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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 10:08

 

De Sheïkh Sâlih el Fawzân

 

La visite de la mosquée du Prophète (r) est une sunna établie. Une prière en son sein vaut mille prières ailleurs, en dehors de La Mecque.[1] Il est légiféré de consacrer un voyage pour y faire la prière. Le Prophète (r) a dit : « Aucun voyage rituel ne peut être consacré, sauf pour les trois mosquées : la Sainte Mosquée, ma mosquée, et celle d’el Aqsâ. »[2]

 

Or, cette visite (ziyâra) à Médine ne compte pas parmi les rites du pèlerinage. Elle n’a pas pour vocation de le compléter, et elle n’est pas non plus soumise à une période précise que ce soit avant ou après. Cette ziyâra est méritoire à n’importe quel moment de l’année, par la Volonté d’Allah. Une fois sur place, le fidèle se rend à la mosquée pour y accomplir autant de prières prescrites qu’il pourra. S’il arrive en dehors des heures de prières, il fait les deux rak’a de salutation de la mosquée. Puis, il se dirige vers la tombe du Prophète (r). Une fois devant, il dit : e-salâm ‘alaïka yâ rasûl Allah wa rahmat Allah wa barakâtuhu ! Ensuite, il se déplace légèrement sur sa droite, soit en direction de l’Est, pour se retrouver en face d’Abû Bakr à qui il déclare : e-salâm ‘alaïka yâ Abâ Bakr e-Siddîq wa rahmat Allah wa barakâtuhu ! Puis, il va à la tombe d‘Omar qui est un ou deux pas plus loin. Il se tient devant celle-ci pour dire : e-salâm ‘alaïka yâ ‘Omar ibn el Khattâb wa rahmat Allah wa barakâtuhu ! Puis, il s’en va.

 

S’il décide de faire des invocations, il doit se tourner en direction de la qibla ; il n’est pas légiféré d’essuyer ses mains ni sur les murs de la chambre prophétique ni sur les grillages. C’est plutôt une innovation qui ouvre une porte à l’association. Il n’est pas permis non plus d’implorer le secours du Prophète (r) ni de lui demander quoi que ce soit ; des pratiques qui relèvent de la grande association (shirk akbar).

 

Il est légiféré également de visiter le cimetière el Baqî’ pour saluer ses occupants et consacrer des invocations pour eux. Même chose pour les martyrs d’Uhûd. Il est encore moins permis ici de faire du shirk akbar. Il est prévu également de visiter la mosquée de Qubâ pour y faire deux rak’a, conformément à la pratique du Prophète (r). En dehors de ces endroits, il n’y a aucune visite à faire à Médine.

 

 

Par : Karim Zentici

 



[1]Voir : el Bukhârî (1190) et Muslim (1394).

[2]Rapporté el Bukhârî (1189), Muslim (1397), e-Nasâî (700), Abû Dâwûd (2033), ibn Mâja (1409), Ahmed (2/278), et e-Dârimî (1421).

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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 10:07

 

 

D’après le mansak de Sheïkh ‘Abd el ‘Azîz ibn Bâz – qu’Allah lui fasse miséricorde –

 

Il est légiféré de visiter la mosquée du Prophète (r) soit avant soit après le hadj.

• D’après el Bukhârî et Muslim, selon Abû Huraïra, le Messager d’Allah (r) a dit : « Une prière dans ma mosquée vaut mieux que mille prières n’importe où ailleurs en dehors de la Mosquée sacrée. »[1]

• Selon ibn ‘Omar, le Prophète (r) affirme : « Une prière dans ma mosquée est meilleure que mille prières n’importe où ailleurs en dehors de la Mosquée sacrée. »[2]

• Selon ‘Abd Allah ibn e-Zubaïr, le Messager d’Allah (r) affirme : « Une prière dans ma mosquée est meilleure que mille prières n’importe où ailleurs en dehors de la Mosquée sacrée. Et une prière dans la Mosquée sacrée vaut mieux que cent prières dans ma mosquée. »[3] Rapporté par Ahmed, ibn Khuzaïma, et ibn Hibbân.

