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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 17:54

Les muwâzanât

(Partie 6)

La raison

Il est possible de déceler la raison de cette mystérieuse liaison entre le Coran et la Thora à travers le contenu de certains des Versets que nous avons cités précédemment. À titre d’exemple, nous pouvons recenser : (Nous avons descendu la Thora où il y a direction et lumière)[1] jusqu’à : (Nous avons descendu sur toi le Livre en toute justice venant confirmer le Livre avant lui, et faisant autorité sur lui. Juge donc entre eux avec les Lois descendues d’Allah, et ne suis pas leurs passions aux dépens de la vérité qu’il renferme).[2]

Ces Versets dévoilent la raison pour laquelle les deux missions ont été rassemblées dans un seul contexte. Dans la sourate le Repas Céleste, le Tout-puissant a fait les éloges de la Thora auxquelles Il fait suivre les éloges du Coran. Il met l’accent sur l’autorité que constitue ce dernier sur l’ensemble des messages dont la Thora fait partie. Autrement dit, il en est le Juge, le Témoin, et le Dépositaire loyal. Il en est le Juge pour les avoir abrogés, le Témoin car ils ont été falsifiés alors qu’il est sauvegardé. Il en est le Dépositaire étant donné que tous les enseignements de ces derniers en accord avec lui correspondent à la vérité ; et tous ceux qui le contredisent sont automatiquement jugés faux comme Allah le déclare clairement dans le verset : (Ce Coran relate sur les fils d’Israël la plupart de leur divergence).[3] Ce rapprochement veut probablement nous dire que s’il est reconnu les mérites des Livres sacrées précédents, cela n’autorise pas à les mettre en pratique après l’avènement de Mohammed (r) puisque le Coran fait autorité sur eux.

C’est pourquoi, ibn Taïmiya a souligné dans le contexte que nous avons désigné précédemment à l’occasion de la sourate Le voyage nocturne, dans son ouvrage Tafsîr Âyât ashkalat : « (Ce Coran guide vers le chemin le plus droit) : il est plus droit que celui des dépositaires de la Thora. De plus, il est plus juste au niveau de la direction que le Livre précédent. Malgré la particularité de la Thora à guider sur le droit chemin, le Coran a une plus grande propension à le faire. C'est pourquoi ce Verset est cité juste après celui dans lequel il est dit : (Nous avons offert le L>ivre à Mûsâ, Nous en avons fait une direction pour les fils d’Israël). Ensuite Il a dit : (>Ce Coran guide vers le chemin le plus droit). »[4]

Un autre Verset dans la sourate L’agenouillé vient confirmer ce princi>pe : (Puis, Nous t’avons placé sur le chemin de la Loi. Suis-le donc et ne te laisse pas entraîner par les pulsions des ignorants).[5] Le Seigneur (I) l’a affirmé après avoir dit : (Nous avons offert le Livre aux fils d’Israël).

Néanmoins, dans la sourate La famille de ‘Imrân, le verset suivant en l’occurrence : (Il a fait descendre sur toi le Livre par à-coup en toute vérité. Il confirme les livres présents avant lui. Il a descendu la Thora et l’Évangile. Auparavant une direction pour les hommes, et Il a descendu le Furqân).[6] Allah a fait suivre dans cette énonciation le Coran à la Thora et l’Évangile en le nommant el Furqân (le différenciateur). Il exprime ainsi cette qualité recensée en lui qui est la particularité à différencier entre le vrai et le faux. Cela va certainement dans le sens qu’il est impératif pour toute nation en quête de la vérité, de suivre le Coran indépendamment des autres Livres révélés, après l’avènement de la mission Mohammadienne.

Ibn el Qaïyim a précisé dans Badâi’ el Fawâid : « Il a évoqué la révélation du Coran le Guide, le Différenciateur qui correspond à la victoire venant trancher entre le vrai et le faux. La subtilité dans le fait de lier la victoire à la bonne direction (le droit chemin), c’est que tous deux ont la propension à trancher entre le vrai et le faux. Ainsi, le Très-Haut dénomme el Furqân la chose à l’origine de la victoire offerte à Ses Serviteurs comme dans le Verset suivant : (>Si vous avez vraiment cru en Allah et à ce que Nous avons révélé à Notre serviteur, le jour de gloire (Furqân), le jour où se sont rencontrées les deux armées).[7]

Il a donc cité les deux principes : la révélation descendue le jour de gloire qui correspond à la victoire de Badr ; le jour où Allah a séparé entre le vrai et le faux en donnant la victoire à Son messager et à Sa religion ; en opposition à l’humiliation qu’ont reçu Ses ennemis et à leur débâcle. »[8]

Ainsi, Allah mentionne ce genre de Versets pour exprimer la nécessité de suivre le Coran en particulier indépendamment des autres Livres comme nous l’avons déjà vu à travers notamment : (Voici un Livre bénit que Nous avons descendu, suivez-le donc). C’est pourquoi, lorsque le Seigneur a mis les croyants en garde de suivre la confession des gens du Livre, Il a dit : (Les Juifs et les Chrétiens, ne t’agréeront pas tant que tu ne suivras pas leur religion. Dis-leur : la direction du Seigneur est pourtant la meilleure. Si tu suivais leurs passions, après avoir reçu la science, tu n'aurais point en Allah ni Allié ni Secoureur).[9] Il est dans ce contexte fait mention aux adeptes du noble Livre : (Ceux à qui Nous avons donné le Livre, ils le lisent convenablement, ceux-là croient en lui, mais celui qui le renie ceux-là sont les perdants).[10] Ibn ‘Abbâs a donné l’explication suivante : « Ils le suivent convenablement. » ‘Iqrima qui n’est autre que le rapporteur d’ibn ‘Abbâs, a clarifié : « Ne vois-tu pas que tu peux dire : quelqu’un lit les traces de quelqu’un, c'est-à-dire qu’il le suit. (Par le soleil et sa clarté. Et par la lune quant elle le suit).[11] Mot à mot quant elle le lit. »[12]

Cette description concerne indépendamment les gens du Livre ou les Compagnons (compte tenu de la fameuse divergence sur la question entre les exégètes). Quoi qu’il en soit, les gens du Livre reçoivent les éloges dans la mesure où ils croient au Coran et où ils le suivent effectivement comme nous l’avons déjà vu.

Et l’Évangile ?

Si l’on demandait pourquoi la plupart de ces Versets font mention uniquement de la Thora indépendamment de l’Évangile ? Nous dirions parce que l’Évangile est dans la continuité de la Thora, et qu’il en est le complément. Ibn Kathîr l’a notifié en faisant l’explication des versets 38 à 51 de la sourate Les récits : >« Il est élémentaire pour les gens doués de raison, que le Très-Haut n’a pas descendu du ciel parmi les différents livres révélés, de plus complet, de plus vaste, clair, illustre, et de plus noble que le Livre descendu sur Mohammed (r), le Coran en l’occurrence. Le Livre révélé à Moïse fils de ‘Imrân se situe tout de suite après lui, dans sa noblesse et sa magnificence. Ce Livre qu’Allah a décrit ainsi : (Nous avons descendu la Thora où s’avèrent direction et lumière. Soumis, les Prophètes se référaient à sa Loi pour l’appliquer aux adeptes du judaïsme ainsi que les rabbins et les prêtres avec la Loi qu’ils ont gardée des Livres d’Allah ; ils s’en sont désignés les témoins).[13] Tandis que l’Évangile fut révélé pour justement compléter les enseignements de la Thora, et pour défaire certaines interdictions passées, infligées aux Israélites. »[14]

Le Verset suivant corrobore cette analyse : (venant confirmer les enseignements de la Thora avant moi et pour vous soulager de certains carcans qui vous étaient infligés)[15] Compte tenu que le Coran et la Thora s’avèrent plus achevés par rapport aux autres Livres, Allah les a désignés ainsi : (Dis : Présentez-moi alors un livre plus éclairé que ces deux-là afin que je le suive, si vous êtes vraiment sincères).[16]

En résumé, cette fameuse liaison a pour fonction de couper court à toute suspicion éventuelle concernant la pérennité des Livres abrogés bien que l’amalgame soit de taille. En effet, tous proviennent du Seigneur de l’univers. L’un est donc motivé par les éloges que peuvent susciter même dans l’absolu, les livres précédents, l’autre s’applique à en faire les éloges par rapport à leur premier statut, avant d’avoir subi toute altération.

C'est pourquoi le Prophète (r) s’est mis énormément en colère lorsqu’il a aperçu entre les mains de ‘Umar des feuillets de la Thora. Selon Jâbir ibn ‘Abd Allah : « ‘Umar ibn el Khattâb se présenta auprès du Prophète (r) avec un livre entre les mains, qu’il avait récolté de certains gens du Livre. Quand il le lut au Prophète, ce dernier se mit en colère en disant : « Serais-tu dans le doute ? Ô ibn el Khattâb ! Par celui qui détient mon âme entre Ses Mains ! Je vous l’ai apporté claire et limpide. Ne leur demandez rien sinon vous risquez soit de démentir la vérité soit de croire à un mensonge. Par celui qui détient mon âme entre Ses Mains ! Si Mûsâ était vivant, il ne lui appartiendrait que de me suivre. » »[17]

Autre exemple

D’après un hadîth de Laïth ibn Sa’d certifié dans sahîh Muslim, selon Mûsâ ibn ‘Ulaï, selon son père : ‘Amr ibn el ‘Âs (t) se trouvait chez el Mustawrid el Qurashî lorsque ce dernier confia : « J’ai entendu l’envoyé d’Allah (r) déclarer : À l’approche de l’Heure, les romains seront les plus nombreux.

  • Réfléchi bien à ce que tu dis, s’exclama ‘Amr ibn el ‘Âs en le reprenant.

  • Et pourquoi, je ne répéterais pas, rétorqua-t-il, ce que l’envoyé d’Allah m’a appris !

  • S’il en est ainsi, répondit-il résigné, c’est parce qu’ils possèdent quatre vertus :

La première : ils sont les plus sages en période de troubles. La deuxième : ils sont les plus prompts face au malheur… » Il les a ainsi toutes énumérées et en a même cité une cinquième.

Les savants ont dit : ‘Amr ibn el ‘Âs (t) ne fait pas les éloges des Romains qui sont des chrétiens mécréants. Néanmoins, il explique la raison pour laquelle ils vont perpétuer leur race qui sera la plus nombreuse à la fin des temps. Cela, car ils garderont leur sang-froid en période de troubles par souci de conservation.[18]

Cette observation est vraiment pertinente. Le Prophète (r) a en effet informé qu’avant la fin du monde, les Romains seront prépondérants. Quelle en est la raison ? La réponse se trouve dans le propos même de ‘Amr ibn el ‘Âs ayant cité leurs qualités. La première étant qu’ils sont les plus raisonnables en période de troubles. C.-à-d. qu’ils se comportent avec sagesse et modération, tout en évitant de s’emporter et de se précipiter, dans le but de conserver « la race chrétienne » et de se préserver les uns les autres, ainsi que leurs alliés. En sachant pertinemment que sinon, ils seraient susceptibles de s’anéantir et de s’autodétruire.

Il est surprenant de ne pas s’approprier cette qualité concédée par ‘Amr ibn el ‘Âs aux Romains, alors qu’en principe nous en sommes les plus dignes.[19]

À suivre…

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

[1] Le Repas Céleste ; 46

[2] Le Repas Céleste ; 48

[3] Les fourmis ; 76

[4] Tafsîr Âyât Ashkalat (1/424).

[5] L’agenouillée ; 18

[6] La famille de ‘Imrân ; 3-4

[7] Le butin ; 41

[8] Badâi’ el Fawâid (2/253).

[9] La Vache ; 120

[10] La Vache ; 121

[11] Le soleil ; 1-2

[12] Athar (annale) rapporté par Abû ‘Ubaïd dans Fadhâil el Qur-ân (p. 130), ibn Jarîr dans son Tafsîr (2/388 et 492), et ibn el Muqrî dans el Mu’jam (105) avec une chaîne narrative authentique.

[13] Le Repas Céleste ; 44

[14] Voir : el Jawâb e-Sahîh d’ibn Taïmiya (6/517).

[15] La famille de ‘Imrân ; 50

[16] Les récits ; 49

[17] Hadîth rapporté par Ahmed (3/387) ; Sheïkh el Albânî l’a authentifié dans Zhilâl el Janna (50).

[18] E-Sannûsî et el Ubî dans leur explication de sahîh Muslim.

[19] Voir : e-dhawâbit e-shar’iya ‘inda el fitan du Sheïkh Sâlih Âl e-Sheïkh.

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17 avril 2013 3 17 /04 /avril /2013 18:13

terre

 

 

Les muwâzanât

(Partie 5)

 

Réfutations aux objections éventuelles

 

Notre discours précédent ne s’oppose nullement au fait qu’Allah ait pu dire relativement du bien de certains gens du Livre à travers le Verset : (Tu trouveras plus d’affection pour les croyants, chez ceux qui se disent chrétiens. Cela, parce qu’il y a parmi eux des moines et des prêtres, et qu’ils ne s’enflent pas d’orgueil).[1]Cette caractéristique est propre aux adeptes parmi eux, qui ont eu foi en la mission de Mohammed (r). Il suffit de lire la suite du Verset pour le constater, lorsque le Seigneur dit : (S’ils viennent à entendre la Révélation descendue au Messager, tu peux voir leurs yeux se remplir de larmes pour y avoir reconnu la vérité. Ils disent : « Seigneur ! Nous avons cru, inscris-nous donc parmi les témoins Qu’avons-nous à ne pas croire en Allah et à la vérité qu’Il nous a apportée alors que nous espérons que Notre Seigneur nous compte parmi les gens pieux ? » Allah leur a offert en récompense à leurs paroles des jardins sous lesquels coulent des rivières et où ils demeureront à jamais. Telle est la récompense des bienfaisants).[2]Seuls les croyants sont susceptibles d’être concernés par ce discours.

 

C’est pourquoi, Nasâ’î a rapporté dans Sunan el kubrâ (11148) avec une chaîne narrative authentique, selon ‘Abd Allah ibn e-Zubaïr : « Ce Verset fut révélé en l’honneur de Najâshî et de ses compagnons : (S’ils viennent à entendre la Révélation descendue au Messager, tu peux voir leurs yeux se remplir de larmes).

