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16 janvier 2017 1 16 /01 /janvier /2017 17:12

 

 

Dialogue entre un quiétiste et un chrétien flic

(Partie 2/2)

 

La vérité sort de la bouche des… ennemis

 

Bi famika adîn !

 

De nombreux modernes ayant assisté au déclin respectif du catholicisme et de l’Islam politique mettent en avant la prépondérance du second cité. Les critiques les plus acerbes fondent sur le premier qui eut pour père fondateur non éponyme Paul de Tarse[1] :

 

« Écrasez l'infâme ! », écrivait Voltaire après s'être penché longuement sur la question.[2]

 

Voltaire va plus loin : « Si l'on veut bien y faire attention, la religion catholique apostolique et romaine est, dans toutes ses cérémonies et tous ses dogmes, l'opposé de la religion de Jésus. »[3]

 

Au XVIIIe siècle, le Vénitien Casanova estimait : « le mahométisme plus raisonnable que le christianisme. »[4]

 

« J’acquis la conviction que la doctrine de l'Église, quoiqu'elle ait prit le nom de « chrétienne », ressemble singulièrement à ces ténèbres contre lesquelles luttait Jésus et contre lesquelles il recommande à ses disciples de lutter. » (Léon Tolstoï)

 

Et Friedrich Nietzsche de renchérir: « L'Église appartient au triomphe de l’Antéchrist. »

 

« Au fond, il n'y a jamais eu qu'un chrétien et il est mort sur la croix. L'évangile est mort sur la croix... Seule est chrétienne la pratique chrétienne, une vie telle que celle vécue par celui qui mourut sur la croix », selon Nietzsche qui a plagié Léon Tolstoï dans ses notes ou écrits posthumes (Volonté de Puissance).

 

Mais restons avec Nietzsche :

 

« Le christianisme nous a frustrés de la moisson de la culture antique, et, plus tard, il nous a encore frustrés de celle de la culture islamique. La merveilleuse civilisation maure d’Espagne, au fond plus proche de nous, parlant plus à nos sens et à notre goût que Rome et la Grèce, a été foulée aux pieds (et je préfère ne pas penser par quels pieds!)

  • Pourquoi ?
  • Parce qu’elle devait le jour à des instincts aristocratiques, à des instincts virils, parce qu’elle disait oui à la vie, avec en plus, les exquis raffinements de la vie maure !... Les croisés combattirent plus tard quelque chose devant quoi ils auraient mieux fait de se prosterner dans la poussière [...]

 

Voyons donc les choses comme elles sont !

Les croisades ? Une piraterie de grande envergure, et rien de plus ! [...] La noblesse allemande est à peu près absente de l’histoire de la culture supérieure : on en devine la cause... Le christianisme, l’alcool - les deux grands moyens de corruption… En soi, on ne devrait même pas avoir à choisir entre l’islam et le christianisme, pas plus qu’entre un Arabe et un Juif.

La réponse est donnée d’avance : ici, nul ne peut choisir librement. Soit on est un tchandala, soit on ne l’est pas. « Guerre à outrance avec Rome ! Paix et amitié avec l’Islam. » C’est ce qu’a senti, c’est ce qu’a fait ce grand esprit fort, le seul génie parmi les empereurs allemands, Frédéric II [Hohenstauffen]. » L’Antéchrist (1888).

 

« Si l’Islam méprise le christianisme, il a mille fois raison : l’Islam suppose des hommes pleinement virils. » L’Antéchrist (1888).

 

Dans les Mémoires écrits à Sainte-Hélène du général Gourgaud, Napoléon dit : « Jésus-Christ, simple prédicateur, n’exerça aucun pouvoir sur la terre, mon règne n’est pas de ce monde disait-il. Il le prêchait dans le temple, il le prêchait en particulier à ses disciples. Il leur accorda le don de la parole, fit des miracles, ne se révolta pas contre la puissance établie et mourut sur une croix, entre deux larrons, en exécution du jugement d’un simple préteur idolâtre… À l’opposé de Jésus-Christ, Mahomet fut roi ! Il déclara que tout l’univers devait être soumis à son empire… »

 

Plus loin, Napoléon poursuit : « Ce qui est supérieur en Mahomet, c’est qu’en dix ans il a conquis la moitié du globe, tandis qu’il a failli trois cents ans au christianisme pour s’établir. »

 

Dans sa Correspondance, au chapitre « Observations sur la tragédie de Mahomet », Napoléon écrit : « Il a détruit les faux dieux, renversé le temple des idoles dans la moitié du monde, propagé plus que qui que ce soit la connaissance d’un seul Dieu dans l’univers… Mahomet fut un grand homme, intrépide soldat…. Grand capitaine, éloquent, homme d’État, il régénéra sa patrie et créa au milieu des déserts de l’Arabie un nouveau peuple et une nouvelle puissance. »

 

Dans sa correspondance, présente dans le Journal de Sainte Hélène, il parle des trois monothéismes. Tout d’abord, il considère que les juifs ont eu le tort de vouloir garder le message de Moïse pour le confiner à leur « race d’élus de Dieu ». Par ailleurs, il admire Jésus, mais déplore que le christianisme ait été récupéré par « un groupe de politiciens de Rome » pour contrôler le peuple, et qu’il ait déformé l’unicité de Dieu : « Ils ont ensuite donné à Dieu des partenaires. Ils étaient maintenant trois en un. »

 

À la fin de son raisonnement, l’empereur déchu en vient à l’islam, qu’il décrit comme tel : « Puis enfin, à un certain moment de l’histoire, apparut un homme appelé Mahomet. Et cet homme a dit la même chose que Moïse, Jésus, et tous les autres prophètes : il n’y a qu’Un Dieu. C’était le message de l’Islam. L’Islam est la vraie religion. Plus les gens liront et deviendront intelligents, plus ils se familiariseront avec la logique et le raisonnement. Ils abandonneront les idoles, ou les rituels qui supportent le polythéisme, et ils reconnaîtront qu’il n’y a qu’Un Dieu. Et par conséquent, j’espère que le moment ne tardera pas où l’Islam prédominera dans le monde. »[5] 

Plus tôt, dans le même Journal de Sainte-Hélène dicté au Général Gouraud, il est même possible de lire « J’aime mieux la religion de Mahomet. Elle est moins ridicule que la nôtre. »[6]

 

Gustave le bon tient, pour sa part, à rétablir quelques vérités historiques :

 

« Il semblera toujours humiliant à certains esprits de songer que c'est à des infidèles que l'Europe chrétienne doit d'être sortie de la barbarie, et une chose si humiliante en apparence ne sera que bien difficilement admise. [...] Par leur influence morale, ils ont policé les peuples barbares qui avaient détruit l'empire romain ; par leur influence intellectuelle, ils ont ouvert à l'Europe le monde des connaissances scientifiques, littéraires et philosophiques qu'elle ignorait, et ont été nos civilisateurs et nos maîtres pendant six cents ans. »[7]

 

« Au point de vue de la civilisation, bien peu de peuples ont dépassé les Arabes et l'on n'en citerait pas qui ait réalisé des progrès si grands dans un temps si court. Au point de vue religieux, ils ont fondé une des plus puissantes religions qui aient régné sur le monde, une de celles dont l'influence est la plus vivante encore. Au point de vue politique, ils ont créé un des plus gigantesques empires qu'ait connus l'histoire. Au point de vue intellectuel et moral ils ont civilisé l'Europe. Peu de races se sont élevées plus haut, mais peu de races sont descendues plus bas. Aucune ne présente d'exemple plus frappant de l'influence des facteurs qui président à la naissance des empires, à leur grandeur et à leur décadence. »[8]

 

« Bien peu de religions ont eu un pareil empire sur les âmes ; aucune peut-être n’en a exercé de plus durable. Le Coran est le véritable pivot de la vie en Orient, et nous retrouvons son influence dans les moindres actes de l'existence. L'empire des Arabes ne vit plus que dans l'histoire, mais la religion qui fut mère de cet empire n'a pas cessé de s'étendre. Du fond de son tombeau, l'ombre du prophète règne en souveraine sur ces millions de croyants qui peuplent l'Afrique et l'Asie, du Maroc jusqu'à la Chine, de la Méditerranée à l'Equateur. »[9]

 

« S’il faut juger de la valeur des hommes par la grandeur des œuvres qu'ils ont fondées, nous pouvons dire que Mahomet fut un des plus grands hommes qu'ait connus l'histoire. Des préjugés religieux ont empêché bien des historiens de reconnaître l'importance de son œuvre ; mais les écrivains chrétiens eux-mêmes commencent aujourd'hui à lui rendre justice. »[10]

 

L’anthropologue français constate que : « L'étonnante facilité avec laquelle se répand le Coran dans le monde est tout à fait caractéristique. Partout où un musulman a passé on est certain de voir sa religion rester. Des pays, que les Arabes n'ont jamais visités en conquérants, et qui n'étaient parcourus que par leurs marchands, tels que certaines parties de la Chine, de l'Afrique centrale et de la Russie, comptent aujourd'hui par millions les sectateurs du prophète. Toutes ces conversions se sont faites librement, sans violence. »

 

Mais encore : « L'habileté politique que déployèrent les premiers successeurs de Mahomet fut à la hauteur des talents guerriers qu'ils surent bien vite acquérir. Dès leurs premiers combats, ils se trouvèrent en présence de populations que des maîtres divers tyrannisaient sans pitié depuis des siècles, et qui ne pouvaient qu'accueillir avec joie des conquérants qui leur rendraient la vie moins dure. La conduite à tenir était clairement indiquée, et les khalifes surent sacrifier aux intérêts de leur politique toute idée de conversion violente. Loin de chercher à imposer par la force leur croyance aux peuples soumis, comme on le répète toujours, ils déclarèrent partout vouloir respecter leur foi, leurs usages et leurs coutumes. En échange de la paix qu'ils leur assuraient, ils ne leur imposaient qu'un tribut très faible, et toujours inférieur aux impôts que levaient sur eux leurs anciens maîtres. »

 

Le Bon va jusqu’à mettre à nu le mythe Martel que l’imaginaire collectif à construit de toute pièce[11] :

 

« Le séjour des Arabes en France, plus de deux siècles après Charles Martel, nous prouve que la victoire de ce dernier n'eut en aucune façon l'importance que lui attribuent tous les historiens. Charles Martel, suivant eux, aurait sauvé l'Europe et la chrétienté. Mais cette opinion, bien qu'universellement admise, nous semble entièrement privée de fondement. L'expédition d'Abdéramen n'était qu'une campagne destinée à enrichir ses soldats, en leur procurant l'occasion de faire un riche butin. Sans le fils de Pepin d'Héristal, l'expédition se fût terminée par le pillage de Tours et de quelques autres villes, et les Arabes se fussent, suivant leur habitude, éloignés pour reparaître sans doute les années suivantes, jusqu'au jour où ils eussent rencontré une coalition capable de les repousser. Charles Martel ne réussit à les chasser d'aucune des villes qu'ils occupaient militairement. Il fut obligé définitivement de battre en retraite devant eux et de les laisser continuer à occuper tranquillement tous les pays dont ils s'étaient emparés. Le seul résultat appréciable de sa victoire fut de rendre les Arabes moins aventureux dans leurs razzias vers le nord de la France ; résultat utile, assurément, mais insuffisant tout à fait à justifier l'importance attribuée à la victoire du guerrier franc. »[12]

 

« Supposons cependant que les chrétiens n'eussent jamais réussi à repousser les Arabes ; supposons encore qu'au lieu d'un climat froid et pluvieux, qui ne pouvait exercer aucun attrait sur eux, les musulmans eussent rencontré dans le nord de la France le même climat qu'en Espagne, et eussent cherché à s'y établir de façon définitive. Pour savoir ce qu'eût été dans ces hypothèses impossibles le sort du nord de l'Europe, il suffit de rechercher ce que fut celui de l'Espagne. Or, comme sous l'influence des Arabes, l'Espagne jouissait d'une civilisation brillante, alors que le reste de l'Europe était plongé dans la plus grossière barbarie, il est évident qu'au point de vue de la civilisation de l'époque, les populations chrétiennes n'auraient eu qu'à gagner à se ranger sous la bannière du prophète. Adoucis dans leurs mœurs, les peuples de l'Occident eussent sans doute évité ainsi les guerres de religion, la Saint-Barthélemy, l'inquisition, en un mot, toutes ces calamités qui ont ensanglanté l'Europe pendant tant de siècles, et que les musulmans n'ont jamais connues. »[13]

 

« Bien que le séjour des Arabes en France n'ait été constitué que par une série de courtes invasions, ils ont laissé des traces profondes de leur passage dans la langue, et [...] ils en ont laissé également dans le sang. [...] L'ethnologie nous en fournit la preuve, en retrouvant, après tant de siècles, des descendants des Arabes sur plusieurs parties de notre sol. Dans le département de la Creuse, dans les Hautes-Alpes, et notamment dans plusieurs localités situées autour de Montmaure (montagne des Maures), dans le canton de Baignes (Charente), de même que dans certains villages des Landes, du Roussillon, du Languedoc, du Béarn, les descendants des Arabes sont facilement reconnaissables. On les distingue à leur peau basanée, leurs cheveux couleur d'ébène, leur nez aquilin, leurs yeux foncés et perçants. Les femmes se reconnaissent à leur teint olivâtre, leur figure allongée, leurs grands yeux noirs, leurs sourcils épais, la forme conique de leurs seins, etc. »[14]

 

« Grâce aux croisades, l'influence civilisatrice de l'Orient sur l'Occident fut très grande, mais cette influence fut beaucoup plus artistique, industrielle et commerciale que scientifique et littéraire. Quand on considère le développement considérable des relations commerciales et l'importance des progrès artistiques et industriels, engendrés par le contact des croisés avec les Orientaux, on peut affirmer que ce sont ces derniers qui ont fait sortir l'Occident de la barbarie, et préparé ce mouvement des esprits que l'influence scientifique et littéraire des Arabes, propagée par les universités de l'Europe, allait bientôt développer et d'où la renaissance devait sortir un jour. »[15]

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

[2] Dictionnaire Philosophique, coll. Folio classique, Gallimard.

[4] Le Philosophe et le théologien.

[5] Correspondance de Napoléon 1er - Journal inédit de Sainte Hélène, de 1815 à 1818 (Gal Baron Gourgaud), Napoléon Bonaparte, éd. Comon et cie, 1847, t. 5, Affaires religieuses, p. 518

[6] Journal de Sainte-Hélène 1815-1818, Napoléon Bonaparte, éd. Flammarion, 1947, t. 2, partie 28 août 1817, p. 226.

[7] La Civilisation des Arabes (1884), Gustave Le Bon, éd. La Fontaine au Roy, 1990, Livre cinquième, chapitre dixième, Civilisation de l'Europe par les Arabes, p. 442

[8] Idem. p. 470

[9] Idem. p. 328

[10] Idem. p. 76

[11] Pour en finir avec cette imposture : Laurent Theis : "Charles Martel a massacré de nombreux chrétiens"

http://www.lepoint.fr/…/laurent-theis-charles-martel-a-mass…

[12] Idem. p. 236

[13] Idem. p. 237

[14] Idem. p. 237

[15] Idem. p. 254

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15 janvier 2017 7 15 /01 /janvier /2017 18:17

 

Dialogue entre un quiétiste et un chrétien flic

(Partie 2/1)

 

Voltaire : « Quand on a détruit une erreur, il se trouve toujours quelqu’un qui la ressuscite...» « Dictionnaire Philosophique 1764 »

 

L'Âne vint à son tour, et dit : J'ai souvenance

Qu'en un pré de Moines passant,

La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et je pense

Quelque diable aussi me poussant,

Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.

Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net.

A ces mots on cria haro sur le Baudet.

Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue

Qu'il fallait dévouer ce maudit Animal,

Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal.

Sa peccadille fut jugée un cas pendable.

Manger l'herbe d'autrui ! quel crime abominable !