• Selon Jâbir, le Messager d’Allah (r)  déclare : « Une prière dans ma mosquée est meilleure que mille prières n’importe où ailleurs en dehors de la Mosquée sacrée. Et une prière dans la Mosquée sacrée est meilleure que cent mille prières n’importe où ailleurs. »[4] Rapporté par Ahmed, et ibn Mâja. Il existe de nombreux hadîth allant dans ce sens.

 

En arrivant à la mosquée, il est recommandé au visiteur d’entrer du pied droit en disant, comme pour les autres mosquées : « Bismi Allah, wa e-salât wa e-salâm ‘alâ Rasûl Allah ! A’ûdhu bi Allah el ‘Azhîm wa bi wajhihi el Karîm wa Sultânihi el Qadîm min e-shaïtân e-rajîm ![5] Allah humma ! iftah lî abwâb rahmatik ! »[6] La mosquée du Prophète (r) n’a aucune particularité de ce point de vue. Une fois à l’intérieur, il fait deux rak’a dans lesquels il peut invoquer Allah pour les affaires touchant à sa vie ou à sa religion. Le mieux, c’est de prier dans le rawdha, comme le prescrit le hadîth : « Entre ma maison et mon minbar(chaire ndt.), il y a un jardin du Paradis. »[7]

 

Puis, le fidèle visite la tombe du Prophète (r) et de ses deux Compagnons Abû Bakr (t) et ‘Omar (t). Il se tient devant celle du Prophète (r) avec respect et adresse son salut à voix basse en disant : e-salâm ‘alaïka yâ rasûl Allah wa rahmat Allah wa barakâtuhu ! D’après Abû Dâwûd dans son recueil e-sunan, avec une chaîne narrative jugée bonne, selon Abû Huraïra, le Messager d’Allah (r) a dit : « À chaque fois qu’un homme me salue, Allah me rend mon âme afin que je le lui rende. »[8]

 

Il n’y a pas de mal à dire par exemple : e-salâm ‘alaïka yâ nabiya Allah ! E-salâm ‘alaïka yâ khaïrata Allah min khalqihi ! E-salâm ‘alaïka yâ saïd el mursalîn, imâm el mutaqqîn ! Ashhadu annaka qad ballaghta e-risâla wa addaïta el amâna wa nasahta el umma, wa jâhadta fî Allah haqqa jihâdihi ![9] Ces éloges lui conviennent parfaitement. Il prie également sur lui (r) et invoque pour lui. Il est légitimé en effet d’accompagner les prières au salut qu’on lui adresse, conformément au Verset : [Ô croyants ! Priez sur lui et adressez-lui les plus amples salutations].[10] Ensuite, il passe le salut à Abû Bakr (t) et à ‘Omar (t) et consacre des invocations pour eux.

 

Lors de la plupart de ses visites, ibn ‘Omar – qu’Allah les agrée son père et lui – ne disait pas plus que : e-salâm ‘alaïka yâ rasûl Allah ! Pour le Prophète (r), e-salâm ‘alaïka yâ Abâ Bakr ! Pour le premier Khalife, et e-salâm ‘alaïka yâ abatâh ! Pour son père.[11] Puis, il s’en allait. Cette visite est exclusivement légitimée pour les hommes. Quant aux femmes, elles n’ont le droit de se rendre à aucune tombe. Selon un hadîth certifié : « Le Prophète (r)a maudit les femmes qui multiplient les visites des tombes et ceux qui installent dessus des lieux de culte ou des lanternes. »[12]

 

En revanche, il est légitimé pour tout le monde (hommes et femmes) de consacrer un voyage à Médine pour visiter la mosquée du Messager (r), y consacrer des invocations, etc. comme pour n’importe quelle mosquée. Les hadîth cités plus haut vont dans ce sens. Le visiteur y multiplie le dhikr, les invocations et les prières surérogatoires dans l’ambition de gagner une grande récompense.

