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25 juin 2011 6 25 /06 /juin /2011 10:49

3372 FOR T SOMBRE

 

Règle du takfir

 

Ibn Taïmiya explique à ce sujet : « Le takfîr ne peut s’avérer pour des choses où plusieurs hypothèses sont possibles. »[1] La preuve, comme il le souligne, c’est que celui qui se prosterne devant une idole avec le cœur tourné vers Allah ne devient pas un kâfir, bien que ce soit une bid’a et du shrik asghar.[2]

 

Selon ibn Taïmiya, il est plus grave d’appliquer les textes de la menace divine (comme la malédiction) à grande échelle que de kaffar les auteurs des grands péchés à la manière des kharijites et des mu’tazilites ;[3] en sachant que le takfîr entre dans le domaine de la menace divine.[4]

 

Ainsi, selon ibn Taïmiya, il est interdit de taxer un ignorant d’apostat sans auparavant avoir fourni contre lui les preuves prophétiques (el hujja e-risâliya) lui éclaircissant qu’il va à l’encontre de la loi divine. C’est valable pour n’importe quel auteur d’une parole qui, en elle-même, relève de la mécréance. En sachant que certaines hérésies (bid’a) sont plus graves que d’autres et que certains innovateurs ont une foi plus ancrée que d’autres. Personne n’est habilité à taxer de mécréant n’importe quel musulman qui a commis une erreur. Il ne convient pas de le faire avant de lui avoir expliqué son erreur et d’avoir établi toutes les preuves contre lui. Lorsque la foi est avérée chez un individu avec certitude, on ne peut la lui retirer sur une simple suspicion. La seule chose qui permet de le faire, c’est d’établir toutes les preuves contre lui et de dissiper de son esprit toute ambigüité (iqâmat el hujja wa izâlat e-shubha).[5]

 

Les Textes divins concernant le mauvais devenir de l’homme (wa’îd) et les paroles provenant des grandes références sur les questions du takfîr (taxer quelqu’un d’apostat), dutafsîq (taxer quelqu’un de pervers), et autres, n’impliquent pas qu’ils faillent les appliquer à une personne en particulier sauf si celle-ci répond aux conditions pour le faire et si toute restriction en est exclue.[6]

 

Ainsi, quelqu’un est susceptible de prononcer une parole qui relève de la mécréance, car il n’a pas en main les textes lui permettant de parvenir à la vérité ; ou bien même en sa possession, il remet en question leur sens ou leur authenticité ; ou il n’est pas en mesure de les comprendre correctement ; ou encore est-il accroché a des arguments ambigus qui font obstacle à la bonne compréhension et qui font qu’il est excusable. Allah pardonne au croyant qui qu’il soit, lorsqu’il commet une erreur malgré ses efforts à la recherche de la vérité. Il n’y a pas de différence en cela, entre les questions théoriques (usûl ndt.) ou pratiques (furû’ ndt.) ; cette tendance est celle des Compagnons et de la plupart des grandes références de l’Islam.[7] Allah ne tient pas rigueur de l’erreur et de l’oubli et l’état de mécréance ne peut être constaté avant l’étape d’éclaircissement ou avant d’en fournir les preuves.[8]

 

Il affirme notamment : « Celui qui fait une mauvaise interprétation des textes, mais dont les intentions sont de suivre scrupuleusement le Messager (r), il ne devient pas mécréant ni pervers, s’il se trompe à la suite d’un effort d’interprétation. Ce principe est notoire pour les questions pratiques (furû’ ndt.). Quant aux questions liées au dogme (usûl ndt.), bon nombre de gens ne donnent pas d’excuse à celui qui se trompe dans ce domaine. Or, cette tendance n’est connue par aucun Compagnon ni par leurs fidèles successeurs ni par les grandes références de l’Islam. Elle prend son origine chez les innovateurs qui innovent des principes et qui sortent de l’islam tous ceux qui ne veulent pas s’y soumettre, à l’image des kharijites, des mu’atazilites, et des jahmites. Bon nombre d’adeptes des quatre écoles l’ont adoptée, comme certains malikites, certains shafi’ites, certaines hanbalites, et d’autres. »[9]

 

Pourquoi l’Islam condamne-t-il le khurûj ?

 

Selon la règle : il est plus important de parer aux inconvénients d’une chose que de rechercher ses avantages

 

Les preuves textuelles venant corroborer cette règle

 

1- le Verset suivant : (N’insultez pas ceux qui invoquent une fausse divinité, car leur animosité va les pousser à insulter Allah sans se fonder sur aucun savoir).[10] Allah interdit de s’en prendre aux idoles qui a pourtant l’avantage d’irriter les païens. Le but, c’est de ne pas les pousser au blasphème. Il faut mieux éviter qu’ils blasphèment que de dénigrer leurs faux dieux.

 

2- Selon ‘Âisha – qu’Allah l’agrée –, le Prophète (r) a dit notamment : « Si ton peuple ne s’était pas récemment converti, j'aurai fait détruire la Ka’ba (la Maison sacrée ndt.) pour lui réinsérer la partie qui lui a été enlevée, et je l’aurais mise à même le sol…»[11] Ce hadîth confirme la règle étant donné que le Prophète (r) a renoncé à la reconstruction du Temple d’après les fondations d’Ibrahim (r) – ce qui en soi est un avantage – pour parer à un inconvénient. Autrement dit, il ne voulait pas faire fuir les gens de l’Islam ni pousser les novices à apostasier. Il (r) a donc tenu compte des inconvénients qui étaient prépondérants aux avantages.

 

3- Le Prophète (r)  n’a pas tué les hypocrites, bien qu’il y ait un intérêt à le faire, car il ne voulait pas faire fuir les gens susceptibles de penser qu’il éliminait ses propres adeptes.

 

4- Il (r) a notamment interdit toute rébellion contre les gouverneurs injustes, à condition qu’ils observent la prière. Il y a un inconvénient immense à se lancer dans ce genre d’initiative. Les méfaits d’une insurrection sont bien plus considérables que ceux engendrés par la tyrannie des personnes au pouvoir. Les conséquences négatives dans les rangs des musulmans, à travers l’histoire, s’en font ressentir jusqu’aujourd’hui. C’est pour éviter cela que le Prophète (r) a prescrit : « Si l’allégeance est donnée à deux Khalifes, alors combattez le dernier venu. » Voici en résumé ce que Sheïkh el Islam ibn Taïmiya établit sur la question.

 

Après avoir développé certains points subsidiaires à la règle disant qu’il vaut mieux parer aux inconvénients d’une chose que de rechercher ses avantages, et qu’en cas d’opposition entre les intérêts et les inconvénients, il faut orienter le choix vers la solution la plus avantageuse, Sheïkh el Islam a poursuivi : « Entre autres : parmi les principes des traditionalistes, nous pouvons recenser la nécessité de conserver l’union, de ne pas s’attaquer aux détenteurs de l’autorité – les tyrans parmi eux –, et de ne pas participer aux affrontements en période de troubles. Nous pouvons introduire ses principes dans le cadre de la règle générale concernant l’encombrement ou l’opposition entre les avantages et les inconvénients, entre les bienfaits et les méfaits. Le cas échéant, il faut mettre en avant la solution la plus avantageuse, soit dans la situation où le pour et le contre s’opposent ou s’encombrent. 

 

Bien que les obligations et les interdictions impliquent en effet de concéder un intérêt et de repousser un inconvénient, il faut cependant se pencher sur les cas où les deux situations se réunissent. Si on laisse échapper un intérêt ou si celui-ci engendre un mal plus grand, il ne devient plus une obligation. Il devient plutôt une interdiction dans la mesure où il concède plus d’inconvénients que d’avantages. Les avantages et les inconvénients doivent être considérés selon la balance de la Législation.

 

Ainsi, si une personne ou un groupe font à la fois le bien et le mal de sorte qu’ils ne font pas la distinction entre les deux, et qu’ils ne peuvent les séparer (en les faisant ou en les délaissant tous les deux), il n’est pas permis en pareil cas de leur faire la morale (ni de leur ordonner le bien ni de leur interdire le mal). Il faut plutôt considérer la situation. Si le bien est prépondérant au mal, il faut l’ordonner bien qu’il implique à une moindre mesure de tolérer le mal qu’ils font. En parallèle, il ne faut pas leur interdire un mal si cela implique de leur faire délaisser un bien prépondérant.

 

Dans un tel cas de figure, interdire le mal consisterait à entraver au chemin d’Allah, à empêcher qu’on Lui obéisse, qu’on obéisse à Son Messager, et à mettre un terme aux bonnes actions. Or, si le mal est prépondérant au bien, il faut l’interdire quand bien même cela consisterait à laisser un bien de moindre importance. Dans ce cas de figure, il serait mal d’ordonner le bien qui impliquerait un mal plus important. Cela encouragerait à désobéir à Allah et à Son Messager.

 

Si toutefois, le bien et le mal s’engendrent mutuellement, il ne faut dans ce cas ni les ordonner tous les deux ni les interdire tous les deux étant donné que l’un est le fruit de l’autre. Cela est valable bien sûr pour certains cas. Néanmoins, en règle générale, il faut ordonner le bien dans l’absolu et interdire le mal dans l’absolu. Si l’on considère un individu ou un groupe quelconque, il faut ordonner le bien qu’ils concèdent et interdire le mal qu’ils concèdent ; il faut approuver leurs bons côtés et condamner leurs mauvais côtés de sorte que d’ordonner le bien, cela n’implique pas de laisser passer un bien plus grand ou d’engendrer un mal prépondérant. En parallèle, l’interdiction d’un mal ne doit pas impliquer un mal plus grand ni laisser échapper un bien prépondérant.

 

Dans ce registre, le prophète (r) ne s’en est pas pris à ‘Abd Allah ibn Ubaï ibn Salûl, et d’autres chefs de file des hypocrites et pervers, car ils avaient un soutien. Si un genre de punition avait pu mettre fin à un certain mal, cela aurait impliqué de laisser passer un bien plus important, étant donné qu’elle aurait attisé la colère et la vengeance de leurs tribus. Sans compter que les gens auraient pu fuir s’ils avaient entendu que Mohammed tuait ses Compagnons. »[12] Fin de citation.

 

L’Histoire en est le meilleur témoin

 

« C'est pourquoi il est notoire que la tendance traditionaliste ne voit ni la rébellion ni l’épée contre les émirs en place, même s’ils répandent l’injustice. Et cela, conformément aux hadîth prophétiques authentiques et communément transmis sur le sujet. Le désordre qu’engendrent les guerres intestines et les troubles est plus grand que le mal et l’injustice venant des émirs en temps de paix. On ne confronte pas un plus grand mal en se contentant d’un mal moindre (sic).

 

À travers l’Histoire, les révoltes ont pratiquement toujours ramené un mal plus grand que celui qu’elles avaient enlevé. Or, Allah ne nous a pas ordonné de combattre tous les tyrans et les injustices quoiqu’il arrive. Il ne nous a pas demandé non plus de combattre d’entrée les rebelles, mais Il nous enjoint d’attendre : [Lorsque deux groupes parmi les croyants se querellent, réconciliez entre eux ; mais si l’un d’eux s’acharne contre l’autre, alors combattez celui qui s’acharne jusqu’à ce qu’il se plie à l’ordre d’Allahune fois qu’il s’y plie, alors réconciliez entre eux avec équité, et soyez justes, car Allah aime les justes].[13] S’il n’a pas demandé de combattre d’entrée des rebelles, alors comment l’aurait-Il demandé pour les émirs ? »[14]

 

À suivre…

 



[1]Voir : e-sârim el maslûl (3/963).

[2]Voir : majmû’ el fatâwâ (14/120).

[3]Voir : majmû’ el fatâwa (20/386-388).

[4] Idem. (3/231).

[5] Majmû’ el fatâwa (12/393).

[6] Idem. (10/372).

[7] Majmû’ el fatâwa (23/326).

[8]Idem. (12/523-524). Des textes de ce genre, il en existe beaucoup d’autres. Le D. ‘Abd el Majîd el Mish’abî est l’auteur d’une thèse ayant pour titre ; manhaj ibn Taïmiya fî mas-alat e-takfîr (1/251-261) où il démontre, avec de nombreux textes d’ibn Taïmiya à la clef, que ce dernier tient compte du ‘udhr bi el jahl dans iqâmat el hujja ; voir notamment en vrac : majmû’ el fatâwa (3/231), (5/538), (6/61), (11/406), (11/409-410) (11/412-413), (20/36), (35/165-166), e-rad ‘alâ el Akhnâî (p. 61-62), e-Safdiya (1/233), e-rad ‘alâ el bakrî (p. 259), bughiya el murtâd (p. 311), el istiqâma (1/30), dur e-ta’ârudh (8/238), et el Asfahâniya (p. 127-128).

[9]Voir : minhâj e-sunna (5/240).

[10]Le bétail ; 108

[11]Rapporté par el Bukhârî et Muslim.

[12]Sheïkh el Islam ibn Taïmiya est l’auteur de ce discours dans Majmû’ el fatâwâ (28/128-131) et dans El amr bi el ma’rûf wa e-nahî ‘an el munkar (p. 21) du même auteur.

[13]Les appartements ; 9

[14]minhâj e-sunna (3/391).

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25 juin 2011 6 25 /06 /juin /2011 10:46

3372 FOR T SOMBRE  

 

La « charte » du traditionalisme

 

Sheïkh el Islam ibn Taïmiya établit : « Dans l’ensemble, les traditionalistes font tous leur possible pour se soumettre à l’obéissance d’Allah et de Son Messager, conformément au Verset : [Craignez Allah dans la mesure du possible].[1] Le Prophète (r) a dit quant à lui : « ...et ce que je vous ordonne, faites-le dans la mesure du possible. »[2]

Ils ont conscience qu’Allah envoya Mohammed (r)sur terre en vue de réformer les hommes pour leur intérêt présent et futur ; il appelle à la réforme (dans le sens d’amélioration ndt.) et condamne le désordre. Ils comparent pour une action donnée entre ses avantages et ses inconvénients, et orientent leur choix en fonction de leur prépondérance ; quand le bien est prépondérant, ils s’y engagent, mais quand, c’est le mal qui prend le dessus, ils y renoncent. La mission de Mohammed (r)a pour but de s’accaparer le bien et de l’optimiser, et, en parallèle, de parer au mal et de le minimiser.

 

Ainsi, quand un homme prend la tête du Khalifat, comme Yazîd, ‘Abd el Mâlik, el Mansûr, etc. soit on se donne le devoir de l’enlever coûte que coûte au prix de prendre les armes contre lui en vue de le renverser pour installer quelqu’un d’autre à sa place, à la manière de ceux qui voient l’épée ; cette tendance est illégitime en vue des inconvénients énormes qu’elle engendre par rapport aux avantages.

 

Peu furent les révoltes qui, dans l’Histoire, n’engendrèrent pas un mal plus grand que le bien escompté. Nous avons comme exemple, ceux qui s’insurgèrent contre Yazîd à Médine, ibn el Ash’ath qui s’insurgea contre ‘Abd el Mâlik en Iraq, ibn el Muhallib qui s’insurgea contre son fils dans le Khurasân, Abû Muslim sâhib e-da’wa qui prit également les armes contre eux dans le Khurasân, et ceux qui se révoltèrent contre el Mansûr à Médine et à Bassora, etc.