Rien que la mort n'était capable

D'expier son forfait : on le lui fit bien voir.

Selon que vous serez puissant ou misérable,

Les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir.

 

http://www.la-fontaine-ch-thierry.net/anmalpes.htm

 

N.B. Il m’arrive de ne pas citer mes sources, non en vue de me les approprier, mais par commodité.

 

L’Islam est LA religion d’excellence, LA religion par excellence, n’en déplaisent à ses détracteurs ; il est l’alliance parfaite entre le glaive et la plume, l’État et la religion – s’évertue à nous dire Mr Zemmour –, le pouvoir et le savoir, la force et la raison, le temporel et le spirituel, qu’aucune autre religion n’avait jamais faite auparavant. J’y reviendrais plus tard, mais sachons dors et déjà que, dans sa fameuse réfutation aux chrétiens, ibn Taïmiya, notamment, se sert d’un Verset de la Bible pour entériner cette idée. Ce dernier s’inspire d’auteurs médiévaux, à l’image du cadi Sâlih e-Ja’farî qui la développe avec ferveur.

 

L’annonce du Pentateuque

 

La Thora mentionne dans sa version traduite en arabe : « Le SEIGNEUR est venu du Sinaï, pour eux il s’est levé à l’horizon du côté de Seïr, il a resplendi du côté de Parân. »[1]

 

Bon nombre de savants affirment (les termes appartiennent à Mohammed ibn Qutaïba) :

« Après réflexion, il n’y a aucun doute ni aucune confusion, que la venue de Dieu au mont Sinaï correspond à la révélation de la Thora à Moïse au mont Sinaï, comme le constatent les écritures des gens du Livre et les nôtres. Sa splendeur étalée à Seïr doit indubitablement correspondre à la révélation de l’Évangile au Christ, qui est né dans la région de Seïr, sur les terres de l’Ami d’Allah Ibrahim, dans un village intitulé Nazareth, à l’origine de Nazaréen ; nom donné à ses adeptes. De la même façon qu’Il devait resplendir à Seïr par l’intermédiaire du Christ, il devait également faire Son apparition sur les montagnes de Parân (Farân) ; l’image de la révélation du Coran à Mohammed (r).

 

Les montagnes de Parân se situent dans la région de La Mecque. Personne parmi les musulmans ni d’ailleurs parmi les gens du Livre ne conteste que Farân s’identifie à la Ville sainte. Malgré les manigances de ces derniers qui se traduisent par des mensonges et la manipulation des textes, ils n’ont jamais réussi à cacher cette vérité historique. »

 

La Thora ne nous apprend-elle pas qu’Ibrahim a installé Hagar et Ismâ’îl à Farân[2] ?

Désignez-nous le fameux endroit ayant pour nom Farân, et où Allah est apparu, ainsi que le nom du prophète ayant reçu la révélation après Jésus !

 

Se manifester ou faire son apparition ne signifie-t-il pas la même chose ? Autrement dit, se dévoiler et se découvrir. Connaissez-vous une religion autre que l’Islam dont la domination s’est répandue à travers tout l’Orient et l’Occident ?

 

Ibn Zhafar a dit : « Seïr où s’est manifesté la prophétie du Messie est une montagne dans la région du Shâm. »

 

Celle-ci se trouve près de Bethléem, le village où il est né. Le village de Seïr porte le même nom jusqu’aujourd’hui, tout comme la montagne avoisinante. Selon la Thora, les descendants d’Esaü étaient les habitants de Seïr. Dieu ordonna à Moïse de ne leur faire aucun mal. Cette explication nous éclaire désormais sur la citation des trois montagnes. Hira, lieu où le Prophète (r) reçut pour la première fois la révélation, est le plus haut sommet des environs de La Mecque. Il y a tellement de montagnes autour, que leur nombre monterait, selon les dires, à douze milles. Cette région qui connut l’avènement du Coran est toujours connue de nos jours sous le nom de Farân.

 

Le désert entre le mont Sinaï et La Mecque se baptise Farân. Personne n’est à même d’avancer qu’après Jésus, un livre ne soit révélé quelque part dans ce pays ou qu’un prophète y soit venu.

 

Par conséquent, il n’est pas possible d’expliquer l’apparition d’Allah sur les montagnes de Farân autrement que par l’avènement de Mohammed (r). Le Seigneur (I) a énuméré dans la Thora ces révélations selon l’ordre chronologique : la Thora, l’Évangile, et le Coran. Ces Livres saints représentent la lumière d’Allah et ils mènent à Sa voie.

 

 

L’avènement des trois grandes « religions »

 

Pour le premier livre, Il a dit : « il est venu ou il s’est montré » ; au sujet du deuxième : « il a resplendi » ; et pour le dernier : « il est apparu ». La Thora est venue en effet comme les premières lueurs de l’aube ou de façon un peu plus intense. La révélation de l’Évangile a été comme le rayonnement du soleil illuminant le droit chemin.

 

Quant au Coran, il est comparable à l’astre flamboyant ayant envahi le ciel. Par son entremise, le Prophète (r) a répandu la lumière d’Allah à travers l’Orient et l’Occident avec plus d’intensité que les deux Livres précédents, à l’image du soleil qui domine les deux horizons. Allah qualifie le Coran de lampe lumineuse comme il a qualifié le soleil de lampe flamboyante. Or, l’humanité a plus besoin d’une lampe lumineuse que d’une lampe flamboyante dont l’utilisation est ponctuelle ; il est dit que celle-ci rayonne pendant une période déterminée tandis que la lampe lumineuse est indispensable à tout moment et n’importe où (de jour comme de nuit, en public ou en privé).

 

Le Prophète a dit (r) : « Les horizons de la terre, l’Orient et l’Occident, m’ont été rejoints. À l’avenir, le règne de ma communauté atteindra leurs frontières. »[3]

 

Par ailleurs, Allah (I) jure par ces trois localités dans le passage suivant : (Par le figuier et l’olivier • Par le mont Sinaï • Par ce pays paisible • Nous avons créé l’homme de la plus belle façon • Nous l’avons ramené ensuite au plus bas degré •  À part les croyants ayant accompli les bonnes œuvres, et qui auront une récompense intarissable • Pourquoi dès lors démentir le jugement ? • Allah n’est-il pas le meilleur des juges ?)[4] Il a donc juré par le figuier et l’olivier qui désignent la Terre sainte qui accueille leur culture, le lieu de naissance de Jésus, et la révélation de l’Évangile. Il a ensuite juré par le mont Sinaï, la montagne d’où le Seigneur parla à Moïse ; l’arbre qui se fit l’écho de Ses Paroles s’élevait sur le lieu bénit, dans le flanc droit de la vallée.

 

Le pays paisible

 

Le Très-Haut a enfin juré par le pays paisible, La Mecque. Il a sacralisé ce havre de paix près à recevoir en son sein la servante et le fils du Patriarche. Autour, les hommes s’acharnent les uns contre les autres conformément aux Lois universelles (qui relèvent de la Volonté décrétive d’Allah ndt.) et aux Lois textuelles (qui relèvent de la Volonté préceptive d’Allah ndt.) ; Ibrahim l’a rendu sacré et a imploré le Seigneur en faveur de ses habitants.

 

Allah révèle : (Seigneur ! J’ai installé une partie de ma postérité dans une vallée aride, auprès de Ta Maison Sacrée, Seigneur ! Afin qu’ils observent la prière. Dirige le cœur de certains hommes vers eux et accorde-leur de bons fruits ; ainsi seront-ils reconnaissants).[5] (Et quand Nous fîmes de la Maison Sacrée un asile pour les hommes et une terre paisible. Prenez la station d’Ibrahim comme lieu de prière. Nous avons pris le serment à Ibrahim et à Ismâ’îl de purifier Ma Maison pour ceux qui voudraient en faire le tour, s’y recueillir, s’y incliner, et s’y prosterner • Et quand Ibrahim a dit : Seigneur ! Rends cette terre paisible et accorde de bons fruits à ses habitants ; ceux parmi eux qui ont cru en Allah et au Jour dernier. Le Seigneur répondit : le mécréant certes, Je le laisserais profiter un peu avant de le précipiter dans les tourments de l’Enfer ; quelle mauvaise destinée !)[6]

 

Le Maitre des cieux et de la terre nous informe qu’Ibrahim L’implora de rendre La Mecque une terre paisible. Il évoque dans plusieurs endroits du Coran qu’Il exauça son souhait. Son fidèle serviteur y construisit la Maison sacrée : (Quand Ibrahim et Ismâ’îl élevèrent les fondations de la Maison Sacrée, Seigneur ! Acceptes notre œuvre, tu es certes l’Entendant et le Savant • Seigneur ! Fais que nous soyons soumis à Toi, ainsi qu’une partie de notre postérité, fais-nous voir nos rites, et pardonne-nous ; Tu es certes Absoluteur et Miséricordieux • Seigneur ! Envoie-leur un Messager issu des leurs afin qu’il leur récite Tes Versets, qu’il leur enseigne le Livre et la Sagesse, et qu’il les élève ; Tu es certes le Fort et le Sage)[7] ; (La première Maison fondée pour les hommes est celle qui se trouve à Bekka ; bénite et direction pour l’univers • Celle-ci renferme des signes évidents et la Station d’Ibrahim. Quiconque y entre est en paix. Les hommes doivent envers Allah faire le pèlerinage à la Maison sacrée dans la limite de leurs moyens ; et pour celui qui renie, qu’il sache qu’Allah se passe aisément de l’Humanité)[8] ; (Pour l’alliance des Qoraïchites • l’alliance de leur itinéraire d’hiver et d’été • qu’ils adorent le Dieu de cette Maison • Celui qui a apaisé leur faim et qui a apaisé leur peur)[9] ; (Ils dirent : si nous devions suivre la bonne voie avec toi, nous serions arrachés à nos terres, mais ne les avons-Nous pas établis sur une terre sacrée et paisible où s’amoncèlent tous les fruits, par un effet de Notre grâce ? Sauf que la plupart ne savent point)[10] ; (Ne voient-ils pas que Nous avons rendu ce pays sacré et paisible ; autour les gens s’acharnent les uns contre les autres. Croient-ils au faux alors qu’ils renient les bienfaits d’Allah).[11]

 

(Par le figuier et l’olivier • Par le mont Sinaï • Par ce pays paisible)[12] : Allah jure ainsi par ces trois lieux illustres d’où s’est manifestée Sa lumière et Sa voie. Il y a révélé Ses trois Livres : la Thora, l’Évangile, et le Coran, nous enseigne la Thora à travers le Verset : « Le SEIGNEUR est venu du Sinaï, pour eux il s’est levé à l’horizon, du côté de Seïr, il a resplendi du côté de Parân. »[13]

 

Cette énumération respecte l’ordre chronologique (soit du plus ancien au plus récent). Dans le Coran, le sermon du Tout-Puissant met en avant le côté grandiose de ces trois lieux pour exprimer la grandeur de Son pouvoir, de Ses signes, de Ses Livres, et de Ses Messagers ; cette fois, l’énumération respecte l’ordre croissant d’importance, du moins illustre au plus illustre. Il a tout d’abord juré par le figuier et l’olivier, ensuite par le mont Sinaï, puis par La Mecque, qui symbolise le Coran, le plus illustre des Livres saints, devant la Thora et l’Évangile. Cette gradation est valable aussi pour leurs prophètes respectifs.

 

 

On retrouve ce procédé dans d’autres passages du Livre saint, comme, par exemple : (Par les vents éparpillant la poussière • Par les lourds nuages porteurs de la pluie • Par les astres qui voguent dans le ciel • Par les répartiteurs de toute chose selon un ordre reçu).[14]

 

Ici, le serment porte sur les catégories de la création citées l’une après l’autre. Il y a tout d’abord les vents qui éparpillent la poussière, les nuages porteurs de la pluie qui sont au-dessus des vents, puis les astres qui voguent dans l’univers. Certains exégètes avancent l’hypothèse qu’il s’agit dans ce Verset des vaisseaux voguant sur la mer, mais les astres semblent plus appropriés au contexte. Un autre texte corrobore cette hypothèse : (Non ! Je jure par les étoiles couchantes • qui voguent vers leur refuge).[15] Appelées Jawârî, les étoiles portent le même nom que les navires décrits dans le Verset suivant : (Parmi ses signes, il y a les navires qui voguent comme des repères sur la mer (ou pareils à des cimes)).[16] Or, les étoiles se trouvent au-dessus des nuages. Il dit ensuite : (Par les répartiteurs de toute chose selon un ordre reçu). Autrement dit, par les anges qui jouissent d’un degré supérieur à tous les éléments précités…[17]

 

Des siècles plus tard, Victor Hugo reprendra judicieusement le soleil en métaphore pour comparer entre la révélation de Jésus et celle de Mohammed. Voici le texte en question :

 

J’ai complété d’Issa la lumière imparfaite.

Je suis la force, enfants ; Jésus fut la douceur.

Le soleil a toujours l’aube pour précurseur.

 

La poésie est vraiment déroutante et enchanteresse !

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

[1] Deutéronome ; 33-1, 3 

[2] Voir La Genèse 21-21. Les exégètes juifs et chrétiens prétendent que le désert de Parân se trouve dans la péninsule du Sinaï au sud de la Palestine. Le passage en question relate l’histoire où Abraham abandonna sa servante et son fils (le père d’une future grande nation), désigné incorrectement par Isaac, dans le désert de Parân, l’endroit ou la mère des Arabes a miraculeusement découvert le puits de Zem Zem par l’intermédiaire de l’Archange Gabriel. (N. du T.)  

[3] Rapporté par Muslim (n° 2889).

[4] Sourate Les Figuiers

[5] Ibrahim ; 37

[6] La vache ; 125-126

[7] La vache ; 127-129

[8] La famille de ‘Imran ; 96-97

[9] Les Qoraïchites

[10] Les récits ; 57

[11] L’araignée ; 67

[12] Les Figuiers ; 1-3

[13] Deutéronome ; 33-1, 3 

[14] Les vents ; 1-4

[15] Takwîr ; 15-16

[16] La concertation ; 32

[17] Voir : Takhjîl man harrafa at-Tawrât wal  Injîl du cadi Sâlih e-Ja’farî.

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7 janvier 2017 6 07 /01 /janvier /2017 11:13

Dialogue entre un quiétiste et un chrétien flic

(Partie 1)

 

« Deux choses sont infinies : l’Univers et la bêtise humaine. Mais, en ce qui concerne l’Univers, je n’en ai pas encore acquis la certitude absolue. »

« Il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé » A. Einstein

 

Louange à Allah le Seigneur de l’Univers ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !

 

Caché derrière les lignes croisées d’un drapeau bicolore, du fond de sa campagne savoyarde, voici l’homme, un philanthrope pétri d’idées, mais surtout, à la limite de la naïveté, de bonnes volontés. Après m’avoir mis en joue, donné du fil à retordre, le courant est passé ; et nous avons décidé, d’un commun accord, par blog interposé, de procéder à des échanges de tirs croisés, pour ne pas perdre le fil. Lui, a pris l’initiative des hostilités en m’envoyant un feu nourri de questions envahissant les réseaux, qui me perce les tympans, et me taraude les neurones ; à la lueur du tonnerre, grondent les canons de Navarone.

 

Les sanglots longs Des violons De l’automne

Blessent mon cœur D’une langueur Monotone

 

Sans coup de semonce, notre slave savoyard m’envoie une salve comme un bloc à partir de son blog, ce parfum suave de la guerre des mots ! La balle est désormais dans mon camp. Afin de faire bouger les lignes, j’aimerais apporter ma modeste pierre à l’édifice pour éteindre les préjugés si chers aux malentendus qui alimente délicieusement l’animosité réciproque : qui ignore haït.