 

Il est particulièrement recommandé de multiplier les prières surérogatoires dans le rawdha, conformément au hadîth authentique précédemment cité : « Entre ma maison et mon minbar, il y a un jardin du Paradis. »[13]

 

Pour les prières prescrites, il vaut beaucoup mieux rechercher les rangs de devant et plus particulièrement le premier, bien qu’ils soient dans l’agrandissement de la mosquée. De nombreux hadîth authentiques encouragent de se présenter au premier rang. Nous avons notamment : « Si les gens connaissaient la valeur de l’adhân et du premier rang, et qu’ils ne trouvaient rien d’autre ensuite pour y avoir droit que le tirage au sort, ils le feraient. »[14]

 

Il (r) disait également à ses Compagnons : « Rapprochez-vous et prenez-moi comme imam ; ceux qui sont derrière n’auront qu’à suivre les premiers rangs. Allah laisse derrière celui qui n’arrête pas d’être en retard à la prière. »[15] Rapporté par Muslim.

 

D’après Abû Dâwûd également, selon ‘Âisha – qu’Allah l’agrée – avec une chaine narrative jugée bonne, le Prophète (r) a dit : « Allah laisse dernière en Enfer celui qui n’arrête pas d’être en retard aux premiers rangs. »[16]

 

D’après un hadith certifié, il (r) a préconisé à ses Compagnons : « Ne devriez-vous pas vous mettre en rang comme les anges le font devant Leur Seigneur ?

-           Messager d’Allah, s’exclamèrent-ils, mais comment les anges se mettent-ils en rang devant leur Seigneur ?

-          Ils complètent les premiers et se serrent dans les rangs. »[17] Rapporté par Muslim.

 

De nombreux hadîth – qui ne concernent pas spécialement sa mosquée que ce soit avant ou après les agrandissements – vont dans ce sens. Ailleurs, il encourage ses Compagnons à remplir les rangs en commençant par le côté droit. Il va sans dire que le rawdha ne se trouve pas à droite des rangs. Il est donc plus méritoire de remplir les premiers rangs que de vouloir absolument prier dans le rawdha. À la lumière des hadîth cités plus haut, ce dernier point devient évident, avec l’aide d’Allah.

 

Il n’est pas permis de passer la main sur les grillages qui renferment les appartements du Prophète (r), de les embrasser, ou de faire le tawâf autour. Les pieux prédécesseurs ne nous ont jamais rapporté ce genre de pratiques qui relèvent plutôt de l’innovation condamnable.

 

Il n’est pas permis non plus de demander quoi que ce soit au Messager (r) (réclamation, secours, guérison, etc.). Allah est le Seul à qui l’on sollicite ce genre de choses. Solliciter les morts relève de l’association et c’est une forme d’adoration, alors que la religion musulmane repose sur deux piliers :

1-      Vouer l’adoration exclusive à Allah.

2-      L’adorer conformément à la législation du Messager (r).

 

C’est exactement la définition de l’attestation de foi : lâ ilâh illâ Allah Mohammed Rasûl Allah.

Il est strictement interdit de solliciter directement au Prophète son intercession, comme le stipule le Verset : [L’intercession tout entière revient à Allah].[18] Il convient de dire : Ô Allah, accorde-moi l’intercession de Ton Prophète ! Ô Allah, accorde-moi l’intercession de Tes anges, et de Tes pieux serviteurs ! Ô Allah, accorde-moi l’intercession de mes enfants morts ! Etc.

 

Il est interdit de solliciter quoi que ce soit aux personnes décédées ; intercession ou autre. Les prophètes eux-mêmes ne font pas exception, étant donné que toutes les œuvres du mort sont interrompues, en dehors des exceptions que recensent les textes.