 

Le mieux qu’il peut leur arriver, quand ils ne sont pas vaincus, c’est de triompher sur le moment, mais, tôt au tard, ils perdent le pouvoir, et jamais ils ne laissent d’héritier. ‘Abd Allah ibn ‘Alî et Abû Muslim attentèrent à la vie d’un nombre incroyable de personnes, pourtant, tous les deux finirent entre les mains d’Abû Ja’far el Mansûr. Quant aux partisans d’el Harra, d’ibn el Ash’ath, d’ibn el Muhallib, etc., ils connurent la défaite ; ils ne parvinrent ni à maintenir la religion ni à épargner le profane. Alors que le Très-Haut n’ordonne rien qui ne rapporte aucun effet ni pour la religion ni pour la vie matérielle. S’il est vrai au même moment, que les acteurs d’une telle initiative soient des pieux, des élus d’Allah promis au Paradis. Cependant, ils ne sont pas meilleurs qu’Alî, ‘Âisha, Talha, Zubaïr, etc. dont la participation aux troubles ne fut pas louable. Pourtant, ils ont un rang plus élevé auprès d’Allah et ont une meilleure intention que n’importe qui d’autre. Nous pouvons en dire autant pour les partisans d’el Harraqui comptaient dans leurs rangs bon nombre de savants et de pieux. Même chose pour les partisans d’ibn el Ash’ath, qu’Allah leur pardonne à tous…

 

L’élite des musulmans interdisait de se rebeller et de prendre les armes en période de troubles. ‘Abd Allah ibn ‘Omar, Sa’îd ibn el Musaïb, ‘Alî ibn el Husaïn, etc. défendaient de sortir contre Yazîd, l’année d’el Harra. El Hasan el Basrî, Mujâhid, et tant d’autres défendaient de participer à la campagne (fitna) d’ibn el Ash’ath. Par la suite, un crédo se dessina chez les traditionalistes qui appelaient à ranger l’épée dans son étui en période de troubles. Ils se conformaient ainsi aux hadîthauthentiques imputés de façon certifiée au Prophète. Ils prirent l’habitude de l’évoquer dans leur crédo, et incitaient à la patience face à la tyrannie des sultans, et à ne pas prendre les armes contre eux, bien que de nombreux savants connus pour leur piété aient participé à des troubles.

 

Il y a souvent un amalgame entre le chapitre sur l’insurrection des rebelles au nom de la morale (ordonner le bien et interdire le mal) et celui sur la participation aux troubles, mais ce n’est pas l’endroit pour en parler en détail.

 

En méditant sur les hadîthauthentiques remontant au Prophète (r) de façon certifiée dans ce domaine, tout en considération la vision des savants éclairés, on se rendra compte que les textes prophétiques orientent toujours vers la meilleure solution.

 

C’est pourquoi, quand Husaïn répondit à l’appel des habitants d’Iraq qui l’invitaient dans de nombreux courriers à prendre la tête de la révolte, l’élite des savants, à l’image d’ibn ‘Omar, ibn ‘Abbâs, Abû Bakr ibn ‘Abd e-Rahmân ibn Hârith ibn Hishâm, tentèrent de l’en dissuader. Ils étaient persuadés qu’il allait y laisser la vie. Certains d’entre eux allèrent dans leurs adieux jusqu’à implore : « Nous confions ta mort à Allah ! » L’un d’entre eux l’interpella en ces termes : « Si ce n’était pas indécent, je t’aurais retenu pour t’empêcher de te rendre en Iraq. » Leur seule ambition était de le conseiller et de veiller à son intérêt, mais aussi à celui des musulmans. Allah et Son Messager ne font qu’appeler à la réforme, non au désordre. Cependant, chacun peut soit se tromper soit avoir raison par rapport à ces injonctions.

 

Ainsi, en fin de compte, il s’était avéré qu’ils avaient eu raison et qu’il n’y avait aucun intérêt ni matériel ni religieux à prendre les armes. Cette initiative fut même l’occasion pour les tyrans injustes de s’en prendre au petit-fils du Messager d’Allah (r), et de le mettre à mort impunément en lui offrant ainsi le martyre.

 

La révolte de Husaïn causa, en plus du grand nombre de victimes, des inconvénients terribles qui auraient pu être évités s’il était resté sagement chez lui. Il ne concrétisa aucun des avantages qu’il escompta et ne parvint pas à mettre un terme au mal. Bien au contraire, son initiative qui déboucha sur son assassinat engendra un plus grand mal, qui prenait de plus en plus le dessus sur le bien. Sa mort déclencha en effet une vague de troubles, un peu comme la mort de ‘Uthmân, et ne rapporta que de mauvais effets.

 

Tous ces événements tragiques nous rappellent l’importance des recommandations prophétiques, enjoignant d’endurer la tyrannie des mauvais sultans et de renoncer à prendre les armes et à se rebeller contre eux. C’est en effet la meilleure solution tant pour la vie d’ici-bas que pour l’au-delà. Quiconque va, inconsciemment ou non, à leur encontre, ne récolte que de mauvais fruits, jamais de bons fruits.

 

C’est ce qui explique les paroles du Prophète (r)faisant les éloges d’el Hasan : « Mon fils que voici est un Saïd (maître ndt.), par le biais duquel Allah va concilier entre deux grandes armées musulmanes. »[3]Au même moment, il n’a jamais vanté quelqu’un d’avoir pris les armes pour participer à des troubles ou à une révolte contre un émir en place. Il n’a jamais encouragé non plus à rompre l’obéissance à l’émir ni à se démarquer des rangs.

 

Tous les hadîth prophétiques qui furent certifiés dans le recueil e-sahîh, vont dans ce sens. Nous avons notamment, d’après sahîh el Bukhârî, selon el Hasan el Basrî, j’ai entendu dire Abû Bakra (t) : « J’ai entendu dire le Prophète (r)du haut de sa chair alors qu’el Hasan se tenait avec lui, il partageait son regard entre lui et l’assemblée : « Mon fils que voici est un Saïd (maître ndt.), par le biais duquel Allah va sûrement concilier entre deux grandes armées musulmanes. » »[4] Le Prophète (r) informa que son petit fils était un « grand homme ». Par la suite, la prophétie qu’il avait annoncée se réalisa, l’année où el Hasan réconcilia par son initiative entre les membres de la Nation.

 

Ainsi, Allah et Son Messager aiment la réconciliation entre deux factions rivales, et cette initiative fut considérée comme l’un des fastes les plus mémorables à son actif, et dont son grand-père (r) vanta les vertus. S’il avait été enjoint, voire recommandé de participer à ces guerres intestines qui déchiraient les musulmans, le Prophète (r)n’aurait jamais fait les éloges de quelqu’un qui s’y désiste. C’est ce qui explique pourquoi, il n’a jamais rendu hommage à ceux qui se mêlèrent aux événements d’el Jamal ou de Siffîn, et encore moins aux habitants de Médine, qui furent entrainés à la bataille d’el Harra. Il n’a jamais salué non plus le siège de La Mecque contre ibn e-Zubaïr, ni la révolte d’ibn el Ash’ath, d’ibn el Muhallib, etc.

Cependant, il est communément transmis qu’il (r) encouragea à tuer les kharijites mâriqûn (qui sortent de la religion ndt.) que le Prince des croyants ‘Alî passa au fil de l’épée à Nahrawân, après qu’ils aient pris refuge à Harûra en vue d’une insurrection. Les annales prophétiques qui enjoignent à combattre ces gens-là sont largement répandues.[5]‘Alî (t)lui-même éprouva une joie immense à l’idée d’en avoir décousu avec eux. Il rapporta notamment le hadîth appuyant sa campagne. Les Compagnons, mais aussi les grandes références après eux, sont unanimes à voir le combat contre les kharijites. Ils n’ont jamais mis sur le même pied d’égalité leur répression et les événements d’el Jamal, de Siffîn, etc. qui ne reçurent l’aval ni des textes ni du consensus. Ceux-là mêmes qui y furent entrainés parmi les plus grands n’étaient pas fiers d’eux, et finirent même par regretter amèrement leur action…

El Hasan n’arrêtait pas de conseiller à son père et à son frère de renoncer aux armes. Et, quand il eut les choses en main, il mit un terme au combat et réconcilia, grâce à Dieu, entre deux grandes factions rivales. ‘Alî se rendit compte, en fin de compte, qu’il aurait mieux valu éviter les conflits armés tant les inconvénients à s’y mêler étaient prépondérants aux avantages. El Husaïn également, qui connut le martyre à travers une mort injuste, renonça à son projet de prendre le pouvoir. Il fit la requête soit de retourner sur ses terres, soit d’être envoyé au front (pour garder les frontières) soit auprès de Yazîd, qui était, à cette époque, à la tête des musulmans.

 

On peut toujours avancer qu’Alî et son fils renoncèrent à leur projet, tout simplement, car ils n’avaient pas les moyens d’aller au bout ; ils n’avaient pas, en effet, suffisamment d’alliés de leur côté. Ils avaient conscience que beaucoup de sang aurait été versé sans parvenir à l’intérêt escompté.

Ce à quoi nous répondons : c’est exactement la sagesse dont le Législateur tint compte en interdisant de sortir l’épée contre l’émir, et en encourageant à ne pas participer aux troubles. Peu importe que l’on sorte au nom de la morale (ordonner le bien et interdire le mal), comme ce fut le cas pour les partisans d’el Harra, et Daïr el Jamâjim qui se soulevèrent contre Yazîd, el Hajjâj, etc. On n’enlève pas un mal par un plus grand mal, ce qui en soi est un mal, de la même façon, on ne recherche pas un bien, en passant par un mal plus grand que l’intérêt escompté à travers ce bien, ce qui en soi est également un mal.

 

C’est de cette façon que les kharijtes autorisèrent moralement à prendre l’épée contre leur coreligionnaires, et mirent leur projet en action contre ‘Alî et tant d’autres. Ces derniers furent imités par les mu’tazilites, les zaïdites, les légistes, etc., qui, dans les grandes lignes s’accordent avec eux à se révolter, l’épée à la main, contre les émirs en place.

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

 



[1]E-taghâbun ; 16

[2]Rapporté par el Bukhârî (7288), et Muslim (1337), selon Abû Huraïra (t).

[3]Rapporté par el Bukhârî (2704, 3629, 3746, 7109), selon Abû Bakra.

[4]Rapporté par el Bukhârî (2704, 3629, 3746, 7109), selon Abû Bakra.

[5] Sheïkh el Islam ibn Taïmiya a fait savoir en commentaire à une annale de l’Imâm Ahmed : « Ces hadith sont rapportés par Muslim dans son recueil e-sahîh, Bukhârî en a aussi rapporté quelques-uns. » [Voir : Majmû’ el fatâwâ (3/279).]

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25 juin 2011 6 25 /06 /juin /2011 10:45

 

3372 FOR T SOMBRE

 

 

Il incombe de savoir ici que les facteurs qui poussent aux troubles sont partagés entre les acteurs en jeu (ou autre traduction possible : constants ndt.). En effet, quand les cœurs sont perturbés, ils ne sont plus dans une optique de recherche de la vérité, et sont donc, aveuglés. Si bien que les comportements ressemblent terriblement à ceux des païens avant l’Islam qui ne connaissaient pas la vérité, mais qui ne la cherchaient pas non plus. L’Islam a eu le mérite d’apporter aux hommes le savoir utile et les bonnes œuvres qui leur ont permis non seulement de connaitre la vérité, mais de la vouloir ardemment. Ainsi, une corrélation se crée entre l’avidité de certains gouverneurs qui sèment l’injustice et l’impossibilité des sujets à endurer cette épreuve.

 

Or, la seule façon pour eux de se faire justice, c’est d’user de moyens qui entrainent des méfaits encore plus que grands que l’injustice qu’ils subissent. Ils en ont conscience, mais l’esprit de vengeance est encore plus fort qu’eux. Ils cherchent coûte que coûte à reprendre leurs droits sans se soucier des conséquences terribles et à grande échelle que leur action engendre. Le Prophète (r)l’avait prédit en disant : « Vous serez confronté après moi à des émirs aux appétits égoïstes, alors armez-vous de patience jusqu’à ce que vous me retrouverez à mon bassin (Hawdh). »[1]

 

Il est rapporté également d’après les deux recueils sahîh, le propos prophétique suivant : « L’individu doit obéissance à l’émir que ce soit dans l’aisance ou dans la difficulté, de son propre gré ou contre lui, et même s’il ne veut rien lui partager. »[2]

 

Il y également une annale, d’après les deux recueils sahîh, avec les termes suivants : « Nous avons fait allégeance au Prophète (r) de faire obéissance à l’émir que ce soit dans l’aisance ou dans la difficulté, de notre propre gré ou contre nous-mêmes, et même s’il ne veut rien nous partager ;  de ne pas lui contester l’autorité en place, d’être, où que nous soyons, les garants de la vérité dans les paroles et les actes, et de ne crainte, pour Allah, le blâme de personne. »[3]

 

Le Prophète (r) ordonna donc de patienter face à l’appétit cupide des responsables de l’autorité, et de leur obéir, malgré ce défaut, sans jamais se rebeller contre eux. Bon nombre de révoltes dans l’Histoire furent motivées par l’égoïsme débordant des gouverneurs, ce que les sujets ne pouvaient plus supporter. Surtout que ces gouverneurs n’avaient pas que ce défaut ; chaque faux pas qu’ils pouvaient faire attisait d’autant plus la haine dans les rangs. En se soulevant, les insurgés étaient convaincus qu’il agissait pour la bonne cause, et qu’il fallait rendre le culte à Dieu l’Unique. En réalité, le pouvoir et la richesse étaient les plus grandes motivations des insurgés, qui recherchaient avant tout leurs intérêts personnels. Un Verset nous décrit cet état : [Quand on leur en donne une part, ils sont contents, mais dès qu’on la leur refuse, ils se mettent en colère].[4]

 

D’après le recueil e-sahîh, le Prophète (r) affirme : « Il y a trois hommes à qui Allah ne parlera pas, qu’Il ne regardera pas le Jour de la Résurrection, qu’Il ne mettra pas en valeur et qui auront un châtiment terrible : un homme qui a de l’eau en abondance, mais qui refuse d’en donner aux étrangers de passage. Le Jour de la Résurrection, Allah lui dira : « Aujourd’hui, Je te refuse Mes faveurs, comme tu as refusé sur terre de partager ce que tu n’as pas obtenu de tes mains. » Un homme qui fait allégeance à un Imâm sans n’être motivé par rien d’autre que par les biens de ce bas monde ; s’il lui en donne une part, il est content, mais s’il refuse de lui en donner, il se met en colère ; et un homme qui, après la prière du ‘asr jure mensongèrement en vue découler ses marchandises… »[5]

 

Ainsi, si d’un côté on met les mauvaises passions et les mauvaises conceptions et de l’autre côté, on met les mêmes ingrédients, on obtient indubitablement un conflit. Or, le Législateur ordonne à chacun de faire ce qui revient en bien à lui et aux musulmans. Il ordonne aux responsables de l’autorité de faire régner la justice et de prodiguer le bon conseil à ses sujets. Un hadîth fait planer une menace sur lui : « Tout berger à qui Allah a confié un troupeau, et qui vient à mourir en ayant trahi son troupeau ne sentira jamais l’odeur du Paradis. »[6]

 

Quant aux sujets, ils ont pour devoir d’obéir au gouverneur et de lui prodiguer le bon conseil conformément au hadîth : « La religion, c’est le bon conseil.

-           Messager d’Allah, lui demandèrent les Compagnons, mais envers qui ?

-           Envers Allah, Son Livre, Son Messager, les gouverneurs musulmans et leurs peuples. »[7]

 

En outre, il ordonne de patienter face à leur cupidité, et interdit de leur contester leur autorité, malgré l’injustice qu’ils font régner. La raison, c’est que le mal engendré par les armes est plus grand que le mal issu de l’injustice des gouverneurs. Il n’est donc pas pertinent d’enlever un moindre mal pour en obtenir un plus grand.

 

En méditant sur les textes du Coran et de la sunna qui remonte au Prophète (r) de façon certifiée, tout en observant ce qu’on ressent en soi, mais aussi autour de soi, on appréhendera mieux le Verset : [Nous leur ferons voir Nos signes en eux-mêmes et dans les horizons afin qu’ils sachent que c’est la vérité].[8] Allah fait voir à Ses créatures des signes en eux-mêmes et à l’horizon afin qu’ils sachent que le Coran incarne la vérité ; Ses enseignements sont vrais et Ses commandements sont justes.