 

http://blogdepoulet.com/?p=543

 

Quand le Seigneur veut du bien à quelqu’un, Il lui facilite l’accès à l’adoration du moment, et l’éloigne de ce qui ne le regarde pas. Aujourd’hui, l’adoration du moment se résume à la plume, une forme particulière du djihad. Les aventures guerrières ne sont pas à l’ordre du jour en regard d’une conjoncture défavorable aux musulmans. Le savoir est une arme imparable au service de l’individu et de la communauté. Chacun apporte sa brique à l’édifice en renforçant ses connaissances pour les transmettre aux autres dans les limites de ses moyens. Les savants et les étudiants en science religieuse, notamment, ont un rôle primordial à jouer dans cette phase périlleuse, mais incontournable.

 

Le Coran, qui est la source d’inspiration du djihad par la plume, nous dit bien : [Alors ne cède pas à la volonté des infidèles, et sers-toi de ce Livre pour leur livrer un grand combat].[1] Pour ibn el Qaïyim, il s’agit du plus grand des combats.[2] Autrement dit, la plume à l’ascendant sur l’épée. Un  passage des fatâwa d’ibn Taïmiya développe davantage le principe de la prépondérance de la plume sur le sabre : « Allah, nous dit-il, révèle dans Son Livre : [Nous avons envoyé nos prophètes porteurs d’une preuve évidente, et Nous les avons assistés du Livre et de la Balance de toute chose afin que les hommes fassent régner la justice. Nous leur avons également apporté du ciel le fer qui confère une force redoutable en plus de ses multiples usages ; afin qu’Allah, haut de Sa Force et de Sa Puissance, reconnaisse ceux qui défendent sa cause, celle de Ses messagers, en vertu de la foi qui les anime].[3] Il nous informe qu’il a fait descendre sur terre le Livre et la Balance de toute chose afin que les hommes fassent régner la justice. Il nous apprend ensuite qu’Il a également mis à leur disposition le fer, l’autre pilier du pouvoir à même de maintenir la religion. Nous avons donc le livre incitatif et l’épée dissuasive : [mais tu trouveras en Ton Seigneur le guide et le soutien suffisants].[4] Le Livre se situe à la base de la religion. Ainsi, dès l’avènement de l’Islam, le Très-Haut révéla le Livre à Son Messager qui, pendant toute la période mekkoise, ne reçut aucune prescription guerrière. Il fallut qu’il émigre et qu’il s’entoure d’une force pour que la législation du djihad voie le jour. »[5] Le Livre est donc à la base de la religion, tandis que l’épée ne fait que le seconder dans sa mission. C’est à la lumière de cette explication qu’il convient de comprendre l’adage : Le sultan est plus dissuasif, par la Volonté de Dieu, que le Coran, de par la peur qu’il inspire. »[6]

 

Ibn el Qaïyim nous offre des perles dont il a le secret : « Leçon précieuse : Allah (I) révèle : [Ceux qui redoublent d’efforts pour Notre cause, Nous allons les guider sur Nos sentiers][7] ; Le très-Haut fait un parallèle entre partir en guerre et suivre la bonne voie ; les hommes les mieux guidés sont ceux qui s’investissent le plus dans le djihâd, en sachant que le djihâd prioritaire commence par un effort sur soi dans un combat incessant contre les passions, Satan, et les épreuves de la vie. En affrontant ces quatre ennemis pour la cause d’Allah, on sera guidé en retour vers les sentiers de Son Agrément qui mènent droit au Paradis. À l’inverse, moins on fait d’effort dans ce sens, et moins on est guidé sur le droit chemin. El Junaïd le dit lui-même :

« Ceux qui luttent pour Notre cause contre leur penchant à travers le repentir, Nous allons les guider sur les sentiers de la sincérité exclusive à Dieu. »

Ainsi, on ne peut venir à bout de l’ennemi apparent sans triompher de ses ennemis cachés ; quand on a le dessus sur les seconds, on a le dessus sur les premiers, et le contraire est aussi vrai, soit que si c’est les seconds qui prennent le dessus, alors il faut s’attendre au péril entre les mains des premiers. »[8]

 

Mais, je n’allais entamer aucune démarche sans faire les présentations à travers un exposé succinct de ma méthodologie dans ce que j’appellerais désormais « nos échanges ».

 

Ma méthode d’investigation

 

Par chance je suis dépourvu de toute ambition politique ou sociale, en sorte que je n'ai à craindre aucun danger de ce côté-là, rien qui me retienne, rien qui me force à des transactions et à des ménagements ; bref j'ai le droit de dire tout haut ce que je pense, et je veux une bonne fois tenter l'épreuve qui fera voir jusqu'à quel point nos semblables, si fiers de leur liberté de pensée, supportent de libres pensées.[9]

 

Je n’écris pas pour catéchiser, pour recruter des adhérents à tel ou tel parti, mais pour instruire et renseigner. Je croirais déchoir à mes propres yeux si je me préoccupais, quand je prends la plume, du parti que tireront de mes écrits les politiques du jour, en France et à l’étranger. Que ces hommes d’action, d’action rouge, noire ou blanche, s’efforcent d’exploiter mes livres au profit de leur cause, avec plus ou moins de bonne foi, c’est un ennui que je dois supporter avec calme. Ni leurs éloges, ni leurs injures ne me feront dévier de ma route. Si l’histoire est la politique du passé, ce n’est pas une raison, au contraire, pour qu’elle devienne l’humble servante de la politique ou plutôt des politiques du présent. Elle n’a de raison d’être que si elle dit en toute indépendance ce qu’elle croit être la vérité. Tant pis pour ceux que cette vérité blesse ! Ou plutôt tant mieux, car c’est peut-être une des conditions du progrès. »[10]

 

Je me sers rarement des avis d'autrui, si ce n'est par honneur de cérémonie, sauf où j'ai besoin d'instruction de science ou de la connaissance du fait. Mais, dans les choses où je n'ai à employer que le jugement, les raisons étrangères peuvent servir à m'appuyer, mais peu à me détourner. Je les écoute favorablement et décemment toutes, mais, qu'il m'en souvienne, je n'en ai cru jusqu'à cette heure que les miennes.[11]

 

Personnellement, je tiens à bannir de mon vocabulaire toute expression, qui au lieu de dépassionner le débat, pour reprendre un passage d'un livre interdit en France, il l'embrouille, l'envenime et le rend impossible, soit tout le contraire de l'ambition que je m'assigne. L'analyse doit être distinguée de toute polémique, mais aussi des arrière-pensées que l'on croit détecter chez l'autre. Inutile de se prêter au jeu et d'ouvrir la chasse aux sous-entendus. Ce qui importe, si l'on veut être compris, c'est une authentique analyse du phénomène exempte de tout soupçon.

 

Nous avons pour usage pour les questions touchant à la religion aussi subtiles soient-elles, d’y adhérer pleinement, sans les confronter les unes aux autres ni de faire de parti pris en faveur d’une tendance quelconque. Nous nous contentons de donner raison à chacune d’entre elles pour les points où elles sont conformes à la vérité, et de leur donner tort quand elles se trompent. Nous ne faisons exception dans ce principe à aucune tendance ni aucune opinion. Nous espérons qu’Allah nous maintienne sur cette voie à la vie à la mort, et jusqu’au jour où nous reviendrons vers Lui.[12]

 

Nous devons donner foi à tous les enseignements venant d’Allah, et accepter la vérité dans son ensemble, sans faire preuve de passion ni parler sans savoir ; notre approche est scientifique et objective, conformément au Coran et à la sunna. Quand on s’accroche qu’en partie à la vérité, on suscite la divergence et la désunion.[13]

 

Allah (I) révèle : [Ne croyez-vous qu’à une partie du Livre au détriment du reste ; en agissant ainsi, quelle autre rétribution aura-t-on sinon de goûter à l’ignominie ici-bas et d’être jeté dans le pire des châtiments le Jour de la résurrection ; Allah n’est nullement inattentif à ce que vous faites].[14]

 

En effet, les Gens du Livre ont pour usage de renier les bonnes opinions de leurs coreligionnaires comme le signale ibn Taïmiya.[15] Le Très-Haut révèle : (Les Juifs disent : les chrétiens ne tiennent sur rien, et les chrétiens disent : les Juifs ne tiennent sur rien, et pourtant tous lisent le Livre. Ainsi, les ignorants ont prétendu la même chose. Le Jour de la Résurrection,  Allah tranchera entre leurs divergences)[16] ; [Ils oublièrent alors une partie du rappel, et Nous attisâmes entre eux la haine et l’animosité jusqu’au Jour de la résurrection].[17] Ce dernier Verset s’adresse particulièrement aux chrétiens, et s’érige en prophétie pour dénoncer les dissensions au sein de leur communauté depuis ses balbutiements jusqu’à la fin des temps, à travers notamment une série de conciles aussi houleux les uns que les autres, comme le souligne ibn Taïmiya.[18]

 

Ce même ibn Taïmiya établit que les adeptes des religions falsifiées et les égarés en général s’appuient généralement sur des arguments ambigus au détriment des arguments formels, trahissant ainsi qu’ils sont plus animés par les passions que par la recherche de la vérité.[19] Ce manque de bonne foi ou, pour le moins, ce manque de rigueur les fait sombrer dans les contradictions les plus aberrantes.

 

« Il y a plus faux que le faux, c'est le mélange du vrai et du faux. »
Paul Valéry

 

D’ailleurs, les kharijites qui orneront notre propos ne sont pas épargnés par cette tare qui est le lot de tout individu mu par les passions.

Selon ‘Âichâ – qu’Allah l’agrée –, le Messager (r) récita le Verset : (Il est Celui qui vous a descendu le Livre ; celui-ci contient des versets explicites qui incarnent la mère du Livre ; d’autres sont ambigus. Quant à ceux qui ont les cœurs fourbes, ils s’en tiennent à la partie ambiguë pour semer le désordre et les interpréter à leur façon ; mais personne ne connait leur interprétation en dehors d’Allah. Ainsi que les savants érudits qui disent : nous y donnons foi, tout vient de Notre Seigneur).[20] Puis, il expliqua : « Si vous voyez des gens suivre les Versets ambigus, sachez qu’Allah les a dénoncés dans Son Livre ; alors, méfiez-vous d’eux. »[21] Pour Shâtibî il s’agit notamment des kharijites.[22]

Ibn ‘Abbâs dépeint leur profil en ces termes : « Ils donnent foi aux Versets formels, mais les Versets ambigus les égarent. » Puis, il récita le Verset précédent.[23]

 

Nous devons prendre la vérité d’où qu’elle vienne

 

Dans le hadîth rapporté par el Bukhârî, le Messager d’Allah (r) s’adresse à Abû Huraïra en ces termes, en parlant de Satan : « Il t’a dit vrai, lui le grand menteur ! »

 

‘Abd Allah ibn Mas’ûd : « N’associe rien à Allah et tourne-toi toujours du côté du Coran. Accepte la vérité même d’un « étranger » pour qui tu as de l’aversion ; et refuse le faux même d’un proche pour qui tu as de l’affection. »[24]

 

Abd e-Rahman ibn Mahdî jette les bases de l’investigation moderne : « les traditionalistes évoquent les choses qui sont en leur faveur, mais aussi celles qui sont en leur défaveur. Quant aux « gens des passions », ils évoquent uniquement les choses qui sont en leur faveur. »

 

Après s’être inspiré d’un passage d’el ‘aqîda e-nazhâmiya (p. 25) d’Abû el Ma’âlî el Juwaïnî, un hérétique chevronné, ibn Taïmiya fait le commentaire suivant : « Les références auxquelles nous nous rapportons, parmi les adeptes du kalâm ou autres, ne nous rejoignent pas forcément dans tous les points que nous établissons dans ce domaine. Néanmoins, il faut recevoir la vérité d’où qu’elle vienne. Mu’âdh ibn Jabal disait cette fameuse parole : « Il faut accepter la vérité de n’importe qui, même d’un mécréant – ou bien a-t-il dit : même d’un pervers –. Et méfiez-vous des erreurs du sage.

  • Comment peut-on savoir qu’un mécréant dit la vérité, lui demanda-t-on ?
  • La vérité dégage une lumière, a-t-il répondu, ou bien a-t-il dit une parole de ce genre. »[25] »[26]

 

Toute vérité franchit trois étapes :
D’abord elle est ridiculisée.
Ensuite elle subit une forte opposition,
puis elle est considérée comme ayant été une évidence.
Arthur Schopenhaueur.

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

[1] Le discernement ; 52

[2] Voir : miftâh dâr e-sa’âda (1/70).

[3] Le fer ; 25

[4] Le discernement ; 31

[5] Majmû’ el fatâwâ (28/234).

[6] Majmû’ el fatâwa (10/356).

[7] L’araignée ; 69

[8] El fawâid (p. 109).

[9] Friedrich Nietzsche, lettre à Malwida von Meysenbug, 25 octobre 1874.

[10] Albert Mathiez, extrait de sa préface à La Réaction thermidorienne, Paris, Colin, 1929 (14/07/1928).

[11] (Montaigne, Les Essais)

[12] Ibn el Qaïyim dans el tarîq el hijrataïn (p. 393).

[13] Ibn Taïmiya dans Majmû’ el fatâwâ (4/450).

[14] La vache ; 85

[15] Voir : Iqtidâ e-sirât el mustaqîm (1/91).

[16] La vache ; 113

[17] Le repas céleste ; 14

[18] Extrait d’El jawâb e-sahîh li man baddala dîn el Masîh d’ibn Taïmiya (voir 4/405- 501 et 5/5-56 avec certaines modifications).

[19] Voir notamment : El Jawâb e-Sahîh li man baddala din el Masîh (2/710) et majmû’ el fatâwa (3/62-63).

[20] La famille d‘Imrân ; 7

[21] D’après el Bukhârî et Muslim dans leurs recueils e-sahîh.

[22] Voir : el i’tisâm (1/32, 77) et Qawt el Qulûb d’Abû Tâlib el Makkî (2/246).

[23] Voir : El musannif  d’ibn Abî Shaïba (15/313) et e-sharî’a d’el Ajûrrî (1/343).

[24] Sharh e-sunna d’el Baghawî (1/199).

[25] Rapporté par Abû Dâwûd (5/17-18).

[26] Majmû’ el fatâwa (5/101-104).

