoléon Didron, écrivain catholique et archéologue admet que : « La croix et le Christ ont reçu une adoration similaire, sinon égale ; ce bois sacré est adoré presque au même titre que Dieu lui-même. »

 

Prologue

 

Ibn Muraï, un élève d’ibn Taïmiya en parlant de l’œuvre de son maitre : « Par Allah, à l’avenir, in shâ Allah, le Seigneur donnera le triomphe à cette œuvre, entre les mains d’hommes qui vont la retranscrire, la propager, l’expliquer, mettre en lumière ses sens profonds, et éclaircir ses passages obscurs ; des hommes qui, aujourd’hui, ne sont pas encore dans le ventre de leurs mères. »[1]

 

Harrân était la ville natale d’ibn Taïmiya. À l’âge de six ans, il prit la route de Damas au sein de sa famille pour échapper aux invasions mongoles. Il est intéressant de comparer cet événement avec l’annonce prophétique disant : « Il y aura émigration après émigration, et les hommes (dans une version : les meilleurs hommes) vont se réfugier sur la terre d’émigration d’Ibrahim. »[2] Le Patriarche a dû fuir l’Iraq pour se réfugier sur les terres du Shâm. Les mauvais événements sont souvent précurseurs à des évènements heureux. Est-ce une bonne nouvelle à une époque où bon nombre d’Irakiens se sont installés en Syrie en vue d’échapper aux invasions… anglo-saxonnes ?

 

Ibn Taïmiya (m. 728/1358) prédisait que si les Juifs parviennent à fonder un empire en Iraq ou ailleurs, les rafidhites seront parmi leurs plus grands alliés. Ces derniers s’allient constamment avec les mécréants parmi les païens, les Juifs, et les chrétiens pour combattre les musulmans, et ils leur viennent toujours en aide.[3]

 

Ibn Taïmiya était un hérésiographe hors pair, et un spécialiste en hadîth qui n’avait rien à envier aux plus grands de son époque, comme el Mizzî et, avant lui, ‘Abd el Ghanî el Maqdisî.[4] Il maitrisait sur le bout des doigts toutes les matières dans lesquelles il plongeait, à tel point de devenir, comme il le disait lui-même, plus fort que ses adversaires dans leurs propres domaines. En figh, les adeptes des quatre écoles se tenaient devant lui, comme des élèves, lorsqu’il expliquait leur propre tendance. En tafsîr, il était une mer sans rivage. Il jonglait avec la philosophie des anciens et connaissait avec une précision chirurgicale les points forts et les points faibles des personnages tels qu’Aristote, Platon, mais aussi ibn Sina, ibn Rushd et consorts. Jamais l’humanité n’a connu un homme plus versé dans la philosophie qu’ibn Taïmiya, il faudra bien qu’un jour l’Histoire redonne à cet homme la place qui lui sied dans la Bibliothèque universelle. E-Suyyûtî, qui s’oppose pourtant à ibn Taïmiya dans certains points dogmatiques, disait sans exagération que sa culture tant religieuse que philosophique avait atteint des limites que personne ne pouvait rejoindre ni de loin ni de près (traduction très approximative) ; personne n’a jamais réussi comme lui a conjugué entre la raison et la religion. Il a avalé les principaux livres de philosophie, des adeptes du kalam, et… la Bible. Il comprenait l’hébreu et le turc et, ayant lu plusieurs manuscrits des psaumes de David, il pouvait y distinguer les différences entre les versions. Il avait une grande connaissance des rites sabéen, perse, de la magie, de l’astrologie, de l’astronomie, etc.[5] Même e-Subkî, l’un de ses détracteurs les plus acharnés reconnaissait son érudition.[6]

 

Véritable encyclopédie ambulante, son bagage scientifique ne se limitait pas à l’orthodoxie musulmane. Ses adversaires se sont très tôt rendu compte qu’il maitrisait mieux qu’eux leurs propres tendances. Mais, son registre ne s’arrêtait pas là ; il s’est également penché sur les ouvrages philosophiques et a acquis dans ce domaine une maitrise telle qui lui permit de fustiger les fondements mêmes de la philosophie comme personne d’autres ne l’avait jamais fait avant lui et ne pourra sans doute jamais le faire sans revenir, à tous le moins, à ses écrits ; domaine qu’il dominait également mieux que leurs propres adeptes, et cela dans une large mesure. Son génie s’est révélé dès les premières années de sa vie.

 

Déjà très jeune, à Damas, un juif qu’il croisait sur le chemin de l’école et qui avait repéré son intelligence hors du commun, lui posait tous les matins des questions pièges auxquelles il répondait non seulement sur le champ mais avec une facilité déconcertante. Un jour, ce même juif lui annonça que lui et toute sa famille s’était convertis à l’Islam tant il fut émerveillé par cet enfant prodige qui sur sa route, détruisait quotidiennement les fondements de sa religion les plus ancrés en lui.

 

Par ailleurs, dans son article paru en anglais, Les musulmans et les grandes écoles philosophiques (en 1927), Sulaïmân e-Nadawî avance que les travaux des deux philosophes anglais John Mill et David Hum aboutissent aux mêmes conclusions que Sheïkh el Islam dans sa réfutation de la logique aristotélicienne[7] ; ces deux philosophes fondateurs du pragmatisme moderne, et donc à la pointe de la pensée occidentale se sont-ils inspirés de ses travaux ? Mystère et boule de gomme !

 

Le doyen damascène maitrise sur les doigts les œuvres des anciens tels qu’Aristote et Platon ; il fait même un parallèle entre eux, et jongle avec leurs idées en se permettant notamment, comme il le fait couramment contre ses adversaires, de démolir les paroles des uns par celles des autres, et de les classifier en fonction de leur proximité à la vérité…

 

Il assimile parfaitement les écrits des commentateurs des pionniers avec lesquels il rétorque également leurs idées… Il connaît les œuvres des philosophes de culture musulmane tel que Fârâbî, ibn Rushd, e-Kandî, celles des philosophes bâtinites (ésotériques) ismaéliens comme ibn Sînâ, des philosophes soufis comme ibn ‘arabî et el Hallâj, et el Ghazâlî dans une moindre mesure, des adeptes du kalam comme abû el Ma’âlî el Juwaïnî, el Âmûdî, et e-Râzî. il démontre la pertinence de certaines critiques que ces derniers auteurs émettent à l’encontre des philosophes sur la théorie de l’accident. En revanche, il leur arrive de s’attaquer à certains principes de la logique grecque qui sont irréfutables aux yeux d’ibn Taïmiya… bref, si l’on pouvait résumer cet homme en deux ou trois mots, on pourrait dire qu’ibn Taïmiya est le symbole de l’objectivité, du pragmatisme, et du relativisme…

 

Deux anecdotes : Ibn Taïmiya reconnaît avoir fondé une idée dans un domaine déterminé selon la logique du Kalam qui puise ses racines dans la philosophie grecque. Il ne faisait en cela, que suivre une idée reçue en vogue à son époque ; mais, dit-il, dès que la vérité qui est basée sur la lumière de la Révélation, m’est venue, je me suis tourné vers elle sans hésitation, et j’ai tourné le dos à celle de mes ancêtres (traduction libre).

 

Il confie ailleurs qu’aux environs de la puberté, il polémiqua avec une personne cultivé sur la théorie de l’accident ; celle-ci dut chercher de l’aide auprès de son fils contre cet enfant dont l’argumentation était si puissante qu’elle paralysa ce renfort désemparé.

 

L’un de ses biographes relève le fait incroyable que le nombre d'ouvrages qu’il composa au cours de sa vie était si élevé qu’en temps normal il aurait fallu y consacrer largement plus de temps ! Dhahabî soutenait que le hadith qu'ibn Taïmiya ne connait pas n’existait pas ! Selon lui, les 100 exégèses du Coran qui avait enrichit sa lecture l’élevait au rang des meilleurs, si ce n’est du meilleur exégète(s) de tous les temps, après les Compagnons bien sûr !