 

[Ainsi se parfait la Parole de Ton Seigneur en toute vérité et en toute justice ; rien ne peut changer Ses Paroles, car Il est Entendant et le Savant].[9] »[10]

 

El Hasan et el Husaïn

 

Voici en complément à ce sujet, une analyse subtile de Sheïkh el Islam ibn Taïmiya sur les deux enfants de ‘Âli (t) : « Les ancêtres du Mahdî remontent à el Hasan non à el Husaïn, car ces derniers ressemblent sous certains aspects aux deux enfants d’Ibrahim bien qu’ils ne soient pas des prophètes. Pour les protéger, le Prophète (r) invoquait Allah en ces termes : « Je vous place sous la protection des Paroles Parfaites d’Allah contre toute insufflation des démons et tout mauvais œil. »[11]Il disait à ce sujet qu’Ibrahim protégeait Ismâ’îl et Ishâq de cette façon.[12]Ismâ’îl était le plus grand et le plus sage des deux garçons. C’est pourquoi, le Prophète a proclamé du haut de sa chair alors qu’el Hasan se tenait avec lui : « Mon fils que voici est un Saïd (maître ndt.), par le biais duquel Allah va concilier entre deux grandes armées musulmanes. »[13]La plupart des prophètes provenaient de la descendance d’Ishâq, et de la même façon la plupart des Imams sont de la descendance de Husaïn. Or, le sceau (ou le dernier) des prophètes dont la religion s’est répandue sur toute la surface de la Terre est de la descendance d’Ismâ’îl, il convenait ainsi que le Mahdî, ce Khalife bien guidé qui sera le dernier des Khalifes soit de la descendance de Hasan. »[14]

 

Et ibn e-Zubaïr ?

 

Ibn Taïmiya répond à cette question : « Ibn e-Zubaïr avait déjà eu un conflit avec Yazîd, dans lequel il entraina avec lui des habitants de La Mecque, du Hijâz, et d’ailleurs. À la mort de Yâzîd, il annonça sa prise de pouvoir. Il reçut le titre de Prince des croyants et l’allégeance de la plupart des provinces à l’exception du Shâm. Ainsi, sa mise au pouvoir eut lieu après la mort de l’ancien Khalife. Néanmoins, sous le Khalifad’ibn Mu’âwiya, il refusa au début de lui donner son allégeance, mais dès qu’il consentit à le faire, Yazîd émit la condition pour l’accepter qu’il se constitue prisonnier afin qu’il vienne la lui faire en personne. Alors, virent le jour entre eux des conflits qui débouchèrent sur une expédition envoyée par le Khalife à La Mecque. Yazîd s’éteignit au cours de ce fameux siège, et une partie du Shâm, l’Iraq, et d’autres provinces, offrirent alors leur allégeance à ibn e-Zubaïr.

 

Après le décès de son père, Mu’âwiya ibn Yazîd s’installa sur le trône, mais, bien qu’il était pieux et ascète, son règne ne dura pas longtemps. Après à peine quarante jours, il était descendu du trône et n’intronisa personne à sa place. Marwân ibn el Hakam s’empara des rênes du pouvoir sur le Shâm, mais il ne fit pas long feu. Ce fut son fils, ‘Abd el Malik qui allait s’installer définitivement au pouvoir, et commença par monter une armée, prit la route de l’Iraq qui avait pour émir Mus’ab ibn e-Zubaïr ; ce dernier administrait la province sous l’égide de son frère. Mus’ab perdit la vie dans les affrontements, et ‘Abd el Malik était devenu maitre des lieux. Il mit sur pied une expédition avec à sa tête, el Hajjâj. Sa mission était de déloger ibn e-Zubaïr des Lieux saints. Il installa son camp autour de la ville et, au bout de multiples assauts, le captura avant de mettre fin à ses jours.

 

‘Abd el Mâlik pouvait régner sans conteste, et fonda sa propre dynastie. Son règne vécut la conquête de Bukhârâ, et d’autres contrées de « l’Asie Mineure», sous le commandement de Qudaïba ibn Muslim, l’administrateur d’el Hujjâj ibn Yûsaf, qui, lui-même, était l’administrateur d’Abd el Mâlik ibn Marwân en Iraq, malgré ses instincts tyranniques. À cette époque, les musulmans triomphèrent sur le roi turc Khâqân après une âpre bataille, et ses fils furent capturés. Par la suite, le Sind allait entrer dans les frontières musulmanes, mais aussi, à l’opposé, l’Andalousie. Des tentatives furent menées contre Constantinople qui résista à un long siège… »[15]

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

 

 



[1]Rapporté par el Bukhârî (3792) et Muslim (1845), selon Anas ibn Mâlik, selon Usaïd ibn Khudhaïr (t).

[2]Rapporté par el Bukhârî (7056) et Muslim (1709), selon ‘Ubaïda ibn e-Sâmit (t).

[3]Rapporté par el Bukhârî (7199) et Muslim (1709), selon ‘Ubaïda ibn e-Sâmit (t).

[4]Le repentir ; 58

[5]Rapporté par el Bukhârî (2369) et Muslim (108), selon Abû Huraïra (t).

[6]Rapporté par el Bukhârî (2369) et Muslim (108), selon Abû Huraïra (t).

[7]El Bukhârî l’a mentionné en tête d’un chapitre et sans chaine narrative ; il est rapporté par Muslim (55), selon Tamîm e-Dârî (t).

[8]Les Versets détaillés ; 53

[9]Le bétail ; 115

[10]Voir : Minhâj e-sunna (4/527-543).

[11]Rapporté par el Bukhârî (3371), selon ibn ‘Abbâs.

[12]C’est un passage du Hadith précédent.

[13]Rapporté par el Bukhârî (2704, 3629, 3746, 7109), selon Abû Bakra.

[14]Voir : Jâmi’ el Masâil de Sheïkh el Islam ibn Taïmiya qui propose certaines Fatwas inédites (4/99).

[15] Minhâj e-sunna (4/522-524).

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25 juin 2011 6 25 /06 /juin /2011 10:43

 

 

Kharijitesou bughât ?

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 Ibn Taïmiya fait état de la différence entre ces deux catégories d’individus : « Abû Barza el Aslamî (t) explique, en parlant des événements d’ibn e-Zubaïr, de la révolte des lecteurs contre el Hujjâj, et de Marwân dans le Shâm en faisant remarquer : « Ceux-là, ceux-là, et ceux-là prirent les armes pour des raisons matérielles. » Tandis que les innovateurs, comme les Kharijites, ils cherchent à corrompre la religion des musulmans, et combattent au nom de la religion. »[1]

 

Ailleurs, il renchérit : « Quant à l’allégation selon laquelle les grandes références sont unanimes à ne faire aucune différence entre eux (les bughât et les kharijites) si ce n’est qu’au niveau du nom, celle-ci est complètement fausse. L’auteur d’une telle allégation est vraiment téméraire ! Il est plus juste de dire que cette opinion est à mettre au compte de certains savants des écoles d’Abû Hanîfa, de Shâfi’î, d’Ahmed, etc.

 

… La majorité des savants font une distinction entre les kharijitesqui sortent de la religion et ceux qui ont participé aux batailles d’el Jamal, de Siffîn, mais aussi à d’autres batailles. Ces derniers comptent parmi les rebelles qui furent motivés par un effort d’interprétation. Cette opinion est celle que nous connaissons des Compagnons, de la majeure partie des traditionnistes, des légistes et des adeptes du kalâm. La plupart des savants des grandes écoles le mentionnent explicitement dans leurs écrits, ainsi que leurs successeurs parmi les adeptes de Mâlik, Ahmed, Shâfi’î, etc.

 

Il est en effet certifié, d’après le recueil e-sahîh, la parole suivante du Prophète (r) : « Un groupe dissident va se rebeller à la suite d’un conflit entre musulmans. Le camp qui sera le plus proche de la vérité se chargera de les réprimer. »[2] Ce hadîth fait état de trois factions en présence ; les kharijites étant différents des deux premières, et composent donc la troisième faction… Les Compagnons étaient tous d’accord pour les combattre, contrairement aux batailles d’el Jamal, de Siffîn, qui furent accueillies avec des réactions diverses. Les uns et les autres se rangèrent d’un côté ou de l’autre, mais la grande majorité des Compagnons resta neutre et ne s’engagea avec aucun camp…

 

‘Alî (t)fut d’être heureux d’en découdre avec les kharijites… Au moment où il avouait qu’aucun texte ne venait cautionner Siffîn ; il dut s’en remettre à son propre jugement. Parfois, il lui arrivait de faire les éloges de ceux qui avaient renoncé à prendre les armes…

 

Cela démontre que la neutralité était la meilleure position, et que ces conflits ne furent ni imposés par la religion ni même recommandés. Tandis que les textes parlent de l’éradication des kharijites ; il est certifié que le Législateur l’a ordonné et encouragé. Comment peut-on dès lors, mettre sur le même pied d’égalité ce que d’un côté, il ordonne et encourage à faire, et de l’autre côté, ce qu’il encourage à délaisser en vantant les vertus d’une telle initiative.

 

Ainsi, quiconque met sur le même pied d’égalité les guerres intestines entre Compagnons qui eurent lieu à el Jamal et Siffîn, et la répression de Dhû el Khuwaïsira, et ses semblables parmi les kharijitesrebelles, et les hârûrites criminels ; il associe clairement sa parole à celle des ignorants injustes ! »[3]

 

Quelle est la distinction entre Kharijites ou bughât ?

 

Les bughât prennent les armes contre les sultans pour des raisons profanes. Ils aspirent au pouvoir sans revendiquer particulièrement qu’ils agissent au nom de la religion. Par extrapolation, ibn Taïmiya range dans cette catégorie ceux qui participèrent aux batailles d’el Jumal, Siffîn, el Hurra, el Jamâjim, etc. Ces derniers pensaient que la guerre était la meilleure solution. Ils ne voyaient pas dès lors les inconvénients énormes qu’elle allait engendrer. D’ailleurs, ils le regrettèrent après coup, et surent par l’expérience ce dont les textes mettaient en garde depuis le début. Ibn Taïmiya explique à ce sujet : « Secundo : il y a ceux qui prennent les armes non pour défendre une croyance contraire au traditionalisme. Nous pouvons compter dans cette catégorie ceux qui participèrent aux batailles d’el Jumal, Siffîn, el Harra, el Jamâjim, etc. Ces derniers pensaient simplement que la guerre était la meilleure solution, bien que ce ne fût pas le cas. Ils ne voyaient pas dès lors les inconvénients énormes qu’elle allait engendrer. D’ailleurs, ils le regrettèrent après coup, et surent par l’expérience ce que les textes mettaient en garde depuis le début. »[4]

Puis, il explique qu’en résumé, nous pouvons recenser quatre raisons à travers l’Histoire ayant poussé certains savants à l’erreur dans ce domaine.

-         Certains d’entre eux n’avaient tout bonnement pas eu accès aux textes.

-         D’autres remettaient en question leur authenticité.

-         D’autres, à l’image d’ibn Hazm, pensaient qu’ils étaient abrogés.

-         D’autres les interprétaient à leur façon, comme tout mujtahid.[5]

 

Comme à son accoutumé, ibn Taïmiya se lance dans une analyse extraordinaire dans laquelle il dessine le portrait des « chiens de l’Enfer ». En voici un passage : « Il n’est pas pertinent qu’il fut légiféré de les combattre, juste parce qu’ils tuent les gens, comme on repousse des agresseurs (bandits de grand chemin, etc.), ou de simples insurgés (bughât). Le but, en effet en combattant les seconds, c’est d’éradiquer leur mal, de disloquer leur groupe, et de les ramener à l’ordre. Il n’est donc pas légiféré de les tuer où qu’ils se trouvent, ni de les exterminer jusqu'au dernier comme le peuple de Hâd ; ils ne sont pas non plus les pires des hommes qui sont sous la voûte céleste, et il ne fut pas légiférer de les combattre sans condition, mais en dernière instance. Il y a donc une autre raison qui se cache derrière l’obligation de combattre les kharjites. Ils sont en effet les plus prompts à sortir de la religion à cause de l’excès qu’ils font, comme nous l’informe le hadîth d’Alî : « Mais, ils sortiront plus vite de la religion que la flèche transperce sa proie. Où que vous les trouviez, tuez-les. »[6] Ainsi, si on les tue, c’est parce qu’ils sortent de la religion…

 

(…) Ainsi, nous les tuons en raison de leur caractéristique qui est de sortir de la religion (et qui est présente aussi bien chez l’un que chez un grand nombre d’entre eux), non parce qu’ils s’insurgent et prennent les armes contre les musulmans.

 

S’il est vrai qu’Alî (t) ne les a pas combattu dès leur émergence, mais c’est uniquement, car il ne savait pas à qui il avait à faire. Il a fallu qu’ils mettent un terme à la vie d’ibn Khubbâb, et qu’ils sèment le pillage pour qu’il comprenne qu’il s’agissait de ceux dont fait allusion le hadîth : « Ils tuent les adeptes de l’Islam et épargnent les païens. »[7] Il a su dès lors qu’ils étaient les fameux kharijites.

L’autre raison qui l’a empêché de les tuer, avant qu’ils ne fassent couler le sang, c’est que leurs tribus auraient pu, par chauvinisme, quitter les rangs d’Alî (t)… »[8]

 

Dans sa harangue guerrière qui visait à convaincre ses concitoyens de monter une armée contre l’envahisseur tatar, il fustige : « Ces gens-là, aux yeux des grands spécialistes, ne sont pas à mettre au même rang que les insurgés (bughât) que se rebellent contre l’Imam en place, ou qui sortent de son obéissance, comme ce fut le cas des habitants du Shâm qui sortirent de l’autorité d’Alî ibn Abî Tâlib (t; non, les bughât se contentent de se rebeller contre l’autorité de tel gouverneur, voire de le renverser. Quant aux tatars, ils sont sortis de l’Islam, à la manière des rebelles qui refusent de verser la zakât, et des kharijites qu’Alî réprima. Ce dernier n’avait pas la même approche en fonction de l’armée qu’il avait en face de lui ; sur un front, il avait pour adversaire l’armée du Shâm et de Basra et sur l’autre front, les révoltés de Nahrawân. Avec les premiers, ils se comportaient comme un frère qui s’était disputé avec son frère, mais il avait un autre comportement avec les kharijites. »[9] Il explique ensuite que conformément aux textes prophétiques, les Compagnons s’entendirent finalement à l’unanimité à combattre sous les ordres d’Abû Bakr, les rebelles à la zakât, et, plus tard, les kharijites. En revanche, bien que les textes en parlent, la querelle qui opposa le troisième khalife à la Syrie ne fit pas consensus chez les Compagnons et leurs successeurs.[10]

 

Les grands hommes qui ont participé aux troubles sont excusables en raison de leur effort d’interprétation

 

« Parmi les éléments en relation avec ce point : nous devons savoir qu’un grand homme au niveau du savoir et de la piété, parmi les Compagnons, leurs successeurs, et tous ceux qui viendront après eux jusqu’à la fin du monde, qu’ils soient d’ahl el Baït ou non, peut très bien faire un effort d’interprétation basé sur des conjectures, voire des passions subtiles qui auront de mauvaises conséquences. Il ne convient pas de le suivre sur son erreur, bien qu’au même moment, il compte parmi les pieux et les élus de Dieu.

Malheureusement, ce genre d’erreur perturbe deux catégories d’individus :

-         Ceux qui l’encensent, et qui veulent absolument lui donner raison et le suivre dans son erreur.

-         Ceux qui le condamnent et qui remettent en question à cause de cette erreur sa piété et son statut de wali. Ils font jusqu’à douter de sa crédibilité et qu’il soit des habitants du Paradis.

Or, ces deux voies opposées sont aussi égarées l’une que l’autre. »[11]

 

Les intentions cachées des kharijites

 

Ibn Taïmiya analyse : « l’innovateur restera toujours attaché à ses passions et il en portera toujours l’étendard. Ces motivations n’ont rien à voir avec la religion. Il est prêt en effet à aller contre la vérité qui n’arrange pas ses penchants. Allah le punit à cause de ses mauvais penchants. Il mérite d’être puni sur terre, mais aussi dans l’au-delà. C'est pourquoi certains anciens considéraient les innovateurs à l’image des kharijitescomme des pervers. Il est rapporté que Sa’d ibn Abî Waqqâs utilisa contre eux le Verset suivant : [et il en égare beaucoup, mais seuls les pervers peuvent s’en égarerCeux qui délient le pacte d’Allah après l’avoir noué, qui coupent les liens qu’Allah a ordonné d’entretenir, et qui sèment la corruption sur terre ; ceux-là sont vraiment les perdants].[12]Il est possible en effet que ce soit réellement son intention. Surtout en période de division où il profite du chaos pour rechercher le pouvoir et encourager les siens. »[13]

 

Le djihâd sur le sentier de Satan !