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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 16:15

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Ibn Taïmiya et la philosophie

(Partie II)

 

E-Shihristânî (m. 548 h.) pour sa part, était l’un des adeptes du Kalâm, les plus versés en hérésiographie. Malgré cela, il reste perplexe devant certaines énigmes que soulève la théologie. C’est pourquoi, il les expose sans faire de choix.[1] Par ailleurs, il n’était pas familiarisé à la pensée d’Aristote et des anciens grecs. Il s’appuie uniquement des livres d’ibn Sînâ pour témoigner de leurs idées.[2] S’il est vrai qu’il répond à certaines idées fausses des philosophes, il leur concède néanmoins certains principes tout aussi faux. En cela, son débat avec ces derniers est sans grande consistance.[3] E-Razî (m. 606 h.) ressemble dans une large mesure à el Ghazâlî dans sa versatilité et ses contradictions. Quoi que ces deux penseurs ne soient pas des exceptions car bien que les « scolastiques » en général s’adonnent à des polémiques sans fin, ils ne se tournent quasiment jamais vers les textes scripturaires de l’Islam.[4] E-Râzî avait un penchant pour les philosophes athées, bien que leur pensée lui fût principalement transmise par l’intermédiaire d’ibn Sînâ et d’Abû el Barakât ibn Mulkâ.[5] Le plus versé dans les sciences du Kalâm et de la philosophie à son époque, el Âmûdî (m. 631 h.) était le penseur dont la croyance était plus proche des principes de l’Islam.[6] Comme la plupart des Mutakallimûn, ibn Sînâ était la référence à travers laquelle il avait accès à la pensée grecque.[7]

 

El Abharî (m. 663 h.) était très à l’aise dans le domaine de la philosophie et de l’observation. Ces contemporains le préféraient à son coreligionnaire el Armawî (m. 682 h.). El Abharî a pris plus qu’un autre la défense de la philosophie contre les Ash’arites et les Mu’tazilites.[8] Mais il ne concède pas à ces devanciers que le monde est ancien, et réfute ce concept à travers une analyse qui reprend les mêmes arguments que les nôtres. Il avait donc plus d’affinité avec la religion musulmane.[9] Son contemporain el Armawî réfutait souvent les idées de Râzî, en utilisant ses propres paroles contre lui étant donné qu’il se contredisait énormément d’un livre à l’autre. Cela lui fut donc chose facile mais il est à noter que parfois el Armawî comprenait mal les intentions de son adversaire. Il arrivait même que ses réfutations manquent de consistance et qu’elles passent carrément à côté de la vérité.[10]

 

[En définitive], el Fârâbî, ibn Sînâ, e-Sahrawandî, Abû Bakr ibn e-Sâigh, et ibn Rushd s’inspiraient uniquement des péripatéticiens qui furent les disciples d’Aristote, leur maître à penser qui est à l’origine de l’essor du Muntiq (la logique grecque). Ces idées sont reprises par el Ghazâlî dans Maqâsid el Falâsifa et sa réfutation e-Tahâfut ; elles sont reprises également par e-Râzî dans el Murakhkhas et el Mabâhis el Mashraqiya, et par el Âmûdî dans Daqâiq el Haqâiq wa Rumûz el Kunûz.[11] Pour cerner la philosophie, il n’est donc pas suffisant de regarder dans les œuvres des penseurs musulmans étant donné que la philosophie est bien plus vaste et elle ne s’arrête pas à la pensée d’Aristote, surtout si l’on se penche sur la pensée des anciens grecs.[12] Le fait est qu’ils n’en avaient aucune connaissance et qu’ils ne l’ont pas rapporté dans leurs œuvres. C’est pourquoi, il convient à l’observateur de se tourner vers les œuvres des historiographes musulmans pour mieux appréhender l’évolution de la philosophie et avoir accès aux diverses écoles de pensée.[13]

 

El Maqâlât d’Abû ‘Îsâ el Warrâq (m. 247 h.) est l’un des premiers livres d’hérésiographie. Bon nombre d’opinions philosophiques qu’il recense sont inexistantes chez les auteurs qui s’inspirent d’ibn Sînâ tels qu’el Ghâzâlî, e-Shihristânî, et d’e-Râzî.[14] Il inspira les hérésiographes qui vinrent après lui à l’instar de e-Nûbakhtî, el Ash’arî, et d’e-Shihristânî.[15] Malgré la multitude d’opinions qu’elles rapportent, les œuvres du genre ne se penchent jamais vers les opinions des prédécesseurs musulmans non qu’ils n’aient pas voulu les citer mais tout simplement parce qu’ils ne les connaissaient pas.[16] e-Nûbakhtî (m. 310 h.) a écrit el Ârâ wa e-Diyânât dans lequel il réfute intelligemment la logique aristotélicienne.[17] Abû el Hasan el Ash’arî (m. 324 h.) est l’auteur de Maqâlat ghaïr el Islâmiyîn, qui est plus épais que Maqâlat el Islâmiyîn.[18] Il y rapporte certaines opinions et divergences des philosophes grecs dans les mathématiques et les sciences de la nature, omises par des grands auteurs comme el Fârâbî et ibn Sînâ. Son œuvre est plus enrichissante que celle d’e-Shihristânî (m ; 548 h.) auteur d’el Milal wa e-Nihal, car il était plus précis et plus scrupuleux dans sa retranscription des textes originaux.[19] Il était plus érudit dans le domaine de l’hérésiographie sans compter qu’il connaissait mieux l’orthodoxie musulmane, et qu’il avait un savoir plus étendu en général que ce dernier…[20]

 

Voir Mawqif Sheïkh el Islam ibn Taïmiya min el Falâsifa par le D. Sâlih el Ghâmidî

 

Traduit pour Islam.house par :

Karim ZENTICI 

 

 

 



[1] Manhâj e-Sunna(5/269-270).

[2] E-Rad ‘alâ el Muntiqyîn (105).

[3] Bayân Talbîs el Jahmiya (1/8).

[4] Dar Tarârudh el ‘Aql wa e-Naql (1/325-375).

[5] Majmû’ el Fatâwâ(5/570).

[6] Nagdh el Muntîq (156).

[7] Dar Tarârudh el ‘Aql wa e-Naql (3/66).

[8] Idem. (1/385).

[9] Idem. (1/387).

[10] Idem. (1/345).

[11] Idem. (1/157).

[12] Idem. (1/57).

[13] Voir : Manhâj e-Sunna (5/283).

[14] Idem. (5/283-284).

[15] Idem. (2/516).

[16] Idem. (5/268).

[17]Idem. (5/268).

[18]Idem. (2/224).

[19]Idem. (5/383).

[20]E-Nubuwwât (220).

 

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27 novembre 2012 2 27 /11 /novembre /2012 18:37

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Ibn Taïmiya et la philosophie

(Partie I)

 

Sheïkh el Islam ibn Taïmiyaa dit : Etymologiquement, le terme philosophie signifie « amour de la sagesse ».[1] Il fait allusion aux philosophes grecs bien que toutes les civilisations ayant reçu un livre révélé ou non, ont leurs propres sages comme les religions païennes de l’Inde et la religion mazdéenne chez les perses. Quant aux sages musulmans, ils incarnent les savants instruits dans les enseignements qu’Allah a révélés à Son Messager, et qu’ils mettent en pratique. L’Imam Mâlik disait à ce sujet : « La sagesse, c’est connaître la religion et la mettre en pratique. » Dans l’usage, le philosophe désigne le disciple de la pensée et de la sagesse grecque.[2]

 

Les grecs maitrisaient les sciences de la nature (ou physiques), les mathématiques, et l’astronomie dans une certaine mesure (étant donné qu’ils adoraient les astres). Quant au domaine de la théologie, Aristote et ses adeptes en parlaient très peu, sans compter que la plupart de leur discours était erroné dans ce domaine.[3] Les grecs et les romains étaient des païens qui vouaient le culte aux idoles et aux astres. Aristote vécu trois cent ans avant le Christ et il fut le conseillé politique d’Alexandre fils de Philipe de Macédoine. Certains s’imaginent à tord qu’il serait Dhû el Qurnaïn dont le Coran fait mention. Contrairement à Alexandre le Grand, ce dernier était monothéiste. Il a vécu par ailleurs, bien longtemps avant Aristote et il parvint à l’extrémité de l’Orient et de l’Occident. Il a construit notamment la barrière qui retient actuellement Gog et Magog. Le Macédonien n’a jamais atteint ces limites et encore moins cette fameuse barrière.

 

Les romains et les grecs adoraient donc le soleil, la lune, et les étoiles pour lesquels ils consacraient des temples et érigeaient des statuts. Ils croyaient également à la magie à la manière de Nemrod fils de Canaan. Il reste des traces de cette forme de paganisme en orient, sur les terres turques et celles du Khatâ (en Asie Centrale ndt.) où les habitants érigent des statuts énormes de Nemrod. Ils se mettent des chapelets autour du cou et glorifient leur idole, sans oublier d’injurier l’Ami d’Allah Ibrahim. Ces pratiques existent dans le Shâm, en Égypte, et en Iraq.

 

Ainsi, la plupart des pratiques polythéistes s’expriment de deux façons : par le culte des tombeaux et des idoles du monde inférieur comme ce fut le cas à l’époque de Noé, et le culte des astres du monde supérieur et la pratique de la magie comme à l’époque d’Ibrahim dont la mission fut destiné aux Chaldéens qui pratiquaient la plus grande forme de sorcellerie (l’astrologie). Harrân[4] était la cité des sabéens où Ibrahim serait né ; une autre hypothèse avance qu’il serait en fait venu d’Iraq. Ils construisirent plusieurs temples en hommage à la « cause première », au « premier intellect », au soleil, à la lune etc. La religion chrétienne s’est installée à Harrân[5] mais le sabéisme perdura jusqu’aux conquêtes musulmanes. Il reste toujours des philosophes sabéens dans le nord de l’Iraq et à Bagdad où ils exercent les professions de médecins et d’écrivains mais certains d’entre eux ne se sont pas convertis à l’Islam. El Fârâbî est passé par Harrân au quatrième siècle de l’Hégire. Il s’est inspiré de sa culture philosophique auprès de ses habitants. Le philosophe sabéen Thâbit ibn Qurra (m. 288 h.) avait déjà fait le commentaire de « la métaphysique » d’Aristote. J’ai déjà eu sous les yeux cet ouvrage qui renferme des erreurs énormes.

 

Il existe deux sortes de sabéens : les monothéistes et les polythéistes. Les monothéistes étaient soumis aux lois de la Thora puis à l’Évangile avant leur abrogation. À la première époque, les sabéens suivaient la religion d’Ibrahim fidèle à Dieu (Hanîf). Par la suite, ils ont innovées certaines formes d’associations et ils sont devenus païens. Les anciens grecs adoraient un seul dieu et ils reconnaissaient qu’Allah avait créé l’univers. En fait, tous les païens en général, que ce soit les hindous ou les arabes, étaient convaincus de la formation de l’Univers.[6]

 

Aristote serait le premier à avoir soutenu la prééternité de l’univers. L’historiographe Mohammed ibn Yûsuf el ‘Âmirî assume que les anciens grecs se rendaient sur les terres de Palestine où ils prenaient le savoir des adeptes des prophètes comme Sulaïmân et Dâwûd. Pythagore aurait rencontré Luqmân le sage. Par contre, Aristote n’a jamais voyagé sur la terre des prophètes et en cela, il ne fut pas aussi influencé par la prophétie que ses devanciers. Les premiers grecs en effet reconnaissent que le monde a une origine, et qu’il existe un autre monde au-dessus de l’univers qu’ils décrivent comme le Paradis dont fait mention la Révélation. Des philosophes comme Socrate et Thales conviennent de la résurrection des corps.[7]

 

Les philosophes musulmans comme Averroès et Avicenne ont cherché à palier au manque d’intérêt que les grecs portaient à la « théologie ». Inspirés par les adeptes du Kalâm dans ce domaine, ils cherchaient à rapprocher entre la révélation et la pensée grecque. Ils faisaient croire que les principes de la philosophie n’allaient pas à l’encontre de la prophétie, mais ils étaient convaincus au fond d’eux-mêmes que le discours prophétique concernant le divin et la résurrection était métaphorique et imaginaire. Il aurait pour but de rapprocher certains entendements au commun des hommes afin d’améliorer leur vie sur terre, bien qu’au même moment il serait éloigné de la réalité. En cela, les prophètes auraient le droit de mentir. Ainsi, la force imaginative ou hallucinatoire serait l’une des plus grandes caractéristiques de la prophétie. Malheureusement, la plupart des gens ne pénètrent pas les implications de leur discours, surtout dans la mesure où il fut enrobé par un vocabulaire islamique.[8]

 

El Fârâbî (m. 339 h.) est le premier philosophe musulman à élargir les notions de la théologie grecque, aux enseignements de l’Islam comme dans son livre Ârâ el Madîna el Fâdhila. Il est considéré comme le « deuxième philosophe » après Aristote.[9] Ibn Sînâ (m. 428 h.) a résumé la pensée aristotélicienne et péripatéticienne auxquelles il ajouta un discours religieux qui lui fut inspiré par les adeptes du Kalâm. Il a réussi ainsi à donner plus de cohérence au discours des anciens, étant donné qu’il fut plus imprégné de la lumière prophétique.[10] Des penseurs comme e-Râzî et e-Tûsî (m. 672 h.), ont fait le commentaire de son œuvre el Ishârât wa e-Tanbihât, mais ces derniers n’ont pas toujours pénétré les subtilités de son discours. Ibn Rushd (m. 520 h.) fut fanatisé par la pensée d’Aristote à tel point qu’il lui chercha des circonstances atténuantes sur ses pensées les plus éloignées de l’Islam.[11] Averroès est toutefois plus précis qu’ibn Sînâ quand il s’agit de rapporter les tendances des premiers philosophes. Dans son livre el Mu’tabar fî el Hikma, Ibn Mulkâ (m. 560 h.) réfute remarquablement certaines pensées d’Aristote. Il se distingue pour rapporter scrupuleusement les paroles d’Aristote à partir de ses œuvres originales. Doté d’un grand esprit d’analyse, il fut parmi les philosophes affiliés à l’Islam ayant le discours le plus pertinent et le plus proche de la vérité. Contrairement à ibn Rushd et à ibn Sîna, il ne s’attache pas aveuglement à la pensée du « Philosophe » et des péripatéticiens. Il avait une approche rationnelle des écrits du disciple de Platon et fut plus éclairé par la révélation que ses prédécesseurs étant donné qu’il vécut à Bagdad au milieu des traditionalistes.[12]

 

Ibn ‘Arabî (m. 638 h.) fut influencé par la pensée d’ibn Sînâ,[13] mais ibn Sibrîn (m. 669 h.) était plus versé en philosophie que ce dernier. Il a d’ailleurs développé les notions du monisme ou panthéisme (Wihda el Wujûd) comme personne ne l’avait fait avant lui.[14] L’un de leur savant m’a même demandé de lui expliquer Lawh el Asâla, l’une des œuvres d’ibn Sibrîn qui fut réservée au cercle des initiés et dont je ne connaissais pas l’existence.[15] El Ghazâlî (m. 505 h.) quant à lui, alimente son discours philosophique avec le vocabulaire des Soufis qui ne peuvent distinguer en le lisant entre le vrai et le faux, entre le dogme musulman et la pensée helléniste et sabéenne. En définitive, il ramène les mêmes implications qu’ibn ‘Arabî et ibn Sibrîn qui ne font aucune distinction entre le Créateur et Sa création, [16] bien qu’il s’est donné la vocation de réfuter la philosophie. En fait, ses opinions sont très instables et elles varient d’une œuvre à l’autre ; dans certaines œuvres, il fait la critique acerbe de la philosophie mais dans d’autres œuvres il la rejoint dans certains principes en essayant pour le moins maladroitement de concilier entre la sagesse helléniste et la prophétie.[17] Abû Hâmid fut un admirateur de la logique grecque, il prétend l’avoir apprise de la langue des prophètes mais en fait il l’a trouvé dans les livres d’ibn Sînâ, qui s’inspire directement des œuvres d’Aristote.[18]

 

Voir Mawqif Sheïkh el Islam ibn Taïmiya min el Falâsifa par le D. Sâlih el Ghâmidî

 

Traduit pour Islam.house par :

Karim ZENTICI 

          

        

 

          



[1] Manhaj e-Sunna (1/359).

[2] E-Safdiya (2/325).

[3] E-Rad ‘alâ el Muntiqyîn (323-324).

[4] Harrân était la ville natale d’ibn Taïmiya. À l’âge de six ans, il prit la route de Damas au sein de sa famille pour échapper aux invasions mongoles. Il est intéressant de comparer cet événement avec l’annonce prophétique disant : « Il y aura émigration après émigration, et les hommes (dans une version les meilleurs hommes) vont se réfugier sur la terre d’émigration d’Ibrahim. » Rapporté par Ahmed (1/83, 198, 199). Ibrahim en effet a du fuir d’Iraq pour se réfugier sur les terres du Shâm. Les mauvais événements sont souvent précurseurs d’évènements heureux. Est-ce une bonne nouvelle à une époque où bon nombre d’irakiens se sont installés en Syrie en vue d’échapper aux invasions… anglo-saxonnes ?

[5]Hélène la mère de l’Empereur Constantin était originaire de Harrân. Les savants et les moines chrétiens se sont rendus compte que les romains et les grecs n’allaient pas se détacher facilement du paganisme. C’est pourquoi, ils leur ont concocté une religion à mi chemin entre celle des prophètes et celle des païens. (Voir : E-Rad ‘alâ el Muntiqyîn (335).

[6] Idem. (328-334).