 

D’après le recueil e-sahîh de Muslim, selon Abû Huraïra, le Messager d’Allah (r) affirme à ce sujet : « Quand meurt le fils d’Adam, toutes ses œuvres s’interrompent à l’exception de trois : une donation courante(sadaqa jâriya), un savoir utile aux hommes, ou un enfant pieux qui prie en sa faveur. »[19]

 

Il existe deux cas de figure autorisant l’intercession du Prophète (r) : avant sa mort et le Jour de la résurrection. La raison, c’est qu’il est à même de le faire à ces deux occasions. Il pourra dans l’au-delà s’avancer et adresser directement aux Seigneurs les demandes des membres de sa communauté. Sur terre, il pouvait le faire de son vivant, mais ce n’était pas propre à lui. Le musulman a le droit de demander à son frère d’intercéder en sa faveur auprès d’Allah, dans le sens où il lui demande de L’invoquer pour lui. Il est permis de répondre à une telle demande dans la mesure où celle-ci est licite. En revanche, le Jour de la résurrection, personne n’aura le droit de parler sans l’autorisation d’Allah, l’auteur des paroles : [Qui peut intercéder auprès de Lui sans recevoir Sa permission].[20]

 

Il n’est pas pertinent de comparer la situation du mort à celle du vivant étant donné que ses actes sont désormais interrompus. Comme il n’est pas pertinent de prendre en exemple la situation du Jour de la résurrection. Nous avons vu plus haut qu’à part, quelques exceptions, plus rien ne joue en faveur du défunt. En l’occurrence, l’intercession n’entre pas dans ces exceptions.

 

Il va sans dire que le Prophète (r) est vivant actuellement ; il est dans un meilleur état que les martyrs. Cependant, il s’agit d’une autre vie qui touche à une autre dimension (el barzakh), et qui n’a rien avoir avec son ancienne vie. Elle est également différente de la période où il sera ressuscité. Seul Allah (I) en pénètre les mystères. Cela explique le hadîth cité plus haut : « À chaque fois qu’un homme me salue, Allah me rend mon âme afin que je le lui rende. »[21] Autrement dit, il est mort et son âme s’est séparée de son corps. Celle-ci lui revient pour lui permettre de rendre le salut aux membres de sa communauté. Les textes du Coran et de la sunna qui sont connus de tous sont clairs sur la question. Sans compter, qu’à l’unanimité des savants, le Prophète (r) est mort et enterré. Cependant, cela ne l’empêche pas d’avoir une vie parallèle, comme celle des martyrs que relate le Verset : [Ne croyez pas que ceux qui ont donné leur vie à Dieu soient morts, mais ils sont plutôt vivants ; ils jouissent des bienfaits auprès de Leur Seigneur].[22]

 

Nous nous sommes étalés sur ce point sur lequel règne une grande confusion, pour faire obstacle à la tendance qui appelle à l’association et à l’adoration des morts. J’implore Allah d’épargner à tous les musulmans en commençant par moi d’aller à l’encontre de Sa Législation ! Wa Allah a’lam !

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

 



[1]Rapporté par el Bukhârî (1190), Muslim (1394), ibn Mâja (1404), Ahmed (2/101).

[2]Rapporté par Muslim (1395) et ibn Mâja (1404).

[3]Rapporté par Ahmed (4/5) et ibn Hibbân (1620).

[4]Rapporté par Ahmed (3/343) et ibn Mâja (1406).

[5]Voir : Abû Dâwûd (466). Voici la formule en français : « Au Nom d’Allah, que les prières et le salut d’Allah soient sur le Messager d’Allah ! Je me réfugie auprès d’Allah le Majestueux, de Son noble Visage, et de Son Pouvoir ancien contre Satan le lapidé. »

[6]Voir : Muslim (713), Abû Dâwûd (465), e-Nasâî (729), et Ahmed (5/425). Voici la formule en français : « Ô Allah ! Ouvre-moi les portes de Ta Miséricorde. »

[7]Rapporté par el Bukhârî (1195), Muslim (1390), e-Nasâî (695), Ahmed (2/101), et Mâlik (463).

[8]Rapporté par Abû Dâwûd (2041) et Ahmed (2/527).

[9]Soit : salut à toi Prophète d’Allah ! Salut à toi la meilleure de Ses créatures ! Salut à toi le maitre des messagers et l’imam des pieux ! Je témoigne que tu as transmis le message, rempli ton devoir, prodigué le conseil à ta communauté, et combattu pour Allah de la meilleure manière !