 

Ibn Taïmiya fait la distinction entre le djihâd légitime (sunnî) et le djihâd illégitime (bid’î) : « Les textes du Coran et de la sunna ordonnent le djihâd dans de multiples endroits, et vantent ses vertus. Néanmoins, il incombe de distinguer entre le djihâdlégal qui fut légitimé par Allah et Son Messager, et le djihâd hérétique qui est fomenté par des égarés soumis à l’étendard de Satan. Ces derniers sont pourtant convaincus qu’ils brandissent l’étendard d’Allah. Dans cet ensemble, nous pouvons compter les innovateurs, à l’instar des kharijites, qui s’attaquent aux musulmans, et à des hommes qui sont bien plus fidèles qu’eux à Allah et à Son Messager, parmi notamment les précurseurs et leurs fidèles successeurs qui se perpétueront jusqu’à la fin du monde. Ils avaient bien pris les armes contre ‘Alî qui étaient en grand conflit avec Mu’âwiya.

 

D’après un hadîth authentique, selon Abû Sa’îd, le Prophète (r)prédit en parlant des kharijites : « Un groupe dissident va se rebeller à la suite d’un conflit entre musulmans. Le camp qui sera le plus proche de la vérité se chargera de les réprimer. »[14] Ce camp en question est celui d’Alî qui était plus proche de la vérité que le camp de Mu’âwiya. Ces fameux rebelles prétendaient qu’ils faisaient le djihâdsur le sentier d’Allah contre les ennemis de la religion. »[15]

 

Peut-on dénoncer les semeurs de troubles ?

 

Sheïkh el Islam ibn Taïmiya souligne : « Quiconque cache un criminel (rebelle, voleur, meurtrier, etc.) qui est passible d’une peine corporelle pour infraction religieuse ou pour lui appliquer la loi du talion (injustice envers un tiers), ou qui fait obstacle à sa capture sans user de la force, devient son complice, et encours la malédiction d’Allah et de Son Messager. D’après Muslim, en effet dans son recueil e-sahîh, selon ‘Alî ibn Abî Tâlib, le Messager d’Allah (r) a dit : « Allah maudit celui qui crée un évènement, et celui qui le réfugie… » Si on vient à capturer celui qui cache ce fugitif, on lui somme de le ramener sur le champ ou de dévoiler sa cachette ; et s’il refuse de le dénoncer, on lui inflige une peine de prison et une peine de « bâton » à intervalle régulier jusqu’à ce qu’il parle. Nous avons évoqué auparavant que toute personne qui refuse de verser « l’impôt » légal est passible d’une punition. Tout fugitif ou tout bien matériel qu’on tient caché est un délit passible d’une peine si on refuse de parler.

 

Ainsi, si quelqu’un est au courant de l’endroit où sont cachés soit une richesse que l’État est en droit de réclamer ou un fugitif qui est entré dans l’illégalité, il a le devoir de le dévoiler aux autorités et d’indiquer la cachette en question. Il est strictement interdit de garder le silence, car on entame ainsi le devoir d’entraide à la piété et au bien. En revanche, si l’État n’a aucune légitimité sur cet argent et si le fugitif en question est un innocent, il n’est pas permis de les indiquer, car relevant de l’entraide à l’impiété et à l’injustice. Dans ce cas, il incombe même de le défendre, car l’Islam nous enjoint de défendre la victime d’une injustice. »[16]

 

Wa Allah a’lam !

 

Par : Karim Zentici

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



[1] Minhâj e-sunna (5/153).

[2]Rapporté par Muslim (1065).

[3]El fatâwâ el kubrâ (4/283-285).

[4] Minhâj e-sunna (4/538).

[5] Minhâj e-sunna (4/538).

[6]Rapporté par el Bukhârî (5057) et Muslim (1066), selon ‘Alî ibn Abî Tâlib (t).

[7]Rapporté par el Bukhârî (3344) et Muslim (1064), selon Abû Sa’îd el Khudrî (t)

[8]E-sârim el maslûl (2/347).

[9]Majmû’ el fatâwâ (28/503).

[10]Idem. Cette dernière partie est un peu obscure, ce qui rend la traduction quelque peu aléatoire.

[11]Minhâj e-sunna (4/543).

[12]La vache ; 26-27

[13]Minhâj e-sunna (5/250).

[14]Rapporté par Muslim (1065).

[15]E-radd ‘alâ el Akhnâî (p. 205).

[16] Majmû’ el fatâwâ (28/323).

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21 mai 2011 6 21 /05 /mai /2011 11:59

Chrysanthemum

 

Ibn Taïmiya souligne que les adeptes des religions falsifiées et les égarés en général, s’appuient généralement sur des arguments ambigus au détriment des arguments formels, trahissant ainsi qu’ils sont plus animés par les passions que par la recherche de la vérité. [Voir notamment : El jawâb e-sahîh li man baddala dîn el Masîh (2/710) et majmû’ el fatâwâ (3/62-63).]

 

Louange à Allah le Seigneur de l’Univers ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !

 

Voici une compilation de paroles de savants de toutes les époques sur l’explication du v. 44 de la s. el mâida ; nous verrons qu’elles sont toutes en accord, malgré les divergences d’interprétation, avec le principe de l’istihlâl sur la question du hukm bi ghaïr ma anzala Allah ; celui-ci n’est pas propre, contre toute attente, à la croyance murjite qu’on cherche tant bien que mal à imputer aux traditionalistes contemporains. Certains rétorqueront que des auteurs récents qui gonflent les rangs de notre analyse ont un tout autre discours. Ce à quoi nous répondons qu’il est facile de l’orienter, sans le tronquer, ou ne serait-ce que de prouver qu’il ne s’oppose nullement au principe de base. Ce sera surement l’objet d’un prochain article, bien que nous y fassions allusion ailleurs. Dors et déjà, nous disons :

 

Résumé des paroles de savants sur le contexte de la révélation et l’exégèse du V. 44 de la s. el mâida :

 

Le hadîth rapporté par el Barâ ibn ‘Âzib explique que les Juifs ne se contentèrent pas de remplacer la lapidation par une sanction beaucoup plus laxiste, le tahmîm. Ils fouettaient les coupables et les faisaient tourner dans les marchés attachés sur un âne et couverts d’enduit.[1] En plus de cela, ils faisaient endosser cette punition à la religion, le tabdîl.

 

De nombreux savants des premières générations disent que le Verset parlent des Juifs qui ont falsifié le Livre d’Allah et qui ont changé (tabdîl) Ses lois ; comme el Barrâ, Hudhaïfa, ‘Ikrima, e-Dhahhâk, Qatâda, Abû Sâlih, Abû Mijlaz, ‘Ubaïd Allah ibn ‘Abd Allah ibn ‘Utba ibn Mas’ûd, et la plupart des exégèses comme el Qurtubî.[2]

 

Abû Ya’lâ el Farrâ dit que ce Verset concerne les Juifs en premier lieu.[3] El Jassâs avance que, dans un cadre plus large, il concerne ceux qui renient (juhûd) la Loi d’Allah ou qui appliquent une Loi en l’attribuant à Allah. Dans ce cas, il s’agit du kufr akbar.[4] C’est de cette façon que e-Samarqandî interprètent les paroles de Hudhaïfa disant que les membres de notre communauté vont suivre les traces des Juifs pas à pas.[5]

 

Ismâ’îl el Qâdhî ramène la divergence des savants sur le sujet. Puis, il en conclut que le Verset s’applique à tous ceux qui, comme les Juifs, innovent une loi allant à l’encontre de celle d’Allah, et qui en font une religion à suivre. Cette menace vaut aussi bien pour les gouverneurs que n’importe qui d’autres.[6]

 

Abû Su’ûd a un discours qui va dans ce sens dans son tafsîr (2/64) en parlant d’inkâr.

 

Même chose pour el Khâzin dans mukhtasar tafsîr el Khâzin (1/310),[7] et el Wâhidî dans el wasît (2/190) qui parle du taghyîr des Juifs. El ‘Aïnî adoptera cette vision dans ‘umdat el figh (20/129-130).

 

Dans son tafsîr, e-Tabarî affirme, quant à lui, que ceux qui, comme les Juifs, délaissent (tark) la Loi d’Allah par juhûd ont le même statut qu’eux.

 

C’est pourquoi, le même Jassâs dont nous avons ramené l’opinion, explique que selon ibn Mas’ûd et el Hasan el Basrî, le Verset a un sens général et concerne tous ceux qui appliquent des lois humaines en les attribuant à Allah.[8] El Qurtubî parle, quant à lui, d’istihlâl et d’i’tiqâd.[9]

 

Abû Hayyân explique que le tark dont parle le Verset correspond au juhûd.[10] Il dit une page avant que, sinon, c’est du kufr dûn kufr. Même chose pour ibn ‘Atiya, e-Shâtibî, ibn Hajar, etc.

 

Nous verrons également que pour ibn ‘Abd el Barr, les kharijites et les mu’tazilites utilisent ce Verset pour kaffar les désobéissants musulmans.

 

El Jassâs fait également remarquer que les kharijites ont interprété ce Verset en faisant le takfir de ceux qui délaissent (taraka) les Lois d’Allah, sans les renier (sans juhûd). Même chose pour ibn Taïmiya, el Qâdhî Abu Ya’lâ, Abu Hayyân, el Qurtubî, qui explique que les kharijites kaffar les musulmans qui n’appliquent pas les Lois d’Allah pour des pots de vins.[11]

 

Nous verrons aussi que ce dernier a des paroles encore plus claires dans el mufhim (5/118).

Citations de savants sur le sujet :

 

1- Selon ibn ‘Abbâs au sujet du Verset : [Ceux qui n’appliquent pas les Lois d’Allah sont eux les mécréants][12] : « Ce n’est pas la mécréance à laquelle vous pensez. »[13]

 

2-Selon une version : « Ce n’est pas la mécréance à laquelle vous pensez, mais il s’agit de la mécréance qui ne fait pas sortir de la religion. [Ceux qui n’appliquent pas les Lois d’Allah sont eux les mécréants][14] ; Il s’agit de la mécréance sans n’être de la mécréance »[15]

 

3-Il y a également la version où il parle de juhûd,[16]

 

4-Selon ‘Abd Allah ibn Tâwûs, selon son père : « C’est de la mécréance, mais qui ne consiste pas à mécroire en Allah, et au Jour du jugement dernier. »[17]

 

5-Selon Waqî’, selon Abû Usâma, tous deux selon e-Thawrî, selon Ma’mar ibn Râshid, selon ‘Abd Allah ibn Tâwûs : « C’est de la mécréance, mais qui ne consiste pas à mécroire en Allah, Ses anges, Ses Livres et Ses messagers. »[18]

 

6-D’après ‘Abd e-Razzâq dans son tafsîr (1/1/191), selon Ma’mar, selon ‘Abd Allah ibn Tâwûs : « C’est de la mécréance » ; ibn Tâwûs ajoute : « mais qui ne consiste pas à mécroire en Allah, Ses anges, Ses Livres et Ses messagers. »[19]

 

7-Ce même ‘Abd e-Razzâq rapporte cette annale selon son Sheïkh Sufiân e-Thawrî, selon quelqu’un, selon Tâwûs, selon ibn ‘Abbâs disant : « C’est de la mécréance qui ne fait pas sortir de la religion. »[20] Ce quelqu’un en question, c’est ‘Abd Allah ibn Tâwûs, comme nous le confirme toutes les autres versions de Sufiân e-Thawrî.

 

8-Selon ’Alî ibn Abî Talha, selon ibn ‘Abbâs : « En reniant ce qu’Allah a révélé, on devient mécréant, et en le reconnaissant, mais sans l’appliquer, on devient un injuste et un pervers. »[21] Ibn Abî Talha n’a certes pas rencontré le noble Compagnons, mais il passe par ses élèves, comme Mujâhid,[22] ‘Ikrima comme le souligne Abû Ja’far e-Nuhhâz,[23] et Sa’îd ibn Jubaïr.[24]

 

9-Selon Sufiân e-Thawrî, selon ibn Juraïj, selon ‘Atâ : « Il s’agit de la mécréance sans n’être de la mécréance, de l’injustice sans n’être de l’injustice, et de la perversité sans n’être de la perversité. »[25]

 

10-Selon Waqî’, selon Sufiân e-Thawrî, selon Sa’îd el Makkî, selon Tâwûs : « … mais qui ne consiste pas à mécroire en Allah, Ses anges, Ses Livres et Ses messagers. » [26] Selon une version : « C’est de la mécréance qui ne fait pas sortir de la religion. »[27]

 

11-Ibn ‘Abbâs dépeint le profil des kharijites en ces termes : « Ils donnent foi aux Versets formels, mais les Versets ambigus les égarent. » Puis, il récita : [personne ne connait leur interprétation en dehors d’Allah. Ainsi que les savants érudits qui disent : nous y donnons foi, tout vient de Notre Seigneur].[28]

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

 



[1]Les détails de cette histoire sont parsemés à travers plusieurs versions que recensent notamment el Bukhârî (3635, 4556, 6841, 7332, 7543) et  Muslim (4412-4418).

[2]Voir : tafsîr e-Tabarî (10/346-353), el jâmi’ fî ahkâm el Qur-ân (1/190), e-durar el manthûr (3/87), etc.

[3]Masâil el imân (340-341).

[4]Ahkâm el Qur-ân (2/439).

[5]Tafsîr e-Samarqandî (1/439).

[6]fath el Bârî (13/129).

[7]Mujâhid parle de riddan lî kitâb Allah, et ‘Ikrima parle de hid ; e-Zujjâj épouse l’opinion d’ibn ‘Abbâs disant : « En reniant ce qu’Allah a révélé, on devient mécréant, et en le reconnaissant, mais sans l’appliquer, on devient un injuste et un pervers. »

[8]Ahkâm el Qur-ân (2/533).

[9]El jâmi’ li ahkâm el Qur-ân (6/190).

[10]El bahr el muhît (3/493).

[11]Jâmi’ li ahkâm el Qur-ân (6/191).

[12]Le repas céleste ; 44

[13] rapportée par Sa’îd ibn Mansûr dans son recueil e-sunan (4/1482/749-…), Ahmed dans el îmân (4/160/1419), ibn Batta dans el ibâna (2/736/1010), Mohammed ibn Nasr el Marwazî dans Ta’zhîm qadr e-salât (n° 569), ibn Abî Hâtim dans son tafsîr (4/1143/6434), ibn ‘Abd el Barr dans e-Tamhîd (4/237), el Hâkim dans el mustadrak (2/313), el Baïhaqî (8/20), Sufiân ibn ‘Uyaïna, selon Hishâm ibn Hujaïr, selon Tâwûs, selon ibn ‘Abbâs.

; Sheïkh el Albânî l’a authentifié dans silsilat el ahâdith e-sahîha (6/114).

[14]Le repas céleste ; 44

[15]Une autre version dit : « Il s’agit de la mécréance sans n’être de la mécréance, de l’injustice sans n’être de l’injustice, et de la perversité sans n’être de la perversité. » Sheïkh el Albânî l’a authentifié dans silsilat el ahâdith e-sahîha (6/114).

[16]Sheïkh el Albânî l’a authentifié dans silsilat el ahâdith e-sahîha (6/114).

[17]Rapporté par e-Thawrî dans son tafsîr (101/241), et avec la même voie, e-Tahâwî dans mushkil el âthâr (2/317). La chaine narrative de cette version est authentique ; ses rapporteurs sont crédibles et font partie de la panoplie de Bukhârî et Muslim.

[18] Rapportée par Ahmed dans el îmân (4/158-159/1414), el Faryâbî dans son tafsîr comme le mentionne e-durar el manthûr (3/87), et avec la même voie, e-Tahâwî dans mushkil el âthâr (2/317), ibn Batta dans el ibâna (2/734/1005), Mohammed ibn Nasr el Marwazî dans Ta’zhîm qadr e-salât (n° 572), ibn Jarîr e-Tabarî dans jâmi’ el bayân (6/166) ; Sheïkh el Albânî l’a authentifié dans sa recension à el îmân d’ibn Taïmiya (p. 307).