[7] Voir Mawqif Sheïkh el Islam ibn Taïmiya min el Falâsifa par le D. Sâlih el Ghâmidî (250-251).

[8]Voir : e-Safdiya (1/237).

[9]Voir : el Jawâb e-Sahîh (3/214-215), et Majmû’ el Fatâwâ (2/82).

[10] Manhâj e-Sunna (1/347-348).

[11]Voir : Dar Tarârudh el ‘Aql wa e-Naql (9/333, 397, 401).

[12]Idem. (3/324) et (9/397-416).

[13] Voir : e-Safdiya (1/265).

[14] Idem. (1-302-303).

[15] Idem.

[16] Jâmi’ e-Rasâil (1/164).

[17] Manhâj e-Sunna (1/356-357).

[18] Voir : E-Rad ‘alâ el Muntiqyîn (14-15).

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19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 18:39

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L’histoire de David et Goliath

(Partie 2)

 

Voir : e-Siyâsa fî el Cor-ân de l’historien Mohammed Râghib e-Tabbâgh (m. 1370 h.) ; les bas de notes sont de l’auteur de la recension Sheïkh Mashhûr Hasan Âl Salmân.

 

… Par ailleurs, les exégètes recensent diverses hypothèses sur la façon dont fut récupérée le Tâbût. Nous avons vu que les amorites s’en étaient emparés. Ils l’installèrent sous l’une de leurs idoles. Le lendemain, ils retrouvèrent l’arche au-dessus de l’idole. Ils le remirent à sa place mais le surlendemain, la même chose se reproduisit. Ils comprirent dès lors que la chose venait d’Allah. Ils le sortirent alors de leur territoire et l’abandonnèrent dans l’un de leurs hameaux. L’arche devint un fléau attaché à leur cou (traduction approximative ndt.). Comme ils ne pouvaient s’en débarrasser, ils décidèrent de l’installer sur une charrette et tirée par deux vaches, ils la firent errés sur les routes. Les anges auraient alors guidé les vaches jusqu’à les présenter aux yeux des israélites comme leur prophète l’a relaté.[1] Le Verset exprime visiblement que les anges portèrent l’arche eux-mêmes pour le déposer devant les israélites.[2] Ce fut un signe évident venu confirmer les paroles de leur prophète au sujet de Tâlût. Il n’y avait plus de place pour aucune excuse, comme le dénote la fin du Verset : (Il y a en cela pour vous un signe si vous êtes vraiment croyants).[3]

 

Dès lors, ils condescendirent à élire Tâlût comme roi. Ce dernier leur ordonna de se préparer à la guerre et de défendre leur terre. Il déclara : « Un homme en train de construire sa maison ne doit pas me suivre ; ni un marchand occupé par son commerce ; ni un jeune marié qui n’a pas encore consumé son mariage. Je veux uniquement des jeunes énergiques et sans préoccupation. »[4] Ces paroles démontrent que la gloire repose (après l’aide d’Allah ndt.) sur la jeunesse qui doit s’investir au niveau du savoir, des efforts, de la sincérité (envers Allah ndt.), du sacrifice et de la vertu. Le djihad ne consiste pas à gonfler les rangs mais à concentrer son attention sur cet effort suprême.

 

Saül réunit à Jérusalem soixante dix milles –quatre vingt milles selon certaines annales ou encore cent vingt milles – soldats prêts au combat. Seuls les vieux, les malades et les personnes excusables s’étaient désistés. Ils sortirent de la ville en pleine canicule. Les combattants se plaignirent à leur roi du manque d’eau sur la route qui les séparait de leur ennemi. Ils lui firent demandé à Dieu de faire couler une rivière en leur honneur.[5] Il leur répondit alors : (Allah va vous éprouver par une rivière ; quiconque en boira ne sera pas des miens, sauf s’il n’en prend qu’une gorgée dans le creux de la main, et quiconque s’en abstiendra sera des miens).[6] Cette fameuse rivière se trouvait entre le Jourdan et la Palestine. Selon une autre hypothèse, elle serait le Jourdan en Palestine et porterait le nom en arabe de Sharî’a.[7]

 

Selon une hypothèse, Allah mit à l’épreuve les fils d’Israël car ses derniers étaient enclins à désobéir à leurs rois et à leurs prophètes malgré les miracles qu’Il mettait en leur possession. Le Très-Haut voulait ainsi épurer les rangs avant le déclanchement des hostilités, et discerner entre les combattants patients et les autres, étant donné que la soif ne se manifeste pas avec la même intensité avant et au cœur de la bataille. Selon une autre hypothèse, Il voulait simplement les habituer à endurer les moments difficiles car un tel entraînement était plus à même de les faire tenir face à l’ennemi. Comme le dit le Hadith : « La victoire vient avec la patience. »[8] Ainsi, seuls les vrais croyants étaient autorisés à participer au combat car tous ceux qui s’étaient désaltérés à la rivière trahissaient ainsi un manque de sincérité. Ils étaient les plus prompts à fuir le Djihad sur le sentier d’Allah qui leur fut imposé et ils étaient les moins fidèles à défendre leur terre.

 

Arrivés à la rivière, les juifs s’y précipitèrent et en burent énormément. Ils désobéirent à l’ordre divin et ressentir une lâcheté profonde face à Goliath et à ses armées. Ils tournèrent les talons à l’exception d’un petit groupe qui pour certains s’abstinrent de boire. Les autres en puisèrent seulement une poignée comme il leur fut enjoint. Selon certaines annales, quatre milles soldats sur quatre vingt milles restèrent sur place. Selon d’autres, ils étaient un peu plus de trois cents dix à rester, soit le même nombre que les croyants à la bataille de Badr.[9] Malgré leur petit nombre, les croyants restaient nombreux car ils étaient motivés par la foi et étaient prompts à braver tous les dangers. Ils passèrent la rivière sous l’impulsion de leur chef et purent contempler l’armée de Goliath dont les hommes étaient surarmés et en surnombre. Ils avaient rempli tout l’espace devant eux.

 

Dès lors, certains d’entre eux s’écrièrent : (« Nous n’avons aucune force aujourd’hui contre Goliath et ses armées. »)[10] Les autres avaient la foi plus raffermi et plus sincères. Ils aspiraient avec plus d’entrain au martyre et à la rencontre de Leur Seigneur. Ces derniers rétorquèrent : (« Combien de fois un petit groupe d’hommes a-t-il triomphé d’un autre groupe bien plus grand par la Volonté d’Allah ; Allah est certes avec les patients. »)[11] Ceux-là recherchaient à renforcer les cœurs des premiers et à leur donner du courage. Ils ne devaient pas en effet reculer devant la mort et se laisser impressionner par le nombre de ceux d’en face. Ils devaient plutôt compter sur l’assistance divine et garder entre les yeux qu’ils devaient reprendre leur terre et retrouver leur triomphe. En cela, les meilleurs préparatifs de guerre qu’une nation peut acquérir, c’est de s’armer de patience et de s’affermir. Devant le fait accompli, le nombre n’a aucune importance. Les croyants se tournèrent vers leur Seigneur et lui implorent Son soutient et la victoire en ces termes : (« Seigneur ! Répand sur nous la patience, affermis nos pas et donne-nous la victoire sur le peuple incrédule ! »)[12] La patience est donc l’arme la plus efficace et le premier préparatif dont il faut se prémunir. Tout s’écroule sans patience même les armées les plus nombreuses et les mieux équipées ! Allah entendit leur invocation car elle était sincère. Il affermit leur pas et leur offrit une victoire éclatante sur leur ennemi, comme le dénote le Verset : (« Ils les vainquirent alors par la Volonté d’Allah et Dâwûd tua Jâlût. »).[13]

 

David était un jeune berger et ses sept frères avaient suivi Saül à la guerre.[14] Comment leur père n’avait plus de nouvelles, il envoya David s’enquérir de leurs nouvelles. Quant il les rejoignit, il trouva Israélites et Philistins front contre front. Il alla vers ses frères, et voici que montait Goliath des lignes philistines. Il était immense et avait le corps énorme. Il interpella les lignes d’Israël et leur proposa un combat singulier mais personne n’osait sortir des rangs pour l’affronter. « Ô Israélites ! Leur lança-t-il, Si vous étiez vraiment dans la vérité, l’un d’entre vous viendrait m’affronter ! » David lança à ses frères : « Y en a-t-il un parmi vous pour défier ce philistin incirconcis ! » Mais ces derniers se turent. Il se rendit du côté des rangs où il n’y avait pas ses frères. Alors que Saül encourageait les troupes, il passa devant David qui s’écria : « Que fera-t-on pour l’homme qui tuera ce philistin incirconcis ?

-           Je  lui donnerais ma fille et la moitié de mon royaume, répondit-il.

-           Moi, je sortirais pour le combattre. »

 

David avait l’habitude d’utiliser sa fronde contre les loups et les lions qui s’approchaient de son troupeau. Il prit trois pierres et visa la poitrine de son adversaire. Goliath s’écroula et Allah mit son armée en déroute.[15] L’endroit où se déroula l’événement en question allait devenir plus tard Damas. Depuis ce jour, Dâwûd devint grand aux yeux de son peuple et gagna en échelon. Il prit le commandement des armées, et après la mort de Saül, il fut élu roi d’Israël et reçu la prophétie. Le Verset suivant y fait allusion : (« Allah accorda à Dâwûd la royauté et la sagesse et lui apprit ce qu’Il voulut.).[16]

 

Article pour Islam.house

Traduit par : Karim ZENTICI



[1] Wahb ibn Munabbih est l’auteur de cette annale. Il faut savoir qu’il emprunte énormément d’histoires israélites. Ibn Jarîr l’a rapporte avec une chaîne narrative qui termine à ce dernier. Voir : Tafsîr e-Tabarî (4/469-462) et son Târîkh (1/469-471). Voir également : les Tafsîr dAbd e-Razzâq (1/99-100), d’ibn Abî Hâtim (2/467), d’el Baghawî (1/300), d’ibn Kathîr (1/446), d’ibn ‘Atiya (2/169). 

[2] Voir : Tafsîr e-Tabarî (4/479).

[3] La vache ; 248

[4] Un Hadith dans lequel un prophète israélite donne ce genre de recommandations à son peuple est rapporté par el Bukhârî (5157) et Muslim (1747). Il s’agit vraisemblablement de Josué et la ville qu’il voulait conquérir était Jéricho. Certaines annales parlent de Jérusalem, ce qui semble plus plausible compte tenue qu’au cours de cet événement Allah arrêta le mouvement du soleil afin que Josué mène sa mission à bien. Un phénomène de cette envergure ne pouvait se produire que pour la prise de Jérusalem étant donné que c’était la ville principale à conquérir. Voir : el Bidâya wa e-Nihâya (1/323). Sheïkh el Albânî considère bon le Hadith en question ; voir : Silsila el Ahâdîth e-Sahîha (1/348).

[5] Voir les Tafsîr d’e-Tabarî (4/482), d’ibn Abî Hâtim (2/468-472), et d’el Âlûsî (2/169).

[6] La vache ; 249

[7] Voir les Tafsîr d’e-Tabarî (4/484-485), d’ibn Abî Hâtim (2/473), et el Bidâya wa e-Nihâya (2/295).

[8] Rapporté par e-Tirmidhî (2516), selon ibn ‘Abbâs.

[9] Le Hadith sur le sujet est rapporté par el Bukhârî (3957, 3958, et 3959). E-Suddî estime que les Hébreux comptaient quatre vingt milles hommes, mais ibn Kathîr considère que ce nombre est exagéré. Voir : el Bidâya wa e-Nihâya (2/295). [Un récit biblique met en scène Gédéon (Juges ; 7.4-7) et note que trois cents Israélites triomphèrent d’un ennemi beaucoup plus puissant. Denise Masson fait également un parallèle avec le Lévitique 26.8 qui mentionne que l’assistance divine est accordée aux croyants luttant contre leurs ennemis ndt.]

[10] La vache ; 249

[11] La vache ; 249

[12] La vache ; 250

[13] La vache ; 251

[14] La bible parle de ses trois frères aînés ; voir : Premier livre de Samuel 17.13-14. (N. du T.)

[15] Voir : Tafsîr e-Tabarî (4/498) et son Târîkh (1472). Voir également : les Tafsîr d’ibn Abî Hâtim (2/464-478), d’ibn Kathîr (1/864). [La bible relève cet épisode avec certaines nuances voir : Premier livre de Samuel 17 (N. du T.)]

[16] La vache ; 251 voir : Deuxième livre de Samuel 7.3. Premier livre des Chroniques 11.3. Quant aux passages de la Bible montrant un Samuel jaloux, ces derniers trahissent qu’encore une fois la main de l’homme s’est insérée dans les Écrits Sacrés. Les Juifs ont la vilaine habitude de dénigrer leurs prophètes –quand ils ne décident pas de les assassiner – comme en témoignent de multiples passages de la bible. Pour ne citer qu’un exemple, Juda fils de Jacob fit l’adultère avec la veuve de son fils Er qui portait le nom de Tamar. La calamité ne s’arrête pas là puisque le fils de cette relation illégitime et qui se nomme Pérèç ou Pharès est l’ancêtre de David, Salomon et Jésus voir : Genèse 38.12-30 et Mathieu 1.3 (N. du T.)

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18 novembre 2012 7 18 /11 /novembre /2012 17:18

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L’histoire de David et Goliath

(Partie 1)

 

… [Dieu] fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et les injustes. (La Bible : Mathieu 5.45).

 

Voir : e-Siyâsa fî el Cor-ân de l’historien Mohammed Râghib e-Tabbâgh (m. 1370 h.) ; les bas de notes sont de l’auteur de la recension Sheïkh Mashhûr Hasan Âl Salmân.

 

Allah (I) révèle : (N’as-tu pas vu les notables parmi les enfants d’Israël qui vinrent après Moussa, lorsqu’ils dirent à l’un de leurs prophètes : « Envoies-nous un roi afin que nous combattions sur le sentier d’Allah. » Il dit : « Et s’il vous est prescrit la guerre et que vous renonciez à combattre ! » Ils répondirent : « Qu’aurions-nous à ne pas combattre alors que vous fûmes arrachés à nos maisons et à nos enfants ? » Mais quand la guerre leur fut prescrite, ils tournèrent le dos à l’exception d’un petit nombre d’entre eux, mais Allah connaît parfaitement les injustes.).[1]

 

Après l’exode, Moïse conduisit son peuple aux portes de la Terre Promise. Il mourut au cours de la période où les Juifs errèrent dans le désert du Sinaï et qui dura quarante ans.[2]  À sa mort, Yûsha’ ibn Nûn (Josué fils de Noun) le succéda à la tête des tribus d’Israël. Après trois jours au pouvoir, Josué les fit sortir de l’errance qui les enchaîna au désert pendant quarante ans.[3] Il prit la route de la Terre Sainte et fit halte devant Arîha (Jéricho) qu’il conquit. Il se rendit ensuite à Naplouse qu’il s’empara également. Il fit ainsi la conquête des terres du Shâm,[4] et il devint le premier fondateur de l’État d’Israël. Il offrit à son peuple la gloire qu’il n’avait jamais connue et son règne dura vingt-huit ans. Il mourut à l’âge de cent vingt ans,[5] et fut enseveli à Timnath-Sérah.[6]

 

Ensuite, les tribus d’Israël furent gouvernées par des prophètes qu’Allah leur envoyait pour leur rappeler les lois de la Thora et pour les sommer de les mettre en pratique. Ils avaient la particularité de suivre le droit chemin pendant un certain temps, mais leur zèle ne durait pas longtemps. Ils se laissaient vite tenter par la rébellion, la corruption et le culte des idoles. Ils avaient la particularité également de tuer leurs prophètes. Leur situation se dégradait alors et Allah leur faisait goûter à la persécution et à la servilité par les mains de leurs ennemis et dans une moindre mesure par leurs gouverneurs tyrans. Quatre cents quatre vingt deux ans exactement après la mort de Moïse, la décadence avait atteint son apogée. Ils subirent alors la domination d’un ennemi puissant. Les Philistins dont Goliath est issu, vivaient sur le littoral méditerranéen entre l’Égypte et la Palestine. Les ‘Amâliqa (les amorites) qui sont les Philistins,[7] s’emparèrent d’une bonne partie des terres israélites. Ils mirent les femmes et les enfants sous captivité. Ils firent prisonniers quatre cents quarante individus parmi les fils des rois qui devaient leur verser un tribut. Ils s’emparèrent de la Thora et persécutèrent ses adeptes qui à cette époque, comme des moutons perdus, ne jouissaient pas de l’autorité d’un prophète.[8] Samuel est né au cours de cette période. Issu d’une lignée prophétique, son avènement eut lieu à l’âge de quarante ans. Il géra les affaires de son peuple pendant onze ans. La fin de son règne sonne la fin de la période des gouverneurs et des juges à la tête des israélites. Cet usage s’est donc éteint quatre cents quatre vingt treize ans après la disparition de Moïse.[9]

 

Les israélites demandèrent à Samuel d’installer à leur tête un roi auquel ils donneraient obéissance et derrière lequel ils tireraient vengeance de leurs ennemis.[10] Samuel connaissait très bien ses compatriotes qui accusaient de molles ambitions et une certaine lâcheté. Ils n’étaient surtout pas prompts à se plier à leur Loi et à la volonté de leurs décideurs. Il savait pertinemment qu’ils n’allaient pas se rassembler autour d’un roi qu’il leur désignerait. Ils n’étaient pas prêts à lui obéir et à sacrifier leurs biens et leur vie derrière lui. Ils étaient trop avares pour cela et trop penchés à la vie terrestre. Ils se complaisaient de la situation humiliante dans laquelle ils étaient plongés. Ils leur manquaient le courage pour lutter contre le malheur qui les avait atteint et gagner ainsi leur liberté.