 

Néanmoins, les personnes ayant persisté dans leur reniement ne sont pas concernées par cette faveur conformément au hadîth suivant : « Par Celui qui détient l’âme de Mohammed entre Ses Mains ! Quiconque dans cette communauté qu’il soit juif ou chrétien entend parler de moi et ne croit pas à ma mission avant de mourir, comptera parmi les gens du Feu… »[3]

 

D’après Abd e-Razzâq dans son tafsîr (exégèse) (1/303-304), ibn Jarîr également dans son tafsîr (12/364), et el Hâkim (2/342), avec une chaîne narrative authentique, selon Sa’îd ibn Jubaïr : « Je n’entendais pas un propos venant du Messager d’Allah (r) sans que je ne lui trouve son équivalent – ou bien a-t-il dit :son approbationdans le Coran. On m’a rapporté que ce dernier a dit : « Quiconque dans cette communauté, qu’il soit Juif ou Chrétien, entend parler de moi et ne croit pas à ma mission avant de mourir, comptera parmi les gens du Feu. »Je me demandais obstinément quel Verset pourrait bien confirmer cette parole. Lorsque je suis parvenu à ce Verset : (Ou bien celui que Son Seigneur a éclairé d’une preuve) jusqu’à : (l’enfer sera son rendez-vous).[4]Les coalisés en ais-je déduit, sont de toute confession. » 

À travers ces derniers mots, il sous-entend le commentaire du Verset : (Quiconque mécroit en Lui parmi les coalisés).[5]

 

La raison qui explique l’interdiction de dire du bien à leur sujet 

 

La première : est de détourner les musulmans de leur influence extérieure.

 

La deuxième : est de mettre en avant le meilleur modèle, le mieux adapté pour l’Humanité, et de prendre en référence le Messager (r), ses frères Prophètes, et ses Compagnons dévoués. Tel est le mode d’emploi proposé par le Coran et la sunna comme le confirment les Versets suivants : (Vous avez en la personne du Messager d’Allah un bon exemple pour celui qui recherche Allah et le Jour dernier, et qui évoque Allah énormément)[6] ; (Ceux-là, Allah les a guidés, alors suis leur direction).[7]La personne qui veut réussir doit suivre l’exemple du Livre d’Allah et de la Tradition prophétique. Il ne doit pas avancer l’excuse que les gens ont besoin d’un exemple vivant. Cette excuse est plus haïssable que la faute elle-même, car c’est une façon de fuir la vérité.

 

Ainsi, la première raison d’interdire de flatter les non-musulmans, c’est de ne pas se mettre dans leur sillon. L’homme, en effet, est naturellement attiré vers la personne qui reçoit les éloges, et par voie de conséquence, il désire l’imiter. C’est pourquoi, Allah (I) ne cite pas une qualité des infidèles – sauf dans des cas rares, et dans un but bien déterminé – si ce n’est que pour évoquer des défauts bien plus considérables. Le Verset suivant en est un exemple : (Parmi les gens du Livre, il y en a qui, si tu leur confies un quintal, ils te le rendent, et il y en a qui, si tu leur confies seulement un dinar, ils ne te les rendent que si tu t’obstines derrière eux).Ensuite, il a dévoilé leur corruption en ces termes : (Cela, parce qu’ils ont dit : « nous n’avons aucune contrainte à l’égard des illettrés », et ils profèrent du mensonge sur Allah, alors qu’ils savent).[8] 

 

Il est clair que ces informations dévoilées par Allah à leur encontre n’ont pas pour but de faire leurs éloges. Néanmoins, le Seigneur nous met en garde contre leurs agissements. C’est comme s’Il avait dit : je sais pertinemment qu’il existe parmi eux des gens de confiance à qui l’on peut confier des sommes colossales, il n’en demeure pas moins que vous devez vous méfier d’eux. Il ne faut pas considérer leur situation de ce point de vue. Il y a, malgré tout, des individus parmi eux, envers qui tu ne peux faire confiance, même pour une petite somme. Ibn Jarîr a expliqué : « Si quelqu’un nous demande pour quelle raison Allah a mis son Prophète au courant de cela, en sachant que les hommes se sont depuis toujours comportés ainsi. Il y a toujours eu d’honnêtes et malhonnêtes gens ! Il sera dit en réponse : le Tout-Puissant a seulement voulu renseigner les croyants sur leur situation, comme Il l’a exposé dans Son Livre à travers ces Versets. Il les met en garde de ne pas leur confier leur argent, et leur suscite la crainte de se faire abuser ; beaucoup d’entre eux s’autorisent à arracher impunément l’argent des musulmans. »[9]

 

La question qui colle à notre sujet, consiste à dire qu’Allah (U) a évoqué furtivement leur maîtrise des choses de ce monde pour démontrer ensuite que, malgré tout, ils restent condamnables : (Ils connaissent la vie d’ici-bas en apparence, mais ils sont distraits pour ce qui concerne l’au-delà).[10] Les gens distraits sont pour Allah pareils à ceux qu’Il compare à du bétail, voire plus haïssables : (Ces gens-là sont comme du bétail ou plus égaré encore. Ces gens-là sont les distraits).[11]Le Verset cité juste avant constituait déjà une critique : (Mais la plupart des gens ne savent pas. Ils connaissent la vie d’ici-bas en apparence) etc.

 

Le Messager d’Allah (r) a vraisemblablement eu recourt à ce même procédé dans le hadîth rapporté par el Bukhârî et dans lequel il a dit concernant Satan : « Il t’a dit vrai, lui le grand menteur ! » Nous pouvons constater qu’il a employé une forme verbale pour appuyer ses dires (Il t’a dit vrai) ; celle-ci exprime une action ponctuelle et non un caractère permanent, car la sincérité ne fait pas partie de ses habitudes. Néanmoins, il l’a fait directement suivre d’un qualificatif très blâmable, en utilisant un nom en lieu et place d’un verbe (lui le grand menteur) ; cette forme nominale ayant pour but de signifier que le mensonge, ce caractère indéfectible et attaché à sa personnalité, fait partie de sa nature profonde.

 

De plus, il a utilisé la forme emphatique (sighat el mubâlagha) sur la racine fa’ûl (ici dans le hadith : … kadhûb, c'est-à-dire : grand menteur).  En outre, il s’est adressé à Abû Huraïra en ces termes : « Il t’a dit vrai » au lieu de dire : il a dit vrai. Pour préciser que non seulement ce fait est rare, mais de plus il est propre à la conversation qu’il a eue avec toi et à ce contexte particulier. Tu t’es en effet distingué par un comportement précis. Autrement dit, tu as eu la ferme résolution de le faire prisonnier. C’est donc la peur qui l’a poussé à te dire vrai. Cela est du même ordre que la rançon versée par le prisonnier pour racheter sa liberté. Il est prêt à tout donner pour garder la vie sauve. Tout cela en sachant qu’Abû Huraïra ne demandait pas autant d’explications de la part du Prophète (r).

 

Ces textes, comme nous pouvons le voir, n’ont pas pour fonction de cultiver dans le cœur de celui qui les entend des sentiments affectifs envers les personnes désignées et encore moins d’encourager à les suivre. Influencée par leur mode de vie, leur personnalité se dissoudrait immanquablement. Notre Seigneur est certes Savant et Sage !

 

La seconde raison : les éloges que reçoivent gracieusement ces gens ne sont pas conformes à la réalité. Ils ne méritent pas autant de considération étant donné que les apparences sont bien trompeuses, bien qu’ils s’en complaisent, comme l’indique le Verset :(Ceux qui se réjouissent de ce qu’ils ont et qui aiment recevoir les éloges pour des choses qu’ils n’ont pas faites, ne pense pas qu’ils soient épargnés du châtiment. Un châtiment terrible les attend).[12] Dans certains pays il est dit : de sa barbe, il sort de l’encens !

 

Les éloges de la Thora et de l’Évangile

 

Si l’on sait qu’Allah dans Son Livre, fait suivre une éventuelle constatation qui a des connotations d’éloges en faveur des Juifs et des chrétiens, d’une critique qui nous rappelle qu’ils sont malgré tout condamnables ; il faut savoir que le Coran nous fait part d’une chose encore plus importante. Allah ne fait pas référence à la Thora en l’occurrence sans faire allusion à la portée du Coran illustre. Pourtant, la vraie Thora est mentionnée exclusivement dans un contexte élogieux comme cela ne peut échapper.

 

(Nous avons descendu la Thora où il y a direction et lumière) pour dire un peu plus loin : (Nous avons fait suivre sur leurs traces, Issa fils de Mariam venant confirmer la Thora avant lui. Nous lui avons offert l’Évangile où il y a direction et lumière venant confirmer la Thora avant lui ; une direction et un sermon pour les pieux).[13] Juste après avoir évoqué la Thora, il a fait allusion au Coran : (Nous avons descendu sur toi le Livre en toute justice venant confirmer le Livre avant lui, et faisant autorité sur lui. Juge donc entre eux avec les Lois descendues d’Allah, et ne suis pas leurs passions aux dépens de la vérité qu’il renferme).[14] Ibn Kathîr a commenté dans son Tafsir : « Il a d’abord évoqué la Thora descendue sur Mûsâ Son Confident ; Il lui a fait les éloges, l’a vanté, et a ordonné de la suivre étant donné qu’elle était en vigueur à cette époque. Ensuite, Il a cité l’Évangile en lui faisant les éloges. Il a enjoint à ses partisans de l’appliquer et de suivre ses enseignements comme nous l’avons vu précédemment. Après tout cela, Le Très-Haut en vient à citer le Coran illustre qu’Il a descendu sur Son serviteur et adorateur, le Noble Messager. »

 

(Nous avons ensuite offert à Mûsâ le Livre pour le parfaire aux bienfaiteurs et pour détailler toute chose, direction et miséricorde ; ainsi vont-ils croire à la rencontre de Leur Seigneur. Et voici un Livre bénit que Nous avons descendu, suivez-Le donc et craignez Allah ; ainsi serez-vous touchés par la miséricorde).[15]

 

Mohammad Amîn e-Shanqîtî a commenté dans el ‘Udhb e-Namîr : « Nous avons évoqué la tendance de la part du Seigneur à faire référence au Coran et à la Thora ensemble. Ils sont en effet les deux Livres révélés les plus prestigieux, et les plus exhaustifs au niveau des lois, comme le précise le Seigneur : (et pour détailler toute chose). En ayant descendu le Coran, Il a proposé le Livre le plus complet et le plus illustre, car Il y a rassemblé le savoir des premières et des dernières générations. Il a de surcroît ajouté des enseignements qui ne figuraient pas dans les livres antérieurs. C’est pourquoi, en ayant descendu la Thora à travers Ses dires : (Nous avons ensuite offert à Mûsâ le Livre pour le parfaire aux bienfaiteurs), il a tout de suite après évoqué le Coran en disant : (Et voici un Livre bénit que Nous avons descendu).

 

Ce procédé se répète souvent dans le Coran à l’exemple de la Parole d’Allah : (Dis : qui donc a descendu le Livre que détenait Mûsâ ? Il est lumière et direction, vous en faites des parchemins que tantôt vous exhiber, mais que vous cacher plus souvent ; Il vous a été appris ce que ni vous ni vos pères ne saviez ? Réponds-leur : c’est Allah ! Puis, laisse-les plonger dans leur distraction).[16] Il a dit ensuite : (Voici un Livre que Nous avons descendu bénit, et confirmant le Livre avant lui).[17] Il a donc mentionné le Coran après avoir mentionné la Thora comme dans le Verset : (et auparavant, le livre de Mûsâ, à la fois éminence et miséricorde, et voici) ; c’est-à-dire le Coran : (un Livre approbateur en langue arabe afin d’avertir les injustes, et annonciateur pour les bienfaiteurs).[18] (Ils dirent : « Si au moins il lui était concédé ce qui a été concédé à Mûsâ. » Mais n'ont-ils pas auparavant renié ce qui a été à Moussa concédé ? Ils dirent : « Ce sont deux magies »)[19] dans l’autre lecture : (« deux magiciens se sont renforcés »). Par ailleurs, les génies ont commenté après avoir écouté le Coran : (Nous avons entendu un Livre descendu après Mûsâ et venant confirmer le Livre avant lui).[20] »[21]

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

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[1] Le Repas céleste ; 82

[2] Le Repas céleste ; 83-85

[3] Hadîth rapporté par Muslim (153).

[4] Hûd ; 17

[5] Hûd ; 17

[6] Les coalisés ; 21

[7] Le bétail ; 90

[8] La famille d‘Imrân ; 75

[9] Tafsîr e-Tabarî (5/508).

[10] Les Romains ; 7

[11] El ‘Arâf ; 179

[12] La famille de ‘Imrân ; 188

[13] Le Repas Céleste ; 46

[14] Le Repas Céleste ; 48

[15] Le bétail ; 154-155

[16] Le bétail ; 91

[17] Le bétail ; 92

[18] El Ahqâf ; 12

[19] Les récits ; 48

[20] El Ahqâf ; 30

[21] el ‘Udhb e-Namîr (2/602).

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16 avril 2013 2 16 /04 /avril /2013 17:50

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Les muwâzanât

(Partie 4)

 

« L’ignorant est comme une mouche qui ne se pose que sur les plaies. » [Ibn Taïmiya dans Manhâj e-sunna (6/150).]

 

Chapitre II : des éloges qui n’en sont pas[1]

 

Dans le Coran

 

Allah révèle au sujet des mécréants : (Ils connaissent la vie d’ici-bas en apparence, mais ils sont distraits de l’au-delà).[2]

 

Sheïkh‘Abd Rahmân ibn Nâsir Sa’dî a exposé dans son exégèse : « Ils se sont penchés de tout leur cœur, de toute leur passion, et motivation vers ce bas monde, ses plaisirs et ses miettes. Ils se sont investis dans la vie d’ici-bas, et se sont laissés emporter par elle, tout en négligeant l’au-delà. Ni le Paradis ne fait partie de leurs ambitions, ni l’Enfer ne provoque en eux de grands frissons, et ni la confrontation demain entre les mains d’Allah ne les effraye ou ne les dérange. Ils portent en eux tous les signes du malheur, et les germes de leur insouciance vis-à-vis de l’autre monde.

 

Paradoxalement, nombreux sont ces individus qui se distinguent par leur éveil et leur intelligence envers les choses apparentes de ce monde. Il y a vraiment de quoi rester bouche bée et laisser ahuris les esprits les plus avisés. La démonstration qu’ils nous font dans les domaines de l’atome, l’électricité, des transports terrestres, maritimes, et aériens prouve leur avance et leur prééminence. Ils sont par ailleurs tellement imbus de leur quotient intellectuel qu’ils regardent de haut et toisent les autres qui sont incapables de reproduire ce que, grâce à Allah, leurs mains maîtrisent aisément. Ainsi, ils se sont gonflés d’orgueil et sont devenus arrogants.