[19] Rapportée par Ahmed dans el îmân (4/160/1420), ibn Batta dans el ibâna (2/736/1009), Mohammed ibn Nasr el Marwazî dans Ta’zhîm qadr e-salât (n° 570), ibn Abî Hâtim dans son tafsîr (4/1143/6435), ibn Jarîr e-Tabarî dans jâmi’ el bayân (6/166), et el Qâdhû Waqî’ dans akhbâr el qudhât (1/41).

[20]Rapporté par Mohammed ibn Nasr el Marwazî dans Ta’zhîm qadr e-salât (n° 573).

[21] Elle est rapporté par e-Tabarî dans jâmi’ el bayân (6/166), et ibn Abî Hâtim dans son tafsîr (4/1142/6426, et 4/1146/6450), selon el Muthanna ibn Ibrâhîm el Âmilî et Abû Hâtim e-Râzî, tous deux selon ‘Abd Allah ibn Sâlih, selon Mu’âwiya ibn Sâlih, selon Alî ibn Abî Talha, selon ibn ‘Abbâs.

[22]Mizân el i’tidâl (3/134) de Dhahabî.

[23] E-nâsikh wa el mansûkh (p. 75).

[24] El itqân (2/188) de Suyûtî.

[25] Rapportée par Ahmed dans el îmân (4/159-160/1417, et 4/161/1422), et dans masâil Abî Dâwûd (p. 209),  ibn Batta dans el ibâna (2/735/1007, 2/736-737/1011), Mohammed ibn Nasr el Marwazî dans Ta’zhîm qadr e-salât (n° 575), ibn Abî Hâtim dans son tafsîr (4/1149/6464), ibn Jarîr e-Tabarî dans jâmi’ el bayân (6/165, 166), et el Qâdhû Waqî’ dans akhbâr el qudhât (1/43) ; Sheïkh el Albânî l’a authentifié dans silsilat el ahâdith e-sahîha (6/114).

[26] Rapportée par Ahmed dans el îmân (4/160/1420), ibn Batta dans el ibâna (2/736/1009), Mohammed ibn Nasr el Marwazî dans Ta’zhîm qadr e-salât (n° 570), ibn Abî Hâtim dans son tafsîr (4/1143/6435), ibn Jarîr e-Tabarî dans jâmi’ el bayân (6/166), et el Qâdhû Waqî’ dans akhbâr el qudhât (1/41).

[27] Rapportée par Ahmed dans el îmân (4/160/1418), et dans masâil Abî Dâwûd (p. 209),  ibn Batta dans el ibâna (2/735/1006), Mohammed ibn Nasr el Marwazî dans Ta’zhîm qadr e-salât (n° 574), ibn Jarîr e-Tabarî dans jâmi’ el bayân (6/166) ; Sheïkh el Albânî l’a authentifié dans silsilat el ahâdith e-sahîha (6/114).

[28] La famille d’Imrân ; 7 voir : El musannif  d’ibn Abî Shaïba (15/313) et e-sharî’a d’el Ajûrrî (1/343).

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21 mai 2011 6 21 /05 /mai /2011 11:58

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12-Selon Masrûq, j’ai interrogé ibn Mas’ûd au sujet de la corruption dans le hukm. Ce dernier m’a répondu : « C’est  la mécréance (el kufr). Puis, il récita [Ceux qui n’appliquent pas les Lois d’Allah sont eux les mécréants].[1] »[2] Or, à l’unanimité des savants, selon certains auteurs, la corruption (rushwa) dans le hukm relève des grands péchés. El Qurtubî explique que ce sont les kharijites qui kaffar les musulmans n’appliquant pas les Lois d’Allah pour des pots de vins.[3]

 

13-Il existe d’ailleurs une annale de ce même ibn Mas’ûd au sujet de ce Verset parlant de l’istihlâl.[4]

 

14-D’après ibn Wahb, selon Bukaïr, ce dernier demanda à Nâfi’ : « Quelle est l’opinion d’ibn ‘Omar sur les Harûrites ?

-          Pour lui, ils sont les pires des hommes, répondit-il, car ils utilisent contre les musulmans des Versets qui furent révélés sur les mécréants. »

 

Très content de cette réponse, Sa’îd ibn Jubaïr fit le commentaire suivant : « Parmi les Versets ambigus que les harûritesutilisent, nous avons : [Ceux qui n’appliquent pas les Lois d’Allah sont eux les mécréants][5] ; un Verset auquel ils font joindre : [Après cela, les mécréants lui donnent des égaux].[6] Dès qu’ils voient que l’Imam ne gouverne pas avec justice, ils prétendent qu’il devient mécréant. Or, étant donné que la mécréance consiste à donner des égaux au Seigneur, cela revient à commettre l’association. Ainsi, à leurs yeux, les membres de cette communauté sont des païens.

 

C’est alors qu’ils – les harûrites – s’insurgent et répandent le meurtre, comme nous avons pu le voir, en raison de l’interprétation erronée qu’ils font de ce Verset. »[7]

 

15-Selon Abû Umâma, comme le relate Shâtibî,[8] les kharijites sont notamment concernés par le Verset : [Quant à ceux qui ont les cœurs égarés, ils s’attachent aux Versets ambigus en vue de semer la discorde et de les interpréter à leur façon ; mais personne ne connait leur interprétation en dehors d’Allah. Ainsi que les savants érudits qui disent : nous y donnons foi, tout vient de Notre Seigneur].[9]

 

16-L’Imam Ahmed : Un jour, on lui demanda de quelle forme de mécréance s’agissait-il dans le Verset : [Ceux qui n’appliquent pas les Lois d’Allah sont eux les mécréants][10] ? Ce dernier répondit exactement comme Tâwûs, l’élève d’ibn ‘Abbâs, soit en disant : « C’est de la mécréance qui ne fait pas sortir de la religion. »[11]

 

17- Ibn Jarîr e-Tabarî explique dans son tafsîr : « L’opinion la plus proche de la vérité d’après moi, est celle selon laquelle ces versets sont descendus à l’attention des « gens du Livre » infidèles, étant donné que les versets situés avant et après ceux-ci sont tous descendus à leur attention et ceux-ci les concernent. Dans la mesure où le contexte parle d’eux, les Versets en questions ne peuvent que les concerner.

S’il est dit : Allah (U) informe indistinctement que cela touche toute personne qui n’applique pas les lois d’Allah. Comment pouvez-vous dès lors restreindre la chose ?

Nous disons : ce verset concerne indistinctement les membres d’un peuple qui renient les lois d’Allah. Leur statut de mécréant s’applique donc dans la situation où ils ne veulent pas appliquer les lois d’Allah pour les avoir reniées. Cela est valable pour toute personne qui n’applique pas les lois divines en les reniant (juhûd) ; nous la considérons mécréante de la même façon qu’ibn ‘Abbâs. »[12]

 

18-Abû ‘Ubaïd el Qâsîm ibn Sallâm souligne qu’un musulman n’appliquant pas les Lois d’Allah est comparable aux païens, non qu’il sorte de l’Islam.[13]

 

19-Ibn ‘Abd el Barr : « Certains innovateurs parmi les kharijiteset les mu’atazilites se sont égarés dans ce domaine. Ils se sont inspirés de certains Versets du Livre d’Allah qu’il ne faut pas prendre au sens littéral. Des Versets comme : [Ceux qui n’appliquent pas les Lois d’Allah sont eux les mécréants].[14] »[15]

 

20-« À l’unanimité des savants, la tyrannie des sultans relève des grands péchés, pour ceux qui les font volontairement et en toute connaissance de cause… »[16]

 

21-Ibn el ‘A’bî explique à ce sujet : « Cela dépend des cas : s’il applique une loi qu’il a forgée tout en l’attribuant à Allah, cela revient à faire du tabdîl (la changer ou la remplacer) ; ce qui implique la mécréance. »[17]  El Qurtubî a des paroles qui vont dans ce sens.[18]

 

22-El Qurtubî : « Là où nous voulons en venir dans cette analyse, c’est que ces Versets s’adressent aux mécréants et aux négateurs. Bien qu’ils aient un sens général, les musulmans n’en sont donc pas concernés. Délaisser (tark) la Loi d’Allah tout en donnant foi à son origine est moins grave que le shirk (association), en sachant qu’Allah (I) révèle : [Allah ne pardonne pas qu’on Lui associe quoi que ce soit, mais il pardonne les péchés moindres à qui Il veut].[19] Ainsi, délaisser le hukm de cette manière est un péché moindre que le shirk à l’unanimité des savants. Il est donc pardonnable, alors que le kufr est impardonnable. Ainsi, délaisser l’application du hukmn’est pas du kufr»[20] Il explique la page juste avant que ce sont les kharijites qui prennent ce Verset au premier degré.

 

23- E-Sam’ânî : « ibn ‘Abbâs a dit : « Le Verset concerne les croyants, en parlant du kufr dûn kufr. » Sache que les kharijites l’utilisent pour sortir de l’Islam, selon leurs dires, ceux qui n’appliquent pas la Loi d’Allah. Quant aux traditionalistes, ils ne kaffar pas ceux qui la délaissent (tark).

Le Verset renferme deux interprétations possibles :

-          L’une concerne ceux qui n’appliquent pas la Loi d’Allah en la rejetant, et en la reniant ; ceux-là sont les mécréants.

-          L’autre concerne ceux qui n’appliquent pas toute la Loi d’Allah ; ceux-là sont les mécréants, car seuls ces derniers peuvent la délaisser en entière, non le musulman. »[21]

 

24-El Baghawî cautionne l’annale d’ibn ‘Abbâs.[22]

 

25-El Buqâ’î : « … Étant donné qu’Il a interdit les deux choses à la fois, et qu’il est possible de délaisser le Livre d’Allah soit par mépris (ou indifférence ndt.), par crainte, par ambition, soit par corruption, Il juge en conclusion des trois que c’est de la mécréance, de l’injustice, et de la perversité. D’où les paroles d’ibn ‘Abbâs : « En reniant ce qu’Allah a révélé, on devient mécréant, et en le reconnaissant, mais sans l’appliquer, on devient un injuste et un pervers. » »[23]

 

26-‘Abd el ‘Azîz ibn Yahyâ el Kinânî fut questionné au sujet des trois Versets qui font tant polémiques. Voici quelle fut sa réponse : « Ceux-ci concernent tout ce qu’Allah a révélé, non une partie. Ainsi, celui qui n’applique pas les Lois d’Allah est un kâfir, un zhâlim, et un fâsiq. Quant à celui qui applique les Lois d’Allah dans le domaine du tawhîd et qui délaisse (tark) l’association, puis qui n’applique pas toutes les Lois d’Allah dans le domaine de la Législation, il n’est pas concerné par le statut de ces fameux Versets. »[24]

 

27-Ibn Hazm explique au sujet des trois Versets de la s. el mâida : «  Si les mu’tazilites s’en tiennent à leur raisonnement, ils doivent nécessairement sortir de l’Islam tout désobéissant, tout homme injuste ou pervers, étant donné que l’auteur d’un péché lam yahkum bi mâ anzala Allah. »[25] Selon lui, toute croyance, ou auteur d’une parole ou d’un acte est relativement un hâkim (cela concerne donc les innovateurs).[26]

 

28-Ibn el Jawzî : « Il existe deux interprétation différentes en explication à ce Verset :

-          La première parle de mécroire en Dieu.

-          Et la seconde parle de mécroire en cette Loi en particulier, mais sans sortir de la religion.

Pour trancher, nous disons que ceux qui n’appliquent pas la Loi d’Allah en la reniant, tout en sachant qu’Allah l’a révélée, à la manière des Juifs, sont des mécréants. Néanmoins, ceux qui le font en étant juste animés par les passions sans la renier, ils sont des injustes et des pervers. Il est en effet rapporté selon ’Alî ibn Abî Talha, selon ibn ‘Abbâs : « En reniant ce qu’Allah a révélé, on devient mécréant, et en le reconnaissant, mais sans l’appliquer, on devient un injuste et un pervers. » »[27]

 

29-El Baïdhâwî pense qu’ils sont mécréant pour avoir méprisé la Loi d’Allah, injustes pour ne pas l’avoir appliqué (en appliquant autre chose), et pervers pour l’avoir transgressée.[28]

 

30-Abû e-Su’ûd a des paroles qui vont dans ce sens.[29]

 

31-E-Nasafî également.[30]

 

32-E-Zamakhsharî également.[31]

 

33-Ibn ‘Atiya : « Pour un grand nombre de savants, le Verset englobe tous ceux qui n’appliquent pas la Loi d’Allah en général ; mais pour les émirs de notre communauté, il s’agit d’une mécréance et d’une faute qui ne font pas sortir de la foi. »[32]

 

34-Ibn Juzaï a un même discours.[33]

 

35- Fakhr e-Râzî : « … Le Verset concerne ceux qui renient (inkâr) la Loi d’Allah avec le cœur et qui l’expriment (jûhûd) avec la langue. Quant à ceux qui la reconnaissent avec le cœur, et qui l’expriment avec la langue, mais qui, dans les actes, font le contraire, ils appliquent la Loi d’Allah, mais tout en la délaissant. Ils ne sont donc, par forcément concerné par ce Verset ; telle est la bonne opinion, wa Allah a’lam ! »[34]

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

 



[1]Le repas céleste ; 44

[2]Hadîth authentique rapporté par Mussaddad dans son musnad, comme l’auteur d’el matâlib el ‘âliya le mentionne (10/197), et Abû Ya’lâ (9/173-174),  ibn Jarîr dans son tafsîr (6/240), e-Tabarânî dans mu’jam el kabîr (9/225-226), el Baïhaqî dans e-sunan el kubrâ (10/139). 

[3]Jâmi’ li ahkâm el Qur-ân (6/191).

[4]Voir : jâmi’ li ahkâm el Qur-ân d’el Qurtubî (6/190).

[5]Le repas céleste ; 44

[6]Le bétail ; 1

[7]Voir : el i’tisâm de Shâtibî (2/692), e-sharî’a d’el Âjûrrî (1/341-342), et e-tamhîd d’ibn ‘Abd el Barr (23/334-335). Il va sans dire que cette accusation ne vise pas les savants traditionalistes qui prennent ces Versets à leur compte pour kaffar celui qui forge des lois.

[8]Voir : el i’tisâm (1/32, 77) et Qawt el Qulûb d’Abû Tâlib el Makkî (2/246).

[9]La famille d’Imrân ; 7

[10]Le repas céleste ; 44

[11]Voir : marwiyat el imâm Ahmed fî e-tafsîr (2/45), masâil ibn Hânî (2/192), et masâil Abû Dâwûd (p. 209).

[12]jâmi’ el bayân (10/358).

[13]Voir : el îmân (p. 45).

[14]Le repas céleste ; 44

[15]E-tamhîd (17/16).

[16]E-tamhîd (5/74-75).

[17]Ahkâm el qur-ân (2/624).

[18]Voir son tafsîr (6/191).

[19]Les femmes ; 116

[20] El mufhim (5/118).

[21] Tafsîr el Qur-ân (2/42).

[22]Ma’âlim e-tanzîl (3/61).

[23]Nazhm e-durar (2/460).

[24]Voir : tafsîr el baghâwî (3/61).

[25]El fisal (3/234).

[26]Idem. (3/302).

[27]Zâd el masîr (2/366-367).

[28]Tafsîr el Baïdhâwî (1/468).

[29]Tafsîr Abû e-Su’ûd (2/64).

[30]Tafsîr e-Nasafî (1/285).

[31] El kashshâf (1/341).

[32] El muharrar el wajîz (4/456).

[33] Tafsîr ibn Juzaï (p. 155).

[34] E-tafsîr el kabîr (6/6).

