Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
1 juillet 2017 6 01 /07 /juillet /2017 12:24

 

Le djihad est légiféré en cas de force

 

Quand le Législateur enjoint de combattre toute faction rebelle, c’est uniquement dans la mesure du possible, car ils ne sont pas pires que les païens et les infidèles. L’histoire prophétique nous montre qu’il vaut mieux dans certaines situations se concilier l’ennemi en nouant des accords de paix et en lui offrant des largesses. Un Imâm peut s’imaginer à tort avoir la force pour lui tenir tête. Dans ce cas, l’intérêt réclame de renoncer à ce projet.[1] Il est même permis de trouver des accords avec un envahisseur ayant la main mise sur plusieurs provinces musulmanes. La Syrie fut contrainte à ses débuts de contenir la vague tatare en contractant avec ses chefs certains pactes.[2] Ibn Taïmiya lui-même entama des pourparlers avec les autorités mongoles dans une tentative où les plus zélés auraient rebroussé chemin.[3] Ce jour-là, il écrivit à jamais son nom dans les plus belles pages de l’Histoire à côté des plus grands héros musulmans.[4]

 

Or, certains pensent à tort que l’épée s’est substituée à l’appel au dialogue adressé aux mécréants en vue de leur démontrer l’impertinence de leur croyance. Il n’y a pourtant aucune opposition entre ces deux procédés. On parle d’abrogation quand une loi remet littéralement en question une autre plus ancienne et à laquelle elle se substitue. L’abrogation de la première qibla en est le meilleur exemple. Il ne viendrait à l’idée de personne, désormais, de prier en direction de Jérusalem. Ils opposent ainsi les deux Versets : [Ne vois-tu pas ceux à qui il fut demandé de retenir leurs mains, d’observer la prière, et de verser l’aumône ; et lorsque la guerre leur fut prescrite, un groupe d’entre eux se mirent à craindre les hommes comme on craint Allah, ou plus encore ; ils protestèrent : Seigneur ! Pourquoi nous as-Tu prescrit la guerre ? Si, au moins, Tu avais pu nous laisser un peu de répit ! Réponds-leur : les plaisirs de ce monde sont éphémères, mais l’autre vie vaut bien mieux pour les gens pieux, et vous ne serez pas lésés le moins du monde].[5]

 

Voici l’autre Verset : [Appelle au chemin de Ton Seigneur avec sagesse et le bon sermon, et polémique avec eux de la meilleure manière ; Allah connait mieux ceux qui ont dévié de Son chemin, et Il connait mieux ceux qui sont guidés][6] ; mais encore : [Ne polémiquez point avec les gens du Livre si ce n’est que de la meilleure façon, sauf avec les injustes parmi eux. Dites : Nous avons cru à Celui qui nous a révélé et qui vous a révélé le Livre ; Notre Dieu et le Vôtre est Un, et nous Lui sommes soumis].[7]

 

L’obligation de combattre s’oppose certes à l’interdiction de le faire au profit du dialogue, mais il est possible de conjuguer ces deux initiatives. Dans ce cas, il n’est pas pertinent de parler d’abrogation. Il va sans dire que chacun à sa façon, ces procédés donnent des résultats, mais, utilisés ensemble, ils sont beaucoup plus efficaces.[8]

 

Les lois du djihâd sont flexibles et s’adaptent à la conjoncture

 

Quand, fort de ses alliés, le Messager (r) fut en mesure d’étendre la religion d’Allah, il n’hésita pas une seconde à brandir l’étendard de la guerre contre tous ceux qui lui résistaient. Les lois varient en fonction de la situation et des capacités. Quand on est fort on n’a pas la même approche que quand on est faible, bien que dans les deux cas, on ne fait qu’obéir à Allah, comme quand on est riche ou pauvre, en bonne ou en mauvaise santé. Chaque conjoncture concède ses propres lois.[9]

 

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

 

 

[1] Majmû’ el fatâwâ (4/442).

[2] Majmû’ el fatâwâ (28/432).

[3] El ‘uqûd e-durriya d’ibn ‘Abd el Hâdî (p. 134)

[4] El a’lâm el ‘aliya (p. 69-72).

[5] Les femmes ; 77

[6] Les abeilles ; 125

[7] L’araignée ; 46

[8] El jawâb e-sahîh (1/218-219).

[9] Manhâj e-sunna (1/86).

Repost 0
1 juillet 2017 6 01 /07 /juillet /2017 12:20

Ibn Taïmiya dévoile l’avocat du diable

(Partie 3)

Condescendance !

 

Voir : http://mizab.over-blog.com/article-ibn-taimiya-et-le-djihad-defensif-partie-1-116766370.html

 

Et quand bien même ibn Taïmiya aurait tort sur ce coup, cela ne justifie en rien de prendre pour cible le premier infidèle qui nous tombe sous la patte ou de viser à l’aveuglette dans une foule en détresse sans se préoccuper des répercussions terribles que ce tir de lapins engendreraient pour la communauté ni ne se soucier du rapport de force déséquilibré entre les deux camps aujourd’hui.

 

« Une étude exhaustive des textes du Coran et de la sunna, rappelle ibn Taïmiya, nous montre que la responsabilité d’un tiers est conditionnée à la capacité de connaitre et d’agir. En étant incapable de fournir l’un de ses deux éléments, il ne lui en est pas tenu rigueur, car : [Allah n’impose rien à la personne qui soit au-dessus de ses capacités].[1] »[2] Ailleurs, il renchérit : « Quand Allah ordonne de Lui obéir et de Le craindre, c’est uniquement dans la mesure du possible, conformément au Verset : [Craignez Allah dans la mesure du possible].[3] Un hadîth nous apprend également : « … et ce que je vous ordonne, faites-le dans la mesure du possible. »[4] »[5]

 

Ainsi, ce principe est conforme à la tendance des anciens, et à la majorité des savants. Allah n’impose rien qui soit au dessus de nos forces, et les obligations sont restreintes à la capacité de les faire. La punition prévaut uniquement quand on délaisse volontairement une obligation ou en enfreignant une interdiction, et cela, bien sûr, après avoir établi la preuve céleste contre un fautif éventuel.[6]

 

L’histoire prophétique, explique ibn Taïmiya, nous montre qu’il vaut mieux dans certaines situations se concilier l’ennemi en nouant des accords de paix et en lui offrant des largesses. Un Imâm peut s’imaginer à tort avoir la force pour lui tenir tête. Dans ce cas, l’intérêt réclame de renoncer à ce projet.[7]

Le Très-Haut interdit à La Mecque de prendre les armes contre les païens, comme le relate le Verset : [Ne vois-tu pas ceux à qui il fut demandé de retenir leurs mains].[8] Les premiers musulmans avaient pour mission d’endurer la persécution Quraïshites, et de ne pas leur en faire grief jusqu’au jour où le Coran leur révéla de nouvelles dispositions.[9]

 

La législation progressive du djihâd ; en sachant que la période mecquoise n’est pas abrogée

 

Les Juifs tiraient en dérision dans leurs propos le Prophète (r) qui ne réagissait pas, et cela, pour plusieurs raisons :

 

Premièrement : à cette époque, les musulmans étaient encore faibles ; il leur était enjoint d’endurer le mal des fils d’Israël et des païens ; la piété était de rigueur. Puis, quand l’Islam prit de l’ampleur, ce statut fut abrogé, et la guerre fut légiférée ; les Juifs furent alors frappés d’un tribut qui était le gage de leur soumission. Il va sans dire que le dhimmî n’est pas capable d’ennuyer ouvertement les musulmans, sinon il ne serait pas soumis. Certains donnent le nom d’abrogation à ce changement d’attitude envers les ennemis. Pour d’autres, il ne s’agit pas de cela, mais d’une nouvelle situation qui réclame de nouvelles lois, comme le Coran l’avait promis pendant la période de patience.

 

En réalité, cette divergence porte plus sur la forme que sur le fond, car lorsque les musulmans retombent dans un état de faiblesse, ils doivent se comporter comme à la période mecquoise. La chose varie donc en fonction des endroits et des époques, et les Versets qui enjoignent à la patience restent en vigueur jusqu’à la fin du monde. Personne ne conteste qu’à Médine, le Prophète (r) appliquait les peines contre les hommes qui affichaient leur hypocrisie, et il fit des expéditions punitives contre les Juifs et les païens. Peu importe qu’on donne ou non le nom d’abrogation à cette nouvelle orientation.[10]

 

Ainsi, pendant la période mecquoise, le djihad n’était pas encore légiféré, et la patience était de mise. L’émigration offrit aux adeptes de la religion naissante un lieu sûr où il pouvait se renforcer, et d’où partiraient les expéditions militaires. Ils ne s’attaquaient pas à ceux avec qui ils étaient noués par des accords de paix. Si le meilleur des hommes (r) avait eu la mauvaise idée de punir chaque mécréant et chaque hypocrite, la plupart des arabes y auraient vu d’un mauvais œil, et auraient renoncé à intégrer sa religion, car trop dangereuse. Allah (I) révèle : [N’obéis pas aux infidèles ni aux hypocrites, ne prêtent pas attention à leurs nuisances ; et repose ta confiance à Allah, Il te suffit comme protecteur].[11] Cette sourate fut révélée à Médine après la bataille du fossé. Le Messager (r) n’était pas suffisant fort pour s’occuper d’eux ; toute répression aurait engendré un grand désordre dans les rangs. Après la conquête de La Mecque, les habitants de la Péninsule embrassèrent la religion en masse, et les rapports de force n’étaient plus les mêmes.

 

Le temps était venu de se tourner vers les Byzantins. La Révélation mit sur la voie les adeptes de la religion naissance. La sourate Le repentir polissait les derniers commandements divins ; le djihad, le pèlerinage et la morale (ordonner le bien et interdire le mal) furent légiférés. La mission de Mohammed (r) touchait à sa fin : [Aujourd’hui, je vous ai parachevé votre religion, Je vous ai parfait de Mes bienfaits, et Je vous ai agréé l’Islam comme religion].[12] Trois mois plus tard, le sceau des messagers rendait l’âme. Il fallait évidemment préparer le terrain : rompre les traités avec les païens. Le ton était donné : [Ô Prophète ! Combats les mécréants et les hypocrites, et sois dur avec eux].[13] Il annonçait l’abrogation de : [N’obéis pas aux infidèles ni aux hypocrites, ne prêtent pas attention à leurs nuisances].[14]

 

Les hypocrites n’avaient plus à cette époque d’alliés pour les défendre ; le Prophète (r) avait le champ libre pour faire régner la loi à Médine, et personne n’allait s’en plaindre, car toute la région était rentrée dans les rangs. L’intransigeance devint de rigueur. Selon les savants, la sourate Les coalisés vint abroger les prescriptions précédentes. En voici un autre passage : [Si les hypocrites, les malades du cœur et les perturbateurs à Médine ne cessent pas, Nous te lancerons contre eux, et ils ne viendront plus ou presque te côtoyer dans ses murs ; ils sont maudits ! Où qu’ils soient, ils sont rattrapés].[15] En d’autres termes, ils ne s’aviseront plus désormais à injecter leurs venins. La religion triomphante n’allait plus tolérer de telles exactions.

 

Ainsi, quand la conjoncture est favorable aux hypocrites, nous mettons en pratique le v. 48 de la s. Les coalisés. De la même manière qu’en état de faiblesse, il nous est demandé de fermer les yeux sur leurs manœuvres, et attendre que la roue tourne. C’est à ce moment qu’on fait preuve de détermination, conformément au v. 9 de la s. e-tahrîm.[16]

 

La patience porta ses fruits, car, pour la première fois, les membres de la communauté hébraïque furent frappés d’un tribut qui témoignait de leur soumission, et les campagnes militaires s’étendirent au-delà du littoral du hijâz. L’ère khalifienne s’aligna aux dernières résolutions prophétiques, et il y aura toujours jusqu’à la fin du monde, un groupe qui se détache de la communauté pour porter haut l’étendard de la vérité.

 

Le musulman s’adapte aux différentes conjonctures qu’il rencontre, sans sortir, en cela, des directives du Coran. Quand il en a la force, il défend bec et ongles l’honneur de sa religion, et fait front aux injures que son Prophète (r) endure, et dans les moments de faiblesse, il craint Dieu dans la mesure du possible.[17] Le grand ibn Taïmiya offre des circonstances à ses pauvres contemporains du Hijâz – déjà mal garni par l’expansion de l’innovation et de la débauche – et du Yémen, qui, incapables de tenir tête à l’envahisseur tatar, s’empressèrent de lui envoyer une missive pour lui afficher leur allégeance. Quand le roi païen s’essaya aux armées de Halab où il rencontra une forte résistance, ce fut une autre paire de manches.[18]

 

[1] La vache ; 286

[2] Majmû’ el fatâwâ (2/164).

[3] E-taghâbun ; 16

[4] Rapporté par el Bukhârî (7288), et Muslim (1327), selon Abû Huraïra (t).

[5] Majmû’ el fatâwâ (31/92).

[6] Majmû’ el fatâwâ (19/227).

[7] Majmû’ el fatâwâ (4/442).

[8] Les femmes ; 77

[9] Majmû’ el fatâwâ (4/442-443).

[10] E-sârim el maslûl (2/443-444).

[11] Les coalisés ; 48

[12] Le repas céleste ; 3

[13] E-tahrîm ; 9

[14] Les coalisés ; 48

[15] Les coalisés ; 60-61

[16] E-sârim el maslûl (3/681-683).

[17] E-sârim el maslûl (2/412-414).

[18] Majmû’ el fatâwâ (28/533).

 

Repost 0
30 juin 2017 5 30 /06 /juin /2017 15:58

 

 

Ibn Taïmiya dévoile l’avocat du diable

(Partie 2)

 

 

Quant au Verset : (Tuez-les partout où vous les trouvez),[1] celui-ci revient deux fois dans le Coran, notamment à la suite du Verset [que nous avons évoqué précédemment] : (Combattez sur le sentier d’Allah ceux qui vous combattent, mais sans transgresser les limites • Tuez-les partout où vous les trouvez et sortez-les d’où ils vous ont sorti)[2] (…)

 

Tout homme armé qui s’attaque aux croyants doit être tué là où il se trouve. La sentence qui le concerne ne s’applique pas uniquement au champ de bataille.

 

Toute personne parmi les combattants ennemis qui sème la terreur au milieu des musulmans doit périr par les armes qu’il soit debout, assis, ou couché, et même s’il est prisonnier. L’Ami d’Allah (r) a fait abattre plus d’un prisonnier à l’exemple d‘Uqba ibn Abî Mu’aït, et e-Nadhr ibn el Hârith. Par ailleurs, Sa’d ibn Mu’âdh a prononcé contre les Banû Quraïzha qui se sont rendus à son jugement, d’exécuter les combattants et de capturer les femmes et les enfants. Deux cent hommes furent mis à mort.[3] [Les textes scripturaires judaïques prescrivent le même sort à leurs prisonniers dans le meilleur des cas, sinon tous les vaincus sont passés au fil de l’épée sans ne laisser aucun survivant parmi les femmes et les enfants ;  voir : Deutéronome 20 ; 10-17 ndt.]