 

Dans son livre ayât ashkarat, il ramène 14 voire 15 tafsîr d’un Verset recensé par ibn el Jawzî ; ensuite il les démonte un par un en démontrant qu'ils sont tous aussi faux les uns que les autres, avant de ramener la bonne opinion qui a échappé à la plupart des spécialistes !

Un jour, il était assis avec le grand linguiste ibn Hiyyan qui n'arrêtait pas de rabâcher : « Sibawaïh a dit... Sibawaïh a dit…

  • Ton Sibawaïh n’a pas la révélation infuse du Coran, lui fustigea-t-il dans un élan de colère ! Son livre renferme 70 erreurs que ni toi ni lui ne pouvez comprendre ! »

 

Un orientaliste allemand disait que les musulmans négligent dans leur patrimoine une perle qui devrait, en principe, faire leur fierté ! Malgré tout, le Sheïkh Taqî e-Dîn n’est qu'un homme. En cela, il est sujet à l'erreur, et n’atteindra jamais ni le mérite ni le rang des Compagnons !

 

Le sujet

 

Ibn Taïmiya explique qu’Hélène, la mère de l’Empereur Constantin, qui convoqua le concile de Nicée, était également originaire de Harrân, l’ancienne cité des sabéens. Les savants et les moines chrétiens se sont rendus compte que les Romains et les Grecs n’allaient pas se détacher facilement du paganisme. C'est pourquoi, ils leur ont concocté une religion à mi-chemin entre celle des prophètes et celle des païens.[8]

 

L’arianisme plus attaché à la prophétie et au principe de l’unicité, a été déclarée hérétique par l’Église en 325 au concile de Nicée. Il doit son nom à son auteur, Arius, lequel a été impliqué dans une controverse avec son évêque, à propos de la divinité du Christ (319). Selon Arius, les trois personnes de la Trinité ne peuvent se confondre, car seul Dieu le Père, qui n’est ni créé ni engendré, porte la marque divine authentique. Le Fils n’est pas de la même substance divine que le Père ; il n’existe pas de toute éternité mais a été créé, comme toute créature. Il existe donc par la volonté du Père. En d’autres termes, la relation du Fils au Père n’est pas naturelle, mais adoptive.

 

Pour répondre à cette théorie, les évêques définissent, au premier concile œcuménique de Nicée, la croyance trinitaire, établissant que le Fils de Dieu est « engendré et non créé » et consubstantiel (du grec homoousios, « de la même substance ») au Père. Avant cette date, aucune doctrine n’a été universellement adoptée par toutes les Églises, et le statut de dogme accordé à la nouvelle croyance est confirmé par les condamnations prononcées contre l’arianisme à la suite de ce concile.

 

Voici le Symbole de Nicée-Constantinople : « Nous croyons en un seul Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, de toutes choses visibles et invisibles. Nous croyons en un seul Seigneur, Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles, Dieu venu de Dieu, engendré et non créé, d’une même substance que le Père et par qui tout a été fait ; qui, pour nous les hommes et pour notre salut, est descendu des cieux et s’est incarné par le Saint-Esprit dans la vierge Marie et a été fait homme. Il a été crucifié sous Ponce Pilate, il a souffert et il a été mis au tombeau. Il est ressuscité des morts le troisième jour, conformément aux écritures : il est monté aux cieux où il siège à la droite du Père. De là, il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts et son règne n’aura pas de fin. Nous croyons en l’Esprit-Saint, qui règne et donne la vie, qui procède du Père (par le Fils), qui a parlé par les prophètes. »

 

Or, ibn Taïmiya explique que les chrétiens ne suivent en fait ni le nouveau ni l’ancien Testament, car ils ont innové une religion qui ne s’accorde avec les enseignements d’aucun prophète. Ils ont composé le « symbole » à l’Empereur Constantin, et quarante ouvrages qui traitent du droit canoniques, et certains enseignements prophétiques. La plupart des textes qu’ils composèrent s’opposent à la prophétie, et sur de nombreux points les chrétiens sont revenus au crédo des religions païennes qui ont la particularité d’adorer des divinités en parallèle à Dieu, et de démentir la Révélation. La religion chrétienne entachée par le paganisme a transformé le monothéisme et la Loi de l’Évangile. C’est pourquoi, il règne une confusion énorme dans l’esprit de la plupart de ses adeptes au sujet de la provenance de leurs sources. Ils ne font même pas la différence entre les éléments de la Thora que le Messie a abrogés et ceux qu’il a entérinés, avant de pouvoir la faire avec les lois qu’ils ont inventées.

 

Jésus ne leur a jamais prescrit d’encenser des images qu’ils auraient façonnées et encore moins d’invoquer les personnages qu’elles représentent. Aucun prophète avant lui n’a prévu pour ses adeptes une chose pareille. Il n’a jamais été question dans la Loi d’un prophète d’invoquer les anges et de solliciter leur intercession et encore moins de vouer le culte aux tombeaux des saints et des prophètes avant de pouvoir le faire à leur statut, ce qui est le principe même du paganisme (association) contre lequel les messagers ont mis leurs peuples en garde.[9] Ces pratiques sont à l’origine du paganisme ayant corrompu les générations qui vivaient entre Adam et Nûh.

 

Le Coran nous relate que les contemporains de Noé défendaient becs et ongles leurs idoles avec des formules du genre : (Ne délaissez pas vos divinités, ne délaissez pas Wadd, Suwâ’, Yaghûth, Ya’ûq, et Nasra • Ils en ont égaré énormément).[10] Bon nombre d’exégètes, à l’image d’ibn ‘Abbâs, affirment que ces statuts représentaient des membres vertueux du peuple du premier messager venu aux hommes. Après leur mort, leurs descendants ont encensés leurs tombes et ils leur ont façonnés des images avant de les adorer. ‘Îsâ lui-même et les savants chrétiens après lui n’ont pas manqué de rappeler cette réalité. Le Messie n’a ordonné à personne de l’adorer ; il n’a jamais revendiqué qu’il était Dieu ni prescrit la trinité et l’incarnation que les chrétiens ont innovés. Il n’a jamais dit qu’il avait proscrit toutes les interdictions qu’Allah a défendu aux juifs dans la Thora et qu’il autorisait ainsi de consommer de la nourriture impure comme le porc ou autre. Les chrétiens se sont ainsi autorisés de manger de la viande impure et ils ont transformé la Thora et l’Évangile. Le Messie n’a jamais prescrit de prier en direction de l’Orient ni d’encenser la croix ou encore de ne plus se circoncire, de se consacrer à la vie monacale ou de se vouer aux enseignements qu’ils ont innovés après son ascension.

 

Ainsi, étant donné que la religion chrétienne avait atteint ce degré de corruption, certains lettrés à l’instar d’Abû ‘Abd Allah e-Râzî en ont conclu que : « Seule une portion infime des chrétiens qui se trouvait avant l’avènement de Mohammed (r) ont vraiment profité de la religion du Christ. La religion que la plupart des chrétiens connaissaient n’avait aucun lieu avec Jésus. »[11]

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

[1] Voir : el jâmi’ li sîra Sheïkh el Islâm (p. 156).

[2] Rapporté par Ahmed (1/83, 198, 199).

[3] Manhâj e-Sunna (3/378).

[4] Voir : sheïkh el Islam ibn Taïmiya mohadithan qui est une thèse ès magistère du D. ‘Adnân Shalash. 

[5] Voir : Sheïkh el Islam ibn Taïmiya min arâ el falâsifa qui est une thèse ès doctorat du D. Sâlih el Ghâmidî (p. 39-57).

[6] Voir : dhaïl tabaqât el hanâbila d’ibn Rajab (2/392-393), e-saïf e-saqîl (p. 16), et e-Tabaqât el Kubra li e-shâfi’iya (10/176) tous deux de Subkî.

[7] Voir : l’introduction de radd ‘alâ el muntiq.

[8] Voir : e-rad ‘alâ el muntiqyîn (p. 335).

[9] Malheureusement, certains milieux shiites et soufis notamment ont été contaminés par ses pratiques chrétiennes et païennes qui reposent sur le culte des saints.

[10]h ; 23, 24

[11] Extrait d’el jawâb e-sahîh li man baddala dîn el Masîh d’ibn Taïmiya (5/résumé des pages 58 à 113 avec certaines modifications).