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21 mai 2011 6 21 /05 /mai /2011 11:57

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36-Ibn Taïmiya : « Ibn ‘Abbâs et ses élèves ont dit qu’il s’agit de la mécréance sans n’être de la mécréance, de l’injustice sans n’être de l’injustice, de la perversité sans n’être de la perversité. Cette opinion est celle d’Ahmed ibn Hanbal et des traditionalistes comme nous allons le voir, in shâ Allah ! »[1]

 

37- « Si, comme le disent les anciens, un individu peut déceler en même temps des signes de la foi et de l’hypocrisie, ou encore comme ils l’établissent également, des signes de la foi et de la mécréance ; il faut savoir qu’il ne s’agit pas de la mécréance qui fait sortir de la religion, comme le révèlent ibn ‘Abbâs et ses élèves au sujet du Verset : [Ceux qui n’appliquent pas les Lois d’Allah sont eux les mécréants].[2]Selon ces derniers en effet, ils commettent de la mécréance qui ne fait pas sortir de la religion. L’Imam Ahmed ibn Hanbal et d’autres grandes références les ont rejoints dans ce principe. »[3]

 

38-« Ibn ‘Abbâs et plus d’un ancien disent au sujet des Versets : [Ceux qui n’appliquent pas les Lois d’Allah sont eux les mécréants],[4][Ceux qui n’appliquent pas les Lois d’Allah sont eux les pervers],[5][Ceux qui n’appliquent pas les Lois d’Allah sont eux les injustes],[6]Il s’agit de la mécréance sans n’être de la mécréance, de la perversité sans n’être de la perversité, et de l’injustice sans n’être de l’injustice. Ahmed, el Bukhârî et d’autres ont évoqué cette tendance. »[7]

 

39-Ailleurs, il dit explicitement que ces Versets concernent ceux qui autorisent moralement (istihlâl) à ne pas appliquer la Loi d’Allah.[8]

 

40-« Il peut être musulman qui de la mécréance sans n’être de la mécréance faisant sortir entièrement de la religion. Les Compagnons, à l’exemple d’ibn ‘Abbâs parle de la mécréance sans n’être de la mécréance. Cette opinion est celle de la plupart des anciens ; Ahmed et bien d’autres l’ont mentionné formellement… el Bukhârî l’a utilisé dans son recueil e-sahîh. »[9]

 

41-« … On demanda à l’Imam Ahmed : « De quelle mécréance s’agit-il ?

-           C’est de la mécréance qui ne fait pas sortir de la foi, comme pour la foi qui s’en va en partie. C’est la même chose pour la mécréance, sauf s’il intervient un élément incontestable allant à son encontre. »[10]

 

42-« Plus d’un ancien a dit qu’il s’agit de la mécréance sans n’être de la mécréance, de l’hypocrisie sans n’être de l’hypocrisie, et de l’association sans n’être de l’association. »[11]

 

43-Ailleurs, il considère notamment la corruption dans le hukm, le hukm bi ghaïr mâ anzala Allah, et l’injustice envers le peuple comme des péchés.[12]

 

44-« [Si l’individu commet un péché en étant convaincu (i’tiqâd) qu’Allah le lui a interdit, et en étant convaincu qu’il doit se soumettre aux obligations et aux interdictions d’Allah, il ne devient pas un mécréant. En revanche, en étant convaincu qu’Allah ne le lui a pas interdit, ou que, bien qu’Il reconnaisse cette interdiction, il refuse (imtinâ’) de l’accepter et n’accepte pas (ibâ) de se soumettre à Allah (idh’ân/inqiyâd), il est dans ce cas soit un renieur (hid) soit un obstiné (mu’ânid). »

C’est la raison pour laquelle, selon les savants, celui qui désobéit à Allah par orgueil, comme Iblis est un mécréant, à l’unanimité. Et celui qui Lui désobéit en ayant succombé à ses passions ne devient pas mécréant pour les traditionalistes. Ce sont les kharijites qui considèrent qu’il est mécréant. Le désobéissant orgueilleux qui reconnait (tasdîq) qu’Allah est Son Seigneur, mais qui ensuite, s’obstine et s’oppose à lui, il remet littéralement en cause son tasdîq.]

 

En explication à cela, nous disons que celui qui commet des péchés tout en les autorisant moralement (mustahill) est un mécréant à l’unanimité. Celui qui autorise moralement les interdictions venues dans le Coran ne peut prétendre à la foi. Même chose pour celui qui les autorise sans que cela se traduise dans la pratique (min ghaïr fi’l). L’istihlâl, c’est, parfois, de croire (i’tiqâd) qu’Allah ne les a pas interdites, et  parfois, c’est de ne pas croire qu’Il les a interdites. Le fautif accuse une défaillance au niveau de la foi de la Seigneurie divine (îmân bi e-ribûbiya), mais aussi de la mission prophétique (imân bi e-risâla). Dans ce cas, c’est un reniement (jahd) pur, sans n’être basé sur aucune prémisse. D’autres fois, il sait qu’Allah les a interdites et il sait que le Messager interdit uniquement ce qu’Il interdit, mais il refuse d’adhérer (imtinâ’ ‘an iltizâm) à cette interdiction, et renie (‘inâd) l’interdiction en question. Cette forme de mécréance est pire que la précédente. Il peut très bien être convaincu qu’en n’adhérant pas à cette interdiction, il est passible de la punition divine.

 

En outre, ce refus et cette inacceptation (imtinâ’ wa ibâ) proviennent soit d’une défaillance au niveau de la croyance qui touche à la Sagesse et à la Puissance divine, ce qui revient à démentir (‘adam e-tasdîq) l’un des Attributs d’Allah. Soit, le fautif est motivé, malgré qu’il ne dément aucune chose de la religion, par un esprit de rébellion ou par la recherche d’un intérêt personnel. En réalité, c’est de la mécréance. [Il reconnait en effet et donne foi à tous les enseignements d’Allah et de Son Messager à la manière des croyants.

Cependant, il déteste et arbore ces enseignements, juste parce qu’ils ne vont pas dans le sens de ses passions et ses ambitions. Il dit : je ne les reconnais pas (iqrâr) et je n’y adhère pas (iltizâm). Je déteste leur vérité qui me repousse.]

 

Cette forme de mécréance est différente de la première. Celle-ci est reconnue de façon élémentaire par les musulmans. De nombreux passages du Coran condamnent un tel individu à la mécréance et soulignent que son châtiment est pire que le premier. [Il est dit dans ce registre : « Le Jour de la résurrection, l’homme le plus châtié sera un savant dont le savoir ne lui aura pas été utile. »[13]

 

Il s’agit d’Iblis et de tous ceux qui suivent ses pas. Ainsi, on peut facilement distinguer entre ce cas et le désobéissant, qui est convaincu de devoir faire telle obligation, mais qui succombe à ses passions et à sa mauvaise volonté (nufra). C’est ce qui le pousse à ne pas s’y plier. Sa foi renferme le tasdîq, le khudhû’ et l’inqiyâd, qui relève du qawl et du ‘amal, mais sans parfaire le ‘amal.] »[14]

 

45-« Nul doute que quiconque n’est pas convaincu qu’il incombe d’appliquer les Lois qu’Allah a révélées à Son Messager est un mécréant. Quiconque autorise moralement (istahalla) à régner sur les hommes selon ce qu’il croit être juste, sans se conformer aux Lois d’Allah est un mécréant.

Toute nation en effet aspire à faire régner la justice qui peut être appréciée, dans certaines éthiques, par l’élite. Bon nombre de communautés affiliées à l’Islam se permettent elles-mêmes de se référer à leurs coutumes qui n’ont aucun lien avec la Révélation, comme les coutumes bédouines ou celles qui sont sous l’autorité d’un chef ; celles-ci pensent qu’il convient de suivre ces conventions aux dépens du Coran et de la sunna. La mécréance correspond exactement à cela. Beaucoup de gens qui se convertissent à l’Islam ne se soumettent pourtant qu’à leurs traditions en usage.

 

Dans la mesure où ces derniers savent pertinemment qu’il n’est pas permis de mettre de côté les Lois d’Allah, s’ils n’y adhèrent pas (iltazama), ou si au contraire ils autorisent moralement (istahallû) à appliquer des lois contraires, ils sont de vulgaires mécréants, [ou sinon, de simples ignorants].

 

Allah a ordonné aux musulmans de soulever leurs litiges éventuels à Allah et au Messager à travers le Verset : [Si vous avez le moindre litige, alors ramenez-le à Allah et au Messager, si vraiment vous croyez en Allah et au Jour du jugement dernier ; cela vaut mieux pour vous et aura de meilleures conséquences],[15] [Non, par Allah ! Ils ne peuvent prétendre à la foi tant qu’ils ne te soumettent pas leurs litiges, et qu’ensuite, ils ne soient pas infligés par ton jugement en s’y soumettant totalement].[16]

 

Allah jure par Lui-même que celui qui n’adhère pas (iltazama) au jugement d’Allah et de Son Messager pour les litiges qui opposent les musulmans n’a pas la foi. Quant à celui qui adhère intérieurement et extérieurement au jugement d’Allah, mais qui, dans un élan de désobéissance, obéit à ses passions, est considéré comme les autres désobéissants musulmans. [C’est ce genre de Versets que les kharijites utilisent pour kaffar les gouverneurs qui n’appliquent pas les Lois d’Allah. Puis, ils prétendent que leur croyance est conforme à la Loi d’Allah…] »[17]

 

46-« l’istihlâl, c’est de croire que [cette chose] est autorisée. »[18]

 

47-« Il est connu de façon élémentaire à l’unanimité des musulmans que celui qui permet (sawwa’a) de suivre une autre religion que l’Islam est un mécréant, au même titre que celui qui ne croit au Livre qu’en partie. »[19]

 

48-« À partir du moment où quelqu’un autorise une loi qui est licite à l’unanimité des savants, ou bien une autre qui est illicite à l’unanimité des savants, ou encore qui remplace une loi (tabdîl e-shar’) qui est frappée également d’un consensus est un mécréant apostat à l’unanimité des légistes. C’est pour ce cas que, selon l’une des opinions, le Verset fut révélé : [Ceux qui n’appliquent pas les Lois d’Allah sont eux les mécréants].[20]Cela, étant donné qu’il autorise moralement (istahalla) à ne pas appliquer les lois d’Allah. »[21]

 

49-Dans un autre passage, il souligne : « En explication à cela, nous disons que celui qui commet des péchés tout en les autorisant moralement (mustahill)est un mécréant à l’unanimité. Celui qui autorise moralement les interdictions venues dans le Coran ne peut prétendre à la foi. »[22] 

 

50-Il dit également : « Nul doute que quiconque n’est pas convaincu qu’il incombe d’appliquer les Lois qu’Allah a révélées à Son Messager est un mécréant. Quiconque autorise moralement (istahalla) à régner sur les hommes selon ce qu’il croit être juste, sans se conformer aux Lois d’Allah est un mécréant. »[23]

 

À suivre…

 



[1]Majmû’ el fatâwâ (7/67).

[2]Le repas céleste ; 44

[3]Majmû’ el fatâwâ (7/312) ; ibn Rajab a également un discours qui va dans ce sens dans son fameux fath el Bârî (1/126).

[4]Le repas céleste ; 44

[5]Le repas céleste ; 45

[6]Le repas céleste ; 47

[7]Majmû’ el fatâwâ (7/522).

[8]Majmû’ el fatâwâ (3/268).

[9]Majmû’ el fatâwâ (7/350-351).

[10]Majmû’ el fatâwâ (7/254).

[11]Majmû’ el fatâwâ (11/140).

[12]Majmû’ el fatâwâ (28/343).

[13]Hadîth faible ; il est rapporté par e-Tabarânî dans e-saghîr (1/182-183), selon Abû Huraïra.

[14] E-sârim el maslûl (p. 521-522). La dernière phrase n’est pas précise dans le texte original ; l’auteur dit en effet qui relève de la parole et de la parole. Le contexte laisse à penser que c’est une erreur, wa Allah a’lam !

[15]Les femmes ; 59

[16]Les femmes ; 65

[17]Manhâj e-sunna (5/130-131).

[18]E-sârim el maslûl (3/971). Ibn el Qaïyim a des paroles de ce genre [voir : ighâthat e-lahfân (1/372)].

[19]Idem.

[20]Le repas céleste ; 44

[21]Majmû’ el fatâwâ (3/267).

[22] E-sârim el maslûl (2/971).

[23] Manhaj e-sunna e-nabawiya (5/130).

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21 mai 2011 6 21 /05 /mai /2011 11:56

Chrysanthemum

 

51-Bon nombre de savants, à l’instar d’ibn Taïmiya lui-même,[1] utilisent le Verset suivant pour interdire l’innovation, considérée comme une forme de tashrî’ : [ont-ils des associés pour leur légiférer dans la religion ce qu’Allah ne leur a pas autorisé ?][2]

 

52-En explication au Verset : [Ils ont pris leurs prêtres et leurs moines pour des maitres en dehors d’Allah],[3] ibn Taïmiya explique qu’il existe deux sortes d’obéissance aveugle. Pour la première, il s’agit de les suivre dans le tabdîl. Autrement dit, les suivre dans la croyance que telle interdiction est autorisée ou que telle autorisation est interdite, ce qui est une forme… d’istihlâl. Pour l’autre, il s’agit de les suivre par désobéissance envers Allah, tout en étant convaincu qu’ils enfreignent Ses Lois.[4]

 

53-Ailleurs, il explique que le terme législation (sharî’a, shar’) revêt trois sens dans l’usage :

1-      La Loi révélée (shar’ munazzal) : qui correspond aux enseignements du Prophète (r) auxquels il incombe de se conformer et de punir celui qui les transgresse.

2-      La loi interprétée (shar’ muawwal) : qui correspond aux opinions des savants mujtahidîn, comme les fondateurs des quatre écoles ou autre. Il est toléré de suivre ces opinions sans que cela ne prenne un caractère obligatoire ni interdit. il n’est permis à personne d’imposer ou d’interdire aux gens de suivre l’une de ces tendances.

3-      La loi changée (shar’ mobaddal) : c’est le fameux tabdîl qui consiste à mentir sur Allah, sur Son Messager, et sur les hommes à travers les faux témoignages, l’injustice éclatante, etc. Quiconque attribue ces choses à la Législation divine devient mécréant, sans contestation possible. C’est le cas de celui qui prétend que le sang et la viande morte sont licites.[5]

 

54-Concernant le mauvais ta-wîl, ibn Taïmiya met sur le même pied d’égalité le taqlîd aveugle à une école de figh ou à une voie soufie, les hadîth forgés, les innovations et le hukm bi ghaïr mâ anzala Allah.[6] Ibn Taïmiya parle même des qânûn (codes) forgés par les adeptes du kalâm, et qui ne se basent sur aucune révélation. En cela, ils sont pires que les Juifs et les chrétiens, ou en d’autres termes les gens du Livre ont un plus grand respect de leurs références qu’eux sur ce point.[7]

 

55-Ibn el Qaïyim explique quant à lui que les lois mubaddala des innovateurs et les mauvaises opinions des savants sont pires que les lois abrogées des gens du Livre, qui ont au moins le mérite d’avoir une origine.[8]

 

56-« Quant au kufr : il y en a deux sortes Kufr akbar et kufr asghar. La grande mécréance entraine l’Enfer éternel, et la petite mécréance reste sous la menace de l’Enfer… Cette interprétation est celle d’ibn ‘Abbâs et de la plupart des Compagnons au sujet du Verset : [Ceux qui n’appliquent pas les Lois d’Allah sont eux les mécréants].[9]Ibn ‘Abbâs a dit : « Ce n’est pas de la mécréance qui fait sortir de la religion, mais il renferme une mécréance, qui ne consiste pas à mécroire en Allah, et au Jour du jugement dernier. »

 

Cette opinion est également celle de Tâwûs. ‘Atâ a dit : « Il s’agit de la mécréance sans n’être de la mécréance, de l’injustice sans n’être de l’injustice, et de la perversité sans n’être de la perversité. » 

Aux yeux de certains savants, il s’agit de délaisser les Lois d’Allah tout en les reniant (juhûd) ; cette opinion est celle de ‘Ikrima, mais celle-ci n’est pas la plus vraisemblable, étant donné que le juhûdest du kufr en lui-même, qu’on applique les Lois d’Allah ou non.