 

En fait, l’Imam a le choix sur le sort des prisonniers, entre les exécuter, les mettre en captivité, les libérer, ou les échanger contre une rançon. Son choix va dépendre de l’intérêt supérieur des musulmans.[4] Il est permis de tuer (sans condition contrairement aux dissidents musulmans pour lesquels l’expédition punitive est soumise à certaines restrictions) tout ennemi non musulman, même prisonnier, parce qu’il a tenu les armes, mais aussi pour prévenir contre toute nuisance à venir. Rien ne lui empêche en cas de libération ou de demande de rançon, de causer du tort aux musulmans.[5] Dans le cas des Banû Quraïzha, le Législateur savait qu’à l’avenir les musulmans ne seraient pas en mesure d’empêcher le mal immense qu’ils cogitaient contre l’Islam.[6]

 

Par ailleurs, le meilleur des hommes (r) – mais aussi ses adeptes de la première époque – a réduit à la captivité des hommes et des femmes parmi les païens ; il ne leur a jamais imposé de se convertir sous la contrainte. Il a en effet capturé Thumâma ibn Aththâr qui était polythéiste, il l’a ensuite libéré sans ne l’avoir jamais contraint à l’Islam. Il s’est d’ailleurs converti de lui-même. Certains prisonniers de la bataille de Badr ont pris la même initiative. Quant aux femmes captives, celles-ci furent nombreuses, mais le Prophète (r) n’a jamais forcé l’une d’entre elle à épouser la foi naissante ; il ne l’a fait ni pour aucune femme ni pour aucun homme.

 

Le jour de la Conquête de la Mecque, il a laissé ses habitants libres et n’a pas cherché à gagner leur adhésion par la force. Il les a relâchés alors qu’ils s’étaient rendus, d’où leur surnom les tulaqâ (les libérés), qui sont les convertis de la Grande Conquête. Le terme « libéré » s’inscrit en opposition à « prisonnier » ; à un moment donné, ils furent donc bel et bien privés de liberté ; il les a libérés comme on libère des prisonniers, et sans les contraindre à la religion musulmane. Safwân ibn Umaïya et tant d’autres qui étaient restés attachés au polythéisme ont rejoint les rangs des musulmans à la bataille de Hunaïn. Ils n’ont reçu aucune menace, mais ils se sont convertis par la suite de leur plein gré. Y-a-t-il plus éloquent pour affirmer qu’il n’y eu aucune conversion forcée ! Nul n’est en mesure de prouver qu’un seul homme fut invité à embrasser l’Islam sous la menace, qu’il s’y soit soumis ou non.

 

D’ailleurs, il n’y a aucun intérêt à ce qu’un tel individu rejoigne les rang des musulmans, mais nous acceptons plutôt celui qui en a émis la volonté, quand bien même tout porte à croire qu’il fut mu par la crainte de l’épée, à l’exemple des païens ou des adeptes du Livre qu’il est pourtant permis de tuer sur le champ de bataille. À partir du moment où l’un d’eux extériorise sa conversion, son sang et ses biens deviennent sacrés, conformément aux paroles du Prophète (r) : « J’ai reçu l’ordre de combattre les hommes jusqu’à ce qu’il atteste qu’il n’y a d’autre dieu en dehors d’Allah et que Mohammed est le Messager d’Allah. S’ils s’y soumettent, ils se préservent contre moi leur sang et leurs biens, sauf ce que la Loi en réclame, et Allah est Celui qui les jugera. »[7] Il a en outre reproché à Usâma ibn Zaïd de mettre fin à la vie d’un homme avec lequel il décousait, alors qu’il venait juste de renoncer à la mécréance. Pour sa défense, Usâma maintenait que sa victime s’était soumise à l’Islam sous la pression de l’épée.[8]

 

Or, il incombe de distinguer, de la part du Prophète (r) ou de n’importe qui d’autre, entre forcer l’ennemi à se convertir et lui faire la guerre en vue de parer à son injustice et à son animosité contre la religion. Une fois convertie, la personne compte parmi les membres de l’Islam, il n’est donc plus permis de la combattre. Dans le mesure où le Prophète (r) sentait que quelqu’un ne causait aucun tord à la religion ni à ses adeptes, il évitait de s’en prendre à lui, que ce dernier adhère à la religion du Livre ou non (…) Le sceau des messagers (r) ne s’est jamais attaqué au non musulmans avec lesquels il avait noué un traité de paix. Les ouvrages sur la biographie prophétique, de hadith, d’exégèse, de fiqh, et sur les expéditions prophétiques témoignent de cette réalité communément transmise. Il n’a jamais pris l’initiative des hostilités contre quiconque ; si Allah lui avait imposé de tuer tous les mécréants, il leur aurait alors déclenché la guerre sans sommation.

 

Quant aux chrétiens, il n’a jamais combattu l’un d’entre eux en vue qu’il renie sa croyance par la force. Il envoya ses messagers après l’accord de paix conclu à el Hudaïbiya aux rois de la terre afin de les inviter à l’Islam. Il fit transmettre un courrier à Chosroes (empereur Sassanide ndt.), César (l’empereur romain qui fut Héraclius à cette époque ndt.), el Muqawqas (le gouverneur d’Égypte ndt.), le Négus (le roi d’Abyssinie ndt.), et les rois arabes des régions du Nord et du Shâm. Il s’en est suivi qu’une partie des chrétiens notamment ont embrassé l’Islam.

 

Les armées chrétiennes ont alors fait route vers le Shâm où ils ont éliminé à  Ma’ân plusieurs de leurs élites qui avaient changé de confession. Ce sont les chrétiens qui ont ouvert les hostilités contre les musulmans à travers une campagne inique d’élimination de tous ceux qui avait adjuré leur foi. Le mari d’Aïsha (r) n’a fait qu’envoyer des courriers dans lesquels il invitait les peuples à embrasser la nouvelle religion de leur plein gré non par la force. Il n’a forcé personne à le faire. En réaction à l’hostilité des chrétiens, il fit sortir ses troupes à la tête de Zaïd ibn Hâritha ; le martyre lui fit céder l’étendard successivement à Ja’far et à ibn Rawâha que la mort emporta également. La première bataille qui eut lieu entre les musulmans et les chrétiens se déroula à Mu-ta dans les terres du Shâm où une grande armée chrétienne s’était rassemblée pour en découdre avec la nouvelle menace qui planait sur leur empire en déclin.[9]

 

 Quant à la jiziya, elle permet au non musulman de préserver son sang. Le glaive ne sert nullement à éliminer les mécréants comme il ne peut les préserver contre les châtiments de l’Au-delà. Il sert plutôt à parer à leur mal et à leur tentative de détourner les hommes de la vraie religion. La seule façon de remédier à ce mal, c’est de les soumettre au tribut. En les soumettant à un pacte de dépendance, ils ne s’attaqueront plus à l’Islam ni par la parole ni par les actes. Par ailleurs, les dhimmîs ne participent pas à la guerre, ce sont plutôt les musulmans qui défendent leurs biens et leur vie contre un ennemi éventuel. Le tribut est une sorte de butin qui permet d’entretenir les armées musulmanes ; en cela, c’est une marque de bienfaisance envers le vaincu.[10]

 

Ainsi, le sang est préservé soit par l’adhésion à l’Islam soit par le tribut et l’état de soumission. Soit l’individu se soumet à l’adoration du Seigneur soit il devient utile aux musulmans. Le croyant remplit son devoir en adorant Allah et le non musulman est utile au croyant en lui versant ce qui permet de compenser (du moins sur terre) sa non-soumission au Tout-Puissant. Il fut épargné ainsi dans l’espoir qu’Allah le guide sur le droit chemin, et qu’Il lui inspire le repentir. Les « gens du Livre » plus particulièrement détiennent la preuve dans leurs écriture de la prophétie de Mohammed (r) ; cet intérêt en lui-même justifie de les laisser en vie. Vouloir les punir à cause de leur mécréance, ne remédie en rien à leur situation quoi que haïssable.[11]

 

Pour réfuter l’idée que ce principe n’a jamais été abrogé, ibn Taïmiya utilise une anecdote révélatrice

 

Il s’agit de l’histoire qui relate l’assassinat d’Abû Râfi’ ‘Abd Allah ibn el Huqaïyiq, le juif qui portait atteinte au Messager (r) ; il le dénigrait sans arrêt et appelait à son meurtre. Dans son recueil e-sahîh, el Bukhârî immortalise l’évènement.[12]

 

Une autre version du hadîth donne de plus amples précisions sur les circonstances de la mise à mort. Selon ‘Abd Allah ibn Ka’b ibn Mâlik, les protagonistes grimpèrent dans l’une des chambres où il se trouvait. Sa femme, qui les avait sentis, signala leur présence en poussant un cri. Ils avaient reçu pour consigne par le sceau des Prophètes (r) de ne tuer ni femme ni enfant. Un homme du groupe voulut la frapper de son glaive, mais retint son bras quand il se rappela les consignes. Ils se jetèrent comme un seul homme sur la cible qu’ils transpercèrent de leurs lames. ‘Abd Allah ibn Unaïs lui donna le coup de grâce en lui enfonçant de tout son poids son épée en plein ventre.[13]

 

Sheïkh el Islâm commente : « Je me suis appuyé sur cette histoire pour dissiper l’allégation erronée selon laquelle l’interdiction du meurtre de femmes viendrait abroger la loi qui aurait été en vigueur avant la conquête de La Mecque. Il va sans dire qu’aux yeux des savants, une telle pratique n’a jamais été autorisée. Si on regarde la chronologie et la teneur des textes de la guerre, nous nous rendrons compte de la véracité de ce propos.

Aucun assaillant n’eut en tête de prendre pour esclave les membres du sexe opposé qui se trouvaient cette nuit-là derrière l’enceinte d’ibn el Huqaïyiq. Elles jouissaient encore de tous leurs droits sous la protection des habitants de Khaïbar bien avant la prise des Lieux saints. Sans compter qu’au cours de l’opération, l’une des occupantes poussa un cri qui risquait de tout faire échouer. Pourtant, personne ne lui posa la main dessus, car trop tétanisée par la peur, elle était hors d’état de nuire. »[14]

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

 

[1] La vache ; 191 et Les femmes ; 91

[2] La vache ; 190-191

[3] Qâ’ida mukhtasara fi qitâl el kuffâr (p. 102-103). Certaines sources estiment que le nombre des exécutions varie entre six cents et sept cents [voir : Zâd el Ma’âd d’ibn el Qaïyam (3/135)]. Quoi qu’il puisse être choquant, il faut replacer cet événement dans son contexte historique. Nous sommes au septième siècle de l’ère chrétienne, il faut s’imaginer ce que les puissances de l’époque étaient capables de faire à leurs prisonniers. Mohammed (r) n’étaient pas soumis aux Conventions de Genève que les fondateurs eux-mêmes ne respectent pas à l’aube du troisième millénaire. Accusés de haute trahison, il ne faut pas voir dans ce jugement prononcé contre la tribu des Banû Quraïdha une épuration ethnique comme l’allèguent certaines personnes mal intentionnées ou tout simplement mal informées. Pour preuve, les femmes, les enfants, et toute personne n’ayant pas participée au combat en général furent épargnés. En outre, les deux autres tribus juives de Médine, les Banû e-Nadhîr et les Banû Qaïnuqar qui étaient liés avec les autres habitants de la ville par un pacte d’entraide furent accusés également de trahison, mais ils n’ont pas connu le même sort que leurs coreligionnaires. D’ailleurs il existe un amalgame entre la religion juive et la race juive ; quoiqu’il en soit l’Islam interdit formellement de s’en prendre gratuitement à toute personne appartenant à cette ethnie religieuse. Contrairement au judaïsme, l’Islam ne fait aucune discrimination raciale comme le souligne ibn Taïmiya en disant : « Si tu t’imprègnes de ce qu’était réellement la Tradition prophétique, tu te rendras compte que le Messager (r) n’a jamais fait de distinction entre un arabe et un non arabe (…) Il n’a jamais privilégié les arabes dans la religion, ni en ce qui concerne le tribut, ni en ce qui concerne la captivité. Il ne les jamais favorisé dans les traités de paix, il n’a jamais décrété qu’un non arabe n’était pas du même rang qu’un arabe au niveau du mariage, et il ne leur a jamais permis de jouir d’une chose indépendamment des autres. Il fondait cependant ses jugements sur les hommes en fonction des noms que le Coran leur donne comme : croyant/mécréant, vertueux /pervers. » [Qâ’ida mukhtasara fi qitâl el kuffâr (p. 179, 183).]      

[4] E-sârim el maslûl (2/469).

[5] Qâ’ida mukhtasara fi qitâl el kuffâr (p. 195-196).

[6] Idem. (p. 200).

[7] Rapporté par el Bukhârî (n° 25, 392) et Muslim (n° 20, 21). Ce hadith donne la raison pour laquelle le Prophète (r) fait la guerre aux hommes, cela ne signifie pas qu’il doit combattre chaque être humain pour obtenir sa conversion. Voir : Qâ’ida mukhtasara (95-96). 

[8] Rapporté par el Bukhârî (n° 4021) et Muslim (n° 96).

[9] Qâ’ida mukhtasara fi qitâl el kuffâr (p. 129-138).

[10] Idem (p. 214-215).

[11] Idem (p. 218-219).

[12] Rapporté par el Bukhârî (n° 4039).

[13] Rapporté par el Wâqidî dans el maghâzî (1/292-294), ibn Hishâm dans e-sîra (2/275), el Baïhaqî dans dalâil e-nubuwwa (4/34), avec une chaine narrative jugée « bonne ».

[14] E-sârim el maslûl (2/258).

 

Repost 0
29 juin 2017 4 29 /06 /juin /2017 14:21

 

Ibn Taïmiya dévoile l’avocat du diable

(Partie 1)

(Il est Celui qui vous a descendu le Livre ; celui-ci renferme des versets explicites qui incarnent la mère du Livre ; d’autres sont ambigus. Quant à ceux qui ont les cœurs fourbes, ils s’en tiennent à la partie ambiguë pour semer le désordre et les interpréter à leur façon ; mais personne ne connait leur interprétation en dehors d’Allah. Ainsi que les savants érudits qui disent : nous y donnons foi, tout vient de Notre Seigneur).[1]

 

« Il y a plus faux que le faux, c'est le mélange du vrai et du faux. »
— Paul Valéry

 

Attentat à la pudeur… attente à la terreur…

 

C’est sous une plume relativement agréable que cet ou ces auteurs anonyme(s) cherchent par un tour de passe-passe à nous convaincre ou presque, qu’ibn Taïmiya, notamment mais pas seulement, rejoindrait l’idée selon laquelle le sang d’un mécréant ne jouit d’aucun caractère sacré sous le simple prétexte de sa non soumission au Créateur des cieux et de la terre ; ce qui justifierait à ses/leurs yeux les exactions commises au nom de la religion, par les hurluberlus de DAESH – pour reprendre une expression chère à Michel Drac – qui n’auraient rien inventé !