 

Repost 0
19 janvier 2017 4 19 /01 /janvier /2017 20:16

 

 

Dialogue entre un quiétiste et un chrétien flic

(Partie 2/5)

 

Des chercheurs contemporains courageux, comme Marion Sigaut, dévoilent avec succès l’imposture de ce grand philosophe français, sauf que, malheureusement, il n’est pas le seul à souffrir de ce genre de symptômes :

 

Martin Luther (Fondateur du protestantisme ; dans Les juifs et leurs mensonges (Von den Juden und ihren lügen) et les dernières paroles de David)

 

Parlant des juifs :

  1. « C’est un peuple abominable, qui ruine tous les autres par l’usure … il n’y a rien à tirer de ces malheureux, qui ne veulent pas écouter la parole divine et se contentent de leurs propres idées.
  2. « Si un juif vient me demander le baptême, je le lui donnerai ; mais je le mènerai aussitôt sur le pont de l’Elbe, lui accrocherai une meule de moulin au cou et le jetterai à l’eau.
  3. « Qu’on brûle leurs synagogues et leurs écoles ! ce qui ne veut pas brûler, qu’on le couvre de terre ! Qu’on l’ensevelisse d’une telle façon que jamais plus personne n’en trouve pierre sur pierre ni un déchet ! Qu’on enfonce et démolisse leurs maisons ! Qu’on leur enlève tous leurs livres de prière et leurs talmuds ! Qu’on interdisse à leur rabbins sous peine de mort, de prodiguer leur enseignement ! qu’on refuse aux juifs tout droit d’escorte et de protection publique ! qu’on leur défende de faire du commerce ! Qu’on leur prenne leurs économies, leurs bijoux, leur or et leur argent ! … et si ce n’est pas suffisant, qu’on les chasse de toutes parts comme des chiens enragés ! »

 

Ceci a été écrit et lu en Allemagne, en 1542.

 

David Hume (1711-1776), économiste anglais influent écrivit à son époque (dans Sur les caractères nationaux, Vol III) :

 

« Je suspecte les Nègres et en général les autres espèces humaines d’être naturellement inférieurs à la race blanche. Il n’y a jamais eu de nation civilisée d’une autre couleur que la couleur blanche, ni d’individu illustre par ses actions ou par sa capacité de réflexion... Il n’y a chez eux ni engins manufacturés, ni art, ni science. Sans faire mention de nos colonies, il y a des Nègres esclaves dispersés à travers l’Europe, on n’a jamais découvert chez eux le moindre signe d’intelligence. »

 

Emmanuel Kant (1724-1804), d'ajouter (dans "Essai sur les maladies de la tête, Observation sur le sentiment du beau et du sublime, éd. Flammarion, 1990") :

 

« La nature n’a doté le nègre d’Afrique d’aucun sentiment qui ne s’élève au-dessus de la niaiserie (...) Les Noirs (...) sont si bavards qu'il faut les séparer et les disperser à coups de bâton. »

 

Le zoologiste, G. Cuvier d'écrire à son tour (dans Recherches sur les ossements fossiles, Volume 1, Paris, Deterville, 1812) :

 

« La race nègre est confinée au midi de l'Atlas, son teint est noir, ses cheveux crépus, son crâne comprimé et son nez écrasé ; son museau saillant et ses grosses lèvres la rapprochent manifestement des singes : les peuplades qui la composent sont toujours restées barbares (...) la plus dégradée des races humaines, dont les formes s'approchent le plus de la brute, et dont l'intelligence ne s'est élevée nulle part au point d'arriver à un gouvernement régulier. »

 

Puis Montesquieu (dans L'esprit des Lois) en 1748 :

 

« On ne peut se mettre dans l'idée que Dieu, qui est un être sage, ait mis une âme, surtout une âme bonne, dans un corps tout noir. (...) Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous mêmes chrétiens. »

 

Puis sous la plume de Hegel (dans La raison dans l'histoire, Paris, Plon, 1965) :

 

« Les Africains, en revanche, ne sont pas encore parvenus à cette reconnaissance de l'universel. Leur nature est le repliement en soi. Ce que nous appelons religion, état, réalité existant en soi et pour soi, valable absolument, tout cela n'existe pas encore pour eux. Les abondantes relations des missionnaires mettent ce fait hors de doute (...) Ce qui caractérise en effet les nègres, c'est précisément que leur conscience n'est pas parvenue à la contemplation d'une objectivité solide, comme par exemple Dieu, la loi, à laquelle puisse adhérer la volonté de l'homme, et par laquelle il puisse parvenir à l'intuition de sa propre essence » Et de continuer en disant que l'Afrique est : « un monde anhistorique non développé, entièrement prisonnier de l'esprit naturel et dont la place se trouve encore au seuil de l'histoire de l'universel. »

 

Hegel signe et persiste : « Le nègre représente l’homme naturel dans toute sa barbarie et son absence de discipline. Pour le comprendre, nous devons abandonner toutes nos façons de voir européennes. Nous ne devons penser ni à un Dieu personnel ni à une loi morale ; nous devons faire abstraction de tout esprit de respect et de moralité, de tout ce qui s’appelle sentiment, si nous voulons saisir sa nature… on ne peut rien trouver dans son caractère qui s’accorde à l’humain. »[1]

 

Alexis de Tocqueville (Abolitionniste !), Œuvres complètes, tome III, Paris, 1962, P. 105

 

« Quelque respectable que soit la position des Noirs, quelque sainte que doive être à nos yeux leur infortune, qui est notre ouvrage, il serait injuste et imprudent de ne se préoccuper que d’eux seuls. Si les Nègres ont droit à devenir libres, il est incontestable que les colons ont droit à n’être pas ruinés par la liberté des Nègres. »

 

 

 

Puis, on continue avec Ernest Renan (dans le Discours sur la nation) :

 

« La nature a fait une race d'ouvrier, c'est la race chinoise (...) une race de travailleur de la terre, c'est le nègre (...) une race de maîtres et de soldats, c'est la race européenne. »

 

Théodore Roosevelt (1858-1919, Président des USA, lettre du 3/1/1913)

 

« Je souhaiterais beaucoup que l’on empêchât entièrement les gens de catégorie inférieure de se reproduire, et quand la nature malfaisante de ces gens est suffisamment manifeste, des mesures devraient être prises en ce sens. Les criminels devraient être stérilisés et il devrait être interdit aux personnes faibles d’esprit de laisser des rejetons après elles… »

 

Un paternalisme éhonté doublé d’une xénophobie schizophrénique

 

Une xénophobie alimentée par la peur que renvoie l’autre, dans le rôle ingrat et coupable du « dominé », toujours dans la perspective affolante d’une prochaine invasion de l’Europe. La France des Lumières qui exporte généreusement son universalisme qu’elle troque au rabais contre les richesses nourrissant les terres de ses (anciennes) colonies apeurées ; celle-ci les console en leur expatriant son catholicisme déchu qu’elle ne veut plus sur son sol. La chrétienté à bout de souffle est telle des médicaments périmés ou « non conformes » qu’on refourgue à l’Afrique qui le paie en nature ! On projette sur l’autre ses propres tares, comme pour laver sa conscience bien trop sale, au gré d’une thérapie qui fermente tellement qu’elle tourne mal !