Pour d’autres, le Verset parle de ceux qui délaissent les Lois d’Allah en totalité. Ils font entrer dans cette conception le tawhîd, et l’Islam ; cette interprétation est celle d‘Abd el ‘Azîz ibn Yahyâ el Kinânî ; mais elle aussi invraisemblable que la précédente, étant donné que la menace plane sur la non application de la Loi d’Allah, que ce soit totalement ou partiellement.

Pour d’autres, le Verset concerne tous ceux qui s’opposent sciemment aux textes, sans n’être motivé ni par l’ignorance ni par l’erreur. El Baghawî impute cette exégèse à la grande majorité des savants.

Pour d’autres, il fait allusion aux gens du Livre ; cette tendance est celle notamment de Qatâda, e-Dhahhâq, sauf qu’elle est aussi invraisemblable que les précédentes, car allant à l’encontre de son sens apparent ; on ne peut donc en tenir compte.

Pour d’autres enfin, il s’agit de la mécréance qui fait sortir de la religion.

 

Or, en réalité, le hukm bi ghaïr mâ anzala Allah englobe les deux formes de mécréance : majeure et mineure. C’est en fonction de la situation du fautif (hâkim) ; si ce dernier est convaincu qu’il incombe d’appliquer la Loi d’Allah (autre traduction possible : de juger selon la Loi d’Allah ndt.) pour ce cas en particulier, mais l’ayant délaissé par désobéissance, tout en reconnaissant qu’il mérite d’être châtié, dans ce cas c’est de la mécréance mineure.

Néanmoins, s’il est convaincu qu’il n’est pas obligé de l’appliquer, et que la chose est laissé à son initiative, tout en ayant conscience qu’elle est bien d’Allah ; dans ce cas, c’est de la mécréance majeure.

 

Mais, s’il se trompe ou s’il ignore quelle est la Loi d’Allah pour cette question, il a droit au même statut que ceux qui commettent des simples erreurs.

 

Là où nous voulons en venir, c’est que tous les péchés relèvent du domaine de la mécréance mineure ; elles vont à l’encontre de la reconnaissance qui impose de se soumettre à l’obéissance d’Allah. Ainsi, soit on est reconnaissant soit on est ingrat (ou mécréant ndt.) soit on est, ni l’un ni l’autre, sur une troisième voie, wa Allah a’lam ! »[10]

 

57-« Cette explication est celle des Compagnons qui étaient les plus savants du Livre d’Allah, de l’Islam, de la mécréance, et de ce qu’ils impliquent. Ils sont notre seule référence pour ce genre de questions. Les générations récentes, en effet, qui ont mal compris leur discours se sont divisés en deux groupes :

-          un groupe qui font sortir de la religion les auteurs des grands péchés, et qui les vouent à l’Enfer éternel.

-          Un groupe qui les considèrent à l’opposé, comme des croyants ayant une foi parfaite.

Les un sont trop rigides et les autres trop laxistes.

 

Mais, Allah guida les traditionalistes sur la voie du milieu et la meilleure opinion ; ils sont par rapports aux autres sectes, comme l’Islam se situe par rapport aux autres religions. Il y a donc de la mécréance sans n’être de la mécréance, de l’hypocrisie sans n’être de l’hypocrisie, de l’association sans n’être de l’association, de la perversité sans n’être de la perversité, et de l’injustice sans n’être de l’injustice. »[11] Puis, il rapporta les annales d’ibn ‘Abbâs et de ses élèves que nous avons vu plus haut, dont, surprise des surprise une qui part de Sufiân ibn ‘Uaïyna, selon Hishâm ibn Hujaïr !

 

58-« Il existe deux sortes de kufr : Kufr ‘amal et le kufr juhûd wa ‘inâd qui consiste à renier une chose en sachant pertinemment qu’elle vient du Messager (r)par obstination et dénégation. Cela concerne les Noms du Seigneur, Ses Attributs, Ses Actions, Ses Lois qui ont pour base, Son tawhîd et Son adoration unique sans Lui vouer le moindre associer.

Cette forme d’apostasie s’oppose à la foi à tous les niveaux. Concernant le kufr ‘amal, il y a certains actes qui s’opposent à la foi à tous les niveaux, comme se prosterner devant une idole, dénigrer le Coran, tuer voire offenser un prophète. Quant au hukm bi ghaïr mâ anzala Allah et l’abandon de la prière, ils relèvent du kufr ‘amal non du kufr i’tiqâd»[12]

 

59-« Allah appelle mécréant celui qui n’applique pas Ses Lois et Il appelle mécréant celui qui renie (juhûd) Ses Lois, mais ces deux mécréances ne sont pas de la même sorte. »[13] Même discours chez ibn Hajar,[14] Abû ‘Ubaïd el Qâsim ibn Sallâm,[15] ibn Rajab,[16] etc.

 

60-Ibn Kathîr : « Tout ceci va à l’encontre des Législations révélées par Allah à Ses serviteurs, les prophètes – que Ses Prières et Son Salut soient sur eux –. Quiconque délaisse la Loi formelle qu’Allah a révélée à Mohammed ibn ‘Abd Allah, le sceau des prophètes, et qui en applique une autre parmi celles qui furent abrogées devient mécréant. Que dire alors de celui qui se soumet à la loi du Yâsiq, et qui la préfère à celle-ci ? Un tel individu devient mécréant à l’unanimité des savants. »[17]

 

61-En exégèse au v. 44 de la s. el mâida, ce dernier parle de juhûd qui est fait qasdan, ‘inâdan, et ‘amdan. Ce même ibn Kathîr n’a pas contesté le jugement d’el Hâkim sur l’annale d’ibn ‘Abbâs sur le sujet. Ce qui signifie qu’à ses yeux, celle-ci est authentique.[18]

 

62-Ailleurs, il donne plus de détail sur le fameux Yâsiq que Gengis Khan imposait à ses sujets : « … C’est un livre qui rassemble diverses lois puisées des législations juive, chrétienne et musulmane. Nombre d’entre elles sont le fruit de ses pensées et de ses penchants. Le Yâsiq fut transmis à ses héritiers qu’ils préféraient dans leurs affaires au Livre d’Allah et à la tradition de Son Messager (r). Or, celui d’entre eux qui relève de ce cas, devient un mécréant qu’il incombe de combattre jusqu’à ce qu’il se soumette au Coran et à la sunna. Il n’incombe de rien suivre d’autres dans la moindre des lois. »[19]

 

63-Ibn Abû el ‘Izz s’inspire en partie du passage de Madârij e-sâlikîn d’ibn el Qaïyim cité plus-haut.[20]

 

64-E-Shâti souligne que la tendance kharijite, qu’il accuse d’être motivé par les passions, perçoit mal des Versets tels que : [La Loi revient à Allah Seul].[21]

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

 

 



[1]Voir : el istiqâma (1/5) et iqtidhâ e-sirât el mustaqîm (2/582).

[2]La concertation ; 21

[3]Le repentir ; 31

[4]Voir : majmû’ el fatâwâ (7/70).

[5]Majmû’ el fatâwâ (3/268).

[6]Voir : majmû’ el fatâwâ (11/431 et 507).

[7]Dar ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (1/5-7).

[8]Voir : i’lâm el mawqi’în (2/57-58) et e-rûh (p. 267).

[9]Le repas céleste ; 44

[10]Madârij e-sâlikîn (1/335-337).

[11]E-salât wa hukm târikihâ (p. 72-78).

[12]E-salât wa hukm târikihâ (p. 37).

[13]E-salât wa hukm târikihâ (p. 37).

[14]Fath el Bârî (1/406, 12/55, etc.).

[15]El îmân (p. 43).

[16]Jâmi’ el ‘ulûm wa el hikam (1/63).

[17]El bidâya wa e-nihâya (13/128).

[18]Voir : qurrat el ‘uyûn de Salîm el Hilâlî (p. 87)

[19]Voir : tafsîr ibn Kathîr (2/88) en commentaire au v. 50 de la s. el mâida.

[20]Sharh el ‘aqîda e-tahâwiya (p. 323-324).

[21]Le bétail ; 57, et Yûsaf ; 40, 67 Voir : El i’tisâm (1/303).

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21 mai 2011 6 21 /05 /mai /2011 11:55

 

Chrysanthemum

 

65-L’Imâm Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb a fait un résumé du long passage de Manhâj e-sunna précédemment cité. Il en ressort que le Négus n’était pas en mesure de gouverner sur ces sujets par le Coran. De nombreux individus qui sont élus gouverneurs et juges dans les rangs des musulmans et des tatars ne sont pas en mesure de faire appliquer la justice ;  en sachant que : [Allah n’impose rien au-dessus des capacités].[1] Ensuite, il met le passage cité ci-dessus : « Beaucoup de gens qui se convertissent à l’Islam ne se soumettent pourtant qu’à leurs traditions en usage. Dans la mesure où ces derniers savent pertinemment qu’il n’est pas permis de mettre de côté les Lois d’Allah, s’ils n’y adhèrent pas (iltazama), ou si au contraire ils autorisent moralement (istahallû) à appliquer des lois contraires, ils sont de vulgaires mécréants, ou sinon, de simples ignorants. » Il nous fait comprendre qu’il a déjà fait allusion à ces ignorants en question dans le passage du Négus, et des gouverneurs dans son genre.

 

Ensuite, il explique que ce sont les kharijites qui utilisent le Verset : [Non, par Allah ! Ils ne peuvent prétendre à la foi tant qu’ils ne te soumettent pas leurs litiges…][2]  pour kaffar les gouverneurs qui n’appliquent pas les Lois d’Allah. Puis, il nous fait un résumé de ce long exposé en débutant par « Wa el maqsûd ». Il conclut qu’il incombe dans l’absolu de gouverner selon la justice.

 

Le hukm bi mâ anzala Allah est une forme de justice particulière, il incarne même la plus parfaite forme de justice. Ce hukm incombe à toute la communauté dans les affaires qui touchent à la croyance et dans les affaires pratiques de la religion. Ainsi, celui qui n’y adhère pas (c’est le ‘adam el iltizâm), est un vulgaire mécréant.[3] Il va sans dire que le Négus, qui ne pouvait gouverner selon les Lois d’Allah n’est pas concerné par ce statut. L’essentiel, c’est que sa foi renferme le tasdîq (le qawl el qalb), le khudhû’ et l’inqiyâd (‘amal el qalb).

 

66-Lorsque Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb affirme que le gouverneur qui n’applique pas les Lois d’Allah est un taghût,[4] il parle de celui qui le fait avec istihlâl. On interrogea son fils ‘Abd Allah : « Est-il permis de soumettre ses affaires (tahâkum) à une autre référence que le Coran ?

-           Cela n’est pas permis répondit-il.Celui qui le fait en l’autorisant moralement devient mécréant. »[5]

 

67-Sheïkh Hamad ibn ‘Atîq traite des annulations de l’Islam. La quatorzième consiste à ne pas soumettre ses affaires (tahâkum) au Coran et à la sunna. Pour appuyer ses dires, il reprend en partie le texte d’ibn Kathîr précédemment cité, et que voici : « … C’est un livre qui rassemble diverses lois puisées des législations juive, chrétienne et musulmane. Nombre d’entre elles sont le fruit de ses pensées et de ses penchants. Le Yâsiq fut transmis à ses héritiers qu’ils préféraient dans leurs affaires au Livre d’Allah et à la tradition de Son Messager (r). Or, celui d’entre eux qui relève de ce cas, devient un mécréant qu’il incombe de combattre jusqu’à ce qu’il se soumette au Coran et à la sunna. Il n’incombe de rien suivre d’autres dans la moindre des lois. »[6]

 

Ensuite, il utilise le texte de manhaj e-sunna cité précédemment : « La mécréance correspond exactement à cela. Beaucoup de gens qui se convertissent à l’Islam ne se soumettent pourtant qu’à leurs traditions en usage. Dans la mesure où ces derniers savent pertinemment qu’il n’est pas permis de mettre de côté les Lois d’Allah, s’ils n’y adhèrent pas (iltazama), ou si au contraire ils autorisent moralement (istahallû) à appliquer des lois contraires, ils sont de vulgaires mécréants... »[7]

 

68- Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân ibn Hasandont les paroles ressemblent énormément à celles d’ibn Taïmiya de manhaj e-sunna citées plus-haut : « … la sunna est venue pour expliquer que l’obéissance doit se faire dans les limites du convenable ; ces limites correspondent aux actes obligatoires et recommandés qu’Allah a imposés et agréés pour Ses serviteurs. Il est cependant interdit de se référer à des jugements qui puisent leur source dans une législation illégitime, et qui vont à l’encontre du Coran et de la sunna, comme les lois grecques, franques, tatares ; tous ces codes qui proviennent de leurs propres réflexions et penchants. Nous pouvons en dire autant des coutumes et des traditions bédouines en usage. Quiconque les autorise moralement (istahalla)dans les affaires de sang ou autre est un mécréant. Allah (I) révèle à ce sujet : [Ceux qui n’appliquent pas les Lois d’Allah sont eux les mécréants].[8]Certains exégètes expliquent au sujet de ce Verset qu’il s’agit ici du kufr dûn el kufr el akbar. Ils en comprennent en effet qu’il englobe également celui qui n’applique pas les lois d’Allah, sans toutefois l’autoriser moralement.

 

Néanmoins, ils ne contestent pas que son sens général concerne celui qui l’autorise moralement, et qu’il sort ainsi de la religion. »[9]

 

69-« Il existe deux sortes de kufr : kufr ‘amal et le kufr juhûd wa ‘inâd qui consiste à renier une chose en sachant pertinemment qu’elle vient du Messager (r) par obstination et dénégation.

 

Cela concerne les Noms du Seigneur, Ses Attributs, Ses Actions, Ses Lois qui ont pour base, Son tawhîd et Son adoration unique sans Lui vouer le moindre associer. Cette forme d’apostasie s’oppose à la foi à tous les niveaux. Concernant le kufr ‘amal, il y a certains actes qui s’opposent à la foi à tous les niveaux, comme se prosterner devant une idole, dénigrer le Coran, tuer voire offenser un prophète. Quant au hukm bi ghaïr mâ anzala Allah et l’abandon de la prière, ils relèvent du kufr ‘amal non du kufr i’tiqâd. »[10]

 

70-Ailleurs, il explique : « Tu as évoqué la différence au sujet des bédouins, entre ceux qui autorisent moralement à ne pas appliquer les Lois d’Allah (istihlâl) et ceux qui ne le font pas. Cette tendance est celle qui est en vigueur, et elle est la référence chez les savants. »[11]

 

71-En commentaire à ce dernier passage, son élève Sulaïmân ibn Sahmân est encore plus éloquent : « C’est-à-dire : celui qui autorise moralement à ne pas appliquer les Lois d’Allah et qui préfèrent la loi du tâghût à celle d’Allah… celui qui a cette croyance est un mécréant. En revanche, celui qui ne l’autorise pas moralement, qui considère que la loi du tâghût est complètement fausse, et que la Loi d’Allah et de Son Messager incarne la vérité, n’est pas un mécréant et ne sort pas de l’Islam. »[12]

 

72-Ismâ’îl ibn Ibrahim el Is’ardî, reprend également quasiment mot pour mot le passage de manhaj e-sunna pour parler de l’istihlâl.[13]

 

73-Siddîq Hasan Khân évoquait déjà les qawânîn el wadh’iya ; si ses paroles peut être interprétées de plusieurs façons, il n’en demeure pas moins qu’il fait explicitement mention de l’istihlâl, et c’est ce qui nous intéresse ici.[14]

 

74-Ailleurs, il cautionne l’annale d’ibn ‘Abbâs.[15]

 

75- Jamâl e-Dîn el Qâsimî restreint le Verset à ceux qui n’appliquent pas la Loi d’Allah en la rejetant et en la reniant.[16]

 

76-El Âlûsî reprend le discours de Sha’bî disant que le v. 44 (mécréants) fut révélé pour les musulmans, le v. 45 (pervers) pour les chrétiens, et le v. 47 (injustes) pour les Juifs. Apparemment, ce n’est pas l’interprétation que les savants ont retenue, bien qu’il soit possible de lui trouver une bonne orientation.[17]

 

77-Mohammed Rashîd Ridhâ : « Beaucoup de musulmans ont innové des lois et des règlements, à la manière des générations anciennes. En se tournant vers ces législations, ils ont dû délaisser une partie des Lois qu’Allah leur a révélées. Ceux qui délaissent les Lois que le Coran renferme, sans n’être motivé par la moindre interprétation, mais en étant convaincu par la véracité de leur action, sont concernés par les trois Versets en question, ou ne serait-ce qu’en partie. Cela dépend des cas.