 

https://justpaste.it/ghazwadaralkufr

 

Or, ibn Taïmiya justement réfute cette vision à travers une épitre qu’il consacre à cet effet et qui fut résumée par nos soins dans le cadre d’une réfutation consacrée à l’ancien Pape.

 

Texte que nous reproduisons ici :

 

La surate la vache est médinoise dans son ensemble ; celle-ci comprend plus d’un Verset qui commande le djihâd, dont : (Il vous a été prescrit la guerre). Comment oser dire alors que le Verset en question (le Verset 256 en l’occurrence ndt.) s’inscrit dans le temps bien avant l’institution de la guerre. Par ailleurs, le « contexte de la révélation du Verset » nous apprend que l’événement auquel il se rattache eut lieu après que la guerre fut prescrite. Les spécialistes relèvent quatre hypothèses autour de cet événement ; chacune confirme qu’il eut bien lieu avant l’ordre de combattre un ennemi quelconque. Ibn ‘Abbâs et d’autres exégètes nous en relatent la plus célèbre.

 

Selon ces derniers en effet, une femme parmi les Ansâr était stérile (miqlât : qui ne garde pas ses enfants ndt.). Celle-ci fit le vœu si elle gardait un enfant vivant de le convertir à la religion juive, car contrairement aux païens, les juifs détenaient entre leurs mains un Livre sacré. Ils étaient ainsi plus proches du savoir et de la religion que les arabes. Quand la tribu juive de Banû e-Nadhîr fut expulsée de Médine, elle emporta dans ses rangs plusieurs enfants des Ansâr, ce qui souleva l’indignation de leurs pères génétiques qui s’en plaignirent ouvertement : « Messager d’Allah, Nos enfants ! » Le Verset en question fut alors révélé.[2]

 

Sheïkh el Islam ibn Taïmiya démontre dans certains passages de ses divers ouvrages, que le djihâd appelé « Guerre Sainte » par certains orientalistes n’a nullement pour vocation d’exterminer les non musulmans ou de les convertir par la force. Il souligne en effet :

Si l’essence de la guerre légitime s’incarne à travers le djihâd, qui a pour ambition de vouer la religion entière au Seigneur et de rendre Sa parole la plus haute, quiconque constitue une entrave à ce dessein doit être combattu à l’unanimité des musulmans.[3] Au début, le Prophète (r) reçut l’ordre de s’attaquer aux mécréants avec la parole sans n’utiliser les mains. Il se concentrait sur le prêche composé essentiellement de sermons et de polémiques acquises aux règles de la bienséance. Son grand combat d’alors fut de fustiger ses adversaires à coup de Versets du Coran.

 

Il ne lui était pas demandé d’avoir recours aux armes étant donné que les musulmans se trouvaient en état de faiblesse. Quand il émigra à Médine où il trouva un soutient, il fut autorisé à se défendre. Sur place, il constitua une puissance qui lui conféra le droit, par un décret céleste, d’en découdre avec ses ennemis. Il lui était toutefois interdit de s’en prendre à des tribus avec lesquelles ils étaient liés par des accords de paix ; il ne pouvait ouvrir plusieurs fronts à la fois. Après la conquête de la Mecque, la guerre contre les Quraïshites, qui étaient les rois des arabes, pris fin, et les délégations de la Péninsule se rendaient à Médine pour annoncer leur conversion. Le temps était venu de déclarer la guerre à tous les infidèles, sous l’ordre du Tout-Puissant.[4]

 

Après la mort du législateur, ses successeurs directs, les Khalifes Abû Bakr et Omar, à la tête des Muhâjirîns (émigrés mecquois) et des Ansârs (auxiliaires médinois) encore vivants à leur époque – qui sont ses partisans les plus fidèles, les plus obéissants, et les plus respectueux envers ses engagements – ouvrirent un front contre les romains (byzantins ndt.) et un autre contre les perses (sassanides ndt.). Les deux plus grandes puissances de l’époque représentaient les « gens du Livre » et les mazdéens. Les musulmans livraient uniquement combat contre ceux qui leur résistaient ou qui manifestaient contre eux des intentions hostiles. Sinon, la jiziya (le tribut) fut soumise aux peuples qui s’y résignaient ; ils devaient la remettre en main propre en signe de soumission.[5] Quand ‘Omar ibn el Khattâb conquit le Shâm, il prit de ses habitants la jiziya qu’ils devaient remettre de main en main en guise de soumission. Beaucoup d’entre eux, dont Seul le Très-Haut en connaît le nombre, embrassèrent l’Islam. La plupart du commun des mortels, des paysans, etc. étaient d’obédience chrétienne.

Les musulmans ne savaient pas cultiver la terre et une seule mosquée suffisait à les réunir à Damas où ils étaient finalement peu nombreux. Par la suite, la plupart des habitants du Shâm et bien d’autres contrées se convertirent de leur propre gré, non sous la contrainte ! Il n’est pas permis, en effet, de soumettre les dhimmis à l’Islam par la force comme le stipule le Verset : (Il n’y a nulle contrainte en religion, le bon chemin s’est distingué du mauvais ; celui qui renie le tâghût et qui croit en Allah, se sera alors accroché à un lien solide qui ne serait rompre. Allah est certes Entendant et Savant • Allah est l’Allié des croyants qu’Il sort des ténèbres pour les mener à la lumière. Quant aux mécréants, ils sont les alliés des tâghût qui les sortent de la lumière pour les mener aux ténèbres ; ceux-là sont les habitants de l’Enfer dans lequel ils demeurent à jamais).[6]

 

Ainsi, selon le Verset suivant : (Combattez sur le sentier d’Allah ceux qui vous combattent, mais sans transgresser les limites),[7] il n’est pas permis de s’en prendre à des innocents.[8] Parmi les limites à ne pas transgresser, il y a notamment le meurtre des femmes et des enfants, mais aussi la guerre aux peuples qui ne prennent pas les armes.[9] La guerre fut légiférée en cas de nécessité dans le sens où si les hommes avaient cru aux Versets et aux preuves évidentes du Coran, il n’y aurait pas eu besoin d’y avoir recours. Il incombe donc de manière absolue et principale de présenter aux hommes le message de l’Islam. Quant au djihâd, il est uniquement légiféré en cas de nécessité.[10] Si l’Islam considère comme un forme de corruption sur terre de s’attaquer gratuitement à la végétation et aux animaux, il est beaucoup plus scrupuleux concernant la vie humaine.[11]

 

Quand le Créateur des cieux et de la terre autorise à prendre la vie de certains hommes, c’est dans le but de réformer l’humanité, comme le formule le Verset : (La tentation est pire que le meurtre).[12] Autrement dit, s’il est vrai que la guerre engendre le mal et le désordre, la tentation dont font preuve les mécréants constitue un plus grand mal et un plus grand désordre. Or, dans la situation où quelqu’un ne cherche pas spécialement à empêcher aux musulmans d’établir la religion d’Allah sur terre, les méfaits de sa mécréance ne reviennent qu’à lui-même.[13]

 

La condition pour combattre une personne, c’est qu’elle prenne les armes.[14] Il n’est pas permis de tuer un mécréant d’origine (contrairement à l’apostat) qui ne prend pas part au combat selon la plupart des savants à l’instar d’Abû Hanîfa, de Mâlik, et d’Ahmed.[15] Dans l’autre camp, nous avons Shâfi’î et plusieurs adeptes de l’école hanbalite.[16] Il ne faut pas tuer quiconque ne participe ni de près ni de loin aux hostilités tel que les femmes, les enfants, les moines, les aveugles, et les vieillards conformément à la tendance de la majorité des savants[17] ; et cela, contrairement à ceux qui associent leur voix ou qui prêtent main forte aux combat à l’exemple de Hind et de certaines autres femmes qui ont connu un sort tragique lors de la prise de la Mecque.[18]

 

En principe, le sang humain est sacré ; il est interdit d’y toucher sauf pour une raison valable. Tuer une personne sous prétexte qu’elle est mécréante n’est pas un principe sur lequel s’entendent les différentes législations divines à travers les époques, contrairement à la mise à mort pour meurtre que s’accordent à reconnaître la religion et la raison.[19] Le jour de la Conquête de la Mecque, le Prophète (r) a laissé en vie tous les combattants ennemis à l’exception de certains d’entre eux qu’il n’a pas épargné et dont le crime ne pouvait rester impuni comme celui d‘Abd Allah ibn Khatal. Ainsi, il ne tuait pas un ennemi sous le simple prétexte qu’il était mécréant ou qu’il était en guerre.[20]

 

À suivre…

                     

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

 

[1] La famille d‘Imrân ; 7

[2] Qâ’ida mukhtasara fi qitâl el kuffâr wa muhâdanatihim wa tahrîm qatlihim li mujarrad kufrihim (p. 127-128) de Sheïkh el Islam ibn Taïmiya.

[3] Majmû’ el fatâwa (28/354).

[4] El Jawâb e-sahîh li man baddala dîn el Masîh (1/237). L’auteur va expliquer ce point par la suite plus en détail.

[5] Majmû’ el fatâwa (4/205).

[6] La vache 256-257

[7] La vache ; 190

[8] E-Sârim el maslûl ‘ala shâtim e-rasûl (2/207).

[9] Qâ’ida mukhtasara fi qitâl el kuffâr (p. 115).

[10] El jawâb e-sahîh (1/238).

[11] Qâ’ida Mukhtasara fi Qitâl el Kuffâr (p. 202-203).

Orcel avait raison (la Bible est beaucoup plus violente que le Coran), car, malheureusement, nous ne pouvons pas en dire autant pour l’Ancien Testament qui prône d’exterminer tout ce qui respire sans n’épargner les femmes, les enfants ni les animaux : http://islampaix.blog4ever.xyz/la-realite-de-la-guerre-dans-l-ancien-testament

[12] La vache ; 191

[13] Majmû’ el fatâwa (28/355).

[14] E-Sârim el Maslûl (2/513).

[15] Majmû’ el fatâwa (28/354).

[16] Qâ’ida mukhtasara fi qitâl el kuffâr (p. 88).

[17] Majmû’ el fatâwa (20/102). Certains contemporains voient en cela un progrès par rapport aux sociétés primitives, mais c’est surtout un progrès par rapport aux nations les plus évoluées, car les peuples dits primitifs ne sont pas capable d’organiser des massacres à grand échelle comme ce fut le cas pour l’extermination de la race indienne. Plus récemment l’impérialisme européen, dont le nazisme est l’une des illustrations, s’est violement manifesté à travers les colonisations.

[18] Qâ’ida mukhtasara fi qitâl el kuffâr (p. 191).

[19] E-Sârim el Maslûl (2/210). Il faut resituer ce discours dans son contexte historique, car malheureusement à notre époque beaucoup de valeurs sont inversées. Nous devrions d’ailleurs demandé au Souverain Pontife ce qu’il pense de la peine de mort !

Voir : http://mizab.over-blog.com/article-ibn-taimiya-m-728-1328-repond-a-benoit-xvi-66678745.html

 [20] Idem. (2/266).

 

 

Repost 0
20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 17:54

Les muwâzanât

(Partie 6)

La raison

Il est possible de déceler la raison de cette mystérieuse liaison entre le Coran et la Thora à travers le contenu de certains des Versets que nous avons cités précédemment. À titre d’exemple, nous pouvons recenser : (Nous avons descendu la Thora où il y a direction et lumière)[1] jusqu’à : (Nous avons descendu sur toi le Livre en toute justice venant confirmer le Livre avant lui, et faisant autorité sur lui. Juge donc entre eux avec les Lois descendues d’Allah, et ne suis pas leurs passions aux dépens de la vérité qu’il renferme).[2]

Ces Versets dévoilent la raison pour laquelle les deux missions ont été rassemblées dans un seul contexte. Dans la sourate le Repas Céleste, le Tout-puissant a fait les éloges de la Thora auxquelles Il fait suivre les éloges du Coran. Il met l’accent sur l’autorité que constitue ce dernier sur l’ensemble des messages dont la Thora fait partie. Autrement dit, il en est le Juge, le Témoin, et le Dépositaire loyal. Il en est le Juge pour les avoir abrogés, le Témoin car ils ont été falsifiés alors qu’il est sauvegardé. Il en est le Dépositaire étant donné que tous les enseignements de ces derniers en accord avec lui correspondent à la vérité ; et tous ceux qui le contredisent sont automatiquement jugés faux comme Allah le déclare clairement dans le verset : (Ce Coran relate sur les fils d’Israël la plupart de leur divergence).[3] Ce rapprochement veut probablement nous dire que s’il est reconnu les mérites des Livres sacrées précédents, cela n’autorise pas à les mettre en pratique après l’avènement de Mohammed (r) puisque le Coran fait autorité sur eux.

C’est pourquoi, ibn Taïmiya a souligné dans le contexte que nous avons désigné précédemment à l’occasion de la sourate Le voyage nocturne, dans son ouvrage Tafsîr Âyât ashkalat : « (Ce Coran guide vers le chemin le plus droit) : il est plus droit que celui des dépositaires de la Thora. De plus, il est plus juste au niveau de la direction que le Livre précédent. Malgré la particularité de la Thora à guider sur le droit chemin, le Coran a une plus grande propension à le faire. C'est pourquoi ce Verset est cité juste après celui dans lequel il est dit : (Nous avons offert le L>ivre à Mûsâ, Nous en avons fait une direction pour les fils d’Israël). Ensuite Il a dit : (>Ce Coran guide vers le chemin le plus droit). »[4]

Un autre Verset dans la sourate L’agenouillé vient confirmer ce princi>pe : (Puis, Nous t’avons placé sur le chemin de la Loi. Suis-le donc et ne te laisse pas entraîner par les pulsions des ignorants).[5] Le Seigneur (I) l’a affirmé après avoir dit : (Nous avons offert le Livre aux fils d’Israël).

Néanmoins, dans la sourate La famille de ‘Imrân, le verset suivant en l’occurrence : (Il a fait descendre sur toi le Livre par à-coup en toute vérité. Il confirme les livres présents avant lui. Il a descendu la Thora et l’Évangile. Auparavant une direction pour les hommes, et Il a descendu le Furqân).[6] Allah a fait suivre dans cette énonciation le Coran à la Thora et l’Évangile en le nommant el Furqân (le différenciateur). Il exprime ainsi cette qualité recensée en lui qui est la particularité à différencier entre le vrai et le faux. Cela va certainement dans le sens qu’il est impératif pour toute nation en quête de la vérité, de suivre le Coran indépendamment des autres Livres révélés, après l’avènement de la mission Mohammadienne.