 

En revanche, pour ce qui concerne leur attachement à la Religion, ils sont dans ce domaine, les plus puérils au monde et les moins conscients de ce qui les attend après la mort. Ils sont les moins au courant des conséquences de leurs actes. Les gens éclairés les ont vus patauger dans l’ignorance, se perdre dans leur égarement, et tâtonner dans le faux. Étant donné qu’ils ont oublié Allah, Il les a fait s’oublier eux-mêmes ; ceux-là sont vraiment les pervers.

 

Puis, ces gens éclairés ont considéré les bienfaits qu’Allah avait concédés à ces égarés. Il leur a doté d’une fine et subtile intelligence concernant les choses matérielles et apparentes de ce monde, bien qu’ils soient privés d’un esprit supérieur. Ces gens éclairés ont compris bien vite que l’ordre des choses revenait à Allah, ainsi que Sa Sentence envers les créatures qui oscillent entre Son soutien et Son abandon. Dès lors, ils ont eu peur de leur Seigneur. Ils L'ont imploré, quand Il leur a octroyé la lumière de la foi et de la raison, de leur attribuer Ses dons. Ils aspirent ainsi parvenir à Lui et d'accéder à Son Royaume. Si toutes ces choses matérielles dont jouissent les égarés étaient associées à la foi qu’ils prendraient pour base, elles seraient capables d’engendrer des perles précieuses et rares, accompagnées d’une vie comblée. Néanmoins, celles-ci ont été fondées sur l’athéisme et elles n’ont engendré que la décadence, la cause de leur propre ruine et l’anéantissement. »[3]

 

Allah nous impose de ne jamais citer leur exemple si ce n’est que pour les condamner en disant : (Ceux qui ne croient pas à l’au-delà, ils ont le mauvais exemple, tandis qu’Allah a l’exemple le plus haut ; Il est le Puissant et le Sage).[4]Il a apposé la particule d’annexion (li) à (ladhîna : ceux) en début du Verset afin d’exprimer la particularité et le mérite, c’est-à-dire : qu’ils ne méritent rien d’autre que cela.

 

Dans son livre Sawâ’iq el mursala, ibn el Qaïyim a souligné : « Il a désigné pour les païens et leurs instigateurs (chefs) le mauvais exemple qui implique les défauts, la défaillance, et le manque de perfection »[5] Allah (I) a proclamé : (Mauvais est l’exemple de ceux qui ont démenti nos signes alors qu’eux-mêmes sont injustes).[6]Ibn el Qaïyim a déclaré en parlant d’Allah, cette fois dans el fawâîd : «Il fait les éloges de Ses alliés en évoquant leurs bonnes actions, et leurs belles qualités. En parallèle, il condamne Ses ennemis en citant leurs mauvaises œuvres et leurs défauts, comme Il donne des exemples… »[7]

 

Pour illustrer la façon dont le Seigneur Tout-Puissant donne les mécréants en exemple, nous trouvons qu’Il les compare aux animaux les plus vils. Parfois, Il les compare à des ânes, d’autres fois, Il les compare aux chiens. Et parfois même, Ils sont, à Ses Yeux, pires que du bétail.

 

La première comparaison s’illustre dans le Verset dans lequel le Seigneur condamne les Juifs pour avoir dévié des enseignements du Livre descendu à leur égard : (Voici l’exemple de ceux qui furent chargés de la Thora, et qui ne l’ont pas observé sont pareils à un âne portant des livres. Quel mauvais exemple est celui des gens qui ont démenti les Versets d’Allah ; Allah ne guide point le peuple injuste).[8]

 

La deuxième comparaison s’illustre dans la parole du Seigneur donnant l’image d’un savant parmi les enfants d’Israël. Celui-ci fut condamné d’avoir consciemment délaissé les bonnes œuvres, attiré qu’il était par ce bas monde : (Récite-leur l’histoire de celui qui s’est arraché à nos Versets après les avoir reçus ; il s’est fait rejoindre par Satan et s’est laissé séduire Si nous avions voulu, Nous l’aurions élevé grâce à eux, mais il a préféré s’enraciner à la terre et suivre ses passions. Il est semblable au chien ; si tu le chasses, il halète et si tu le laisses il halète Tel est l’exemple du peuple ayant démenti nos signes. Confie-leur les histoires ainsi vont-ils réfléchir. Mauvais est l’exemple du peuple qui a démenti nos signes, et qui envers eux-mêmes étaient injustes).[9] Ibn Taïmiya a dit : « Allah (I) a démontré à travers Ses dires : (Mauvais est l’exemple) que le chien représente une mauvaise image, et que le croyant est épargné d’endosser un si mauvais exemple. »[10]

 

Voici le troisième exemple : (Ou bien penses-tu que la plupart écoutent ou comprennent. Ils ne valent pas mieux que du bétail, pire ils sont encore plus égarés).[11]Au demeurant, Il les compare aux habitants des cimetières, sourds face à la vérité, en disant : (Les vivants ne sont pas comparables aux morts. Allah fait entendre à qui Il veut, et toi tu ne peux faire entendre les occupants des tombeaux).[12]Dans ce sens, Il les compare également à des aveugles, sourds, et muets, comme Il l’a fait pour les hypocrites : (sourds, muets, et aveugles, ils ne peuvent revenir).[13]Concernant les mécréants, Il a affirmé : (sourds, muets, et aveugles, ils ne peuvent réfléchir).[14]

 

Allah a fait ce genre de parabole pour décrire ces gens-là ; leur portrait étant le reflet de leur mécréance. Après cela, comment quelqu’un peut-il dire du bien des mécréants en leur donnant le plus bel exemple sous prétexte d’être objectif et équitable. Oseriez-vous dire qu’Allah n’était pas enclin à la justice et à l’objectivité en leur faisant un tel portrait ? Cette description n’est pourtant pas étonnante si l’on sait que la mécréance est un mal en soi et qu’aucun bien ne peut l’atténuer. Pour preuve, Allah révèle : (Nous avons considéré leurs œuvres et les avons rendues vaines).[15]

 

Dans la sunna

 

Le Prophète (r) mit en pratique les recommandations de Son Seigneur. Il n’aimait pas évoquer les qualités des mécréants. S’il venait à entendre un musulman dire du bien d’eux, il se précipitait en réaction, de les critiquer sans omettre de préciser en quoi ils étaient condamnables. Entre autres, el Bukhârî et Muslim rapportent, selon ‘Âisha : « Lors de la maladie du Prophète (r)avant sa mort, deux de ses femmes évoquèrent en sa présence une église du nom de Maria qu’elles virent en Abyssinie. Elles décrivirent son bel aspect et firent mention des images qui ornaient sa décoration. Alors, il leva la tête et proclama : « Ces gens-là, quand un homme pieux parmi eux vient à mourir, ils érigent un lieu de prière sur sa tombe. Ensuite, ils l’ornent de ses images (ou statues) ; ces gens-là sont les pires créatures auprès d’Allah. » »

 

Nous pouvons voir comment il a dévié la conversation, qui, en apparence, était portée sur leurs qualités, pour mettre l’accent sur leurs défauts. Ainsi, il a démontré que le paramètre pour définir le bien et le mal était fonction de l’appréciation d’Allah : « Ces gens-là sont les pires créatures auprès d’Allah. » Il faut savoir que ce commentaire était adressé à des femmes qui s’étaient juste contentées de décrire les murs d’une église abyssinienne. Leur attention était portée uniquement sur l’architecture extérieure et la décoration. Il ne venait à l’idée d’aucune d’entre elles de faire l’éloge des mécréants.

 

Il est à souligner ici que le Prophète (r) a évoqué leurs pratiques païennes pour justifier sa critique. Il s’est basé sur le principe connu qu’aucun acte ne peut compenser l’association à Dieu. D’autres fois, il mettait l’accent sur les motivations ayant poussé ces individus à agir de telle ou telle façon. Selon Um Salama : « J’ai demandé au Prophète (r) : Hishâm ibn el Mughîra entretenait les liens de sang, il honorait ses invités, il soulageait les gens de la difficulté, et donnait à manger à autrui. S’il était encore vivant, il se serait certainement converti. Cela lui sera-t-il utile ?

-           Non ! Affirma-t-il. Il prodiguait ainsi pour que l’on garde de lui un bon souvenir dans de ce bas monde et pour recevoir les éloges, mais il n’a pas dit une seule fois dans sa vie : « Seigneur ! Pardonne-moi mes fautes le Jour des Comptes ! » »[16]

 

D’après Muslim, selon ‘Âisha : «  Ô Messager d’Allah, demandai-je ! Au temps de l’ignorance, ibn Jud’ân entretenait les liens de sang et donnait à manger aux pauvres, cela pourra-t-il lui être utile ?

-           Non ! Assura-t-il, cela ne lui profitera en rien, il n’a pas dit un seul jour : « Seigneur ! Pardonne-moi mes fautes le Jour des Comptes ! » »

 

Il a dévoilé (r) que l’ostentation privait de recevoir les éloges d’Allah (I) qui sont les plus véritables comme cela ne fait aucun doute. Les bonnes œuvres pour être considérées comme telles, ne se confinent pas aux apparences sans tenir compte de leur conformité au niveau des actes et de leur sincérité exclusive au niveau des intentions.

 

Nous pouvons citer un autre exemple qui relève probablement de ce registre (dire du bien des non-musulmans). D’après Muslim, selon ‘Â’idh ibn ‘Amr : « A la tête d’un groupe, Abû Sufiân passa devant Salmân, Shu’aïb, et Bilâl. Ces derniers lancèrent : « Par Allah ! Les épées d’Allah n’ont pas tranché la tête de l’ennemi d’Allah comme elles auraient dû le faire.

-           Osez vous dire cela au doyen et au maître de Quraïsh ! s’exclama Abû Bakr. »

 Ensuite, il alla chez le Prophète (r)pour lui faire part de ces paroles, mais ce dernier lui répondit : « Abû Bakr ! Tu les as peut-être mis en colère ! Si tel est le cas, tu as alors mis Ton Seigneur en colère ! »Abû Bakr est alors retourné les voir pour leur dire : « Mes frères ! Vous ai-je mis en colère ?

-          Non ! Mon frère, assurèrent-ils, qu’Allah te pardonne ! » »

 

Bien sûr, Abû Bakr n’a jamais eu l’intention de flatter Abû Sufyân avant sa conversion. Il voulait probablement les corriger et faire taire leur langue à son encontre dans l’espoir de ne pas le repousser de l’Islam, lui qu’il aspirait fortement voir guider. Il y a eu donc cet événement qui le poussa à revenir vers eux pour leur demander pardon. Déclencher la colère d’un frère ne peut que provoquer la colère d’Allah, surtout si la raison, quoique seulement en apparence, s’avère d’avoir complimenté un non-musulman. Certes, le savoir appartient à Allah !

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

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[1] Voir pour ce chapitre : raf’ e-zhull wa e-sighâr de Sheïkh ‘Abd el Mâlik Ramdhânî.

[2] Les Romains ; 7

[3] Tafsîr e-Sa’dî (3/1327).

[4] Les abeilles ; 60

[5] E-Sawâ’iq el mursala (3/1030).

[6] El A’râf ; 177

[7] El fawâîd (p. 28), voir également : e-Sawâ’iq el mursala (3/1036).

[8] Le vendredi ; 5

[9] El A’râf ;  175-177

[10] Majmû el fatâwâ(32/258).

[11] El Furqân ; 44

[12] Le Façonneur ; 22

[13] La vache ; 18

[14] La vache ; 171 voir : e-Sawâ’iq el mursala (3/1036).

[15] El Furqân ; 23

[16] Hadîth rapporté par Abû Ya’lâ (6965), e-Tabarânî dans el kabîr (23/379 et 391), avec une chaîne narrative authentifiée par Sheïkh el Albânî dans Silsilat el ahâdîth e-sahîha (2927).

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15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 17:51

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Les muwâzanât

(Partie 3)

 

« Certains ont une nature semblable au porc qui ne s’arrête pas devant les bons aliments, mais dès qu’un homme finit ses besoins, il se précipite sur ses excréments. Beaucoup de gens sont comme cela. S’ils entendent parler ou voit de leurs yeux tes qualités qui dépassent de loin tes défauts, ni ils ne les retiennent ni ils les répandent aux autres et ni elles ne leur conviennent. Néanmoins, au moindre lapsus et à la moindre bévue, ils se sentent dans leur élément, et se régalent à cœur joie. » [Ibn el Qaïyim dans madârij e-sâlikîn (1/435).]

 

Les contemporains à l’ouvrage

 

Les savants salafîs contemporains ont imité la voie des pieux Prédécesseurs ; ils sont de fervents opposants aux sectes et à leur maître à penser. Ils se sont attaqués aux différentes confréries soufies et aux mouvements hisbistes actuels dont la voie se distingue pour être contraire à celle du Prophète (r) et des Compagnons. Toute personne qui s’écarte ne serait-ce que d’un empan, de la sunna et du chemin des anciens n’échappe pas à leur vigilance dans la mesure où ils considèrent que la défense de la religion est en jeu.

 

De plus, ces fameux savants traditionalistes contemporains qui ont mis en déroute les symboles des différentes sectes de notre époque ont fait preuve de conformisme. Autrement dit, ils n’ont pas eu recourt au principe des muwâzanat (la balance ndt.) entre les bonnes et les mauvaises actions des personnes qui sont la cible de leurs critiques.

 

Manhaj ahl e-sunna wa el jamâ’a fî naqd e-rijâl wa e-tawâif de l’érudit D. Sheïkh Rabî’ ibn Hâdî ‘Umaïr el Madkharî, est considéré comme l’un des meilleurs ouvrages écris sur ce chapitre. Il a gagné l’assentiment des plus grands savants contemporains à l’auteur dont entre autres l’érudit l’Imam Sheïkh ‘Abd ‘Azîz ibn Bâz, l’érudit Sheïkh Mohammed Nasir e-Dîn el Albânî – qu’Allah leur fasse miséricorde –, l’érudit Sheïkh  Salih el Fawzân, etc.