 

« Si l’on préfère la vie à la mort on doit préférer la civilisation à la barbarie. L’islamisme est le culte le plus immobile et le plus obstiné, il faut bien que les peuples qui le professent périssent s’ils ne changent de culte. »

(Alfred de Vigny / 1797 – 1863)

 

« Cette prétention de défendre l'Islamisme (qui est en soi une monstruosité) m'exaspère. Je demande, au nom de l’humanité, à ce qu’on broie la Pierre-Noire, pour en jeter les cendres au vent, à ce qu’on détruise la Mecque, et que l’on souille la tombe de Mahomet. Ce serait le moyen de démoraliser le Fanatisme. »[2]

(Gustave Flaubert / 1821 – 1880)

 

« L’islamisme ne peut exister que comme religion officielle ; quand on le réduira à l’état de religion libre et individuelle, il périra. L’islamisme n’est pas seulement une religion d’État, c’est la religion excluant l’État. »

 

« Là est la guerre éternelle, la guerre qui ne cessera que quand le dernier fils d’Ismaël sera mort de misère ou aura été relégué par la terreur au fond du désert. L’Islam est la plus complète négation de l’Europe ; l’Islam est le fanatisme. »

(Joseph Ernest Renan / 1823 – 1892)

 

Voici ce que ce dernier pensait du sceau des messagers : « En somme, Mahomet nous apparaît comme un homme doux, sensible, exempt de haine. Ses affections étaient sincères ; son caractère, en général, porté vers la bienveillance. Lorsqu'on lui serrait la main en l'abordant, il répondait cordialement à cette étreinte, et jamais il ne retirait la main en premier. Il saluait les petits enfants et montrait une grande tendresse de cœur pour les femmes et les faibles. "Le Paradis, disait-il, est au pied des mères". Ni les pensées d'ambitions, ni l'exaltation religieuse, n'avaient desséché en lui le germe des sentiments individuels. On le voyait traire lui-même ses brebis, et il s'asseyait à terre pour raccommoder ses vêtements et chaussures… Rien de moins ressemblant à cet ambitieux machiavélique et sans cœur qui explique en inflexibles alexandrins ses projets à Zopyre. »[3]

 

Lettre du Père Charles de Foucauld adressée à René Bazin, de L’Académie française, président de la Corporation des publicistes Chrétiens, parue dans le Bulletin du Bureau catholique de Presse, n° 5, octobre 1917 :

 

« Ma pensée est que si, petit à petit, doucement, les musulmans de notre empire colonial du nord de l'Afrique ne se convertissent pas, il se produira un mouvement nationaliste analogue à celui de la Turquie : une élite intellectuelle se formera dans les grandes villes, instruite à la française, sans avoir l'esprit ni le cœur français, élite qui aura perdu toute foi islamique, mais qui en gardera l'étiquette pour pouvoir par elle influencer les masses ; d'autre part, la masse des nomades et des campagnards restera ignorante, éloignée de nous, fermement mahométane, portée à la haine et au mépris des Français par sa religion, par ses marabouts, par les contacts qu'elle a avec les Français (représentants de l'autorité, colons, commerçants), contacts qui trop souvent ne sont pas propres à nous faire aimer d’elle. Le sentiment national ou barbaresque s'exaltera dans l'élite instruite : quand elle en trouvera l'occasion, par exemple lors de difficultés de la France au dedans ou au dehors, elle se servira de l'islam comme d'un levier pour soulever la masse ignorante, et cherchera à créer un empire africain musulman indépendant.

L'empire Nord-Ouest-Africain de la France, Algérie, Maroc, Tunisie, Afrique occidentale française, etc., a 30 millions d'habitants ; il en aura, grâce à la paix, le double dans cinquante ans. Il sera alors en plein progrès matériel, riche, sillonné de chemins de fer, peuplé d'habitants rompus au maniement de nos armes, dont l'élite aura reçu l'instruction dans nos écoles. Si nous n'avons pas su faire des Français de ces peuples, ils nous chasseront. Le seul moyen qu'ils deviennent Français est qu'ils deviennent chrétiens.

Il ne s'agit pas de les convertir en un jour ni par force mais tendrement, discrètement, par persuasion, bon exemple, bonne éducation, instruction, grâce à une prise de contact étroite et affectueuse, œuvre surtout de laïcs français qui peuvent être bien plus nombreux que les prêtres et prendre un contact plus intime.

Des musulmans peuvent-ils être vraiment français ?

Exceptionnellement, oui. D'une manière générale, non.

Plusieurs dogmes fondamentaux musulmans s'y opposent ; avec certains il y a des accommodements ; avec l'un, celui du « Mehdi », il n'y en a pas : tout musulman, (je ne parle pas des libres-penseurs qui ont perdu la foi), croit qu’à l'approche du jugement dernier le Mehdi surviendra, déclarera la guerre sainte, et établira l'islam par toute la terre, après avoir exterminé ou subjugué tous les non musulmans. Dans cette foi, le musulman regarde l'islam comme sa vraie patrie et les peuples non musulmans comme destinés à être tôt ou tard subjugués par lui musulman ou ses descendants ; s'il est soumis à une nation non musulmane, c'est une épreuve passagère ; sa foi l'assure qu'il en sortira et triomphera à son tour de ceux auxquels il est maintenant assujetti ; la sagesse l’engage à subir avec calme son épreuve; " l'oiseau pris au piège qui se débat perd ses plumes et se casse les ailes ; s'il se tient tranquille, il se trouve intact le jour de la libération ", disent-ils.

Ils peuvent préférer telle nation à une autre, aimer mieux être soumis aux Français qu'aux Allemands, parce qu'ils savent les premiers plus doux ; ils peuvent être attachés à tel ou tel Français, comme on est attaché à un ami étranger ; ils peuvent se battre avec un grand courage pour la France, par sentiment d'honneur, caractère guerrier, esprit de corps, fidélité à la parole, comme les militaires de fortune des XVIe et XVIIe siècles.

Mais, d'une façon générale, sauf exception, tant qu'ils seront musulmans, ils ne seront pas Français, ils attendront plus ou moins patiemment le jour du Medhi, en lequel ils soumettront la France.

De là vient que nos Algériens musulmans sont si peu empressés à demander la nationalité française : comment demander à faire partie d'un peuple étranger qu'on sait devoir être infailliblement vaincu et subjugué par le peuple auquel on appartient soi-même ?

Ce changement de nationalité implique vraiment une sorte d'apostasie, un renoncement à la foi du Mehdi... »

Charles de FOUCAULD

 

 « L’influence de cette religion paralyse le développement social de ses fidèles. Il n’existe pas de plus puissante force rétrograde dans le monde. Si la Chrétienté n’était protégée par les bras puissants de la Science, la civilisation de l’Europe moderne pourrait tomber, comme tomba celle de la Rome antique. »

(Winston Churchill / 1874 – 1965)

 

« C’est le grand phénomène de notre époque que la violence de la poussée islamique. Sous-estimée par la plupart de nos contemporains, cette montée de l’islam est analogiquement comparable aux débuts du communisme du temps de Lénine. Les conséquences de ce phénomène sont encore imprévisibles. A l’origine de la révolution marxiste, on croyait pouvoir endiguer le courant par des solutions partielles. Ni le christianisme, ni les organisations patronales ou ouvrières n’ont trouvé la réponse. De même aujourd’hui, le monde occidental ne semble guère préparé à affronter le problème de l’islam. En théorie, la solution paraît d’ailleurs extrêmement difficile. Peut-être serait-elle possible en pratique si, pour nous borner à l’aspect français de la question, celle-ci était pensée et appliquée par un véritable homme d’Etat. Les données actuelles du problème portent à croire que des formes variées de dictature musulmane vont s’établir successivement à travers le monde arabe. Quand je dis «musulmane» je pense moins aux structures religieuses qu’aux structures temporelles découlant de la doctrine de Mahomet.

 

Peut-être des solutions partielles auraient-elles suffi à endiguer le courant de l’islam, si elles avaient été appliquées à temps. Actuellement, il est trop tard ! Les « misérables » ont d’ailleurs peu à perdre. Ils préféreront conserver leur misère à l’intérieur d’une communauté musulmane. Leur sort sans doute restera inchangé. Nous avons d’eux une conception trop occidentale. Aux bienfaits que nous prétendons pouvoir leur apporter, ils préféreront l’avenir de leur race. L’Afrique noire ne restera pas longtemps insensible à ce processus. Tout ce que nous pouvons faire, c’est prendre conscience de la gravité du phénomène et tenter d’en retarder l’évolution. »

André Malraux, 3 juin 1956.

 

Ces appréhensions naissent du constat sans appel, qui fut déjà annoncé par Le Bon, que l’islam est amené à l’avenir à jouer les premiers rôles dans l’échiquier de la politique planétaire, et à retrouver ses lettres de Noblesse ; sans parler de la relation ambivalente qui lie à jamais la France à ses anciennes colonies de l’Afrique septentrionale.