Ibn el Qaïyim a précisé dans Badâi’ el Fawâid : « Il a évoqué la révélation du Coran le Guide, le Différenciateur qui correspond à la victoire venant trancher entre le vrai et le faux. La subtilité dans le fait de lier la victoire à la bonne direction (le droit chemin), c’est que tous deux ont la propension à trancher entre le vrai et le faux. Ainsi, le Très-Haut dénomme el Furqân la chose à l’origine de la victoire offerte à Ses Serviteurs comme dans le Verset suivant : (>Si vous avez vraiment cru en Allah et à ce que Nous avons révélé à Notre serviteur, le jour de gloire (Furqân), le jour où se sont rencontrées les deux armées).[7]

Il a donc cité les deux principes : la révélation descendue le jour de gloire qui correspond à la victoire de Badr ; le jour où Allah a séparé entre le vrai et le faux en donnant la victoire à Son messager et à Sa religion ; en opposition à l’humiliation qu’ont reçu Ses ennemis et à leur débâcle. »[8]

Ainsi, Allah mentionne ce genre de Versets pour exprimer la nécessité de suivre le Coran en particulier indépendamment des autres Livres comme nous l’avons déjà vu à travers notamment : (Voici un Livre bénit que Nous avons descendu, suivez-le donc). C’est pourquoi, lorsque le Seigneur a mis les croyants en garde de suivre la confession des gens du Livre, Il a dit : (Les Juifs et les Chrétiens, ne t’agréeront pas tant que tu ne suivras pas leur religion. Dis-leur : la direction du Seigneur est pourtant la meilleure. Si tu suivais leurs passions, après avoir reçu la science, tu n'aurais point en Allah ni Allié ni Secoureur).[9] Il est dans ce contexte fait mention aux adeptes du noble Livre : (Ceux à qui Nous avons donné le Livre, ils le lisent convenablement, ceux-là croient en lui, mais celui qui le renie ceux-là sont les perdants).[10] Ibn ‘Abbâs a donné l’explication suivante : « Ils le suivent convenablement. » ‘Iqrima qui n’est autre que le rapporteur d’ibn ‘Abbâs, a clarifié : « Ne vois-tu pas que tu peux dire : quelqu’un lit les traces de quelqu’un, c'est-à-dire qu’il le suit. (Par le soleil et sa clarté. Et par la lune quant elle le suit).[11] Mot à mot quant elle le lit. »[12]

Cette description concerne indépendamment les gens du Livre ou les Compagnons (compte tenu de la fameuse divergence sur la question entre les exégètes). Quoi qu’il en soit, les gens du Livre reçoivent les éloges dans la mesure où ils croient au Coran et où ils le suivent effectivement comme nous l’avons déjà vu.

Et l’Évangile ?

Si l’on demandait pourquoi la plupart de ces Versets font mention uniquement de la Thora indépendamment de l’Évangile ? Nous dirions parce que l’Évangile est dans la continuité de la Thora, et qu’il en est le complément. Ibn Kathîr l’a notifié en faisant l’explication des versets 38 à 51 de la sourate Les récits : >« Il est élémentaire pour les gens doués de raison, que le Très-Haut n’a pas descendu du ciel parmi les différents livres révélés, de plus complet, de plus vaste, clair, illustre, et de plus noble que le Livre descendu sur Mohammed (r), le Coran en l’occurrence. Le Livre révélé à Moïse fils de ‘Imrân se situe tout de suite après lui, dans sa noblesse et sa magnificence. Ce Livre qu’Allah a décrit ainsi : (Nous avons descendu la Thora où s’avèrent direction et lumière. Soumis, les Prophètes se référaient à sa Loi pour l’appliquer aux adeptes du judaïsme ainsi que les rabbins et les prêtres avec la Loi qu’ils ont gardée des Livres d’Allah ; ils s’en sont désignés les témoins).[13] Tandis que l’Évangile fut révélé pour justement compléter les enseignements de la Thora, et pour défaire certaines interdictions passées, infligées aux Israélites. »[14]

Le Verset suivant corrobore cette analyse : (venant confirmer les enseignements de la Thora avant moi et pour vous soulager de certains carcans qui vous étaient infligés)[15] Compte tenu que le Coran et la Thora s’avèrent plus achevés par rapport aux autres Livres, Allah les a désignés ainsi : (Dis : Présentez-moi alors un livre plus éclairé que ces deux-là afin que je le suive, si vous êtes vraiment sincères).[16]

En résumé, cette fameuse liaison a pour fonction de couper court à toute suspicion éventuelle concernant la pérennité des Livres abrogés bien que l’amalgame soit de taille. En effet, tous proviennent du Seigneur de l’univers. L’un est donc motivé par les éloges que peuvent susciter même dans l’absolu, les livres précédents, l’autre s’applique à en faire les éloges par rapport à leur premier statut, avant d’avoir subi toute altération.

C'est pourquoi le Prophète (r) s’est mis énormément en colère lorsqu’il a aperçu entre les mains de ‘Umar des feuillets de la Thora. Selon Jâbir ibn ‘Abd Allah : « ‘Umar ibn el Khattâb se présenta auprès du Prophète (r) avec un livre entre les mains, qu’il avait récolté de certains gens du Livre. Quand il le lut au Prophète, ce dernier se mit en colère en disant : « Serais-tu dans le doute ? Ô ibn el Khattâb ! Par celui qui détient mon âme entre Ses Mains ! Je vous l’ai apporté claire et limpide. Ne leur demandez rien sinon vous risquez soit de démentir la vérité soit de croire à un mensonge. Par celui qui détient mon âme entre Ses Mains ! Si Mûsâ était vivant, il ne lui appartiendrait que de me suivre. » »[17]

Autre exemple

D’après un hadîth de Laïth ibn Sa’d certifié dans sahîh Muslim, selon Mûsâ ibn ‘Ulaï, selon son père : ‘Amr ibn el ‘Âs (t) se trouvait chez el Mustawrid el Qurashî lorsque ce dernier confia : « J’ai entendu l’envoyé d’Allah (r) déclarer : À l’approche de l’Heure, les romains seront les plus nombreux.

  • Réfléchi bien à ce que tu dis, s’exclama ‘Amr ibn el ‘Âs en le reprenant.

  • Et pourquoi, je ne répéterais pas, rétorqua-t-il, ce que l’envoyé d’Allah m’a appris !

  • S’il en est ainsi, répondit-il résigné, c’est parce qu’ils possèdent quatre vertus :

La première : ils sont les plus sages en période de troubles. La deuxième : ils sont les plus prompts face au malheur… » Il les a ainsi toutes énumérées et en a même cité une cinquième.

Les savants ont dit : ‘Amr ibn el ‘Âs (t) ne fait pas les éloges des Romains qui sont des chrétiens mécréants. Néanmoins, il explique la raison pour laquelle ils vont perpétuer leur race qui sera la plus nombreuse à la fin des temps. Cela, car ils garderont leur sang-froid en période de troubles par souci de conservation.[18]

Cette observation est vraiment pertinente. Le Prophète (r) a en effet informé qu’avant la fin du monde, les Romains seront prépondérants. Quelle en est la raison ? La réponse se trouve dans le propos même de ‘Amr ibn el ‘Âs ayant cité leurs qualités. La première étant qu’ils sont les plus raisonnables en période de troubles. C.-à-d. qu’ils se comportent avec sagesse et modération, tout en évitant de s’emporter et de se précipiter, dans le but de conserver « la race chrétienne » et de se préserver les uns les autres, ainsi que leurs alliés. En sachant pertinemment que sinon, ils seraient susceptibles de s’anéantir et de s’autodétruire.

Il est surprenant de ne pas s’approprier cette qualité concédée par ‘Amr ibn el ‘Âs aux Romains, alors qu’en principe nous en sommes les plus dignes.[19]

À suivre…

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

[1] Le Repas Céleste ; 46

[2] Le Repas Céleste ; 48

[3] Les fourmis ; 76

[4] Tafsîr Âyât Ashkalat (1/424).

[5] L’agenouillée ; 18

[6] La famille de ‘Imrân ; 3-4

[7] Le butin ; 41

[8] Badâi’ el Fawâid (2/253).

[9] La Vache ; 120

[10] La Vache ; 121

[11] Le soleil ; 1-2

[12] Athar (annale) rapporté par Abû ‘Ubaïd dans Fadhâil el Qur-ân (p. 130), ibn Jarîr dans son Tafsîr (2/388 et 492), et ibn el Muqrî dans el Mu’jam (105) avec une chaîne narrative authentique.

[13] Le Repas Céleste ; 44

[14] Voir : el Jawâb e-Sahîh d’ibn Taïmiya (6/517).

[15] La famille de ‘Imrân ; 50

[16] Les récits ; 49

[17] Hadîth rapporté par Ahmed (3/387) ; Sheïkh el Albânî l’a authentifié dans Zhilâl el Janna (50).

[18] E-Sannûsî et el Ubî dans leur explication de sahîh Muslim.

[19] Voir : e-dhawâbit e-shar’iya ‘inda el fitan du Sheïkh Sâlih Âl e-Sheïkh.

Repost 0
17 avril 2013 3 17 /04 /avril /2013 18:13

terre

 

 

Les muwâzanât

(Partie 5)

 

Réfutations aux objections éventuelles

 

Notre discours précédent ne s’oppose nullement au fait qu’Allah ait pu dire relativement du bien de certains gens du Livre à travers le Verset : (Tu trouveras plus d’affection pour les croyants, chez ceux qui se disent chrétiens. Cela, parce qu’il y a parmi eux des moines et des prêtres, et qu’ils ne s’enflent pas d’orgueil).[1]Cette caractéristique est propre aux adeptes parmi eux, qui ont eu foi en la mission de Mohammed (r). Il suffit de lire la suite du Verset pour le constater, lorsque le Seigneur dit : (S’ils viennent à entendre la Révélation descendue au Messager, tu peux voir leurs yeux se remplir de larmes pour y avoir reconnu la vérité. Ils disent : « Seigneur ! Nous avons cru, inscris-nous donc parmi les témoins Qu’avons-nous à ne pas croire en Allah et à la vérité qu’Il nous a apportée alors que nous espérons que Notre Seigneur nous compte parmi les gens pieux ? » Allah leur a offert en récompense à leurs paroles des jardins sous lesquels coulent des rivières et où ils demeureront à jamais. Telle est la récompense des bienfaisants).[2]Seuls les croyants sont susceptibles d’être concernés par ce discours.

 

C’est pourquoi, Nasâ’î a rapporté dans Sunan el kubrâ (11148) avec une chaîne narrative authentique, selon ‘Abd Allah ibn e-Zubaïr : « Ce Verset fut révélé en l’honneur de Najâshî et de ses compagnons : (S’ils viennent à entendre la Révélation descendue au Messager, tu peux voir leurs yeux se remplir de larmes).

 

Néanmoins, les personnes ayant persisté dans leur reniement ne sont pas concernées par cette faveur conformément au hadîth suivant : « Par Celui qui détient l’âme de Mohammed entre Ses Mains ! Quiconque dans cette communauté qu’il soit juif ou chrétien entend parler de moi et ne croit pas à ma mission avant de mourir, comptera parmi les gens du Feu… »[3]

 

D’après Abd e-Razzâq dans son tafsîr (exégèse) (1/303-304), ibn Jarîr également dans son tafsîr (12/364), et el Hâkim (2/342), avec une chaîne narrative authentique, selon Sa’îd ibn Jubaïr : « Je n’entendais pas un propos venant du Messager d’Allah (r) sans que je ne lui trouve son équivalent – ou bien a-t-il dit :son approbationdans le Coran. On m’a rapporté que ce dernier a dit : « Quiconque dans cette communauté, qu’il soit Juif ou Chrétien, entend parler de moi et ne croit pas à ma mission avant de mourir, comptera parmi les gens du Feu. »Je me demandais obstinément quel Verset pourrait bien confirmer cette parole. Lorsque je suis parvenu à ce Verset : (Ou bien celui que Son Seigneur a éclairé d’une preuve) jusqu’à : (l’enfer sera son rendez-vous).[4]Les coalisés en ais-je déduit, sont de toute confession. » 

À travers ces derniers mots, il sous-entend le commentaire du Verset : (Quiconque mécroit en Lui parmi les coalisés).[5]

 

La raison qui explique l’interdiction de dire du bien à leur sujet 

 

La première : est de détourner les musulmans de leur influence extérieure.

 

La deuxième : est de mettre en avant le meilleur modèle, le mieux adapté pour l’Humanité, et de prendre en référence le Messager (r), ses frères Prophètes, et ses Compagnons dévoués. Tel est le mode d’emploi proposé par le Coran et la sunna comme le confirment les Versets suivants : (Vous avez en la personne du Messager d’Allah un bon exemple pour celui qui recherche Allah et le Jour dernier, et qui évoque Allah énormément)[6] ; (Ceux-là, Allah les a guidés, alors suis leur direction).[7]La personne qui veut réussir doit suivre l’exemple du Livre d’Allah et de la Tradition prophétique. Il ne doit pas avancer l’excuse que les gens ont besoin d’un exemple vivant. Cette excuse est plus haïssable que la faute elle-même, car c’est une façon de fuir la vérité.