 

Sheïkh ibn Bâz 

 

La question suivante fut posée à Sheïkh ibn Bâz : « Concernant la méthode à suivre des traditionalistes dans le domaine de l’opposition aux innovateurs et de la critique de leurs ouvrages, faut-il évoquer communément leurs bons et leurs mauvais côtés ou bien faut-il se contenter de citer leurs mauvais côtés ? »

 

Il répondit en ces termes : « Il est connu à travers le discours des savants au cours de leurs critiques, que ces derniers mettent en avant les mauvais côtés uniquement. L’objectif est d’avertir les gens et de leur montrer les erreurs des personnes concernées pour leur éviter d’y sombrer. Quant aux bons côtés, ils sont tout à fait naturels et de surcroît acceptables. Cependant, l’important dans ce contexte c’est de mettre en garde contre les fautes des jahmites, des mu’tazilites, des râfidhites, etc.

 

Si le besoin d’évoquer les éléments de vérité qu’ils détiennent se fait ressentir, le cas échéant il n’y a pas de mal à cela. Si quelqu’un demande par exemple : dans quels domaines sont-ils conformes à la vérité et aux traditionalistes ? La personne à qui la question est posée peut très bien répondre en connaissance de cause. Néanmoins, l’intérêt principal est de montrer leurs erreurs afin de mettre en garde celui qui pose la question, et qu’il ne soit pas tenté d’adhérer à leur tendance. »

 

Une autre personne lui demanda : « Certains gens prétendent qu’il faut absolument faire la balance entre les points positifs et les points négatifs lors de la critique d’un innovateur. La mise en garde consisterait à l’évoquer également en bien afin de ne pas faire preuve d’injustice.

-           Non ! Ce n’est pas obligé, répondit-il, ce n’est pas obligé ! »

 

En parcourant les ouvrages des traditionalistes, on se rendra compte que l’essentiel est de mettre les musulmans en garde contre le mal des innovateurs. Des ouvrages, comme Khalq af’âl el ‘ibâd, le chapitre el adab du recueil Sahîh el Bukhârî, e-sunna d‘Abd Allah le fils d’Ahmed, e-tawhîd d’ibn Khuzaïma, les réfutations de ‘Uthmân ibn Sa’îd e-Dârimî aux innovateurs, etc. Ils ont pour but de réfuter les erreurs des partisans des sectes ; l’intérêt n’est nullement de recenser leurs qualités. Ils ont donc un rôle d’avertissement ; les bons côtés ne servent à rien quand le coupable est un apostat, car l’apostasie annule purement et simplement les œuvres de son auteur. Quant à l’innovateur non apostat, son cas reste, malgré tout, très grave.

 

Quoi qu’il en soit, l’intérêt c’est de dénoncer et de mettre en garde contre les erreurs.[1]

 

Sheïkh el Fawzân

 

Après avoir répondu à une série de questions concernant les différents mouvements religieux, Sheïkh el Fawzân fut interrogé : « Sheïkh ! Devons-nous par exemple mettre en garde contre eux en négligeant totalement de citer leurs bons côtés ou bien devons-nous citer à la fois leurs bons et leurs mauvais côtés ?

-           Évoquer leurs bons côtés, répondit-il, signifie faire leur promotion… non ! Il n’est pas pertinent de citer leurs bons côtés. Il faut se contenter d’évoquer les erreurs. On ne t’a pas demandé de faire une étude sur leur situation et sur leurs leaders ; tu dois simplement dénoncer leurs erreurs dans l’espoir qu’ils s’en repentissent et afin de mettre les gens en garde contre ces derniers. Mais si tu te penches sur leurs bons côtés, ils pourront dire : c’est exactement ce que nous voulions ! »[2]

 

Sheïkh ‘Abd el ‘Azîz e-Salmân

 

On demanda également à Sheïkh ‘Abd el ‘Azîz Âl Mohammed e-Salmân – qu’Allah lui fasse miséricorde – si faire la balance entre les bons et les mauvais côtés était une condition pour critiquer les innovateurs, dans la pratique des anciens.

 

Il a répondu en ces termes : « Sache – qu’Allah nous concède la réussite ainsi qu’à tous les musulmans – qu’aucune anecdote provenant des pieux Prédécesseurs parmi les Compagnons, leurs successeurs, et leurs fidèles successeurs à toutes les époques, n’exprime qu’il faille honorer un seul innovateur, l’un de leurs alliés, ou celui qui appelle à s’en faire des alliés. Les innovateurs en effet sont des malades du cœur ; il est à craindre à travers leur relation ou même à leur contact d’être contaminé par leur contagion. Si le malade est capable d’infecter la personne saine, le contraire n’est pas vrai. Attention donc aux innovateurs en tout genre. Il incombe de s’éloigner et de couper les liens avec les innovateurs comme les jahmites, les râfidhites, les mu’tazilites, les mâturidites, les kharijites, les soufis, les ash’arites, et toute personne en général qui, comme eux, s’écarte de la voie des anciens. Le musulman doit non seulement faire attention à eux, mais il doit aussi prévenir les autres de leur mal. »[3] Fin de citation.

 

Sheïkh el Albânî

 

On a interrogé Sheïkh el Albânî sur la règle des muwâzanât. Au cours de la réponse dans laquelle il l’a tout bonnement désapprouvé, il a souligné entre autres : « D’où détiennent-ils qu’à l’occasion de dénoncer les erreurs de quelqu’un, qu’il soit un prêcheur ou non, il faille prendre le temps d’une conférence pour faire la liste de ses bons côtés du premier au dernier ? Allah Akbar ! C’est vraiment aberrant ! »[4]

 

Conclusion de ce chapitre

 

Après avoir exposé les tendances des savants prédécesseurs et contemporains, il devient clair que les muwâzanât dans le cadre de la critique des « partisans du faux » ne font pas parties des pratiques des traditionalistes. Ce manhaj implique des conclusions très dangereuses :

 

1-      Il suppose que les anciens étaient des ignorants.

2-      Il suppose qu’ils étaient injustes et qu’ils manquaient d’équité.

3-      Il suppose de mettre la bid’a et ses partisans en valeur, tout comme il implique de minimiser le rang des grandes références parmi les anciens, et par-là même de négliger la sunna et la vérité.[5]

 

Au demeurant, force est de constater que les partisans de cette règle – quoique complètement fausse sans compter qu’elle met en valeur l’innovation et ses adhérents – : « … qu’il ne l’a mette pas en pratique envers les traditionalistes contemporains et conformistes au chemin des anciens honorables. Ils ont plutôt tendance à leur imputer sournoisement et impunément les pires calomnies, sans oublier de répandre leurs tissus de mensonges aux quatre coins de la terre, dans le but de soutenir les innovateurs et de prendre leur défense. Ces malheureux se souillent ainsi en détournant les gens de la religion d’Allah et du chemin des anciens qu’ils s’en rendent compte on non. Ils se souillent ainsi en prêchant le faux et la bid’a qu’ils s’en rendent compte on non. »[6] Fin de citation.

 

Le savoir doublé d’une bonne intention est la condition pour parler de ces choses

 

Sheïkh el Islam ibn Taïmiya a dit : « D’autre part, celui qui parle de ses choses avec science doit absolument avoir une intention saine. Si, bien que son discours soit vrai, il veut à travers cela semer le désordre sur terre, il est comparable au guerrier qui se sacrifie au combat pour défendre son clan ou par ostentation. Cependant, s’il fait cela pour Allah afin de lui rendre le culte sincère et exclusif, il compte dans les rangs des combattants sur le sentier d’Allah parmi les héritiers des prophètes et les successeurs des messagers.

Ce registre ne va pas en opposition avec les paroles du Prophète (r) disant : « La médisance c’est dire sur ton frère ce qui lui déplait. » Le frère n’est autre que le croyant ; si le frère du croyant est sincère dans sa foi, il ne peut être affecté par la vérité aimée d’Allah et de Son Messager, quand bien même elle serait contre lui ou l’un de ses proches. Il doit plutôt établir la justice, en se faisant le témoin d’Allah aux dépens mêmes de sa propre personne, de l’un de ses parents ou de ses proches.

 

À partir du moment où il éprouve une certaine répulsion envers la vérité, cela dénote une certaine baisse de foi de la même façon que sa fraternité diminue proportionnellement à sa baisse de foi. Il ne doit pas tenir compte du mauvais sentiment qu’il éprouve en raison de sa foi faible ; et cela, étant donné qu’il doit absolument faire devancer l’amour d’Allah et de Son Messager à son mauvais sentiment envers les choses aimées d’Allah et de Son Messager, comme le formule le Verset : (tandis qu’Allah et Son Messager méritent mieux de se voir agréer).[7] »[8] Fin de citation.

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

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[1]  Voir l’introduction de e-nasr el ‘azîz (p. 8) ; extrait d’une cassette des cours d’été que Sheïkh ibn Bâz a donnés à Tâif  en 1413 h. il faut savoir que les écrits de son Éminence sont emplis de réfutations à l’encontre des innovateurs et des différentes doctrines comme e-tahdhîr min el Bida’, Naqd el qawmiya el ‘arabiya, et maintes réfutations à l’encontre des partisans du mawlid et des fêtes religieuses hérétiques et païennes instituées par différentes confessions. Ils ne contiennent aucune soi-disant muwâzanât que certains revendiquent. Sheïkh el Fawzân n’a pas employé une méthode différente que Sheïkh ibn bâz dans ses réfutations et ses controverses ; tous comme les autres savants de ce pays. En cela, ils se conforment strictement à la méthode des anciens.

[2] Voir l’introduction de e-nasr el ‘azîz (p. 8) ; extrait d’une cassette des cours d’été que Sheïkh a donnés à Tâif  en 1413 h.

 

[3]Voir l’introduction d’e-nasr el ‘azîz (p. 12).

[4]Extrait de la cassette : Ajwibat el Albânî ‘alâ as-ilat Abî el Hasan e-da’awiya.

[5]Voir : el mahajjat el baïdha fî himayat e-sunna el gharra de Sheïkh Rabî’ el Madkhalî (p. 127).

[6] Idem. (p. 31).

[7] Le repentir ; 62

[8] Majmû’ el masâil wa e-rasâil (5/281).

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14 avril 2013 7 14 /04 /avril /2013 17:45

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Les muwâzanât

(Partie 2)

 

Il existe trois sortes de divergences dans la religion : primo : dans le domaine de la reconnaissance du Créateur, et le renier relève de la mécréance ; secundo : dans le domaine des Noms et Attributs divins, et le renier relève de l’innovation ; tertio : dans le domaine des lois pratiques qui peuvent se voir sous plusieurs angles. Allah (I) a fait de ce genre de divergence une miséricorde par laquelle Il honore les savants. C’est à cette sorte dont fait allusion le hadîth (inventé ndt.) : « La divergence dans ma communauté est une miséricorde. » [El Khattâbî dans sharh sahîh Muslim  de Nawawî (11/258).]

  

C’est avec cette catégorie qu’on fait la balance des bons et des mauvais côtés

 

Selon ‘Urwa ibn e-Zubaïr, el Miswar ibn Makhrama se rendit chez Mu’âwiya au milieu d’une délégation pour lui exposer une affaire. Après la séance, Mu’âwiya le prit à part pour lui demander : « Miswar ! Où en sont tes critiques sur les émirs ?

-           Laisse ce sujet de côté et préoccupe-toi de l’affaire pour laquelle nous sommes venus !

-           Non, par Allah ! Je veux que tu me dises en face ce que tu me reproches. »

Son interlocuteur lui fit une liste de ses plaintes sans rien oublier. Puis, le Prince des croyants reprit la parole pour dire : « Je ne suis pas à l’abri de la faute, mais, Miswar, es-tu d’accord avec moi pour dire que mes actions en vue d’améliorer l’intérêt général sont multipliées par dix, ou bien ne sais-tu que compter les défauts et fermer les yeux sur les bonnes œuvres ?

-          Non, par Allah ! Nous ne faisons qu’évoquer les péchés dont nous t’avons fait part.

-          Je reconnais devant Allah chaque péché que j’ai commis. Mais, toi, Miswar, n’as-tu pas des péchés que tu gardes en toi et pour lesquels tu craignes de périr au cas où Allah daignerait te les pardonner ?

-          Si !

-          Alors, qu’est-ce qui te permet de croire que tu es plus enclin à te faire pardonner que moi ? Par Allah, j’ai bien plus de responsabilités que toi, pourtant, si j’avais l’alternative entre choisir Allah (I) et n’importe qui d’autre, j’opterais pour le premier sans la moindre hésitation. J’adhère à une religion dans laquelle le Très-Haut accepte les œuvres et rétribue pour les bonnes, mais aussi pour les mauvaises œuvres, bien qu’Il puisse ne pas tenir compte de ces dernières. J’espère qu’Il me multipliera chacune de mes bonnes actions, en sachant que j’honore des responsabilités dont ni toi ni moi ne pouvons évaluer l’importance ; la prière, le djihâd, la loi d’Allah, et plein d’autres que tu serais incapable de dénombrer quand bien même je t’en dresserais une liste. Alors, pense à cela ! »[1]

 

Sa’îd ibn el Musayïb : « Tout savant, tout homme honorable ou de haut rang a des défauts. Cependant, quand on a plus de bons que de mauvais côtés, les bons côtés l’emportent ; et quand on a plus de mauvais côtés, ce sont eux qui l’emportent. »[2]

 

Ibn Sîrîn : « Si tu ne fais qu’évoquer les défauts de ton frère, sans ses qualités, tu auras fait preuve d’injustice envers lui. » [3]

 

Sha’bî : « Les arabes disaient : quand les qualités l’emportent sur les défauts, nous avons à faire à l’homme parfait, quand ils s’équivalent, nous avons à faire à l’homme moyen (mutamâsik), et quand les défauts l’emportent sur les qualités, il mérite les critiques. »[4]

 

Sufiân e-Thawrî : « Personne n’est à l’abri de l’erreur, mais tout est fonction de l’ascendant : quand la mémoire est prépondérante à l’erreur, on est un érudit (hâfizh), mais quand l’erreur est prépondérante à la mémoire, on perd sa crédibilité. »[5]

 

‘Abd Allah ibn el Mubârak : « Ne mentionnent pas les défauts quand c’est les qualités qui l’emportent, et ne mentionnent pas les qualités quand c’est les défauts qui l’emportent. »[6]

 

Il est également l’auteur des paroles : « Un homme ayant un grand passé dans l’Islam et ayant laissé une bonne trace, peut très bien être l’auteur d’un écart et d’une faute dans lesquels il ne faut pas le suivre. »[7]

 

Mais aussi : « En dénigrant les savants on perd son au-delà, en dénigrant les émirs, on perd sa vie d’ici-bas, et en dénigrant les frères, on perd sa bonne réputation. »[8]

 

L’Imam Ahmed : « Aucune critique n’est acceptée contre un homme dont la crédibilité est affirmée, sauf si elle dissipe toute suspicion sur la chose. »[9]  

 

Ibn Jarîr Tabarî : « Si on devait discréditer et refuser le témoignage de toute personne ayant été accusée de telle ou telle mauvaise tendance, il faudrait délaisser la plupart des traditionnistes de tous les horizons. Tous ont été d’une manière ou d’une autre été stigmatisés par un groupe. »[10]

 

Et comme le dit le poète :

 

Quand l’ami est coupable d’une seule faute ; ses bon

Côtés intercèdent mille fois en sa faveur

 

B- La catégorie qu’il est permis de critiquer, de condamner, et de mettre en garde contre ses méfaits

 

      Premièrement : il est permis, je dirais même qu’il incombe de parler sur les innovateurs et de mettre en garde contre eux et leurs innovations ; il peut aussi bien s’agir de groupes que de particuliers, qu’ils soient de notre époque ou des temps anciens. Nous pouvons compter parmi eux les kharijites, lesrâfidhites, les jahmites, les murjites, leskarrâmites, et les penseurs scolastiques (ahl el kalâm).