[10]Les coalisés ; 56

[11]Voir : e-Tirmidhî (320), e-Nasâî (2043), Abû Dâwûd (3236) et Ahmed (1/337).

[12]Rapporté par e-Tirmidhî (320), e-Nasâî (2043), Abû Dâwûd (3236) et Ahmed (1/337).

[13]Rapporté par el Bukhârî (1195), Muslim (1390), e-Nasâî (695), Ahmed (4/39), et Mâlik (463).

[14]Rapporté par el Bukhârî (615), Muslim (437), e-Tirmidhî (225), e-Nasâî (671), Ahmed (2/303), et Mâlik (295).

[15]Rapporté par Muslim (438), e-Nasâî (795), Abû Dâwûd (680), ibn Mâja (978), et Ahmed (3/34).

[16]Rapporté par Abû Dâwûd (679).

[17]Rapporté par Muslim (430), e-Nasâî (816), Abû Dâwûd (661), ibn Mâja (992), et Ahmed (5/106).

[18]Les groupes ; 44

[19]Hadîth rapporté par Muslim (1631), Abû Dâwûd (2880), e-Tirmidhî (1376),  e-Nasâî (3651), Ahmed (2/372), et e-Dârimî (559).

[20]La vache ; 255

[21]Rapporté par Abû Dâwûd (2041) et Ahmed (2/527).

[22]La famille d’Imrân ; 169

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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 10:06

 

 

D’après le mansak de Sheïkh ‘Abd el ‘Azîz ibn Bâz – qu’Allah lui fasse miséricorde – 

 

Malheureusement, certains visiteurs se permettent d’élever la voix et de rester un long moment auprès de la tombe du Prophète (r). Ils s’opposent ainsi aux prescriptions du Coran qui interdisent de lever la voix au-dessus de la sienne, et de s’adresser à lui de la même façon qu’avec les autres. Allah (I) révèle : [Ô Croyants, n’élevez pas votre voix sur celle du Prophète, et ne levez pas le ton devant lui, comme vous le faites entre vous dans vos discussions, en risquant ainsi de voir vos œuvres annulées sans vous en rendre compte • Ceux qui baissent leur voix en présence du Messager d’Allah, ceux-là, Allah a éprouvé leur cœur de la piété ; ils reçoivent le pardon et une récompense immense].[1]

 

D’autre part, en restant longtemps sur place sous prétexte de multiplier les salam, on crée un encombrement et un brouhaha général ; ce qui s’oppose aux prescriptions du Verset. Il faut respecter le meilleur des hommes autant après sa mort que de son vivant. Le musulman doit veiller à respecter les normes religieuses. Une autre erreur consiste à consacrer, les mains levées au ciel, des invocations en direction de la tombe. Les pieux prédécesseurs parmi les Compagnons du Messager d’Allah (r) et leurs fidèles successeurs n’ont jamais eu recours à ce genre de pratiques, qui relèvent plutôt de l’innovation. Le Prophète (r) nous enseigne pourtant : « Accrochez-vous donc à ma tradition et à celle des nobles khalifes bien guidés. Tenez-la bien et prenez-la fermement par les molaires. Et méfiez-vous des choses nouvelles, car toute nouveauté est innovation et toute innovation est égarement. »[2] Rapporté par Abû Dâwûd et e-Nasâî avec une chaine narrative jugée bonne.

 

Il (r) a dit également : « Toute innovation qui ne fait pas partie de notre ordre sera refusée. »[3] Rapporté par el Bukhârî et Muslim. Une version chez Muslim précise : « Toute action non conforme à notre ordre sera refusée. »[4]

 

Un jour, qu‘Alî ibn el Husaïn (Zaïn el ‘Âbidîn) – qu’Allah les agrée son père et lui – vit un homme invoqué auprès de la tombe du Prophète (r), il l’en empêcha et se justifia en disant : « Ne veux-tu pas que je te fasse entendre un hadîth que j’ai entendu de mon père ? Selon ‘Alî, mon grand-père, le Messager d’Allah (r)a dit : « Ne faites pas de ma tombe un lieu de cérémonie, ni de vos maisons un cimetière, et priez sur moi, car vos prières me sont transmises d’où que vous soyez. »[5] Rapporté par l’érudit Mohammed ibn ‘Abd el Wâhid el Maqdisî dans son ouvrage el ahâdîth el mukhtâra.