 

La haine de l’autre n’est pas nouvelle, que les jours se ressemble !

 

Au début du 12ème siècle, commence à se répandre en Occident des poèmes et chroniques portant sur la ‘’biographie’’ de Mahomet. Les attaques portent plus sur le ‘’personnage Mahomet’’ que sur les musulmans eux-mêmes, et s’attardent sur les points suivants : les portraits soulignent la déficience physique et mentale d’un homme victime de crises épileptiques ; ils critiquent la licence de sa vie privée que l’idéal coranique d’un paradis rempli de jouissances charnelles confirmerait ; la vision prophétique est contestée au profit de celle d’un chamelier ignorant devenu jouet de juifs et de chrétiens hérétiques, nestoriens, jacobites, ou ariens (…)

 

Deux siècles plus tôt, les motifs des églises romaines associent le thème de l’Apocalypse au combat des forces du Bien contre les forces du Mal représentées par l’Islam (…) Philippe Sénac a étudié les représentations iconographiques de l’Islam en Occident et en tire plusieurs conclusions : le Sarrasin est toujours un guerrier : l’Islam est associé à la violence ; il est toujours laid et hirsute ; l’Islam est aussi associé à l’œuvre du diable.[4] « L’esthétique nous apprend-t-il, se mêle ici à l’affaire : à Angoulême, il se tord de douleur ; à Oloran il grimace ; à Estella, il s’enlaidit davantage : ses traits sont grossiers, ses cheveux hirsutes, ses lèvres épaisses ; à Clermont-Ferrand, comme à Chartres, sur le vitrail de la cathédrale où resplendit l’admirable légende de Charlemagne, les combattants sarrasins ont le nez aquilin, l’œil obscure des rapaces en quelque sorte. L’Islam synonyme de laideur. »[5]

 

Force est de constater qu’avec les caricatures version 2005, l’Histoire se répète à la différence qu’à l’époque, sous la domination de l’Église, la liberté d’expression et la laïcité ne faisait pas dès lors partie du décor européen.

 

 Des siècles plus tard, Bonaparte écrit avant la Révolution un conte, Le masque du Prophète racontant : « l’histoire authentique d’un homme qui, poussé par un désir de gloire s’est fait passer pour un envoyé de Dieu en utilisant différentes formes d’imposture. »[6]

 

Le comble du paradoxe, c’est que sous l’étoffe d’un prophète, Napoléon a usé dans sa quête de la gloire, des pires impostures ! Il alla jusqu’à feinté une conversion à l’islam dans le but avouée de gagner l’assentiment des autochtones égyptiens. Pourtant après sa débâcle, Il est exilé comme un imposteur sur une île rocheuse désolé et battue par les vents au sud de l’océan atlantique où il passe les six dernières années de sa vie. L’empereur doit même y subir des brimades du gouverneur de l’île, Hudson Lowe, effrayé à l’idée d’une possible évasion.

 

Le 15 mai 1821, il meurt des suites d’un douloureux cancer de l’estomac – qui le pousse depuis longtemps à porter sa main sur son ventre pour soulager sa douleur.[7] En revanche, Mohammed (r), le Prophète de la vérité est mort dans la gloire sans ne l’avoir jamais cherché ni n’avoir usé d’aucune ruse. Nous cultivons l’espoir que dans son tragique destin, Bonaparte serve d’exemple à ceux qui s’aventurent à se moquer de l’Ami de Dieu !

 

 

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

 

 

 

[1] Georg W. F. Hegel : La raison dans l’histoire. Introduction à la philosophie de l’histoire, Paris, Éd.10/18, 1965, p. 234 et 251.

[2] Gustave Flaubert / 1821-1880 / Lettre à Madame Roger des Genettes / 12 janvier 1878.

[3] Ernest Renan, Études d'histoire religieuse, éd. Michel Lévy frères, 1858, p. 248

[4] Voir Géopolitique constantes et changement dans l’histoire AYMERIC CHAUPRADE p. 452, 453.

[5] P. SENAC, L’image de l’Autre, Histoire de l’Occident médiéval face à l’Islam, Paris Flammarion, 1983, p. 71.

[6] Voir Géopolitique constantes et changement dans l’histoire AYMERIC CHAUPRADE p. 482. Pour sa défense, à Sainte-Hélène, là où les calculs laissent enfin la place aux confessions, au testament, Napoléon relativise ses propos ; Sur ce caillou au milieu de l’Atlantique, il n’avait alors plus aucun intérêt à dévoiler ses préférences pour la religion musulmane. Est-ce au contact des « maures » lors de sa campagne d’Égypte qui lui aurait fait revoir ses jugements négatifs à la baisse ? Mystère et boule de gomme ! Voir : http://www.afrik.com/article26856.html

[7] Voir : Encarta

Repost 0
18 janvier 2017 3 18 /01 /janvier /2017 12:24

 

Dialogue entre un quiétiste et un chrétien flic

(Partie 2/4)

 

Dans le classement des 100 personnes les plus influentes de l'histoire, Mohammed, contre toute attention, se positionne à la première place

 

L’auteur de l’ouvrage ayant fait ce constat justifie son choix : « Certains lecteurs seront peut-être étonnés de me voir placer Mahomet en tête des personnalités ayant exercé le plus d’influence en ce monde, et d’autres contesteront probablement mon choix. Cependant, Mahomet est le seul homme au monde qui ait réussi par excellence sur les plans religieux et séculier. »[1]

 

De grands penseurs et écrivains depuis l’époque des Lumières justifient plus ou moins ce choix

 

Avec Voltaire à leur tête. Dans l'Essai sur les mœurs, Voltaire « porte un jugement presque entièrement favorable » sur Mahomet et « se montre plein d'éloges pour la civilisation musulmane et pour l'islam en tant que règle de vie ».[2] Il compare ainsi le « génie du peuple arabe » au « génie des anciens Romains »[3] et écrit que « dans nos siècles de barbarie et d’ignorance, qui suivirent la décadence et le déchirement de l’empire romain, nous reçûmes presque tout des Arabes : astronomie, chimie, médecine »[4] et que « dès le second siècle de Mahomet, il fallut que les chrétiens d’Occident s’instruisissent chez les musulmans ».[5]

 

Alphonse de LAMARTINE, poète et homme politique français (1790/1869)

 

« Jamais un homme ne se proposa, volontairement ou involontairement, un but plus sublime, puisque ce but était surhumain : Saper les superstitions interposées entre la créature et le Créateur, rendre Dieu à l'homme et l'homme à Dieu, restaurer l'idée rationnelle et sainte de la divinité dans ce chaos de dieux matériels et défigurés de l'idolâtrie... Jamais homme n'accomplit en moins de temps une si immense et durable révolution dans le monde... »

 

« Si la grandeur du dessein, la petitesse des moyens, l'immensité du résultat sont trois mesures du génie de l'homme, qui osera comparer humainement un grand homme de l'histoire moderne à Mahomet ? Les plus fameux n'ont remués que des armes, des lois, des empires ; ils n'ont fondé, quand ils ont fondés quelque chose, que des puissances matérielles, écroulées souvent avant eux.

Celui-là a remué les armées, des législations, des empires, des peuples, des dynasties, des millions d'hommes sur un tiers du globe habité ; mais il a remué, de plus, des idées, des croyances, des âmes. Il a fondé sur un Livre, dont chaque lettre est devenue une loi, une nationalité spirituelle qui englobe des peuples de toutes les langues et de toutes les races, et il a imprimé, pour caractère indélébile de cette nationalité musulmane, la haine des faux dieux et la passion du Dieu un et immatériel...