 

Les sciences du kalâm sont à l’origine de nombreuses croyances erronées comme la négation en tout ou en partie des Attributs d’Allah. Il faut donc mettre en garde contre ces sectateurs, leurs ouvrages, les sectes et les mouvements contemporains qui ont repris leur flambeau ; ils se caractérisent pour se distinguer, contester, et s’écarter de la voie des « partisans du tawhîd et de la sunna ». Bien plus, ils s’érigent en ennemis contre eux et détournent les gens de leur tendance.

 

Il faut également rattacher à ces sectateurs toute personne qui s’allie à leurs tendances, qui prend leur défense, met en avant leurs qualités, leur fait les louanges ainsi qu’à leurs symboles parmi leurs élites et leurs chefs. Certains gens sont en effet susceptibles de préférer leur voie à celle des « partisans de l’unicité, de la tradition et de l’union ».

 

      Deuxièmement : il est permis de faire la critique des rapporteurs non crédibles à l’unanimité des savants, il est même un devoir de le faire comme le relate e-Nawawî et ibn Taïmiya – qu’Allah leur fasse miséricorde –.[11] Si l’on recense les différentes anecdotes des grandes références de la religion concernant la défense du patrimoine de l’Islam, dont l’opposition aux mubtadi’, on se rendra compte que les savants faisaient la critique des innovateurs et des rapporteurs du hadîth. Il n’a jamais été question de faire impérativement la balance entre leurs qualités et leurs défauts. Ils ont compilé des ouvrages entiers sur la critique des rapporteurs (jarh wa e-ta’dîl), sur la défense de la sunna, sur les hadîth inventés, sans jamais faire allusion de près ou de loin aux muwâzanât (faire la balance entre les qualités et les défauts ndt.).

 

Les anciens à l’ouvrage

 

Certains de leurs ouvrages sont spécialement consacrés à la critique négative (jarh), aux rapporteurs non crédibles, en évoquant les savants qui les ont jugés ainsi. Ils ne font pas la moindre mention de la restriction des muwâzanât.[12] En se penchant dessus, on pourra y constater l’obligation de mettre en garde contre les innovateurs. Aucun d’entre eux n’a avancé qu’il fallait accompagner toute mauvaise critique des mubtadi’ et des personnes évoquées par leurs mauvais côtés, de critiques positives (ta’dîl) en évoquant leurs bons côtés. Ils se contentent de réfuter les erreurs d’un auteur, des groupes ou des particuliers affiliés à ces sectes sans se tourner vers leurs qualités.

 

Il suffit de feuilleter les écrits de l’Imam Ahmed, de son fils ‘Abd Allah, d’el Bukhârî dans Khalq af’âl el ‘ibâd, d’el Khallâl, d’ibn Khuzaïma dans les livres e-sunna et e-tawhîd. Que dire notamment des écrits d’ibn Batta dans son commentaire et dans el ibâna, de Sharh usûl ahl e-sunna d’e-Lâlakâî, de l’introduction de Sharh e-sunna d’el Baghawî, de la muqaddima d’ibn Mâja. Nous pouvons recenser également e-sunna d’ibn Abî Dâwûd dans son recueil e-sunan, el hudja fî bayân el mahadja d’ibn Abî Qâsim e-Taïmî el Asfahânî ; voir enfin les œuvres de Sheïkh el Islam ibn Taïmiya, d’ibn el Qaïyim, et de l’Imam Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb pour se rendre compte de leur position et de leur relation envers les innovateurs.[13]

 

Les savants prédécesseurs se sont engagés dans la réfutation aux différentes sectes hérétiques ; les râfidhites, lesqadarites, les jahmites, les mu’tazilites, les kharijites, les murjites, les ash’arites, les mâturidites, et les soufis. Ils se sont opposés entre autres à leurs chefs spirituels (ru-ûs el mubtadi’a) à l’instar de Jahm ibn Safwân, Bishr el Mirrîsî, ibn el Mutahhir el Hillî, e-Râzî, ibn ‘Arabî. Les traditionalistes s’en sont pris aussi à el Âmudî, el Ghazâlî, el Bakrî, el Akhnâî, e-Subkî, etc.

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

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[1]Rapporté par Ma’mar dans jâmi’ bi dhaïl musannaf ‘Abd e-Razzâq (11/344).

[2] Jâmi’ bayân el ‘ilm wa fadhlilî d’ibn ‘Abd el Barr (2/821).

[3] El jâmi’ li ikhtilâf e-râwî wa âdâb e-sâmi’ (2/202).

[4] El jâmi’ li ikhtilâf e-râwî wa âdâb e-sâmi’ (2/202).

[5]Rapporté par el Khatîb dans el kifâya (n° 408).

[6] Siar a’lâm e-nubalâ de Dhahabî (8/71).

[7] El istiqâma d’ibn Taïmiya (2/219-220).

[8] Ibn ‘Asâkir (32/333).

[9] Tahdhîb e-tahdhîb (7/273).

[10] Hadî e-sârî muqaddima Fath el Bârî d’ibn Hajar (p. 605).

[11]Voir : Majmû’ el fatâwâ (28/234).

[12]Voir : Manhaj ahl e-sunna wa el jamâ’a fî naqd e-rijâl wa e-tawâif (p. 32). L’auteur – qu’Allah le préserve – a cité certains exemples pour appuyer cet argument (voir par exemple p. 33-34).

[13] Idem. (p. 70).

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13 avril 2013 6 13 /04 /avril /2013 15:36

terre

 

 

Les muwâzanât

(Partie 1)

 

« Si tu ne fais qu’évoquer les défauts de ton frère, sans ses qualités, tu auras fait preuve d’injustice envers lui. » » [Ibn sîrîn dans el jâmi’ li ikhtilâf e-râwî wa âdâb e-sâmi’ d’el Khattâbî (2/202).]

 

 

Louange à Allah le Seigneur de l’Univers ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !

 

Chapitre I : La règle[1] 

 

Introduction 

 

Il est établi chez les grandes références parmi les anciens la question de réfuter les erreurs des individus[2] (e-radd ‘alâ el mukhâlif) ; autant les traditionalistes[3] s’étant trompés dans les domaines du figh ou de la ‘aqîda que les innovateurs. Il n’est pas imposé de citer les qualités de la personne réfutée, ou encore de faire la balance entre ses bons et ses mauvais côtés. Allah a, en effet, fait les éloges des croyants sans pour autant avoir cité leurs défauts. Le Prophète (r) a, pour sa part, mis sa communauté en garde contre les innovateurs sans tenir compte de leurs qualités. Ainsi, il (r) peut évoquer le défaut d’un individu sans ne signaler aucune qualité en retour, car son intention est de prodiguer le bon conseil.

 

Selon ‘Âichâ – qu’Allah l’agrée –, le Messager (r) récita le Verset : (Il est Celui qui vous a révélé le Livre ; celui-ci contient des versets explicites qui incarnent la mère du Livre ; d’autres sont ambigus. Quant à ceux qui ont le cœur fourbe, ils s’en tiennent à la partie ambiguë pour semer le désordre et pour en faire une mauvaise interprétation).[4] Puis, il expliqua : « Si vous voyez des gens suivre les Versets ambigus, sachez qu’Allah les a dénoncés dans Son Livre ; alors, méfiez-vous d’eux. »[5] Abû Huraïra (t) a dit : « Il y aura à la fin des temps, des gens qui tiendront un discours que vous n’aurez jamais entendu ni vous ni vos pères, alors méfiez-vous d’eux. »[6] 

Il ne peut échapper que les innovateurs ont des qualités. Malgré cela, le Messager d’Allah (r) n’en a pas tenu compte et il ne les a pas évoquées. Il n’a pas dit par exemple : « Vous devriez tirer profit de leurs qualités. »[7]

 

Le meilleur des hommes (r) a condamné des personnes en particulier sans prendre la peine d’évoquer leurs bons côtés ; les textes suivants le confirment :

 

1- Selon ‘Âicha – qu’Allah l’agrée –, un homme demanda à s’introduire chez le Prophète (t). Après l’avoir vu, ce dernier s’exclama : « Cet homme est vraiment d’une mauvaise compagnie ! »[8]

 

El Qurtubî – qu’Allah lui fasse miséricorde – commente : « Ce hadîthexprime l’autorisation de médire sur une personne qui affiche un comportement débauché, pervers, ou tout autre mauvais comportement comme celui d’être injuste dans ses fonctions, ou de prêcher l’innovation… »[9] E-Nawawî souligne pour sa part : « Ce hadîth énonce qu’il faut avoir du tact avec les personnes dont on craint les méfaits ; qu’il est autorisé de médire sur les pervers qui affichent leur mauvais comportement et toute personne en général contre laquelle il faut mettre les gens en garde. »[10]

 

2- Lorsque Fâtima bint Qaïs informa le Prophète (r) que Mu’âwiya ibn abî Sufiân et Abû Jahm l’avaient tous deux demandé en mariage, il lui fit savoir : « Quant à Abû Jahm, il ne lâche jamais le bâton de son épaule, tandis que Mu’âwiya est pauvre et ne possède pas d’argent. Épouse plutôt Usâma ibn Zaïd. »[11] Nul doute pourtant que les deux hommes en question possédaient des qualités, mais la situation voulait que le meilleur des hommes (t) n’en dise pas plus.

 

3- Selon ‘Âicha – qu’Allah l’agrée –, Hind bint ‘Utba se plaignit au Prophète (t) : « Messager d’Allah ! Abû Sufiân est un homme avare ; comme il ne survient pas correctement à nos besoins à mon fils et à moi, je me sers toute seule dans son argent sans le mettre au courant.

-           Prends dans son argent ce dont tu as besoin pour ton fils et toi, dans les limites du convenable. »[12]

 

El Hâfidh ibn Hajar a fait le commentaire suivant : « L’auteur s’est inspiré de ce hadîthpour démontrer qu’il est autorisé de dire sur le dos d’une personne ce qu’il ne lui plait pas d’entendre, dans le cadre d’une fatwa, d’une plainte, etc. Cette situation entre dans les six domaines dans lesquels il est permis d’avoir recours à la médisance. »[13]

 

Le Prophète (r) n’a donc pas reproché à cette femme de citer les mauvais côtés dans sa plainte. Il ne lui a pas imposé non plus de faire la liste des qualités de son mari qui n’en manque pas (en sachant qu’il s’agit d’Abû Sufiân).[14]

 

La réfutation aux innovateurs

 

Sheïkh el Islam ibn Taïmiya – qu’Allah lui fasse miséricorde – mentionne à ce sujet : « Critiquer les rapporteurs de hadîthen toute vérité et les hérésies des innovateurs est une obligation religieuse. » il a dit : « Les opposants comme les chefs de file des innovateurs, les auteurs des opinions ou de pratiques contraires au Coran et à la sunna, il incombe à l’unanimité des musulmans, de dévoiler leur situation à la nation et de les mettre en garde contre eux. On demanda à l’Imam Ahmed : « Vaut-il mieux, à tes yeux, faire la prière la nuit, le jeûne le jour, et des retraites spirituelles ou bien parler sur les innovateurs ?

-           En priant la nuit, en jeûnant le jour, et en se retirant dans les mosquées, on est le seul à en profiter ; tandis qu’en parlant sur les innovateurs, on en fait profiter tous les musulmans. Nul doute que cela vaut mieux ! » 

 

Il a expliqué que cet intérêt revient à la communauté entière dans le domaine de la religion. Cette initiative est du même ordre que la guerre sur le chemin d’Allah puisqu’elle permet de purifier le chemin d’Allah, Sa religion, et Sa législation. À l’unanimité des savants, il incombe à une partie de la communauté de défendre les musulmans contre les méfaits et la rébellion de ces gens-là. Si Allah ne faisait pas brandir cet étendard pour les affronter, la religion serait directement en péril.

 

Les dommages seraient même plus considérables que ceux occasionnés par l’épée des envahisseurs. Lorsque l’ennemi, en effet, s’empare des terres musulmanes, il ne corrompt pas les cœurs et les convictions si ce n’est que par voie de conséquence, tandis que ces gens-là les détériorent d’emblée.»[15]

 

Certains critères à respecter concernant aussi bien les groupes que les individus

 

Ces critères déterminent quelles catégories de personnes il faut respecter, honorer et auxquelles il n’est pas permis de détériorer l’honneur et quelles catégories il est autorisé de critiquer et d’en dire du mal. La critique devient même obligatoire si le besoin ou l’intérêt se fait ressentir sans pour autant devoir énoncer les qualités de la personne visée.

 

A- Qui doit-on honorer ?

 

Premièrement : les messagers et les Prophètes.

Deuxièmement : les Compagnons (y) que les membres de la communauté doivent aimer et respecter.

Allah leur a consacré les plus beaux éloges dans Son Livre. Il y a évoqué leur rang, leur combat dans lequel ils ont sacrifié leurs biens et leurs vies. Le Messager d’Allah (r)également leur a rendu le plus bel hommage que ce soit dans l’ensemble ou à certains d’entre eux en particulier. Les grandes références de l’Islam se sont penchées sur leurs mérites en consacrant dans ce domaine de multiples ouvrages.