 

Se détourner (a’radha) de la Loi prévue pour le vol, la diffamation, ou l’adultère, car au lieu de s’y soumettre, on les trouve abjectes ; et dans la mesure où on donne la préférence aux réglementations humaines, cela relève de la mécréance (kâfir) sans le moindre doute.

 

En revanche, en délaissant les Lois d’Allah pour une autre raison, on devient un injuste (zhâlim), dans la situation où on lèse un ayant droit, ou en manquant d’impartialité et d’équité. Sinon, on est un simple pervers (fâsiq).

 

Nous voyons en parallèle que beaucoup de musulmans religieux considèrent les juges des tribunaux civils, qui s’inspirent du droit séculier, comme des mécréants. Ces derniers prennent au sens littéral le Verset : [Ceux qui n’appliquent pas les Lois d’Allah sont eux les mécréants].[18] Cela implique de vouer à la mécréance le juge qui se réfère au qânûn, les émirs et les sultans, qui eux, ont instauré (ou forgés) ces codes. Bien qu’ils n’aient pas été dictés sous leur connaissance, ils ont reçu leur aval pour être mis en vigueur au niveau du pays. En outre, ce sont eux qui nomment les juges dans le but de les faire appliquer.

 

Or, aucune grande référence notoire en figh n’a pris ce Verset au sens littéral. Je dirais même que personne ne l’a jamais fait. (sic) »[19]

 

Cette dernière phrase pose un problème. L’auteur veut certainement dire que même les kharijites ne peuvent pas prendre ce Verset au « premier degré ». Cela imposerait en effet que les petits péchés fassent tout autant sortir de la religion. Ce qu’ils ne disent pas, wa Allah a’lam !

 

78-Ahmed et Mahmûd Shâkir : contre toute attente, leur discours ne s’adresse pas aux traditionalistes, mais à ceux qui n’appliquent pas la Loi d’Allah en étant motivé par le juhûd, l’istihlâl, et le tabdîl.[20] Pour preuve, dans ses commentaires à l’exégèse de Tabarî, Mahmûd considère, ce que ne nous a jamais montré l’adversaire, qu’il rejoint son opinion que nous avons cité précédemment, et qui parle de juhûd, wa Allah a’lam !

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

 

 

 



[1]La vache ; 286

[2]Les femmes ; 65

[3]Masâil lakhkhasahâ el imâm que renferme majmû’ el mu-allafât (2/2/88-89).

[4]E-durar e-saniya (1/137).

[5]E-durar e-saniya (1/252).

[6]Voir : tafsîr ibn Kathîr (2/88) en commentaire au v. 50 de la s. el mâida.

[7] Manhaj e-sunna e-nabawiya (5/130). L’ancien Mufti d’Arabie Saoudite, Mohammed ibn Ibrahim utilise également ce passage d’ibn Kathîr dans e-durar e-saniya (16/211-212). 

[8]Le repas céleste ; 44

[9]Manhâj e-ta-sîs wa e-taqdîs (p. 70-71).

[10] Voir : usûl wa dhawâbit fî e-takfîr de l’érudit ‘Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân ibn Hasan.

[11]Voir : ‘uyûn  e-rasâil (2/605).

[12]Voir : ‘uyûn  e-rasâil (2/603).

[13]Tahdhîr ahl el îmân ‘an el hukm bi ghaïr mâ anzala e-Rahmân (p. 141).

[14]E-dîn el khâlis (3/305, 309).

[15]Naïr el marâm min tafsîr âyât el ahkâm (2/472).

[16]Mahâsin e-ta-wîl (6/1998).

[17]h el ma’ânî (3/146).

[18]Le repas céleste ; 44

[19]Tafsîr el manâr (6/405-406).

[20]Kalima el haqq (p. 88) dans l’article e-sam’ wa e-tâgha.

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21 mai 2011 6 21 /05 /mai /2011 11:53

Chrysanthemum

 

 

79-Mohammed ibn Ibrahim, l’ancien grand Mufti d’Arabie Saoudite : « Allah appelle mécréant celui qui n’applique pas Ses Lois. C’est donc un mécréant dans l’absolu ; soit en faisant du kufr ‘amalîsoit en faisant du kufr i’tiqâdî. L’annale d’ibn ‘Abbâs en exégèse à ce Verset et qui est rapporté par la voie de Tâwûs et d’autres expriment que celui qui n’applique pas les Lois d’Allah est un mécréant, soit en faisant du kufr i’tiqâdî qui fait sortir de la religion soit en faisant du kufr ‘amalî qui ne fait pas sortir de la religion. »[1]

 

80-Sheïkh e-Sa’dî, en explication à l’annale d’ibn ‘Abbâs, il émet la condition de l’istihlâl pour devenir mécréant.[2]

 

81-L’Imam Shanqîtî : « Celui qui n’applique pas les Lois d’Allah en étant convaincu qu’il commet un péché et un mal, dans son cas son kufr, son zhulm, et son fisq ne font pas sortir de la religion. »[3]

 

82-Sheïkh el Albânî ramène les paroles d’ibn el Qaïyim qu‘Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân reprend à son compte, comme nous l’avons vu précédemment. Puis, il fait les éloges de ces paroles.[4]

 

83-Mieux, il explique que le hukm bi ghaïr mâ anzala Allah peut avoir deux statuts en fonction des cas :

-                   Celui de grand péché : c’est le kufr mineur ou le kufr dûn kufr.

-                  Celui d’apostasie : c’est le kufr majeur.[5]

 

84-Sheïkh ibn Bâz : une question lui fut posée à sur les lois forgées par les hommes. Ce dernier répondit : « … Quant aux lois qui s’opposent à la Législation divine, il n’est pas permis de les forger. Si certaines lois instaurées stipulent qu’aucune peine n’est prévue pour un cas d’adultère ou de consommation d’alcool, celles-ci sont complètement fausses. Dans la situation où le gouverneur l’autorise moralement (istahalla), il devient mécréant étant donné qu’il autorise ce que les textes explicites et le consensus interdisent. Nous pouvons dire la même chose pour tous ceux qui autorisent de manière générale n’importe qu’elle interdiction frappée d’un consensus. »[6]

 

Dans son épître hukm man darasa el qawânîn el wadh’iya aw tawalla tadrîsihâ, il précise également : « La deuxième catégorie : celui qui étudie le droit (el qawânîn) en vue de l’enseigner ensuite, de l’appliquer, ou d’offrir ses services dans ce domaine. Ce dernier est certes convaincu qu’Allah a interdit d’appliquer d’autres lois que les siennes, mais il se laisse guider par les passions ou l’amour du gain. Nul doute que ceux qui entrent sous cette catégorie sont des pervers. Ils dénotent de la mécréance (kufr), de l’injustice (zhulm), et de la perversité (fisq), mais il s’agit de la petite mécréance, de la petite injustice, et de la petite perversité qui ne font pas sortir du cercle de la religion.

 

Cette opinion est notoire dans les milieux savants. C’est celle qui fut adoptée par ibn ‘Abbâs, Tâwûs, ‘Atâ, Mujâhid, et un certain nombre de savants des nouvelles et des anciennes générations, comme l’évoquent leHâfizh ibn Kathîr, el Baghawî, el Qurtubî, etc. ibn el Qaïyim a un discours qui va dans ce sens dans son kitâb e-salât, et Sheïkh ‘Abd e-Lâtif ibn ‘Abd e-Rahmân ibn Hasan – qu’Allah lui fasse miséricorde – a consacré une risâla intéressante sur le sujet. Celle-ci est imprimée dans le troisième volume du premier recueil de majmû’ e-rasâil. »[7]

 

85-En réponse à la question qu’on lui posa sur le sens du v. 44 de la s. el mâida, il affirma : « Il faut le prendre dans le sens où la personne considère légitime de ne pas appliquer les lois d’Allah (Istihlâl), selon la plus probable des opinions. Sinon, comme l’a dit ibn ‘Abbâs, c’est de la mécréance sans n’être de la mécréance. Sinon, en principe [sont eux les mécréants].[8]

 

Le verset est descendu à l’attention des personnes qui autorisent moralement à ne pas appliquer les lois d’Allah sur terre. Le verset concerne les mécréants qui n’appliquent pas les lois d’Allah en autorisant la viande morte et en établissant d’autres lois de ce genre. Par contre, si Zaïd ou ‘Amr est motivé dans son initiative par des dessous-de-table, doit-on parler de mécréance ? on ne peut dire qu’il devient apostat pour cette raison ? Si un juge condamne Zaïd injustement à mort pour des raisons personnelles, cela ne le fait pas sortir de l’Islam

 

Que ce soit le pervers (fâsiq), l’injuste (zhâlim), ou le mécréant (kâfir), le statut concerne l’individu qui autorise moralement la chose, ou qui estime que les lois d’Allah ne conviennent pas (à notre époque), ou encore que d’autres formes de loi sont prépondérantes aux Siennes. En fait, il faut prendre le verset dans le sens où la personne condamnée d’apostasie autorise moralement à faire la chose, ou pire si elle considère que la loi à laquelle elle se soumet est meilleure que celle d’Allah. Par contre, si elle ne soumet pas aux Lois d’Allah en étant motivée par ses passions, elle est simplement considérée comme désobéissante au même titre que la personne adultère qui n’autorise pas moralement son acte ou celle qui désobéis à ses parents en raison de ses mauvais penchants ; dans ce cas, elle est simplement considéré désobéissante. Or, si elle estime qu’il  est moralement toléré de faire l’adultère, ou de désobéir aux parents, dans ce cas précis, elle est mécréante. Ainsi, on s’épargne de la pensée kharijite et on se distingue dès lors de la pensée kharijite. Sinon, sinon on sombre dans les mêmes erreurs que les kharijites, c’est ce genre de confusion qui a régné dans l’esprit des kharijites, à vouloir ainsi généraliser. »[9]

 

86-Cette tendance est corroborée par plusieurs fatwas de la lajna dâima.[10]

 

87-Sheïkh el ‘Uthaïmîn explique que nul doute que les Versets en questions donnent trois statuts : les savants divergent sur la façon de savoir si ces statuts concernent une seule personne ou bien trois personnes différentes. Ensuite, il souligne que les cas varient en fonction des intentions de chacun ; en faisant la distinction entre ceux qui acceptent la Loi d’Allah et ceux qui ne l’acceptent pas. Le statut de mécréant (kâfir) s’appliquant au deuxième.

 

Pour le premier, il est soit motivé par un esprit tyrannique (celui-ci est un zhâlim), soit par ses mauvais penchants (celui-ci est un fâsiq). Ensuite, il s’inspire de l’annale d’ibn ‘Abbâs pour dire qu’il s’agit dans le Verset en question du… kufr dûn kufr.[11]

 

88-« En ce qui concerne le hukm bi ghaïr ma anzala Allah, le Coran nous apprend qu’il se partage entre la mécréance, l’injustice, et la perversité ; c’est en fonction des raisons qui l’ont motivées ; l’individu qui n’applique pas la Loi d’Allah en étant motivé par ses passions, tout en sachant qu’elle incarne la vérité, il ne devient pas mécréant, mais il vacille entre le statut d’injuste et de pervers.

Cependant, s’il légifère une loi qu’il impose à toute la nation, en pensant qu’il y a un intérêt à le faire, comme le lui ont murmuré les mauvais conseillers, il ne devient pas mécréant non plus dans pareil cas ; bon nombre de gouverneurs, en effet, sont ignorants dans la religion, et, il faut ajouter à cela, qu’ils sont entourés de personnes qui ne connaissent pas mieux la religion, mais, comme ils voient en eux, une grand érudition, ils font confiance à leurs appréciations.

Il peut connaitre la Loi d’Allah dans un domaine particulier. Malgré cela, il fait régner et appliquer une autre loi qui fait autorité au niveau de tous le pays (dustûr), tout en reconnaissant qu’il est injuste, et que la vérité est du côté du Coran et de la sunna ; dans ce cas, nous ne pouvons pas le kaffar.

 En revanche, nous faisons le takfîrde celui qui voit que la loi qu’il applique vaut mieux pour les hommes que celle d’Allah ; la raison, c’est qu’il dément les Versets : [Allah n’est-il pas le meilleur des juges ?][12] ; [Est-ce la loi païenne qu’ils veulent ? Y a-t-il une meilleure loi que celle d’Allah, pour les gens qui sont convaincus ?][13] »[14]

 

89-« … ainsi, selon l’interprétation que nous avons faite du Verset en question, nous estimons que le hukm bi ghaïr ma anzala Allah ne fait pas sortir de l’Islam, mais qu’il relève du kufr el ‘amalî. Un tel gouverneur sort en effet du droit chemin. Il n’y a pas de différence en cela, entre celui qui s’inspire des lois instaurées par d’autres et qu’il applique à son pays, et celui qui forge une législation. »

 

90-Sheikh el ‘Uthaïmîn est très sévère sur la question de kaffar les gouverneurs au premier abord, dans la mesure où ces derniers n’affichent pas ouvertement qu’ils autorisent moralement l’usure ou autre. La plupart du temps, ils sont ignorants et sont influencés par un mauvais entourage, et parfois même malheureusement par des mauvais savants.[15]

 

91-« l’istihlâl : c’est croire qu’une chose interdite par Allah soit autorisée… quant à l’istihlâl des actes, il faut regarder : par exemple, quelqu’un qui pratique l’usure et qui récidive, il n’est pas considéré mécréant s’il n’est pas convaincu que son acte est licite, étant donné qu’il ne l’a pas autorisé moralement. »[16]

 

92-Il suffit pour reprendre les termes de Sheïkh el ‘Uthaïmîn que des grandes références comme ibn Taïmiya[17] et son élève ibn el Qaïyim[18] aient corroboré le principe du kufr dûn kufr, qui n’est, rappelons-le, pas propre au hukm bi ghaïr mâ anzala Allah, mais qui s’étale sur de nombreux points de la religion, comme l’a développé en détail ibn el Qaïyim, mais aussi l’Imam ‘Abd e-Lâtif ibn ‘Abd e-Rahmân ibn Hasan.[19]

 

93- Sheïkh ‘Abd el Muhsin el ‘Abbâd.[20]

 

94-Sheïkh Ahmed e-Najmî, qui n’a pas manqué d’évoquer que la question est sujette à divergence.[21]

 

À suivre…

 

Par : Karim Zentici

 

 

 



[1]tahkîm el qawânîn (p. 15).

[2]Taïsîr el Karîm e-Rahmân (2/296-297).

[3]Adhwâ el bayân (2/103).

[4]Voir : silsilat el ahâdîth e-sahîha (7/134).

[5]El ‘aqîda e-Tahâwîya sharh wa ta’lîq (p. 40-41).

[6]Majmû’ el fatâwâ wa el maqâlât (7/119).

[7]Majmû’ el fatâwâ wa el maqâlât (2/326).

[8]Le repas céleste ; 44

[9]Voir : Madârik e-Nazh fî e-Siyâsa de Sheïkh ‘Abd el Mâlik Ramadhânî.

[10]Voir : fatâwâ e-lajna e-dâima (n° 5226, 5741, 6310).

[11]Voir : mawqif el mamlaka el ‘arabiya e-su’ûdiya min el irhâb (2/595-597) de Sulaïmân Abâ el Khaïr.

[12]Le figuier ; 8

[13]Le repas céleste ; 50

[14]D’après la cassette ayant pour titre : e-tahrîr fî mas-ala e-takfîr.

[15]sharh qawâ’id el muthlâ.

[16]Voir : el bâb el maftûh (3/97).

[17]Voir notamment majmû’ el fatâwâ (7/312).

[18]Voir : voir madârij e-sâlikîn (1/336) et e-salat wa hukm târikuha (p. 72).

[19]Voir : lettre à Mukhlif.

[20]Voir : dars sharh sunan Abî Dâwûd du 16/11/1420 h.

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