 

Ainsi, la première raison d’interdire de flatter les non-musulmans, c’est de ne pas se mettre dans leur sillon. L’homme, en effet, est naturellement attiré vers la personne qui reçoit les éloges, et par voie de conséquence, il désire l’imiter. C’est pourquoi, Allah (I) ne cite pas une qualité des infidèles – sauf dans des cas rares, et dans un but bien déterminé – si ce n’est que pour évoquer des défauts bien plus considérables. Le Verset suivant en est un exemple : (Parmi les gens du Livre, il y en a qui, si tu leur confies un quintal, ils te le rendent, et il y en a qui, si tu leur confies seulement un dinar, ils ne te les rendent que si tu t’obstines derrière eux).Ensuite, il a dévoilé leur corruption en ces termes : (Cela, parce qu’ils ont dit : « nous n’avons aucune contrainte à l’égard des illettrés », et ils profèrent du mensonge sur Allah, alors qu’ils savent).[8] 

 

Il est clair que ces informations dévoilées par Allah à leur encontre n’ont pas pour but de faire leurs éloges. Néanmoins, le Seigneur nous met en garde contre leurs agissements. C’est comme s’Il avait dit : je sais pertinemment qu’il existe parmi eux des gens de confiance à qui l’on peut confier des sommes colossales, il n’en demeure pas moins que vous devez vous méfier d’eux. Il ne faut pas considérer leur situation de ce point de vue. Il y a, malgré tout, des individus parmi eux, envers qui tu ne peux faire confiance, même pour une petite somme. Ibn Jarîr a expliqué : « Si quelqu’un nous demande pour quelle raison Allah a mis son Prophète au courant de cela, en sachant que les hommes se sont depuis toujours comportés ainsi. Il y a toujours eu d’honnêtes et malhonnêtes gens ! Il sera dit en réponse : le Tout-Puissant a seulement voulu renseigner les croyants sur leur situation, comme Il l’a exposé dans Son Livre à travers ces Versets. Il les met en garde de ne pas leur confier leur argent, et leur suscite la crainte de se faire abuser ; beaucoup d’entre eux s’autorisent à arracher impunément l’argent des musulmans. »[9]

 

La question qui colle à notre sujet, consiste à dire qu’Allah (U) a évoqué furtivement leur maîtrise des choses de ce monde pour démontrer ensuite que, malgré tout, ils restent condamnables : (Ils connaissent la vie d’ici-bas en apparence, mais ils sont distraits pour ce qui concerne l’au-delà).[10] Les gens distraits sont pour Allah pareils à ceux qu’Il compare à du bétail, voire plus haïssables : (Ces gens-là sont comme du bétail ou plus égaré encore. Ces gens-là sont les distraits).[11]Le Verset cité juste avant constituait déjà une critique : (Mais la plupart des gens ne savent pas. Ils connaissent la vie d’ici-bas en apparence) etc.

 

Le Messager d’Allah (r) a vraisemblablement eu recourt à ce même procédé dans le hadîth rapporté par el Bukhârî et dans lequel il a dit concernant Satan : « Il t’a dit vrai, lui le grand menteur ! » Nous pouvons constater qu’il a employé une forme verbale pour appuyer ses dires (Il t’a dit vrai) ; celle-ci exprime une action ponctuelle et non un caractère permanent, car la sincérité ne fait pas partie de ses habitudes. Néanmoins, il l’a fait directement suivre d’un qualificatif très blâmable, en utilisant un nom en lieu et place d’un verbe (lui le grand menteur) ; cette forme nominale ayant pour but de signifier que le mensonge, ce caractère indéfectible et attaché à sa personnalité, fait partie de sa nature profonde.

 

De plus, il a utilisé la forme emphatique (sighat el mubâlagha) sur la racine fa’ûl (ici dans le hadith : … kadhûb, c'est-à-dire : grand menteur).  En outre, il s’est adressé à Abû Huraïra en ces termes : « Il t’a dit vrai » au lieu de dire : il a dit vrai. Pour préciser que non seulement ce fait est rare, mais de plus il est propre à la conversation qu’il a eue avec toi et à ce contexte particulier. Tu t’es en effet distingué par un comportement précis. Autrement dit, tu as eu la ferme résolution de le faire prisonnier. C’est donc la peur qui l’a poussé à te dire vrai. Cela est du même ordre que la rançon versée par le prisonnier pour racheter sa liberté. Il est prêt à tout donner pour garder la vie sauve. Tout cela en sachant qu’Abû Huraïra ne demandait pas autant d’explications de la part du Prophète (r).

 

Ces textes, comme nous pouvons le voir, n’ont pas pour fonction de cultiver dans le cœur de celui qui les entend des sentiments affectifs envers les personnes désignées et encore moins d’encourager à les suivre. Influencée par leur mode de vie, leur personnalité se dissoudrait immanquablement. Notre Seigneur est certes Savant et Sage !

 

La seconde raison : les éloges que reçoivent gracieusement ces gens ne sont pas conformes à la réalité. Ils ne méritent pas autant de considération étant donné que les apparences sont bien trompeuses, bien qu’ils s’en complaisent, comme l’indique le Verset :(Ceux qui se réjouissent de ce qu’ils ont et qui aiment recevoir les éloges pour des choses qu’ils n’ont pas faites, ne pense pas qu’ils soient épargnés du châtiment. Un châtiment terrible les attend).[12] Dans certains pays il est dit : de sa barbe, il sort de l’encens !

 

Les éloges de la Thora et de l’Évangile

 

Si l’on sait qu’Allah dans Son Livre, fait suivre une éventuelle constatation qui a des connotations d’éloges en faveur des Juifs et des chrétiens, d’une critique qui nous rappelle qu’ils sont malgré tout condamnables ; il faut savoir que le Coran nous fait part d’une chose encore plus importante. Allah ne fait pas référence à la Thora en l’occurrence sans faire allusion à la portée du Coran illustre. Pourtant, la vraie Thora est mentionnée exclusivement dans un contexte élogieux comme cela ne peut échapper.

 

(Nous avons descendu la Thora où il y a direction et lumière) pour dire un peu plus loin : (Nous avons fait suivre sur leurs traces, Issa fils de Mariam venant confirmer la Thora avant lui. Nous lui avons offert l’Évangile où il y a direction et lumière venant confirmer la Thora avant lui ; une direction et un sermon pour les pieux).[13] Juste après avoir évoqué la Thora, il a fait allusion au Coran : (Nous avons descendu sur toi le Livre en toute justice venant confirmer le Livre avant lui, et faisant autorité sur lui. Juge donc entre eux avec les Lois descendues d’Allah, et ne suis pas leurs passions aux dépens de la vérité qu’il renferme).[14] Ibn Kathîr a commenté dans son Tafsir : « Il a d’abord évoqué la Thora descendue sur Mûsâ Son Confident ; Il lui a fait les éloges, l’a vanté, et a ordonné de la suivre étant donné qu’elle était en vigueur à cette époque. Ensuite, Il a cité l’Évangile en lui faisant les éloges. Il a enjoint à ses partisans de l’appliquer et de suivre ses enseignements comme nous l’avons vu précédemment. Après tout cela, Le Très-Haut en vient à citer le Coran illustre qu’Il a descendu sur Son serviteur et adorateur, le Noble Messager. »

 

(Nous avons ensuite offert à Mûsâ le Livre pour le parfaire aux bienfaiteurs et pour détailler toute chose, direction et miséricorde ; ainsi vont-ils croire à la rencontre de Leur Seigneur. Et voici un Livre bénit que Nous avons descendu, suivez-Le donc et craignez Allah ; ainsi serez-vous touchés par la miséricorde).[15]

 

Mohammad Amîn e-Shanqîtî a commenté dans el ‘Udhb e-Namîr : « Nous avons évoqué la tendance de la part du Seigneur à faire référence au Coran et à la Thora ensemble. Ils sont en effet les deux Livres révélés les plus prestigieux, et les plus exhaustifs au niveau des lois, comme le précise le Seigneur : (et pour détailler toute chose). En ayant descendu le Coran, Il a proposé le Livre le plus complet et le plus illustre, car Il y a rassemblé le savoir des premières et des dernières générations. Il a de surcroît ajouté des enseignements qui ne figuraient pas dans les livres antérieurs. C’est pourquoi, en ayant descendu la Thora à travers Ses dires : (Nous avons ensuite offert à Mûsâ le Livre pour le parfaire aux bienfaiteurs), il a tout de suite après évoqué le Coran en disant : (Et voici un Livre bénit que Nous avons descendu).

 

Ce procédé se répète souvent dans le Coran à l’exemple de la Parole d’Allah : (Dis : qui donc a descendu le Livre que détenait Mûsâ ? Il est lumière et direction, vous en faites des parchemins que tantôt vous exhiber, mais que vous cacher plus souvent ; Il vous a été appris ce que ni vous ni vos pères ne saviez ? Réponds-leur : c’est Allah ! Puis, laisse-les plonger dans leur distraction).[16] Il a dit ensuite : (Voici un Livre que Nous avons descendu bénit, et confirmant le Livre avant lui).[17] Il a donc mentionné le Coran après avoir mentionné la Thora comme dans le Verset : (et auparavant, le livre de Mûsâ, à la fois éminence et miséricorde, et voici) ; c’est-à-dire le Coran : (un Livre approbateur en langue arabe afin d’avertir les injustes, et annonciateur pour les bienfaiteurs).[18] (Ils dirent : « Si au moins il lui était concédé ce qui a été concédé à Mûsâ. » Mais n'ont-ils pas auparavant renié ce qui a été à Moussa concédé ? Ils dirent : « Ce sont deux magies »)[19] dans l’autre lecture : (« deux magiciens se sont renforcés »). Par ailleurs, les génies ont commenté après avoir écouté le Coran : (Nous avons entendu un Livre descendu après Mûsâ et venant confirmer le Livre avant lui).[20] »[21]

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/



[1] Le Repas céleste ; 82

[2] Le Repas céleste ; 83-85

[3] Hadîth rapporté par Muslim (153).

[4] Hûd ; 17

[5] Hûd ; 17

[6] Les coalisés ; 21

[7] Le bétail ; 90

[8] La famille d‘Imrân ; 75

[9] Tafsîr e-Tabarî (5/508).

[10] Les Romains ; 7

[11] El ‘Arâf ; 179

[12] La famille de ‘Imrân ; 188

[13] Le Repas Céleste ; 46

[14] Le Repas Céleste ; 48

[15] Le bétail ; 154-155

[16] Le bétail ; 91

[17] Le bétail ; 92

[18] El Ahqâf ; 12

[19] Les récits ; 48

[20] El Ahqâf ; 30

[21] el ‘Udhb e-Namîr (2/602).

Repost 0
16 avril 2013 2 16 /04 /avril /2013 17:50

terre

 

 

 

Les muwâzanât

(Partie 4)

 

« L’ignorant est comme une mouche qui ne se pose que sur les plaies. » [Ibn Taïmiya dans Manhâj e-sunna (6/150).]

 

Chapitre II : des éloges qui n’en sont pas[1]

 

Dans le Coran

 

Allah révèle au sujet des mécréants : (Ils connaissent la vie d’ici-bas en apparence, mais ils sont distraits de l’au-delà).[2]

 

Sheïkh‘Abd Rahmân ibn Nâsir Sa’dî a exposé dans son exégèse : « Ils se sont penchés de tout leur cœur, de toute leur passion, et motivation vers ce bas monde, ses plaisirs et ses miettes. Ils se sont investis dans la vie d’ici-bas, et se sont laissés emporter par elle, tout en négligeant l’au-delà. Ni le Paradis ne fait partie de leurs ambitions, ni l’Enfer ne provoque en eux de grands frissons, et ni la confrontation demain entre les mains d’Allah ne les effraye ou ne les dérange. Ils portent en eux tous les signes du malheur, et les germes de leur insouciance vis-à-vis de l’autre monde.

 

Paradoxalement, nombreux sont ces individus qui se distinguent par leur éveil et leur intelligence envers les choses apparentes de ce monde. Il y a vraiment de quoi rester bouche bée et laisser ahuris les esprits les plus avisés. La démonstration qu’ils nous font dans les domaines de l’atome, l’électricité, des transports terrestres, maritimes, et aériens prouve leur avance et leur prééminence. Ils sont par ailleurs tellement imbus de leur quotient intellectuel qu’ils regardent de haut et toisent les autres qui sont incapables de reproduire ce que, grâce à Allah, leurs mains maîtrisent aisément. Ainsi, ils se sont gonflés d’orgueil et sont devenus arrogants.

 

En revanche, pour ce qui concerne leur attachement à la Religion, ils sont dans ce domaine, les plus puérils au monde et les moins conscients de ce qui les attend après la mort. Ils sont les moins au courant des conséquences de leurs actes. Les gens éclairés les ont vus patauger dans l’ignorance, se perdre dans leur égarement, et tâtonner dans le faux. Étant donné qu’ils ont oublié Allah, Il les a fait s’oublier eux-mêmes ; ceux-là sont vraiment les pervers.

 

Puis, ces gens éclairés ont considéré les bienfaits qu’Allah avait concédés à ces égarés. Il leur a doté d’une fine et subtile intelligence concernant les choses matérielles et apparentes de ce monde, bien qu’ils soient privés d’un esprit supérieur. Ces gens éclairés ont compris bien vite que l’ordre des choses revenait à Allah, ainsi que Sa Sentence envers les créatures qui oscillent entre Son soutien et Son abandon. Dès lors, ils ont eu peur de leur Seigneur. Ils L'ont imploré, quand Il leur a octroyé la lumière de la foi et de la raison, de leur attribuer Ses dons. Ils aspirent ainsi parvenir à Lui et d'accéder à Son Royaume. Si toutes ces choses matérielles dont jouissent les égarés étaient associées à la foi qu’ils prendraient pour base, elles seraient capables d’engendrer des perles précieuses et rares, accompagnées d’une vie comblée. Néanmoins, celles-ci ont été fondées sur l’athéisme et elles n’ont engendré que la décadence, la cause de leur propre ruine et l’anéantissement. »[3]

 

Allah nous impose de ne jamais citer leur exemple si ce n’est que pour les condamner en disant : (Ceux qui ne croient pas à l’au-delà, ils ont le mauvais exemple, tandis qu’Allah a l’exemple le plus haut ; Il est le Puissant et le Sage).[4]Il a apposé la particule d’annexion (li) à (ladhîna : ceux) en début du Verset afin d’exprimer la particularité et le mérite, c’est-à-dire : qu’ils ne méritent rien d’autre que cela.

 

Dans son livre Sawâ’iq el mursala, ibn el Qaïyim a souligné : « Il a désigné pour les païens et leurs instigateurs (chefs) le mauvais exemple qui implique les défauts, la défaillance, et le manque de perfection »[5] Allah (I) a proclamé : (Mauvais est l’exemple de ceux qui ont démenti nos signes alors qu’eux-mêmes sont injustes).[6]Ibn el Qaïyim a déclaré en parlant d’Allah, cette fois dans el fawâîd : «Il fait les éloges de Ses alliés en évoquant leurs bonnes actions, et leurs belles qualités. En parallèle, il condamne Ses ennemis en citant leurs mauvaises œuvres et leurs défauts, comme Il donne des exemples… »[7]

 

Pour illustrer la façon dont le Seigneur Tout-Puissant donne les mécréants en exemple, nous trouvons qu’Il les compare aux animaux les plus vils. Parfois, Il les compare à des ânes, d’autres fois, Il les compare aux chiens. Et parfois même, Ils sont, à Ses Yeux, pires que du bétail.