 

Devant la tombe, certains visiteurs posent les deux mains sur la poitrine ; la main droite sur la main gauche, comme s’ils étaient en prière. Il n’est pas permis pour le salut de se mettre en position de prière devant personne ; ni devant la tombe du Prophète (r) ni devant un roi, ni devant un membre parmi l’élite, etc. Cette position qui manifeste l’humiliation extrême et la dévotion est uniquement réservée à Dieu. Dans son recueil fath el Bârî, l’érudit ibn Hajar fait ce constat en s’appuyant sur des paroles de savants. C’est pourtant clair pour celui qui réfléchit un peu et qui n’a d’autre ambition que de suivre le chemin des pieux prédécesseurs.

 

Quant au sort de celui qui se laisse emporter par les passions et le suivisme aveugles, et qui se fait une mauvaise opinion de prêcheurs traditionalistes, il revient à Allah. J’implore Allah de nous guider et de le guider également ! Qu’Il nous permette de placer la vérité au-dessus de tout ! Il est certes plus à même de recevoir nos invocations !

 

Il ne convient pas non plus de se tourner de loin en direction de la tombe du Prophète (r), en bougeant les lèvres pour lui faire le salut ou pour consacrer des invocations. Cette pratique est du même registre que les précédentes, soit une innovation condamnable. Le musulman ne se permet pas d’innover dans la religion sans n’avoir reçu aucun consentement préalable du Seigneur. C’est plus une façon de s’éloigner de Lui que de s’en approcher et de gagner Son élection ! L’imam Mâlik condamnait ce genre de pratique, et disait : « Il ne vaut rien de plus pour les dernières générations que ce qui valait pour les premières d’entre elles. » Soit, de suivre scrupuleusement la voie du Prophète (r), de ses khalifes bien guidés, de ses Compagnons et de ses fidèles successeurs. La réforme passe indubitablement par là. Qu’Allah accorde aux musulmans de suivre la voie du salut et du bonheur ! Qu’Il les honore sur terre et dans l’au-delà ! Il est certes Généreux et Magnificent !

 

• Remarque

 

La visite de la tombe du Prophète (r) n’entre nullement dans les rites du hadj ; elle n’est ni une obligation ni une condition de validité, contrairement aux idées reçues. Celle-ci est simplement recommandée pour ceux qui passent par Médine. Il n’est pas permis de consacrer un voyage spécialement pour la visiter. Ce voyage doit avoir pour ambition la mosquée du Prophète (r), non sa tombe ; et une fois sur place, on en profite pour la voir, et au passage pour voir celle de ses deux Compagnons. Donc, cette visite est liée à celle de la mosquée. D’après el Bukhârî et Muslim, le Prophète (r) a dit : « Aucun voyage rituel ne peut être consacré, sauf pour les trois mosquées : la Sainte Mosquée, ma mosquée, et celle d’el Aqsâ. »[6]

 

Si la visite de sa tombe ou celle de n’importe qui d’autre avait été légiféré, il n’aurait pas manqué de nous le faire savoir. Il est en effet le meilleur conseiller qui soi, le plus savant et le plus pieux des hommes. Il nous transmit clairement le message, orienta sa communauté vers tout le bien possible, et la mit en garde contre tout le mal possible. Il nous avertit notamment de ne consacrer aucun voyage rituel en dehors de trois mosquées. Il nous mit également en garde dans le hadîth : « Ne faites pas de ma tombe un lieu de cérémonie, ni de vos maisons un cimetière, et priez sur moi, car vos prières me sont transmises d’où que vous soyez. »[7] Si on avait le droit de consacrer un voyage pour sa tombe, cela voudrait dire qu’elle deviendrait un lieu de cérémonie. En outre, il arriverait ce qu’il craignait tant au cours de sa vie, soit de faire de l’excès sur sa personne.