 

C’est pourquoi, il les plaça ouvertement devant la réalité des choses en leur disant : (« Et s’il vous est prescrit la guerre et que vous renonciez à combattre ! »).[11] Les malheurs qui les avaient atteints les poussèrent alors à afficher un certain courage, comme en témoigne leur réponse : (« Qu’aurions-nous à ne pas combattre alors que nous fûmes arrachés à nos maisons et à nos enfants ? »).[12] Ils avaient un argument de taille qui en apparence pouvait susciter leur courage. Dès lors, Samuel se tourna vers Son Seigneur et lui demanda de leur envoyer un homme avéré dans l’art de la guerre et capable de les sauver. Il allait les exhorter au combat afin qu’ils défendent leur terre et qu’ils retrouvent leur gloire. (Leur prophète leur annonça : « Allah vous a envoyé Tâlût comme roi. »).[13] Les israélites auraient dû en principe se soumettre aux ordres de Saül et combattre derrière son étendard. Ils auraient dû se fier à ses conseils susceptibles de leur procurer des bienfaits énormes. Mais au lieu de cela, poussés qu’ils furent par leur ignorance, l’orgueil et leurs intentions pernicieuses, ils eurent le zèle de dire : (« Comment pourrait-il avoir la royauté sur nous alors que nous en sommes plus dignes que lui et qu’il ne fut pas comblé par la richesse ? »).[14]

 

Deux raisons majeures sont à l’origine de cette rébellion :

1-               La prophétie devait revenir à leurs yeux, à une lignée bien précise qui est celle de Lévi fils de Jacob dont sont issus Moussa et Hârûn. De la même façon, la royauté devait revenir à la lignée de Juda. Comme Tâlût –de la lignée Benjaminite – ne faisait partie d’aucune de ses deux lignées, ils refusèrent de le mettre à leur tête.

2-              Tâlût ne comptait pas non plus parmi les fortunes israélites ; il était même pauvre. Selon certaines sources, il était un simple tanneur de peau, un arroseur de champs ou encore un berger.

 

Ainsi, leur choix ne reposait pas sur la compétence et l’érudition mais il reposait sur des valeurs superficielles telles que la richesse et la lignée. Ce système ressemble un peu au scrutin de vote actuel qui réclame un fond minimum pour espérer devenir candidat ! Il va s’en dire que ce genre de réflexion est puéril. Elle ne répond pas aux vraies attentes du peuple. En effet, à la tête du pouvoir doit régner en principe un homme fort et intelligent. Ce dernier doit susciter l’admiration aux yeux de ses sujets afin qu’ils parviennent tous ensemble aux objectifs escomptés et qu’ils relèvent le dur défit que l’époque leur impose. Samuel chercha à convaincre son peuple que leur raisonnement était erroné. Il leur fit comprendre que son choix s’arrêta sur Saül parce que l’ordre venait directement d’Allah. Il s’exclama en effet : (« Allah l’a élu sur vous »).[15] Puis, il leur fit remarquer que cet homme en question se distingue par deux qualités illustres lui conférant le droit de devenir leur roi, bien qu’il ne se distingue ni par sa lignée ni par sa richesse. Ces deux qualités correspondent mieux que les deux précédentes au statut de roi pour les raisons suivantes :

 

Premièrement : la force et le savoir permettent à l’individu de s’épanouir contrairement au rang et à la richesse.

Deuxièmement : la force et le savoir sont des qualités propres à l’individu tandis que le rang et à la richesse sont extérieures à lui.

Troisièmement : de ce fait, il peut perdre son rang et sa richesse contrairement à sa force et à son intelligence.

Quatrièmement : l’homme courageux et avéré dans l’art de la guerre est plus à même de défendre son peuple contre toute invasion, que l’homme jouissant d’une certaine lignée ou de la richesse.[16]

 

Ainsi, il vaut mieux offrir la royauté à un homme fort et intelligent qu’à un homme riche et descendant d’une lignée noble. Par ailleurs, les qualités intellectuelles sont plus nobles que les qualités physiques. Samuel leur a fait savoir ensuite que : (« Allah offre Sa royauté à qui Il veut. »).[17] En outre, Allah répand Ses largesses et Sa Miséricorde sur les serviteurs de Son choix comme le dénote la suite du Verset disant : (Allah est Large et Omniscient).[18] Sa Miséricorde S’étend à tout chose. Il peut très bien concédé Ses richesses à Tâlût bien qu’il soit pauvre. Il ne sert donc à rien de protester que ce dernier n’est pas riche. Allah pénètre mieux les conséquences de Ses choix et Il est plus à même de choisir un roi adéquat.

 

Or, les tribus d’Israël, avec leur entêtement ancestral, leur manque de conviction, et leurs oppositions passionnelles à leurs prophètes, ne se sont pas satisfaites de l’argument de Samuel. C’est pourquoi, ils sollicitèrent un signe manifeste ou une preuve évidente capable de les convaincre. Il leur dévoila alors : (Le signe de sa royauté, c’est qu’il rapportera l’Arche qui renferme la sérénité venant de Votre Seigneur et les reliques des familles de Moussa et de Hârûn, porté par les anges. Il y a en cela pour vous un signe si vous êtes vraiment croyants).[19]

 

L’Arche de l’Alliance est un coffret fabriqué par Moussa. Il y avait une urne d’or contenant la manne, le bâton d’Aaron, et les Tables de l’alliance.[20] La Thora y fut déposée par la suite.[21] Les tribus d’Israël gardèrent l’arche dans la tente de la rencontre.[22] Ils s’y référaient lors de leurs litiges. Ils l’installaient devant les rangs avant chaque bataille afin de leur garantir ainsi la victoire. Cependant, quand ils se rebellèrent et se corrompirent, Allah leur fit subir une défaite par les amorites qui s’emparèrent de l’arche.[23] Quant à la Sakîna (la sérénité), elle apparaît dans le Coran comme un élément propre à affermir la foi des croyants et à leur assurer la victoire. [24] La question est de savoir toutefois, si elle correspond à un élément matériel comme le précisent certaines annales ou bien à un sentiment qu’Allah insuffle dans le cœur des croyants.[25]

 

Article pour Islam.house

Traduit par : Karim ZENTICI

 

 

                  

 

          

 

 



[1] La vache ; 246

[2] Dans son Târîkh (1/36-37), Abû el Fidâ relate l’histoire de Moussa en détail. Il parle notamment des sorciers de Pharaon qui fut englouti lui et son armé sous les eaux, alors qu’ils s’étaient lancés à la poursuite des Juifs après leur sortie d’Égypte. Il évoque également l’épisode de Coré (Qârûn) avec Moïse, et celui où les Juifs refusèrent de livrer combat au peuple de géants (les Amorites, les Emites et les Anaqites avant eux étaient des peuples de géants vivant sur les terres de Canaan ; voir : les nombres ; 13.31-33,  Deutéronome ; 1.28, 2.11 ndt.) qui vivaient en Terre Sainte ; ils furent alors condamnés à errer quarante ans dans le désert du Sinaï. (Voir : le Repas Céleste ; 20-26). Il consacre ensuite un passage à la mort d’Aaron le frère de Moïse, etc.

[3] Voir pour la référence biblique de l’épisode des quarante années d’errance dans le désert : les nombres ; 14.33, 32.13,  Deutéronome ; 2.7, 8.2, 29.4, et Josué ; 5.6 (N. du T.).

[4] Voir Târîkh d’Abû el Fidâ (1/39).

[5] La Bible parle de cent dix ans comme l’auteur lui-même l’indique plus loin ; voir : Josué ; 24.29, les Juges ; 2.8 (N. du T.). Ibn el Athîr quant à lui parle de cent vingt six ans dans el Kâmil (1/155).

[6] Comme l’indique : Josué ; 24.30. Dans un autre passage, le nom de cette ville prend une autre orthographe. Dans les Juges ; 2.9, elle s’appelle en effet Timnath-Hérès.

[7] Les amorites descendent de ‘Âd.

[8] Voir : Târîkh ibn Jarîr (1/467), Târîkh Abî el Fidâ (1/44-45), el Bidâya wa e-Nihâya d’ibn Kathîr (2/287), et ‘Arâis el Majâlis (234-235) d’Abû e-Laïth e-Samarqandî.

[9] Voir : Târîkh Abî el Fidâ (1/44).

[10] Pour cet épisode voir : Premier livre de Samuel 8 (N. du T.).  

[11] La vache ; 246

[12] La vache ; 246

[13] La vache ; 247 Tâlut correspond au personnage biblique de Saül. Voir : el Bidâya wa e-Nihâya (2/292), et ‘Arâis el Majâlis (235). Pour la référence biblique voir : Premier livre de Samuel 9.17. (N. du T.) 

[14] La vache ; 246 voir : Premier livre de Samuel 10.27. (N. du T.)

[15] La vache ; 247 voir : Premier livre de Samuel 9.2. (N. du T.)

[16] L’auteur emprunte ces quatre raisons à Tafsîr e-Râzî. Ibn el Qaïyam quant à lui, il en a relevé quarante dans Miftâh Dar e-Sa’âda (1/418-435).

[17] La vache ; 246 voir : Premier livre de Samuel 10.27. Le Verset 26 de la famille de ‘Imrân exprime qu’Allah donne la royauté à qui Il veut, comme il rabaisse et élève qui Il veut selon une sagesse dont Il est le seul à pénétrer les mystères. (N. du T.)

[18] La vache ; 247

[19] La vache ; 248 l’arche porte ici le nom de Tâbût (coffre en hébreu). (N. du T.)

[20] L’auteur de l’Épître aux Hébreux 9.4 parle à la place du bâton, du rameau d’Aaron qui avait fleuri. (N. du T.)   

[21] Pour les anecdotes sur le sujet, voir les Tafsîr dAbd e-Razzâq (1/111-112), d’e-Tabarî (4/475), d’ibn Abî Hâtim (2/470-471), d’ibn Kathîr (2/422), d’ibn ‘Atiya (2/382), d’e-Suyûtî (3/140), et d’e-Shawkânî (1/454).

[22] À l’époque où Israël vivait encore dans le désert, la tente de la rencontre [(voir : Exode 33.7-11) appelée encore la tente de la charte ou la demeure de la charte ndt.] servait aux rendez-vous de Moïse et de Dieu. Quand par la suite Josué conquit Jérusalem, il installa la tente sur le Rocher que les fidèles utilisèrent comme direction au cours de leurs prières. Lorsqu’elle fut détruite, ils gardèrent malgré tout sa direction. Le Prophète s’orientait dans sa direction avant l’émigration, mais il veillait à placer la Ka’ba entre elle et lui. Six mois après sa venue à Médine, il reçu l’ordre de changer de Qibla et de s’orienter désormais en direction du Temple de la Mecque. Voir notamment : el Bidâya wa e-Nihâya (2/198).

[23] Pour la description de l’arche voir : el Bidâya wa e-Nihâya (2/197) et L’exode ; 25.27.

[24] Voir : la conquête ; 26.

[25] Voir : Madârij e-Sâlikîn d’ibn el Qaïyam (2/504-505) et Tafsîr e-Tabarî (4/472). [Denise Masson  souligne que dans la tradition juive, le mot sèkina désigne l’immanence de Dieu, sa présence glorieuse en un lieu ou Dieu lui-même. De plus, les Rabbins associent les anges à la présence constante de la sèkina auprès d’Israël et à l’aide qu’elle lui apporte en cas d’épreuve ou de danger ndt.] 

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17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 16:13

Forest

 

 

 

El Quds

 

Louange à Allah ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed, ainsi que sur sa famille et tous ses Compagnons ! 

 

Voir : Majmû’ el Fatâwa de Sheïkh el Islam ibn Taïmiya (v. 27).

 

D’après el Bukhârî et Muslim, le Prophète a déclaré (r) : « Ne faites aucun voyage (spirituel) en dehors des trois mosquées : La Sainte Mosquée, la Mosquée el Aqsâ, et ma mosquée que voici. » Les savants s’accordent à dire qu’il est recommandé de se rendre à Jérusalem pour y effectuer certaines adorations légiférées comme la prière, l’invocation, l’évocation (Dhikr), la lecture du Coran, et l’I’tikâf (retraite spirituelle). El Hâkim rapporte dans son recueil e-Sahîh que Sulaïmân (u) implora trois faveurs au Seigneur ; il Lui demanda de lui offrir un règne qui n’incombe à plus personne après lui, un jugement conforme au Sien, et de pardonner à quiconque se rend au Temple de Jérusalem uniquement pour y consacrer la prière. C’est pourquoi, lorsqu’ibn ‘Omar (t) s’y rendait pour prier, il se privait même de boire de l’eau en vue de bénéficier de l’invocation de Salomon. Cela implique d’avoir une intention sincère avant de partir et de ne pas entreprendre ce voyage pour des raisons matérielles ou pour y faire des innovations. Dans l’ordre, la mosquée la plus méritoire est celle de la Mecque, puis celle de Médine, et enfin celle d’el Aqsa car, comme il est certifié d’après el Bukhârî et Muslim, le Prophète (r) a affirmé : « Une prière dans ma mosquée vaut mieux que mille prières partout ailleurs en dehors de la Sainte Mosquée. » Dans un autre Hadith rapporté par Ahmed, e-Nasâî et d’autres, le Prophète (r) a précisé : « Une prière dans La Sainte Mosquée vaut cent milles prières. »[1] Concernant el Aqsa, il a souligné qu’une prière dans son enceinte en vaut cinquante ou cinq cent dans une autre version qui paraît plus plausible.[2]

 

Il est interdit à l’unanimité des Imams des quatre écoles de s’acquitter du vœu de se rendre à la tombe d’Ibrahim (u), à celle du dernier des messagers (r), au mont Sinaï où Allah parla à Mûsa (u), à la montagne de Hira où le Prophète (r) se retirait avant son avènement et où il reçut la Révélation, à la caverne mentionnée dans le Coran, et à tous les mausolées construits sur les tombeaux supposés de certains prophètes et de certains Sheïkh. [Pour l’anecdote], on fit la découverte au Liban de morceaux d’un squelette immense sur lesquels on fit construire un mausolée en passant qu’ils appartenaient à Noé, alors que le corps des prophètes ne se décompose pas. Des gens de confiance m’ont même indiqué qu’ils ont trouvé des crânes d’une dimension incroyable dans un cimetière non loin de cet endroit et dont les dimensions correspondaient parfaitement au premier squelette. Ces ossements appartenaient certainement aux ‘Amâlîq (les Amorites) de l’ancienne époque ou à d’autres.[3]

 

Quoi qu’il en soit, en dehors des trois endroits précédemment cités, il est formellement interdit de consacrer un voyage « spirituel » vers une direction quelconque. Cette interdiction n’épargne pas les autres mosquées qui pourtant sont les maisons d’Allah dans lesquelles il incombe de prier cinq fois par jour. La mosquée de Quba elle-même n’y échappe pas bien qu’il soit recommandé de s’y rendre à quiconque se trouve à Médine. D’après el Bukhârî et Muslim en effet, selon ibn ‘Omar, tous les samedis (ou toutes les semaines),  le Prophète (r) se rendait à Quba à pied ou en monture. En outre, d’après e-Tirmidhî et autre, le Messager d’Allah (r) a prescrit : « Quiconque se purifie chez lui en s’appliquant dans ses ablutions, pour se rendre ensuite à la mosquée de Quba, uniquement pour y faire une prière, aura la récompense d’une ‘Omra. » Il est également légiféré une fois dans la ville du Prophète (e) de visiter le cimetière du Baqî’ et celui des martyrs de la montagne de Uhûd.