 

La première comparaison s’illustre dans le Verset dans lequel le Seigneur condamne les Juifs pour avoir dévié des enseignements du Livre descendu à leur égard : (Voici l’exemple de ceux qui furent chargés de la Thora, et qui ne l’ont pas observé sont pareils à un âne portant des livres. Quel mauvais exemple est celui des gens qui ont démenti les Versets d’Allah ; Allah ne guide point le peuple injuste).[8]

 

La deuxième comparaison s’illustre dans la parole du Seigneur donnant l’image d’un savant parmi les enfants d’Israël. Celui-ci fut condamné d’avoir consciemment délaissé les bonnes œuvres, attiré qu’il était par ce bas monde : (Récite-leur l’histoire de celui qui s’est arraché à nos Versets après les avoir reçus ; il s’est fait rejoindre par Satan et s’est laissé séduire Si nous avions voulu, Nous l’aurions élevé grâce à eux, mais il a préféré s’enraciner à la terre et suivre ses passions. Il est semblable au chien ; si tu le chasses, il halète et si tu le laisses il halète Tel est l’exemple du peuple ayant démenti nos signes. Confie-leur les histoires ainsi vont-ils réfléchir. Mauvais est l’exemple du peuple qui a démenti nos signes, et qui envers eux-mêmes étaient injustes).[9] Ibn Taïmiya a dit : « Allah (I) a démontré à travers Ses dires : (Mauvais est l’exemple) que le chien représente une mauvaise image, et que le croyant est épargné d’endosser un si mauvais exemple. »[10]

 

Voici le troisième exemple : (Ou bien penses-tu que la plupart écoutent ou comprennent. Ils ne valent pas mieux que du bétail, pire ils sont encore plus égarés).[11]Au demeurant, Il les compare aux habitants des cimetières, sourds face à la vérité, en disant : (Les vivants ne sont pas comparables aux morts. Allah fait entendre à qui Il veut, et toi tu ne peux faire entendre les occupants des tombeaux).[12]Dans ce sens, Il les compare également à des aveugles, sourds, et muets, comme Il l’a fait pour les hypocrites : (sourds, muets, et aveugles, ils ne peuvent revenir).[13]Concernant les mécréants, Il a affirmé : (sourds, muets, et aveugles, ils ne peuvent réfléchir).[14]

 

Allah a fait ce genre de parabole pour décrire ces gens-là ; leur portrait étant le reflet de leur mécréance. Après cela, comment quelqu’un peut-il dire du bien des mécréants en leur donnant le plus bel exemple sous prétexte d’être objectif et équitable. Oseriez-vous dire qu’Allah n’était pas enclin à la justice et à l’objectivité en leur faisant un tel portrait ? Cette description n’est pourtant pas étonnante si l’on sait que la mécréance est un mal en soi et qu’aucun bien ne peut l’atténuer. Pour preuve, Allah révèle : (Nous avons considéré leurs œuvres et les avons rendues vaines).[15]

 

Dans la sunna

 

Le Prophète (r) mit en pratique les recommandations de Son Seigneur. Il n’aimait pas évoquer les qualités des mécréants. S’il venait à entendre un musulman dire du bien d’eux, il se précipitait en réaction, de les critiquer sans omettre de préciser en quoi ils étaient condamnables. Entre autres, el Bukhârî et Muslim rapportent, selon ‘Âisha : « Lors de la maladie du Prophète (r)avant sa mort, deux de ses femmes évoquèrent en sa présence une église du nom de Maria qu’elles virent en Abyssinie. Elles décrivirent son bel aspect et firent mention des images qui ornaient sa décoration. Alors, il leva la tête et proclama : « Ces gens-là, quand un homme pieux parmi eux vient à mourir, ils érigent un lieu de prière sur sa tombe. Ensuite, ils l’ornent de ses images (ou statues) ; ces gens-là sont les pires créatures auprès d’Allah. » »

 

Nous pouvons voir comment il a dévié la conversation, qui, en apparence, était portée sur leurs qualités, pour mettre l’accent sur leurs défauts. Ainsi, il a démontré que le paramètre pour définir le bien et le mal était fonction de l’appréciation d’Allah : « Ces gens-là sont les pires créatures auprès d’Allah. » Il faut savoir que ce commentaire était adressé à des femmes qui s’étaient juste contentées de décrire les murs d’une église abyssinienne. Leur attention était portée uniquement sur l’architecture extérieure et la décoration. Il ne venait à l’idée d’aucune d’entre elles de faire l’éloge des mécréants.

 

Il est à souligner ici que le Prophète (r) a évoqué leurs pratiques païennes pour justifier sa critique. Il s’est basé sur le principe connu qu’aucun acte ne peut compenser l’association à Dieu. D’autres fois, il mettait l’accent sur les motivations ayant poussé ces individus à agir de telle ou telle façon. Selon Um Salama : « J’ai demandé au Prophète (r) : Hishâm ibn el Mughîra entretenait les liens de sang, il honorait ses invités, il soulageait les gens de la difficulté, et donnait à manger à autrui. S’il était encore vivant, il se serait certainement converti. Cela lui sera-t-il utile ?

-           Non ! Affirma-t-il. Il prodiguait ainsi pour que l’on garde de lui un bon souvenir dans de ce bas monde et pour recevoir les éloges, mais il n’a pas dit une seule fois dans sa vie : « Seigneur ! Pardonne-moi mes fautes le Jour des Comptes ! » »[16]

 

D’après Muslim, selon ‘Âisha : «  Ô Messager d’Allah, demandai-je ! Au temps de l’ignorance, ibn Jud’ân entretenait les liens de sang et donnait à manger aux pauvres, cela pourra-t-il lui être utile ?

-           Non ! Assura-t-il, cela ne lui profitera en rien, il n’a pas dit un seul jour : « Seigneur ! Pardonne-moi mes fautes le Jour des Comptes ! » »

 

Il a dévoilé (r) que l’ostentation privait de recevoir les éloges d’Allah (I) qui sont les plus véritables comme cela ne fait aucun doute. Les bonnes œuvres pour être considérées comme telles, ne se confinent pas aux apparences sans tenir compte de leur conformité au niveau des actes et de leur sincérité exclusive au niveau des intentions.

 

Nous pouvons citer un autre exemple qui relève probablement de ce registre (dire du bien des non-musulmans). D’après Muslim, selon ‘Â’idh ibn ‘Amr : « A la tête d’un groupe, Abû Sufiân passa devant Salmân, Shu’aïb, et Bilâl. Ces derniers lancèrent : « Par Allah ! Les épées d’Allah n’ont pas tranché la tête de l’ennemi d’Allah comme elles auraient dû le faire.

-           Osez vous dire cela au doyen et au maître de Quraïsh ! s’exclama Abû Bakr. »

 Ensuite, il alla chez le Prophète (r)pour lui faire part de ces paroles, mais ce dernier lui répondit : « Abû Bakr ! Tu les as peut-être mis en colère ! Si tel est le cas, tu as alors mis Ton Seigneur en colère ! »Abû Bakr est alors retourné les voir pour leur dire : « Mes frères ! Vous ai-je mis en colère ?

-          Non ! Mon frère, assurèrent-ils, qu’Allah te pardonne ! » »

 

Bien sûr, Abû Bakr n’a jamais eu l’intention de flatter Abû Sufyân avant sa conversion. Il voulait probablement les corriger et faire taire leur langue à son encontre dans l’espoir de ne pas le repousser de l’Islam, lui qu’il aspirait fortement voir guider. Il y a eu donc cet événement qui le poussa à revenir vers eux pour leur demander pardon. Déclencher la colère d’un frère ne peut que provoquer la colère d’Allah, surtout si la raison, quoique seulement en apparence, s’avère d’avoir complimenté un non-musulman. Certes, le savoir appartient à Allah !

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/



[1] Voir pour ce chapitre : raf’ e-zhull wa e-sighâr de Sheïkh ‘Abd el Mâlik Ramdhânî.

[2] Les Romains ; 7

[3] Tafsîr e-Sa’dî (3/1327).

[4] Les abeilles ; 60

[5] E-Sawâ’iq el mursala (3/1030).

[6] El A’râf ; 177

[7] El fawâîd (p. 28), voir également : e-Sawâ’iq el mursala (3/1036).

[8] Le vendredi ; 5

[9] El A’râf ;  175-177

[10] Majmû el fatâwâ(32/258).

[11] El Furqân ; 44

[12] Le Façonneur ; 22

[13] La vache ; 18

[14] La vache ; 171 voir : e-Sawâ’iq el mursala (3/1036).

[15] El Furqân ; 23

[16] Hadîth rapporté par Abû Ya’lâ (6965), e-Tabarânî dans el kabîr (23/379 et 391), avec une chaîne narrative authentifiée par Sheïkh el Albânî dans Silsilat el ahâdîth e-sahîha (2927).

Repost 0
15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 17:51

terre

 

 

Les muwâzanât

(Partie 3)

 

« Certains ont une nature semblable au porc qui ne s’arrête pas devant les bons aliments, mais dès qu’un homme finit ses besoins, il se précipite sur ses excréments. Beaucoup de gens sont comme cela. S’ils entendent parler ou voit de leurs yeux tes qualités qui dépassent de loin tes défauts, ni ils ne les retiennent ni ils les répandent aux autres et ni elles ne leur conviennent. Néanmoins, au moindre lapsus et à la moindre bévue, ils se sentent dans leur élément, et se régalent à cœur joie. » [Ibn el Qaïyim dans madârij e-sâlikîn (1/435).]

 

Les contemporains à l’ouvrage

 

Les savants salafîs contemporains ont imité la voie des pieux Prédécesseurs ; ils sont de fervents opposants aux sectes et à leur maître à penser. Ils se sont attaqués aux différentes confréries soufies et aux mouvements hisbistes actuels dont la voie se distingue pour être contraire à celle du Prophète (r) et des Compagnons. Toute personne qui s’écarte ne serait-ce que d’un empan, de la sunna et du chemin des anciens n’échappe pas à leur vigilance dans la mesure où ils considèrent que la défense de la religion est en jeu.

 

De plus, ces fameux savants traditionalistes contemporains qui ont mis en déroute les symboles des différentes sectes de notre époque ont fait preuve de conformisme. Autrement dit, ils n’ont pas eu recourt au principe des muwâzanat (la balance ndt.) entre les bonnes et les mauvaises actions des personnes qui sont la cible de leurs critiques.

 

Manhaj ahl e-sunna wa el jamâ’a fî naqd e-rijâl wa e-tawâif de l’érudit D. Sheïkh Rabî’ ibn Hâdî ‘Umaïr el Madkharî, est considéré comme l’un des meilleurs ouvrages écris sur ce chapitre. Il a gagné l’assentiment des plus grands savants contemporains à l’auteur dont entre autres l’érudit l’Imam Sheïkh ‘Abd ‘Azîz ibn Bâz, l’érudit Sheïkh Mohammed Nasir e-Dîn el Albânî – qu’Allah leur fasse miséricorde –, l’érudit Sheïkh  Salih el Fawzân, etc.

 

Sheïkh ibn Bâz 

 

La question suivante fut posée à Sheïkh ibn Bâz : « Concernant la méthode à suivre des traditionalistes dans le domaine de l’opposition aux innovateurs et de la critique de leurs ouvrages, faut-il évoquer communément leurs bons et leurs mauvais côtés ou bien faut-il se contenter de citer leurs mauvais côtés ? »

 

Il répondit en ces termes : « Il est connu à travers le discours des savants au cours de leurs critiques, que ces derniers mettent en avant les mauvais côtés uniquement. L’objectif est d’avertir les gens et de leur montrer les erreurs des personnes concernées pour leur éviter d’y sombrer. Quant aux bons côtés, ils sont tout à fait naturels et de surcroît acceptables. Cependant, l’important dans ce contexte c’est de mettre en garde contre les fautes des jahmites, des mu’tazilites, des râfidhites, etc.

 

Si le besoin d’évoquer les éléments de vérité qu’ils détiennent se fait ressentir, le cas échéant il n’y a pas de mal à cela. Si quelqu’un demande par exemple : dans quels domaines sont-ils conformes à la vérité et aux traditionalistes ? La personne à qui la question est posée peut très bien répondre en connaissance de cause. Néanmoins, l’intérêt principal est de montrer leurs erreurs afin de mettre en garde celui qui pose la question, et qu’il ne soit pas tenté d’adhérer à leur tendance. »

 

Une autre personne lui demanda : « Certains gens prétendent qu’il faut absolument faire la balance entre les points positifs et les points négatifs lors de la critique d’un innovateur. La mise en garde consisterait à l’évoquer également en bien afin de ne pas faire preuve d’injustice.

-           Non ! Ce n’est pas obligé, répondit-il, ce n’est pas obligé ! »

 

En parcourant les ouvrages des traditionalistes, on se rendra compte que l’essentiel est de mettre les musulmans en garde contre le mal des innovateurs. Des ouvrages, comme Khalq af’âl el ‘ibâd, le chapitre el adab du recueil Sahîh el Bukhârî, e-sunna d‘Abd Allah le fils d’Ahmed, e-tawhîd d’ibn Khuzaïma, les réfutations de ‘Uthmân ibn Sa’îd e-Dârimî aux innovateurs, etc. Ils ont pour but de réfuter les erreurs des partisans des sectes ; l’intérêt n’est nullement de recenser leurs qualités. Ils ont donc un rôle d’avertissement ; les bons côtés ne servent à rien quand le coupable est un apostat, car l’apostasie annule purement et simplement les œuvres de son auteur. Quant à l’innovateur non apostat, son cas reste, malgré tout, très grave.

 

Quoi qu’il en soit, l’intérêt c’est de dénoncer et de mettre en garde contre les erreurs.[1]

 

Sheïkh el Fawzân

 

Après avoir répondu à une série de questions concernant les différents mouvements religieux, Sheïkh el Fawzân fut interrogé : « Sheïkh ! Devons-nous par exemple mettre en garde contre eux en négligeant totalement de citer leurs bons côtés ou bien devons-nous citer à la fois leurs bons et leurs mauvais côtés ?

-           Évoquer leurs bons côtés, répondit-il, signifie faire leur promotion… non ! Il n’est pas pertinent de citer leurs bons côtés. Il faut se contenter d’évoquer les erreurs. On ne t’a pas demandé de faire une étude sur leur situation et sur leurs leaders ; tu dois simplement dénoncer leurs erreurs dans l’espoir qu’ils s’en repentissent et afin de mettre les gens en garde contre ces derniers. Mais si tu te penches sur leurs bons côtés, ils pourront dire : c’est exactement ce que nous voulions ! »[2]

 

Sheïkh ‘Abd el ‘Azîz e-Salmân

 

On demanda également à Sheïkh ‘Abd el ‘Azîz Âl Mohammed e-Salmân – qu’Allah lui fasse miséricorde – si faire la balance entre les bons et les mauvais côtés était une condition pour critiquer les innovateurs, dans la pratique des anciens.