 

Philosophe, orateur, apôtre, législateur, guerrier, conquérant d'idées, restaurateur de dogmes rationnels, d'un culte sans images, fondateurs de vingt empires terrestres et d'un empire spirituel, voilà Mahomet. A toutes les échelles où l'on mesure les grandeurs humaines, quel homme fut plus grand ? »

 

« Il a fondé une nationalité spirituelle (...), la haine des faux dieux, et la passion du Dieu un et immatériel. Ce patriotisme vengeur des profanations du ciel fut la vertu des enfants de Mahomet (les musulmans) ; la conquête du tiers de la terre à son dogme fut son miracle, ou plutôt ce ne fut pas le miracle d'un homme, ce fut celui de la raison ? L'idée de l'unité de Dieu, proclamée dans la lassitude des théologies fabuleuses, avait en elle-même une telle vertu, qu'en faisant explosion sur ses lèvres elle incendia tous les vieux temples des idoles et alluma de ses lueurs un tiers du monde. »[6]

 

Bosworth Smith y va de son témoignage : « Il était César et le Pape réunis en un seul être ; mais il était le Pape sans avoir les prétentions du Pape, et César sans avoir les légions de César : sans armée, sans garde du corps, sans palais et sans revenu fixe ; s’il y a un homme qui a le droit de dire qu’il règne par la volonté divine, ce serait Muhammad, puisqu’il a reçu tout le pouvoir sans avoir les instruments ni le support. »[7] Ainsi, la position selon laquelle Muhammad serait un imposteur soulève plus de problèmes qu’elle n’en résout. Et pourtant aucune des grandes figures de l’histoire n’est si peu appréciée en Occident que Muhammad.[8]

 

« Après tant de témoignages si éclatants, mon cher Josué, lance un Montesquieu médusé loin de penser qu’il se contredit, il faut avoir un cœur de pierre pour ne pas croire sa sainte loi. Que pouvait faire davantage le ciel pour autoriser sa mission divine, à moins que de renverser la nature, et de faire périr les hommes mêmes qu'il voulait convaincre ? »[9]

 

En revanche, à titre de comparaison, en France Chateaubriand dénonce le despotisme, la ruine économique, et la sanguinaire saignée démographique européenne causée par Bonaparte ; comme dans le reste de l’Empire Goya peint le Dos de Mayo dénonçant la répression napoléonienne contre les madrilènes. Et surtout, après les désastres militaires, l’invasion et l’abdication, le sentiment national (en France) et l’esprit religieux se mêlent pour donner une image d’un Napoléon « Antéchrist ».[10]

 

 

Le discours contradictoire de ces intellectuels

 

Or, certains grands lettrés, à l’image de Voltaire, affichent un sentiment diamétralement opposé à leur discours laudatif. Voltaire, l’auteur des paroles : « Il est à croire que Mahomet, comme tous les enthousiastes, violemment frappé de ses idées, les débita d’abord de bonne foi, les fortifia par des rêveries, se trompa lui-même en trompant les autres, et appuya enfin, par des fourberies nécessaires, une doctrine qu’il croyait bonne. »

 

« Les musulmans sont animés de la rage de la malfaisance. Rien n’est plus terrible qu’un peuple qui, n’ayant rien à perdre, combat à la fois par esprit de rapine et de religion. »[11]

 

Son discours a-t-il évolué comme en témoigne la démonstration plus haut ? Ou bien est-ce que l’un n’empêche pas l’autre ? That’s the question !

 

Il faut dire que les grands théoriciens de la culture moderne ne sont pas toujours des lumières

 

Toujours à l’image de Voltaire, mais aussi de toute une culture d’intellectuel occidentaux ayant de près ou de loin, influencé la marche de l’Histoire, mais qui ont du mal, depuis un certain temps déjà, à dissimuler leur xénophobie rampante envers ceux qu’ils nomment les « nègres » ou les « indigènes », mais aussi leur antisémitisme malappris, envers nos cousins les Juifs ; sans n’oublier au passage de mettre en avant un paternalisme exacerbé par le sentiment infatué de la suprématie de la race blanche :

 

Voltaire : « Les Blancs sont supérieurs à ces Nègres, comme les Nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres. »[12]

 

« Leurs yeux ronds, leur nez épaté, leurs lèvres toujours grosses, leurs oreilles différemment figurées, la laine de leur tête, la mesure même de leur intelligence, mettent entre eux et les autres espèces d'hommes des différences prodigieuses. Et ce qui démontre qu'ils doivent point cette différence à leur climat, c'est que des Nègres et des Négresses transportés dans les pays les plus froids y produisent toujours des animaux de leur espèce, et que les mulâtres ne sont qu'une race bâtarde d'un noir et d'une blanche, ou d'un blanc et d'une noire. »[13]

 

« La nature a subordonné à ce principe ces différents degrés et ces caractères des nations, qu'on voit si rarement se changer. C'est par là que les Nègres sont les esclaves des autres hommes. On les achète sur les côtes d'Afrique comme des bêtes. »[14]

 

« La race des Nègres est une espèce d'hommes différente de la nôtre [...] on peut dire que si leur intelligence n'est pas d'une autre espèce que notre entendement, elle est très inférieure. Ils ne sont pas capables d'une grande attention, ils combinent peu et ne paraissent faits ni pour les avantages, ni pour les abus de notre philosophie. Ils sont originaires de cette partie de l'Afrique comme les éléphants et les singes ; ils se croient nés en Guinée pour être vendus aux Blancs et pour les servir. »[15]

 

Voyons ce que voltaire pensait des Juifs

 

Voltaire n'épargne pas le peuple juif, qualifiée de « nation atroce » et « ennemie du genre humain », « incapable d'aucune action généreuse » et que sa religion éloigne des autres peuples.[16]

 

Sur le ton de persiflage qui lui est habituel, il constate que les Juifs ne voyaient rien au delà de leur corps :

 

Le Juif ne voit rien au delà de leur corps

 

« Quel que soit l’auteur du Pentateuque... Le système d’une vie future, d’une âme immortelle ne se trouve dans aucun endroit de ce livre... Le législateur des Juifs a toujours dit, répété, inculqué que Dieu ne punirait les hommes que de leur vivant. Cet auteur, quel qu’il soit, fait dire à Dieu même : Honorez père et mère afin que vous viviez longtemps ; si vous obéissez... vous aurez de la pluie au printemps..., si vous ne gardez pas toutes les ordonnances, vous aurez la rogne, la gale, la fistule, des ulcères aux genoux et dans le gras des jambes. Il menace surtout les Juifs d’être obligés d’emprunter des étrangers à usure, et qu’ils seront assez malheureux pour ne point prêter à usure.

Il leur recommande plusieurs fois d’exterminer, de massacrer toutes les nations que Dieu leur aura livrées, de n’épargner ni la vieillesse, ni l’enfance, ni le sexe ; mais, pour l’immortalité de l’âme, il n’en parle jamais ; il ne la suppose même jamais. Les philosophes... qui ont nié cette immortalité, en ont donné les raisons..., mais les Juifs ne donnèrent jamais aucune raison. S’ils nièrent l’immortalité de l’âme, ce fut uniquement par grossièreté et par ignorance ; c’est parce que leur législateur très grossier n’en savait pas plus qu’eux... Dans les livres attribués à Moïse, il n’est jamais question d’une vie future... Un auteur connu s’est étonné qu’on voie dans le Deutéronome une loi émanée de Dieu même touchant la-manière dont un Juif doit pousser sa selle, et qu’on ne voie pas dans tout le Pentateuque un seul mot concernant... une autre vie... Les Juifs ne pensèrent jamais qu’à leur corps. »

 

Voltaire rappelle en quelques traits plaisants le mépris où le Juif était tenu pour sa passion de l’usure :

 

Les juifs et l’Or

 

« Leur grande application ayant été de temps immémorial à prêter sur gages, il leur était défendu de prêter... sur des ornements d’église... Le concile de Latran ordonna qu’ils portassent une petite roue sur la poitrine, pour les distinguer des chrétiens (10) ... Il leur était expressément défendu de prendre des services ou des nourrices chrétiennes et encore plus des concubines. Il y eut même quelques pays où l’on faisait brûler les filles dont un Juif avait abusé et les hommes qui avaient eu la faveur d’une Juive, par la grande raison qu’en rend le grand jurisconsulte Gallus, que c’est la même chose de coucher avec un Juif que de coucher avec un chien... On avait toujours soin de les pendre entre deux chiens quand ils étaient condamnés... Ils furent partout usuriers, selon le privilège et la bénédiction de leur loi, et partout en horreur pour la même raison. »

 

De nos jours, on commet un péché de lèse majesté et un crime contre l’Humanité pour bien moins que cela !