 

La Mosquée el Aqsa ne se distingue par aucun rite par rapport à la mosquée de Médine ou à n’importe quelle autre mosquée en dehors de celle de la Mecque dans laquelle il est légiféré de faire le Tawaf (circuit) autour de la Ka’ba, de saluer le coin yéménite du temple et celui de la Pierre Noire, et d’embrasser la Pierre Noire. Il n’est pas permis de faire le Tawâf autour de la tombe du Prophète (r), du « Dôme du Rocher » à Jérusalem, ou partout ailleurs ; comme il n’est pas permis d’embrasser ni de passer la main sur aucun endroit du monde en dehors de la Qa’ba. Ainsi, ramener des moutons ou des vaches à Jérusalem en vue de les égorger sur place convaincu que le sacrifice de l’Aïd y ait plus de valeur, ou bien s’y raser la tête le jour de l’Aïd, ou encore d’y séjourner l’après-midi de ‘Arafa relèvent de la pure innovation. Il est aussi condamnable de croire à la légitimé de ses rites que de croire qu’il est méritoire de prier en direction de Jérusalem. C’est pourquoi, ‘Omar ibn el Khattâb a fait construire le lieu de prière des musulmans devant le temple de Jérusalem.

 

En fait, el Aqsa correspond au périmètre du temple construit par Sulaïmân (u) bien que par la suite, elle fut associée dans l’esprit de certains gens à la Musalla édifiée sous l’ère du deuxième Khalife. La prière dans la partie de ‘Omar est plus méritoire que dans celle de l’ancien temple. Lors de la conquête de Jérusalem, le « Prince des croyants » découvrit une énorme décharge sur la place du « Rocher ». Les chrétiens cherchaient ainsi à dénigrer la Qibla des juifs. ‘Omar ordonna tout d’abord de débarrasser l’endroit de ses déchets. Il  consulta ensuite Ka’b el Akhbâr (un savant juif converti) pour savoir où il fallait construire le lieu de prière des musulmans « Derrière le Rocher répondit-il.

-                Fils d’une juive ! S’exclama-t-il, tu t’es imprégné de ton ancienne religion. Je vais plutôt le construire devant car le front des lieux de prières nous revient »

  

Ainsi, les grandes références de la nation se rendaient dans la partie de ‘Omar pour prier. certaines annales relèvent que ce dernier (t) pria dans le Mihrâb (niche) de Dawûd, mais ni lui ni les Compagnons en général ne l’ont fait auprès du « Rocher ». À l’époque des quatre Khalife d’ailleurs, il n’y avait aucun dôme installé au-dessus. Il est plutôt resté à l’air libre sous le règne de ‘Omar, de ‘Uthmân, de ‘Ali, de Yazîd, et de Marwân. Quand ‘Abd el Malik le fils de ce dernier devint gouverneur du Shâm, il fit élevé un dôme au-dessus du « Rocher » qu’il recouvrait d’un tapis en été et en hiver (pour des raisons politiques).

 

Cependant, les hommes de sciences parmi les Compagnons, et leurs fidèles successeurs n’encensaient nullement cet endroit. Il n’appartient pas aux musulmans de l’encenser à la façon des juifs et de certains chrétiens (qui prennent dans leurs pratiques les païens en exemple) de la même façon qu’il ne leur appartient pas de réserver certaines pratiques le samedi voir le dimanche ; si ce jour fut institué jour de fête dans la Loi de Moïse, cette loi fut abrogée avec l’avènement de la dernière religion. Il ne faut pas non plus se fier aux légendes qui entourent cet encensement comme celles qui concernent les soi-disant traces de Mohammed (r) le jour de l’Ascension ou le lieu de naissance de ‘Issa (u) qui fut en fait le lieu de baptême des anciens chrétiens. En dehors d’el Aqsa, il n’y a aucun endroit dans Jérusalem où certaines adorations seraient réservées. Il est possible toutefois de visiter les cimetières en vue de prier en faveur des morts en se conformant à la pratique de la première époque. Il n’est pas légiféré de visiter les lieux sacrés des non musulmans comme la montagne de Sion, ou certaines églises chrétiennes. Par ailleurs, Jérusalem n’est pas considérée comme une ville sainte car ce statut incombe sans conteste à la Mecque et à Médine. Il existe certes un désaccord au sujet de Wujj, une vallée de Tâif, mais la quasi majorité des savants ne lui accordent aucun aspect sacré. En dehors des deux villes, il existe aucun lieu où il serait interdit de chasser le gibier et d’y couper la végétation.

 

Il est permis de visiter el Aqsa à n’importe quelle période de l’année mais il faut éviter de le faire en même temps que les égarés qui lui consacre un voyage à l’occasion de la fête du mouton et pour y stationner le jour de ‘Arafa. Il incombe de ne pas leur ressembler et de ne pas renforcer leurs rangs, sans compter que sa visite d’entre pas dans les rites du Hadj. Quant au Hadith : « Quiconque fait ma visite et celle de mon père (Ibrahim) dans une même année sera garanti d’entrer au Paradis. » Celui-ci est un pur mensonge à l’unanimité des spécialistes. Tous les Hadith en général vantant les mérites de la visite de la tombe du Prophète (r) sont faibles, voir purement inventés. Aucune annale de ce genre ne figure dans les recueils e-Sahîh, e-Sunan, ou les Musnad, comme le Musnad de l’Imam Ahmed.

 

Par contre, d’après Abû Dâwûd, le Prophète (r) a dit : « À chaque fois qu’un homme me salue, Allah me rend mon âme afin que je lui rende son salut. » Il rend le salut à celui qui se trouve devant sa tombe et on le lui fait parvenir pour celui qui se trouve ailleurs conformément au Hadith rapporté par e-Nasâî, et selon lequel le Prophète (r) a déclaré : « Allah a chargé à certains anges auprès de ma tombe de me rendre le Salam qui me parvient des membres de ma communauté. » Dans les recueils e-Sunan, il (r) a précisé : « Multiplier les prières en ma faveur la veille et le jour du jumu’a car vos prières m’y sont exposées.

-                Comment nos prières pourront-elles t’être exposées alors que tu deviendras poussière ? lui demanda-t-on.

-               Allah a interdit à la terre de manger la chair des prophètes. »

Il nous apprend ainsi (r) qu’il reçoit les Prières et les Salutations qui lui parviennent de loin, en sachant qu’Allah nous a prescrit de prier sur lui. Il est enfin certifié dans e-Sahîh que ce dernier a dit : « Allah prie dix fois sur quiconque prie sur moi une seule fois. »

 

La meilleure terre dans l’absolu est celle de la Mecque comme le confirme le Hadith de ‘Abd Allah ibn ‘Adî ibn el Hamra rapporté par e-Tirmidhî, et selon lequel le Prophète (r)  s’exclama le jour de son départ de sa terre natale en se tournant dans sa direction : « Par Allah ! Tu es la meilleure terre d’Allah et la terre la plus aimées d’Allah ; si l’exil ne m’avait été imposé par mon peuple, je ne t’aurais jamais quitté. » Cependant, d’après Abû Dâwûd dans son recueil e-Sunan, selon ‘Abd Allah ibn ‘Omar, le Prophète (r) nous apprend ailleurs : « Il y aura des émigrations les unes à la suite des autres mais les meilleurs gens de la terre seront ceux qui s’attacheront le plus au lieu d’émigration d’Ibrahim. »

D’après el Bukhârî et Muslim, selon Mu’âdh ibn Jabal, le Prophète (r) a assuré : « Il y aura toujours une partie de ma communauté maintenue sur la vérité ; ils ne subiront aucunement le mal de ceux qui dévieront  de leur chemin ou qui les abandonneront, et cela jusqu’à la fin du monde. » Dans une certaine version, il est précisé : « Ils seront dans le Shâm. » Dans celle de tarîkh el Bukhârî, il est spécifié : « Ils seront à Damas » ou : « dans les environs de Jérusalem. » Toujours d’après el Bukhârî et Muslim, selon ibn ‘Omar, le Prophète (r) nous informa que les anges du Miséricordieux couvrent le Shâm de leurs ailes.

 

Pour mieux comprendre, il faut savoir que le Coran et la Sunna mais aussi les annales qui nous viennent des prophètes précédents, les sens, la raison, et les « dévoilements » des initiés démontrent que l’origine de la création et de la Loi provient de la Mecque[4] la « Mère des citées » ; la « Mère de la création ». Le message Mohammadien y a pris ses racines pour étendre sa lumière ensuite sur toute la surface de la terre. Elle est le point de repère des musulmans qui s’orientent vers elle au cours de leurs prières et pour le pèlerinage. Ils y trouvent des avantages aussi bien spirituels que matériels. À la première époque, l’Islam était plus prépondérant dans la région du Hijâz. Les mêmes références précédemment citées démontrent aussi que le « règne prophétique » s’épanouit dans le Shâm et les alentours de Jérusalem qui est la terre du rassemblement et la terre vers laquelle reviendront la création et la Loi. C’est le lieu du grand rassemblement des hommes.

 

Si la Mecque est plus honorable que Jérusalem, cela concerne également les hommes des premiers siècles qui sont plus honorables que ceux des dernières générations à vivre sur terre. Ainsi, l’histoire de l’humanité se terminera dans le Shâm ; c’est pourquoi, la nuit de son Ascension, le dernier des prophètes voyagea de Mekka à Baït el Maqdis. C’est pourquoi également les meilleurs hommes à la fin des temps seront ceux qui s’attacheront le plus à la terre d’exil d’Ibrahim (u), en plein cœur du Shâm. Le Coran parle de la bénédiction du Shâm dans cinq versets différents. Le Seigneur révèle en effet : (Nous avons ensuite fait hériter le peuple qui fut opprimé, à l’est et à l’ouest de la terre que Nous avons bénite).[5] Allah donna en héritage la terre du Shâm aux tribus d’Israël.[6] Le Tout-Puissant dit également : (Gloire à Celui qui a fait voyager de nuit son serviteur de la Sainte Mosquée à la Mosquée el Aqsa dont Nous avons bénit les alentours).[7] (Nous les avons amené lui et Loth sains et saufs sur la terre que Nous avons bénite).[8] (Et à Sulaïmân, (Nous lui soumîmes) les vents furieux qui soufflaient sous son ordre vers la terre que Nous avons bénites).[9] (Nous avons placé entre eux et les cités bénites, des cités visibles (de l’une à l’autre), etc.).[10] Il y avait tout au long du parcourt entre Saba au Yémen et le Shâm des cités-relais, proches les autres des autres.

 

Quant Abû Darda (t) invita par courrier Salmân el Fârisi à se rendre en Terre Sainte, ce dernier lui répondit : « La terre ne rend sacré aucun homme mais ce sont ses actes qui le rendent sacré. »

 

Que les prières d’Allah et Son Salut soient sur Mohammed, ainsi que sur ses proches,

et tous ses Compagnons !

 

Traduit et compilé pour Islam.house par :

Karim ZENTICI              



[1] Voir notamment pour ces deux Hadith : Fadhâil Makka du D. Mohammed Ghabbân (2/761-816).

[2] Le Hadith concernant les valeurs respectives des trois mosquées clefs de l’Islam est authentique, mais il n’est pas question de cinq cent prières concernant les mérites d’el Aqsa. Sheïkh el Albânî en effet, a jugé cette partie faible [voir : Dha’îf el Jâmi’ e-Saghîr (3523)]. D’autres annales nous apprennent cependant que la prière dans la mosquée prophétique a quatre fois plus de valeur que dans celle d’el Aqs; cela correspond exactement à 250 prières wa Allah a’lam ! [Voir :Tamâm el Minna (294)].

[3] La découverte récente en Arabie Saoudite et en Iraq de squelettes géants donnera certainement plus de précision à l’avenir sur ce « mystère ».  Les Amorites (‘Amâlîq), mais aussi les Emites et les Anaqites avant eux étaient des peuples Philistins de géants vivant sur les terres de Canaan qui longeaient le littorale Méditerranéen entre l’Égypte et la Palestine ; voir : les nombres ; 13.31-33 et  Deutéronome ; 1.28, 2.11

[4] C’est l’endroit à partir duquel Allah étendit la terre au début de la création comme nous l’informe certains Hadith et certaines annales dont l’authenticité est plus qu’hypothétique. Voir : Fadhâil Makka du D. Mohammed Ghabbân (1/456-471).

[5] El A’râf ; 137

[6] La « terre promise » n’est pas un gage éternel qu’Allah accorderait indifféremment à un « peuple élu » mais celui-ci doit passer certaines épreuves révélatrices et rester fidèle à la Loi divine. En cela, elle s’acquiert en récompense à certains sacrifices et à de grands efforts. Or, ce « don du ciel » n’est pas un bien acquis, mais il peut être repris des mains d’un peuple rebelle et offert ensuite soit à un autre peuple qui lui, le mérite soit à un peuple bien plus pervers, par punition certes envers ses premiers occupants mais aussi par épreuve afin que ces derniers se remettent en question ; la porte du repentir restant toujours ouverte pour retrouver la paix du cœur dans ce bas monde et pourquoi pas, la « terre promise ». Allah révèle : (La terre appartient au Seigneur ; Il l’a fait hérité à qui Il veut parmi Ses serviteurs mais la fin heureuse revient aux pieux). [El A’râf ; 128] quant à la récompense de l’Au-delà pour les gens pieux, celle-ci est éternelle.

[7] Le Voyage Nocturne ; 1

[8] Les prophètes ; 71

[9] Les prophètes ; 81

[10] Saba ; 18

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14 novembre 2012 3 14 /11 /novembre /2012 16:12

parchemin3

 

 

 

Le sacrifice d’Abraham

 

Louange à Allah ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed, ainsi que sur sa famille et tous ses Compagnons ! 

 

Voir : Majmû’ el Fatâwa de Sheïkh el Islam ibn Taïmiya (4/331-336).

 

 Ismâ’îl est le fils d’Ibrahim qui fut choisi pour le sacrifice de son père comme l’établissent le Coran, la Sunna, et un certain nombre de preuves qui sont notoires. D’ailleurs, la Thora qui est entre les mains des « gens du Livre » le confirme.  Les anciennes écritures disent en effet : « égorge ton fils unique. »[1] L’autre traduction parle d’un premier-né. Ismaël fut bel et bien le fils unique à cette époque et le premier-né du Patriarche à l’unanimité des savants musulmans et des hébreux, mais ces derniers ont falsifié leurs écritures en y insérant Isaac. Par la suite, d’autres gens ont pris d’eux cette information, dont l’origine provient des Textes hébraïques falsifiés ; c’est pourquoi il est répandu chez certains musulmans que l’enfant en question fut Ishâq.