 

Il a répondu en ces termes : « Sache – qu’Allah nous concède la réussite ainsi qu’à tous les musulmans – qu’aucune anecdote provenant des pieux Prédécesseurs parmi les Compagnons, leurs successeurs, et leurs fidèles successeurs à toutes les époques, n’exprime qu’il faille honorer un seul innovateur, l’un de leurs alliés, ou celui qui appelle à s’en faire des alliés. Les innovateurs en effet sont des malades du cœur ; il est à craindre à travers leur relation ou même à leur contact d’être contaminé par leur contagion. Si le malade est capable d’infecter la personne saine, le contraire n’est pas vrai. Attention donc aux innovateurs en tout genre. Il incombe de s’éloigner et de couper les liens avec les innovateurs comme les jahmites, les râfidhites, les mu’tazilites, les mâturidites, les kharijites, les soufis, les ash’arites, et toute personne en général qui, comme eux, s’écarte de la voie des anciens. Le musulman doit non seulement faire attention à eux, mais il doit aussi prévenir les autres de leur mal. »[3] Fin de citation.

 

Sheïkh el Albânî

 

On a interrogé Sheïkh el Albânî sur la règle des muwâzanât. Au cours de la réponse dans laquelle il l’a tout bonnement désapprouvé, il a souligné entre autres : « D’où détiennent-ils qu’à l’occasion de dénoncer les erreurs de quelqu’un, qu’il soit un prêcheur ou non, il faille prendre le temps d’une conférence pour faire la liste de ses bons côtés du premier au dernier ? Allah Akbar ! C’est vraiment aberrant ! »[4]

 

Conclusion de ce chapitre

 

Après avoir exposé les tendances des savants prédécesseurs et contemporains, il devient clair que les muwâzanât dans le cadre de la critique des « partisans du faux » ne font pas parties des pratiques des traditionalistes. Ce manhaj implique des conclusions très dangereuses :

 

1-      Il suppose que les anciens étaient des ignorants.

2-      Il suppose qu’ils étaient injustes et qu’ils manquaient d’équité.

3-      Il suppose de mettre la bid’a et ses partisans en valeur, tout comme il implique de minimiser le rang des grandes références parmi les anciens, et par-là même de négliger la sunna et la vérité.[5]

 

Au demeurant, force est de constater que les partisans de cette règle – quoique complètement fausse sans compter qu’elle met en valeur l’innovation et ses adhérents – : « … qu’il ne l’a mette pas en pratique envers les traditionalistes contemporains et conformistes au chemin des anciens honorables. Ils ont plutôt tendance à leur imputer sournoisement et impunément les pires calomnies, sans oublier de répandre leurs tissus de mensonges aux quatre coins de la terre, dans le but de soutenir les innovateurs et de prendre leur défense. Ces malheureux se souillent ainsi en détournant les gens de la religion d’Allah et du chemin des anciens qu’ils s’en rendent compte on non. Ils se souillent ainsi en prêchant le faux et la bid’a qu’ils s’en rendent compte on non. »[6] Fin de citation.

 

Le savoir doublé d’une bonne intention est la condition pour parler de ces choses

 

Sheïkh el Islam ibn Taïmiya a dit : « D’autre part, celui qui parle de ses choses avec science doit absolument avoir une intention saine. Si, bien que son discours soit vrai, il veut à travers cela semer le désordre sur terre, il est comparable au guerrier qui se sacrifie au combat pour défendre son clan ou par ostentation. Cependant, s’il fait cela pour Allah afin de lui rendre le culte sincère et exclusif, il compte dans les rangs des combattants sur le sentier d’Allah parmi les héritiers des prophètes et les successeurs des messagers.

Ce registre ne va pas en opposition avec les paroles du Prophète (r) disant : « La médisance c’est dire sur ton frère ce qui lui déplait. » Le frère n’est autre que le croyant ; si le frère du croyant est sincère dans sa foi, il ne peut être affecté par la vérité aimée d’Allah et de Son Messager, quand bien même elle serait contre lui ou l’un de ses proches. Il doit plutôt établir la justice, en se faisant le témoin d’Allah aux dépens mêmes de sa propre personne, de l’un de ses parents ou de ses proches.

 

À partir du moment où il éprouve une certaine répulsion envers la vérité, cela dénote une certaine baisse de foi de la même façon que sa fraternité diminue proportionnellement à sa baisse de foi. Il ne doit pas tenir compte du mauvais sentiment qu’il éprouve en raison de sa foi faible ; et cela, étant donné qu’il doit absolument faire devancer l’amour d’Allah et de Son Messager à son mauvais sentiment envers les choses aimées d’Allah et de Son Messager, comme le formule le Verset : (tandis qu’Allah et Son Messager méritent mieux de se voir agréer).[7] »[8] Fin de citation.

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/



[1]  Voir l’introduction de e-nasr el ‘azîz (p. 8) ; extrait d’une cassette des cours d’été que Sheïkh ibn Bâz a donnés à Tâif  en 1413 h. il faut savoir que les écrits de son Éminence sont emplis de réfutations à l’encontre des innovateurs et des différentes doctrines comme e-tahdhîr min el Bida’, Naqd el qawmiya el ‘arabiya, et maintes réfutations à l’encontre des partisans du mawlid et des fêtes religieuses hérétiques et païennes instituées par différentes confessions. Ils ne contiennent aucune soi-disant muwâzanât que certains revendiquent. Sheïkh el Fawzân n’a pas employé une méthode différente que Sheïkh ibn bâz dans ses réfutations et ses controverses ; tous comme les autres savants de ce pays. En cela, ils se conforment strictement à la méthode des anciens.

[2] Voir l’introduction de e-nasr el ‘azîz (p. 8) ; extrait d’une cassette des cours d’été que Sheïkh a donnés à Tâif  en 1413 h.

 

[3]Voir l’introduction d’e-nasr el ‘azîz (p. 12).

[4]Extrait de la cassette : Ajwibat el Albânî ‘alâ as-ilat Abî el Hasan e-da’awiya.

[5]Voir : el mahajjat el baïdha fî himayat e-sunna el gharra de Sheïkh Rabî’ el Madkhalî (p. 127).

[6] Idem. (p. 31).

[7] Le repentir ; 62

[8] Majmû’ el masâil wa e-rasâil (5/281).

Repost 0
14 avril 2013 7 14 /04 /avril /2013 17:45

terre

 

 

 

Les muwâzanât

(Partie 2)

 

Il existe trois sortes de divergences dans la religion : primo : dans le domaine de la reconnaissance du Créateur, et le renier relève de la mécréance ; secundo : dans le domaine des Noms et Attributs divins, et le renier relève de l’innovation ; tertio : dans le domaine des lois pratiques qui peuvent se voir sous plusieurs angles. Allah (I) a fait de ce genre de divergence une miséricorde par laquelle Il honore les savants. C’est à cette sorte dont fait allusion le hadîth (inventé ndt.) : « La divergence dans ma communauté est une miséricorde. » [El Khattâbî dans sharh sahîh Muslim  de Nawawî (11/258).]

  

C’est avec cette catégorie qu’on fait la balance des bons et des mauvais côtés

 

Selon ‘Urwa ibn e-Zubaïr, el Miswar ibn Makhrama se rendit chez Mu’âwiya au milieu d’une délégation pour lui exposer une affaire. Après la séance, Mu’âwiya le prit à part pour lui demander : « Miswar ! Où en sont tes critiques sur les émirs ?

-           Laisse ce sujet de côté et préoccupe-toi de l’affaire pour laquelle nous sommes venus !

-           Non, par Allah ! Je veux que tu me dises en face ce que tu me reproches. »

Son interlocuteur lui fit une liste de ses plaintes sans rien oublier. Puis, le Prince des croyants reprit la parole pour dire : « Je ne suis pas à l’abri de la faute, mais, Miswar, es-tu d’accord avec moi pour dire que mes actions en vue d’améliorer l’intérêt général sont multipliées par dix, ou bien ne sais-tu que compter les défauts et fermer les yeux sur les bonnes œuvres ?

-          Non, par Allah ! Nous ne faisons qu’évoquer les péchés dont nous t’avons fait part.

-          Je reconnais devant Allah chaque péché que j’ai commis. Mais, toi, Miswar, n’as-tu pas des péchés que tu gardes en toi et pour lesquels tu craignes de périr au cas où Allah daignerait te les pardonner ?

-          Si !

-          Alors, qu’est-ce qui te permet de croire que tu es plus enclin à te faire pardonner que moi ? Par Allah, j’ai bien plus de responsabilités que toi, pourtant, si j’avais l’alternative entre choisir Allah (I) et n’importe qui d’autre, j’opterais pour le premier sans la moindre hésitation. J’adhère à une religion dans laquelle le Très-Haut accepte les œuvres et rétribue pour les bonnes, mais aussi pour les mauvaises œuvres, bien qu’Il puisse ne pas tenir compte de ces dernières. J’espère qu’Il me multipliera chacune de mes bonnes actions, en sachant que j’honore des responsabilités dont ni toi ni moi ne pouvons évaluer l’importance ; la prière, le djihâd, la loi d’Allah, et plein d’autres que tu serais incapable de dénombrer quand bien même je t’en dresserais une liste. Alors, pense à cela ! »[1]

 

Sa’îd ibn el Musayïb : « Tout savant, tout homme honorable ou de haut rang a des défauts. Cependant, quand on a plus de bons que de mauvais côtés, les bons côtés l’emportent ; et quand on a plus de mauvais côtés, ce sont eux qui l’emportent. »[2]

 

Ibn Sîrîn : « Si tu ne fais qu’évoquer les défauts de ton frère, sans ses qualités, tu auras fait preuve d’injustice envers lui. » [3]

 

Sha’bî : « Les arabes disaient : quand les qualités l’emportent sur les défauts, nous avons à faire à l’homme parfait, quand ils s’équivalent, nous avons à faire à l’homme moyen (mutamâsik), et quand les défauts l’emportent sur les qualités, il mérite les critiques. »[4]

 

Sufiân e-Thawrî : « Personne n’est à l’abri de l’erreur, mais tout est fonction de l’ascendant : quand la mémoire est prépondérante à l’erreur, on est un érudit (hâfizh), mais quand l’erreur est prépondérante à la mémoire, on perd sa crédibilité. »[5]

 

‘Abd Allah ibn el Mubârak : « Ne mentionnent pas les défauts quand c’est les qualités qui l’emportent, et ne mentionnent pas les qualités quand c’est les défauts qui l’emportent. »[6]

 

Il est également l’auteur des paroles : « Un homme ayant un grand passé dans l’Islam et ayant laissé une bonne trace, peut très bien être l’auteur d’un écart et d’une faute dans lesquels il ne faut pas le suivre. »[7]

 

Mais aussi : « En dénigrant les savants on perd son au-delà, en dénigrant les émirs, on perd sa vie d’ici-bas, et en dénigrant les frères, on perd sa bonne réputation. »[8]

 

L’Imam Ahmed : « Aucune critique n’est acceptée contre un homme dont la crédibilité est affirmée, sauf si elle dissipe toute suspicion sur la chose. »[9]  

 

Ibn Jarîr Tabarî : « Si on devait discréditer et refuser le témoignage de toute personne ayant été accusée de telle ou telle mauvaise tendance, il faudrait délaisser la plupart des traditionnistes de tous les horizons. Tous ont été d’une manière ou d’une autre été stigmatisés par un groupe. »[10]

 

Et comme le dit le poète :

 

Quand l’ami est coupable d’une seule faute ; ses bon

Côtés intercèdent mille fois en sa faveur

 

B- La catégorie qu’il est permis de critiquer, de condamner, et de mettre en garde contre ses méfaits

 

      Premièrement : il est permis, je dirais même qu’il incombe de parler sur les innovateurs et de mettre en garde contre eux et leurs innovations ; il peut aussi bien s’agir de groupes que de particuliers, qu’ils soient de notre époque ou des temps anciens. Nous pouvons compter parmi eux les kharijites, lesrâfidhites, les jahmites, les murjites, leskarrâmites, et les penseurs scolastiques (ahl el kalâm).

 

Les sciences du kalâm sont à l’origine de nombreuses croyances erronées comme la négation en tout ou en partie des Attributs d’Allah. Il faut donc mettre en garde contre ces sectateurs, leurs ouvrages, les sectes et les mouvements contemporains qui ont repris leur flambeau ; ils se caractérisent pour se distinguer, contester, et s’écarter de la voie des « partisans du tawhîd et de la sunna ». Bien plus, ils s’érigent en ennemis contre eux et détournent les gens de leur tendance.

 

Il faut également rattacher à ces sectateurs toute personne qui s’allie à leurs tendances, qui prend leur défense, met en avant leurs qualités, leur fait les louanges ainsi qu’à leurs symboles parmi leurs élites et leurs chefs. Certains gens sont en effet susceptibles de préférer leur voie à celle des « partisans de l’unicité, de la tradition et de l’union ».

 

      Deuxièmement : il est permis de faire la critique des rapporteurs non crédibles à l’unanimité des savants, il est même un devoir de le faire comme le relate e-Nawawî et ibn Taïmiya – qu’Allah leur fasse miséricorde –.[11] Si l’on recense les différentes anecdotes des grandes références de la religion concernant la défense du patrimoine de l’Islam, dont l’opposition aux mubtadi’, on se rendra compte que les savants faisaient la critique des innovateurs et des rapporteurs du hadîth. Il n’a jamais été question de faire impérativement la balance entre leurs qualités et leurs défauts. Ils ont compilé des ouvrages entiers sur la critique des rapporteurs (jarh wa e-ta’dîl), sur la défense de la sunna, sur les hadîth inventés, sans jamais faire allusion de près ou de loin aux muwâzanât (faire la balance entre les qualités et les défauts ndt.).

 

Les anciens à l’ouvrage

 

Certains de leurs ouvrages sont spécialement consacrés à la critique négative (jarh), aux rapporteurs non crédibles, en évoquant les savants qui les ont jugés ainsi. Ils ne font pas la moindre mention de la restriction des muwâzanât.[12] En se penchant dessus, on pourra y constater l’obligation de mettre en garde contre les innovateurs. Aucun d’entre eux n’a avancé qu’il fallait accompagner toute mauvaise critique des mubtadi’ et des personnes évoquées par leurs mauvais côtés, de critiques positives (ta’dîl) en évoquant leurs bons côtés. Ils se contentent de réfuter les erreurs d’un auteur, des groupes ou des particuliers affiliés à ces sectes sans se tourner vers leurs qualités.