 

Le Messager d’Allah (r) a interdit de proférer des insultes contre eux à travers ses dires : « N’insultez pas mes Compagnons, car par Celui qui détient mon âme entre Ses Mains ! Si l’un d’entre vous dépensait l’équivalent de la montagne d’Uhud en or, il n’aurait pas atteint une poignée de l’un d’eux ni même la moitié. »[16] Les traditionalistes les considèrent à leur juste valeur et défendent vigoureusement leur honneur. Ils interdisent, en outre, de s’immiscer dans les querelles qui ont éclaté entre Mu’âwiya et ‘Alî, en comptant le reste des Compagnons qui s’y sont investis. Ils établissent que les deux parties méritent la récompense pour avoir fait l’effort de parvenir à la vérité. Ils ont considéré toute personne qui s’initie à dire du mal d’eux, comme un vulgaire égaré, voire un zindîq.

 

Troisièmement : les fidèles successeurs des Compagnons avec à leur tête leurs successeurs directs (les tâbi’ûn). À travers tous les horizons, ces derniers se distinguent pour avoir connu certains Compagnons et pour les avoir pris en modèle à l’exemple des sept fuqahâ (pl. de faqîh ndt.) de Médine. Par la suite, il y a eu les grandes références de hadîth, de figh, et de tafsîr qui étaient dans la lignée des contemporains du Prophète (r) et des tâbi’ûn.

 

Ils correspondent notamment à toutes les personnes qui sont conformes à leur voie dans la croyance, dans l’attachement au Coran et à la sunna, dans le refus des innovations, dans la défense de la vérité et de ses partisans jusqu’à ce jour et jusqu’au jour où Allah décrétera la fin du monde. Ils sont ceux que le Messager d’Allah (r) a décrits en ces termes : « Une partie de ma communauté sera toujours maintenue sur la vérité ; ils resteront ainsi jusqu’au jour où viendra l’Ordre d’Allah. »

 

En parlant de cette catégorie d’individus, Sheïkh el Islam ibn Taïmiya a dit : « Si l’un d’eux fait une mauvaise interprétation qui somme toute est plausible, il n’est pas permis de l’évoquer en mal et de le critiquer ; si l’on sait qu’Allah lui a pardonné sa faute. Il incombe même au regard de la foi et de la piété qu’il renferme, de l’aimer et de s’allier à lui. Il faut remplir le devoir qu’Allah a imposé envers lui, qui consiste à l’évoquer en bien, à invoquer le pardon en sa faveur, etc. »[17]

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

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[1] Voir pour ce chapitre : Kun Salafiyan ‘ala el Jadda de Sheïkh ‘Abd e-Salâm e-Suhaïmî.

[2] Ce principe est établi chez les traditionalistes. Ils l’insèrent dans le registre du bon conseil. Les Textes du Coran et de la sunna, et le consensus confirment explicitement le principe de réfuter les erreurs commises. Pour plus d’explication, se référer à l’ouvrage très important ayant pour titre : Manhaj ahl e-sunna wa el jamâ’a fî naqd e-rijâl wa e-tawâif de l’érudit Sheïkh Rabî’ ibn Hâdî el Madkhalî – qu’Allah le protège – et l’autre livre également très  intéressant du Docteur Bakr Abû Zaïd : e-radd ‘alâ el mukhâlif min usûl el Islâm

[3]Néanmoins, si un traditionaliste connu de surcroît pour défendre la sunna commet une erreur dans des questions qui n’entachent pas le dogme, il est possible lors de sa réfutation de mentionner ses bons côtés en sachant que son erreur se noie dans l’immensité de son œuvre. Quant aux égarés, il est intolérable de citer leurs bons côtés… Ces paroles sont du Sheïkh érudit, le Docteur Sâlih ibn Fawzân – qu’Allah le protège –. 

[4] La famille d‘Imrân ; 7

[5]D’après el Bukhârî et Muslim dans leurs recueils e-sahîh.

[6]Voir : l’introduction de Muslim.

[7]Voir : Manhaj ahl e-sunna wa el jamâ’a fî naqd e-rijâl wa e-tawâif (p. 18).

[8]Rapporté par el Bukharî. Voir : el fath (10/471).

[9] Fath el Bârî (10/452).

[10]Voir l’explication d’e-Nawawî de Sahîh Muslim (16/144).

[11] Sahîh Muslim (2/1114).

[12] Voir : Fath el Bârî (9/507).

[13] Fath el Bârî (9/509).

[14] Voir : Manhaj ahl e-sunna wa el jamâ’a fî naqd e-rijâl wa e-tawâif (20-21).

[15] Majmû’ el fatâwâ (28/231-232).

[16] Rapporté par Bukhârî et Muslim.

[17] Majmû’ el fatâwâ (28/234).

 

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10 avril 2013 3 10 /04 /avril /2013 16:30

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La chair des savants est empoisonnée !

(Partie 3)

 

Selon Abû Huraïra (t), j’ai entendu dire le Prophète (r) : « Une parole prononcée à la légère peut faire trébucher l’individu en Enfer à une distance plus longue que celle entre l’orient et l’occident. »[1] Selon Bilâl ibn el Hârith el Muzanî (t), le Messager d’Allah (r) a affirmé : « Allah (U) écrit Son Agrément pour une parole prononcée par un individu n’ayant pas pensée qu’elle aurait pu attendre ce mérite, et cela, jusqu’au Jour de Sa rencontre. Et Il (U) écrit Sa Colère pour une parole prononcée par un individu n’ayant pas pensé qu’elle aurait pu atteindre cette gravité, et cela jusqu’au Jour de Sa rencontre. »[2]

 

Sufiân ibn ‘Abd Allah (t) a demandé au Prophète (r) : « Parle-moi d’une chose avec laquelle je peux me prémunir.

-                    Dis : mon Seigneur est Allah ; ensuite, suis le droit chemin.

-                    Messager d’Allah ! Quelle est la chose dont tu crains le plus pour moi ?

Ceci, a-t-il répondu en ayant pris sa langue entre les doigts. »[3]

 

Selon Abû Sa’îd el khudri (t), le Prophète (r) a dit : « Tous les matins, les membres du corps renient la langue en lui disant : crains Allah ! Car nous dépendons de toi ; si tu te tiens droite, nous restons droits, mais si tu dévies alors nous dévions avec toi. »[4]

 

Mu’âdh ibn Jabal (t) a demandé : « Cher Messager d’Allah ! Informe-moi d’une œuvre qui me fera entrer au Paradis et qui m’éloignera de l’Enfer.

-                   Tu m’as demandé une chose bien grave, mais elle est facile pour la personne à qui Allah (U) l’aura rendu facile. Adore Allah sans rien lui associer, observe la prière, verse l’aumône, jeûne le mois du ramadhan, et fais le pèlerinage. Il a dit ensuite : veux-tu que je t’oriente vers les portes du bien ? Le jeûne est une protection, l’aumône éteint les péchés comme l’eau éteint le feu, et la prière au milieu de la nuit. Puis, il a récité : (Ils se détachent de leur couche…en récompense à leurs actions).[5] Voulez-vous que je vous informe, a-t-il poursuivi, de l’essence de la religion, sa colonne vertébrale, et son sommet ?

-                   Bien sûr Messager d’Allah ! ai-je répondu.

-                   L’essence de la religion c’est l’Islam, sa colonne vertébrale c’est la prière, et son sommet c’est le jihâd. Il a dit ensuite : Voulez-vous que je vous informe comment préserver tout ceci ?

-                   Bien sûr Messager d’Allah ! ai-je répondu.

-                   Retiens ta langue !

-                   Prophète d’Allah ! Nous est-il tenu rigueur de nos paroles ?

-                   (…) Mu’âdh ! Les gens sont-ils jetés sur leur visage (ou a-t-il dit sur leur narine) en Enfer pour d’autres raisons que les effets de leurs langues ! »[6]

 

Selon Sa’îd ibn Zaïd, le Prophète (r) a déclaré : « La pire forme d’intérêt, c’est de porter atteinte à tord à l’honneur d’un musulman. »[7]

 

Selon Abû Huraïra (t), le Prophète (r) a déclaré : « Quiconque a fait subir une injustice à son frère dans son honneur ou autre, il doit la réparer avant le Jour où il n’aura plus ni or ni argent pour le faire. Il lui sera pris de ses bonnes actions s’il en a, selon l’ampleur de son injustice. Mais, s’il n’a aucune bonne action pour la compenser, il lui sera adossé les mauvaises actions de sa victime. »[8]

 

Selon ibn Shuraïh el Khuzaï’î, le Prophète (r) a déclaré : « Quiconque croit en Allah et au Jour du Jugement Dernier doit être bienveillant envers son voisin, Quiconque croit en Allah et au Jour du Jugement Dernier doit honorer son invité, Quiconque croit en Allah et au Jour du Jugement Dernier doit dire du bien ou se taire. »[9]

 

La médisance et la calomnie sont d’autant plus abominables quand il s’agit des savants !

 

Bonne nouvelle à Sheïkh el Fawzân ![10]

 

L’individu doit patienter au mal que les autres lui font subir au niveau de sa personne, de son honneur, et de ses biens. Ce genre de malheur est largement plus difficile à supporter. Par nature, l’homme n’aime pas se faire dominer ; celui qui lui fait du mal hante constamment son esprit et seule la vengeance peut le soulager. Les prophètes et les véridiques sont les seuls à pouvoir endurer ce genre d’épreuves. Malgré les atteintes incessantes faites à sa personne, notre Prophète (r) a déclaré : « Qu’Allah fasse miséricorde à Musa ! Il a subi bien pire, mais il a su patienter. »[11] Après avoir été physiquement malmené par son peuple, l’un des prophètes s’est exclamé : « Ô Allah ! Pardonne-leur, car ils ne savent pas ! »[12] Certaines annales rapportent que Mohammed (r) a eu la même parole en réaction aux attaques venant de son peuple.[13] Dans son invocation, il a ainsi réuni trois éléments : il a fait preuve de clémence à leur égard, il a demandé au Seigneur de leur pardonner, et il leur a même trouvé une excuse en avançant qu’ils ne sont pas conscients de leurs actes.

 

Cette forme de patience a pour fruit de donner la victoire, de guider sur la bonne voie, de procurer la joie et la force en Dieu, de Lui vouer un plus grand amour, de recevoir aussi de la part des gens un plus grand amour et d’accumuler plus de savoir. C’est pourquoi, le Seigneur (U) révèle : (Nous avons fait d’une partie d’eux des exemples (Imam) guidés par Notre Ordre, en raison de leur patience et, car ils étaient convaincus par nos Signes (ou Versets)).[14] Grâce à la patience et à la conviction, on obtient ainsi l’autorité dans la religion. Si l’individu ajoute à la patience, la force de la conviction que représente la foi, il s’élève en échelon pour atteindre le bonheur grâce au Seigneur (U). Telle est la Faveur d’Allah qu’Il concède à qui Il veut parmi Ses créatures, alors que Sa Faveur est immense ! C’est pourquoi, Allah révèle : (Rend le mal par le bien ; tu vas ainsi transformer un ennemi avéré en ami intime • Seuls les gens patients peuvent y parvenir, seuls ceux qui ont un haut rang peuvent y parvenir).[15]

 

Conclusion : il ne faut pas faire le jeu de certains groupes mal intentionnés dont l’une des ambitions est de séparer les musulmans de leurs références religieuses, et de les livrer à l’abandon comme des brebis galeuses. Il faut peser les conséquences de ses actes, Mr Youssef, dont le nom n’est pas sans rappeler celui d’un grand homme qui fut au service d’un… Pharaon ! Sachez que c’est dans les moments difficiles que l’on reconnait l’homme sage… S’il n’y a avait d’autres inconvénients à prononcer de telles paroles que de déclarer la guerre au Seigneur en portant atteinte à l’un de ses élus… même dans l’éventualité où Sheïkh el Fawzân – qui soit dit en passant n’est pas chef du Haut Conseil de la Justice d’Arabie Saoudite, mais peut-être faites-vous allusion à Sheïkh e-Luhaïdân. Il y a donc erreur sur la personne, mais me direz-vous c’est sans importance, nous n’en sommes pas à une iniquité près – (mais aussi Sheïkh ibn Bâz, Sheïkh el Albânî, et le nouveau moufti), n’est pas un élu de Dieu, tout homme sensé ne peut se risquer à le vérifier à ses dépens…

 

Par : Karim Zentici

 

 

 

 



[1] Rapporté par el Bukhârî (6112) et Muslim (50).

[2] Hadith bon et authentique ; voir : Sahîh e-Targhîb wa e-Tarhîb (2878).

[3] Hadith bon et authentique ; voir : Sahîh e-Targhîb wa e-Tarhîb (2862).

[4] Hadith considéré bon ; voir pour l’explication : Madârij e-Sâlikîn d’ibn el Qaïyam (1/115).

[5] La prosternation ; 16-17

[6] Hadith bon et authentique ; voir : Sahîh e-Targhîb wa e-Tarhîb (2866). L’un des plus grands jihad, c’est donc de contrôler ce petit muscle mouillé, qui bouge sans cesse.

[7] Rapporté par e-Tirmidhî ; voir : Sahîh e-Targhîb wa e-Tarhîb (2833).

[8] Rapporté par el Bukhârî (2317).

[9] Hadith authentique ; voir : Sahîh el Jâmi’ (6501).

[10] Voir pour se passage : Qâ’ida fi e-Sabr wa e-Shukr, Sheïkh el Islam.

[11] Rapporté par el Bukhârî (3150) et Muslim (1062).

[12] Rapporté par el Bukhârî (3477) et Muslim (1792).

[13] Rapporté par e-Tabarânî dans e-Tarîkh el Kabîr (5694) avec une chaîne narrative Munqati’ (dont il manque l’un de ses éléments).

[14] La prosternation ; 34

[15] Les Versets détaillés ; 33-35

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9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 08:55

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La chair des savants est empoisonnée !

(Partie 2)

 

Or, Allah a interdit toute forme de préjudice à travers le Verset : (Ceux qui font du tort aux croyants et aux croyantes alors qu’ils n’ont rien fait, sont les auteurs d’une calomnie et d’une faute évidente).[1] Allah (I) nous informe que d’imputer aux croyantes et aux croyantes ce dont ils sont innocents dans le but de les dénigrer et de les mépriser, c’est commettre une énorme calomnie et un péché terrible par la même.