 

Malheureusement, beaucoup de gens en sont arrivés là en se basant sur la croyance qu’il est légiféré de visiter sa tombe (r). Tous les hadîth pouvant aller dans ce sens ont des chaines narratives, soit faibles, soit purement inventé. De grands spécialistes comme Dâraqutnî, el Baïhaqî, ibn Hajar, etc. en sont arrivés à cette conclusion. Il n’est donc pas permis de les opposer aux autres textes qui interdisent de voyager pour visiter des tombes, et qui, eux, sont authentiques.

 

Voici quelques exemples de hadîth inventés sur le sujet. Le but, c’est de les connaitre afin de s’en méfier et de ne pas se laisser abuser.

 

1-       « Celui qui fait le pèlerinage sans me visiter, c’est comme s’il s’était éloigné de moi. »

2-      « Celui qui me visite après ma mort, c’est comme s’il m’avait visité de mon vivant. »

3-      « Celui qui, dans une même année, nous rend visite à mon père Ibrahim et à moi, je lui garantis auprès d’Allah d’entrer au Paradis. »

4-      « Celui qui visite ma tombe aura droit à mon intercession. »

 

Après avoir cité la plupart de ces versions dans son ouvrage e-talkhîs, ibn Hajar fait le commentaire suivant : «  Les voies de ces hadîthsont toutes faibles. »[8]

Lehâfizh el ‘Uqaïlî a dit : « Aucun hadîth dans ce domaine n’est authentique. »[9]

 

Ibn Taïmiya – qu’Allah lui fasse miséricorde – dont l’étendue de son savoir et  son érudition ne sont  plus à vanter, affirme sans le moindre doute que ces hadîth sont tous inventés.[10] Si cela n’avait pas été le cas, les Compagnons auraient été les premiers à les mettre en pratique, et à informer la communauté de leurs mérites. Eux, qui sont les meilleurs des hommes après les prophètes, et les plus connaisseurs des limites de la Législation du Seigneur. Ils sont les meilleurs conseillers et prédicateurs qui soi, et aucun d’entre eux ne nous rapporte une parole allant dans ce sens. Et quand bien même certains de ces textes auraient une origine, il faudrait les prendre dans le sens où cette visite deviendrait légale pour ceux qui sont sur place. Non qu’il faille consacrer un voyage pour la tombe du Prophète (r). C’est la seule façon de concorder entre les textes, mais Dieu (I) Seul sait !

 

La visite recommandée de Qubâ et du Baqî’

 

Il est recommandé également une fois à Médine de visiter la mosquée de Qubâ. D’après el Bukhârî et Muslim, selon ibn ‘Omar : « Le Prophète (r)visitait à pied ou à monture la mosquée de Qubâ où il faisait deux rak’a. »[11]

Selon Sahl ibn Hanîf, le Messager d’Allah (r) a dit : « Celui qui se purifie chez lui pour se rendre ensuite à la mosquée de Qubâ pour y faire la prière, aura la récompense d’une ‘omra. »[12] Rapporté par Ahmed, e-Nasâî, ibn Mâja à qui revient l’énoncé, et el Hâkim.

 

Il est légiféré également de visiter le cimetière d’el Baqî’, des martyrs d’Uhûd, et plus particulièrement la tombe de Hamza. Le Prophète (r) leur rendait visite et leur consacrait des invocations. Il préconise à ce sujet : « Visitez les cimetières, ils vous rappelleront l’au-delà. »[13] Rapporté par Muslim.

 

Il (r) enseignait également à ses Compagnons la formule à dire une fois sur place, et que voici : « E-salâm ‘alaïkom ahl e-diyâr min el mu-minûn wa el muslimîn, wa inna in shâ Allah, bikom lâhikûn ! Nas-alu Allah lanâ wa lakom el ‘âfiya. » [14] Rapporté par Muslim, selon Sulaïmân ibn Buraïda, selon son père.