 

Après, on nous dit que ce sont les jeunes de banlieues les antisémites, ces nouvelles têtes de turc !

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

[2] René Pomeau, Voltaire en son temps, Fayard, 1995, t.1, p.407

[3] « Il est évident que le génie du peuple arabe, mis en mouvement par Mahomet, fit tout de lui-même pendant près de trois siècles, et ressembla en cela au génie des anciens Romains. » « Essais sur les Mœurs » (1756), dans Œuvres complètes de Voltaire, Voltaire, éd. Moland, 1875, t. 11, chap. VI-De l’Arabie et de Mahomet, p. 237

[4] « Préface de l’Essai sur l’Histoire universelle [archive] » (1754), dans Œuvres complètes de Voltaire, Voltaire, éd. Moland, 1875, t. 24, p. 49

[5] « Essais sur les Mœurs » (1756), dans Œuvres complètes de Voltaire, Voltaire, éd. Moland, 1875, t. 11, chap. VI-De l’Arabie et de Mahomet, p.237

[6] Histoire de la Turquie 1er tome.

[7] Mohammad et Mohammadanism Londres 1874, p. 92.

[8] W. Montgomery, Muhammad at Mecca, Oxford, 1953, p. 52.

[9] Extrait de " LETTRE Persane XXXIX ". HAGI IBBI AU JUIF BEN JOSUE, PROSELYTE MAHOMETAN. A Smyrne

[10] Voir Encarta.

[11] Voltaire / Questions sur l'encyclopédie.

[12] Voltaire, in « Traité de Métaphysique ». Cité in « Le Choc du mois » n°25, p.31.

[13] Voltaire, « Essai sur les mœurs ». Cité in id.

[14] Idem.

[15] Voltaire, « Essai sur les mœurs », Genève, 1755, t.XVI, p.269-270.

[16] Raymond Trousson, Dictionnaire général de Voltaire, Honoré Champion, 2003, p.470

Repost 0
17 janvier 2017 2 17 /01 /janvier /2017 14:37

 

 

Dialogue entre un quiétiste et un chrétien flic

(Partie 2/3)

 

Hitler lui-même s’invite dans la danse

 

D’aucun y voit un rapprochement douteux, facilement explicable du reste, entre l’Islam et l’Allemagne nazie.[1]

 

« Mentez, mentez, il en restera toujours quelque-chose. Il faut mentir comme le diable, non pas timidement, non pas pour un temps, mais hardiment et toujours. » (Voltaire, lettre à Thiriot du 21 octobre 1736.)

 

En fait, le discours allemands est beaucoup moins décomplexé, pour des raisons géopolitiques et anthropologiques, somme toute, évidentes, mais aussi grâce à l’influence de l’Empereur Frédéric II, une icône historique du pays, qui entretenait des liens étroits avec ses homologues musulmans. Nous l’avons vu plus haut avec Nietzsche,[2] en voici un autre exemple avec Goethe :

 

« Aussi souvent que nous le lisons (le Coran), au départ et à chaque fois, il nous repousse. Mais soudain il séduit, étonne et finit par forcer notre révérence. Son style, en harmonie avec son contenu et son objectif, est sévère, grandiose, terrible, à jamais sublime. Ainsi ce livre continuera d'exercer une forte influence sur les temps à venir. »[3]

 

« C'est dans l'Islam que je trouve le mieux exprimées mes propres idées. »[4]

 

« L’homme est sans cesse inquiet parce qu'il pense qu'il ne peut pas faire face aux difficultés, mais avec plus de précision nous comprenons que tous les hommes peuvent vaincre la peur, à condition d'entrer dans l'idéologie salvatrice de l'Islam et de s'en remettre à Dieu. »[5]

 

Pour revenir au premier homme du troisième Reich :

 

« Les peuples régis par l’Islam seront toujours plus proches de nous que la France, par exemple, en dépit de la parenté du sang qui coule dans nos veines. Le malheur veut que la France ait dégénéré au cours des siècles et que ses élites aient été subverties par l’esprit juif. Cela a pris de telles proportions que cela est irréparable. La France est condamnée à faire une politique juive. »[6]

 

« Si à Poitiers Charles Martel avait été battu, la face du monde eût changé. Puisque le monde était déjà voué à l’influence judaïque (et son produit, le christianisme, est une chose si fade !) il eût beaucoup mieux valu que le mahométisme triomphât. Cette religion récompense l’héroïsme, elle promet aux guerriers les joies du septième ciel… Animés par un tel esprit, les Germains eussent conquis le monde. C’est le christianisme qui les en a empêchés. »[7]

 

« Je pourrais encore m’enflammer pour le paradis des musulmans, mais que dire du fade paradis des chrétiens. »[8]

 

« La civilisation a été l’un des éléments constitutifs de la puissance de l’Empire romain. Ce fut aussi le cas en Espagne, sous la domination des Arabes. La civilisation atteignit là un degré qu’elle a rarement atteint. Vraiment une époque d’humanisme intégral, où régna le plus pur esprit chevaleresque. L’intrusion du christianisme a amené le triomphe de la barbarie. L’esprit chevaleresque des Castillans est en réalité un héritage des Arabes. »[9]

 

Voltaire se sert de la tête de turc mahométan pour taper sur les catholiques

 

D’où l’amalgame que fait naitre sa position sur la religion musulmane, position qui a peut-être évoluée :

 

Voir : http://islammedia.free.fr/Pages/citation_voltaire.html

 

Au départ, Voltaire était très hostile à l’islam. La pièce théâtrale « Mahomet, ou le fanatisme » composée en 1742, était considérée comme le parfait exemple pour dépeindre le personnage du Prophète Mohammed.

« Mahomet le fanatique, le cruel, le fourbe, et, à la honte des hommes, le grand, qui de garçon marchand devient prophète, législateur et monarque. »[10]

 

Goethe, qui avait traduit la pièce en allemand pour complaire à son maître, le prince Charles-Auguste de Weimar, parla de ce sujet à Napoléon qu’il rencontra à Erfut. L’Empereur rétorqua : « Je n’aime pas cette pièce, c’est une caricature !

  • Je suis de l’avis de Votre Majesté, j’ai fait ce travail à contre-cœur. Mais dans cette tragédie, dans ces tirades contre le fanatisme, ce n’est pas l’islam qui était visé, mais l’Église catholique.
  • Les allusions, dit Napoléon, sont tellement voilées que cet impertinent a pu dédier son œuvre au pape… qui lui a donné sa bénédiction. »[11]

 

« Mahomet a été l'objet de sa plus vive critique, dans le caractère et dans les moyens. Voltaire, disait l'Empereur, avait ici manqué à l'histoire et au cœur humain. Il prostituait le grand caractère de Mahomet par les intrigues les plus basses. Il faisait agir un grand homme qui avait changé la face du monde, comme le plus vil scélérat, digne au plus du gibet. Il ne travestissait pas moins inconvenablement le grand caractère d'Omar, dont il ne faisait qu'un coupe-jarrets de mélodrame. »[12]

 

Mais au fur et à mesure, Voltaire va faire ses recherches personnelles et délaisser les vieux ouvrages sur les musulmans que propageait l’église. Voltaire se détache des sources héritées du Moyen Âge et sa perspective change radicalement.