 

Selon ibn Mas’ûd (t), le Messager d’Allah (r) a déclaré : « Injurier le musulman c’est de la perversion tandis que le tuer c’est de la mécréance. »[2] La perversion correspond à transgresser l’autorité d’Allah et du Messager. Au regard de la religion, c’est pire que la simple désobéissance. Injurier c’est insulter quelqu'un et dire du mal de lui. Selon Hakîm ibn Sa’d, j’ai entendu dire ‘Alî : « Ne soyez pas prompts à répandre les nouvelles et à ne soyez pas indiscret, car vous allez bientôt rencontrer des malheurs et des troubles terribles. »[3] Il fait allusion au fait de répandre la débauche et de ne pas s’empêcher de trahir et de divulguer les secrets les plus intimes, en se mêlant de la vie privée des autres.[4]

 

Selon ‘Iyâdh ibn Himâr, le Messager d’Allah (r) a déclaré : « Allah m’a révélé : soyez humbles de façon à ce que personne ne s’acharne sur son frère ou ne se montre supérieur à lui.

-                    Cher Messager d’Allah ! Ai-je demandé, vois-tu si quelqu’un m’insulte ou cherche à m’abaisser devant tout le monde, m’est-il permis de lui répondre ?

-                    Les personnes qui se rendent les insultes sont des démons qui se font des assauts réciproques et qui se lancent des mensonges. »[5]

 

Les assauts réciproques correspondent à des offenses verbales au cours desquelles chacun accuse son adversaire à tort.[6] (Celui qui ne se repent pas fait vraiment partie des injustes) : pour avoir transgressé les interdits d’Allah et avoir refusé de se repentir.

 

(Ô croyants ! Évitez bon nombre de suspicions, car certaines suspicions sont des péchés) : à travers ce Verset, Allah (I) enjoint à Ses serviteurs croyants d’éviter bon nombre de suspicions qui correspondent aux accusations non fondées et à suspecter sans raison sa famille (son épouse), ses proches, et les gens en général. Le fait est que certaines de ses suspicions sont des péchés purs. ‘Omar (t) ibn el Khattâb aurait dit : « Tu dois te faire une bonne opinion de la parole de ton frère croyant dans la mesure où il est possible de l’interpréter en bien. » selon ‘Abd Allah (t) son fils : « J’ai entendu dire le Prophète (r) alors qu’il tournait autour de la Ka’ba : tu es si pure ! Ton parfum est si pur ! Tu es si illustre ! Et tellement sacré ! Mais par Celui qui détient l’âme de Mohammed dans Sa Main ! Le croyant est encore plus sacré auprès d’Allah (U) que toi dans ses biens et son sang ; il faut se faire uniquement une bonne opinion de lui. »[7]

 

Selon Abû Huraïra, le Messager d’Allah (r) a déclaré : « Méfiez-vous de la suspicion, car la suspicion est le pire des mensonges. Ne vous abusez pas (dans vos transactions), ne vous enviez pas, ne vous haïssez pas, ne vous rivalisez pas les uns les autres, et ne complotez pas les uns contre les autres. Soyez plutôt des frères ô serviteurs d’Allah ! »[8]

 

Sufiân e-Thawrî a dit : « Il y a deux sortes de suspicions ; l’une d’entre elles, qui consiste à faire état de ses impressions, est un péché ; l’autre, qui consiste à ne pas en faire état, n’est pas un péché. » (car certaines suspicions sont des péchés) : E-Shawkânî a commenté à ce sujet : « C’est la raison pour laquelle il fut enjoint précédemment d’éviter bon nombre de suspicions car certaines d’entre elles consistent tout simplement à se faire une mauvaise opinion des gens biens. »[9]

 

Selon ibn ‘Omar (t), le Prophète (r) a déclaré : « Vous qui croyez du bout des lèvres, mais dont la foi n’a pas imprégné le cœur ! Ne faites pas de la médisance sur le dos des musulmans et ne vous ingérez pas dans leur vie privée. Allah s’ingère dans la vie privée de quiconque s’ingère dans la vie privée des musulmans au point de trahir les actions qu’il tient cachées au cœur de son foyer. »[10]

 

Selon Abû Huraïra (t), le Messager d’Allah (r) a déclaré : « Méfiez-vous de la suspicion, car la suspicion est le pire des mensonges. Ne vous épiez pas, ne suivez pas les rumeurs, ne vous rivalisez pas, ne vous enviez pas, ne vous haïssez pas les uns les autres, et ne complotez pas les uns contre les autres. Soyez plutôt des frères ô serviteurs d’Allah ! Comme Il vous l’a imposé. Le musulman est le frère du musulman ; il n’est pas injuste envers lui, il ne le trahit pas, et il ne le méprise pas. La piété est ici, la piété est ici en désignant sa poitrine. Il suffit pour faire du mal de mépriser son frère musulman. Le musulman dans son intégralité est sacré pour son frère ; au niveau de son sang, de ses biens, et de son honneur. Allah ne regarde pas vos apparences et vos formes, mais Il regarde plutôt vos cœurs et vos actes » [11]

 

D’après ‘Abd e-Razzâq, selon Ma’mar, selon Isma’îl ibn Umaïya, avec un hadith remontant au Prophète (r) : « Personne n’est épargné par trois choses : le mauvais augure, la suspicion, et la jalousie.

-                   Que faut-il faire alors cher Messager d’Allah ?

-                   Si tu pressens un mauvais augure ne revient pas sur tes pas, si tu as quelques suspicions ne cherche pas à le vérifier, et si tu éprouves de la jalousie tu ne dois harceler personne. »[12]

 

(et ne médisez pas les uns sur les autres ; plairait-il à l’un d’entre vous de manger la chair du cadavre de son frère ; cela vous serait plutôt répugnant) : Selon Abû Huraïra, quelqu’un demanda : « Messager d’Allah ! Qu’est-ce que la médisance ?

-                   C’est de dire sur ton frère ce qui lui déplait.

-                   Vois-tu, si je dis la vérité sur lui ?

-                   Si tu dis la vérité sur lui, tu auras médis contre lui mais si tu ne dis pas la vérité, tu l’auras alors calomnié. »[13]

 

La calomnie consiste à proférer des propos mensongers à l’encontre de quelqu’un. Selon Jâbir ibn ‘Abd Allah, nous avons senti une odeur répugnante en présence du Messager d’Allah (r). Dès lors, il s’est exclamé : « Vous savez quelle est cette odeur ? C’est l’odeur de ceux qui médissent sur les musulmans. »[14]

 

D’après un hadîth qu’Abû Huraïra fait remonter au Prophète (r) : « Il sera demandé le Jour de la Résurrection à quiconque commet de la médisance sur terre de s’avancer pour entendre au sujet de sa victime : mange de son cadavre comme tu as mangé sa chair de son vivant. Dès lors, il va le manger avec répugnance en poussant des cris. »[15] Selon ibn Mas’ûd : « La pire bouchée que l’on peut avaler, c’est de médire sur le dos du croyant. »[16]

 

 ‘Amr ibn el ‘As est passé à la tête d’un groupe devant la dépouille d’une mule qui avait déjà gonflée. Il s’est dès lors écrié : « Par Allah ! Il vaut mieux pour l’un d’entre vous de remplir son ventre de cette dépouille que de manger la chair de son frère. »[17] Selon Anas (t), le Messager d’Allah (r) a affirmé : « Au cours de mon Ascension, je suis passé devant des gens qui avaient des ongles en argent avec lesquels ils se griffaient le visage et le corps. J’ai alors demandé : Jibrîl ! Qui sont ces gens ?

-                   Ces gens-là mangeaient la chair des autres et entachaient leur honneur. »[18]

 

Selon Ya’lâ ibn Shabâba, en passant devant une tombe dont l’occupant se faisait châtié, le Prophète (r) s’est exclamé : « Cet homme mangeait la chair des gens. » Il a ensuite demandé qu’on lui apporte une tige fraîche, etc.[19]

 

D’après l’Imam Ahmed, le Prophète (r) a dit : « Le Jour de la Résurrection, Allah (U) enverra un ange pour protéger des flammes de l’Enfer, quiconque défend un croyant sur terre contre la mauvaise langue d’un hypocrite. Allah (U) retient sur le Pont jeté au-dessus de la Géhenne quiconque accuse le croyant d’une chose dans l’intention de l’injurier, jusqu’à ce qu’il revienne sur ses paroles. »[20]

 

Selon Jâbir ibn ‘Abd Allah (t) et Abû Talha ibn Sahl el Ansârî (t), le Messager d’Allah (r) a déclaré : « Allah (U) abandonne dans une situation où Sa défense est sollicitée quiconque abandonne un musulman dans la situation où son honneur est entamé et méprisé. Allah (U) défend dans une situation où Sa défense est sollicitée quiconque défend un musulman dans la situation où son honneur est entamé et méprisé. »[21]

 

Selon Abû Huraïra (t), le Prophète (t) a dit : « Celui qui croit en Allah et au Jour du Jugement Dernier qu’il dise du bien ou qu’il se taise. »[22]

Selon Abû Musa (t) : « J’ai demandé : Cher Messager d’Allah ! Quel est le meilleur Islam ?

-                   C’est le fait d’épargner les musulmans de sa langue et de sa main. »[23]

 

Selon Sahl ibn Sa’d, le Messager d’Allah (r) a déclaré : « Celui qui me garantit de contenir sa langue et ce qu’il y a entre ses jambes, je lui garantis le Paradis. »[24]

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

 



[1] Les coalisés ; 58

[2] Rapporté par el Bukhârî (48) et Muslim (218).

[3] La chaine narrative de cette annale est authentique ; voir : el Adab el Mufrad de Sheïkh el Albânî (p. 117).

[4] Voir : el Adab el Mufrad (p. 117).

[5] Hadith authentique ; voir : Silsilat el Ahâdîth e-Sahîha (570).

[6] Silsilat el Ahâdîth e-Sahîha (570).

[7] Rapporté par ibn Mâja ; Sheïkh el Albânî considère qu’il est authentique en regard des autres Hadithqui viennent le consolider ; voir : Sahîh e-Targhîb wa e-Tarhîb(2/630).

[8] Hadith authentique ; voir : Sahîh el Jâmi’ (2679).

[9] Voir : Fath el Qadîr.

[10] Voir : Sahîh Sunan Abî Dâwûd (4880) et Sahîh e-Targhîb wa e-Tarhîb (2/589).

[11] Voir : Sahîh e-Targhîb wa e-Tarhîb (2885).

[12] Voir : Fath el Bârî d’ibn Hajar el ‘Asqalânî (10/482).

[13] Hadithbon et authentique ; il est rapporté par Muslim (6536).

[14] Hadithconsidéré bon ; voir el Adab el Mufrad(252).

[15] Hadithdont la chaîne narrative est bonne selon ibn Hajar el ‘Asqalânî dans Fath el Bârî (10/470). D’autres spécialistes à l’exemple de Sheïkh el Albânî l’ont considérée faible.

[16] Voir : Fath el Bârî (10/470).

[17] Hadithdont la chaîne narrative est authentique. Voir : el Adab el Mufrad (253).

[18] Hadith authentique. Voir : Sahîh e-Targhîb wa e-Tarhîb(2839).

[19] Voir : Fath el Bârî (10/471).

[20] Rapporté par Abû Dawûd, Sheïkh el Albânî l’a considéré bon.

[21] Rapporté par Abû Dawûd ; voir : Tafsîr ibn Kathîr.

[22] Rapporté par el Bukhârî et Muslim ; voir : Mishqât e-Masâbîh (4343).

[23] Rapporté par el Bukhârî (4) et Muslim (162).

[24] Rapporté par el Bukhârî (6109) et Muslim.

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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 18:12

rosier winnipeg park 07

 

 

La chair des savants est empoisonnée !

(Partie 1)

 

 

Le mot diable provient du grec diabolos (« calomniateur »), passé au latin ecclésiastique sous forme de diabolus. Le terme fut utilisé dans la traduction grecque de la Bible pour traduire l'expression hébraïque ha-satan (« le satan »). Satan est considéré comme un personnage qui cherche à créer la sédition là où elle n'existe pas. On voit en lui un ennemi des êtres humains voulant les écarter de Dieu. Les spéculations sur le satan portent essentiellement sur l'origine et la nature du mal. (Collection Encarta ® 2005.)

 

 

Youssef Girard est l’auteur d’un article mis en ligne par Oumma.com – décidément ! – en date du 14 janvier 2009, pour bien commencer l’année. D’une rare violence, (bizarre, bizarre pour un site qui se dit modéré et qui condamne l’extrémisme dont le terrorisme est l’une des manifestations, mais apparemment contre le wahhabisme tous les coups sont permis) les prêtres de Pharaon est un pamphlet lancé contre l’un des grands savants d’Arabie Saoudite. Emporté par les sentiments, qui s’expliquent pour le moins par une actualité tragique, il perd le contrôle de ses émotions, et en oublie certains principes religieux, qu’il incombe ici de rappeler en partie. Je n’ai donc pas la prétention de m’aventurer dans les considérations politiques de son discours, mais j’aimerais juste, avant d’entrer dans le vif du sujet, rapporter les paroles d’un non-musulman qui nous interpellent vraiment en ces temps tumultueux, et qui nous donnent de grandes leçons à nous, musulmans. François Burgat écrit : « Lorsque, dans notre relation tumultueuse avec l’Orient musulman, la tempête menace, ce ne sont pas les réflexes de l’appréhension et les raccourcis de l’ignorance qui doivent guider nos politiques mais bien les ressorts de la connaissance scientifique, qu’il faut plus que jamais prendre le temps de mobiliser. »  

 

Le discours sera axé sur les méfaits de la médisance en général et de la calomnie en particulier. Vous n’êtes pas sans savoir Mr Girard que la civilisation occidentale, d’obédience « judéo-chrétienne »  condamne ces deux vices. La littérature française, pour ne citer que celle qui nous est familière, nous brosse un joli tableau sur le sujet. Qu’on en juge :

 

C’est un méchant métier que celui de médire,

À l’auteur qui l’embrasse, il est toujours fatal,

Le mal qu’on dit d’autrui ne produit que du mal.

Boileau

 

Rois, chassez la calomnie,

Ses criminels attentats,

Des plus paisibles états,

Troublent l’heureuse harmonie.

Racine

 

Croyez qu’il n’y a pas de plate méchanceté, pas d’horreurs, pas de conte absurde qu’on ne fasse adopter aux oisifs d’une grande ville, en s’y prenant bien… tout à coup, ne sait comment, vous voyez la calomnie se dresser, siffler, s’enfler, grandir à vue d’œil. Elle s’élance, étend son vol, tourbillonne, enveloppe, arrache, éclate et tonne, et devient un cri général.