 

D’après e-Tirmidhî, selon ibn ‘Abbâs – qu’Allah les agrée son père et lui –, le Prophète (r) passa devant le cimetière de Médine, et se tint en face des tombes pour invoquer : « E-salâm ‘alaïkom yâ ahl el qubûr ! Yaghfir Allah lanâ wa lakom ! Antum salafunâ wa nahnu bi el athar. »[15]

 

Ces hadîth nous apprennent qu’il est légiféré de visiter les cimetières pour deux raisons : penser à l’au-delà et aux occupants des tombes en consacrant pour eux des invocations et en leur souhaitant la miséricorde Allah. L’endroit n’est pas prévu pour ses propres invocations (réclamation, secours, guérison, etc.). Ce n’est pas un lieu de dévotion, et il n’est pas permis de solliciter Allah par l’intermédiaire de leur personne ou de leur rang. Ce genre de pratiques relève plutôt de l’innovation condamnable. Allah ne l’a jamais légiféré ni Son Messager ni nos pieux prédécesseurs (y). Le Prophète (r) a même interdit de dire de mauvaises paroles (hujr) dans un cimetière, comme le révèle le hadîth : « Visitez les cimetières, mais n’y dites pas de mauvaises paroles. »[16]

 

Toutes ces pratiques ont un point commun, soit l’innovation. Néanmoins, elles n’ont pas toutes la même gravité. Certaines d’entre elles n’atteignent pas le degré d’association. Ex. : invoquer Allah auprès des tombes, Le solliciter par la personne ou le rang de ses occupants, etc. D’autres relèvent de la grande association. Ex. : invoquer directement les morts, chercher leur aide, etc. Nous avons expliqué ce point en détail dans les lignes précédentes. Il faut faire attention, et demander au Seigneur de nous venir en aide et de nous guider. Il est (I) certes Notre Guide et Celui qui nous accorde la réussite ! Il n’y pas de dieu ni de seigneur en dehors de Lui !

 

Voilà, c’est la dernière chose que nous voulions énoncer. Louange à Allah à tous les instants ! Que les Prières d’Allah et Son Salut soient sur Son serviteur et Messager, l’élu de Ses créatures, Mohammed, ainsi que sur ses proches, ses Compagnons, et leurs fidèles successeurs jusqu’à la fin du monde !

 

 

Par : Karim Zentici



[1]Les appartements ; 2-3

[2]Rapporté par Abû Dâwûd  (4607), ibn Mâja (42), e-Tirmidhî (2676), Ahmed (4/126), et e-Dârimî (95).

[3]Rapporté par el Bukhârî (2697), Muslim (1718), Abû Dâwûd  (4606), ibn Mâja (14), et Ahmed (6/270).

[4]Rapporté par Muslim (1718) et Ahmed (6/256).

[5]Rapporté par Abû Dâwûd  (2042) et Ahmed (2/367), selon Abû Huraïra (t), mais sans l’histoire de Zaïn el ‘Âbidîn.

[6]Rapporté el Bukhârî (1189), Muslim (1397), e-Nasâî (700), Abû Dâwûd (2033), ibn Mâja (1409), Ahmed (2/278), et e-Dârimî (1421).

[7]Rapporté par Abû Dâwûd  (2042) et Ahmed (2/367).

[8]Voir : talkhîs el habîr fî ahâdîth e-râfi’î el kabîr (2/267).

[9]E-dhu’afâ el kabîr (4/170).

[10]Voir : el fatâwâ el kubrâ (3/42, 5/146).

[11]Rapporté el Bukhârî (1194), e-Nasâî (698), Abû Dâwûd (2040),  et Mâlik (402).

[12]Rapporté par e-Nasâî (699), ibn Mâja (1412), et Ahmed (3/487).

[13]Rapporté par Muslim (976) et ibn Mâja (1569).

[14]Rapporté par Muslim (975), e-Nasâî (2040), ibn Mâja (1547), et Ahmed (5/353).

[15]Rapporté par e-Tirmidhî (1053).

[16]Rapporté par Ahmed (5/361).

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Publié par mizab.over-blog.com - dans Fiqh
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