 

C’est en travaillant en véritable historien, sur son Charles XII, que Voltaire forgea ses idées sur le monde musulman et plus particulièrement sur les Ottomans. L’évolution de Voltaire sur l’islam arrive à son point culminant avec l’Examen important de milord Bolingbroke, ou le tombeau du fanatisme, intégré au Recueil nécessaire, en 1766. Dans cet écrit, il fustige sévèrement le christianisme et fait l’éloge du Prophète Mohammed qui établit un culte qui « était sans doute, plus sensé que le christianisme. »

 

Voltaire accuse et attaque le christianisme qu’il considère comme « la plus ridicule, la plus absurde et la plus sanglante religion qui ait jamais infecté le monde. »[13] Par contraste, il vante la doctrine musulmane pour sa grande simplicité : « Il n’y a qu’un Dieu et Mahomet est son prophète. »

 

« Chanoines, moines, curés même, dit Voltaire, si on vous imposait la loi de ne manger ni boire depuis quatre heures du matin jusqu’à dix heures du soir, pendant le mois de juillet, lorsque le carême arriverait dans ce temps ; si on vous défendait de jouer à aucun jeu de hasard sous peine de damnation ; si le vin vous était interdit sous la même peine ; s’il vous fallait faire un pèlerinage dans des déserts brûlants ; s’il vous était enjoint de donner au moins deux et demi pour cent de votre revenu aux pauvres ; si, accoutumés à jouir de dix-huit femmes, on vous en retranchait tout d’un coup quatorze ; en bonne foi, oseriez-vous appeler cette religion sensuelle ? » Et la fin de son article est une leçon qui déteste et rejette la caricature : « Il faut combattre sans cesse. Quand on a détruit une erreur, il se trouve toujours quelqu’un qui la ressuscite[14]

 

La dernière phase de Voltaire sur l’islam se situe entre 1768 et 1772. Il revient sur certaines de ses positions intransigeantes concernant le christianisme, sans renoncer à ses convictions dans l’enseignement de l’islam :

« Sa religion est sage, sévère, chaste et humaine : sage puisqu’elle ne tombe pas dans la démence de donner à Dieu des associés, et qu’elle n’a point de mystère ; sévère puisqu’elle défend les jeux de hasard, le vin et les liqueurs fortes, et qu’elle ordonne la prière cinq fois par jour ; chaste, puisqu’elle réduit à quatre femmes ce nombre prodigieux d’épouses qui partageaient le lit de tous les princes de l’Orient ; humaine, puisqu’elle nous ordonne l’aumône, bien plus rigoureusement que le voyage de La Mecque. Ajoutez à tous ces caractères de vérité, la tolérance. »

 

Depuis 1742, date à laquelle Voltaire a présenté sa pièce de théâtre « Mahomet » à la Comédie française, le chemin parcouru est long. Ce jour-là, il attaquait « le fondateur de l’islam » pour montrer comment les religions ont été établies. Puis vingt-huit années plus tard, en 1770, il le défend pour soutenir que « d’autres peuples pouvaient penser mieux que les habitants de ce petit tas de boue que nous appelons Europe ».

 

« Il n’y a point de religion dans laquelle on n’ait recommandé l’aumône. La mahométane est la seule qui en ait fait un précepte légal, positif, indispensable. L’Alcoran [le Coran] ordonne de donner deux et demi pour cent de son revenu, soit en argent, soit en denrées. La prohibition de tous les jeux de hasard est peut-être la seule loi dont on ne peut trouver d’exemple dans aucune religion.

Toutes ces lois qui, à la polygamie près, sont si austères, et sa doctrine qui est si simple, attirèrent bientôt à la religion, le respect et la confiance. Le dogme surtout de l’unité d’un Dieu présenté sans mystère, et proportionné à l’intelligence humaine, rangea sous sa loi une foule de nations et, jusqu’à des nègres dans l’Afrique, et à des insulaires dans l’Océan indien.

Le peu que je viens de dire dément bien tout ce que nos historiens, nos déclamateurs et nos préjugés nous disent : mais la vérité doit les combattre. »[15]

 

« Le plus grand changement que l’opinion ait produit sur notre globe fut l’établissement de la religion de Mahomet. Ses musulmans, en moins d’un siècle, conquirent un empire plus vaste que l’empire romain. Cette révolution, si grande pour nous, n’est, à la vérité, que comme un atome qui a changé de place dans l’immensité des choses, et dans le nombre innombrable de mondes qui remplissent l’espace ; mais c’est au moins un événement qu’on doit regarder comme une des roues de la machine de l’univers, et comme un effet nécessaire des lois éternelles et immuables : car peut-il arriver quelque chose qui n’ait été déterminé par le Maître de toutes choses ? Rien n’est que ce qui doit être. »[16]

 

« Ce fut certainement un très grand homme, et qui forma de grands hommes. Il fallait qu’il fût martyr ou conquérant, il n’y avait pas de milieu. Il vainquit toujours, et toutes ses victoires furent remportées par le petit nombre sur le grand. Conquérant, législateur, monarque et pontife, il joua le plus grand rôle qu’on puisse jouer sur la terre aux yeux du commun des hommes. »[17]

« J’ai dit qu’on reconnut Mahomet pour un grand homme ; rien n’est plus impie, dites-vous. Je vous répondrai que ce n’est pas ma faute si ce petit homme a changé la face d’une partie du monde, s’il a gagné des batailles contre des armées dix fois plus nombreuses que les siennes, s’il a fait trembler l’empire romain, s’il a donné les premiers coups à ce colosse que ses successeurs ont écrasé, et s’il a été législateur de l’Asie, de l’Afrique, et d’une partie de l’Europe. »[18]

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

[1] Ils s’inspirent de plusieurs textes qui sont fallacieux et partisan quand, notamment, on ne les replace pas dans leur contexte historique : « Je fus impressionné par la parenté du national-socialisme avec l’islam et cette impression n’a fait que se préciser et s’affermir depuis. »
(Hermann von Keyserling / 1880-1946)

« Les nazis sont les meilleurs amis de l’islam. »
(Le grand Mufti de Jérusalem en 1943)

« Je n’ai rien contre l’Islam, parce que cette religion se charge elle-même d’instruire les hommes, en leur promettant le ciel s’ils combattent avec courage et se font tuer sur le champ de bataille: bref, c’est une religion très pratique et séduisante pour un soldat. »
(Heinrich Himmler – Reichführer SS / 1900 – 1945)

Voir : http://www.minurne.org/?p=41

[3] Goethe, 1819, West-Oestlicher Divan, dans Dictionary of Islam (1885), paru chez Laurier Books Ltd, 1996, p. 526, Thomas Patrick Hughes.

[4] Goethe, 20 septembre 1820, Lettre à Zelter, dans Goethe et l'Islam, paru dans Studia Islamica, No. 33 (1971), p. 151, G.-H. Bousquet.

[6] Testament politique d’Hitler, Adolf Hitler, notes de Martin Bormann, préface de Trevor-Roper, éd. Fayard, 1959, 2 avril 1945, p. 180.

[7] Libres propos sur la guerre et la paix recueillis sur l’ordre de Martin Bormann, Adolf Hitler, éd. Flammarion, 1954, t. 2, 28 août 1942, p. 297.

[8] Hitler cet inconnu (Hitlers Tischgesprache im Führerhauptquartier), Adolf Hitler, notes de Henry Picker, éd. Presses de la cité, 1969, 13 décembre 1941, p. 168.

[9] Libres propos sur la guerre et la paix recueillis sur l’ordre de Martin Bormann, Adolf Hitler, éd. Flammarion, 1954, t. 2, 28 août 1942, p. 297.

[10] Recueil des Lettres de Voltaire (1739-41).

[11] Jean Prieur, Muhammad, Prophète d’Orient et d’Occident, Éditions du Rocher, Paris 2003, p 215.

[12] Las Cases, Mémorial de Sainte-Hélène, Dépôt du Mémorial, 1824, t.3, avril 1816, p. 134-135.

[13] Lettre à Frédéric II, roi de Prusse, datée du 5 janvier 1767.

[14] Dictionnaire philosophique 1764.

[15] Voltaire, Essai sur les mœurs, in Faruk Bilici, op. cit.

[16] « Remarque pour servir de supplément à l'Essais sur les Mœurs » (1763), dans Œuvres complètes de Voltaire, Voltaire, éd. Moland, 1875, t. 24, chap. IX-De Mahomet, p. 588.

[17] « Remarque pour servir de supplément à l'Essais sur les Mœurs » (1763), dans Œuvres complètes de Voltaire.

[18] Voltaire a composé cette lettre en 1760 en réponse à la « Critique de l’Histoire universelle de M. de Voltaire, au sujet de Mahomet et du mahométisme »

Repost 0