 

La Surate les rangs, qui relate l’histoire du sacrifice, démontre notamment à travers le Verset suivant, que l’enfant concerné fut Ismâ’îl : (Nous lui annonçâmes la naissance d’un enfant sage).[2] Cette annonce nous offre trois informations : la nouvelle d’une enfant mâle, qui atteindra l’âge de raison ou de la puberté (Hulm qui a les mêmes racines que Halîm ndt.), et qui de surcroît sera sage. Peut-on faire plus grande preuve de sagesse (dans le sens de résignation ndt.) en s’abandonnant ainsi à son père en guise d’offrande, quand ce dernier lui dit : (Tu me trouveras si Dieu le veut parmi les patients).[3] Certains disent que la moindre des qualités qu’Allah puisse attribuer à l’un de ses prophètes, c’est celle d’être sage, étant donné qu’il dégage une grande force (ou qu’il domine par sa présence, ou encore qu’Allah garantit par sa présence la victoire à Ses élus ; le texte n’est pas très clair ndt.).

Ibrahim lui-même fut qualifié ainsi dans les deux Versets suivant : (Ibrahim était sage et dévoué).[4] (Ibrahim était sage, dévoué, et repentant).[5] L’événement témoigne en faveur de ses deux hommes qu’ils sont vraiment « sages » : (Quand il parvint à l’âge mûr, il lui dit : « Mon fils ! J’ai vue en songe que je devais t’égorger, alors vois ce que tu dois faire. » Il répondit : « Père ! Fais ce qu’on t’ordonne, tu me trouveras si Dieu le veut parmi les patients »),[6] jusqu’à : (Nous l’échangeâmes contre une offrande immense • et nous laissâmes leur souvenir dans les générations futures • Paix à Ibrâhîm ! • C’est ainsi que nous rétribuons les bienfaiteurs • Il comptait parmi  nos serviteurs croyants • Nous lui annonçâmes ensuite la naissance d’Ishâq qui fut un prophète parmi les vertueux • Nous les avons bénis lui et Ishâq. Dans leur descendance, il y a des bienfaiteurs et d’autres qui sont injuste envers eux-mêmes de façon manifeste). [7]

 

Cette histoire démontre que l’enfant en question fut bien Ismâ’îl et cela pour plusieurs raisons[8] :

 

Premièrement : le Seigneur annonce à Ibrahim la naissance d’un enfant qu’il devra vouer plus tard en sacrifice. Dans un premier temps, le Coran relate l’événement du sacrifice, pour enchaîner ensuite par le Verset : (Nous lui annonçâmes ensuite la naissance d’Ishâq qui fut un prophète parmi les vertueux • Nous les avons bénis lui et Ishâq). Il y a donc deux annonces différentes : l’une concerne le « héros » du sacrifice et l’autre concerne Isaac, comme cela ne peut échapper à personne.

 

Deuxièmement : l’histoire du sacrifice est uniquement mentionnée à cet endroit du Coran, alors que les autre passages se contentent d’évoquer l’annonce de la naissance d’Ishâq, comme par exemple dans la Surate Hûd où le Très-Haut révèle : (Alors que sa femme se tenait debout, elle se mit à rire ; nous lui annonçâmes la naissance d’Ishâq et de Ya’qûb après Ishâq).[9] Si le sacrifice concernait effectivement Ishâq, la naissance promise de Ya’qûb n’aurait plus lieu d’être. Le verset dit en effet : (Quand il a ressenti de la peur vis-à-vis d’eux, Ils lui dirent : « N’ais pas peur ! » ils lui annoncèrent ensuite la naissance d’un enfant savant. Sa femme est apparu en se frappant le visage et en criant : « Quoi ! Une vielle femme stérile ! »).[10] Allah (I) révèle également dans la Surate el Hijr : (Ils dirent : « Ne tremble pas ! Nous t’annonçons la prochaine naissance d’un enfant savant » • Il répondit : « Vous m’annoncez cela alors que je suis déjà vieux ! Que m’annoncez-vous au juste ! » Ils dirent : « Nous te l’annonçons en toute vérité, ne sois donc pas au nombre de ceux qui désespèrent. »).[11] Il n’est question ici d’aucun sacrifice. De plus, en annonçant les deux bonnes nouvelles, qui sont l’annonce du futur sacrifice et celle d’Isaac après lui, cela démontre qu’Isaac et l’enfant-sacrifice sont deux personnes différentes. D’autant plus que selon certains Versets, le Seigneur à fait don du frère d’Ismâ’îl et de Jacob à Son Ami Abram (comme le nomme ainsi la bible), à travers le Verset : (Nous lui avons fait don d’Ishâq et Nous lui avons offert Ya’qûb en plus ; tous deux étaient des gens pieux).[12] Le Seigneur révèle également : ( Nous lui avons fait don d’Ishâq et de Ya’qûb, et nous avons établi dans sa descendance le Livre et la prophétie. Nous l’avons rétribué sur terre et dans l’Au-delà il comptera parmi les pieux).[13] Aucun de ces deux Versets ne fait mention de l’enfant-sacrifice.  

 

Troisièmement : Allah nous apprend que le futur sacrifice était un enfant sage. Quand à Ishâq, son père reçut l’heureuse nouvelle qu’il sera un enfant savant dans un autre passage du Coran. Il y a forcément une raison pour laquelle les deux enfants furent qualifiés différemment. Cette distinction se vérifie d’autant plus lorsque l’une de leur qualité respective en accompagne une autre. La sagesse convient tout-à-fait à la patience qui revient à l’enfant-sacrifice. Le Coran affirme en effet qu’Ismâ’îl est patient dans le Verset suivant : (évoque Ismâ’îl, el Asa’, et Dhû el Kifl, tous comptaient parmi l’élite).[14] Voici donc une troisième raison, car un autre Verset dit au sujet de l’enfant-sacrifice : (Père ! Fais ce qu’on t’ordonne, tu me trouveras si Dieu le veut parmi les patients).[15] Allah a donc reconnu à Ismâ’îl la qualité de patient comme Il lui a reconnu ailleurs de respecter ses engagements à travers le Verset : (Il était sincère envers ses engagements).[16] Il avait promis en effet à son père d’endurer patiemment son épreuve.

 

Quatrièmement : La naissance prochaine d’Ishâq relevait du miracle car sa mère était vielle et stérile. C’est pourquoi, l’Ami d’Allah (u) a réagi avec étonnement à l’annonce de la nouvelle céleste : (Vous m’annoncez cela alors que je suis déjà vieux ! Que m’annoncez-vous au juste !) Sa femme n’en fut pas moins surprise pour avoir dit : (Vais-je enfanter alors que je suis veille et que mon époux a également un âge avancé).[17] Nous avons déjà vu que cette annonce lui vint vers la fin de sa vie, et que cette nouvelle la concernait elle et son mari. Par contre, Ibrahim (u) fut le seul concerné par l’annonce de l’enfant-sacrifice. Il fut mis à l’épreuve de le tuer sans que la mère d’Isaac n’ait aucun lien avec cet événement. Cela corrobore tout-à-fait avec le Hadith rapporté dans le recueil e-Sahîh, et selon lequel le Prophète (r) et ses Compagnons nous apprennent qu’à la naissance d’Ismâ’îl, Sâra fut jalouse de sa mère Hâjar. Dès lors, Ibrahim a pris l’enfant et la servante pour les emmener à la Mecque actuelle. Sur place, il reçut l’ordre des années plus tard de tuer son fils. Ainsi, l’enfant-sacrifice et Isaac sont deux personnes différentes.

 

La preuve également que l’enfant-sacrifice n’est pas Isaac, c’est que le Seigneur révèle juste avant ce Verset : (Nous lui annonçâmes la naissance d’Ishâq (à Sâra), et celle de Ya’qûb après Ishâq).[18] Comment Ishâq peut-il être voué au sacrifice dans ces conditions ? L’annonce de Ya’qûb implique forcément que son père reste en vie avant que son fils ne vienne au monde. Personne ne conteste que l’histoire du sacrifice a eu lieu avant la naissance de Jacob. Bien plus, ce dernier n’a vu le jour qu’après la mort de son grand-père Ibrahim (u) ; nul ne doute pourtant que l’anecdote du sacrifice s’est déroulée avant son décès.

La preuve, c’est que cette histoire s’est déroulée à la Mecque. Le jour de la Conquête de la Ville Sainte, le Prophète (r) a trouvé les cornes du fameux bélier d’Abraham à l’intérieur de la Ka’ba. Il s’est alors adressé au gardien du Temple en ces termes : « Je t’ordonne de recouvrir les cornes du bélier car il ne doit rien y avoir en direction de la Qibla qui puisse distraire le fidèle en prière. » C’est pourquoi, l’endroit où s’est produit l’événement sert de rite depuis l’époque d’Ismaël et de son père, qui ont construit le Temple comme le formule explicitement le Coran.

 

Personne n’assume qu’un jour Isaac, s’est rendu à la Mecque ni parmi les « gens du Livre » ni personne d’autre. Néanmoins, certains croyants appartenant à la religion juive prétendent que l’histoire du sacrifice a eu lieu dans la région du Shâm, mais ce n’est qu’un pur mensonge ! Si certaines montagnes du Shâm avaient assistées à cet événement, on l’aurait obligatoirement su, et on y aurait certainement consacré un rite, de la même façon que la Mosquée qu’Ibrahim a construite, et ses environs sont devenus des lieux de rituels…

 

Que les prières d’Allah et Son Salut soient sur Mohammed, ainsi que sur ses proches,

et tous ses Compagnons !

 

Traduit pour Islam.house par :

Karim ZENTICI 



[1] Voici les termes de la Traduction œcuménique : « Prends ton fils, ton unique, Isaac, que tu aimes. Pars pour le pays de Morriya et là, tu l’offriras en holocauste sur celle des montagnes que je t’indiquerais. » [Genèse ; 22-3]

[2] Les rangs ; 101 Ismâ’îl fut qualifié ici de Halîm que nous traduisons par sage mais qui prend en fait des sens multiples comme magnanime (qui est enclin au pardon comme nous le souligne e-Sa’dî), longanime (qui supporte ce qu’il pourrait réprimer comme nous l’apprend el Baghawî), ou qui se résigne, fait preuve de patience et d’une maitrise de soi. (N. du T.) 

[3] Les rangs ; 102

[4] Le repentir ; 114 D. Masson explique en ces termes le sens de Awwah (que nous avons traduit par « dévoué » mais qui a aussi le sens d’humilité) : « celui qui gémit, qui soupire, et qui implore la miséricorde de Dieu. » Elle corrobore ainsi l’exégèse des grands spécialistes à l’exemple d’el Baghawî et du linguiste exégète e-Râghib el Asfahânî dans Mufradât Alfâdh el Qurân que chaque arabophone, et  plus particulièrement chaque traducteur, doit compter dans sa bibliothèque.

[5] Hûd ; 75 repentant est l’un des sens de Munîb, mais de façon plus général il signifie revenir à Allah.

[6] Les rangs ; 101, 102. Certains exégètes assument que l’événement s’est passé quand Ismaël a atteint l’âge de treize ans. Toutefois le début du premier Verset peut avoir d’autres sens. Il peut vouloir dire : quand le père l’a emmené jusqu’au pied de la montagne, ou quand il devint vieux.

[7] Les rangs ; 106-113

[8] Voir notamment Tafsîr ibn Kathîr.

[9] Hûd ; 71 Il s’agit dans cette épisode de Sarah fille de Hârân fils de Ahwar qui fut marié à son cousin Ibrahim (Voir Tafsîr el Baghawî qui précisent notamment que Saraï se tenait derrière un rideau).

[10] E-Dhâriyât ; 28 Selon certains exégètes, elle n’a fait que crier d’où elle était, sans se montrer à ses visiteurs, mais par un effet de rhétorique, c’est sa voix qui se serait déplacée.

[11] El Hijr ; 53

[12] Les Prophètes ; 72

[13] L’araignée ; 27

[14] Sâd ; 48

[15] Les rangs ; 101, 102

[16] Mariam ; 54

[17] Hûd ; 72

[18] Hûd ; 71

 

 

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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 15:38

Mecca19

 

Ismâ’îl, le père d’une grande nation

(Partie 2)

 

 

Voir : Takhjîl man harrafa e-Tawrât wa el Injîl d’el Qâdhî Sâlih e-Ja’farî

 

Moussa déclare dans le premier chapitre de la Thora : « Abram répondit : « Seigneur Dieu, que me donneras-tu ? Je m’en vais sans enfant, et l’héritier de ma maison, c’est Eliézer de Damas[1]…Alors le SEIGNEUR lui parla en ces termes : « Ce n’est pas lui qui héritera de toi, mais celui qui sortira de tes entrailles héritera de toi. » Il le mena dehors et lui dit : « Contemple donc le ciel, compte les étoiles si tu peux les compter. » Puis, il lui dit : « Telle sera ta descendance. » »[2]

 

Quelle descendance remplit aujourd’hui la terre de long en large comme celle d’Ismâ’îl. Quant aux juifs, les enfants descendants d’Ishâq, ils sont les serviteurs et les captifs des enfants d’Ismâ’îl sur toute la surface de la terre.[3] Ce passage énonce la faveur et la grâce qu’Allah a accordée à Son Ami Abraham. Cette faveur ne pouvait se transformer en malheur abattu contre une vile progéniture dont certains membres furent transformés en singes et en porcs et qui vouèrent le culte au Veau d’or. Quant aux chrétiens descendants d’Isaac, ils sont des fugitifs qui furent chassés par les enfants d’Ismaël au-delà des mers et jusqu’aux extrémités de l’Occident. Cette prophétie saute aux yeux ; c’est un signe éclatant qui désarme l’adversaire de tout argument ! 

 

Dans ce même chapitre, Moïse (u) dit également : « Abraham se leva de bon matin, prit du pain et une outre d’eau qu’il donna à Hagar. Il mit l’enfant sur son épaule et la renvoya. Elle s’en alla errer dans le désert de Béer-Shéva. Quand l’eau de l’outre fut épuisée, elle jeta l’enfant sous l’un des arbustes. Puis elle alla s’asseoir à l’écart à la distance d’une portée d’arc. Elle disait en effet : « Que je n’assiste pas à la mort de l’enfant ! » Assise à l’écart, elle éleva la voix et pleura. Dieu entendit la voix du garçon et, du ciel, l’ange de Dieu appela Hagar. Il lui dit : « Qu’as-tu Hagar ? Ne crains pas, car Dieu a entendu la voix du garçon, là où il est. Lève-toi ! Relève l’enfant et tiens-le par la main, car de lui je ferai une grande nation. » Dieu lui ouvrit les yeux et elle aperçut un puits avec de l’eau. Elle alla remplir l’outre et elle fit boire le garçon. Dieu fut avec le garçon qui grandit [et habita au désert. C’était un tireur d’arc] ; il habita dans le désert de Parân… »[4]

 

Traduit par :

Karim Zentici 



[1] Selon les commentateurs de la version œcuménique, ce texte est obscur, mais il est probable que le verset suivant en reformule le sens avec d’autres termes ou pour reprendre leurs termes, il en donne le sens général. Voici ce qu’il dit : « Voici que tu ne m’as pas donné de descendance et c’est un membre de ma famille qui doit hériter de moi. »

[2] La Genèse ; 15.2-5

[3] El Qâdhî Sâlih e-Ja’farî parle de la situation à  son époque. Cependant, le Verset suivant explique probablement la situation actuelle : [Ils sont frappés d’avilissement où qu’ils se trouvent sauf Si Allah leur tend Sa corde ou la corde des hommes] [La famille d’Imrân ; 112]

[4] La Genèse ; 21.14-21

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