Beaumarchais

 

La Bruyère a dit également : « Je définis ainsi la médisance : une pente secrète de l’âme à penser mal de tous les hommes, laquelle se manifeste par les paroles. »

 

L’islam également condamne sévèrement ces deux vices comme en témoignent les textes suivants

 

Avant de voir la paille dans l’œil de son frère, il faut voir la poutre (ou le tronc) dans son œil. [Abû Huraïra, voir : el Adab el Mufrad (p. 211) et silsilat el ahâdîth e-sahîha (hadîth 33)].  

 

Le Seigneur révèle : (Les croyants sont des frères alors conciliez entre vos frères et craignez Allah, ainsi bénéficierez-vous de Sa Miséricorde • Ô croyants ! Un clan d’hommes ne doit pas se moquer d’autres hommes, qui peuvent très bien être meilleurs qu’eux, et un clan de femmes ne doit pas se moquer d’autres femmes, qui peuvent très bien être meilleures qu’elles. Ne vous dénigrez pas et ne vous appelez pas par des sobriquets les uns les autres ; il est si vilain d’avoir un nom pervers après avoir embrassé la foi. Celui qui ne se repent pas fait vraiment partie des injustes. Ô croyants ! Évitez bon nombre de suspicions, car certaines suspicions sont des péchés ; ne vous épiez pas et ne médisez pas les uns sur les autres ; plairait-il à l’un d’entre vous de manger la chair du cadavre de son frère ; cela vous serait plutôt répugnant alors craignez Allah et sachez qu’Il est Absoluteur et Tout Miséricordieux).[1]

 

Ibn Kathîr a expliqué en exégèse à ce Verset : Allah (I) interdit de se moquer des autres, autrement dit de les mépriser et de les tourner en dérision comme le Messager (r) l’affirme de source certifiée : « L’orgueil correspond à  contester la vérité et à mépriser les hommes. »[2] Il est donc interdit de dédaigner et de faire preuve de dédain envers quiconque ; il est possible que la personne que l’on méprise soit plus honorable auprès d’Allah (I). Par ailleurs, le Seigneur interdit de s’injurier les uns les autres et de se donner des mauvais surnoms qui ne sont pas agréables à entendre pour la personne concernée. (il est vilain d’avoir un nom pervers après avoir embrassé la foi) : c’est pourquoi, Allah a qualifié le fautif de pervers. Selon Abû Huraïra (t), le Prophète (r) a dit : « Il suffit pour être mauvais, de mépriser son frère musulman. »[3] Au sujet de ce Verset, el Baghawî  a commenté : « Ne faites pas de la médisance les uns sur les autres et ne vous injuriez pas les uns les autres. »[4] (Ne vous dénigrer pas les uns les autres) : ne vous injurier pas les uns les autres. Selon ‘Abd Allah, le Prophète (r) a dit : « Le croyant n’est pas injurieux, pervers, grossier, et il n’est pas porté à maudire. »[5] Selon Mujâhid, ibn ‘Abbâs a dit : « Si tu veux parler des défauts de ton prochain, parle d’abord des tiens. »[6] 

 

(ne vous donnez pas des sobriquets les uns les autres) : cela consiste à donner un surnom à quelqu’un ou selon ‘Ikrima à appeler son frère : « Hé pervers ! Hé hypocrite ! Hé mécréant ! » D’après el Hasan, pour interpeller un Juif ou un chrétien converti à l’Islam les gens s’écriaient : « Hé Juif ! Hé Chrétien ! » La révélation est alors venue bannir cette pratique. Pour ‘Ata, un sobriquet correspond à toute désignation qui consiste à exclure ton frère de la religion, comme : « Hé chien ! Hé âne ! Hé porc ! »

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

 

 

 



[1] Les appartements ; 10-11

[2] Rapporté par Muslim (91), selon ibn Mas’ûd.

[3] Rapporté par Muslim (2564).

[4] TAfsîr el Bawawî.

[5] Hadîth authentique ; voir :Silsilat el Ahâdîth e-Sahîha de l’Albânî (320).

[6] Ce hadîth cité par ibn Kathîr dans son exégèse a été jugé faible par Sheïkh el Albânî ; voir : el Adab el Mufrad (328).

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7 avril 2013 7 07 /04 /avril /2013 18:33

parchemin3

 

Au nom d’Allah le Très Miséricordieux, le Tout Miséricordieux

 

Ibn Taïmiya et le djihad défensif

(Partie 3) 

 

 

D’après l’article : taqyîd el fahm wa e-dhabt li kalâm Sheïkh el Islam anna el djihâd e-daf’ lâ yashtaritu lahu shart de ‘Imâd Târiq.

 

5- En période de troubles ou quand la religion de l’individu est mise à mal, il est légiféré de se retirer dans des coins isolés, ou tout au moins d’émigrer vers des terres plus sûres

 

Il restait des râfidhites et des hypocrites qui s’étaient notamment réfugiés dans les montagnes du Liban. Les chrétiens prirent probablement le dessus sur eux, et les mirent à leur service pour cultiver la terre. Un État que se partageaient râfidhites et chrétiens fut fondé. Ces fameuses montagnes n’ont aucun mérite particulier ; il est même légiféré de ne pas vivre au milieu de ceux qui empêchent de pratiquer sa religion. Malheureusement, certains ascètes leur consacrent des retraites spirituelles. En réalité, les seules vertus que l’on peut concéder aux grottes, aux vallées et aux montagnes isolées, c’est en période de trouble. Il est en effet, tout à fait légitime de s’y réfugier, lorsque la vie citadine n’offre plus la garantie de préserver sa religion. C’est l’ambition qui se cache derrière l’obligation d’émigrer vers une terre paisible ; l’émigré en effet est celui qui s’éloigne des péchés.[1]

 

Dans sa fatwa de Mardîn, le Sheïkh d’ibn el Qaïyim souligne, d’une part, que le sang et les biens du musulman sont sacrés. D’autre part, à ses yeux, il est interdit de prêter main-forte à des non-musulmans. Tout musulman qui vit en son sein est obligé de partir dans la situation où il n’est pas en mesure de bien pratiquer sa religion, sinon, l’émigration reste recommandée. Il lui est interdit de venir en aide aux ennemis de l’Islam, que ce soit physiquement ou financièrement. Il doit trouver n’importe quel prétexte pour échapper à cette corvée, ou sinon quitter les lieux.[2]

 

6- Le djihad est légiféré en cas de force

 

Comme nous avons vu dans un point précédent, quand le Législateur enjoint de combattre toute faction rebelle, c’est uniquement dans la mesure du possible, car ils ne sont pas pires que les païens et les infidèles. L’histoire prophétique nous montre qu’il vaut mieux dans certaines situations se concilier l’ennemi en nouant des accords de paix et en lui offrant des largesses. Un Imâm peut s’imaginer à tort avoir la force pour lui tenir tête. Dans ce cas, l’intérêt réclame de renoncer à ce projet.[3] Il est même permis de trouver des accords avec un envahisseur ayant la main mise sur plusieurs provinces musulmanes. La Syrie fut contrainte à ses débuts de contenir la vague tatare en contractant avec ses chefs certains pactes.[4] Ibn Taïmiya lui-même entama des pourparlers avec les autorités mongoles dans une tentative où les plus zélés auraient rebroussé chemin.[5] Ce jour-là, il écrivit à jamais son nom dans les plus belles pages de l’Histoire à côté des plus grands héros musulmans.[6]

 

Or, certains pensent à tort que l’épée s’est substituée à l’appel au dialogue adressé aux mécréants en vue de leur démontrer l’impertinence de leur croyance. Il n’y a pourtant aucune opposition entre ces deux procédés. On parle d’abrogation quand une loi remet littéralement en question une autre plus ancienne et à laquelle elle se substitue. L’abrogation de la première qibla en est le meilleur exemple. Il ne viendrait à l’idée de personne, désormais, de prier en direction de Jérusalem.

Ainsi, ils opposent ainsi les deux Versets : [Ne vois-tu pas ceux à qui il fut demandé de retenir leurs mains, d’observer la prière, et de verser l’aumône ; et lorsque la guerre leur fut prescrite, un groupe d’entre eux se mirent à craindre les hommes comme on craint Allah, ou plus encore ; ils protestèrent : Seigneur ! Pourquoi nous as-Tu prescrit la guerre ? Si, au moins, Tu avais pu nous laisser un peu de répit ! Réponds-leur : les plaisirs de ce monde sont éphémères, mais l’autre vie vaut bien mieux pour les gens pieux, et vous ne serez pas lésés le moins du monde].[7]

Voici l’autre Verset : [Appelle au chemin de Ton Seigneur avec sagesse et le bon sermon, et polémique avec eux de la meilleure manière ; Allah connait mieux ceux qui ont dévié de Son chemin, et Il connait mieux ceux qui sont guidés][8] ; mais encore : [Ne polémiquez point avec les gens du Livre si ce n’est que de la meilleure façon, sauf avec les injustes parmi eux. Dites : Nous avons cru à Celui qui nous a révélé et qui vous a révélé le Livre ; Notre Dieu et le Vôtre est Un, et nous Lui sommes soumis].[9]

 

L’obligation de combattre s’oppose certes à l’interdiction de le faire au profit du dialogue, mais il est possible de conjuguer entre les deux. Dans ce cas, il n’est pas pertinent de parler d’abrogation. Il va sans dire que chacun à sa façon, ces procédés donnent des résultats, mais, utilisés ensemble, ils sont beaucoup plus efficaces.[10]

 

7- le djihâd défensif réclame des préparatifs

 

Ibn Kathîr explique qu’Ahmed ibn ‘Abd el Halîm contribua aux préparatifs d’avant-guerre contre les tatars ; il exhortait les troupes à grands coups de Verset du Coran et de hadîth prophétiques, les dissuada de battre en retraite à la première frayeur, les encouragea à financer l’expédition en vue de défendre les musulmans et leur terre. Il sollicita le soutien des armées d’Égypte. Il se rendit en personne aux bords du Nil pour convaincre le pouvoir en place de s’engager aux côtés de leurs frères du Levant.[11]

 

8- Les lois du djihâd sont flexibles et s’adaptent à la conjoncture

 

Quand, fort de ses alliés, le Messager (r) fut en mesure d’étendre la religion d’Allah, il n’hésita pas une seconde de brandir l’étendard de la guerre contre tous ceux qui lui résistaient. Les lois varient en fonction de la situation et des capacités. Quand on est fort on n’a pas la même approche que quand on est faible, bien que dans les deux cas, on ne fait qu’obéir à Allah, comme quand on est riche ou pauvre, en bonne ou en mauvaise santé. Chaque état concède ses propres lois.[12]

 

9- La distinction entre théoriser une question et faire une fatwâ

 

Il existe deux sortes de sentences : théorique (lorsqu’un savant théorise une question) et pratique (quand il l’applique dans la pratique en tenant compte de plusieurs facteurs ; ex. : la fatwâ).[13] En mélangeant entre les deux, on peut faire des dégâts énormes, comme le souligne ibn el Qaïyim.[14]

 

10- Comprendre les paroles d’un auteur à la lumière du contexte

 

Enfin, et ce point est d’une extrême importance, il n’est pas pertinent de sortir un passage de son contexte, car cela revient à le tronquer, ou, au meilleur des cas, à le vider de sa substance. Il faudrait, au minimum prendre la peine de le ramener en entier, en vue de mettre en lumière les réelles intentions de l’auteur. Quand ibn Taïmya parle de sans condition, ce n’est pas dans l’absolu, mais uniquement en réfutation au dhî – vraisemblablement Abû Ya’lâ. Voici le passage en entier pour s’en assurer : « Le Qâdhî prétend que dans la situation où le djihâd devient une obligation individuelle dans un pays particulier, et que le champ de bataille soit à une distance permettant de raccourcir les prières, il devient obligation qu’à condition d’avoir une monture et les provisions suffisantes, tout comme le pèlerinage. Or, le Qâdhî ne ramène pas cette comparaison (analogie) avec le pèlerinage de l’Imâm Ahmed ; son opinion est pour le moins faible.

 

L’obligation du djihâd est due à différentes raisons, comme repousser l’agression de l’ennemi. Le cas échéant, il devient plus obligatoire que l’émigration. En sachant que la monture n’est pas prise en considération pour la hijra, et à fortiori pour le djihâd.

Il est rapporté d’après le recueilsahîh, selon ‘Ubâda ibn e-Sâmit, le propos prophétique suivant : « L’individu doit obéissance à l’émir que ce soit dans l’aisance ou dans la difficulté, de son propre gré ou contre lui, et même s’il ne veut rien lui partager. »[15] Il doit donc obéir à l’émir qui lui somme d’incorporer l’armée que ce soit dans l’aisance ou la difficulté. Ce texte démontre explicitement, que, contrairement au hadj, il est imposé d’y aller même dans la difficulté. Pourtant, le discours concerne le djihâd offensif. »

 

Il enchaine directement après : « Quant à la guerre défensive, celle-ci incarne la plus haute forme d’autodéfense en vue de protéger l’honneur et la religion. Elle est donc obligatoire à l’unanimité des savants, étant donné que l’ennemi porte atteinte à la vie matérielle et spirituelle des musulmans ; après la foi, rien n’est plus important que de repousser son agression, et cela sans condition, mais uniquement avec les moyens du bord. Les savants de notre école notamment mettent explicitement ce point en avant. »

 

Puis, il conclut : « Il incombe donc de distinguer entre repousser un agresseur mécréant et tyran, et aller lui faire la guerre sur ses terres. Il existe plusieurs sortes de djihâd : avec le cœur, oralement (prédication et argumentation), en offrant ses services (idées, plans, fabrication), etc. Chacun y contribue au maximum de ses possibilités. »[16]

 

Wa Allah a’lam !

 

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



[1] Majmû’ el fatâwâ (27/55).

[2] Majmû’ el fatâwâ (28/240).

[3] Majmû’ el fatâwâ (4/442).

[4] Majmû’ el fatâwâ (28/432).

[5] El ‘uqûd e-durriya d’ibn ‘Abd el Hâdî (p. 134)

[6] El a’lâm el ‘aliya (p. 69-72).

[7] Les femmes ; 77

[8] Les abeilles ; 125

[9] L’araignée ; 46

[10] El jawâb e-sahîh (1/218-219).

[11] El bidâya wa e-nihâya (14/14-16).

[12] Manhâj e-sunna (1/86).

[13] El muswadda (p. 504).

[14] I’lâm el mawqi’în (3/79).

[15] Rapporté par el Bukhârî (7056) et Muslim (1709), selon ‘Ubaïda ibn e-Sâmit (t).

[16] El fatâwâ el kubrâ (4/608).

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