 

Il suffit de feuilleter les écrits de l’Imam Ahmed, de son fils ‘Abd Allah, d’el Bukhârî dans Khalq af’âl el ‘ibâd, d’el Khallâl, d’ibn Khuzaïma dans les livres e-sunna et e-tawhîd. Que dire notamment des écrits d’ibn Batta dans son commentaire et dans el ibâna, de Sharh usûl ahl e-sunna d’e-Lâlakâî, de l’introduction de Sharh e-sunna d’el Baghawî, de la muqaddima d’ibn Mâja. Nous pouvons recenser également e-sunna d’ibn Abî Dâwûd dans son recueil e-sunan, el hudja fî bayân el mahadja d’ibn Abî Qâsim e-Taïmî el Asfahânî ; voir enfin les œuvres de Sheïkh el Islam ibn Taïmiya, d’ibn el Qaïyim, et de l’Imam Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb pour se rendre compte de leur position et de leur relation envers les innovateurs.[13]

 

Les savants prédécesseurs se sont engagés dans la réfutation aux différentes sectes hérétiques ; les râfidhites, lesqadarites, les jahmites, les mu’tazilites, les kharijites, les murjites, les ash’arites, les mâturidites, et les soufis. Ils se sont opposés entre autres à leurs chefs spirituels (ru-ûs el mubtadi’a) à l’instar de Jahm ibn Safwân, Bishr el Mirrîsî, ibn el Mutahhir el Hillî, e-Râzî, ibn ‘Arabî. Les traditionalistes s’en sont pris aussi à el Âmudî, el Ghazâlî, el Bakrî, el Akhnâî, e-Subkî, etc.

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/



[1]Rapporté par Ma’mar dans jâmi’ bi dhaïl musannaf ‘Abd e-Razzâq (11/344).

[2] Jâmi’ bayân el ‘ilm wa fadhlilî d’ibn ‘Abd el Barr (2/821).

[3] El jâmi’ li ikhtilâf e-râwî wa âdâb e-sâmi’ (2/202).

[4] El jâmi’ li ikhtilâf e-râwî wa âdâb e-sâmi’ (2/202).

[5]Rapporté par el Khatîb dans el kifâya (n° 408).

[6] Siar a’lâm e-nubalâ de Dhahabî (8/71).

[7] El istiqâma d’ibn Taïmiya (2/219-220).

[8] Ibn ‘Asâkir (32/333).

[9] Tahdhîb e-tahdhîb (7/273).

[10] Hadî e-sârî muqaddima Fath el Bârî d’ibn Hajar (p. 605).

[11]Voir : Majmû’ el fatâwâ (28/234).

[12]Voir : Manhaj ahl e-sunna wa el jamâ’a fî naqd e-rijâl wa e-tawâif (p. 32). L’auteur – qu’Allah le préserve – a cité certains exemples pour appuyer cet argument (voir par exemple p. 33-34).

[13] Idem. (p. 70).

Repost 0
13 avril 2013 6 13 /04 /avril /2013 15:36

terre

 

 

Les muwâzanât

(Partie 1)

 

« Si tu ne fais qu’évoquer les défauts de ton frère, sans ses qualités, tu auras fait preuve d’injustice envers lui. » » [Ibn sîrîn dans el jâmi’ li ikhtilâf e-râwî wa âdâb e-sâmi’ d’el Khattâbî (2/202).]

 

 

Louange à Allah le Seigneur de l’Univers ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !

 

Chapitre I : La règle[1] 

 

Introduction 

 

Il est établi chez les grandes références parmi les anciens la question de réfuter les erreurs des individus[2] (e-radd ‘alâ el mukhâlif) ; autant les traditionalistes[3] s’étant trompés dans les domaines du figh ou de la ‘aqîda que les innovateurs. Il n’est pas imposé de citer les qualités de la personne réfutée, ou encore de faire la balance entre ses bons et ses mauvais côtés. Allah a, en effet, fait les éloges des croyants sans pour autant avoir cité leurs défauts. Le Prophète (r) a, pour sa part, mis sa communauté en garde contre les innovateurs sans tenir compte de leurs qualités. Ainsi, il (r) peut évoquer le défaut d’un individu sans ne signaler aucune qualité en retour, car son intention est de prodiguer le bon conseil.

 

Selon ‘Âichâ – qu’Allah l’agrée –, le Messager (r) récita le Verset : (Il est Celui qui vous a révélé le Livre ; celui-ci contient des versets explicites qui incarnent la mère du Livre ; d’autres sont ambigus. Quant à ceux qui ont le cœur fourbe, ils s’en tiennent à la partie ambiguë pour semer le désordre et pour en faire une mauvaise interprétation).[4] Puis, il expliqua : « Si vous voyez des gens suivre les Versets ambigus, sachez qu’Allah les a dénoncés dans Son Livre ; alors, méfiez-vous d’eux. »[5] Abû Huraïra (t) a dit : « Il y aura à la fin des temps, des gens qui tiendront un discours que vous n’aurez jamais entendu ni vous ni vos pères, alors méfiez-vous d’eux. »[6] 

Il ne peut échapper que les innovateurs ont des qualités. Malgré cela, le Messager d’Allah (r) n’en a pas tenu compte et il ne les a pas évoquées. Il n’a pas dit par exemple : « Vous devriez tirer profit de leurs qualités. »[7]

 

Le meilleur des hommes (r) a condamné des personnes en particulier sans prendre la peine d’évoquer leurs bons côtés ; les textes suivants le confirment :

 

1- Selon ‘Âicha – qu’Allah l’agrée –, un homme demanda à s’introduire chez le Prophète (t). Après l’avoir vu, ce dernier s’exclama : « Cet homme est vraiment d’une mauvaise compagnie ! »[8]

 

El Qurtubî – qu’Allah lui fasse miséricorde – commente : « Ce hadîthexprime l’autorisation de médire sur une personne qui affiche un comportement débauché, pervers, ou tout autre mauvais comportement comme celui d’être injuste dans ses fonctions, ou de prêcher l’innovation… »[9] E-Nawawî souligne pour sa part : « Ce hadîth énonce qu’il faut avoir du tact avec les personnes dont on craint les méfaits ; qu’il est autorisé de médire sur les pervers qui affichent leur mauvais comportement et toute personne en général contre laquelle il faut mettre les gens en garde. »[10]

 

2- Lorsque Fâtima bint Qaïs informa le Prophète (r) que Mu’âwiya ibn abî Sufiân et Abû Jahm l’avaient tous deux demandé en mariage, il lui fit savoir : « Quant à Abû Jahm, il ne lâche jamais le bâton de son épaule, tandis que Mu’âwiya est pauvre et ne possède pas d’argent. Épouse plutôt Usâma ibn Zaïd. »[11] Nul doute pourtant que les deux hommes en question possédaient des qualités, mais la situation voulait que le meilleur des hommes (t) n’en dise pas plus.

 

3- Selon ‘Âicha – qu’Allah l’agrée –, Hind bint ‘Utba se plaignit au Prophète (t) : « Messager d’Allah ! Abû Sufiân est un homme avare ; comme il ne survient pas correctement à nos besoins à mon fils et à moi, je me sers toute seule dans son argent sans le mettre au courant.

-           Prends dans son argent ce dont tu as besoin pour ton fils et toi, dans les limites du convenable. »[12]

 

El Hâfidh ibn Hajar a fait le commentaire suivant : « L’auteur s’est inspiré de ce hadîthpour démontrer qu’il est autorisé de dire sur le dos d’une personne ce qu’il ne lui plait pas d’entendre, dans le cadre d’une fatwa, d’une plainte, etc. Cette situation entre dans les six domaines dans lesquels il est permis d’avoir recours à la médisance. »[13]

 

Le Prophète (r) n’a donc pas reproché à cette femme de citer les mauvais côtés dans sa plainte. Il ne lui a pas imposé non plus de faire la liste des qualités de son mari qui n’en manque pas (en sachant qu’il s’agit d’Abû Sufiân).[14]

 

La réfutation aux innovateurs

 

Sheïkh el Islam ibn Taïmiya – qu’Allah lui fasse miséricorde – mentionne à ce sujet : « Critiquer les rapporteurs de hadîthen toute vérité et les hérésies des innovateurs est une obligation religieuse. » il a dit : « Les opposants comme les chefs de file des innovateurs, les auteurs des opinions ou de pratiques contraires au Coran et à la sunna, il incombe à l’unanimité des musulmans, de dévoiler leur situation à la nation et de les mettre en garde contre eux. On demanda à l’Imam Ahmed : « Vaut-il mieux, à tes yeux, faire la prière la nuit, le jeûne le jour, et des retraites spirituelles ou bien parler sur les innovateurs ?

-           En priant la nuit, en jeûnant le jour, et en se retirant dans les mosquées, on est le seul à en profiter ; tandis qu’en parlant sur les innovateurs, on en fait profiter tous les musulmans. Nul doute que cela vaut mieux ! » 

 

Il a expliqué que cet intérêt revient à la communauté entière dans le domaine de la religion. Cette initiative est du même ordre que la guerre sur le chemin d’Allah puisqu’elle permet de purifier le chemin d’Allah, Sa religion, et Sa législation. À l’unanimité des savants, il incombe à une partie de la communauté de défendre les musulmans contre les méfaits et la rébellion de ces gens-là. Si Allah ne faisait pas brandir cet étendard pour les affronter, la religion serait directement en péril.

 

Les dommages seraient même plus considérables que ceux occasionnés par l’épée des envahisseurs. Lorsque l’ennemi, en effet, s’empare des terres musulmanes, il ne corrompt pas les cœurs et les convictions si ce n’est que par voie de conséquence, tandis que ces gens-là les détériorent d’emblée.»[15]

 

Certains critères à respecter concernant aussi bien les groupes que les individus

 

Ces critères déterminent quelles catégories de personnes il faut respecter, honorer et auxquelles il n’est pas permis de détériorer l’honneur et quelles catégories il est autorisé de critiquer et d’en dire du mal. La critique devient même obligatoire si le besoin ou l’intérêt se fait ressentir sans pour autant devoir énoncer les qualités de la personne visée.

 

A- Qui doit-on honorer ?

 

Premièrement : les messagers et les Prophètes.

Deuxièmement : les Compagnons (y) que les membres de la communauté doivent aimer et respecter.

Allah leur a consacré les plus beaux éloges dans Son Livre. Il y a évoqué leur rang, leur combat dans lequel ils ont sacrifié leurs biens et leurs vies. Le Messager d’Allah (r)également leur a rendu le plus bel hommage que ce soit dans l’ensemble ou à certains d’entre eux en particulier. Les grandes références de l’Islam se sont penchées sur leurs mérites en consacrant dans ce domaine de multiples ouvrages.

 

Le Messager d’Allah (r) a interdit de proférer des insultes contre eux à travers ses dires : « N’insultez pas mes Compagnons, car par Celui qui détient mon âme entre Ses Mains ! Si l’un d’entre vous dépensait l’équivalent de la montagne d’Uhud en or, il n’aurait pas atteint une poignée de l’un d’eux ni même la moitié. »[16] Les traditionalistes les considèrent à leur juste valeur et défendent vigoureusement leur honneur. Ils interdisent, en outre, de s’immiscer dans les querelles qui ont éclaté entre Mu’âwiya et ‘Alî, en comptant le reste des Compagnons qui s’y sont investis. Ils établissent que les deux parties méritent la récompense pour avoir fait l’effort de parvenir à la vérité. Ils ont considéré toute personne qui s’initie à dire du mal d’eux, comme un vulgaire égaré, voire un zindîq.

 

Troisièmement : les fidèles successeurs des Compagnons avec à leur tête leurs successeurs directs (les tâbi’ûn). À travers tous les horizons, ces derniers se distinguent pour avoir connu certains Compagnons et pour les avoir pris en modèle à l’exemple des sept fuqahâ (pl. de faqîh ndt.) de Médine. Par la suite, il y a eu les grandes références de hadîth, de figh, et de tafsîr qui étaient dans la lignée des contemporains du Prophète (r) et des tâbi’ûn.

 

Ils correspondent notamment à toutes les personnes qui sont conformes à leur voie dans la croyance, dans l’attachement au Coran et à la sunna, dans le refus des innovations, dans la défense de la vérité et de ses partisans jusqu’à ce jour et jusqu’au jour où Allah décrétera la fin du monde. Ils sont ceux que le Messager d’Allah (r) a décrits en ces termes : « Une partie de ma communauté sera toujours maintenue sur la vérité ; ils resteront ainsi jusqu’au jour où viendra l’Ordre d’Allah. »

 

En parlant de cette catégorie d’individus, Sheïkh el Islam ibn Taïmiya a dit : « Si l’un d’eux fait une mauvaise interprétation qui somme toute est plausible, il n’est pas permis de l’évoquer en mal et de le critiquer ; si l’on sait qu’Allah lui a pardonné sa faute. Il incombe même au regard de la foi et de la piété qu’il renferme, de l’aimer et de s’allier à lui. Il faut remplir le devoir qu’Allah a imposé envers lui, qui consiste à l’évoquer en bien, à invoquer le pardon en sa faveur, etc. »[17]

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/



[1] Voir pour ce chapitre : Kun Salafiyan ‘ala el Jadda de Sheïkh ‘Abd e-Salâm e-Suhaïmî.

[2] Ce principe est établi chez les traditionalistes. Ils l’insèrent dans le registre du bon conseil. Les Textes du Coran et de la sunna, et le consensus confirment explicitement le principe de réfuter les erreurs commises. Pour plus d’explication, se référer à l’ouvrage très important ayant pour titre : Manhaj ahl e-sunna wa el jamâ’a fî naqd e-rijâl wa e-tawâif de l’érudit Sheïkh Rabî’ ibn Hâdî el Madkhalî – qu’Allah le protège – et l’autre livre également très  intéressant du Docteur Bakr Abû Zaïd : e-radd ‘alâ el mukhâlif min usûl el Islâm

[3]Néanmoins, si un traditionaliste connu de surcroît pour défendre la sunna commet une erreur dans des questions qui n’entachent pas le dogme, il est possible lors de sa réfutation de mentionner ses bons côtés en sachant que son erreur se noie dans l’immensité de son œuvre. Quant aux égarés, il est intolérable de citer leurs bons côtés… Ces paroles sont du Sheïkh érudit, le Docteur Sâlih ibn Fawzân – qu’Allah le protège –. 

[4] La famille d‘Imrân ; 7

[5]D’après el Bukhârî et Muslim dans leurs recueils e-sahîh.

[6]Voir : l’introduction de Muslim.

[7]Voir : Manhaj ahl e-sunna wa el jamâ’a fî naqd e-rijâl wa e-tawâif (p. 18).

[8]Rapporté par el Bukharî. Voir : el fath (10/471).

[9] Fath el Bârî (10/452).

[10]Voir l’explication d’e-Nawawî de Sahîh Muslim (16/144).

[11] Sahîh Muslim (2/1114).

[12] Voir : Fath el Bârî (9/507).

[13] Fath el Bârî (9/509).

[14] Voir : Manhaj ahl e-sunna wa el jamâ’a fî naqd e-rijâl wa e-tawâif (20-21).

[15] Majmû’ el fatâwâ (28/231-232).

[16] Rapporté par Bukhârî et Muslim.

[17] Majmû’ el fatâwâ (28/234).

 

Repost 0